‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 18 sur 276 · NS · texte numérisé non relu

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Q. — Veuillez me donner, pour m’aider a juger de Vintérét qwils peuvent m/’offrir, une analyse suffisante des volumes suivants, édiltés chez Retaux : ‘

1° Monseigneur Henry Verjus, par le P. Vaudon ;.

20 Le Monastére des Oiseaux, par le P. Delaporte.

R.—AdI. Le P. Vaudon nous dit dans sa préface | qwil a composé ce livre « avec amour. » Cela se | sent 4 travers ces pages pleines de coeur et de foi, écrites dans un style vivant, avec toutes les evaces et toutes les nuances modernes. Le fond est riche, mais la forme est ravissante, dans son

Cette Vie, ajoute-t-il, « nous l’avons écrite lon- guement, trop peut-étre pour les gens du monde ; | et cependant d’étre lu par eux ce nous serait une joie, sinon une récompense; ils apprendraient dans ce livre 4 quel prix s’achétent les ames. ‘|

« Plus @une fois en composant cet ouvrage, | nous avons songé 4 tant de chers jeunes gens de | nos colléges et séminaires qui ont au cur laflamme. Ils interrogent tous les points de l’espace. — Ils appellent une cause sainte. Ils la cherchent. Pour elle ils sont préts a. combattre, a souffrir, a mourir.

« La lecture de ces pages orientera peut-étre leurs belles ardeurs. »

Toute sa vie — qui fut courte, — Mer Verjus écrivit son Journal, prit des notes, partout, enfant de la Petite-Ziuvre ou missionnaire de la Nouvelle-Guinée, dans son exil de Barcelone~ comme a bord des bateaux qui le transportent. Ul écrivit en outre des lettres innombrables ov débordent les effusions du cceur et de la piété, . ou étincelle la bonne humeur parmi les plus pénibles travaux. Le P. Vaudon a puisé dans ces trésors a pleines mains, il a cité, beaucoup cité, et, quoiqu’il en dise, ces citations, loin de nuire a son livre, lui donnent un charme de plus.

L’écrivain le plus brillant ne rendra jamais les impressions des autres comme ceux qui les ont éprouvées et vécues; il y apportera plus d’art, plus @imagination, moins de vérité.

Son héros dailleurs est des plus attachants.

Simple, ardent, confiant, homme, trés homme, dans son Journal il se peint, il s’analyse naivement, il vous intéresse, parce que tous ses comhats vous les avez livrés, — avec moins de bonheur, — vous vous retrouvez en lui, et comme Dieu V’a doué de plus de bonne volonté que d’intelligence et de mémoire, vous vous sentez plus rapproché de lui, il ne vous écrase point par sa supériorité, — bien qwil vous épouvante par ses macérations.

Né a Oleggio le 26 mai 1860, dans la Savoie annexée a la France, il est Francais, car son pere, Philippe Verjus, n’opta point pour l’Italie. Carabinier dans Parmée sarde, Philippe obtint une petite pension du gouvernement de Napoléon III. Il quitte Oleggio le 16 aot 1861 avec deux voitures sur lesquelles il a placé sa femme, Laure Massara, ses deux fils, Jean l’ainé et Henri, ainsi

-LUAMI DU CLERGE ne ek esis Wit aga

que son petit mobilier. La nuit du 19 au 20, il

arrive a Saint-Michel en Maurienne, et Laure, a

| la clarté des étoiles, lave les humbles vétements ‘de son plus jeune fils Agé de quinze mois: « Ah! ‘ disait-elle plus tard, les langes de mon Henry, je

les ai autant lavés de mes larmes que de l’eau de

Saint-Michel! »

L’enfant est courageux, pétulant, mais pieux. A Seynod, ou il passe ses premieres années, il est enrolé dans la Sainte-Enfance. Il en est tout fier et rentre ce jour-la — 28 décembre 1863, il n’avait que trois ans — en disant a sa mére :-«« Maman!

je serai parrain d’un petit Chinois ! »

Quand M. le curé de Seynod lui fait faire sa premiére communion, il n’a pas huit ans. La mere d’Henry se récrie Zl est trop jeune! dit-elle. — Laissez-moi faire, répond le bon curé, vous ne

Savez pas ce qui se passe dans le cceur de cet

angélique enfant ; moi je le sais! » (5 avril 1868).

Son pére meurt en janvier 1870. Mme Verjus, obligée de gagner sa vie et celle de ses enfants, s’en va travailler aux Molasses, une maison de campagne pres d’Annecy, appartenant aux Sceurs de Saint-Joseph. Elle soigne les vers 4 soie. Ce qui fera dire un jour au P. Vandel : « Les Molasses nous ont donné le plus beau cocon qui ait jamais paru chez elles. » Les bonnes religieuses d’Annecy devinent Hien vite, a le voir si pieux a Yéglise, qu’il sera prétre; elles lui demandent ce qu'il pense devenir < « Moi, répond-il avec conviction, je serai missionnaire! — Missionnaire!

mais, mon pauyre Henry, tu n’y songes pas?

Pour étre missionnaire, il faut. étre instruit, savoir le. latin, le grec, la théologie et bien ‘d’autres choses encore! — Aprés, ma Sceur? » —

Et 4 toutes les considérations qui lui étaient faites touchant les obligations et les périls de la vie de missionnaire, il répondait toujours : « Et aprés? » — «Mais tu ne reverras plus ta mere! » Seule la pensée de se séparer de sa mére, qu’il aimait uniquement, lui cause une vive et pénible

impression. Mais un instant aprés, comme revenu “dune profonde réverie, il dit avec une calme

fermeté : « Ma Sour, je serai missionnaire! » - Maleré Vingratitude de sa mémoire, il se fait remarquer a la Maitrise d’Annecy, puis 4 la

Petite-Giuvre du Sacré-Coeur, a Chezal-Benoit, par.

son esprit vif, sa ténacité au travail et méme ses succés. Surtout il est de toutes les cérémonies, de toutes les soirées récréatives. I] chante, il déclame

“aA ravir, il est doué dune remarquable prestesse

de doigts, aussi cumule-t-il les fonctions d’organiste, de décorateur, Vinfirmier ; et partout il est aimé pour la douceur et l’aménité de ses bons offices.

Un chapitre intéressant sur les origines de la Petite-Ciuvre. On y voit passer et se mouvoir les belles figures du P. Vandel, du P. Chevalier, du P. Marie. Ce dernier épouvante @’abord un peu Henry par son air majestueux et sévere : « Si

vous ne changez pas, mon enfant, lui dit-il en 1876 a

la lecture des notes, on sera obligé de

vous rendre a votre famille! » — « Cette parole, écrit Henry Verjus, m’accable, me terrifie. Je

pense a ma vocation de missionnaire, au martyre!... » Mais bientét il se corrige de sa passa-

gére inapplication, et l’tntimité devient si grande ~

entre lui et son directeur que celui-ci le rend temoin de ses sanglantes mortifications, qui rappellent celles du P. Lacordaire. I] faisait venir Henry et lui commandait de le chatier pour Vamour de Dieu. Puis il découvrait ses épaules et le jeune homme le frappait avec une discipline. « Les forces me manquérent une premiere fois, écrit-il. Cet exemple d’humilité de la part de mon supérieur, me transporta de colére contre mon orgueil, et je résolus de Vabattre. Le P. Marie, quel saint!... Et pour moi, quelle grace! »

Devenu professeur a la Petite-(iuvre, il enflamme ses éléwes de Vamour du travail, mieux encore, de l’amour de Dieu. Quand ils ont été sages, ils lui disent : « Parlez-nous des missions! » Alors il laisse aller son cceur et ils demeurent sous le charme, se disant : « Moi aussi, je veux étre missionnaire! »

Les décrets l’exilent a Barcelone, ot il fait le dur apprentissage de la pauvreté et des privations. Hn 1884, il vient 4 Rome et suit les cours de théologie du Collége romain. Mais en méme

temps il donne ses soins aux malades, dans les.

hépitaux, particulerement a Vhopital de la Consolation, ou saint Louis de Gonzague soigna les pestiferés et les lépreux. Il étudie tout ce qu’il peut de la chirurgie, de la médecine, de la science des pansements, car, écrit-il, aprés avoir vu les instruments qui servent aux opérations, « je suis de plus en plus persuadé qu’un missionnaire ne doit rien ignorer. »

Un homme dont le nom sera plus tard réhabilite, le marquis de Rays, avait entrepris de fonder une colonie 4a Port-Breton. La Nowvelle France, journal de la jeune colonie, publié 4 Marseille, en disait des merveilles. « Cette entreprise attira les regards de Léon XIII. Les vicariats de Mélanésie et de Micronésie étaient abandonnés depuis vingtcing ans; le Souverain Pontife les confia aux missionnaires du Sacré-Cceur. L’ile principale est la Papouasie ou Nowvelle-Guinée qui a 2500 kilométres de longueur. Au nord se trouve la Nouvelle-Bretagne. Ordonné prétre le 4¢r novembre 1883, le P. Verjus recoit sa destination pour la Nouvelle-Guinée. Il se hate vers Marseille ou il tombe oravement malade Vune fievre typhoide : « Mon Dieu! que votre yolonté soit faite! »

s’écrie-t-il, malgré son désespoir de ne pouvoir accompagner ses fréres. Mais l’épreuve ne dure que quelques semaines, au bout desquelles il s’embarque pour VAustralie. Alors 4 peine arrivé sur le bateau, il écrit triomphalement : « On part! Je récite le Magnificat et le Te Dewm... Adieu, chére France! Adieu, parents chéris! Adieu, chers Péres et chers Fréres! Je ne vous verrai plus! Je vais chez nos sauvages, l’héritage de notre petite Société! J’espére arroser ces terres bénies

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de mon pauvre sang. Adieu! Au revoir au ciel, pres du coeur de Jésus! »

Il avait soif du martyre.

Le 4 juillet 1884 il célébre la premiére messe qui ait été dite en Nouvelle-Guinée, et émerveille les sauvages d’Yule, par sa bonté, sa facilité pour apprendre leur langue, ses modestes presents de chemises, de couteaux de poche, de miroirs, de petites musiques et de tabac qui leur paraissent plus précieux que l’univers. On manquait (eau, il fait creuser un puits qui donne une source saine et abondante, les naturels sont stupéfaits. Mais il y a deux ennemis 4 vaincre : la famine et les missionnaires protestants. Lorsque les provisions d’Europe sont épuisées, il lui faut aller les renouveler a Bioto; les femmes et les enfants suivent alors sa barque en pleurant et en criant : « Reviens, missionnaire, reviens ! Quand il revient 4 Yule, il trouve tout bouleversé, les figures sont sournoises, l’accueil glacial : les protestants ont passé par la. Il ne se rebute point, guérit les malades, comme le Sauveur, ouvre des écoles ot affluent bientot les enfants : « Aujourdhui, quarante enfants en classe, écrit-il, mon tabac en a grandement souffert, mais je m’en suis profondément réjoui... Il n’y a que trois jours que nous avons commencé, et déja deux garcons et une fille font de visibles progres. Déja ils savent sans hésiter reconnaitre Jésus, Marie, Joseph, Adam, Noé, compter jusqu’a dix et lire les voyelles... Bientét ils sauront le Pater. Quand ils sauront bien faire le signe de la croix, bien réciter le Pater et PAve dans leur langue, je serai heureux. Déja je les entends chanter ce nom adorable de Jésus. Je les entends sous la yéranda se répéter ’un a l’autre le Notre Pere. Quelle joie! »

Pendant qu’il se fait « pétrisseur de glaise, » afin de batir une église, une résidence pour les scours, un toit pour lui et pour Mgr Navarre, qu’il réconcilie les sauvages en se placant entre deux troupes armées, ou leur ouvre sa poitrine en leur disant : « Frappez! » la nouvelle lui arrive qu’on songe a lui pour le vicariat de la Nouvelle- Bretagne. Il en est confondu, désolé, et aprés s’étre humilié, puis confirmé dans Vespoir que ce n’est « qu’un vol de canard dans la presse australienne, » il se remet au travail : « tracé des routes, transport des arbres, arrangement d’un bateau. » Il ne se juge bon a rien : « Pauvre Henry, je ne puis mieux te comparer qu’au vieux chien de la Mission, Jové, qui déchire les pantalons des Péres quand il veut les caresser! » Cependant la nouvelle est vraie. Le Pape l’a nommé le 5 avril 1889 évéque titulaire de Limyre, et vicaire apostolique de la Nouyelle-Bretagne. Ses bulles lui parviennent le 24 aout, et les religieuses lui improvisent avec un art délicieux tout son costume, jusqu’a sa crosse en bois saupoudré de poussiére d’or. I pense a sa mere et lui écrit : « Bénissez-moi, mére trés aimée, comme je vous bénis de tout mon cour en yous donnant un baiser. » Bientét il se met en route pour Sydney, afin de s’y faire

sacrer par le cardinal Moran, mais la mer s’y oppose et le raméne aprés trois jours a sa mis-— sion de Port-Léon. Dieu voulait qu’il regit l’onc- tion épiscopale des mains de Mgr Navarre, dont ili} : était depuis cing ans le voopérateur incroyablement zélé. Ces pages du récit du P. Vaudon sont . les plus touchantes du livre, avec celles qui racontent le voyage 4 Rome de Mer Verjus.

En deux ans, c’est dans les missions de Rabao et de Roro une efflorescence de foi qui rappelle les plus heureux temps de I’liglise. Les sauvages sont instruits, beaucoup sont baptisés, des rap-

ports d’extraordinaire déférence existent entre

les chefs de Vile et les missionnaires. Raouma qui les a recus le premier et leur a vendu ‘lle terrain ot ils ont bati, s’en glorifie aprés un tatsouw ou grand repas, en mémoire de la mort |

de la fille du chef Obara. Les principaux du pays

sont la devant les évéques et célébrent leurs louanges : « Les missionnaires nous ont apporté la paix, dit l'un d’eux. Grace a eux, jamais le gouvernement n’a puni personne parmi les enfants de Roro. » — « Le Pape, s’écrie Raouma, a dit a Mer Navarre : « Va-t-en bien loin, la-bas dans un « pays ou ily a des hommes noirs. Tu leur feras « connaitre Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Mgr Navarre a dit a Mer Verjus : « Va vers les fils de « Roro. Tu leur apprendras Notre-Seigneur Jésus- « Christ. » Monseigneur Verjus est venu... Maintenant nous connaissons Notre-Seigneur Jésus- Christ. Nos enfants sont baptisés et nous ne nous battons plus. On a tué mon pere, j’ai dit : « Je le « vengerai! » Le Missionnaire est venu, ila dit: « Dieu ne veut pas que tu le venges! C’est lui « qui vengera oe pére. » Et jai dit: « Je ne le « vengerai pas!

Voila bien la foeeh civilisation, celle qui adoucit les moeurs, répand la paix, compénétre jusqu’aux ames et forme les consciences. Mais il n’y a que l’Evangile qui puisse la procurer, par l’intermédiaire des héros et des saints, comme Mer Verjus, des héroines et des saintes comme les religieuses, ces femmes sacrées, disent les sauvages, qui se vouent a cette mission pour laquelle il faut encore « plus de forces mone gue de forces physiques. »

Mais Mgr Verjus fait prier tous les couvents, tous les Carmels avec qui il correspond. Dans un Carmel la sous-prieure se voue en victime pour le succés de Pévangélisation des sauvages, chaque scour adopte spirituellement une famille de ces sauvages, les plus rebelles 4 la foi. Les immolations d’Europe produisent ‘les conversions de la Nouvelle-Guinée. Celui qui s’immole le plus toutefois, et de corps et d’Ame, c'est encore le jeune évéque.

« Il faut, 6 mon Dieu! écrit-il le 17 octobre 1891, en la féte de la bienheureuse Marguerite- Marie, il faut que vous soyez connu et aimé de tout ce peuple; il faut que ces Ames soient sauvées; il faut que votre sang lea lave, les purifie et les sauve! Et si pour. cela, 6 mon Jésus bien-

aimé, il faut du sang, des tourments, une passion, une flagellation, un crucifiement, un chemin de croix vivant, 6 bon Jésusgj! je vous en conjure, -acceptez-moi! Voici tout ce que jai, tout ce qui me reste encore; mon sang... mon corps tout entier... mon cceur, Mon ame, tout moi-méme.

Crucifiez-moi, 6 mon Jésus!... Brisez-moi... et triomphez sur mes ruines ! »

Jésus l’avait exaucé : le corps, ’Ame, le cceur,

tout était broyé en lui. Il souffre des sauvages,

de leur odeur repoussante : « Nos chers sauvages ont de belles Ames, mais quels corps! » Il souffre de leurs petitesses, de leurs ingratitudes, de leur orgueil qui regarde toujours le missionnaire comme un étranger. Il souffre des sécheresses intimes, comme des austérités qu’il s’impose.

Jésus nous a sauvés en mourant, dit-il. Tout en moi demandera le martyre. » Et ne subissant point le martyre qu'il désire et qui lui ferait

verser tout son sang, du moins il sera dans son

-diamants

corps « un chemin de croix vivant. » Les détails que donne le P. Vaudon vous font frémir : « Ce pauvre avait des bijoux, tout un écrin de chaines, disciplines de cordes, disciplines de fer, bracelets, jarretiéres. Ce mortifié senivrait de la douleur. » Sur son corps il avait ‘gravé a coups de canif un calice, un cur cou-

-ronné d’épines, tous les instruments de la pas-

sion, le souvenir sanglant de chacune des stations du chemin de la croix.

Quelle est donc la valeur des Ames pour que les apotres de Jésus-Christ les achétent et les rachétent a ce prix inoui!

Le 7 avril 1892 il s’embarque pour la France, afin d’y aller chercher d’autres ouvriers pour sa

~moisson. Mais quand on le revoit a Issoudun,

avec ses traits émaciés, ses yeux brillants de fievre, la toux aigué et profonde qui lui secoue la poitrine, on le juge perdu pour ce monde. Cependant il veut aller a Rome, voir le Saint-Peére, lui

parler de ses chers sauvages. En passant, il salue a Annecy sa mére qui pleure de joie, tous ses

-anciens maitres,

les bonnes Sceurs de Saint- Joseph; partout fété, acclamé, parlant partout le langage et redisant les naives histoires de Roro. Le 48 octobre il est recu en audience par le Souverain Pontife, a qui il offre une tiare faite avec les couronnes que les chefs convertis de Port- Léon Vont prié de déposer aux pieds de Sa Sainteté. « Avec quoi sont faites ces couronnes? — Avec des plumes d’oiseaux, Trés Saint Pere. — 1 y a donc de bien beaux oiseaux dans ce pays?

‘— Oui, de trés beaux, surtout ceux qu’on appelle des oiseaux de paradis. » Ensuite il présente a Léon XIII une carte ot sont marquées les stations qu’il a fondées. « Combien avez-vous de Péres pour tout cela? — Oh! bien peu. Quelques Fréres et quelques Sceurs! — Si peu de missionnaires pour tant de monde! »

Mer Verjus lui lit encore une adresse des ‘grands chefs, en canaque pur, en frangais. « Oh! la belle simplicité! » dit le Pape trés ému. Kt

MA

il’ le bénit, lui, mission.

fl ne devait pas retourner dans sa chére mission, pas méme revoir la France. En chemin il s’arréte a Oleggio, son village natal, et c’est la au lieu de Son berceau qu’il trouvera sa tombe, Il se fait lire la priere de Jésus aprés la Céne et & ces mots : Opus consummavi : « Crest tout a fait pour moi, » dit-il. Comme on lui recommandait de se souvenir des siens « quand il entrerait dans son beau royaume du paradis : « Oui, « bien str, » fit-il. Et ce fut sa derniére parole.

Cest un bien beau livre de plus que vient d’écrire le P. Vaudon. Il y a mis non seulement tout son cour, mais toute la magie de son style si personnel, toute la gamme de la doctrine et des sentiments. Ceux qui ne liront pas la Vie, de Mgr Verjus se priveront d’une grande et pieuse jouissance 1.

Ad ff. Tout le monde connait le couvent des Oiseaux a Paris. Ce qu’on sait moins, c’est que ses religieuses appartiennent a la Congrégation de Notre-Dame, fondée par saint Pierre Fourier. Le P. Delaporte, dans ce livre précis, exact, ou l’érudition n’enléve rien au charme coutumier de son style, raconte d’abord les origines de la Congrégation.

Saint Pierre Fourier fut Phomme le plus savant et le plus saint de son temps, un théologien fort remarquable et un homme d’action qui comprit les besoins de son époque. Les guerres de Religion avaient — comme la Révolution frangaise plus tard — semé Vignorance, surtout Pignorance religieuse, dans toutes les classes de la société. Pierre Fourier résolut de créer un ordre enseignant qui donnat « pour l’amour de Dieu » lV’instruction aux enfants de toute condition et fortune: « I] faut, disait-il a ses filles, enseigner pour rien pauvre et riche indifféremment. » Il est done le précurseur de Vinstruction gratuite, mais il avait un idéal tout autre que nos modernes laicisateurs. Son idéal était a la fois joyeux et pratique, avec l’éducation chrétienne pour base et les vertus chrétiennes comme gracieux couronnement. Dans sa méthode, toute minutieuse qu’elle est dans les détails, rien de pédant ni d’austére : on croirait qu’elle a été concue et mise en forme par saint Francois de Sales lui-méme, tant les recommandations sont faites avec grace et agrément.

I. — Son premier auxiliaire fut Alix le Clerc, née le 2 février 1576, d’une noble famille de Remiremont. Elle a été déclarée Vénérable le 24 février 4899. Mondaine jusqu’a vingt ans, « jusque-la, ditelle, ilme semble que je ne fis qu’une bonne confession, étant incitée par la lecture d’un livre qui me tomba en mains par cas fortuit. Un jeune homme, par raillerie, le jeta sur mon lit ou j’étais malade

ses Fréres, les Scurs, toute la

‘ Monseianeur Henry Versus, de la Société des Missionnaires du Sacré-Coeur, premier apotre de la Nowwelle-Guinée (1860-1892), par le P. Jean Vaudon. — Un vol. gr. in-8 de 555 p., avec portrait et 2 cartes. — Paris, Retaux. — Prix : 6 fr.

Se eae

L’AMI DU CGLERGE

WVune fiévre continue. Mais cette confession ne fut pas suffisante pour me tirer des péchés et vanités que je commettais parce que j’étais ignorante. Tout ce qui était de meilleur en moi pour lors, était que j’aimais V’honneur, je retenais mes actions de légéreté en compagnie, et je’ cachais tant que je pouvais mes actions vaines et de jeunesse, jusqu’a ce que monsieur notre bon Pere vint a étre curé de Mattaincourt. »

Elle « aimait fort 4 danser, » mais il lui parut trois dimanches pendant la grand’messe, qu’elle entendait le son du tambour qui appelait au bal et qu’elle voyait le démon lui-méme qui battait’du tambour, entrainant apreslui jeunes gens et jeunes filles. Alors elle renonca a « tous ses habits de vanité et fit vou de chasteté sans en prendre aucun ayls. »

Son sage directeur Vinstruisit, et avec elle plusieurs autres jeunes filles, Gante André, Isabelle et Jeanne de Louvroir. II les éléve, se fait luiméme leur instituteur, leur multiplie les avis et les principes d’éducation, gquil emprunte surtout aux méthodes des Jésuites. Il veut que les enfants alent une piété franche, éclairce, qu’elles choisissent des pratiques de piété « de la forme la plus douce, la plus aisée, la plus condescendante 4 notre infirmité, toujours sans les violenter et sans trop les presser ou: les ennuyer; » quwelles apprennent a chanter « des psaumes de David sur un bel air. » — « Cela servirait a tout le peuple, et ces fillettes étant devenues grandes et méres de famille, les apprendraient a leurs enfants et servantes et en tireraient toutes de grandes instructions et consolations. Il y a bien longtemps que j’ai ce désir en esprit de les ouir chanter 4 Mattaincourt en filant leur laine, et en hiver, le soir... »

Rien @’étonnant que de son vivant les religieuses de Notre-Dame aient été demandées par beaucoup d’évéques pour leurs diocéses. Au moment de la Révolution la Congrégation de Notre-Dame comptait quatre-vingt-dix maisons en France, sans parler d’autres établissements créés par une de ses éleves de Troyes au Canada.

La Révolution Jes ferma, mais des mains pieuses et obstinées en rouvrirent trente-trois. Une autre éléve de la Congrégation créa en Allemagne, a Munich en 1833, une communauté similaire qui commande a trois cent soixante-dix pensionnats de jeunes filles.

Aujour@’hui a Paris il y a trois maisons de Notre-Dame : les Oiseaux, l’Abbaye-aux-Bois et le Roule. C’est du couvent des Oiseaux que le P. Delaporte raconte Vhistoire et principalement celle de deux de ses supérieures, Mére Marie-Euphrasie et Mére Marie-Sophie.

II. — Orpheline de jeune age, Mére Marie-Euphrasie — Marie-Thérése-Félicité Binart (17941- 1819) — fut élevée dans un milieu philosophe; on Pépié quand elle va se confesser et elle est réduite a prier quelquefois « & l’ombre d’une déesse; » mais elle rencontre un directeur éclairé, le P. Thomas, qui la lance dans Saint-Ignace. Les

événements se chargeaient d’ailleurs de donner les plus craves enseignements. Entrée chez les religieu-

ses de ’Assomption, elle est arrétée en septembre

4792 et jetée en prison avec deux de ses compagnes, pour relations avec M. Emery. Elle échappe aumassacre par miracle, aprés avoir récité les prieres des agonisants. Le 17 juillet 1794 elle se trouve sur

le passage des seize Carmélites de Compiégne qui

s’en vont a l’échafaud, « le visage rayonnant de joie, » en chantant les Complies. « Toute saisie @émotion a la fois et d’admiration, elle s’ approche de la charrette, et tandis qu’elle salue d’un regard d’envie celles qui vont mourir, une des martyres se penche vers elle et lui donne le diurnal dans lequel elle avait lu saderniérepriére. » Ce diurnal fut gardé, onle pense bien, comme la plus précieuse relique.

Ses deux compagnes succombent bientét et aux maladies et aux privations. Elle entre alors dans la Congrégation de Notre-Dame a Rungis, et bien qu’elle se soit cru la vocation contemplative, elle se trouve soudain des aptitudes éducatrices qu’elle ne. soupconnait pas. « Je ne peux voir une jeune fille, dit-elle, m¢me étrangere, méme inconnue, sans que mon coeur vole au devant d’elle. » Alors elle n’avait pas encore fait ses vooux de professe ; quand elle les prononce le 16 septembre 4798 elle ne se retient point de s’écrier: « Je suis religieuse ! Je suis religieuse ! Ces bras, ces mains, ce corps, rien n’est a moi: toutest a religieuse! »

Heureusement alors, aprés la rude direction du P. Thomas, elle tombe sous celle de M. Fleury, une Ame ardente et judicieuse, un esprit fin, un contemplatif a sa maniére. Il lui inspire une grande confiance en Dieu en lui répétant: « Comment ne pas vivre d’amour et de confiance aprés tout ce que le bon Dieu a fait pour nous? Devant un brin d’herbe ou Vaile d’un moucheron, j’entre en admiration et tombe a genoux! » Mais il disait aussi aux religieuses avec une malice aimable, quand on lsait devant lui quelque point de la régle touchant la pauvrete: « Magnifique! Magnifique! Vous dites os ciseaux, notre couteau, mais qu’on s’avise de toucher a ces petits objets mis 4 votre usage, on verra bien s’ils n’appartiennent qu’a la communauté! »

Rien de pauvre comme leur établissement rue Saint-Benoit, quand elles transforment un dortoir en chapelle et que pour leur profession, n’ayant pas de drap de mort, elles prennent deux vieux chales noirs déteints (1809). C’est « le bon temps » alors, et dans leurs écoles pénétrent a peine les bruits des victoires de Napoléon. En 1812 elles s’établissent & Phétel Torpane, et celui-ci devenu également trop étroit, elles achétent ’Hdtel des Oiseaux, dont elles ont gardé le nom. L’un des propriétaires y avait installé W’immenses volieres, de la son appellation.

Alors Mere Marie-Euphrasie fréquente beaucoup Marie de l’Incarnation et les Carmélites, elle leur prend leur méthode et leur esprit. On comprend

Dieu! Je suis:

qu'elle ait aimé a s’entretenir des héroiques martyres avec Marie de l’Incarnation, l’une des trois seurs qui avaient échappé aux perquisitions et a Péchafaud. Tant de pieux et poignants souvenirs les rapprochaient !

Dieu la rappela a lui jeune encore. Lorsque M. Fleury lui dit: « Le Maitre est la et il vous appelle; ’heure de la récompense est venue! » —

« Je ne la croyais pas si proche, dit-elle, mais puisqwil en est ainsi, que la volonté de Dieu soit faite! Je vous remercie de m’avoir avertie, mon Pére! » Quand elle eut recu le saint Viatique, la Communauté fut admise dans la chambre de la malade, ditM. Villemain, au spectacle de cette sainte mort qui, suivant expression d’un Péredel’Eglise en parlant @une autre religieuse, sa propre sur, semblait une solennité sainte. (20 juillet 1819).

En méme temps qu'il raconte cette délicieuse vie, le R. P. Delaporte esquisse avec art les figures des premiéres religieuses, qui vous apparaissent un peu plus voilées, dans un demi-jour ravissant, comme celle de Madame Gajon, Mére Anne-Victoire, — de Mademoiselle Berthier, la Mére Rosalie, — et d’une autre Mére Euphrasie morte en 1848 pendant la visite de la supérieure. « Mére EKuphrasie lui sourit avec respect et tendresse, appuya filialement sa téte sur son épaule et expira sans agonie. C’était le sommeil de l’enfant entre les bras maternels, pendant que lame entrait dans la lumiére et la paix de Dieu. »

II. — Mére Marie-Sophie succéda a la Mére Marie-Kuphrasie (1791-41863).

Alexandrine Lavier — c’était son nom dans le monde — était néeaussi a Paris. Ses parents furent jetés en prison par les révolutionnaires et ne furent délivrés qu’en 1795. C’est alors seulement que Yenfant, agée de quatre ans, connut son pere et sa mére, gens de bien, de foi et de caractere. Orpheline 4 onze ans, elle tombe aux mains d’une tante janséniste qui luifait un crime @aimer la belle nature, de regarder une fleur, le beau ciel bleu, le lever du soleil, surtout de jouer et de rire. Lorsqu’elle entre comme pensionnaire au Cloitre de la rue Saint-Benoit, elle est séduite par la ferme bonté de Mére Marie-Euphrasie quila devine, l’éléve, la forme dés lors a lui succéder un jour, car elle se sentait atteinte. Elle la faisait assister aux conversations de M. Fleury qui s’étonnait de la trouver toujours silencieuse : — « Mon enfant, lui

dit-il un jour, pourquoi ne parlez-vous pas ? — Monsieur, répondit-elle, quand je saurai parler comme on parle ici, je parlerai. Kn attendant j’écoute. »

Tres intelligente et trés sévere, sa formation par la bonne Mére, qui voyait en elle la pierre angulaire de la maison pour l’avenir. Mais de la part d’Alexandrine une admirable docilité. Surtout elle s’attache a ses éléves, qui deviennent son unique pensée, méme durant son oraison :

« Je prévoyais dés le matin devant Dieu, écritelle, tout ce que je devais enseigner, la maniére dont je pourrais tirer parti des différents caractéres;

L’AMI DU CLERGE : | el ot

je revenais par la pensée sur ce que j’avais fait la veille, sur les moyens qui m’avaient réussi, sur ce que j’avais omis, sur ’ensemble et le détail. Je priais pour biatinn des enfants autant que pour moi-méme, et souvent se passait ainsi tout le temps qui m’était donné pour loraison.»

Ce dut étre le P. Varin qui Vindiqua aux religieuses comme la plus capable, maleré sa jeunesse, de conduire l’Institut: « Ne prenez pas de supérieure des autres maisons, » leur dit-il. Son élection effraya la jeune religieuse: « Que ferais-je? que dirais-je? » demandait-elle 4 M. Fleury, « quand on m’appellera au parloir? — Ma fille, écoutez et répondez ensuite. — Mais si je fais des bétises ? — Eh bien! faites des bétises hardiment. » — Le

bon abbé Fleury mourut peu aprés en 1822. Ce

fut une lourde épreuve pour la Congrégation, mais il fut dignement remplacé par le P. Ronsin qui leur fait goiter les Haercices de saint Ignace et préche des retraites « 4 la Jésuite. » Sa correspondance avec la Mere Marie-Sophie est charmante : « Le Coeur de Jésus tout a vous, avec toutes ses vertus, et vous toute a Lui, avee toutes yos miseres ! »

La dévotion au Sacré-Ceeur était trés florissante aux Oiseaux. Une jeune postulante y entra en 4823 — la future Mére Marie de Jésus — qui fut favorisée de révélations spéciales : « Il lui fut dit et répété souvent dans ses extases, dit le P. Ronsin, son directeur, que le vu dela Consécration de la France au Sacré-Ceeur, attribué a Louis XVI; était bien véritablement de lui; que cetait luiméme qui l’avait composé et prononcé. Le divin Sauveur avait ajouté qu’il désirait ardemment que ce voeu fit exécuté : c’est-a-dire que le Roi consacrat sa famille et tout son royaume a son divin Coeur, comme autrefois Louis XIII a la sainte Vierge; qu'il en fit célébrer la féte solennellement et universellement tous les ans, le vendredi aprés Voctave du Saint-Sacrement ; et qu’enfin il fit pbatir une chapelle et ériger un autel en son honneur. »

La duchesse d’Anhalt, Julie de Brandebourg, se convertit sous influence de la Mére Marie-Sophie: « Je suis née aux Oiseaux, écrivait-elle. J’étais un vilain hibou, Dieu veuille que je devienne un oiseau de Paradis! » Le duc fit son abjurationavec elle. Trés beau le chapitre ou le P: Delaporte raconte

les épreuves de cette famille et celles non moins touchantes du comte de Haza-Radlitz qui choisit’

la chapelle des Oiseaux pour rentrer dans le sein

de l’Kglise catholique. Une deses filles, Hedwige, y

devint religieuse sous le nom de Scour Jeanne du Sacré-Coeur, et Max, un de ses fils, entra dans la Compagnie de Jésus.

Les journées de 1830 faillirent étre tragiques pour le couvent. C’est pourquoi le noviciat fut transporté 4 Corbeil. La ferveur des novices lui fit donner le nom de « Noviciat introuvable, » et de fait quelles figures remarquables que celles de la Mére Julie, de Scour Bathilde ou de Scour Marie de la Conception emportée par le choléra et 4 qui

Ge ‘

on demandait 4 sa derniére heure: « Rien ne vous inquiéte ? — Rien du tout, » fit-elle sans hésiter. Les vacances de Corbeil furent racontées par Angéle de Sainte-Croix, dans un journal qui tomba aux mains de Louis Veuillot peu aprés sa

~ conversion. Le célébre publiciste y puisa d’inté-

ressantes pages pour son livre: Agnes de Lauvens ou Mémoires de Seur Saint-Louis.

Mére Sophie recueillit trente orphelines du choléra qui aux Oiseaux retrouverent au centuple, dit Louis Veuillot, tout ce que le fléau leur avait dté et méme ce qu’il semble que rien ne peut rendre: « des méres. »

Crest a elle qu’il confie ses scours Annette et Elise, lorsque son pére mort il est devenu chef de famille. A lire, ce chapitre qui renferme des lettres inédites 4 ses scours d’abord, puis a ses filles, Agnés et Luce, vingt ans plus tard. A Pune des premiéres, qui ne savent comment écrire 4 un frére déja célébre, il répond : « Iya dans le ciel

des saints et des saintes qui n’ont jamais su lire ;

et dans l’enfer il y a de grands savants. Quand tu dis que tu aimes Dieu, que tu aimes ton frére aussi, que m’importe que tu le dises en bégayant? » Kt a sa fille Agnés qui va faire sa premiere communion: « Tes quatre scours ont fait leur premiére communion au ciel, la communion des anges qui ne finit jamais. Toi, mon Agnés, tu vas commencer sur la terre ; ilfaut commencer de maniere a continuer la-haut! »

Les éleves et les religieuses du Couvent des Oiseaux ont appartenu pour plusieurs a des familles considérables, c’est pourquoi une partie intime de Vhistoire contemporaine s’est passée dans son enceinte. Sceur Marie des Anges était la scour du poéte Beranger, elle vint le voir sur son lit de mort et lui dit de ces paroles profondes et fraternelles qui furent peut-étre décisives. Louise de Saint-Arnauld était la fille du maréchal, c’est elle quil’amena a se confesser et a devenir le chrétien sans peur et sans reproche qui, en partant pour l’expédition d’Orient, arbora sur le vaisseauamiral image de la sainte Vierge. Louis Veuillot, qui était un grand convertisseur, faisait prier aux Oiseaux pour ses amis incrédules. Un jour il dit dans un groupe de jeunes gens: « J’ai promis 4 Mére Sophie trois 4mes en échange de ses bontés : vous voila tous trois préts 4 payer ma dette. » C’étaient Charleset Kmile Lafon et untroisiéme qui fut plus difficile 4 convertir, mais qui rendit enfin les armes au P. de Ravignan: « Vous ai-je dit, écrivait-il a Madame de Pitray, que de vingt-cing a trente ans, j’ai pour ainsi dire passé ma vie dans la chapelle des Oiseaux! C’est la que j’ai pris terre en revenant de Rome, que j’ai formé mes amitiés chrétiennes, que j’aimené confesser mes premiers

prisonniers pour Jésus-Christ. »

Que de choses intéressantes dans ce beau livre! C’est Vapplication partout-de la parole du Fondateur: «Il n’y a pas moyen pour yous de sauver plus de personnes qu’en instruisant les jeunes filles. » On leur inspire « le besoin d’instruction, »

mais d’une instruction solide ; les méthodes de Meére Sophie produisent une pépiniére de femmes chrétiennes qui dans le monde deviennent des apotres et des modeles ; c’est la qu’est née lidée du Mois du Sacré-Cour. Bénie en 1833 par Mgr de Quélen, Mére Sophie s’appuie d’ailleurs sur les hommes les plus vénérés de son temps, le P. Ronsin, le P. Olivaint, le P. de Ravignan, et Pie IX daigne l’encourager par un bref spécial. Ajoutons qwelle ne se désintéresse point de la misére du peuple : son « panier des pauvres » est une des inventions charmantes de sa charité.

Crétait le ceur qui dominait en elle, mais quel profond esprit de spiritualite dans ses recommandations aux enfants: « De la simplicité! de Voubli de soi! répétait-elle. Vous aurez des croix, si Dieu yous aime ect s’il veut voussauver ! » D’ailleurs point chagrine, point morose. « Elle faisait aimer la religion, dit lune d’elles, en montrant qu’elle n’est point ennemie des plaisirs innocents et des jouissances de la famille. »

Quand elle mourut, en mars 1863, Mgr Parisis résuma la louange unanime touchant « cette admirable Mére, d’une vertu si pure, d’un cour si grand et dune intelligence si remarquable pour faire chaque chose 4 propos et agréablement envers tous. »

Il donnait la note juste !.

2° Comptes rendus bibliographiques

Dictionnaire universel de la Pensée,

-~alphabetique, logique et encyclopédique, classification naturelle et philosophique des mots, des idées et des choses, par l’abbé Elie Blanc, professeur de philosophie a l'Université catholique de Lyon. — Deux vol. in-40 de 1600 p., brochés 30 fr. (la reliure en un seul vol. se paie en sus 5 fr.), — Lyon, Vitte.

Ce Dictionnaire est le fruit de toute une vie d’acharné labeur philosophique. [1 est, dans Vesprit de l’auteur, le germe d’une Encyclopédie chrétienne, d’une Synthése qui puisse embrasser toutes les analyses de la science contemporaine et les coordonner dans un méme ensemble scientifique, philosophique et théologique; qui soit ainsi un exposé moderne et intégral des vérités acquises, une démonstration nouvelle du christianisme tiree de cette intégralilé méme et des témoignages concordants de toutes les connaissances hurnaines. Les dictionnaires encyclopédiques qui vont se multipliant chaque année, nous intéressent sans nous suffire; leur multiplication méme est un signe a4 la fois de leur nécessité .et de leur insuffisance. Il nous faudra bien, enfin, allier Vunité et la doctrine des Sommes du moyen age avec Vampleur, lérudition et Vimmense variété des Encyclopédies modernes.

C’est en vue de ce but que M. Blanc, lun des esprits les plus universels, les plus pénétrés de pensée philosophique et les plus meublés de science de ce temps-ci, publia, dés 1873, une sorte d’essai et de spécimen, sous ce titre : Dictionnaire de la pensée, Essai sur la Synthese des sciences et V Encyclopédie chrétienne,

' Le MonastbrE DES OIsHAUX. Les Origines, la Révéerende Mére Marie-Sophie (1811-1863), par le P. V. Delaporte. — Un vol. in-8 illustré. — Paris, Retaux. — Prion:

in-4° de 20 pages 4 2 colonnes avec tableaux. Il y don- nait, pour la premiére fois, le plan du Dictionnaire

logique; il y ajoutait des extraits de son cuvre telle.

qu'il avait pu l’ebaucher a cette époque. Ce premier effort fut remarqué de Mgr Dupanloup, qui l’encouragea vivement, et de Louis Veuillot et de la rédaction de l’ Univers, ot l’auteur n’a cessé de trouver le plus fraternel appui.

Kn 1877, nouvel essai : Haposé de la synthése des Sciences, in-8 de 100 pages avec tableaux synoptiques : tranche détachée du futur Dictionnaire, qui valut a M. Blanc d’étre appelé 4 la chaire de philosophie sco-

-lastique qui venait d’étre créée a l’Université catholique

de Lyon (1878).

Divers essais abrégés parurent ensuite a l’usage prin-

. cipalement des classes : le plus achevé est le Dictionnaire alphabétique et analogique, que nous ne cessons de recommander ici (in-12, 2 fr. 60) et qui fut inséré, dés son apparition, dans la célébre collection classique des Fréres Maristes. Ce Dictionnaire s'est repandu a prés de cinquante mille exemplaires dans nos écoles libres et surtout dans un public de professeurs et d’écrivains a qui il n’était pas directement destiné.

Le Dictionnaire qui parait aujourd’hui bénéficie non seulement de ces ébauches successives, mais de l’ensemble des travaux philosophiques de l’auteur (Traité de philosophie scolastique, — Histoire de la philosophie, — Etudes sociales, — Mélanges, etc.). fl ren- - ferme, en ses deux volumes, deux parties distinctes et d’etendue sensiblement égale : 1° la partie alphabétique, et 2° la partie logique et encyclopédique.

La partie alphabétique comprend : toute la partie correspondante du Dictionnaire alphabétique et analogique, plus quelques milliers de mots nouveaux et surtout de noms propres, historiques et géographiques ; des étymologies plus nombreuses et plus exactes, sil y a lieu ; des explications complémentaires, les plus utiles aux professeurs et aux écrivains. A chaque définition - le lecteur trouvera Vindication précise des colonnes

et numéros de la partie logique et encyclopédique qui répondent au mot ou au sens ou a la chose gwil veut étudier. Quiconque a déja feuilleté le Dictionnaire alphabétique et analogique sait l’extréme commodité de ces références et la facilité des recherches d’aprés la méthode adoptée. ts

La partie logique et encyclopédique comprend, pour chaque livre ou série : ’ordre logique des mots, avec comparaisons nombreuses (analogues, contraires, etc.) et des notes sur les synonymes; ensuite une série Varticles encyclopédiques (environ six mille).

C’est une vraie bibliothéque, qui sera comme l’abrégé, le sommaire et le plan de l’Encyclopédie chrétienne. Elle s’ouvre par le nom de Dieu et la théologie, se continue par la métaphysique et la logique, la psychologie, la morale, ’anthropologie, la sociologie, etc.; les sciences naturelles, physiques, mathématiques ; elle se

poursuit dans V’histoire, toute expliquée par l’histoire .

religieuse, qui elle-méme est commandée par le fait de V’Incarnation ; elle s’achéve avec la géographie des Ktats contemporains et des colonies. On y a traité avec un soin particulier les articles qui intéressent la philosophie, Phistoire et les sciences ecclesiastiques ; mais on nen a négligé aucun autre. On a fait 4la bibliographie une part modeste, mais substantielle : on a indique, sur les matiéres les plus importantes, quelques-uns des meilleurs ouvrages. wea i

On voit par la quelle sera Encyclopédie chrétienne exécutée d’aprés ce plan. Les parties alphabetique et logique exigeraient peu de développement : elles formeraient le premier volume de Youyrage, elles en seraient comme la clef. Le corps méme de I’ ncyclopédie serait constitué par les articles encyclopédiques : ceux-ci seraient multipliés selon les besoins de la science et le but proposé, et seraient d’ailleurs susceptibles de tous les développements utiles. ;

Mais tout le plan en est tracé dans le présent ouvrage. Tous les mots de la langue et par conséquent tous les instruments élémentaires de la pensée y sont classés, définis, expliqués ; de méme tous les élements de Vhistoire et de la géographie; en outre, six mille articles encyclopédiques dessinent tout le corps de rGelle-ol existe donc dés maintenant avec tous ses principes essentiels, qui n’attendent plus que leur développement. « C’est un corps organise et vivant, mais dont les membres n’ont pas encore — loin de la! — les proportions matérielles voulues ; tous les organes principaux y sont accusés plus ou moins fortement,

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ss cael Does SAR i See ae Bee db ol Mig Yn selon leur importance, de méme que le sont, par exemple, dans l’étre vivant qui est en voie de naitre, le coeur, la colonne vertébrale, la téte, leg yeux, l’estomac, etc., mais d’autres organes sont a peine indiqués, qui devront grandir étonnamment. Cette Encyclopédie élémentaire n’est done pas précisément une réduction ou miniature d’une Encyclopédie plus étendue : elle en est le germe, ou plutdt ’embryon parfaitement spécifié. Kile contient done déja toute l’Ame, tout Vesprit de YEncyclopédie future et compléte qui en sortira.., L’Encyclopédie devra donc se développer de deux maniéres : en multipliant ses articles, qui sont comme ses organes ; en étendant chacun de ses articles autant que le com-

portent les connaissances actuelles et le point de vue ou Yon se place. »

-'VVAMI DU CLERGE a Ss G7

A son premier stade de développement, l’Encyclopédie ,

future comprendrait environ cinquante mille articles, répartis. en six ou huit volumes in-4°; et c’est 1A Ycuvre que lauteur espére réaliser, en faisant appel bient6t a une société de savants catholiques. — Au dernier terme de son développement, l’Encyclopédie embrasserait toutes les connaissances générales et toutes les connaissances particuliéres explorées par les savants contemporains; elle serait l’expression adéquate du savoir humain 4 l’aurore du xx® siécle.

Qui de nous n’a révé cette cuyre gigantesque, qui donnerait la Somme de toutés les lumicéres, naturelles ou surnaturelles, mises par Dieu a la disposition de Vesprit humain? Cette cauvre, le Dictionnaire universel de la pensée la dresse dés maintenant devant nous, vivante et constituée. C’est un instrument de travail extrémement fécond proposé:a tous les hommes d’étude et de réflexion. Rien, parmi tous nos Larousse ou contrefagons de Larousse, n’en peut donner une idée. Les Larousse sont faits pour fournir de sé¢ience superficielle et dispenser de travail sérieux un siécle de politiciens et de journalistes. Le Dictionnaire de M. Blanc doit étre aux mains de quiconque aime 4 mettre de l’unité dans sa pensée, de la cohésion entre ses connaissances, de l’ordre dans son esprit. « Le grand défaut commun jusquw’ici 4 tous les monuments encyclopédiques. sans compter quwils manquent d’unité doctrinale et d’architecture, c’est, dit M. Blanc, de cacher plus ou moins, comme le feraient des labyrinthes, tous les trésors de connaissances qu’ils renferment. On y entre au hasard, par toutes les portes; mais comment en sortir? Comment surtout s’y diriger ? »

fl faut rendre hommage enfin 4 l’exécution typographique, si importante en pareils ouvrages, et qui est ici d’une clarté parfaite et d’une rare exactitude. — Quelques fautes @impression seulement dans les noms propres : la plus sérieuse que nous ayons relevée concerne Vhis-

torien anglais Froude, que l’on écrit Fronde ; — Hefele |

fut évéque de Rottenbourg (exactement Rottenburg), et non de Rothenbourg, qui est plus au nord (sur la Tauber); — dans le nom de Bismarck, on a omis le ¢ qui précéde le &; — il faut écrire Baguenault de Puchesse (et non Puchesne) ; — le titre du grand journal socialiste allemand. s’orthographie Vorwerts, et non Vorwerts; — parmi les travaux de dom Chamard, il aurait fallu mentionner les Annales ecclésiastiques ; — d’Ernest Curtius, il ett fallu mentionner l Histoire grecque, et a cdté d’ Ernest, faire une place

a son frére Georges; — écrire Kraus, et non Arauss ; — écrire le nom du grand historien de Vart, Miintz, avec un tréma sur l’w; — écrire Tamizey de

Larroque, etc. Mais ces quelques remarques témoignent elies-mémes de l’énorme quantité de renseignements gqwon trouve en ce Dictionnaire, jusque sur les choses les plus récentes. :

Juris canonici et Juris canonico-civilis Compendium, par Mgr de Brabandere.

Editio Sexta, novis curis expolitior et auctior, opera C. Van Coillie, Juris Can. in Univ.

Cath. Lovan. Licent. et in Semin. Brug. Prof. — Société de Saint-Augustin. — 2 volumes in-8 de 600 et de 900 pages.

Voila un bon livre, que nous avons déja, recommandé dans le passé. Ses nombreuses éditions prouvent qwil est apprécié dans le clergé, et c’est avec raison : il mérite toute ’estime des canonistes.

Crest en 1869 que Mgr de Brabandere, alors professeur de droit canon au séminaire de Bruges, publia la

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CLERGE

premiére édition de son savant traité de droit canon. Au bout de peu de temps, l’auteur devait en preparer une seconde. Hn 1881 et 1882, son successeur, le docteur Van den Berghe, publiait la troisieme et la quatrieme. Le second successeur, le docteur Van Coillie, revisa la cinquiéme en 1894. Sur les entrefaites, mourut, eveque de Bruges, la premiére année de son installation, le savant auteur, Mer de Brabandere.

L’édition que nous signalons est la sixiéme et elle est due, elle aussi, aux soins du docteur Van Coillie. Outre la mise au point au sujet des Congrégations romaines, Vauteur a ajouté un long commentaire sur la Constitution Officiorum de |’ Index.

Un des caractéres du Compendium de Mgr de Brabandere, e’est qu’il donne la législation civile de Belgique, au sujet des fabriques. En France, M. Bargilliat a suivi la méme méthode. Quelques canonistes voient avec regret ce procédé, qui peut laisser croire aux éléyes que |’Hglise tient pour bonnes toutes les réglementations imposées par le pouvoir civil seul aux fabriques, confréries, ceuvres de bienfaisance, etc. ’

Assurément l’Eglise s’incline en silence devant le fait accompli, et elle attend des jours meilleurs pour élever la voix; mais ses droits restent. C’est ce que doivent

répéter souvent tous ceux qui, par la parole ou Vécri-

ture, veulent enseigner le droit canonique, afin d’empécher l’opinion du clergé de s’égarer au sujet des droits

de Etat.

La Belgique a gardé en principe la législation de Napoléon Ie, sur les rapports entre l’Kglise et I’Etat, mais elle a su l’améliorer sur bien des points, comme on peut s’en convaincre-par la lecture du: Compendium de Mer de Brabandere. En yoyant la bienveillance que met le Gouvernement belge dans l’application de toutes ces lois, on finit par se convaincre que l’on peut, avec de la bonne volonté, rendre faciles les relations de l’Ktat et du clergé.

Direction spiritaelle hebdomadaire 4 Vusage des religieuses, par l’abbé Guidault. — Un vol. de 300 p., 4 f. 50 franco. — Tours, Alfred Cattier.

De temps a autre, quoique heureusement a des intervalles assez éloignés, on nous prie d’indiquer des recueils de « morales » que les confesseurs pourraient adresser a leurs pénitents. Nous n’aimons guére accueillir ces sortes de questions, parce que nous estimons que

tout prétre approuvé pour siéger au saint tribunal doit

étre capable de tirer de son, intelligence et de son cceur les « morales » les plus appropriées a l’état des Ames que lui envoie le Bon Pasteur. Le petit livre que nous présentons ici doit étre le fruit @une préoccupation diamétralement opposée a celle qui nous plait si peu : cest un recueil de « morales » a lusage d’une classe de pénitentes a4 qui précisément leur confesseur, pour un motif ou pour un autre, se dispenserait habituellement de faire la « morale. »

L’auteur déclare avoir maintes fois constaté, — et peut-étre serait-on mal venu de trouver qu’il exagére, — que souvent la direction spirituelle des religieuses, a notre époque surtout ot les membres des diverses Congrégations sont disséminées un peu dans toutes les paroisses, est passablement négligée. « Peut-étre le ministre de Dieu n’est-il pas suffisamment éclairé sur les besoins des religieuses. Peut-étre n’a-t-il pas le temps de s’occuper d’elles spécialement. Peut-étre est-il trop agé : on craint d’ajouter indiscrétement a ses fatigues ; trop jeune : on n’ose pas s’ouvrir entiérement ; trop absolu : ou redoute ses conseils raides et impérieux ; etc. » Mais quelle que soit la cause, le résultat est le méme Vabaissement de la vie surnaturelle dans les religieuses, et par conséquent diminution de leur vigueur personnelle et sociale. Et alors, M. le curé se plaint de ses religieuses, sans méme soup¢onner le plus souvent que les religieuses auraient quelque raison de trouver que M. le curé ne se soucie guére de renouveler les forces vives de leur ame.

Done, aux religieuses qui manquent d’un directeur, Yauteur offre son livre. Ht dans la mesure ot une lecture, méme méditée, peut essayer de remplacer en ce cas la parole vivante et chaude, il leur fera du bien. Elles y trouveront une « direction » pour chaque semaine de l'année et trois retraites du mois, écrites par un prétre qui les aime beaucoup, qui en a beaucoup connues, et qui tient strement en grande estime leur sublime yoca-

tion. Et nous ne craignons pas d’affirmer que celles qui voudront mettre sérieusement en pratique ces conseils

- simples et forts, seront tout étonnées, — elles qui peut-

étre se croyaient déja parfaites, — de voir qu’il leur en |

cotite encore tant. :

Bref, un excellent livre de poche pour toutes les religieuses qui ne vivent pas dans une communaute avec un aumonier bien au courant de leurs besoins spéciaux.

. Trés pratique et substantiel.

Le Directeur des Méres chrétiennes, 175 Sujets pour instructions ou lectures pieuses, par M. l’abbé Toublan. — 3e édition. — Un vol. in-12 de 492 p.; 2 f. 50 (port en sus,

50 cent.); chez Vauteur, 4 Chalons-sur-Marne.

A coup str, beaucoup de nos anciens abonnés ont dans leur bibliothéque, 4 portée de la main, une ou l’autre

des premiéres éditions du présent ouvrage. Quiils en

fassent cadeau a des voisins moins fortunés et n’hésitent pas 4 se procurer celle-ci. Elle est augmentée de quarante-cing instructions : trente sur un sujet bien opportun, Vinfluence chrétienne de la femme; et quinze autres sur quinze fleurons de la couronne maternelle. J] nous semble quil y a la de quoi tenter la curiosité de ceux qui savent avec quelle netteté, quelle précision et quelle finesse ’abbé Toublan s’entend a analyser un sujet. Rien qu’a feuilleter, mais surtout a méditer ses différents volumes, on est assuré de bien employer son temps ; car ces alinéas d’une dizaine de lignes, souvent moins, raccourcis pour ¢étce plus incisifs, et méme numérotés pour que chaque idée creuse son trou plus vite encore, sont singuliérement évocateurs de pensées. Pas de phrase, le

moins de mots possible; on sent que ’unique préoccu-.

pation de l’auteur a été de ramasser, dans une belle ordonnance, les « choses » a précher aux méres chrétiennes, laissant a chaque orateur le soin de les habiller un peu moins simplement, pour aller dans le monde.

Nous ne connaissons pas de recueil d’instructions plus riche en ce sens sur le présent sujet, et. nous prions nos jeunes lecteurs d’en garder bon souvenir. — Les deux nouvelles séries ajoutées dans cette troisiéme édition ouvriront des horizons que peut-étre un certain nombre ne soupgonnent pas encore. En tout cas, elles aideront nos confréres pour les réunions de femmes chrétiennes ot ils doivent prendre la parole en dehors du Cours régulier et se trouvent obligés de traiter un sujet général. Car, si les femmes, du moins la majorité, n’ont pas besoin d@’étre excitées a faire prévaloir leur influence, elles ont souvent besoin d’apprendre la bonne maniére de l’acquérir fortement et de s’en servir utilement. Et dautre part, 4 mieux admirer l’éclat des fleurons de leur couronne, elles travailleront avec plus de courage a en fixer les rayons sur leur front.

Le Tempérament, par le docteur Surbled. — In-42 de 180 p., 4 franc. — Paris, Douniol.

Ktude qui fait partie de la nouvelle et déja célébre Bibliotheque des sciences psychiques. Peu de questions sont aussi pratiques que celle du tempérament ; et peu sont aussi obscures, peu sont restées aussi inyinciblement stagnantes, en dépit des efforts de la science. C’est de ces efforts que le D" Surblednous retrace Vhistoire, et cette histoire est lumineuse pour le psychologue. On ne sait rien du tempérament, qui n’a été jusqu’aujourd’hui qu’un mot couvrant notre ignorance des conditions biologiques de V’étre, un terme vague, obscur, interprété suivant les idées du jour et les fantaisies des auteurs, « symbole représentant des quantités inconnues, plutot qu’un terme désignant des conditions définies, » tandis qu'il devrait désigner le ¢towt du corps vivant, la caractéristique physiologique de V’individu, fournissant au médecin comme au moraliste les plus precieuses indications pour la préservation du mal, la conduite dela vie, le développement complet et harmonieux de la personne humaine. Ce serait le cas de lui appliquer le mot de Sieyés : « Qu’est-il? Rien. Que doit-il étre? Tout. » ;

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CONGREGATIONS ROMAINES

Saint-Office

27 janvier 1897.

Hosties confectionnées avec des farines douteuses

L’evéque de N... expose que, dans son diocése, on vend des farines qui ne sont pas sans mélange. Plusieurs prétres s’en sont servi pour confectionner des pains d’autel. Les uns agissaient de bonne foi; quelques

- autres étaient dans le doute. Aprés avoir pris des me-

sures sévéres pour arréter l’abus, l’6véque demande ce qu'il faut penser du passé.

Ht 8. Congr. Suprema S. Officit, mature perpenso hoc queesito, in fer. tv die 27 januarti 1897, audito voto consultorum, reseripstt : Supplicandum Sanctissimo ut suppleat de Thesauro Ecclesie, quatenus opus sit, habita ratione circa missas celebrandas eorum qui in bona et eorum qui in dubia fide celebrarunt. Sequenti vero fer. vi, 29 ejusdem mensis, facta relatione SS. D. N. Leoni PP. XIII, Ssmus resolutionem Emorum Patrum confirmavit, et petitam gratiam benigne concesstt.

REMARQUES

Nous profitons de cette occasion pour rappeler encore 2 nos. vénérés confréres de veiller avec le plus grand soin sur la nature des farines employées pour la confection des pains d’autel. Il y a grand danger a utiliser les farines dites de commerce.

Sacrée Pénitencerie 5

9 janvier 1899.

Les malades qui mangent de la viande, non

pas en vertu Wun indult, mais a raison de la maladie, peuvent, aux jours de jetine, user dans le méme repas de viande et de poisson.

Eminentissime Seigneur,

Titius est malade et aux jours de jevine il a besoin non seulement de prendre de la nourriture plusieurs fois par jour, mais aussi de faire usage de viande. Pourra-t-il, dans le méme repas, faire aussi usage de poisson ?

Il me semble qu’il faut répondre affirmativement. Dans une réponse du 23 janvier 1875, le Saint-Office interdit la promiscuité de la viande et du poisson méme A ceux qui sumunt carnes v1 indulti, et non pas seulement a ceux (ui jetnent; il révoque le décret du 24 mars 1841, ot il est dit: « Etiam ii qui excusantur ab unica comestione propter tmpotentiam vel laborem, edunt carnes vi indulti et proinde tenentur ad non permiscendas epulas. » Il ne parle pas de ceux qui mangent de la viande pour cause de santé. Par la le Saint- Office laisse supposer ou permet de croire que ceux qui mangent delaviande non pas 4 cause d’unindult, ne sont pas tenus par la loi qui défend le mélange de la viande et du poisson. ig

C’est l’opinion adoptée par Ballerini-Palmieri, Op. Mor., vol. u, tr. vii, n. 26 (edit. 22, p. 797) ; Génicot (Prof. Lovan., vol. 1, n. 444, edit. 2); d’Annibale, vol. 11, n. 188 (edit. 3); Bucceroni, Instit., vol. 1, n. 1607.

Baisant humblement votre pourpre, je me déclare votre trés obéissant serviteur en Notre-Seigneur Jésus- Christ. N.N.

Le 18 décembre 1898,

Sacra Peenitentiaria, consideratis expositis, respondet : Oratorem sententiam auctorum quos citat, tuta conscientia sequi posse.

Datum Rome in’S. Poenitentiaria, die 9 januarii 1899. B. Pompi, 8S. P. Corrector.

S. Congrégation des Rites

J 18 novembre 1899.

Hatension a toute l Eglise de la féte du V. Bede, sous le titre de docteur

Nous ne donnerons que le dispositif du décret :

Sanctitas Sna... ex ipsius Sacre Congregationis con- .

sulto concedere dignata est, ut Festum S. Bede Venerabilis cum Officio et Missa propria Confessoris et Keclesiee Doctoris, prouti hee approbata sunt, “die 27 mali, que est natalitia, eaque impedita justa Rubricas, die prima insequente libera, ab universa Hcclesia sub ritu duplici minori inde ab anno 1901 in posterum

recolatur. Tandem idem Sanctissimus Dominus Noster °

supradictum Officium cum Missa de S. Beda Venerabili, sub enunciato ritu in Kalendario Universali et in novis editionibus Breviarii et Missalis Romani deinceps inseri jussit. Contrariis non obstantibus quibuscumque. Die 13 novembris 1899. C. Hp. Preenestinus Card. Mazzmuwa, S. R.C. Pref.

D. Panici, S.. R. C. Secret.

24 juillet 1899.

Regles ad suivre pour célébrer les triduum da Voccasion dune béatification

Hee Triduana solemnia consistunt in cultu et honoribus altarium prima vice per tres dies continuos novo alicui Beato tribuendis. Hujusmodi cultus ceremonix precipus stricte liturgice sint oportet, que nimirum missam solemnem et etiam, si commode fieri possit, vesperas solemnes complectantur. Permittuntur autem preter illas et alice functiones ecclesiastice, uti preces

‘ quedam cum interposita Oratione Dominica et Angelica

Salutatione, litanie Lauretane, necnon, previo tamen consensu Ordinarii, solemnis Benedictio cum Sanctissimo Eucharistiw sacramento. ;

Oratio panegirica fiat inter Missarum solemnia post cantatum Evangelium, que in casu habebitur velut Homilia ; vel etiam sive ante sive post Vesperas recitari poterit. Tertia vero die non omittatur cantus solemnis Te Dewm cum oratione solita pro gratiarum actione.

Hee dispositio, qua: pariter in octavariis solemnibus occasione alicujus Canonizationis servanda est, a Sanctissimo Domino Nostro Leone Papa XIII in audientia diei 24 julii 1899 approbata fuit.

Datum ex secretaria S. Rituum Congregationis, die

24 julii 1899. C. Card. Mazzeuia, 8. R. C. Pres.

D. Panict, S. &. C. Secret.

17 novembre 1899.

MINORICEN. !

I. Interprétation dun indult de Clément IX au sujet de la récitation de Voffice votif de saint Jacques le Majeur. — Il. Dans les diocéses ow les offices votifs concédés par le décret du

4 Minorque, Iles Baléares.

5 juillet 1883 n’ont pas encore été adopiés, on peut encore les adopter. — Ill. Concession spéciale pour la mémoire de saint Antoine, abbé, patron du diocése de Minorque. — IV. A Veaception des chanotines, tous ceuw qui arrivent au milieu du cheur ou le quittent, doivent faire la génuflexion a un genou, guand méme le Saint-Sacrement ne se trouverait pas au maitre autel. —V. Quand on doit donner la bénédiction du Saint-Sacrement apres la messe solennelle, le célébrant et les- ministres en allant déposer leurs ornements ala banquette, du cdté de Vépitre, font la génuflexion a deux genoux in plano devant le Saint-Sacrement exposé sur Vautel. — VI. La Sacrée Congrégation permet de se servir d’aubes dont Vextrémité des manches est garnie Wun fond bleu sous une dentelle transparente. — VII. Elle tolére, jusquwa ce qwils sotent usés, des cordons en forme de ceintures. — VUI. Quand on dit Fidelium anime, on ne fait pas le signe de la croix comme pour donner la bénéaiction. — IX. Quand on encense le Saint-Sacrement a la messe solennelle, ad Vintroit et a Voffertoire, cela doit se faire duplici ictu in triplici ductu. — X. Le cierge pascal ne doit pas briler pendant la messe chantée de la vigilede la Pentecote. — XI. Quand le Saint-Sacrement est exposé, ceux qui viennent prés de Vautel et ceux gui sen eloignent doivent faire la génuflexion a deux genoux.

R. D. Joannes Barber Pons, Ececlesie Cathedralis

Minoricensis Beneficiarius et Sacrarum Ceremoniarum Magister, de Rmi sui Episcopi consensu, sequentia du-

bia Sacrorum Rituum Congregationi resolvenda humil-

lime proposuit, nimirum :

Dub. I. An Officium votivum S. Jacobi Majoris Apostoli, quod ex indulto Sa. Me. Clementis Papa IX recitabatur feriis secundis non impeditis in Hispanie dicecesibus, et nune persolvi potest loco Officii votivi de Sanctis Apostolis pro feria tertia adsignati juxta Decretum Urbis et Orbis diei 5 julii 1883, transferri possit ad feriam terliam in illis Hispaniz diccesibus ubi Officia votiva pro singulis hebdomade diebus non

sunt pro Communitatibus adoptata ?

Dub. Il. An in Diewcesibus, ubi Officia votiva pro singulis hebdomad diebus Decreto 5 julii 1883 concessa, non fuerint adhuce adoptata, possint ulterius semel pro semper eligi ?

Dub. III. An pro commemoratione S, Antonii Abbatis, hujus Dicecesis Minoricensis Patroni, de quo concessum est Officium proprium a SSmo Dno Nostro Leone Pana XIII, dici possit in Suffragiis Sanctorum antiphona propria de secundis vesperis festi : « Hodie Beatus Antonius hilari vultu Sanctos Angelos intuens, tamquam si amicos videret, migrayit in ccelum... ete., » omisso « Hodie ? »

Dub. IV. An omnes ad medium chori accedentes et recedentes unico genu flectere teneantur, Canonicis

exceptis, cum non sit in altare majori Sanctissimum

Sacramentum reconditum ?

Dub. V. An post Missam solemnem, qua finita, benedictio cum Smo Sacramento datur, dum Clelebrans et ministri recedunt ab altari ad scamnum in cornu Epistole, ut ibi Celebrans exuat Casulam et manipulum, induatque piuviale, ac Ministri manipulos deponant, debeant coram SSmo Sacramento, discooperto in ipso altari ubi Missa celebrata est, in plano utroque genu flectere, aut unico genu in gradu infimo altaris?

Dub. VI. An consuetudo utendi cingulo ad instar ' fascie tolerari possit ? —

Dub. VII. An toleranda sit consuetudo utendi fundo coerulei coloris sub velo translucenti in fimbriis et mani- cis albarum ?

Dub. VIII. Dum dicitur Fidelium animce in fine — Officii, estne manu producendum signum crucis ad

instar benedictionis ?

Dub. IX. Thurificatio SSmi Sacramenti estne facienda duplici ictu in triplici ductu, etiam intra Missam solemnem ante Introitum et ad Offertorium ?

Dub. X. Cereus Paschalis debetne ardere dum canta- -tur Missa in Vigilia Pentecostes ?

Dub, XI. Ante SS. Sacramentum discoopertum tenenturne semper utroque genu flectere juxta decretum 937-1627 d. d. 19 Augusti 1651 ad VI, etiam processionibus interessentes imo et pluvialibus induti ?

Et Sacra eadem Congregatio, ad relationem subscripti Secretarii, exquisito voto Commissionis Liturgice, omnibusque accurate perpensis, rescribendum censuit :

Ad I. Servetur Indultum ga. me. Clementis Pape IX.

Ad II. Affirmative juxta ipsum Decretum Generale.

Ad Ill. Pro gratia.

Ad LV. Affirmative.

Ad Y. Juxta praxim Ecclesiarum Urbis, in plano utroque genu flectitur.

Ad VI. Tolerari potest enunciata consuetudo ubi viget, donec cingula hucusque adhibita consumentur.

Ad VII. Affirmative, et detur decretum n° 3780 d. d. 12 julii 1892, ad V.

Ad VIII. Negative. 2

Ad IX. Affirmative juxta decretum 3110-5318 d. d. 22 martii 1862 ad XX.

Ad X. Negative, et servetur specialis Rubrica Missalis. :

Ad XI. Affirmative, si agatur de accedentibus et recedentibus, juxta citatum decretum.

Atque ita rescripsit die 24 novembris 1899.

. C. Card. Mazzeina, S. R. C. Pref.

D. Panici, Secretarius.

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