L’AMI DU CLERGE 79 Ney iS
« La transsubstantiation du pain et du vin ne peut étre prouvée par les saintes Kcritures; elle est contraire aux textes clairs de l’Ecriture, elle détruit Pessence du sacrement et a donné lieu a de nombreuses superstitions. Dans la céne, le corps du Christ est donné, recu, mangé, mais seulement @une maniére divine et spirituelle, et le moyen par lequel le corps du Christ est recu et mangé dans la céne est la foi. D’aprés institution du Christ, on ne conservait pas, on ne portait pas, on n’élevait pas et on n’adorait pas le sacrement de ?Eucharistie. »
L’article xxxrt compléte cette doctrine : « L’offrande du Christ faite une seule fois est la parfaite rédemption, la propitiation et la satisfaction pour tous les péchés du monde entier, pour le péché originel et pour les péchés actuels; il n’y a, en dehors de celle-la, aucune satisfaction pour le péché. C’est pourquoi les sacrifices des messes ou, disait-on communément, le prétre offrait le Christ pour les vivants et pour les morts n’étaient que fables impies et illusions dangereuses. »
En vérité voila qui est passablement clair, et cest avec raison que l’auteur de JVarticle du Churchman que nous venons de citer ajoute :
« Il nest pas un esprit sincere qui puisse lire la condamnation si explicite de la transsubstantiation contenue dans l’article xxvii et la déclaration si claire que « le corps du Christ est donné, recu et mangé dune maniere purement spirituelle,; » et soutenir en jonglant avec les mots qu’on peut mettre cet article d’accord avec le décret du Concile.de Trente affirmant que « dans la messe on offre a Dieu a proprement parler un vrai sacrifice pour les vivants et pour les morts, et que dans le trés saint sacrement de VEucharistie sont réellement, vraiment et substantiellement présents le corps et le sang en méme temps que lame et la divinité de Notre- Seigneur Jésus-Christ 1. »
Le révérend Russell Caley, curé de Saint- Mathias 4 Plymouth, auteur de cet article du Churchman, se trompe. Il y a des esprits sincéres et trés pénétrants qui s’imaginent qu’on peut mettre les articles que nous venons de citer d’accord avec le Concile de Trente. Les ritualistes connaissent les articles aussi bien que le révérend Russell Caley; ils ont pris comme lui l’engagement de ne s’en écarter en rien, ni de vive voix, ni par écrit, et ils sont aussi sincérement
que lui-disposés a étre fidéles 4 leur engagement,
et ils soutiennent que Notre-Seigneur est réellement présent dans l’EKucharistie, et que la messe est la continuation du sacrifice du Calvaire, et ils célébrent ce qu’ils croient étre la sainte messe, ils ont la réserve du Saint-Sacrement, et exhortent leurs fidéles a venir l’adorer.
Ceest la un des cdtés les plus étranges de l'état d’esprit ritualiste.
Les ritualistes interprétent donc les Articles dans le sens de la doctrine catholique; mais en
‘ Ibid. p, 209.
oi
VAMI DU CLERGE
retour, et pour témoigner leur fidélité aux Articles, ils interprétent la doctrine dans le sens des Articles. Ils arrivent ainsi & se former une doctrine a eux qui n’est ni celle de l’Higlise anglicane, ni celle de l’Kglise catholique, mais celle de Vécole ritualiste.
Ainsi ils admettent la présence réelle, mais ils disent que les Articles ont raison d’enseigner que «la transsubstantiation du pain et du vin ne vee étre prouvée par les saintes Hcritures » et qu’ « elle est contraire aux textes clairs de lKeriture. »
Ils croient 4 la messe, mais pas tout a fait comme y croit l’Eglise catholique, car il y a du vrai, disent-ils, dans ce que nous apprennent les Articles, & savoir que « les sacrifices des messes ou, disait-on communément, le prétre offrait le Christ pour les vivants et pour les morts, n’étaient gue fables impies etillusions dangereuses. » Pusey a déclaré que l’Kglise catholique en est encore la et qu’elle conserve un reste de ces fables et de ces illusions. Grace aux Articles, les ritualistes ne risquent nullement dy tomber. Quelles sont au juste ces illusions, c’est la ce que chacun d’eux, avec le sens critique qui caractérise le ritualisme, se charge de décider.
Les ritualistes reviennent a Vextréme-onction, mais pas tout a fait non plus comme l’entend VEglise catholique. Il faut bien faire la part des Articles qui rangent (art. xxv) « ce prétendu sacrement » parmi les « fausses imitations des apotres.» L’Kglise catholique a raison, enseignent les ritualistes 4 la suite de Pusey, de conserver Vextréme-onction; mais les Articles ont raison aussi de déclarer que la maniere dont elle administre le sacrement est une « fausse imitation des apdtres. » Ecoutons sur ce point le docteur Pusey :
« Pour ce qui regarde l’onction des malades, lHeglise grecque suit strictement Vinstruction de saint Jacques. Les pieux malades, en demandant le prétre, font venir le meéedecin de l’Ame aussi bien que celui du corps. Le prétre en oignant le malade a en vue le bien du corps, si tel est le bon plaisir de Dieu, et celui de l’Ame.., Si PEglise romaine n’avait pas changé cette pratique, nous n’eussions jamais entendu parler de
fausses imitations des apdtres » (art. xxv), car ce passage des Articles se rapporte 4 la coutume ou l’on était @attendre pour donner l’extréme-
onction aux malades qwils fussent 4 extrémité. .
Si PEglise romaine avait conservé cette pratique comme l’Helise grecque l’a conservée, nous V’aurions sans doute conservée aussi 1. »
La doctrine ritualiste sur le purgatoire, culte des saintes images et linvocation des saints, porte le méme cachet. C’est la doctrine catholique, mais la doctrine catholique marquée du cachet des Articles qui déclarent que toutes ces choses sont « une invention frivole qui n’est appuyée sur aucun texte de I’Keriture, mais
* Hirenicon, I, p. 219 et 220.
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ceee acca nee EEE
plutdt contraire a la parole-de Dieu. » (Art. xxmi).
Il y a, aujourd’hui encore; disent les ritualistes, des abus approuvés par l’KEglise catholique qui jus-
tifient cette déclaration. La doctrine sans alliage derreurs, et les pratiques exemptes d’abus ne se.
trouvent que chez les ritualistes.
La vérité est que la doctrine ritualiste est, si
Von excepte les vérités fondamentales, la doctrine —
catholique plus ou moins teintée de ’anglicanisme des Articles.
Quand on examine de prés la doctrine « catholique » des ritualistes, on y trouve presque toujours de l’alliage, et presque toujours aussi on reconnait que cet alliage vient des concessions que, pour demeurer anglicans et par suite des enga-
gements quwils ont pris, ils sont obligés de faire -
aux Articles.
Ces esprits si fiers et si indépendants, qui nous
reprochent de nous laisser enchainer par les décrets du Concile de Trente et les définitions du Concile du Vatican émanant d’une autorité divine, se laissent attacher au poteau dun formulaire dressé par une autorité purement humaine, et
qui leur est imposé par la volonté d’hommes —
dépourvus de toute mission d’en haut.
La vérité méconnue a parfois de ces représailles. Si nous nous arrétons a les montrer, ce n’est nullement dans l’intention d’accabler ceux
qui en sont Vobjet. Bossuet dit dans la Préface
de son Histoire des variations : « Je ne crains ici quune chose; c’est, sil m’est permis de le dire, de faire trop voir a nos fréres le faible de leur réforme. Il y en aura parmi eux qui s’aigri-
ront contre nous, plutét que de se calmer, voyant
dans leur religion un tort si visible, hélas ! je ne songe point a leurimputer le malheur de leur naissance et que je les plaigne encore plus que je ne les blame. »
- Crest absolument dans ces sentiments que nous rédigeons pour les lecteurs de ’Ami du Clergé, et non pour les anglicans, ces simples et courtes
quoique
notes. En les lisant, « ils apprendront 4 mépriser,
avec la science qui enfle, l’éloquence qui éblouit ; et les talents que le monde admire leur paraitront peu de chose, lorsqwils verront tant de vaines curiosités et tant de travers dans les savants...; on déplorera les miséres de l’esprit humain et on
connaitra que le seul reméde a de si grands
maux est de savoir se détacher de son propre sens * Il ne nous reste plus qu’a répondre 4
la=dersa)
niere partie de la question qui nous est posée: | Est-il vrai que les ritualistes s’attachent A reven- |
diquer pour l’Eglise anglicane les notes dela véri-
table Eglise? Nous donnerons cette réponse tout prochainement.
(A swivre).
manner ESN Mia) Og PoE eccen
1 Histoire des variations. Préface.
QUESTIONS de science ecclésiastique CONSULTATIONS DIVERSES
Q. — Un éyéque peut-il user des pouvoirs récemment accordés par le Saint-Siége pour dispenser de l’abstinence le jour du tirage au sort et de la révision ?
R. — Nous répondons affirmativement, en nous appuyant sur une réponse toute récente du Saint- Siége dont nous donnerons le texte bientét. En voici Yoccasion.
Mer lévéque de Langres, ne se croyant pas en droit d’user de ces pouvoirs pour les cas précités, une requéte fut adressée au Saint-Siége pour la concession d’un indult particulier, afin d’éviter le scandale de repas publics faits en violation de la loi ecclésiastique. La réponse a été celle-ci : Eprscopus utatur jure suo. Il s’ensuit que l’évéque peut autoriser a faire gras, le jour du tirage au sort et le jour de la révision, les conscrits, leurs parents et ‘amis, soit au village, soit au chef-lieu de canton, dans les repas communs. Ainsi portait la supplique.
Q. — Ow en est le culte de Marie dans ‘le protestantisme depuis Vacte du D: Pusey?
R. — C’est dans le ritualisme que vous voulez dire. Car la seule partie du protestantisme qui ait été modifiée par le Dr Pusey est le parti de l’Eglise anglicane connu sous le nom de Ritualisme ou de Haute Eglise. La plupart des pratiques catholiques se rapportant au culte de la sainte Vierge, ont été et sont encore adoptées par un certain nombre de ritualistes, méme le mois de Marie et le Saint-Rosaire. Aucune de ces pratiques n’a été adoptée par tous, ni méme par la majorité. Sous ce rapport comme sous tous les autres, chacun, parmi eux, croit et fait ce qui lui semble bon sans s’‘inquiéter des autres et sans se croire obligé ‘de se régler sur les enseignements et sur les exemples du Dr Pusey. Mais on peut dire, d’une maniére générale, qu'un des traits caractéristiques des ritualistes, c’est qu’ils aiment et honorent la
sainte Vierge. s
Q. — Un évéque a-t-il le droit d’interdire la célébration de la messe a un prétre gui n’a pas donné de scandale, et quelles sont les raisons qui lui’ permettraient de prendre contre un prétre cette mesure?
R. — L’interdiction de célébrer la messe peut étre regardée soit comme une peine directement infligée, soit comme la conséquence d’une censure. De son nom canonique, on l’appelle la suspense a divinis.
La suspense étant une pene, qu’on la considére soit comme peine vindicative, soit comme censure, elle exige nécessairement une faute. Comme elle est une peine considérable, elle exige une favle grave. ‘Infliger une suspense pour une faute
légére serait une injustice et un abus de pouvoir intolérable, surtout dans la discipline actuelle de lEglise qui demande, pour l’emploi des censures, une plus grande réserve et modération danscelui qui Vinflige et une plus grande faute dans le délinquant que cela n’était requis autrefois, principalement avant le Concile de Trente.
Il s’agit évidemment d’une faute externe, consommée, et compléte en son genre. Quelques auteurs, il est vrai, ont pensé que l’Eglise pouvait infliger- des censures pour des fautes purement intérieures, mais c’est 4 tort, et les raisons qu’ils donnent de leur assertion n’ont aucune consistance. C’est pourquoi la plupart des canonistes, appuyés sur ce principe : Hcclesia. de internis non judicat, et sur cet autre: Cogitationis penam neminem patti ab homine, sed a Deo, soutiennent comme certain que l’on ne saurait porter de censure pour une faute purement intérieure.
En outre, la faute doit étre compléte et consommée en son genre. I] n’est cependant pas requis quelle soit prouvée juridiquement, puisque les évéques peuvent user de la sentence ex informata conscientia, qui n’exige pas la preuve juridique.
Aprés ces détails empruntés aux meilleurs canonistes, il n’est pas nécessaire d’entrer dans |’énumération des fautes qui pourraient motiver une suspense a divinis.
Q. — Je yous prie de me dire si l’érection des trois chemins de croix suivants est valide.
le Le premier a des tableaux surmontés d’une petite croix (hauteur 5 centimétres, largeur 4 centimétres) en bois, mais recouverte complétement de platre et dorée. Le bois ne se voit point du tout.
2° Le second a de petits tableaux en forme d’image en métal, entourée d’un cadre en bois garni de quatre branches également en bois pour former une espéce de croix.
3° Le troisiéme a été érigé dans une chapelle publique par le grand-vicaire du diocése, avec l’autorisation présumée du.curé, dont le consentement n’a été exprimé dans aucune piéce écrite antérieure a l’érection.
Je suppose, cela va sans dire, que toutes les autres formalités ont été remplies.
4o T/évéque ou un prétre délégué par lui, a-t-il besoin, pour ériger un chemin de croix dans une chapelle du diocese, de l’autorisation écrite du curé de la paroisse dans laquelle est batie cette chapelle? |
R. — Ad I. « Les croix de bois peuvent étre dorées, argentées ou entourées d’ornements en métal, pourvu que cet encadrement ou ces ornementations ne soient pas tellement excessifs, que les croix paraissent étre de métal ou d’une autre matiére plutot que de bois. » Ainsi s’exprime Béringer |.
Remarquons que pour la dorure il faut une légére couche de plitre.
Le P. Mocchegiani, tout en reconnaissant qu’on peut dorer ou argenter les croix de bois sans porter atteinte 4 la validité, n’approuve cependant
1 Béringer, Les Indulgences, t. I, p. 274.
pas cet usage, qui necadre guére avec les humiliations du Calvaire :
Quamvis valid ac etiam licitée dicantur et sint hujusmodi cruces inaurate vel inargentate, cum nulla de re inveniatur expressa prohibilio Ecclesie, non videtur tamen, ut nos opinamur, approbandus talis usus, cum in pio exercitio Vie Dolorosee Calvarii montis minime referat humilitatem crucis et passionis D. N. Jesu
Christi. Nee videtur preefatus usus satis conformis De-,
ereto quod superiori numero retulimus. Ko enim docemur, cruces ita collocari debere, ut ab adstantibus videri possint (quasi diceretur) tamquam cruces ligne. Si hee forent inaurate vel inargentatee, perinde apparerent ac si essent ex auro vel argento confecte. Tum autem non videretur ratio cur juxta citatum Decretum non sufficiat appositio crucium lignearum a parte postera crucium ferrearum *.
Ad II. Nous n’avons pas compétence pour déclarer sicette espéce de croix formée par un cadre suffit pour la validité, et nous ne connaissons aucune décision sur ce point.
Ad III et IV. Parmi les chapelles publiques construites sur une paroisse, il en est qui appartiennent a la paroisse elle-méme et dans. lesquelles le service divin se fait au nom du curé par des prétres dépendant de lui.
Il ew est d’autres au contraire qui appartiennent soit a des particuliers, soit 4 des congrégations religieuses, mais ot le service public est fait par des prétres indépendants en fait du curé de la paroisse, sous la surveillance de l’évéque.
Pour les premiéres, pour celles qui dépendent du curé, il faut sa permission pour y ériger le chemin de la croix. Quant aux secondes, la permission du supérieur ecclésiastique de la chapelle publique suffit. Dans une question de cette importance nous citons des preuves; voici lerésumé des derniéres décisions fait par le P. Mocchegiani? :
Requiritur secundo, item sub pcena nullitatis, consensus in scriptis Parochi, quando tamen agitur de erectione facienda in ecclesiis, oratoriis, aliisque locis omnino dependentibus a jurisdictione parochiali, non autem si sermo sit de locis, que de facto administrantur independenter a Parocho per Sacerdotem nominatum ab Episcopo. Tune enim sufficit consensus predicti Sacerdotis seu Capellani ab Episcopo nominati. Et revera declaratum est quod valide sunt erectiones stafionum Vie Crucis, sine consensu in scriptis Parochi, factee in hospitalibus, ecclesiis, capellis, aut domibus Congregationum Sororum, de jure haud exemptis a parochiali jurisdictione, sed de facto (juxta morem in Gallia vigentem) administratis independenter a Parocho, per Capellanum nominatum ab Episcopo. (Cf. totum Deer. 21 junii 1879, n. 445).
Generatim ergo statui potest, consensum Parochi minime necessario requiri, dum agitur de erectione facienda in locis, qu ab ejus jurisdictione, vel de jure, vel saltem de facto sunt exempta. 3
Ubi vero consensus Parochi necessario requiritur, hic obtineri debet in scriptis, ante erectionem, et quidem sub poena nullitatis.
D’aprés le décret de la Sacrée Congrégation des Indulgences du 22 septembre 1892, le consentement du curé, quand il est requis, doit, sous peine de nullité, étre donné par écrit avant Vérection.
* Mocchegiani, Collectio, n. 1182.
* [bid., n. 1196.
C’est ce que dit aussi Mocchegiani dans les deux derniéres lignes de la citation ci-dessus.
Q. — 1° Un chemin de la croix a été érigé il y a trois ou quatre ans dans la chapelle principale d’une communauté de religieuses. Le seul écrit qui ait été fait a cette” occasion est le procés-verbal de Vérection, qui a été faite par P’évéque en personne. Le consentemert écrit de la | supérieure et du curé (ou de l’aumonier) était-il nécessaire pour la validité ? ae
2° Le méme jour, Monseigneur a donné verbalement au curé d’une paroisse l’autorisation d’ériger un chemin de la croix dans la chapelle publique de Vhépital, dont il est en méme temps l’aumonier. Pas d’autres formalités. Quid de validitate erectionis ?
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R. — Ad I. Pour l’érection du chemin de la croix dans la chapelle d’une communauté, il faut le consentement du supérieur ecclestaslique du couvent. Que faut-il entendre par supérieur ecclésiastique ? Ce n’est d’abord pas la supérieure de la maison, ni le curé de la paroisse, 4 moins qu’il ne soit chargé du spirituel.
Quand il n’y a qu’un prétre attaché 4 la maison, il est facile de reconnaitre le supérieur ecclésiastique.
Sil y a plusieurs prétres, le supérieur ecclésiastique est celui que V’administration diocésaine regarde comme supérieur. Soe
Ad Il. La faculté d’ériger le chemin de la croix doit étre donnée par écrit, sous peine de nullité, et avant l’érection, ainsi qu’il est dit ci-dessus.
Q. — Pour gagner lVindulgence du chemin de la croix en particulier, faut-il nécessairement changer de place? Ceux qui sont dans des banes et qui ne font que se lever. et s’agenouiller gagnent-ils indulgence ?
R. — Plusieurs fois nous avons affirmé et nous affirmons encore la nécessité de changer de place pendant l’exercice du chemin de la croix. La Raccolta dit 4 ce sujet: « Pour gagner les indulgences, il faut qu’on passe d'une station 4 lautre, autant que le permet la multitude des personnes qui font ce pieux exercice ou le peu d’étendue du lieu oti sont érigées les 44 stations. »
Elle reproduit ainsi la réponse de la Sacrée Congrégation des Indulgences du 26 février 1841 :
An Christifideles in magno populi coneursu, maxime cum ecclesia repleta et compressa sit devotis, possint
sine corporis motu de loco in locwm indulgentias Vie crucis lucrari?
S. Congregatio respondit : Negative, absque speciali indulto. Singula enim Summorum Pontificum Decreta affirmant, inter alias conditiones pro acquirendis stationum Vie Crucis indulgentiis, necessario requiri aliquem corporis motum, ut clarius declaratum est ab. hac Sacra Congregatione, nempe : Transeundum esse ab una statione ad aliam, in quantum sinit aut multitudo personarum, quce eas visitant, aut angustia
loci, wbi sunt erectee.
Nous appelons l’attention sur les mots de loco in locum, qui, pris au sens naturel, signifient un mouvement pour changer de place. La S. Congrégation répond que, @ moins @indult, méme quand il y a a l’église un grand nombre de per-
VAMI DU CLERGH
nnes, il faut sortir du lieu ow J’on se trouve et aller dans un autre en parcourant une distance plus ou moins grande selon l’étendue du lieu ot Ton se trouve.
Un indult de cette sorte a été accordé a la province de Munich, en 1868. En voici un résumé emprunté au P. Mocchegiani ' :
Etiam in privato exercitiojam ab hominum memoria usus pariter invaluit in iisdem locis, ut in scamno suo vel loco quisque remaneat, et ibi genuflexus totum hoc sanctum exercitium persolvat, persuasus se posse lucrari indulgentias, dummodo post singulas stationes aliquem corporis notuim faciat et paulisper assurgat. Ita autem faciunt sive ecclesia vacua sit, sive sit populo referta. Rebus sic stantibus, porrecte sunt preces summo Pontifici Pio PP. IX, ut concedere dignaretur, quatenus pro S. Viee Crucis .exercitio tam publico quam privato in nominatis dicecesibus sufficiat ad indulgentias adnexas prosequi in methodo supradicta, jam in yeterem consuetudinem deducta, etc.
S. Congregatio Indulgentiarum, attentis peculiaribus circumstantiis, de specialt gratia in exemplum non ajferenda, previa sanatione quoad preteritum relate ad exercitium Vie Crucis..., permisit, ut enuntiata methodus in prefatis locis servari possit, ita tamen, ut Christifideles saltem in loco, ubi manent, pro qualibet Vice Crucis statione assurgant et genuflectant.
‘Le P. Hilgers s’exprime ainsi : « Les 44 stations doivent étre visitées par ordre l’une aprés Yautre ; par conséquent, il faut aller réellement dune station a Vautre *. »
Q. — J’ai lu dans une Semaine Religieuse quwil était nécessaire, pour le gain des indulgences du chemin de ja croix, qu’un tableau ou une affiche indiquat qu'il a été érigé et bénit réguliérement.
io En quels termes doit étre fait ce certificat d’érection? Suffit-il de reproduire l’acte des registres. paroissiaux? Toute autre formule est-elle suffisante ?
2° Dans la plupart des églises, les chemins de croix anciens et nouveaux ne sont pas accompagnés de cette formalité. S’ensuit-il que les fidéles ne gagnent pas les indulgences ?
R. — a) lly a obligation de rédiger le procésverbal de l’érection du chemin de la croix et de le déposer dans les archives.
b) Toutefois cette obligation n’est pas sous peine de nullité, comme l’a déclaré la Sacrée Congrégation des Indulgences le 6 aout 1890, ad IV: « An testimonium erectionis in actis Episcopatus aut in codicibus pareeciz seu loci in quo fit erectio Stationum Vie Crucis, inserendum sit swb eadem nullitatis pena ? — Rusp. Prescribitur insertio testimonii erectionis in actis episcopalibus et in codicibus pareecie seu loci, etc., sed non sub pena nullitatis. Cf. Decretum sub n. 294. »
Le P. Mocchegiani interpréte comme nous cette décision du 6 aotit 1890 : « Verum insertio testimonii erectionis in actis episcopalibus et in codicibus pareecise seu loci, ubi fuerint erectw stationes, prescribitur quidem, sed non sub pena nullitatis. (Decr. 6 Aug. 1890, ad IV)3. »
4 Collectio indulgentiarum, n. 1282.
2 Hilgers, Manuel des Indulgences, p. 304.
3 Mocchegiani, Collectio indulgentiarum, n. 1204.
c) Les fidéles peuvent gagner les indulgences du chemin de la croix avant la rédaction du procésverbal. C’est ce que conclut Mocchegiani du décret du 410 février 1844, n. 825 : « Ex quo non est determinatum tempus ad documentum erectionis faciendum, consequitur ejus defectum non invalidare stationes jam rite constitutas, ac ideo fideles lu-
crari posse indulgentias pio exercitio adnexas etsi
documentum erectionis nondum fuerit confectum !. »
d) Nous n’avons vu nulle part qu’il y ait obligation d’afficher auprés du chemin de la croix le procés-verbal d’érection. En tout cas cette obligation existat-elle, on voit par ce que nous venons de dire que ce ne serait pas sous peine de nullité.
Q. — L’excellent Ami voudrait-il nous donner la différence qui existe entre juridiction douteuse et juridiction probable dont parle Gury, au n° 549 de Pcenitentia ?
R. — Vous la trouverez dans le traité de Cons: | cientia du méme auteur, aux nos 40 et 51.
Gury, imitant en cela tous les auteurs, distingue entre le doute positzf et le doute negatif. Dans le premier, mens suspendit assensum ob apparentem equalitatem rationum ; et dans le second, mens suspendit assensum ex defectu rationum. Dans Yun et dans l’autre, il y a suspension de l’esprit qui, ayant des motifs opposés de juger ou d’agir, ne peut se décider en aucun sens, ces motifs étant & peu prés de méme valeur.
La probabilité, au contraire, suppose d’un cdté des motifs graves d’agir, bien quil y ait quelque crainte de l’autre : Judicium nitens motivo gravi, licet cum formidine de opposito.
Q. — Veuillez me donner la priére indulgenciée (200 jours d’indulgences) a Notre-Dame du Mont-Carmel, donnée par Léon XIII par rescrit de la Congrégation des Indulgences, en date du 16 janvier 1886.
R. —‘La priére dont vous parlez se trouve dans la Raccoltd, derniére édition, sous le no 202. La traduction que nous en donnons est empruntée a l’édition approuvée de M. Pallard.
O bienheureuse Vierge immaculée, beauté et gloire du Carmel, yous qui regardez avec une bonté toute spéciale ceux qui revétent votre habit bien-aimé, jetez aussi sur moi un regard propice, et couvrez-moi du manteau de votre maternelle protection. Fortifiez ma faiblesse par votre puissance, éclairez les ténébres de mon esprit par votre sagesse, augmentez en moi la foi, Vespérance et la charité. Ornez mon dame de graces et de vertus qui la rendent chére a yotre divin Fils et a yous. Assistez-moi durant ma vie, consolez-moi a la mort par votre aimable présence, et présentez-moi a Vauguste Trinité comme votre enfant et votre dévot serviteur, pour vous louer et vous bénir éternellement en Paradis. Ainsi soit-il.
Trois Ave et Gloria.
Notre Trés Saint Pére le Pape Léon XII, par Rescrit de la Sacrée Congrégation des Indulgences
1 Tbid., n. 1206.
Br ee L’AMI DU CLERGE Ee em |
Danse Phe Leh pet NSM eS CUB nS ~ du 46 janvier 1886, a accordé a tous les fidéles qui, de cour ati moins contrit et avec dévotion, réciteront cette priére, une indulgence de deux cents jours, une fois le jour.
Q. — Dans notre diocése, il y a suspense tpso facto pour le prétre qui, sans permission, abandonne son poste de curé, de vicaire ou de professeur. Or un prétre que je connais est parti sans permission. Il est done suspens et cependant, dans le diocése ot il est, il continue a dire la messe. La suspense n’atteint-elle done pas les prétres en dehors du diocése? Telle est la question que, malgré les arguments pour et contre, je mal pu résoudre.
R. — « Leffet de la suspense s’étend 4 tous les lieux; une fois encourue, elle suit la personne partout ow elle va, elle ne cesse pas par le passage d’un diocése dans un autre; ainsi un ecclésiastique suspens par un éyéque, l’est pour tous les diocéses..» Ainsi s’exprime Stremler *.
Voila pour la question doctrinale. Quant ala solution pratique, il peut se faire que le prétre en question ait demandé depuis 4 son évéque d’origine l’absolution de la suspense encourue au moment du départ.
Q. — Il arrive parfois que des chrétiens m’apportent une certaine somme, 10 fr., 20 fr., pour dire des messes. Je leur demande combien ils veulent de messes, car plusieurs fois on m’a donné cette somme pour une seule messe. Plusieurs me répondent : « Comme vous vyoudrez. » Cette réponse m’embarrasse quelque peu et je me demande si, dans ce cas, je ne puis prendre le taux plus élevé, afin que ces messes soient acquittées plus té6t, surtout lorsqwil s’agit de messes pour des défants nouvellement décédés.
R. — La régle 4 suivre est d’appliquer le tarif en usage dans le diocése ou dans le pays.
La question donne a entendre qu’il y a plusieurs tarifs, s’'appliquant sans doute a des messes dont la.solennité est plus ou moins grande.
Les fidéles qui demandent des messes vous laissant libre a ce sujet, vous pouvez, si vous le jugez bon, célébrer des messes plus solennelles en prenant l’honoraire qui leur est attribué par le tarif en usage. Kn agissant ainsi, vous n’avez pas a craindre de commettre une injustice.
Si la réponse que vous citez va plus loin et que vous puissiez, avec bonne raison, penser qu’on se contente d'une seule messe, vous étes en droit de vous en tenir 4 une seule messe, a laquelle vous donneriez la solennité convenable.
Mais il nous semble que la réponse a’plutot ce sens : qu’on vous laisse a interpréter la demande au mieux des intéréts des défunts. Il ne semble pas qu’on ait l’intention d’augmenter l’honoraire pour vous faire une aumone personnelle.
Toutefois, on ne saurait en juger que d’aprés les circonstances. Et il serait bien préférable de provoquer une réponse précise.
ee SSS
1 Stremler, Tratté des peines ecclésiastiques, p. 3803.
DAME DU CLERGE et les livres
4° Consultations
Q. — J’ai vu naguére annoncer un livre dont le titre m’a paru bien alléchant : L’'éme anglicane, par un m1-— nistre anglican converti, M. Horace E. Chapman. Pourriez-vous me dire si le yolume tient les promesses de son titre?
R. — L’ame anglicane, celle qui est religieuse et croyante, est étrangement tourmentée. « Que doitelle croire? Quelle est la régle de foi sire? Quelle est la véritable Eglise? » Voila ce qu’elle se demande et qui la tient dans des perplexités angoissées. Apres avoir écrit la Crise religieuse en Angleterre et ’Anglo-catholicisme, ceuvres de théorie et objectives, le P. Ragey, qui connait mieux que personne la question anglicane, nous donne une ceuvre subjective, ’histoire d’une &ame droite, réfléchie, qui estime que la vérité divine doit jouir de la liberté apostolique, étre indépendante de. Vittat, et qui un jour, apres des années de tristesse intime, se fait ce raisonnement : :
« Un chrétien ne saurait, en conscience, accepter la suprématie de l’Etat en matiere religieuse. Or, il est impossible de rester dans I|’Iglise anglicane sans acvepter cette suprématie. Donc, je dois me retirer et aller 4 Kglise qui, pour la doctrine, est indépendante de Etat, ’Eglise romaine. »
Cette ame est celle de M. Horace E. Chapman, ministre anglican converti par la grace de Dieu, apres de mires réflexions et de longs efforts. Mais s'il jouit en paix de la vérité intégrale, il a laissé dans le schisme des enfants quw’il a élevés luiméme pour le schisme. [1 leur donne, dans une trés intéressante monographie, les raisons qui Vont déeterminé a se faire catholique. Dans son livre, « écrit uniquement en yue d’une circulation privée, » il nous fait voir toute « une galerie @ames » qui pensent, hésitent, agissent, se contredisent quand elles sont poussées par des mobiles humains, ou marchent droit 4 la veérité lorsqu’elles n’écoutent que leur raison et la voix de Dieu.
Trés touchante sa lettre & ses enfants. I ne les presse point, ne les oblige pas a le suivre; il expose simplement les « raisons qui m’ont amené, dit-il, et avec moi votre mére, & prendre ensemble, apres plus de trente années de mariage passées dans une paix constante et sans l’ombre d’un nuage, la détermination la plus importante de notre vie. » Il ne se reproche qu’une chose : c’est d’avoir trop différé,
« En soumettant ainsi nos ames pour l’éternité a ’Eglise de Dieu, nous n’avons agi ni lun ni Pautre en nous appuyant sur ce principe que nous preférions le catholicisme a toute autre religion ou qu'il nous convenait mieux que toute autre. Nous n’ayons été déterminés que par une seule raison : c’est que nous étions convaincus qu'il n’y
a dans ce monde qu’une seule Heglise de Dieu,
-absolument une seule. »
Il sent bien que ses enfants seront peinés, mais peut-étre un jour liront-ils ce petit livre avec
‘profit « et saisiront-ils la force des raisons expo-
sées. » Surtout il les « recommande de tout cceur a amour de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus- Christ.... Puisse l’Esprit-Saint, qui seul le peut, se faire votre Maitre!... » —
M. Chapman a autorisé le P. Ragey a donner a son livre de la publicité en France. Chez nous, en
effet, il ne saurait en résulter aucun des inconve- .
nients que l’auteur redoute en Angleterre, pour la liberté avec laquelle il parle « des personnes et
des choses. » Il faut lui savoir eré de cette faveur.
Rien au monde ne peut nous donner une idée plus exacte de ’dme anglicane, si complexe a cause de ses préjugés, de ses incroyables ignorances, de
la tradition qui posséde, des avantages matériels
qui la sollicitent, enfin a cause de la nature an-
glaise lente 4 comprendre, attachée aux détails
souvent plus qu’a l’ensemble, arrétée par mille difficultés graves qui nous paraissent des vétilles. Elevé par des parents qui lui « montrent la reli-
gion comme la plus importante de toutes les
‘choses, » surtout par une pieuse mere, M. Chap-
man se nourrit au foyer de préventions contre lEglise catholique et son « caractére terrible. » —
-« Elle est belle par le dehors, lui disait son pére,
mais...» Ce mais était plein de haineuses réti-
cences. Pendant ses cing ans d’études a Kton, « il
n’entend pas dire un seul mot de Dieu. » L’education anglaise est moins élevée, moins morale
gu’on ne pense. A l’université de Cambridge il rencontra cependant un homme sérieux, le Révé-
rend Douglas Giles, qui s’occupait de sa paroisse
‘de Belleau et préchait en surplis. C’est sans doute
cet homme de bien qui lui inspira idee d’embras-
ser l’état ecclésiastique, mais M. Chapman cons-
tate que, sa préparation finie, il « ne savait pas
au sujet des dogmes du christianisme ce que sait un enfant de dix ans ayant recu linstruction qui
“convient 4 son 4ge dans une école catholique. »
Pourvu néanmoins de ses grades théologiques,
il se rend a Cuddeston, au diocése d’Oxford, pour
y achever sa formation. Le directeur, le Dr King, un homme d’une haute dignité de vie et d’une culture théologique rare en Angleterre, le fait méditer, lui apprend que Notre-Seigneur est réellement présent dans le Saint-Sacrement, et « que ce sacrement est aussi un vrai sacrifice. » Jusque-la « je n’avais, dit-il, aucune idée du sacrifice... » Le Vendredi Saint suivant il fait sa premiere confession au Dr King, et commence a soupconner le mystére de l’Incarnation qui se continue par les sacrements. Le Dr King lui dit un jour: « Je vous enléverai l’Evangile et vous donnerai I’Kglise. » a6 devine alors que l’Evangile ne suffit pas, il faut
une Eglise qui ’explique et lenseigne. Rien nest.
attachant comme d’assister 4 l’éclosion, puis au développement de la vérite dans cette ame qui
~ gsouvre a toute vérité.
Vicaire 4 Southampton, il se rend compte de Vextréme négligence apportée par le clergé dans VYadministration du baptéme et de la communion. Ensuite se pose 4 son esprit cette question : « La confession fait-elle partie oui ou non de |’enseignement que donne l’Eglise d’Angleterre? » Il consulte son évéque, le Ir Wilberforce, qui lui répond : «Quelle bénédiction c’est pour vous d’avoir été & Cuddeston! Si une personne demande a se confesser, efforcez-vous d’abord de découvrir si le désir de la confession est inspiré par le besoin morbide d’exciter de la sympathie, ou s'il existe dans l’Ame quelques troubles sérieux dont il soit nécessaire de la délivrer pour la mettre en paix avec Dieu. Dans ce dernier cas, peu importe qui s’oppose & la confession, votre ligne de conduite est toute tracée : vous devez exercer votre ministére de prétre, étre sincére envers le pénitent et envers Dicu, et entendre les confessions. »
Cette décision le ravit, il confesse, il instruit son peuple, s’appliquant 4 « l’amener a une vie sacramentelle. » Or, peu aprés, le Dr Wilberforce luiméme vient précher 4 Southampton, en sa présence, contre la confession, en signalant les dangers et déclarant que « nulle part l’Eglise d’Angleterre ne la permet ni ne l’encourage! »
A la suite d’un voyage 4 Menton, puis 4 Rome, il éprouve un grand attrait pour la sainte Kucharistie : A Saint-Pierre, il est envahi par ce sentiment puissant que c’est bien la non pas une Eglise « locale, insulaire », mais l’Eglise universelle. Rentré en Angleterre, il préche 4 Brighton et enseigne la présence réelle. Le Dr Durnford, éyéque de Chichester, l’apprend, lui demande ses sermons, les approuve par lettre, puis refuse de le
nommer curé d’une nouvelle église en disant : « Il.
est trop extréme pour que je puisse l’accepter. »
« Jétais renversé! » ajoute M. Chapman. Mais ce qui le scandalise surtout, cest la fameuse affaire de -Gohram, ou les tribunaux laiques obligérent Pévéque d’Hxeter a donner un poste a un indigne. C’est donc le Conseil privé, c’est la decision de la Reine qui fait seule loi en toutes choses, soit ecclésiastiques, soit civiles. Il se sépare méme des ritualistes, desquels tant de choses cependant le rapprochent; mais il a bientot percé A jour leur doctrine éclectique et vu compien ils s’éloignaient du parti tractarien. « La base de ce parti, leur disait-il avec Newman, cétait la profession de renoncement a son jugement propre ; la base du vétre est la profession de recourir 4 ce jugement privé. » Lire, a ce sujet, le beau chapitre xvir qui montre si bien que les ritualistes croient ce qui leur plait, et comment il faut une autorité chrétienne qui établisse la regle de foi unique.
Visiblement il tourne au catholicisme. Alors commencent pour lui les persécutions. Le Dr Moberly, son évéque, lui avoue nettement « quwil ne peut se conduire envers lui en évéque,» a cause de la loi civile: « Je suis convaincu, ajoute-t-il, qu'il est impossible & un évéque anglican de désobéir 4
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la loi, quoique le jour puisse venir ot il aura a renoncer a son sidge!... » Quelle grave parole! Que voulez-vous! Tous ces prélats ont prété serment a la Reine qu’ils tiennent d’elle leurs pouvoirs spirituels, aussi bien que leurs biens temporels de la Couronne. Pour effacer ce serment, il leur faudrait « renoncer a leurs palais et a leurs revenus princiers : ce quils ne font jamais! »
Trés curieux aussi les chapitres xx et XxI, sur « YOrdre de la réunion en corps, » — inspiré par le besoin de croire et le sentiment que dans l’anglicanisme tout est matiere de doute,—- ayant a sa téte un vrai évéque, sacré en pleine mer ct jouissant de la « pleine possession des ordres reconnus par Rome. » (P. 251).
Plusieurs années encore il continue son ministere paroissial, préche des missions et surtout de plus en plus se pénétre des ouvrages de Newman. Qui faut-il croire? se demande celui-ci. « Hélas! la réponse donnée par l’Eglise anglicane est que personne ne peut le savoir. Chez elle, il n’est plus aucun point de la révélation chrétienne qui soit matiére de certitude. »
Cependant, il lui restait son horreur innée pour le papisme, et Vempire des vieilles préventions qui l’éloignaient de l’Kglise catholique. Le dernier chapitre nous montre l’énormité des préjugés an- -glicans touchant les Jésuites, Vinfaillibilité, que beaucoup confondent avec Vimpeccabilité, le culte de la Sainte Vierge quw’ils croient supérieur 4 celui de Notre-Seigneur, les indulgences qui, d’aprés tout bon anglican, ne sont rien autre chose qu’une « permission de pécher. » En général, ’anglican n’étudie pas, il accepte sans examen une autorité agréable. « Le chanoine Newlight est mon autorité, dit-il. Il a, vous le savez, réfuté en long et en large toutes les prétentions de Rome. » Et cela lui suffit; il ne veut pas savoir que le chanoine si savant a été cent fois réfuté.
« Hélas! dit M. Chapman en terminant, trop tard je vous ai connue, 6 ancienne éternelle vérité! Trop tard je vous ai trouvée! » Et il ajoute avec Newman : « Que j’aie été l’objet d’une conversion sensible, j’en ai la conscience plus que je n’ai conscience d@’avoir des pieds et des mains! »
En publiant PAme anglicane, le P. Ragey a fait peut-étre la meilleure de ses wuvres. Aprés Vavoir lue, on comprendra mieux l’état d’Ame de tant d’hommes droits qui voudraient revenir a nous, mais qui en sont empéchés par de multiples considérations, la question anglicane, l’cuvre puissante de Newman, la cause de la poussée qui s’opére vers Rome. On éprouve surtout une grande compassion pour ces ames qui souffrent dans le doute, Pinquiétude, l’wnrest, et Yon se sent porté a prier beaucoup pour elles !.
* Lame anglicane, par Horace E. Chapman, traduit parle R. P. Ragey. — Un beau vol. ae een Prix :3 fr. — Paris, Briguet.
. genre libre, imagé, qui vous attire et vous garde. |