D’APRES LES EVENEMENTS RECENTS
Ilest arrivé dans ces derniers temps pour la mation anglaise ce qui arrive souvent pour les in- dividus. Il n’est pas rare que le sentiment reli- @ieux soit réveillé ou ravivé dans une Ame par une forte epreuve : cette Ame ne voyant point de secours du cdte de la terre, se tourne vers Dieu. Pendant de longs mois la guerre avec le Trans-
-yaal n’a été pour Angleterre qu’une suite de dé-
faites et une série de désastres d’autant plus vivement ressentis qu’ils étaient moins préevus. Les hommes et les éléments, tout se tournait contre elle, et une partie de la nation en était venue a se demander si la Providence n’était pas décidée a la ‘punir de ses fautes, et si cette guerre fatale ne serait pas le signal de la chute de son immense Empire. La douleur, Vinquietude, Veffroi, la consternation régnaient partout 4 un degré dont il est difficile, 4 moins d’en avoir assidfiiment écouté les échos dans la presse anglaise, de se faire une idée de ce cdté de la Manche. L’Angleterre se sentait humiliée devant le monde entier. I lui était dur de se voir d’abord tenue en échec et puis honteusement battue, aux applaudissements de l’Kurope, par un petit peuple pour lequel elle avait affiché le dédain, affectant de considérer Pexpédition du Transvaal comme une promenade d’agrément avec le but occasionnel de mettre a la raison des paysans qui avaient eu limpertinence de vouloir tenir téte au grand peuple anglais.
Il était impossible qu’en de pareilles circonstances la pensée ne vint pas a ce peuple, qui, malgré ses grands défauts, ses grands torts, et ses grandes erreurs, est demeuré religieux, de se tourner vers Dieu par la priére, de se demander si ces épreuves n’étaient pas meéritées et de quelles fautes elles étaient le chaAtiment, et de faire son examen de conscience.
Le peuple anglais, au moins la partie la plus gaine de ce peuple, a fait tout cela pendant la guerre, et les organes de Vopinion publique nous permettent de suivre ce mouvement.
I. — Et @abord, le peuple anglais s’est tourné -vers Dieu par la priére.
Les catholiques ne pouvaient manquer d’ctre 4 la téte de ce mouvement. Le 4 janvier, le cardinal Vaughan, archevéque de Westminster, adresgait A son clergé une lettre dans laquelle il indiquait les prieres que tous les évéques catholiques de l’Angleterre avaient déterminées d’un commun accord comme devant étre adressées & Dieu en public afin d’obtenir son secours. « Tl n’est pas douteux, disait le cardinal dans cette lettre, il nest pas douteux que lorsque Dieu se sert dun petit peuple pour tenir en échec pendant des mois, comme il l’a fait, ’armée de la plus riche nation du monde, il fait entendre a cette nation un lan-
gage que nous he pouvons manquer d’écouter... Nous ferons bien de considérer que Dieu demande compte de leurs péchés aux nations aussi bien qwaux individus; »
Dans une lettre circulaire sur le méme sujet, Péevéque catholique de Liverpool disait :
« Peu d’évyénements dans les temps modernes ont remué notre pays jusque dans ses profondeurs autant que Va fait la guerre engagée en ce moment dans l’Afrique méridionale... Il y a dans notre nation beaucoup de choses qui sont de nature a attirer la juste colére de Dieu. I] n’y a pas seulement les péchés des individus, leur orgueil, leur suffisance, leur avarice, leur oubli de Dieu, si largement répandu. Il y a aussi les péchés de la
nation : les durs traitements infligés par elle a.
d’autres peuples, etc.»
Une lettre circulaire signée de tous les évéques anglicans en date du 29 janvier demandait également a tous les membres de l’Eglise anglicane des priéres pour le succés de la guerre. Outre cette lettre collective, plusieurs évéques anglicans ont adressé des lettres particuliéres 4 leursdiocésains. Voici le langage que l’évéque de Rochester tenait aux siens :
« Nous sommes engagés dans une guerre sérieuse. ...Nous avons confiance que notre cause est la meilleure : n’oublions pas que nos ennemis ont la méme confiance dans la leur... Nous voyons des chatiments que Dieu peut nous infliger s’il le juge & propos... Demandons a Dieu la grace de bien comprendre les lecons qwil veut nous donner.
Prions-le d’accorder 4 cette nation le pardon de ses nombreux péchés, une vie nationale plus saine, une foi et une piété plus pures, plus d’honnéteté dans les affaires, plus de vertu et de discipline dans nog foyers, plus de justice et d’équité dans nos relations mutuelles, plus de sollicitude pour les pauvres, plus de zéle contre le mal, et un gouvernement plus pur et plus droit. Reconnaissons combien peu nous ayons eu, en acceptant la gloire et le profit de notre Empire, le sentiment des responsahbilités qu’il nous impose. »
La guerre ayant continué a étre désastreuse pour l’Angleterre, malgré les prieres que ces appels provoquérent de toute part, une circulaire sionée dun grand nombre de personnages influents, ecclésiastiques et laiques, appartenant aux divers partis de ?Hglise anglicane, et aussi aux presbytériens et aux sectes dissidentes, fut,vers le milieu de février, répandue a profusion sur tous les points du pays pour exciter un grand mouvement « de prieres et de repentir. » Elle commencait ainsi :
« Au milieu du trouble et de ’anxiété qui nous environnent, un grand nombre entendent l’appel du Seigneur qui nous invite au repentir.
«Les péchés Vivrognerie, de tripots, d’avarice, W@orgueil, de mépris de la loi de Dieu, déshonorent le nom chrétien que nous portons, et sont une preuve que la masse de notre population « s’éloi-
« gne du Dieu vivant. »
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«Ce qui est pire encore, dans l’Eglise de Dieu dont le Sauveur a dit : « Vous étes la lumiére du « monde, vous étes le sel de la terre, » amour de ses aises, la mondanité, la sévérité de jugements a Pégard des. autres, les dissensions, la désobéissance 4 Notre-Seigneur et a sa parole, ont trop souvent nui d’une maniére terrible au témoignage que cette Hglise avait recu la mission de rendre...»
Cette circulaire, qui se terminait par un appel pressant ala priere, était signée de noms comme ceux-ci : lord Nelson, lord Polwarth, lord Halifax, lord Radstock, etc., etc.
Dés le commencement de cette année, le Times avait déja publié un grand nombre de lettres qui faisaient entendre un cri de détresse et un appel a la priére. Plusieurs de ses lettres trahissent singuliérement Vorgueil anglais dans la disposition clairement, nous dirions volontiers cyniquement manifestée de ne recourir 4 prier qu’a Ja derniére extrémité. «Ne ferions-nous pas mieux d’attendre que nous soyons réellement humiliés? » disait une de ces lettres. [1 en cotite a certains hommes de reconnaitre qwils ont besoin de Dieu.
D’autres ne faisaient aucune difficulté de le reconnaitre; mais une pensée leur venait qui paralysait leur confiance et arrétait leur élan vers la priére. La guerre entreprise contre les Boers étaitelle juste? La cause pour le succes de laquelle on les engageait si fortement 4 prier, était-elle une de celles dont Dieu peut, non pas seulement permettre, mais positivement favoriser le triomphe? Dés le 5janvier, la revue ritualiste The Church Times répondait a cette difficulté assez répandue par un article qui ne manquait pas d’habileté. Au lieu de répéter les démonstrations de la justice de la guerre qui se trouvaient partout et qui laissaient des doutes dans bien des esprits, d’autant que ces démonstrations paraissaient contredites par les échecs imprévus et vraiment difficiles 4 expliquer infligés 4 ’Angleterre, la feuille ritualiste s’y prenait plus adroitement.
«Il faut dire un mot, qui sera nécessairement court, au sujet du doute pénible qui hante certains esprits. Ils se demandent si nous n’ayons pas été contre la volonté de Dieu dans la détermination que nous avons prise de faire la guerre. Ceux qui craignent plus ou moins qu'il en soit ainsi doivent se dire que, dans ce cas, prier pour le succés de nos armes, c’est diriger sa propre volonté contre la volonté de Dieu. Une réponse partielle a ces difficultés psychologiques, c'est que, ces craintes au sujet de l’injustice de la guerre fussent-elles fondées, Dieu n’abandonne pas ceux qui le cherchent. Dieu ne refuse pas de nous tirer de nos embarras méme quand nous nous les sommes attirés par notre faute. Ilen est peu qui soient disposés 4 douter qu’on ne puisse réclamer pour l’Angleterre, en convenant de toutes ses fautes,le privilége d’avoir eu, dans le gouvernement du monde, un réle prépondérant pour faire prévaloir la justice, & un degré tel que nous pouyons, sans hésiter, agir comme sila volonté de Dieu était que nous ne
I DU CLERG CUES ET en
cessions pas d’avoir une puissance prépondérante — dans l’Afrique méridionale... Quand méme nous serions coupables d’un péché nettement accentué relativement aux causes de cette guerre, il ne peut entrer dans les vues de Dieu que notre défaite ne serait pas préjudiciable aux intéréts de l’Afrique méridionale. Nous pouvons donc, en toute humilité, regarder comme étant la volonté de Dieu que nous soyons victorieux, et nous pouvons prier pour obtenir cette victoire comme pour l’accom-
plissement de sa volonte. »
On pourra trouver, méme sans étre difficile 4 l’excés,que ce raisonnementn’est pas tres convaincant ; mais il est impossible de disconvenir quwil est trés anglais, et quil dénote un grand désir d’exciter les Ames a la priere.
II. — De grands efforts ont été faits également pour les amener au repentir. Un des signataires de la circulaire que nous avons mentionnée plus haut, le Révérend Sinclair, archidiacre de Londres, nous dit que s’il a joint son nom a ceux de lord Nelson et de lord Halifax et de plusieurs autres notabilités, c’est « en vue de provoquer un examen de conscience de la part du peuple anglais, en tant que peuple. » Il dit cela dans un article du numéro de mai de la revue The Churchman dont il est le directeur, et qui est un des organes de la Basse Helise. Cet article contient un véritable examen de conscience, ou plutdt un mea culpa fait au nom du peuple anglais, ou si l’on veut, une confession publique qui lui est proposée.
En voici un échantillon :
« En premier lieu, comme nation, nous avons certainement a nous repentir de notre vaine gloire. Puissent mes paroles ¢tre entendues de tous les sujets britanniques! Pendant des années, nous avons vécu dans un paradis chimérique, arrogamment satisfaits de notre prospérité, oublieux des devoirs et des fardeaux que cette prospérité nous impose, et nous aveuglant sur les jalousies qu’elle excite. Nous avons cru que rien n’était trop bon, et méme que rien n’était assez bon pour la race britannique... Nous nous sommes trés peu inquiétés des aspirations légitimes des autres peuples, et nous avons été trop disposés 4 faire prévaloir les nétres. Nous avons fait des remontrances aux autres nations au sujet de leurs bévues avec un calme et une arrogance présomptueuse qui leur a arraché des cris de rage, de fureur et de haine...
« Kn second lieu, il est difficile que nous ne nous apercevions pas que, comme peuple, nous avons une passion extravagante pour Vargent. La convoitise de argent s’est emparée de presque toutes les classes...
« Il est un troisiéme désordre qui se lie intimement au précédent : l'amour de l’argent en entraine un grand nombre 4 des spéculations téméraires et déraisonnables...
« Vient ensuite la passion du jeu...
« Il est un autre péché national dont nous avons
ae N
besoin de nous repentir et de nous corriger : c’est
le manque de sinc¢rité et de vérité. »
Ce ne sont pas la les sentiments dela nation tout entiére, mais ce ne sont pas non plus seulement ceux d’un individu. Un mouvement dans ce
sens, dont il est impossible de bien préciser l’étendue, s’est incontestablement produit. Que cette contrition soit surnaturelle et ce ferme propos stable, nous sommes loin de le prétendre. Il est probable qu’il est arrivé 4 John Bull ce qui arrive a certains marins au milieu d’une tempéte : ils récitent des formules de priéres qwils ayaient presque oubliées et font a Dieu des promesses quwils oublient tout 4 fait quand le danger est passé. I] n’en est pas moins vrai que l’ame de John Bull a été, suivant ’expression de l’évéque catholique de Liverpool, remuée jusque dans ses profondeurs. Il est difficile qu’il n’en reste pas quelque chose.
Ill. — Cette épreuve Vune guerre désastreuse a méme eu le bon résultat de tourner les Ames d’un certain nombre d’anglicans non seulement vers Dieu, mais vers la vérité catholique, ou tout au moins vers une des vérités que l’anglicanisme méconnait et que le catholicisme enseigne. Nous voulons parler de la priere pour les morts.
Ah! Jes morts ont été nombreux en Angleterre pendant cette guerre longue et terrible ! Combien de familles, et des plus illustres, ont eu a pleurer sur un des leurs! Les catholiques ne se sont pas
bornés 4 donner des larmes 4 ceux qui étaient
tombés sur le champ de bataille, ils leur ont donné des priéres. Les anglicans devaient-ils demeurer privés de cette consolation ? Les plus arriérés d’entre eux, les plus obstinés dans les erreurs les plus énormes de la Réforme et dans Vinterprétation étroite du Prayer Book, ceux qu’on appelle les Evangéligues ou les membres dela Basse Eglise, n’ont pas eu un instant la pensée d’imiter les catholiques sur ce point pas plus que sur les autres.
Les XX XIX articles de religion font loi dans VEglise ariglicane. Or le xxure article est ainsi concu : « La doctrine de ]’Eglise romaine en ce qui concerne le purgatoire, les induigences, le culte et Vadoration tant des images que des reliques, ainsi que l’invocation des saints, est une invention frivole qui n’est appuyée sur aucun texte de VEcriture, mais plut6t contraire 4 la parole de Dieu. »
Malgré cet article si clair, le docteur Temple, archevéque de Cantorbéry, chef de l’Hglise anglicane, n’a pas craint d’envoyer au clergé anglican une formule de priére destinée 4 étre récitée dans toutes les églises, pendant tout le temps de la guerre, et dans laquelle on prie pour les morts.
Le scandale a été trés grand parmi les membres de la Basse Eglise. Un de ses organes, ‘The English Churchman, disait dans un article indigné et violent qui avait pour titre : Un outrage épiscopal : « L’archevéque de Cantorbéry a outragé Venseignement conforme 4 la Sainte LHcriture
AMT DU CLERGI
donné par notre Eglise nationale Réformée, et il doit étre responsable des obligations sacrées qu’il a volontairement contractées 4 Végard « de E- « glise et du Royaume, » quand il a été sacré pour remplir ses hautes fonctions... Il faut prendre deg mesures promptes et décisives pour arréter un pareil abus!. »
Des protestations arrivérent de toute part a Varchevéque coupable dune pareille trahison.
On pourra juger du ton de ces protestations par celle que lui adressa le ee Courtenay Burrough, curé anglican :
« Monseigneur l’archevéque,
« Cest avec des sentiments de chagrin et ‘de consternation que j’ai recu la formule de priére mise en circulation par votre autorité... Votre Grace connait assez le Prayer Book et les Homélies pour qu’il soit inutile de vous faire remarquer en quelle maniere yous les avez trahis, et comment votre serment solennel de fidélité a la doctrine de l’Kglise d’Angleterre a été violé.
« Quoique je sois un enfant loyal de l’Eglise, je ne reconnais aucune autorité aux archevéques pour mettre en circulation des priéres qui'sont en contradiction ouverte avec lVenseignement trés clair de notre Prayer Book. En conséquence, je me suis yu dans la nécessité de m’abstenir de mettre cette formule de priére entre les mains de mes paroissiens. Je leur ai du reste expliqué les motifs de ma conduite... »
Le scandale fut si vif et ?émoi si grand que Vaffaire dut étre portée devant le Parlement. Au milieu de mars, lord Kinnaird interpella, a la Chambre des lords, Varchevéque de Cantorbéry, au sujet de cette innovation contraire a la Réforme, et, assura-t-il, absolument sans précédent. L’archeyéque de Cantorbéry répondit a lord Kinnaird en adressant a la Chambre des lords, qui ne s’attendait guére a l’entendre, un vrai sermon sur la priére pour les morts. Cela, par exemple, était une innovation sans aucun précédent. Ce sermon est loin d’étre catholique : il est méme trés protestant. Mais il a du moins Vavantage de bien montrer le mouvement des esprits et la part. que la guerre a eue dans ce mouvement. « En ce moment, a dit l’archevéque, une grande et particuliére occasion nous est offerte de prier pour les morts. Nous sommes 2 un moment ou des centaines. d’Ames éplorées sont dans une grande anxiété au sujet de leurs parents engagés dans la guerre de l’Afrique méridionale. Elles ont prié jusquw’ici pour cés personnes si chéres, et il leur semble dur de se voir privées de la consolation de continuer a4 prier pour elles, une fois qu’elles sont tombées sur le champ de. bataille... Nous avons tout lieu de croire que, de leur cété, ceux qui ont quitté cette vie ne perdent point leur affection pour ceux qui les suivront un jour... »
1 Numéro du 15 février.
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Crest 14 un langage que le Parlement anglais nest pas précisément habitué a entendre. Ce langage est d’autant plus significatif dans la bouche de Varchevéque de Cantorbéry que le docteur Temple n’est pas lui-méme ritualiste ou partisan de la Haute Eglise, comme-—chacun sait. I] est tout simplement opportuniste, c’est-a-dire prét a se ranger du cdté vers lequel se porte un plus fort courant de lopinion publique. Or, en présence de exemple donné par les catholiques, et sous Vinfluence de l’enseignement des ritualistes, un courant d’opinion s’est formé, sous le coup de Vémotion causée par la guerre, en faveur des priéres pour les morts. L’attitude prise par l’archevéque de Cantorbéry en est une preuve.
Une feuille ritualiste, The Church Times, a fait au sujet de cet incident, des observations qui achévent de nous faire comprendre la part que la guerre a eue dans ce réveil du sentiment catholique parmi les anglicans :
« Dans la formule mise en circulation par l’archevéque de Cantorbéry, il se trouve une priere pour ceux qui ont succombé pendant la guerre. Nos lecteurs se diront que cela est tout naturel. L’omission de cette priére etitconstitué une étrange
-lacune. La guerre quiaexcité parmi les Anglais tant
d@inquiétudes de cceur, quia si fort humilié notre arrogance et révélé le véritable esprit de la nation, a été aussi l’occasion de quelque gain pour VEglise 1. »
On a eu une nouvelle preuve en cette circonstance que l’4me humaine, sous le coup de fortes commotions qui la dégagent de préventions ayeuglantes et la rendent a elle-méme, n’est pas seulement chrétienne, mais qu’elle est catholique. En cette circonstance une partie de la population anglicane s’est retrouvée tout dun coup catholique, au moins sur un certain point, malgré des préventions séculaires, malgré le Prayer Book et les XX XIX articles, parce qu'elle a entendu au fond de son 4me une voix qui parlait plus haut que les préventions, et plus haut que le Prayer Book, et plus haut que les XXXIX Articles. « A quelque chose malheur est bon,» dit le proverhbe.
Dans le passage que nous avons cité plus haut, le Church Times dit que « la guerre a été loccasion de quelque gain pour l’Figlise. » C’est pour lKglise anglicane qu'il veut dire, et cela est vrai ; mais elle a surtout été une occasion de quelque gain pour lKglise catholique. Elle a rapproché Pglise anglicane del’leglise catholique, au moins en ce qui touche a la priére pour les morts. Mais surtout elle a fourni aux catholiques une nouvelle occasion de se montrer au premier rang dés qu’il s’agit de donner des preuves de courage et de patriotisme. Dés le 4 novembre 1899, le Tablet citait avec fierté le nom des officiers catholiques qui avaient déja succombé dans la guerre, et il ajoutait :
« Chaque jour nous voyons paraitre des noms
4 Numéro du 28 février.
ity Paes
catholiques en tate de la liste de ceux qui sont — partis ou qui s’apprétent 4 partir. Is s’appellent légion. Le Major général aura un compagnon d@armes dans la personne d’un autre catholique, lui aussi Major général. C’est Francis Howard, fils de feu sir Henry Francis Howard, appartenant a la diplomatie, et neveu de feu M. Philipp Howard, de Corby... Le capitaine John Bell- Smyth, de la Garde des Dragons du roi, et aide de camp du général Methuen, rencontrera, parmi — ses compagnons d’armes, plusieurs de ses anciens condisciples d’Egbaston’ : M. Longueville des Coldstream Guards, M. Macnamara des Royal West Surreys, M. Berkeley du Wesh Regiment, M. Butler-Bowdan des Lancashire Fusiliers, et M. Bellingham, pour nous en tenir la et n’en pas nommer d'autres. »
iV. — Le catholicisme ne cesse de progresser en Angleterre. Le Catholic Directory qui se publie chaque année donne des chiffres officiels qui permettent de s’en rendre compte. D’aprés le Catholic Directory pour Vannée 1900, le nombre des prétres s’est accru depuis l’année derniéere de quarante-trois, et le nombre des églises ou chapelles de vingt. Il est difficile de connaitre le nombre exact des catholiques : on sait seulement qu’il dépasse un million et demi.
Quant au clergé, si a celui de PAngleterre on ajoute le clergé catholique de l’Hcosse, on obtient un total de 8274 prétres, dont 2286 appartiennent au clergé séculier et 985 au clergé régulier. Ces prétres desservent 1854 églises.
Le catholicisme compte des membres dans les plus hautes classes de la société, dans les emplois les plus élevés, et dans le Parlement. Trente-deux catholiques anglais sont membres de la Chambre des lords. Dix-sept, sans avoir droit a la pairie, ont le titre de lords. Cinquante-deux sont des baronnets. Dix-neuf sont membres du Conseil privé. Trois sont membres de la Chambre des communes et y représentent ’Angleterre; soixanteneuf y représentent l’Irlande.
Les catholiques ont quelques églises assez belles. Mais les grandes cathédrales qui leur. appartenaient autrefois ont été accaparées par le protestantisme, et il leur manquait jusqu’ici avoir eux aussi, au moins dans la capitale de PAngleterre, a Londres, une grande et magnifique église, une basilique monumentale; leur cathédrale. A partir de cette année 1900 cela ne leur manquera plus. La cathédrale de Westminster s’éléve, immense et splendide, au ccur de Londres et sera consacrée le 29 septembre par tous les évéques catholiques de I’Angleterre. Au 4er décembre 1899 elle avait déja absorbé 2.645.800 fr., et les travaux n’étaient pas encore a moitié faits. En Angleterre, il y a trois quarts de siécle, tout manquait aux catholiques : les hommes et l’argent. Maintenant les hommes les plus remarquables viennent a eux, et aussi argent. Le 28 décembre
* Collége tenu par les Oratoriens anglais.
- AMI DU CLERGH
dernier, M. Charles William Willock Dawes mourait en laissant par son testament a diverses c@uvres catholiques la somme de 2.250.000 fr.
| V.— Le ritualisme, lui aussi, fait de continuels progrés, au grand désespoir de la Basse Hglise, qui le surveille et ne cesse de faire entendre dans la presse des dénonciations et des cris d’indignation. C’est précisément par ces dénonciations que nous pouvons le mieux juger du terrain qu'il gagne. Crest ainsi que dans son numéro du 4er mars English Churchman signalait la paroisse de Hensall-cum-Heck comme étant infestée d’un « ro- Manisme » poussé 4 des limités qui devenaient intolérables. Il dénonce entre autres énormités des manuels religieux mis par le curé entre les mains des paroissiens et particuliérement des enfants, ott sont enseignées la suprématie et l’infaillibilité du pape, ’Immaculée Conception de la sainte Vierge, la priére 4 la sainte Vierge et aux saints, la Présence réelle, la transsubstantiation, la messe, le culte du Sacré-Cceur, la dévotion du saint Rosaire. Les vétements sacrés en usage dans cette église sont ceux que portent les prétres catholiques, et les cérémonies sont les cérémonies romaines. Un confessionnal y est placé en évidence. Et avec cela des peintures représentant la sainte Vierge, saint Joseph, et d’autres saints, les stations du chemin de la croix, une image du Sacré-Cceur devant laquelle brile une lampe au bas de laquelle se trouve une priére au Sacré-Cceeur qu’on est invité a réciter, et puis des bannieéres, des processions, etc., etc.
Et tout cela au vu et au su de l’archevéque d’ York, dans le diocése duquel se trouve cette paroisse, et qui déja plusieurs fois averti a toujours refusé @intervenir pour réprimer ces abus. L’archevéque d’York est lui-méme un ritualiste trés avancée. -
Depuis cette époque le curé de cette paroisse de Hensall-cum-Heck, le révérend Bryan, s’est converti au catholicisme. Lui interdire ces pratiques etit été s’exposer 4 le pousser 4 se convertir plus tot au lieu de le conserver a lEglise anglicane, ou il aurait bien pu, comme d’autres ministres ritualistes trés avancés, vivre et mourir 4 la condition qu’on l’y laisserait en paix. Les évéques, méme quand ils ne sont pas positivement de connivence avec les curés et vicaires ritualistes, sont assez embarrassés au sujet de Ja ligne de conduite a suivre 4 leur égard. S’ils en croyaient ’PHnglish Churchman, un des organes les plus intransigeants de la Basse Eglise, ils n’hésiteraient pas un instant 4 recourir contre les « romanistes » a tous les moyens de rigueur qui sont en leur pouvoir. A gon avis, quiest celui d’un grand nombre, la sécession en masse d’une dizaine de mille ritualistes qui se joindraient 4 Rome serait un moindre mal que V’influence qu’ils exercent sur I’Kglise anglicane en lui inoculant peu a peu l’esprit catholique. « Il ne faut pas se faire illusion, dit /’English Churchman dans son numéro du 49 avril dernier. On peut formuler cette assertion, dont il est possible
@établir Vexactitude par une démonstration rigoureuse, qu’en ce moment, sur 23.000 clergymen que compte I’Kglise-d’Angleterre, il n’y en a pas moins de 9000 qui, tout en tenant leurs cures de cette Hglise établie par la loi, sont occupés 4 la romaniser... Si ce n’est pas la une trahison, qu’est-ce donc? Si c’est une trahison, ces clergymen sont donc des traitres... Une maison ainsi divisée ne peut se maintenir debout. »
Dans son numéro du 26 avril, la méme feuille revenait sur cette propagande ritualiste et la montrait s’appliquant a gagner l’armée :
« On nous a déja adressé fréquemment des plaintes au sujet de la propagande active qui est faite par des chapelains ritualistes pour romaniser nos troupes en Angleterre et 4 l’étranger... »
L’English Churchman reproduit ensuite in exienso une lettre adressée aux soldats par un
de ces chapelains et qui est tout a fait, lui semble-~
t-il, imprégnée esprit catholique.
La Basse LEglise fait circuler en ce moment une brochure de 176 pages dont la couverture est d’un rouge écarlate, pour rappeler cette femme dont parle PApocalypse : Vidi mulierem..sedentem super bestiam coccineam, plenam nominibus blasphemic, laquelle, selon les protestants de la Basse Welise, est la figure de l’Eglise catholique. Cette brochure a pour titre : La rupture de VEglise. Elle donne les noms, titres et positions de « plus de 9000 clergymen de l’Kelise anglicane qui travaillent a seconder le mouvement de lEglise nationale du coté de Rome. » Elle indique les confréries auxquelles ils appartiennent : la Société de la Sainte-Croix, la Confrérie du Saint- Sacrement, la Société de Saint Jean Vévange-
liste, etc. On y trouve également Vindication de>
209 églises anglicanes ot la messe est dite une fois par mois pour les défunts. I] existe une confrérie pour le soulagement des araes du purgatoire : Guild of All souls, dont 734 clergymen font par tie. «Je crois honnétement, dit PEnglish Churchman dans son numéro du 24 mai dernier, que si l’Kglise d’Angleterre venait a perdre quelques
milliers de ces gens-la, elle ne s’en trouverait pas -
plus mal. Ce serait au contraire un gain immense. Ce serait la santé spirituelle des paroisses ou ils propagent des doctrines papistes. »
VI. — Sile ritualisme n’a pas été arrété, ce n’est pas faute d’avoir été, depuis deux années surtout, en. butte a toutes les contradictions, a toutes les attaques, 4 toutes les tracasseries et méme @ toutes les persécutions. La campagne contre le ritualisme commencée par M. Kensit a pris de Vextension, elle s’est organisée, elle a recueilli des fonds, et elle se poursuit avec acharnement. Une bande de prédicateurs ou conférenciers antiritualistes parcourent Angleterre sous le nom de Wycliffe preachers, s efforgant de démolir le ritualisme, protestant par des paroles et méme quelquefois par des actes contre les pratiques ritualistes ou « romanistes » introduites dans un grand nombre d’églises. -
Pressé d’agir, le Parlement est déja interveriu plusieurs fois pour mettre un terme a des pratiques qui sont visiblement contraires 4 lesprit et ala lettre de ’Eglise anglicane asservie a l’Htat. Jusqwici il s’est a peu pres borne a des menaces et a mettre les évéques en demeure d’user euxmémes de leur autorité pour réprimer les abus qui lui ont été signalés et que tout le monde connait. Mais un nouveau Bill ou projet de loi est en ce moment déposé qui, s'il était voté, pourrait apporter des entraves sérieuses au développement du ritualisme. En attendant, l’archevéque deCantorbéry et ’archevéque d’York se sont employés dune maniére ecclésiastique 4 apporter remede au mal, ou tout au moins 4 ce qui est regardé par un grand nombre comme un mal: ils ont promulgué des jugements ou décisions.
La premiére de ces décisions déclarait que lusage de l’encens dans les offices, et les lumieres portées en procession, sont deux pratiques condamnées par le Prayer Book, qui fait loi dans l’Eglise anglicane, et que, par conséquent, il y a lieu d’y renoncer. Cette décision fut promulguée le 31 juillet dernier. On sait quels résultats elle produisit. C’est presque déja de V’histoire ancienne.
La seconde, qui date du 1¢" mai, se prononce contre la réserve de ce que les ritualistes, croyant que leurs ministres sont prétres, regardent comme le Saint-Sacrement, en tout cas contre la réserve du pain et du vin consacrés par les ministres anglicans. « Je suis obligé de décider, dit l’archevéque de Cantorbéry, que, présentement, l’Kglise d’Angleterre ne permet la Réserve sous aucune forme. » On ne voit pas comment l’archevéque de Cantorbéry, pressé de donner une décision sur cette question, aurait pu, en demeurant primat de l’Eelise anglicane, la donner dans un autre sens. « Cest la régle, dit-il, que tout clergyman promet de suivre dans l’administration des sacrements les formes indiquées par le Prayer Book, et de n’en suivre aucune autre. Or, le Prayer Book ne renferme ni forme, ni indication quelconque relatives a la Réserve, et ne laisse aucun moyen dela pratiquer. »
De plus, les XX XIX articles, le grand formulaire de la loi anglicane, la condamne. Le xxvrire article est ainsi concu :
« La transsubstantiation du pain et du vin ne peut étre prouvée par les saintes Ecritures; elle est contraire aux textes clairs de l’Kcriture; elle détruit ’essence du sacrement et a donné lieu 4 de nombreuses superstitions. Dans la Céne, le corps du Christ est donné, recu, mangé, mais seulement d’une maniere divine et spirituelle, et le moyen par lequel le corps du Christ est recu et
mmangé dans la Céne est la foi. D’aprés V’institution
du Christ, on ne conservait pas, on ne portait pas, on n’élevait pas et on n’adorait pas le sacrement de l’Eucharistie. »
C’est principalement sur ce texte si clair que Parchevéque de Cantorbéry appuie sa décision.
L’English Churchman déclare, dans un leader article de son numéro du 3 mai, que cette décision était vraiment bien inutile. « Pour des hommes qui y vont tout droit, Varticle xxvmr et les rubriques du Prayer Book eussent pleinement suffi, et le langage de ces documents est aussi clair que opinion des primats. »
La grande revue catholique The Tablet dit, dans le premier de ses leaders du 5 mai:
« Le jugement des archevéques de Cantorbéry et d’York, relativement a la question de savoir si la Réserve est permise dans |’Eglise anglicane, est marqué au coin d’une grande clarté et d’une grande honnéteté intellectuelle. »
Ce n’est pas ainsi que parlent les feuilles ritualistes. « L’archevéque de Cantorbéry, dit le Church Times dans son numéro du 4 mai, a pris largement son temps pour étudier la question de la Réserve. Nous pouvions nous attendre a une étude approfondie. Or, nous n’en trouvons pas de traces dans sa décision... I] fait preuve de n’avoir pas compris les arguments qu’on lui a soumis. Il n’y fait aucune réponse... L’opinion quwil exprime ne mérite pas méme qu’on s’arréte a l’examiner sérieusement... Pratiquement, cette décision est nulle... C’est une maxime recue que « l’obéissance « canonique ne consiste pas en ce qu’un clergy- « man est obligé @Vobéir a son évéque en tout ce « qwil commande, quand il ne s’appuie sur « aucune loi, mais seulement en ce qu il a le droit « de lui imposer. »
« Cette décision, dit de son cdté le Guardian, ne termine nullement la controverse; elle ne fait que marquer une de ses phases. »
Une revue ritualiste plus extréme encore que les deux précédentes, The Church Review, met dans son ton plus de mépris et d’acrimonie: « Nous ne supposons pas, dit-elle, que la décision de Sa Grace puisse intéresser beaucoup qui que ce soit. Elle était connue depuis longtemps. Affaire de panique. Deux des évéques les plus ultra-protestants avaient déclaré que si une décision n’était pas promulguée en ce sens, « ils quitteraient « PKglise d’Angleterre. » Il est probable qu’ils auraient créé un schisme... Cette décision n’a aucune valeur spirituelle. Elle est et demeure l’opinion privée du Dr Temple et du Dr Maclagan. »
En lisant ces organes de la Haute Eglise, dont nous ne pouvons citer que des extraits, on sent que cette décision porte un coup terrible a leur parti. Ce n’est pas, qu’on le remarque bien, ce nest pas parce qu’elle compromet les intéréts spirituels des malades, en privant les ministres d’un moyen de leur administrer la Sainte Eucharistie, Cette raison a été mise en avant, notamment par The Church Review. Elle n’a aucune valeur, attendu que le Prayer Book permet d’abréger le service en faveur des malades et de le célébrer dans leur chambre, et de le réduire a la consécration, une consécration anglicane qui ne prend que quelques minutes. Sans doute on peut dire, et avec toute raison, que cette autorisation est donnée
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sans autorité, qu’on ne saurait en user en conscience. Mais, si lon parle ainsi, on raisonne en catholique, on n’est plus anglican.
En somme, ce n’est pas l’intérét des malades qui émeut les ritualistes, et ils le laissent assez voir. Mais cette décision a deux conséquences trés graves, Pune par rapport 4 la Présence réelle, Vautre relativement a Vapostolicité de l’Eglise anglicane.
Les clergymen de la Haute Eglise sont convaincus qwils sont prétres et ils agissent en prétres. ‘Ils disent la messe. Ils croient a la Présence réelle, et ils Venseignent, et ils la démontrent. Ils y tiennent. Or, la décision des primats va manifestement a nier la Présence réelle. C’est la remarque faite par le Pere Clarke dans un article publié en téte du numéro de juin du Month, la revue des Péres Jésuites anglais, sous ce titre: La condamnation dela Réserve dans VEglised’Angleterre. « Ce qui est réellement en jeu dans cette déclaration, dit le Pere Clarke, c’est la présence objective du Corps et du Sang de Jésus-Christ
dans le sacrement anglican... Si le Christ y est -
réellement present indépendamment des dispositions du communiant, alors sa Présence demande de nous que nous adorions Celui qui est caché sous les espéces du pain et du vin. La conséquence naturelle d’une telle croyance est un vif désir que la facilité de l’adorer et de converser avec lui ne soit pas restreinte au temps si court qui s’écoule entre la consécration et la communion, mais que le Christ demeure continuellement parmi son peuple fidéle. »
C’est le 4¢r juin que paraissait Varticle contenant ces trés justes réflexions. Le 8 juin, le Church Times publiait luicméme un article intitulé : La théologie des archevéques, ou il parlait dans le méme sens :
« Les archevéques disent clairement qu’on ne . doit adresser aucune adoration spéciale au sacrement, et qu’on ne doit pas, en présence du sacrement, adorer Notre-Seigneur Jésus-Christ comme présent sous le voile du pain et du vin, qui sont les signes extérieurs du sacrement. Cependant, la ou Notre-Seigneur est présent, 1a aussi il doit étre adoré. La chose est si évidente, qu’un refus d’adoration implique un refus de croire en sa présence. Il n’est don¢ pas étonnant que des anglicans sentent que le coour leur manque en entendant de pareilles déclarations tomber de la bouche des primats de l’Kglise d’Angleterre, et que des hommes qui n’ont a se reprocher aucune déloyauté envers leur Mére l’Eglise anglicane, se demandent comment ils pourront demeurer en communion avec des évéques qui donnent un pareil enseignement. »
Telle est la premiére conséquence de la décision des archevéques. Elle est trés grave, on le voit.
La seconde, qui se rapporte a lapostolicité de l’Eglise anglicane, est plus graye encore.
L’archevéque de Cantorbéry reconnait que la pratique de la Réserve remonte jusqu’aux pre-
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miers temps de l’Eglise, et qu’elle fut universellement adoptée et suivie jusqu’a l’époque de la Réforme. I ajoute :
« Si Pon prétend que l’Eglise d’Angleterre n’a pas le droit Vabandonner une pratique aussi ancienne et aussi générale, l’Eglise d’Angleterre a répondu a cette objection par le xxxtve deg XXXIX articles, lequel déclare que chaque Kglise, particuliére ou nationale, a le droit d’ordonner, de changer et d’abolir les cérémonies et les rites qui viennent d’une autorité humaine, de maniére a ce que tout contribue 4 l’édification. De plus, il est impossible de soutenir qu’une Kglise qui a fait de si grands changements que ceux qui furent faits 4 Pépoque de la Réforme, ne pouvait pas aussi changer la maniére d’administrer la communion aux malades. »
Il ne s’agit pas seulement de l’administration de la communion aux malades, mais d’une pra- — tique essentiellement li¢e 4 la doctrine de la Présence réelle. Aussi M. Georges Bayfied Robert écrit-il dans le Church Review : « Nos archevéques ont proclamé urbi ef orbi la discontinuité de VEglise dAngleterre. » Le Church Review n’admet pas que chaque Kglise locale puisse rejeter 4 son gré les pratiques de l’Kglise universelle. « Une pareille prétention, dit-elle, est absolument incompatible avec Vidée dune Hglise catholique. »
Le Church Times n’entend pas qu’on. puisse obliger les anglicans a rejeter tout ce qu’ont rejeté. les auteurs de la Réforme, méme guand cela était admis par l’Eglise universelle, et 4 admettre tout ce quils ont introduit. « Nous répudions cette idée-la, dit-il. Nous ne nous regardons comme liés ni par les opinions des auteurs de la Réforme, ni par leurs actes. Nous acceptons le bien avec reconnaissance et nous prétendons défaire le mal. La Réforme fut-un pur accident, et les hommes de la Réforme ne sont pas plus pour nous que les hommes de n’importe quelle autre période. »
Nous citons ces passages afin de bien faire comprendre ot en sont aujourd’hui un grand nombre d’anglicans émancipés, et le mouvement religieux qui s’accentue chaque jour davantage dans un sens catholique.
Depuis quelques années, une série de faits se succédent sans interruption, qui semblent préparer le moment ot ceux des anglicans qui sont reyenus a des doctrines et a des pratiques condamnées par leur Kglise, se verront dans la nécessité d’opter entre |’Eglise ot ces doctrines et ces pratiques sont enseignées et suivies, et abandon du christianisme. I] est certain que depuis longtemps l’anglicanisme ne donne plus satisfaction a un grand nombre de ceux qui, pour des raisons diverses, lesquelles ne sont pas toutes tirées de la théologie et de Vhistoire, demeurent dans son sein. Le Pére Clarke a donc eu raison de dire au début de son article du 1¢" juin, dont nous avons parlé plus haut : « La décision récente des arche-
-véques de Cantorbéry et d’York, au sujet de la
Réserve dans la communion anglicane, est, sans
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aucun doute, un événement important dans Vhistoire de l’anglicanisme. »
Cependant, il est utile d’avertir nos lecteurs francais que cette déclaration des autorités anglicanes n’aura point les conséquences immédiates qwils pourraient s’imaginer. Dans l’Kglise catholique, si une pareille décision était formulée par une des Congrégations romaines, les prétres auraient le choix de s’y conformer ou de cesser d’étre catholiques. Mais dans l’Eglise anglicane les choses se passent autrement. Les autorités les plus hautes de l’Kglise anglicane disent ce qu’elles veulent, et les ministres font ensuite ce qui leur plait. Ils ne se génent méme pas pour dire publiquement que leurs chefs se trompent. En pratique, les ministres anglicans qui tiennent a avoir la Réserve continueront 4 avoir la Réserve. Is
enseigneront aux fidéles que c’est la une pratique a laquelle ils doivent tenir eux-mémes, et les y attacheront plus que jamais, et les évéques se garderont bien de les tracasser. Du reste, c’est la une pratique a laguelle plusieurs évéques anglicans sont les premiers 4 tenir. L’archevéque d’York lui-méme, quia dt se prononcer contre la Réserve, ’a jusqwici autorisée dans son diocése, et, en 1897, il donnait 4 un de ses curés, M. Lee, curé de Christ-Church, a Duncaster, des instructions sur la manitre dont il entendait quelle fit pratiquée.
L’English Churchman se montre trés scandalisé de V’attitude des ritualistes. Voici ce qu’il dit dans son numéro du 24 mai :
« Existe-t-il dans ’PHMglise @Angleterre une seule autorité a laquelle les ritualistes rendent obéissance quand cette autorité condamne leurs pratiques et leurs enseignements? Si cette autorité existe, quelque ritualiste aura peut-étre la bonté de nous la faire connaitre. Les ritualistes sont en révolte ouverte contre les tribunaux ecclésiastiques. Ils refusent d’obéir a la décision des archevéques sur la Réserve; et, comme le dit Sydney Smith, un prétre ritualiste « nest pour un évéque « que si l’évéque est pour lui. » Ils sont par conséquent des anarchistes dans l’ordre spirituel, occupés 4 renverser toutes les autorités qui existent dans l’Eglise dont ils mangent le pain. Il est vrai quwils font un appel jésuitique a « l’Eglise catho- « lique tout entiére »'afin qu’elle se prononce en leur faveur, refusant ainsi traitreusement a VEglise d’Angleterre le pouvoir de décider par elle-méme. Mais ils savent a merveille que ce quwils appellent « ’Kglise non divisée, undivided « Church, » n’a pas dit un mot sur quoi que ce soit, 4 qui que ce soit, depuis plus de mille ans, et que, selon toute apparence, elle ne le fera pas jusqu’au jugement dernier. »
L’English Churchman oublie Vajouter un détail quiserait tout a fait nécessaire pour compléter ce tableau Wailleurs parfaitement fidéle et ressemblant: c’est de dire que la Basse Helise, dont il est Yorgane le plus accrédité, montre encore moins de respect et de déférence envers les évéques que ne
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le font les ritualistes. L’English Churchman — excite 4 la défiance envers les évéques, et en particulier envers l’archevéque de Cantorbéry, beaucoup plus qu’aucune feuille ritualiste, et parle deux en des termes beaucoup plus inconvenants.
C’est lad une situation qui va s’aggravant tous les jours et qui devient intolérable. Parmi les anglicans, tout le monde en gémit et chacun propose son reméde : ce qui contribue 4 faire ressortir davantage cet irrémédiable gachis. Voici les réflexions que le Church Times fait a ce he dans son numéro du 18 mai :
« L’Anglais dans les conditions communes, The ordinary Englishman, doit étre terriblement perplexe quand il voit comment quelques-uns des amis de l’Eglise anglicane d’une part, et tous ses ennemis de l’autre, s’accordent 4 recommander un seul et méme reméde pour la guérir de ses maladies. « L’Eglise souffre ducancer du protestantisme, disent les premiers, et le seul moyen de la purger de cette maladie et de la rendre 4 la pleine santé catholique, c’est de luiadministrerle purgatif violentdela séparation del’Eglise et del’Etat, du Désétablissement.» — « Non, crient les seconds, l’Eglise souffre du sacerdotalisme romaniste, et sera bientdt atteinte de cette maladie de la téte aux pieds, si on ne prend pas des mesures pour protestantiser sa doctrine et son rituel. Le Parlement est le seul médecin qui puisse faire du bien a l’Kglise d’Angleterre, et tous les bons protestants doivent recourir a la Chambre des lords et 4 la Chambre des communes pour leur demander de voter le Désétablissement. »
C’est ainsi qu’un grand nombre des membres de la Haute Eglise qui s’appellent eux-mémes des catholiques, et les membres de la Basse Eelise qui se glorifient du nom de Protestants, s’accordent a reconnaitre qu’il n’y a qu’un seul reméde aux dissensions intestines de plus en plus accentuées qui déchirent VEglise d’Angleterre, et surtout a esprit de révolte,qui y a fait de tels progrés que plus personne ne veut obéir et que Vautorité n’y est plus qu’un nom. Ce reméde serat-il appliqué? Il est probable, dans tous les eas, que ce ne sera pas dans un avenir tres rapproché. Au moins rien n’indique pour le moment cette solution comme prochaine. Mais quand les esprits sont dans de telles dispositions, les faits peuvent se précipiter, dun moment 4 lautre, vers un dénouement violent, absolument comme lorsque Yatmosphére est chargée d’électricité un orage peut éclater tout d’un coup.
VII. — Pour nous, catholiques, nous n’avons qu’une chose a désirer : le retour du peuple anglais a lunité de la foi par les moyens que Dieu, dans sa Providence, jugera les meilleurs. Nous n’avons quwune chose a faire, c’est de dire tous les jours a la Vierge qui détrwit toutes les hérésies : « Intercédez pour nos fréres séparés, afin qwils s’unissent avec nous dans le seul vrai bercail, au peri
Pasteur, le Vicaire de votre Fils sur la terre. >
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Crest Léon XIII lui-méme qui a composé cette priére et quila met sur nos lévres 1.
Ce n'est pas seulement le peuple anglais que nous devons travailler, sinon autrement, du moins par la priére, 4 arracher a l’hérésie : ce sont les ames de jour en jour plus nombreuses qu’il y en- traine sur tous les points du globe. Ni les préoccu- -pations de la guerre africaine, ni ses dissensions Teligieuses intestines ne calment l’ardeur de cette fievre d’agrandissement au point de vue religieux aussi bien qu’a tous les autres dont il a été pris dans ces derniers temps. Si l’on tient 4 connaitre — et quel catholique, quel prétre surtout pourrait ne pas y tenir? — si l’on tient 4 connaitre jusqu’ot va la propagande exercée par les missionnaires anglicans, le zéle qu’ils déploient, les moyens dont ils disposent et les résultats qwils obtiennent, on n’a qu’a lire le volume qui vient d’étre publié chez Bloud et Barral sous ce titre : Les Missions anglicanes 2, Nous nous bornerons a dire ici, pour compléter cette rapide esquisse du mouvement religieux tel quil se présente en Angleterre a Vheure présente, que le prosélytisme décrit dans Les Missions anglicanes continue a y tenir une grande place. Les deux grandes associations anglicanes qui correspondent a notre GWuvre de la Propagation de la foi ont eu leur réunion annuelle au commencement de mai. Leur énerme budget et le détail de leurs wuvres de toute sorte montrent que le zéle des anglicans pour propager l’hérésie ne se ralentit point. Les discours prononcés dans les assemblées tenues a cette occasion avec un grand éclat, font ressortir mieux que tout ce que nous pourrions dire ]’état d’esprit qui est un des traits les plus caractéristiques du mouvement religieux en Angleterre a l’heure présente. Il suffira d’en citer quelques passages.
« Jespére, a dit Parchevéyue de Cantorbéry, que ces meetings auront pour résultat dimprimer plus
‘Nous croyons utile de donner ici en entier, pour ceux qui ne l’auraient pas a leur disposition, la traduction de cette belle priére telle qu’on la trouve annexée a la Lettre @e Léon XIII aux Anglais : :
« O bienheureuse Vierge Marie, Mére de Dieu, notre Reine et notre trés douce Mére, tournez avec bonté vos regards vers l’Angleterre qui est appelée votre Dot, tournez-les vers nous qui sommes animés d’une grande confiance envers vous. C’est par vous que nous a été donné le Christ Sauveur du monde, afin que sur lui s'appuyat notre espérance. Et vous nous avez été donnée par le Sauyeur afin que, par vous, cette espérance fit accrue. Priez done pour nous, 6 Mére des douleurs, qui, au pied de la croix du Seigneur, nous avez adopiés comme vos enfants. Intercédez pour nos fréres séparés, afin qu’ils s’unissent avec nous dans le seul vrai bercail, au supréme Pasteur, le Vicaire de votre Fils sur la terre. Priez pour nous tous, 6 trés bonne Mére, afin que, par une foi féconde en bonnes ceuvres, nous méritions tous de contempler Dieu avec vous dans la céleste patrie et de le louer dans tous les siécles. Ainsi soit-il. »
Dans sa « Lettre aux Anglais» en date du 14 avril 1895, Léon XIII a accordé a tous ceux qui réciteront cette priére, méme a ceux qui ne sont pas Anglais, une indulgence de 300 jours 4 chaque fois, et de plus, une indulgence pléniére une fois le mois a ceux qui la réciteront tous les jours. 3
2 Les Missions anglicanes, par le P. Ragey, Mariste. Ouvrage précédé d’une Lettre-Préface de Mgr Le Roy, supérieur général de la Congrégation du Saint-Hsprit et du Saint Coeur de Marie. — Voir Azmi, 1899, p. 964 et suiv.
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profondément dans l’esprit de ceux qui entendront les discours qui y sont prononcés ou de ceux qui les liront, la conviction que c’est & nous surtout que s’adresse l’invitation du Sauveur 4 porter son nom dans le monde entier. De toutes les nations qui couvrent la surface de la terre, il n’en est aucune qui ait autant que la ndétre les facilités voulues pour enseigner la vérité aux autres peuples.
Aucune nation du monde ne peut rivaliser sous ce |
rapport avec l’Angleterre, aucune [glise avec PEglise anglicane. »
Parmi les orateurs qui se sont fait entendre dans ces meetings, un des plus remarqués a été lord Hughes Cécil. Il a représenté les missions
anglicanes et le zéle 4 y coopérer comme un
moyen de lever les scrupules qui viennent 4 l’esprit @un grand nombre @’Anglais sur la légitimité de leur Empire. De quel droit vont-ils ainsi con-
quérir le monde et soumettre tous les peuples a
leur domination? « Un grand nombre d’entre nous suivraient de tout leur cur ce qu’on pourrait appeler «le mouvement impérial » du jour, n’était un certain malaise de conscience qui leur fait se demander si, aprés tout, ce mouvement est aussi pur de considérations terrestres quwils le désireraient. Il me semble que nous devrions, en nous penétrant’ profondément de TVimportance de
Veeuvre des missions, sanctifier esprit de Yim-
périalisme. » (Applaudissements). Aujour@’hui nombre de gens en France, et nous voudrions que la vérité ne nous obligedt pas a
ajouter: nombre de prétres, ne veulent pas entendre >
parler de prier pour la conversion de l’Angleterre. Les Anglais, s’en vont-ils répétant, les Anglais ont de si grands défauts et ils se donnent de si grands torts! Soit. Les Anglais ont de grands défauts, et ils se donnent de grands torts : est-ce une raison
pour les laisser conquérir le monde a Vhérésie —
sans leur opposer le seul obstacle qu’il soit au pouvoir de tous de leur opposer, la priére?
Lord Hughes Cécil a laissé échapper dans son discours un ayeu dont les Anglais ne sont pas prodigues. « Le peuple anglais, a-t-il dit, trouve dans
Vimmensité de son Empire des facilites particu-.
liéres pour |’ceuvre des missions, mais d’un autre
cété notre caractére national nous rend tout a fait.
impropres 4 cette ceuvre. Nous sommes le peuple le plus antipathique qu’il y ait au monde, et nous avons une inaptitude singuliére 4 entrer dans les vues et 4 comprendre les idées des races étrangéres. Trés sensibles a l’intrusion des ideées italiennes dans la Grande-Bretagne, nous n’avons pas toujours pour les autres peuples les égards que nous exigeons qu’on ait pour nous. Ce que nous cherchons a leur imposer, ce n’est pas l’Eglise universelle, c’est notre propre Hglise nationale. » (Applaudissements).
L’aveu est bon 4 recueillir et il doit exciter notre
zéle. Ne laissons pas ce peuple « antipathique » propager par la force une religion d’amour qui ne doit étre propagée que par le dévouement et la persuasion, et, au lieu de travailler au triomphe de
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lEglise établie par Notre-Seigneur, s’efforcer de procurer le triomphe de lEglise établie par Henri VIII. Nous ne pouvons en appeler aux hommes : appelons-en 4 Dieu par la priére.
VAM DU CLERGE et les livres
Comptes rendus bibliographiques
Daniel O®’Comnell. Sa vie, son wuvre, par M. L. Nemours-Godré. — Deuxiéme édition, revue et augmentée. Ouvrage couronné par l’Académie francaise. — Un vol. in-42, 3 fr. 50. — Paris, Lecoffre.
Dans cet ouvrage, M. L. Nemours-Godré retrace, avec une compétence indiscutable et une grande clarté, Vhistoire du héros de lV’Irlande, et de VIrlande elleméme. Son livre ayant été couronné par l’Académie francaise, nous sommes dispensés de faire l’éloge du style et de la maniére de l’auteur.