C. Card. Auoist Masrtua, 8. R. C. Pro-Pref
D. Panic, Secretarius.
A avril 1900.
Scapulatre du Sacré-Ceur de Jésus
I. Par un décret du 4 avril 1900, la Sacrée Congrégation des Rites a approuvé un scapulaire du Sacré Coeur de Jésus ainsi décrit :
Hoe scapulare conficitur ex binis de more partibus laneis albi coloris per duplicem chordulam seu yittam conjunctis, quarum una habet emblema Sacri Cordis
Jesu, prouti pingi solet, altera autem refert imaginem B. Marie V. sub titulo Mater misericordie.
Le méme décret renferme la formule de bénédiction. Il est inutile de la donner ici, parce qu’elle se trouvera dans les feuilles de pouvoirs qu’obtiendront nos lecteurs.
II. Le 19 mai 1900, la faculté de distribuer ce scapulaire était accordée au Supérieur général de la Congrégation des Oblats de Marie-Immaculée, avec le pouvoir de déléguer des prétres du clergé tant séculier que régulier.
Les Analecta disent que pareille faculté a été
—accordée aux chapelains de Montmartre, de Pa-
ray-le-Monial, et de l’église de la Paix, 4 Rome.
magister ceremoniarum vestem violaceam |
Aavril 1900.
Seapulaire des Saints Cours de Jésus et de Marie
I. Le 4 avril 1900, 4 la demande de Mgr Robert, évéque de Marseille, la Sacrée Congrégation a approuvé ce scapulaire dont voici la description :
Hoe autem scapulare ex privata fidelium deyotione jam diu adhibitum, constat ex duabus de more parti-
bus laneis albi coloris per chordulam seu vittam con- |
junctis, quarum una prefert emblemata duorum cordium, Jesu nempe iis insignibus ornati, quibus representari solet, et Immaculate Matris Marie gladio per-
forati, subjectis utrique instrumentis Dominice passio- —
nis ; altera vero pars exibet sanctam crucem ex panno rubri coloris.
II. Le méme décret approuve une formule de bénédiction pour imposer ce scapulaire.
Ill. C’est uu Saint-Siége qu’il faut demander la
permission de le donner.
IV. Il west pas parlé d’inscription dans une confrérie ni pour l’un ni pour autre. Nous en concluons que ces scapulaires, comme plusieurs autres, n’exigent pas l’inscription.
Bref pour la concession @une indulgence de
200 jours 8 février 1900.
...Nos autem votis hisce annuentes, auctoritate nostra
apostolica per presentes omnibus et singulis utriusque sexus Christifidelibus ubique terrarum degentibus, qui corde saltem contrito, quocumque idiomate, dummodo versio sit fidelis, hance jaculatoriam precem dixerint : Mater mea, libera me hodie a peccato mortal,
terque Salutationem angelicam mane et vespere reci-
tent, quo die id agant dé penalium numero ducentos dies iis in forma Ecclesie consueta expungimus...
REMARQUES Pour gagner l’indulgence de deux cents jours
dont il est question ici, il faut réciter le matin et —
le soir trois fois la Salutation angélique et une fois ‘invocation Mater. mea. On peut la dire en n’importe quelle langue, pourvu que la traduction soit fidéle.
Il en est qui, le soir, conseilléent de traduire hodie par pendant cette nuit. On nous a demandé sila traduction était valable pour l’acquisition des indulgences. Nous le pensons. .
Le bref exige une version fidéle, il est vrai, mais non une version mot 4 mot. Or, pour nous, en France, le soir, le sens du mot hodie est tra-
duit par pendant cette nuit. Toutefois nous con-
seillerions volontiers de laisser, le matin et le
soir, ladverbe aujourd’ hut, afin de ne pas come
quer la lecon a apprendre.
tN es et
IMPRIMATUR Lingonis, die 4 augusti 1900.
+ SEBASTIANUS, E'piscopus Lingonensis.
Le gérant : J. Marrrizr.
LANGRES. — IMPRIMERIE MAITRIER ET COURTOT
REVUE DE TOUTES LES QUESTIONS ECCLESIASTIQUES
DOGME, MORALE, LITURGIE, DROIT CANON, ECRITURE SAINTE, PATROLOGIE, HISTOIRE SACREE. — LEGISLATION CIVILE-ECCLESIASTIQUE. — PASTORALE, PREDICATION,
CATECHISMES. — BIBLIOGRAPHIE
DIRECTEUR ET REDACTEUR EN CHEF
F. PERRIOT
ANCIEN SUPERIEUR DU GRAND SEMINAIRE DE LANGRES
Parait 4 Langres, tous les jeudis
Labonnement, pour tout ' Univers, est de 15 jr. avec le Supplément : L?Am1 pu CLERGE PAROISSIAL, de 10 francs sans le Supplément
Toutes les lettres doivent étre adressées 4 M. le Directeur de Ami du Clergé, Maison Saint-Pierre, rue Tassel, 4 Langres (Haute-Marne)
QUESTIONS de science ecclésiastique CONSULTATIONS DIVERSES
Q.— Dans beaucoup de grandes paroisses, outre les stations de Caréme et d’Avent, une station de Mois de Marie est préchée chaque année, ordinairement par un prédicateur étranger a la paroisse. Il arrive souvent que ces prédicateurs, au lieu de précher uniquement sur la sainte Vierge, comme la chose semblerait naturelle, préchent sur toute sorte de sujets. On serait bien aise de savoir ce que l’Ami du Clergé pense de cette maniére de précher le mois de Marie.
R. — Un congrés en V’honneur de la sainte Vierge doit se réunir 4 Lyon dans les premiers jours de septembre. C’est devant ce grand aréo- - page Marial que cette question devrait étre por- tée. Nous nous bornerons 4 dire ici tout simplement notre avis, en le livrant 4 l’appréciation des juges compétents.
Il nous semble que, prise en elle-méme, cette question de savoir s’il serait désirable de voir les prédications du mois de Marie rouler uniquement sur la sainte Vierge, est une de celles sur lesquelles il est difficile qu’il y ait désaccord. Il faudrait plutét demander sice désir que le mois de Marie soit rempli par des prédications exclusive-
“ment mariales 14 ot l’on préche une station du mois de Marie proprement dite, est vraiment réalisable, et si cette réalisation est ce quwil y a de plus profitable aux fidéles.
Assurément le mois de Marie ne consiste pas
uniquement en des lectures ou des prédications —
-gur la sainte Vierge. C’est un ensemble d’exer- -cices dont le but est de rendre chaque jour, pendant toute la durée du plus beau mois de l’année, des honneurs particuliers 4 cette Vierge, la plus belle des créatures, et d’accroitre ainsi envers elle Vamour, la confiance, la dévotion des fidéles. Il
est évident que les lectures, 14 ou Yon ne fait que des lectures, et les prédications, la ot l’on fait des prédications, sont de nature a aider a atteindre ce but. Cela n’est pas moins vrai des prédications que des lectures, ou plutét cela est manifestement plus vrai encore des prédications que des lectures. Or, quel prétre chargé de la direction des exercices du mois de Marie a jamais eu l’idée de chercher 4 les rendre édifiants par des lectures sur la sanctification du dimanche, sur la confession, sur les devoirs des maitres envers leurs domestiques, et autres sujets de ce genre, au lieu de faire rouler ces lectures sur la sainte Vierge ? Pareille idée
paraitrait pour le moins fort étrange. Car le but
des exereices du mois de Marie est d’accroitre la dévotion des fidéles envers la sainte Vierge. Il y a déja la, ce nous semble, un commencement de réponse a la question qui nous est posée.
Quant a ce qui est d’expliquer comment des
prédications qu’on pourrait appeler étrangéres ou
intruses ont pris la place que devraient réguliére-
ment occuper les prédications mariales, et ce quil — faudrait pour que Vordre fit rétabli, cela est un
peu plus long, plus délicat, plus difficile. Mais cela est nécessaire. C’est la qu’est le point. Nous y insisterons.
Mais auparayant nous voudrions faire sentir ce que cette prolongation pendant la station du mois de Marie des prédications de la station du caréme a d’inopportun et de regrettable. Regrettable, elle Vest d’abord en ce qu'elle prive la station du mois de Marie du moyen le plus efficace dont elle puisse disposer pour atteindre son but. Elle ne l’est pas moins en ce quelle expose les &4mes a une lassitude qui peut facilement leur devenir préjudiciable.
Pendant le caréme, un prédicateur a appelé l’attention d’une paroisse sur les grandes vérités de la religion et sur les principales obligations. de la vie chrétienne. A peine sa station est-elle terminée qu’un autre prédicateur, du haut de la méme chaire, entretient la méme paroisse des mémes yerités et des mémes obligations. Seulement cette
vb A: AMI DU CLERGE
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fois-la on appelle cela « précher le mois de Marie. » Parce qu’on chante des cantiques 4 la sainte ‘Vierge, et que quelques-uns des sermons de la station roulent sur la sainte Vierge, le prédicateur est censé précher le mois de Marie. En réalité la plupart de ses-instructions pourraient étre placées dans une station de Caréme ou d@ Avent. L’étiquette dont on décore cette nouvelle station de caréme ne lui enléve malheureusement rien de ce qu’elle a de fatiguant, aussi rapprochée de la premiére. Véritablement, si l’on se proposait de causer aux fidéles une sorte d’indigestion et de leur donner des nausées, il ést difficile de voir comment on pourrait mieux s’y prendre.
Pendant le caréme, vos paroissiens ont été édifiés par des sujets graves et méme terribles : ne serait-il pas 4a propos que, pendant le mois de Marie, leur foi et leur piété fussent excitees et, au besoin, réveillées par des sujets consolants? Is ont entendu une parole qui n’était, on le suppose, ni lourde, ni grincheuse, mais grave et austére comme les grandes vérités qu’elle enseignait leurs Ames seraient maintenant reposées en ¢écoutant une prédication rendue douce et attrayante par ce charme et cette grace qui rayonnent naturellement 4 travers la parole du prétre quand elle traite de la sainte Vierge Marie. Le christianisme ades aspects graves et méme sévéres : il est bon de les montrer dans une station au terme de laquelle ’Eglise a placé les grands souvenirs du Calvaire. Maisle christianisme a aussi des aspects doux, gracieux,. suayes, riants : pour les présenter nul moment ne saurait étre mieux choisi que celui ot les fidéles se réunissent aux pieds de cette Vierge Mére « dans laquelle il ny a rien daustére, dit saint Bernard, rien de terrible, mais quiest tout suave, et offre a tous le lait et la laine. Nihil austerum in ea, nihil terribile, tota suavis est, omnibus offerens lac et lanam. »
Des prédications mariales bien. faites seraient comme une rosée céleste propre a faire éclore en fleurs, puis a se former en fruits, les germes déposés dans les Ames pendant le caréme.
Ce n’est pas seulement aux ames pieuses que ces prédications conviennent; c’est surtout aux ames hésitantes, récalcitrantes et méme rebelles a la foi. C’est a celles-ci surtout qu’il faudrait, en y mettant la préparation et les formes youlues, arriver a les faire entendre. Souvent la ot les arguments échouent, Vonction triomphe. Plus @une fois une instruction simple et touchante sur Marie refuge du pécheur a décidé a se rendre des ames que des sermons pathétiques sur des vérités terribles n’ayaient pas ébranlées.
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A ces considérations on en oppose d’autres qui les combattent. « Tout cela est trés vrai, dit-on, mais ce n’est pas toute la vérité. Une série de trente et une instructions, uniquement sur la sainte Vierge, se succédant sans interruption pen-
dant tout un mois, mettrait la patience de la masse des auditeurs 4 une trop forte épreuve. La plupart se lasseraient vite d’entendre parler toujours sur la sainte Vierge, rien que sur la sainte Vierge. La variété dans le choix des sujets est nécessaire pour piquer et soutenir l’attention. Et puis, ce qu’il faut considérer avant tout, c’est le bien et l’intérét des ames. Or, on fait plus de bien aux Ames en traitant des sujets variés, parmi lesquels un certain nombre sur la sainte Vierge, qu’en s’astreignant a précher uniquement sur la sainte Vierge. »
Pour enlever 4 ce plaidoyer toute sa force, il suffit de faire remarquer a quoi il l’emprunte. Les raisons alléguées ne se tirent point des prédications mariales telles qu’elles devraient étre faites, mais de ces prédications telles qu’on les congoit et aussi telles qu’elles sont faites,aumoinsd’ordinaire, par les prédicateurs qui, pendant toute la durée dune station de mois de Marie, parlent uniquement de la sainte Vierge. Généralement ces prédications attirent peu, et méme elles fatiguent plus ou moins. Elles manquent de ce quelque chose de nouveau, de piquant, dimprévu dont les fideles, dans certaines paroisses de villes, sont habitués a voir assaisonner les vérités qu’on leur expose du haut de la chaire. La variété surtout leur fait sensiblement défaut. Or, cette variété, le nouveau, le piquant, ’imprévu, tels prédicateurs de mois de Marie ne le trouvent pas dans le champ véritablement immense des sujets se rapportant a la sainte Vierge, soit faute de les chercher assez laborieusement, soit faute d’étre capables de les trouver, méme en les cherchant.
Ce qui prouve bien, pour le dire en passant, que tous les prédicateurs ne sont pas appelés a précher des stations de mois de Marie. Ceux qui ne sont pas des travailleurs, des creuseurs, et qui sont médiocrement doués sous le rapport de l’invention, feront bien d’appliquer leur talent de parole a un autre genre de prédication. :
Outre que la forme est une source intarissable de variété, qu’elle rajeunit tout et qu’elle peut mettre du piquant et de ’imprévu dans tous les sujets, pour obtenir une série de trente et une instructions sur la sainte Vierge, trés variées et aussi propres a faire du bien que puissent J’étre des instructions de Caréme, deux grands moyens principaux se présentent.
Le premier est de puiser soi-méme et directement ala source, au lieu de se contenter de tel petit filet @eau qui arrive par un tuyau quel-: conque, souvent fort étroit et fort suspect. Ici la source est un océan. I] faudrait toute une grande bibliothéque, rien que pour réunir les titres des ouvrages qui ont été composés sur la sainte Vierge. On couvrirait des pages rien qu’a indiquer les grandes lignes, les grandes divisions deg. Sujets que peuvent traiter les prédications mariales : les grandeurs et les priviléges de Marie, son réle et sa place dans le plan divin, ses vertus, ses fétes, ses sanctuaires, ses pélerinages, ses
grands serviteurs, la place qu’elle occupe dans
Vhistoire, les pratiques et les priéres en son honneur, ses symboles, etc., etc.
Ce n’est pas seulement l’ensemble de ces sujets qui forme un océan, c’est chacune de ces sections. Le moyen d’étre varié, c’est, au lieu de choisir ses Sujets dans une seule, de les prendre dans plusieurs. Nous ne pouvons dire dans toutes: ily a
-incomparablement plus de grandes sections que
instructions données pendant un mois de Marie, dtit-on en donner trois par jour.
Dans chacune de ces sections, plus on avance, plus on voit horizon s’élargir devant soi, et des points de vue nouveaux apparaitre, et des sujets nouveaux, aussi Nouveaux que des sujets de prédication puissent l’étre.
Le Pére Binet ouvre son livre, Le chef-d’w@uvre de Dieu ou les souveraines perfections de la sainte Vierge sa Mére, par des reflexions qui devraient étre méditées par tous les prédicateurs de mois de Marie. Voila pourquoi nous en citerons ici quelques-unes.
« Je ne saurais assez m’étonner de ce que dit Salomon au livre de l’Ecclésiasie, et de l’assurance avec laquelle il le dit: I7 n’y a rien de nouveau sous le soleil. Qu’est-ce qui a été autrefois ?
Ce qui doit étre a Vavenir. Qwest-ce qui sest
fait? Ce qui doit se faire encore. Les mémes
choses ne font que tourner et retourner comme le ciel qui roule sans cesse sur nos tétes, et c’est toujours le méme mouvement. Si cela est vrai,
. grand Roi, que veut dire le Saint-Ksprit par le
prophéte : Voici que le Seigneur a créé sur la
terre un prodige nouveau? Quia creavit Dominus
novum super terram. (Jér., XXXI, 22). Pourquoi encore saint Jean vit-il le paradis tomber en terre et se changer en l’épouse de l’Agneau, et entenditil soudain cette voix : Voici que je fais toutes choses nouvelles ? Ecce nova facio omnia. (Apoc., xx1, 5). Pourquoi le Seigneur dit-il 4 son peuple par Isaie: Les cieuw nouveaun et la terre nouvelle que je vais créer demeureront éterneliement devant moi ? Sicut celi novi et terra nova, que ego facio stare coram me. (Is., LXvI, 22). Vous-méme, Salomon, n’avez-vous pas dit de votre trone que c’était une merveille nouvelle et que jamais, en aucun royaume de la terre, on ne trouva aucun ouvrage semblable ? Non est factum tale opus in universis regnis. (III Reg., x, 20). Que veut done dire ce mystére? Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, je l’avoue; excepté la Vierge-Mére, chef-d’ceuvre du Tout-Puissant, et le plus étonnant de tous les miracles. On a dit tant de choses des divines perfections de Notre-Dame qu’il n’y a plus, ce semble, qu’a garder le silence si Pon ne veut user de redites. Car tous les plus grands esprits de ]’Kiglise se sont épuisés et paraissent avoir dit tout ce qui se pouvait dire. Cependant il est vrai que plus on parle sur un si riche sujet et plus on comprend que Yon pourrait en parler toujours. C’est un trésor d’ou lon tire sans cesse des piéces excellentes, anciennes et nou-
LAMI DU CLERGE ee aS 07
velles. C’est la mer de Apocalypse, transparente comme le verre et semblable au cristal : Mare vitreum, simile crystallo. (Apoc., tv, 6). Océan sans fond et sans rives ot il y a toujours 4 puiser; océan transparent qui fait voir sans cesse mille et mille choses nouvelles. C’est un centre vers lequel on a tiré du cercle qui l’environne mille lignes, et il en reste encore plus a tirer. C’est un ciel ou Von découvre tous les jours quelque nouvelle étoile. C’est un arc-en-ciel ot Von voit autant de nouvelles couleurs que l’on y porte de fois ses regards. ..... Notre-Dame est un secret qui demeurera éternellement secret. Plus on regarde, plus on désire de regarder. Ce que l’on comprend fait voir mille choses que l’on ne comprend pas encore. Plus on s’éléve dans cette tour divoire, plus on découvre de nouvelles merveilles. »
En se donnant la peine de plonger et de plonger encore dans cet océan par la méditation, au lieu Wun seul mois de Marie composé de trente et une instructions sur la sainte Vierge, on en trouverait
mille, sans se répéter jamais et sans cesser d’étre
varié et d’étre neuf. Aux trésors qu’on aurait découverts d’autres succéderaient sans fin. Le vieux Gautier de Coincy a vraiment raison de dire dans le prologue de ses Miracles de Notre-Dame: ~~
Marie est mers que nul n’espuise :
Plus y treuve qui plus i puise.
L’autre grand moyen de rendre les prédications mariales a la fois trés variées et trés propres 4 faire du bien 4 toutes les Ames, c’est de traiter des sujets qui, pris en eux-mémes, ne se rapportent pas visiblement et nécessairement 4 la sainte Vierge, en les faisant s’y rapporter, c’est-a-dire en montrant la relation de ces sujets avec Yauguste
Mére de Dieu. Si l’on expose un dogme, le dogme
de l’Incarnation par exemple, on montrera la place que Marie y occupe. Si lon exhorte a une vertu, comme serait la patience, on enseignera aux fideles comment on peut Vobtenir, soit par l’intercession de-la sainte Vierge, soit en suivant son exemple. Le dogme et la morale, on peut ainsi tout rattacher a la sainte Vierge. Aprés son divin Fils et avec lui elle est le point central vers lequel tout converge dans notre sainte religion.
Il est telle parole de saint Bernard, celle-ci par exemple, que Diew a voulu que nous eussions tout par Marie : Totum nos habere voluit per Mariam (In Nativitate B. M. V.), qui, 4 elle seule, ouvre aux prédicateurs de mois de Marie des horizons sans bornes. Totum, tout, vous entendez bien. Prenez la paix, par exemple, qui est un besoin si profond de nos ames: nous l’avons par Marie. Il n’y aurait, pour composer une prédication mariale d’une grande utilité, qui pourrait étre aussi dune grande beauté, qu’a le faire bien comprendre et 4 le faire bien sentir. Si l’on s’attachait 4 ce point spécial, que nous indiquons simplement comme un exemple entre mille, on n’aurait qu’a creuser et 4 commenter la deuxiéme strophe de Yhymne X du Mariale de saint Anselme :
Que enixa Non amissa Castitate Dominum :
Via pacis Ire facis Nos ad Patrem luminum.
A combien d’Ames une~pareille instruction s’adresserait! Pour combien d’Ames, méme parmi celles qui semblent les plus imperméables a toute idée religieuse, une parcille instruction bien faite ne pourrait-elle pas étre un trait de lumiére! La paix, quidonc ne soupire aprés elle? C’est souvent le seul bien qui manque a ceux qui semblent posséder tous les autres. Mais que sont les autres biens sans celui-la? Sans ce bien, 4 quoi sert a tant dhommes d’étre environnés de gloire et au sommet du pouvoir? « On leur porte envie, et cependant combien ils sont peu dignes d’envie! Quels aiguillons les transpercent! Le cour de Yun de ces hommes mis 4 nu serait la lecon la plus propre a4 enseigner au genre humain combien peu il y a lieu d’aimer ce qui brille ou ce qui nous donne le pouvoir. Ils ne respirent que Vagitation. Leur vie est une tempéte. Ils marchent au milieu de cette tempéte jusqu’a ce quils finissent par succomber. ! »
~Le grand poéte qui a-si bien décrit cette agitation fut lui-méme le plus malheureux, parce qu’il fut toute sa vie le plus agité des hommes, et il finit par mourir au milieu dune agitation vraiment effroyable. Toute sa vie il avait été poursuivi par le désir, par le besoin de trouver la paix. La paix! La paix! Tel était continuellement le cri de son Ame. En voguant sur le lac de Genéve, il s’écrie : « Limpide et tranquille Léman, ton lac
-contraste avec le monde orageux ot j’ai vécu. Ton
calme silencieux m/’invite & échanger les eaux troublées de la terre contre un cristal plus pur. ? »
Le 7 juin 1819, ’auteur de Child Harold écrivait de Bologne, en Italie, a son éditeur Murray :
« Quelques épitaphes de Ferrare m’ont plus ravi que les monuments les plus splendides de Bologne; par exemple :
Martini Luigi Implora pace.
Lucrezia Picini Implora eterna quiete.
«Est-il rien de plus touchant? Ce peu de mots dit tout ce qui peut étre dit ou cherche : les morts en ont assez de la vie, tout ce qwils voulaient c’était
le repos, — ils Vimplorent. Il y a la tant d’aban-
don, une espérance si humble! > »
4 Envied, yet how unenviable! what stings Are theirs ! One breast laid open were a scholl Which would unteach mankind the lust to shine Their breath is agitation, and their life or rule. A storm whereon they ride, to sink at last.
(Child Harold, Cant. 11, str. xxir ef xxtv).
2 Clear, placid Leman ! thy contrasted lake, With the wild world I dwelt in, is a thing Which warns me, with his stillness, te forsake Earth’s troubled waters for a purer spring.
(Child Harold, Cant. m1, str. LXxxy).
3’ Mémoires de lord Byron, publiés par Thomas Moore. Metres Ch xx. p. 402,
Dans le fond de son ame, le pauvre grand poéte — soupirait aprés cette paix, ce repos, cet abandon, © cette espérance. Si dans un de ces moments ot le besoin de paix se faisait le plus vivement sentir, une prédication discréte, simple, douce, gracieuse, pleine de calme, etit pu faire arriver, comme une mélodie céleste et’ en l’environnant de toutes les splendeurs de la foi, cette belle strophe du Ma-
riale :
Que enixa Non amissa Castitate Dominum :
Via pacis Ire facis Nos ad Patrem luminum,
a cette Ame troublée, agitée, tourmentée, ballottée © par tous les orages, elle l’etit peut-étre sauvée. Le Pére des lumiéres, quel terme! La paix de l’ame, quelle voie! La Vierge-Mére, quel guide!
Un des auteurs des belles hymnes du moyen age se représente comme un mendiant a genoux devant cette auguste Vierge, la conjurant d’étendre vers lui sa main, et d’en laisser tomber l’obole de la paix :
Petenti manum porrige, - Quietis opem tribue *.
Assurément c'est la un tableau profondément catholique, mais le poéte qui, tout protestant qu il était, a, en contemplant une image de la Vierge, écrit ces beaux vers :
« Ave Maria! Oh! que ta face est belle! qu’ils sont ravissants tes yeux baissés pendant que la divine colombe repose sur ta téte! Sans doute ce n’est la qu’une peinture, mais cette peinture n’est point une idole, elle est trop ressemblante 2, » le poéte qui a écrit ces vers efit compris la beauté du tableau peint par le poéte du moyen Age, et qui sait s'il n’etit pas consenti 4 le réaliser une fois de plus en devenant lui-méme ce mendiant, et en consentant a recevoir une telle obole dune
telle main?
Tout, totum, et la paix en particulier, nous vient par Marie, per Mariam; car c’est par elle que nous vient Celui que, plusieurs siécles 4 Pavance, le prophéte Isaie annoncait au monde comme le Prince de la paix, Princeps pacis; et qui, des qu'il touche notre terre, ordonne aux anges de descendre chanter sur son berceau : « Et maintenant paix sur la terre aux hommes de bonne volonté : Et in terra pax hominibus bone voluntalis ; » et qui, en quittant le monde, dit encore & ses apdtres: « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis » (Joan., xtvy, 27); Celui a qui, nous prétres, nous disons tous les jours au saint autel au moment de le recevoir dans notre cceur ; Agneau de Dieu, donnez-nous la paix!
Hymnarium quotidianum Beate Marie Virginis, ex hymnis medii evi comparatum cura et studio P. Ragey. Die xxtx julii. :
# ns ee oh! that face go fair;
ore down-cast eyes beneath the Almighty Dove; What thongh’is but a pictured image aie That paignting is not idole — it is too like,
oe ea
LUAMI DU CLERGE
Sayer oe ii Mais Marie n’est pas seulement mére: elle est Vierge. Kn méme temps qu’elle nous donne Celui
qui est la paix, et erit iste pax (Mich., v, 5), elle
nous enseigne le secret de la paix. La paix est le
fruit de la pureté. Elle nait de la chair domptée et
des passions vaincues. S’il est vrai, comme dit Yauteur de l’Imitation, qu’il n’y a pas de paix dans le coeur de ’homme charnel, non est pax in
corde hominis carnalis (l, IL, ch. v1), par contre
quelle paix ne doit-il pas y avoir dans le cceur dune créature d’une pureté miraculeuse et surhumaine! Quel modeéle et quelle lecon! L’Ame ne peut trouver la paix qu’en rentrant en elle-méme. La pureté la recueille, et le vice la disperse. L’Ame dispersée dans les sens par la recherche des jouissances grossiéres ressemble a ces personnes inquietes et effrontées qui se. tiennent sans cesse aux fenétres, 4 des fenétres donnant sur les rues a travers lesquelles circule incessamment la foule,
La foule ot toute paix se corrompt ou se perd '.
L’ame trouve d’autant plus stirement la paix et une paix d@’autant plus profonde qu'elle se retire davantage de son corps pour se cacher et pour ainsi dire se précipiter en elle-méme.
Nous avons nommé Byron parce qu il nous offre un des types les plus accentués de ces Ames qui ont perdu la paix en perdant la pureté de la vie, et A qui, par suite de leur endurcissement, cette paix semble ne pouvoir étre rendue. Le meilleur moyen de rendre la paix a ces Ames qui paraissent irrémédiablement agitées serait de faire par-
venir jusqu’a elles en les leur présentant dans
tout leur éclat et toute leur beauté, des priéres comme celles dont nous yvenons d’ébaucher un rapide commentaire.
Ce que nous disons de la paix, nous pourrions le dire de mille autres choses, de lespérance par exemple. Montrez a ces 4mes, aujourd’hui si nombreuses, hélas! qui ne savent plus espérer, qui n’osent plus rien espérer, que Notre-Dame est la Mére de la sainte espérance, Maler sanctc spet, et vous aurez plus fait pour les sauver qu’en leur exposant tous les arguments de la théologie et toutes les lecons de Vhistoire.
Tous les siécles ont eu besoin d’entendre ces vérités consolantes. Le xx¢, selon toute apparence, en aura plus besoin qu’aucun autre. Jamais il n’a été plus vrai de dire avec Isaie que « toute téte est languissante et tout cour abattu. Omne caput languidum, et omne cor moerens. » (v, 5), Et ce qui est particuliérement triste, c’est que les cwurs sont abattus de cet abattement qui vient d’une foi disparue ou diminuée. La séve chrétienne tend a se retirer des Ames; il faut travailler 4 l’y ramener en leur faisant connaitre, aimer, prier la sainte Vierge Marie. Combien d’ames, hélas!
ne savent plus prier! Il faut les réconcilier avec la priére en leur faisant trouver de lat-
‘ Lamartine, Harm. poét., Bénédiction de Dieu dans la solitude.
Rua
eh
trait, de la joie et de la consolation 4 prier la sainte Vierge Marie. Ce que nous avons dit d’une formule de priére empruntée au Mariale, nous pourrions le dire d’une foule d’autres priéres a la Vierge, trés connues, trés belles, et dont le commentaire, en suivant simplement le texte, fournirait maticre a des instructions intéressantes, utiles, fouchantes. Quel beau sujet Vinstructions
par exemple que le commentaire du Salve Regina, ©
ou bien de Ave maris stella! Quel magnifique
sujet de prédications mariales que le commentaire -
doctrinal et poétique de Angelus / Quelles richesses doctrinales et quel tableau !
La plupart de ces priéres, surtout celles qui viennent du moyen age, exhalent un parfum de foi, d’amour, de-confiance naive envers Notre- Dame qui embaument délicieusement l’Ame. Une station de mois de Marie n’etit-elle produit d’autre effet que celui de faire respirer ce parfum pendant tout un mois 4 un grand nombre d’ames, il faudrait la tenir pour trés utile. Il ne faut juger de Putilité d’une station ni par ses résultats immédiats, ni par un sermon isolé, mais bien plutét par les germes que cette station, considérée dans son ensemble, a pu déposer au fond des Ames. Toutes les fois que le prédicateur a jeté dans les Ames une parole vraiment, sérieusement, profondément chrétienne, et par conséquent toutes les fois qwil ya jeté une parole profondément mariale, il a fait son ceuvre. Il a planté, il a arrosé, Dieu donnera l’accroissement a son heure 1.
Le commentaire des belles priéres dont nous venons de parler a cela de particuliérement utile qu il est de nature 4 inspirer un attrait surnaturel a prier la sainte Vierge, et c’est la un des germes les plus précieux qu’on puisse déposer dans une ame. Un des meilleurs résultats pratiques que puisse obtenir une station de mois de Marie, ce serait, outre le gotit surnaturel pour la priere ala sainte Vierge, d@inspirer la résolution de s’attacher a elle par le lien d’une priére particuliére qu’on lui adresserait tous les jours, expression d’amour d’un enfant envers sa mére, et de respect
d’un sujet envers sa reine, un Omni die comme —
celui de saint Anselme adopté plus tard par saint Casimir. De trés grandes graces sont attachées a cette pratique dun hommage quotidien. On connait le mot de saint Berchmans sur son lit de mort. Ses fréres de la Compagnie de Jésus qui Ventourent, lui demandent ce quwils doivent faire pour obtenir eux-mémes la protection de leur bonne Mére, la sainte Vierge Marie, qwil a tant aimée et dont il a recu tant de graces. « Les moindres choses suffisent, répond le jeune saint, pourvu qu’on y soit constamment fidéle : Quidquid modicum, dummodo sit constans. » Combien de personnes, s’écrie saint Liguori en rapportant ce mot de saint Berchmans, combien de personnes
1 Ego plantavi, Apollo rigavit : sed Deus incrementum dedit. Itaque neque qui plantat est aliquid, neque gui rigat : sed qui incrementum dat, Deus. (I Corinth., mi, 6 et 7).
sont maintenant en enfer, et qui seraient sauvées, si elles avaient été fidéles aux pratiques de dévotion envers Marie qu’elles avaient adoptées ! Combien d’ames, dirons-nous a notre tour, qui se damnent et que les prédicateurs sauveraient s’ils réussissaient 4 leur inspirer une véritable dévotion envers la sainte Vierge, et en particulier a les attacher a cette bonne Mére par une priére quoti-
dienne! Beatus homo qui vigilal ad fores meas
quotidie. (Prov., vit, 34). Pour que les prédicateurs pussent y réussir, il faudrait d’abord qwils sy appliquassent.
Méme avec les hommes les plus éloignés des pratiques religieuses, la chose n’est point aussi difficile qu’elle pourrait le paraitre au premier abord. Malgré tout, ces Ames qui paraissent, et qui souvent sont si loin de Dieu, demeurent, au fond, naturellement chréetiennes. Il existe en elles un commencement, et, si l’on pouvait s’exprimer ainsi, un rudiment dattrait a prier la sainte Vierge. D’autre part, parmi les prieres a la sainte Vierge, au moins parmi celles que l’Eiglise nous propose et aussi parmi celles qui nous viennent du moyen 4ge, plusieurs se recommandent d’ellesmémes, lés unes par leur mélodie, comme le Mariale, V@autres par leur onction, comme Ave Maris stella, d’autres par leur poésie, comme un certain nombre des hymnes del Hymnarium quotidianum B. M. V., notamment celles placées pendant le mois de mai.
Au moment ou une nouvelle édition du Mariale1 venait de paraitre sous les auspices de Villustre cardinal Manning qui recommandait tres chaudement, enixe et peramanter, cette belle priére a Marie qu'il appelait une cuvre Vor, opus vere aureum, un écrivain 4 Pame pieuse et poétique, Léon Aubineau, ayant rencontré cette « ceuvre
Vor,» tomba immédiatement sous le charme, et dans son enthousiasme il écrivit dans l Univers :
« On trouve tout dans le Mariale. Les gloires de Marie dépassent les ressources de la langue humaine; elles en développent les splendeurs et les graces. Elles sont exprimées dans un langage merveilleux, accessibles aux moindres esprits et ravissent les ames les plus élevées; c'est la vérité, c’est la poésie, c'est la théologie : un aliment substantiel, varié, puissant... Ces paroles si bien cadencées et si fortes, d’un sens si clair et si solide, entrent dans le cceur; les lévres qui les ont une fois murmurées trouvent une douceur extréme et une facilité singuliére 4 les répéter sans cesse ;
* Sancti Anselmi Cantuariensis archiepiscopi Mariale seu Liber precum metricarum ad Beatam Virginem Mariam quotidie dicendarum ; opus tam poetica dictione quam eximia erga Beatam Virginem Mariam devotione conspicuum, nune primum ex octo manuscriptis codicibus cum correctione debita typis mandatum, maxima annotationum copia instructum, variis lectionibus illustratum, quinque indicibus locupletatum, et ad pia exercitia mensis Marie privatim peragenda accommodatum studio et cura P. Ragey, Societatis Marie, olim theologie professoris. — Londini, Burns et Oates.
Cette édition avec notes et variantes est épuisée depuis longtemps. Le Mariale a été édité depuis par la maison Desclée, sans notes et en petit format.
elles rendent si bien et si joliment l’adoration, la pénitence, les faiblesses et les espérances de . ame 1. »
Dans ce passage, certaines expressions n’ont toute leur justesse que si on les applique au Mariale, notamment celles qui concernent la cadence. Mais la plupart sont vraies d’un grand nombre d’autres priéres 4 la Vierge soit en prose, soit rythmées. Dans un grand nombre on trouve véritablement « un aliment substantiel, varié, puissant. »
Le Mariale n’est qu’un tout petit coin de ce monde de priéres a la Vierge. Ces priéres a leur tour, méme toutes réunies, ne forment qu’un petit coin du monde immense de théologie, de piété, de poésie ouvert aux prédicateurs de mois de Marie. « On trouve tout » dans ce monde marial, oui, tout ce qui peut intéresser, instruire, édifier, toucher, convertir les ames, en quelques dispositions qu’elles puissent étre. Car on y trouve véritablement bien mieux encore, bien plus stirement, bien plus abondamment et surabondamment que dans les formules de priéres, « un aliment substantiel, varié, puissant. »
Mais on ne trouve cet aliment qu’en se donnant de la peine, souvent méme beaucoup de peine, pour le chercher, et aussi pour le préparer. Car il est a chercher et a préparer, et pour un grand nombre de prédicateurs habitués a -présenter a leurs auditeurs un aliment tout trouvé, tout prépare, et quils n’ont plus qu’a leur servir, c’est la un grand défaut. Les prédications mariales telles que nous venons de les indiquer sont fort rares. Ce ne sont point choses qu’on entend d’ordinaire dans les mois de Marie, méme quand on y préche tout le temps sur la sainte Vierge. La raison en est qu’au lieu Vavoir été déja faites, ces prédications sont entiérement a faire. C’est-a-dire qu’au lieu d’avoir été composées et d’étre imprimées quelque part, de maniére a ce qu’il n’y ait qu’a les presser pour en exprimer la substance, ou méme simplement a les couper par tranches et a en ormer sa Mémoire, ces prédications-la sont entiérement a composer. Grand obstacle. Parmi les prédicateurs, ceux-la méme qui seraient capables de composer trouvent beaucoup plus commode de faire servir pour une station de mois de Marie des instructions quils viennent de précher dang un caréme, et quils ont toutes fraiches dans leur mémoire. Systeme économique.
La plupart, s’ils se décident 4 précher exclusivement sur la sainte Vierge, visent encore 4 économiser leur peine en s’approvisionnant, sinon de lambeaux plus ou moins considérables de sermons quils n’ont qu’a recoudre A leur maniére, au moins d’idées de seconde main quwils trouvent dans des répertoires ou des sermonnaires, dans La Tribune sacrée, La Bibliothéque des prédica-
‘ Léon Aubineau a reproduit cette étude sur le
aheealg dans son yolume Regard en arriére, Dp. b
eee et autres recucils de ce genre. En suivant ce
systéme, force leur est de tourner eux-mémes et de
faire tourner leurs auditeurs dans un cercle qui manque de largeur, et ne leur permet de trouver nila variété désirable, ni la note juste. Messieurs les curés se rendent bien compte que de telles prédications mariales sont moins profitables a leurs paroissiens que les prédications ordinaires, et ils yoient sans déplaisir un prédicateur transporter, au moins en assez grande partie, sa station de caréme dans une station de mois de Marie. Il leur semble que leurs paroissiens y gagnent. Messieurs les curés ont tout a fait raison, mais Messieurs les prédicateurs ont tout a fait tort.
C’est un tort @un genre a part, qu’il est nécessaire de caractériser et de préciser.
Ti
La chaire a cela de particulier que des lieux communs, du verbiage et de l’assurance peuvent plus facilement que partout ailleurs y tenir lieu de préparation et suppléer, dans une certaine mesure, au vrai mérite. Un prédicateur peut arriver a une certaine réputation et obtenir quelques succes sans avoir beaucoup de valeur.
Nous ne parlons pas ici du succes surnaturel, qui consiste dans l’edification ou la conversion des ames, et qui est le seul que le prédicateur devrait poursuivre. Ce succes, quoiqwil soit de notre devoir d’y viser en prenant les moyens humains, dépend plus de la priére et de la grace de Dieu que de la science du prédicateur et dela beautéde ses discours.
Nous parlons du succes humain, de celui qu’on peut apprécier sans faire entrer en ligne de compte le bien, du reste fort difficile 4 connaitre, qui s’est opéré dans les ames. Ce succés-la les orateurs de la chaire peuvent lVobtenir et de fait Vobtiennent souvent, dans une certaine mesure, par des moyens qui ne suffiraient ni aux orateurs du Parlement, ni aux orateurs du barreau.
Certains prédicateurs, méme des prédicateurs de stations dans les grandes chaires, font beaucoup plus usage de leur mémoire que de leur talent de composition. Plusieurs empruntent a des sermons imprimés ou a des sermons manus-
crits gu’ils n’ont pas composés eux-mémes, non pas seulement leurs divisions et leurs principales idées, mais de longs passages, et quelquefois ils apprennent par cceur le sermon tout entier sans y rien changer. Quelquefois aussi ce sermon, qu ils croient simplement manuscrit parce qu’ils le tiennent directement ou indirectement d’un confrere qui l’avait écrit de sa main, se trouve étre imprimé. De la des aventures comme celle que Mer Ricard a racontée dans un numéro de l’Université catholique : Mgr Besson assistant a un de ses sermons préché fort tranquillement dans sa -eathédrale de Nimes par un de ces prédicateurs, Wheureuse mémoire, qui prennent leur bien partout ot ils le trouvent sans s’inquiéter de sa pro-
LVAMI DU CLERGE , aa 1
venance. Ordinairement ces prédicateurs-la:’ se donnent la peine de copier les sermons qu’ils empruntent; ordinairement, mais pas toujours. Nous avons connu personnellement un prédicateur de stations dans les grandes villes qui faisait
les choses plus simplement. I] portait avec lui-
dans sa valise les volumes contenant les sermons, imprimés depuis longtemps, quelques-uns méme depuis plus de deux siécles, sur lesquels il avait jeté son dévolu, et sans se donner jamais la peine
de les copier, il les apprenait chaque fois qu’il-
avait a les précher. Du reste il n’en faisait pas mysteére et ne cachait pas son jeu, au moins a ses confreres. Un curé de cathédrale dans la paroisse duquel il avait préché une station de caréme en suivant cette méthode, au courant de laquelle il Pavait mis, nous assura, peu de temps apres la station, qu’il avait, malgré sa compléte nullité, grace 2 son heureuse mémoire, a sa belle voix et a son action vive et naturelle, aussi bien réussi que des prédicateurs d’une réelle valeur. Bien entendu, nous ne recommandons pas cette méthode de prédication, nous n’affirmons pas qu’elle
soit trés répandue, et surtout qu’elle soit fréquem-
ment portée au degré extréme dont nous venons de parler. Mais il est stir qu'elle existe, et quand on a un peu fréquenté les sermonnaires et qu’on ne manque pas de mémoire, il n’est pas absolument rare qu’en entendant un sermon, on se dise: « Mais ilme semble que j’ai lu cela quelque part, » et qu’en cherchant un peu on arrive a le trouver dans sa bibliotheque. Comment pourrait-il en étre autrement? Quel que soit le sujet qu’on ait a traiter du haut de la chaire, presque toujours ce sujet a déja été traité, et bien traité, par des prédicateurs qui ont livré leurs discours au public. Sur presque tous les sujets il existe de bons sermens. Les sermons qui ont été préchés il yacentans peuvent encore étre préchés aujourd’hui. Ni le dogme, ni la morale, ni le cceur humain n’ont change. Des lors, pourquoi ne pas se servir, et méme dans une tres large mesure, de ces sermons que les fidéles ne connaissent pas? TL y a la une tentation délicate a laquelle ne peuvent étre exposés ni les orateurs du Parlement, ni les orateurs du barreau, mais qui pour les prédicateurs devient quelquefois trés pressante. Tl leur est d’autant plus difficile d’y résister que d’une part ils peuvent se persuader, sans étre trop téméraires, quils feront autant de bien sans composer eux-mémes, et surtout sans composer entiérement leurs sermons, et que d’autre part rien n’est plus pénible que le travail de la composition en général, et-en particulier que le travail de la composition d’un sermon.
Dans ces conditions on s’explique trés bien que, parmi les prédicateurs de mois de Marie, la plupart fassent servir une partie de leurs sermons de caréme, et que ceux qui préchent uniquement sur la sainte Vierge ne se privent pas toujours de suivre plus ou moins la méthode commode et vraiment séduisante que nous venons de décrire,
CLERGE
Malheureusement, méme quand on la suit avec réserve et discrétion, cette méthode produit inévitablement le résultat regrettable que nous avons déj& signalé : le cercle des sujets est nécessairement restreint, un grand nombre de ceux quil serait utile de traiter sont forcément écartés, et il devient impossible d’échap-
“per A une monotonie qui engendre Vennui. Crest
que, si cette branche de littérature formée par Véloquence sacrée renferme de beaux sermons sur la sainte Vierge, les sujets traités dans ces sermons ne sont pas, en somme, trés variés. Un grand nombre de ceux qu'il serait tout a fait intéressant et opportun de faire entrer dans une station de mois de Marie n’ont jamais attiré lattention des prédicateurs qui ont fait imprimer leurs oeuvres.
Il existe bien toute une littérature, cénéralement assez fade, pour le dire en passant, de Mois de Marie, petits manuels ot: sont réunies trente et une lectures destinées a étre faites aux exercices du mois de Marie. Nous ne disons pas que ces ma~ nuels soient sans utilité, ni qwils soient tous sans
‘valeur, mais, sauf d’assez rares exceptions, ils ne
peuvent étre que d’un médiocre secours aux prédicateurs.
La littérature des prédications de mois de Marie est encore a créer. Notre conviction est que le xxe siécle la verra naitre, et que la sainte Vierge en sera grandement glorifiée. Qui sait si le mouvement ne partira pas de la chaire de Notre-Dame? Quand l’heure en sera venue, et nous avons confiance que cette heure viendra, les archevéques de Paris, grace aux lumiéres que Dieu leur donne, sauront bien le reconnaitre, et instituer 4 Notre- Dame pendant les quatre dimanches du mois de mai des conférences sur la sainte Vierge qui seront le pendant des conférences du caréme. Nul doute que ces conférences, bien faites, n’attirent un immense auditoire et ne produisent un bien considérable. Le bien sera d’autant plus grand que ceux qui n’auront point la facilité d’entendre ces conférences, pourront du moins les lire. Et puis VYexemple une fois donné ne manquera pas d’étre suivi, dautres prédicateurs publieront leurs Mois de Marie, et de toutes ces publications réunies il se formera une litterature ot les prédicateurs qui n’ont ni la ténacité de travail, ni la capacité nécessaire pour composer eux-mémes leurs sermons, pourront puiser a leur aise. Jusqu’a ce que cette littérature se soit formée, ils feront bien de laisser a (autres le soin de précher des stations de mois de Marie. Surtout, que ceux a qui il appartient de choisir ou de désigner ces prédicateurs portent leurs vues sur d’autres. C’est la le grand point.
Nec vero terre ferre omnes omnia possunt.
(Georg., 11, 109):
Ly:
Une autre cause encore détourne un assez grand nombre de prédicateurs de consacrer toute ure
station de mois de Marie 4 des prédications mariales : c’est que le genre qui convient a ces prédications n’est point celui verslequel ils se sentent attirés. Ainsi il n’est pas rare aujourd’hui de trouver des prédicateurs qui aiment a traiter les questions sociales. Nous ne blamons ni n’approuyons le fait: nous le constatons. I] n’en manque pas non plus gui se lancent dans les allusions politiques, dans la science, ou qui émaillent leurs sermons de peintures que d’aucuns trouvent trop vives. A d’autres, des critiques de divers genres, tant6t violentes, tant6t caustiques, tantot simplement plaisantes, sont tout a fait familieéres. Combien aussi dont la parole n’est pas animée de Vaccent que devraient lui donner la foi et la piété et ne rend pas un son assez chrétien !
Tous ces prédicateurs sentent que dans des prédications telles qu’il les faudrait pour un mois de Marie, le genre auquel ils tiennent et leurs qualités, qui sont peut-étre des défauts, ne pourraient se donner libre carriére. Ils ne seraient plus eux-mémes. Ils ne seraient plus tels quwils sont, tels quils désirent étre : cela est certain. Peut-étre seraient-ils tels qu’ils devraient étre : mais ce n’est point leur avis.
Il n’est pas jusqu’a Vaction qu’un certain nombre de prédicateurs ont adoptée, et quils considérent comme une partie essentielle deleur éloquence,qui ne les éloigne, inconsciemment peut-étre, mais trés efficacement, des prédications mariales. Nous voulons parler de ces prédicateurs dont Cormenin, dans Le Livre des orateurs (1'¢ partie, ch. 1), dit qu’ « ils ont une intempérance furieuse de gestes et de langage; ils ébranlent les vitraux du portique; on croirait entendre les anges du jugement dernier qui soufflent des quatre vents pour ressusciter les morts...; ils font une tempéte effroyable dans la chaire de paix. »
Ceux mémes qui trouvent cette action fort belle la trouveraient ridicule dans des sermons sur la sainte Vierge. Prédicateurs et auditeurs sentent également que les prédications sur la sainte Vierge appellent une action simple, modeste, calme et naturelle, ot il entre plus @onction gue de véhémence.
C’est précisément la une raison, et, a notra avis, une raison trés forte pour que les prédicateurs qui ont un vrai talent de composition et de parole consacrent ce talent, nous ne disons pas uniquement, mais dans une large mesure, 4 des — prédications mariales, nous entendons mariales de toute maniére, par le sujet et par le ton. En méme temps quwils procureront la gloire de notre auguste Mere, la sainte Vierge Marie, et quwils feront un bien sérieux aux ames, ils contribueront par leur exemple 4 dépouillerta prédication d’un caractére profane et d’une action dépourvue de naturel qui lui enlévent une grande partie de son efficacité. Ils rendront la chaire plus chrétienne.
; Une autre raison pour laquelle il est grande- ment 4 désirer de voir les prédicateurs vraiment capables, lorsqu’ils sont chargés d’une station de mois de Marie, remplir cette station tout entiére par des prédications mariales, c’est que ces prédigy cations, si elles étaient bien faites, répondraient - aun des besoins qu’éprouvent dans notre siécle un grand nombre d’ames, et représenteraient d’une maniére heureuse un des cétés importants de l’apologétique moderne.
On fait observer avec beaucoup de raison que, de nos jours, la foi est beaucoup plus que par le passé attaquée au nom de Vhistoire, et qu'il de- — vient nécessaire de défendre, méme du haut de la chaire, notre sainte religion avec les armes dont on se sert pour l’attaquer. Que des prédications, sous forme de conférences historiques, fussent trés utiles dans certains milieux et a certains esprits, cela n’est pas douteux.
D’autres prétendent que c’est surtout aux sciences que l’apologétique moderne doit emprun-
ter ses moyens de défendre la religion, et que les.
prédicateurs, eux aussi, doivent se mettre de la partie. Le fait est que les sciences ont accompli ~ au xrxe siécle des progrés extraordinaires, et que les données qu’elles fournissent, si on laisse a
Vinerédulité le soin de les vulgariser et de les ex- ploiter, peuvent devenir pour un grand nombre une pierre d’achoppement.
L’apologétique moderne ne doit pas s’aréter la. ~ Aujourd’hui, plus que jamais, il est devenu néces- - gaire, — nous ne disons pas seulement utile, nous disons nécessaire, — de montrer 4 un grand nombre
d’esprits plus brillants que solides, plus. sensibles
aux impressions qu’aux raisons, que notre sainte religion est trop belle pour ne pas étre vraie. Cest Papologétique inaugurée par Chateaubriand dans le Génie du christianisme. « Il procéde, dit Vabbé Mullois dans lintroduction de l’édition populaire qu’il a publiée du Génie du christianisme, il procéde des choses visibles et matérielles aux choses invisibles et spirituelles, du connu a l’inconnu; il montre la religion belle, bonne, aimable, pour conclure : Done elle est vraie, done elle est divine. Cette méthode est logigue et convient bien aux esprits de ce temps-ci ; on n’aime plus guére a réfléchir, cela fatigue; --guivre un raisonnement ala piste n’est plus guére notre affaire, le profit ne nous parait pas valoir la peine. Les choses de intelligence seule, c’est du pain sec. Or, qui aime le pain sec aujour- Vhui? »
Méme dans les plus brillants auditoires, la plupart des esprits auxquels on s’adresse ont plus besoin d’étre doucement attirés que d’étre conquis de force par des raisonnements qui, d’ailleurs, les fatiguent. Ils sont nombreux ceux qui réalisent de point en point ce portrait depuis longtemps tracé par Dante et qui est celui de la masse des hommes: « Ils font plus attention 4 la voix qu’a la
vérité, et ils forment leur jugement avant d’avoir écouté Part et la raison. ' »
D’autres, sans s’en tenir 4 la voix et A ce qui flatte les yeux et Voreille, ne vont cependant pag a ce qui s’adresse a la raison; ils s’arrétent a ce qui parle 4 Vimagination et au cceur. I] ne faut pas oublier que dans la plupart des auditoires, cest élément féminin qui domine, et souvent de beaucoup.
Quant au besoin de trouver la religion belle afin de la trouver vraie, ce n’est pas le Génie du chris-
tianisme qui l’a créé, mais il a développé, et il
existe aujourd’hui trés accentué dans un grand nombre d’ames.
Or, la sainte Vierge bien connue et son culte bien compris contribuent singuliérement a faire trouver la religion belle.
Il importe donc, pour ramener la foi dans les ames ou pour l’y fortifier, d’arréter souvent et fortement Vattention des fidéles, en se placant non seulement au point de vue du vrai, mais aussi au point de vue du beau, sur la sainte Vierge et son culte. Sous ce rapport, il y avait peu 4 espérer de Chateaubriand, mais il a donné moins encore qu’on n’était en droit d’attendre de lui. On aurait pu lui pardonner de n’avoir rien dit de la beauté de la sainte Vierge considérée en elle-méme. Le sujet est magnifique, mais il était au-dessus de ses forces. Il eit demandé un poéte doublé d’un
théologien, et Chateaubriand ne savait que son ca-
téchisme ; encore ne le savait-il pas bien.
Il y a lieu de l’excuser encore de n’avoir point choisi, pour les mettre dans le relief si poétique quwils comportent, quelques-uns des titres les plus splendides de Notre-Dame. La encore il ett fallu que la doctrine vint en aide a la poésie. Et cependant quel tableau lui aurait fourni Notre-Dame
des Anges par exemple! Avec quelle touche ra- —
vissante il nous etit peint les anges de Marie! Les connaissait-il seulement? Ah! le Pére Faber les connaissait bien, lui, quand il écrivait ces beaux vers: «Comme cette lumiére silencieuse qui tombe des étoiles pendant une nuit sombre, comme ces gouttes de rosée qui se forment sans bruit aux froids rayons de la lune éclairant une nuit sereine, ainsi, dans le chagrin, les anges de Marie s’approchent de nos ceurs, chers et radieux. »
Ces anges de Marie, une théologie puisée aux grandes sources, dans la Somme théologique de saint Thomas par exemple, les eit montrés a Chateaubriand non pas seulement séchant nos larmes et guidant nos pas dans les sentiers de la vertu, mais faisant rouler les sphéres étincelantes qui resplendissent la haut sur nos tétes, dirigeant le cours des saisons, gouvernant les flots de la mer, faisant mtrir les moissons et s’épanouir les
4 A voce pitt ch’al ver, drizzan li volti, E cosi forman sua opinione { Prima ch’arte o ragion per lor s’ascolti.
(Purg., ch. xxvi, 41).
aS
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fleurs, et tout cela sous les ordres de Marie leur Reine. Quelles pages admirables il eit ainsi ajoutées au Génie du christianisme! Ces pages, cest aux prédicateurs des stations de mois de Marie de les écrire chacun 4 leur manicre, et beaucoup, beaucoup d’autres encore.
Mais non seulement l’auteur du Génie du christianisme, faute de doctrine, n’a rien dit ou presque rien dit de la sainte Vierge elle-méme et de ses titres, mais que nous a-t-il laissé sur son culte ? Quelques lignes, la ot il y avait matiere a des volumes.
Que nous a-t-il dit de ses sanctuaires, de ses pélerinages, des formes si varidées et quelquefois si poétiquement belles, par lesquelles se manifeste la dévotion envers cette auguste Vierge, et en particulier de la dévotion si -poétique du mois de Marie? Nous a-t-il peint les harmonies que la poésie découvre entre la sainte Vierge et le printemps, entre la virginité de la nature et la virginité de l’ame en général et, en particulier, la virginité sublime, idéale, surhumaine de l’auguste Mere de Dieu? Nous a-t-il seulement dit les beautés ravissantes de l’Angelus, cette pratique et cette priére qui ont inspiré 4 Byron de si belles strophes, a Millet un chef-d’ceuvre, et qui eussent pu lui inspirer a lui-méme un tableau admirable?
Non, Chateaubriand vous a laisse tout cela a dire, ou plutét 4 chanter et a peindre, 6 prédicateurs de mois de Marie! Prenez vos lyres et prenez vos palettes; mais soyez vraiment poetes et vraiment peintres, et surtout soyez apdtres, des apdétres visiblement dévorées du désir de faire connaitre et aimer la sainte Vierge! Qu’on sente, en vous entendant, que ce que vous voulez faire admirer ce n’est pas votre esprit, ce n’est pas votre talent, ce ne sont pas vos phrases, mais que cest vraiment la sainte Vierge, et alors on l’admirera, et en ’admirant on sera frappé du rayonnement de beauté qu’elle répand sur notre sainte religion, et une pensée se présentera d’elle-méme a Vesprit de vos auditeurs, sans que vous ayez besoin de la formuler, la pensée exprimée par lord Byron a la yue Wune belle peinture de la Vierge : « Cette peinture n’est point une idole, — elle est trop ressemblante !* »
En vous entendant, vos auditeurs se diront a eux-mémes, souvent sans s’en rendre compte et comme malgré eux : « Cela est trop beau pour étre un mensonge. »
Encore est-il bon de ne pas trop appuyer sur cette corde: elle rend un son que tous ne comprennent pas. Une série de conférences et d’instructions dans ce sens ne seraient pas seulement au détriment de la variété — ce qui est pourtant déja un grand point, —elles seraient au détriment du bien, en ce qu’elles fatigueraient certaines personnes. Certains esprits les trouveraient absolument creuses. Fussent-elles remplies des plus belles choses, dés lors que ces choses ne peuvent
‘ That paingting is not idole — it is too like!
étre percues que par un sens qu’ils n’ont pas, elles seraient vides pour eux. « Jean Paul, dit Toppfer . en décrivant ce sens poétique qu'il appelle le siviéme sens, Jean Paul, aveugle de naissance, lisant un ouvrage sur les couleurs, disait de l’auteur que celui-ci ne s’entendait pas lui-méme 1. »
Il faut compter avec Jean Paul, d’autant quwil est parfois en position de vous adresser des observations trés vives, et méme de vous enlever la
parole.
Mais tachez de vous arranger avec Jean Paul, de maniére a ce qu’il vous soit permis de chanter et de peindre, au moins dans une certaine mesure, Vincomparable beauté de la sainte Vierge Marie.
Ne parlons plus d’apologétique.
Que cherchez-vous en préchant une station de mois de Marie? Le bien des 4mes, n’est-ce pas? Vous voulez faire arriver jusqu’a elles un rayon d’en haut qui les éleve, les réjouisse et les purifie: eh bien! faites-leur contempler la douce et radieuse figure de la Vierge Mére. Il sort de cette figure ineffablement belle une sorte de fascination qui rend l’Ame pure et qui la rend heureuse.
« Dégager de la joie, rayonner du bonheur, avoir parmi les choses sombres une exsudation de lumiére, étre la dorure du destin, étre deena étre la grace, c'est vous rendre service 2.-
Oh! oui, c’est nous ae service, et un service hors ligne !
C’est ce service que l’Eglise nous fait prier la sainte Vierge de nous rendre. Dans son office, Voffice du Commun, elle nous fait la prier de nous obtenir d’étre délivrés des tristesses de la vie présente, a presenti liberari tristitia. Et, chose — bien remarquable, pour nous acheminer vers la délivrance de « la tristesse présente, » elle nous fait contempler la beauté de la sainte Vierge Marie : Specie tua et pulchritudine tua intende. Speciosa facta es, et suavis in deliciis ees sancta Der Genitrix, etc.
Cela est dans l’ordre. La contemplation d’une beauté pure et élevée, la contemplation d’une belle scene de la nature, d’un ciel étoilé, ou méme simplement d’une fleur, nous purifie et nous éleve ; mais ces beautés inanimées ne sont rien en comparaison d’une belle ame, et toutes les plus belles Ames réunies ne sauraient atteindre a la beauté de la sainte Vierge. z
Un de nos grands poétes a merveilleusement.
décrit ces étres charmants que Diew nous donne pour un jour :
Beaux, purs, et chacun d’eux portant sous sa paupiére La sereine clarté des paradis profonds.
Puis, quandils ont, pieux, baisé toutes les plaies, Pansé notre douleur, azuré nos raisons,
Ils s’en vont.
* Réflewions et menus propos Be peintre genevois. Livre 1, ch. tv.
* V. Hugo. Les Travailleurs de la mer. Livre m.—t.
Et nous nous sentons attirés vers eux, et nous nous disons :
Vers le grand ciel clément ot sont tous les dictames,
Les aimés, les absents, les étres purs et doux,
Les baisers des esprits et les regards des Ames,
Quand. nous en irons-nous? Quand nous en irons- [nous? !
Sil y a tant de charme et tant de puissance d’at-
traction dans ces petits étres innocents que leur
souvenir nous remplisse du désir de les revoir au ciel, qu’y a-t-il d’étonnant que la contemplation de la beauté de la sainte Vierge mette au cceur de ceux qui ont la foi vive les sentiments si naivement exprimés par le cantique populaire bien
connu :
Jirai la voir un jour!
Au ciel, dans la patrie, Oui, j’irai voir Marie, Ma joie et mon amour.
J’irai la voir un jour!
C’est mon cri d’espérance, Qui guérit ma souffrance Au terrestre séjour.
Et ces sentiments sont trés sincéres, et ils ne sont pas rares. Ah! cette beauté de la Vierge, cette beauté ravissante que l’Kglise nous invite 4 contempler, porte tous les jours des milliers d’ames a pratiquer les plus pures vertus, et les aide méme a s’élever jusqu’a l’héroisme. Ce fait indéniable est un des plus beaux qui puissent étre mis sous les yeux des hommes, et un des spectacles les plus ravissants que la poésie puisse peindre. Elle l’a peint, et chose bien frappante, elle Ya peint en y employant le pinceau d’un impie.
Un erand poete anglais, protestant ou plutdt impie, Southey, lami de Byron, encore plus impie que lui, vivement frappé de cette fascination mystérieuse et sublime exercée par la beauté de la Vierge sur ses fidéles serviteurs, nous en a laissé une peinture vraiment admirable.
« Ils servent une Vierge plus belle que la langue ne peut le dire et que le cour ne peut le concevoir. Toute céleste qu’elle est, elle a cependant une origine humaine. Seulement, telle est sa beauté et sa grace céleste qu’en elle des éléments de toute pureté n’ont laissé aucune trace de péché ou de souillure mortelle. Elle habite au plus haut des cieux. La, Reine divine, elle exerce sa royauté et jouit d’une joie qui n’aura pas de fin.
« Ses pieds reposent sur le croissant de la lune, et les étoiles se meuvent autour de son front pour lui former une éblouissante couronne.
« Illui est parfois arrivé de descendre de ces hauteurs pour visiter ses serviteurs fidéles et les récompenser de leur zéle. Par amour pour elle, on voit des hommes qui portent la*barbe renoncer a toutes les délices d’ici-bas, s’imposer de longs labeurs, braver des dangers sans nombre et s’en aller, a travers l’océan, chercher des anthropo-
1V. Hugo, Les Contemplations. Claire.
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phages, essayer de les arracher a leurs voies sanguinaires et de les lui gagner. On les a vus se réjouir des moindres succés, méme quand ces succés étaient achetés au prix de leur vie.
« Telle est leur confiance dans les faveurs de cette Vierge céleste que la mort leur apparait comme un bonheur. Elle leur ouvre le ciel ot ils trouveront place a ses cdtés et aux cdtés de son divin Hnfant, la-haut, plus haut que -les cieux étoilés, dans les champs d’éternel bonheur, dans la gloire, aux pieds de la Vierge Mére. »
Cest bien cela. Vous n’exagérez rien, vous n’imaginez rien, 6 poéte! Votre peinture, toute vive et toute belle qu’elle est, estla pure vérité. Il ya la-bas, dans les tiles lointaines de l’Océanie, pour ne parler que de ce tout petit coin du vaste champ des missions, il y a la-bas, dans ces iles lointaines, des hommes qui portent la barbe, comme vous le dites, bearded men, qui ont dit a leurs amis, a leur famille, 4 leur patrie, la douce France, un éternel adieu, et ont traversé les mers et se sont condamnés a mille souffrances pour aller faire connaitre et aimer tout d’abord Notre-Seigneur sans doute, mais aussi sa trés sainte Mére, l’auguste Vierge Marie, a des sauvages, a des cannibales, et ils sont excités, et ils sont soutenus dans leur zéle par VYamour de Notre-Seigneur et le désir et l’espérance d@aller le contempler un jour au ciel, mais aussi trés fortement, cela est certain, par un ardent amour de la trés sainte Vierge Marie, sa Mere, et par le désir et Vespoir d’aller la voir un jour au ciel. Ils sont les enfants @un pére qui fonda, il y a trois quarts de siecle, une société religieuse qu'il appela et que l’lMglise elle-méme appela la Société de Marie, et qui fonda cette société sous inspiration d’un amour saintement passionné pour l’auguste Mére de Dieu, afin de recruter des apotres qui iraient porter son nom et son amour jusqu’aux extrémités du globe, et qui avait tellement médité la beauté de la sainte Vierge Marie qu’il ne pouvait entendre chanter le cantique Aw ciel firai la voir un jour, sans qu’immeédiatement il fondit en larmes.
Et ce portrait ne convient pas seulement aux missionnaires de la Société de Marie, il convient. & tous les missionnaires. Ils sont tous des apdtres de Marie.
Tl est vrai encore, 6 poéte, qu’aux vrais enfants de Marie la mort apparait comme un bonheur, parce qu'elle les introduit au pied de son tréne, dans ses bras, sur son coeur. — C’est du reste ce que disent des milliers et encore des milliers de serviteurs de la Vierge en chantant non seulement des lévres, mais du fond du cceur ces cantiques si simples, mais si beaux dans leur simplicité, expression de la foi et de l’amour des foules qui se pressent autour des autels de Marie, surtout pendant son beau mois :
Laisse-moi quitter cette terre,
Je veux m’en aller avec tol.
Je voudrais te suivre, 6 ma Mére !
Marie, emméne-foi !
Ce n’est point 1a de la littérature, comme dans Southey. C’est de la piété sincére. Ce sont la des sentiments qui peuvent entrer dans toutes les ames catholiques. Faites-les y entrer, 6 prédicateurs, et vous surtout prédicateurs de mois de Marie. Si vous ne faites pas cela, que faites-vous done, et. pourquoi préchez-vous des mois de Marie? Propagez ces beaux sentiments et imprimez-les profondément dans lesames, et pour y réussir, montrez que Marie est belle. Montrez-le comme |’ont montré avant vous tous les grands prédicateurs de Marie, et, pour n’en citer qu’un entre beaucoup d’autres, comme |’a montré saint Anselme.
Saint Anselme et saint Bernard sont peut-étre les deux plus grands et les deux plus éloquents prédicateurs de Marie qui aient jamais existé. Ils se complétent mutuellement.
Saint Bernard est surtout le prédicateur de la bonté de Marie, de sa miséricorde.
Saint Anselme est avant tout le prédicateur de sa beauté, et aussi de sa grandeur, qui fait partie de sa beauté. Plusieurs des hymnes du Mariale sont spécialement consacrées a célébrer cette beauté, et jusque dans ses Priéres le saint se plait 4 prodiguer les images qui la font ressortir, et il se plaint 4 la Vierge de ce qu’il ne peut la voir encore, et de ce que sa beauté lui échappe.
Sans doute, pour peindre cette ineffable beauté de la Vierge, il faut une délicatesse de touche et une fraicheur de pinceau que tous les prédicateurs nont pas. Ingres disait que « la louange pale dune belle chose est une offense’. » Saint Anselme lui-méme nous manifeste au début de son beau traité de ’Incarnation des craintes Vétre un mauvais peintre d’un aussi sublime tableau qui ne pouvaient manquer de lui venir également quand il avait a tracer le portraitdela Mére du-Sauveur. « De méme, dit-il, que j’ai coutume de m’indigner contre les mauvais peintres quand je rencontre des portraits de Notre-Seigneur qui sont mal faits, de méme aussi je crains de donner lieu de sindigner contre moi si j’ai la présomption de traiter un sujet si beau en un style médiocre et néeligé. * »
Mais parce qu’il est impossible de parler de la sainte Vierge Marie en des termes dignes d’elle, est-ce une raison de cesser de la louer, et en particulier est-ce une raison de s’abstenir de s’appliquer a peindre, selon ses petits moyens, son incomparable beauté? Saint Anselme répond :
Quamvis sciam
Quod Mariam Nemo digne preedicet,
Tamen vanus
Et insanus Est qui illam reticet.
Nous conjurons les prédicateurs de méditer ce Vanus et insanus est qui illam reticet. Ce blame
* Cité parle P. Gaillard dans un article des Etudes sur le portrait de Notre-Seigneur. — Numéro d’octobre 1888, p. 165.
*Cur Deus homo. Lib. I, cap. m.
. VAMI DU CLER
ne s’applique pas seulement & ceux qui garderaient sur la sainte Vierge un silence complet, . mais aussi, quoique dans une moindre mesure, 4 ceux qui ne parlent pas d’elle autant que les circonstances le leur permettent, et, sil s’agit d’une station de mois de Marie, nous dirons : autant que les circonstances l’exigent.
Maintenant Ja parole est au congrés Marial de Lyon. Qui sait si, grace a cette importante assemblée, le xx¢ siécle plus encore que le xrx® ne méritera pas d’étre appelé « le siecle de Marie »? Le congrés jugera si, parmi les moyens propres a amener ce grand résultat, des stations de mois de Marie remplies par des prédications a la fois tres mariales et trés apostoliques, préparées avec soin et s’adressant 4 toutes les Ames, méme les plus éloignées des pratiques religieuses, ne doivent pas étre placées au premier rang.
Le Royaume de Marie ne doit-il pas 4 la Vierge qui l’a honorée des apparitions de la Salette et de Lourdes, pour ne nommer que les deux principales, de donner au monde ce grand exemple ?
La voix du congrés Marial de Lyon sera vraiment la voix de la France catholique. Nous espérons que cette voix ne se fera pas seulement entendre pendant les quelques jours assignés au congrés, mais qu'elle retentira longtemps dans un périodique Marial a large envergure né de seg inspirations, écho de ses pensées, et poursuivant avec intelligence et avec science, en. méme temps qwavec foi et avec piété, le but d@unir tous les catholiques de France dans un sentiment croissant d’amour envers leur auguste Reine, la trés sainte Vierge Marie.
Q. — Pourquoi dit-on que Jésus-Christ est mort Aa ~ Page d’environ trente-trois ans? Y a-t-il done un doute sur l’age exact ot il est mort, et d’ou vient ce doute?
R. — D’une part, saint Luc nous apprend que Jésus, au commencement de son ministére public, avait environ trente ans : Hrat, incipiens, quasi annorum triginta. (Lue, 111, 28).
D’autre part, si ’on voit la féte de Paque dans la solennité dont il est question au chapitre v de saint Jean — et l’on ne peut guére s’empécher de l’y voir, — il en résulte que cet évangéliste compte quatre Paques dans la vie publique de Jésus. La premiére suivit de prés le baptéme et la tentation: Jésus vint la célébrer 4 Jérusalem ; c’est alors qu'il chassa les vendeurs du temple. II vint également dans la ville sainte pour la seconde: il y guérit le paralytique de la piscine Probatique. Il passa la troisiéme loin de Jérusalem, au temps de la multiplication des pains. La quatriéme fut celle de sa mort. I] suit de 1a que la vie publique de Jésus dura un peu plus de trois ans.
Maintenant, vous n’avez plus qu’a faire une addition. Ajoutez un peu plus de trois ans a envi-
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ron trente ans : vous obtiendrez environ trentetrois ans. Ce mot environ doit-étre respecte. C’est
4 un mot de l’Evangile.
Q. — 1° Quelle intention est nécessaire Dane acquitter des saluts de fondation?
Lorsque ces saluts sont fixés 4 V’avance a certains jours déterminés, est-il nécessaire que celui qui pré- Side, veuille explicitement, au moment ou ils ont lieu, acquitter les intentions des fondateurs ?
Ces intentions seraient-elles remplies s’il n’avait pas eu cette volonté explicite, ot s'il Pavait eue seulement le matin ?
Si c’est un prétre étranger qui donne le salut, est-il nécessaire qu'il l’offre aux intentions déterminées? Ne suffit-il pas que le curé veuille que ce salut soit offert 4 ces intentions ?
2° Quels sont les mérites impétratoire et satisfactoire @un salut du Saint-Sacrement comparativement 4 ceux du saint sacrifice de la messe ?
R. — Ad I. Dés lors que le salut fondé est fixé a tel jour déterminé, la charge de fondation est acquittée par le fait méme que le salut a été donné a cette date, sans qu’il soit besoin d’aucune intention explicite de la part du préire qui le donne.
Ad If. Il est impossible de comparer ces deux choses, gui sont d’ordre tout différent. —
La sainte messe a par elle-méme, comme ex opere operato, sa valeur et son effet. Le salut du Saint-Sacrement participe bien en quelque chose a Vefficacité de la sainte messe, puisque c’est par la Sainte Kucharistie qwil répand sa grace sur les assistants; mais le fruit pour eux ne peut étre obtenu que ex opere operantis.
Q. — 1° Un adulte, idiot de naissance, doit-il étre baptisé selon les rubriques du baptéme des adultes, ou celles du baptéme des enfants ?
2° Peut-on baptiser un indigéne que l’on rencontrerait privé de ses sens 4 plusieurs kilométres de la mission? Le missionnaire ne sait pas siles vérités de Ja foi lui sont parvenues autrefois.
8° Supposant une interruption compléte des relations avec les pays ou viennent le froment et la vigne, il en résulterait. que nos pays d’Afrique seraient privés absolument du saint sacrifice, par manque de la matiére nécessaire.
La volonté de Notre-Seigneur n’est-elle pas pourtant que tous les fidéles, quels qu’ils soient, puissent profiter des avantages donnés a l’Ame par la sainte Kucharistie?
R. — Ad I. Les idiots de naissanee sont mis pour le baptéme sur le méme pied que les enfants. Il semble donc qu’on doive employer pour eux les cérémonies du baptéme des enfants.
Ad II. Pour qu’on puisse le baptiser, il faut :
-4o qu’il soit en danger prochain de mort; 2¢ qu’on
ait quelque raison de penser que le baptéme peut étre valide et utile : ce qu’on peut conjecturer parfois d’aprés les circonstances; or le baptéme serait valide et utile sile moribond avait le désir explicite ou implicite de le recevoir : implicite, par exemple, s’il avait le désir d’étre chrétien ou d’obtenir la rémission de ses péchés pour étre sauvé ; 30 qu’on nele baptise que sous condition.
Ad III. Cette interruption compléte des relations
avec le reste du monde n’est pas dans V’ordre des choses humaines.
Le prétre trouvera see quelque moyen de se procurer la matiére du saint sacrifice. Sil se trouvait dans l’impossibilité de le faire, ce ne serait qu’un accident exceptionnel.
Q. — Il ne faut pas admettre a la premiére communion solennelle un enfant qui n’a pas fréquenté les catéchismes pendant deux ans. Les statuts diocésains lexigent, l’intérét général le réclame.
Mais voici ce qui par deux fois s’est produit du temps de mes prédécesseurs. Les parents ont conduit leur enfant a confesse dans une paroisse étrangére en lui re-
commandant de ne pas dire qu’il n’ayait pas fait sa premicre communion, puis ils l’ont fait communier dans |
cette paroisse.
Que penser de cette premiére communion faite dans de pareilles circonstances ? Quelle conduite tenir a Végard des parents ef des enfants si pareille chose se reproduisait? Faudrait-il en parler du haut de la chaire comme J’ont fait mes prédécesseurs, et en quels termes?
R. — Le fait constitue de la part des parents une matiére grave, parce qu'il y a violation d’un droit que l’Kglise reconnait aux curés, aujourd’hui du moins.
Pour Venfant, la matiére nous parait grave pour le méme motif. Il faut aussi tenir compte du scandale donné aux autres enfants, qu'une pareille conduite indispose contre les catéchismes prolongés : volontiers ils abandonneraient toute étude du catéchisme. Ceci est encore grave.
Subjectivement, y a-t-il eu péché? Cela dépend du degré de bonne foi qui-existait chez ces gens.
Quelle conduite 4 tenir post factum ? — Le curé peut certainement manifester aux parents en particulier ?odieux de leur maniére d’agir. Quant a une protestation publique, elle dépend assurément du milieu dans lequel se trouve un curé. En régle générale, il faut s’en abstenir, 4 moins que le
scandale a réparer ou & empécher n’en fasse une
obligation rigoureuse. Kt encore faut-il écrire et lire
ce que l’on veut dire, en y mettant toute la modé- |
ration possible. :
Pour l’enfant, le curé doit Pobliger sous peine de refus d’absolution 4 suivre les catéchismes de premiére communion jusqu’a ce que son instruction religieuse soit complétée. S’il se montre exact sur ce point et répare ainsi ses torts et le scandale donné, le curé peut et doit ’admettre 4 communier comme les autres personnes.
Q. —Il y a des croix qu’on appelle de la bonne mort. Priére de dire en quoi consiste cette bonne mort. Est-ce simplement un privilege ou bien une indulgence pléniére? Que faire pour mériter ce privilége, pour gagner cette indulgence ?
R,. — Répétons en quelques mots ce que nous avons déja dit cent fois.
I. Tous les objets enrichis des indulgences apostoliques permettent & ceux qui les possédent légitimement, de gagner une indulgence in articulo mortis, dans le cas seulement ou il n’y aurait
Qa
fat ha
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pas de prétre pouvant appliquer Vindulgence d’aprés la forme du Rituel. Les conditions sont les mémes que celles mentionnées au Rituel. L’objet indulgencié ne peut servir qu’a la seule personne a qui il appartient.
II. Le Souverain Pontife bénit parfois des cruci. fix qui servent a des prétres ou a des religieux pour faire gagner aux mourants quiils assistent Vindulgence in articulo mortis. Une fois bénit, le crucifix sert pour la vie de celui 4 qui il appartient.
Q. — 1° Les supérieures d’une communauté a youx simples, non approuvée 4 Rome, peuvent-elles aliéner, avec la seule permission de V’autorité diocésaine, des ~ titres de rente représentant un capital déposé pour assurer des fondations de messes, pour en employer le montant a faire des constructions qui seront censées remplacer ces titres? La communauté doit continuer, bien entendu, de faire acquitter les messes fondées. Ce cas n’entraine-t-il pas excommunication ?
2° Tout ce qui appartient 4 une communauté religieuse doit-il étre considéré comme bien ecclésiastique ? Violet-on la vertu de religion en s’en emparant ou en en disposant 4 son gré, sans en avoir obtenu la permission ? :
Les religieuses qui ont fait veeu de pauvreté péchentelles doublement (ex parte objectt et ex parte subjectt) contre la vertu de religion en disposant sans permission d’un objet appartenant 4 leur communauté? Comment apprécier cette double faute? Hst-elle deux fois plus grave que celle qu’elles commettent contre la justice ?
R. — Ad I. En général, une fondation doit reposer sur des immeubles productifs de rentes ou sur des titres de rentes immobilisés, avec la mention expresse et individuelle des charges qui y sont annexées.
Il y a défense absolue d’aliéner ces biens sans l’autorisation du Saint-Siége. Nous en trouvons la preuve dans la réponse de la S. Pénitencerie du 25 janvier 1888. Un évéque avait demandé s’il était permis d’acheter des titres du Crédit Foncier italien. On lui répondit :
S. Peenitentiaria Venti in Christo Patri Episcopo Oratori ad preemissa respondet, attentis omnibus : Tolerari posse, servatis de ccetero servandis; id est: 1° Persone ecclesiastice se abstineant a qualibet negotiatione predictarum obligationum, et preesertim ab omni contractu qui speciem habeat ut vulgo dicitur, di giuochi di borsa. 2° Administratores autem locorum piorum curent ut hi tituli in loco tuto caute custodiantur. 3° Ne commutentur in alios titulos absque gravi necessitate, et de consensu Ordinarii, ejusque et administratorum onerata conscientia. Et 4° ne alienentur inconsulta S. Sede, quando ad eam recurrendi tempus suppetat.
Datum Rome in Sacra Peenitentiaria die 23 januarii 1888.
La Nouvelle Revue théologique 1 fait cette observation : « Parce que les titres de rente sont, comme l’argent, faciles 4 faire disparaitre, on veut que in loco tuto caute custodiantur ; parce quwils doivent constituer un revenu fixe, affectéa
des couvres précises, parce qu’ils tiennent lieu’
d’immeubles, on prescrit pour leur commutation
' Nouvelle Revue théol., 1889, p. 265.
Lees"
ou leur aliénation des précautions analogues a celles qui réglent les aliénations d’immeubles ou — de choses précieuses. »
Le fait d’employer l’argent des fondations a des restaurations, méme absolument nécessaires, soit 4 l’église, soit 4 la maison curiale, soit aux batiments d’une communauté, constitue une aliénation défendue, lors méme que la communauté ou la fabrique s’engagerait a payer réguli¢rement les rentes.
Cependant, quand l’aliénation est jugée utile au bien de l’Eglise cu de l’ceuvre pie, le Souverain Pontite ne refuse pas la permission de vendre, mais il trace les régles 4 suivre pour reconstituer le capital dans un temps déterminé. Citons un
, exemple.
L’église paroissiale de Petra Marazzi, au diocése d’Alexandrie, tombait en ruines, et le gouvernement en ordonna la fermeture le 2 janvier 1890. Trois experts nommés déclarérent qu'il était impossible de la réparer, que les deux autres petites chapelles qui existent dans la localité ne pouvaient servir d’église paroissiale, que le seul parti a prendre était de démolir l’ancienne et d’en construire une nouvelle. Le curé, voyant qu'il lui était presque impossible d’exercer son ministére dans une chapelle mal entretenue et trop petite, et que les 4mes étaient en danger, surtout par suite de la présence de certains prédicants protestants, entreprit de reconstruire son église. Le municipe donna le sol et promit un subside; trois confréries érigées dans l’église paroissiale consentirent a Valiénation de leurs biens; enfin le curé sollicita en outre l’autorisation d’aliéner quelques biens de léglise et la réduction des messes. I] dit que la dépense s’élévera 4 35.000 francs environ; qu'il ne peut guére compter sur le municipe; que l’économat des bénéfices vacants ne pourra donner que six ou sept mille francs; enfin la population, de 800 ames environ, outre qu'elle est pauvre et travaillée par les protestants, ne pourra jamais suffire 4 faire le reste. Le curé énumére donc les biens, fondations et messes pour lesquels il sollicite l’autorisation d’aliéner ou la réduction, l’accomplissement des fondations conservées devant étre une charge pour la fabrique. L’évéque appuie et recommande la supplique, moyennant la réserve que l’église paroissiale puisse avoir, ou par dons, ou par versements a faire par le curé, une somme annuelle de 300 francs pour les frais du culte.
Le 27 février, la Sacrée Congrégation répondit : « Prout petitur, non expedire. » Mais loin de se décourager, le curé expose 4 nouveau et fait recommander par lévéché les raisons trés graves qui rendent absolument nécessaire la reconstruction de l’église paroissiale, et l’impossibilité d’y pourvoir autrement que par l’aliénation et la réduction demandées.
Aussi la 8. C. répondit : Vigore, etc., pro gratia, Justa modum per epistolam Episcopo patefaciendum.
Des lors que les titres de rente qui forment le
cy
Ry
capital des fondations sont placés dans la catégo-
rie des immeubles de prix, ceux qui les aliénent sans suivre les prescriptions de la loi ecclésiastique, en particulier sans avoir la permission du Souverain Pontife, encourent, positis ponendis, Vexcommunication de ’Extravagante Ambitiose.
Ad II. Dés lors qu’une communauté a été approuvee par l’évéque diocésain comme wuvre pie, ses biens, quels qu’ils soient, deviennent biens ecclésiastiques. L’approbation de l’évéque donne aux véritables confréries ce caractére d’ceuvres pies ecclésiastiques ; a plus forte raison doit-elle le donner aux communautés. — Quelle faute commet une religieuse en s’en emparant ou en en dispo-
- sant a son gré sans en avoir obtenu la permission?
4° Si une personne d'une communauté s’approprie ou donne a dautres les biens dela communauté, elle commet un vol, et il y a une injustice, dont la gravité varie suivant les circonstances. De plus elle commet une faute contre la vertu de religion, en violant sor vceu. Le vol revél-il une malice spéciale parce qu'il porte sur des biens ecclésiastiques ? Oui, il y a dans ce cas sacrilegium reale. Les auteurs définissent ce sacrilége: « Reale sacri-
legium versatur contra diversas res sacras, quales
sunt: ... bona ecclesiastica... Requiritur ut res jam transierit in dominium ecclesix aut instituti ecclesiastici, sive est particularis ecclesia, sive hospitium, sive monasterium, etc. 1. »
Pour la gravité de la matiére, il faut la prendre |
conjointement avec celle du vol et les estimer adéquatement.
20 Quand il y a seulement disposition sans permission d’une chose appartenant a la commu-
~ nauté, il y a violation du yoeu de pauvreté, mais
nullement sacrilége.
Q. — Ordinairement les constitutions, approuvées par Rome, des congrégations religieuses de Fréres et de Sceurs A yeux simples, temporaires d’abord, perpétuels
-ensuite, énumérent divers empéchements qui forment
obstacle 4 entrée ou admission dans la congrégation. Ces empéchements sont, y. g. tache infamante personnelle ou dans la famille, dettes considérables, illégitimité de la naissance, etc., etc.; avec cette clause cependant que, pour certains de ces empéchements, V. g. Villégiti-
mité de la naissance, le sujet peut étre admis avec dis-
pense du Saint-Siége.
Ces mémes constitutions font une obligation au novice de manifester aux supérieurs le ou les empéchements qu’il peut avoir. :
Quelle valeur, ou plutdt quel effet peuvent avoir ces empéchements guoad vota? Cachés expres ou non manifestés, propter erubescentiam, par le novice qui les connait, ces empéchements rendent-ils les vooux émis ainsi avec ces empéchements, nuls et invalides coram Deo et Ecclesia? i
Je m’explique par une supposition qui peut étre pratique. :
Une personne, homme ou femme, dont 1g) naissance est illégitime, fait son noviciat, et ensuite sa profession de veux temporaires et plus tard perpétuels, sans avoir osé faire connaitre, sans avoir pu se déterminer a manifester a qui de droit Villégitimité de sa naissance.
4 Lehmkuhl, Theologia moralis, t. 1, n. 381.
1° Cette personne a-t-elle péché mortellement : a) a chaque émission des yooux, b) & chaque rénovation des mémes yooux, comme cela a lieu a la fin des retraites annuelles ?
2° Ses yeux sont-ils invalides et nuls coram Deo et Ecclesia, par suite de ’empéchement non révélé?
3° A quoi serait tenue cette personne pour régulariser sa situation par rapport a la congrégation ? On peut faire observer qu'elle est déja agée et a fait ses voeux depuis longtemps.
4° Que devrait faire le confesseur, si elle s’accusait en confession d’ayoir ainsi fait ses vooux et demeuré longtemps dans la congrégation, étant liée par l’empéchement non manifesté propter erubescentiam et verecundiam, de naissance illégitime ?
Quid, si elle disait que, au moment de l’émission de ses voeux, les constitutions n’étaient pas encore approuvées par le Saint-Siége, et qu’au commencement de la congrégation on était large par rapport a certains empéchements, inter quce celui dé Jillégitimité de la naissance? : rae
R. — Le P. Meynard étudie ainsi la question :
On trouve dans les constitutions approuvées ‘de certaines communautés indépendantes des empéchements sous peine de nullité de la profession. Il est alors d’usage de faire a la future professe la protestation que sa profession ‘sera considérée comme nulle et non avenue, dans le cas ou Von viendrait 4 découvrir que, sciemment ou frauduleusement, elle a tenu secrets des empéchements qui, connus, auraient été pour les supérieurs un juste motif de ne point admettre la novice a prononcer ses vooux. En vertu de cette protestation, a moins dune réserve du Saint-Siége, ’évéque prononce la nullité de la profession.
Mais aujourd’hui, du moins quand il s’agit des instituts 4 supérieure générale, le Saint-Siége fait effacer des constitutions qu’on soumet 4 son apyrobation la clause de nullité. Dés lors Vempéchement non ayoué est et demeure simplement une juste cause de renvoi. En ce cas, il faut préalablement demander 4 Rome la dispense des veux. A loccasion de la demande en dispense, la S. Congrégation examine les causes de renvoi et en apprécie la valeur.
« Nulla mentio fiat de nullitate professionis emisse ab ea que aliquod impedimentum occultaret, sed tantum declaretur hujusmodi professam posse ab Instituto expelli, obtenta prius dispensatione super votis simplicibus ab Apostolica Sede’. »
Cette remargue va nous fournir les éléments de la solution. Il y est dit que, dans le cas ou un empéchement aurait été caché, on peut renvoyer le sujet, aprés avoir toutefois demandé. au Saint- Siége dispense des vooux simples. C’est une preuve certaine que la profession a été valide, puisque les voeux, qui ne sont constitués que par Ja profession elle-méme, subsistent au point d’avoir besoin d’une dispense.
Aprés ces préliminaires, il est facile de voir que la solution des questions varie suivant que la congrégation a ou n’a pas dans ses constitutions de clause annulant la profession en cas de dissimulation au sujet des empéchements.
Supposons cette clause. La profession est nulle ainsi que les vooux, aussi bien devant Dieu que devant l’Eglise. D’autre part, il nous semble que cest une matiére grave, parce qu'il y a une dissimulation frauduleuse dans le contrat intervenu
1 Meynard, Réponses canoniques et pratiques, t. I, n. 192.
entre la communauté et la personne, la communauté liant essentiellement son consentement a la présence de telle condition, qui en réalité n’existe pas. La personne entre donc dans la communauté malgré les supérieurs ; elle y est nourrie, logée et entretenue contre leur gré. ‘out cela nous semble grave et défendu sous peine de péché mortel.
Quant 4 apprécier la gravité de la faute au point de vue subjectif, cela dépend de l'état de conscience de chacun. On ne fait une faute en réalité que comme on la connait.
Cette premiére supposition ne nous semble pas se réaliser dans le cas quinousest posé: autrement les détails nous en auraient été donnés avec la question. Nous retombons donc dans le cas exposé par la S. Congrégation des Evéques et Réguliers.
40 La profession est certainement vealide et les Voux aussi.
20 Elle est gravement illicite en soi. Nous disons gravement, parce que cette dissimulation peut entrainer le renvoi. Or, on n’est renvoyé des congrégations que pour une faute grave. Nous avons ajouté en soz, pour distinguer la matiére coupable du péché formel, qui dépend de l’appréciation de la conscience.
3° Pour l’avenir, le plus simple sera de demander en secret une dispense 4 la S. Congrégation des Evéques et Réguliers, avec les détails que vous venez de donner.
Q. — Un chemin de croix, régulierement érigé, a été transféré d’une chapelle dans une église attenante, nouyellement construite et seéparée de la chapelle par un mur mitoyen.
Quels sont, pour ce chemin de croix, les droits perdus et les moyens de les recouvrer?
R. — Yoici la régle posée par les auteurs -« Si on transfére les croix des stations dans un autre lieu, p. ex. dans une autre église, les indulgences cessent et une nouvelle érection canonique devient nécessaire. Ainsi l’a décidé la 8. Congrégation des Indulgences : « Si les stations du chemin de la croix (les croix) sont enlevées d’un lieu ot elles avaient été érigées canoniquement et transférées (pour toujours) dans un autre endroit, les indulgences ne restent pas attachées au premier lieu et ne suivent pas non plus les croix; mais il faut une nouvelle érection canonique 1. »
Dans le cas qui nous est soumis, l’église nouvelle n’a pas été construite 4 la place de l’ancienne chapelle, mais elle lui a été juxtaposée, de sorte que les deux édifices subsistent distincts. Il faut donc une nouvelle érection.
Q. — 1° Une église sans fonts baptismaux peut-elle étre église paroissiale? D’aprés Benoit XIV ce serait oui. Mais comment concilier ce « oui » avec ce que vous dites au tome X, page 440, de Ami du Clergé, que les paroissiens sont obligés de faire baptiser leurs enfants 4 Péglise paroissiale ?
‘ Béringer, Les Indulgences, t. I, p. 278.
2° Une église ot l’on ne tient ni fonts baptismaux ni saintes huiles, peut-elle étre paroissiale ?
R. — Ad I. La présence des fonts baptismaux n’est pas nécessaire pour qu’une église soit paroissiale. On trouve, en effet, des églises véritablement paroissiales dont les fidéles, ou bien sont obligés de porter leurs enfants dans une église déterminée, ou bien sont libres de les faire baptiser ou ils veulent. Berardi y fait allusion dans le passage suivant :
« Si ecclesia parochialis sit etiam baptismalis, parochus jus habet administrandi baptismum in forma liturgica parochianis suis; nisi consuetudo sit ut parochiani alibi pro libito se conferre possint. »
Le méme auteur se demande ce qu'il faudrait faire pour donner a ces églises les fonts baptismaux qu’elles n’ont pas. Il pense que le curé ne peut pas faire cela de sa propre autorité, mais qu’il faut Vintervention de l’évéque et de justes causes *. :
De méme M. Duballet, en parlant des notes ca- ractéristiques des églises paroissiales, ne mentionne nulle part la présence des fonts baptismaux ’*. |
Ad II. Une église qui n’a pas les saintes huiles ne peut étre église paroissiale. De fait, l’administration de l’extréme-onction est regardée par tous les auteurs modernes comme rentrant dans les droits stricts du curé. Citons encore Berardi :
« Juxta presentem Eeclesie disciplinam, parochi jura ad communionem paschalem, celebrationem. matrimonii, et receptionem Viatici atque Extreme Unctionis restringuntur. Alicubi tamen ad baptismum quoque jus parochi extenditur *. »
Il ne s’ensuit cependant pas que toute église qui. a les saintes huiles soit paroissiale : il faut voir en vertu de quel titre elle les posséde.
A plus forte raison doit-on regarder, en France, | comme non paroissiale une église qui n’a ni fonts baptismaux ni saintes huiles. ,
D'ailleurs, cette question de paroissialité, fort complexe et assez difficile 4 suivre dans les canonistes latins, vient d’étre heureusement traitée sous tous ses aspects, et avec beaucoup d@’érudition, bien qu’d la portée de tout le monde, dans le Traité des paroisses de M. Duballet. Vous trouverez la des renseignements quisont trop développés pour prendre place ici.
‘ Berardi, De parocho, un. 153.
: Duballet, Traité des paroisses, t. I, n. 90-128. 3 Berardi, ‘De parocho, n. 837.
AS OI ORI IMPRIMATUR — Lingonis, die 8 augusti 1900.
{ SEBaSTIANUS, Episcopus Lingonensis.
Le gérant : J. Marrrimr.
LANGRES. — IMPRIMERIE MAITRIER ET GOURTOT