I. — Le spiritisme proprement dit est absolument démoniaque
Nous supposons ici qu’on s’est assuré qu’on n’est pas le jouet de supercheries de prestidigitateurs, de compéres ou méme de savants, mais qu’il y a vraiment rapport avec d’autres esprits. Alors la thése n’est pas difficile 4 prouver. Nous en donnerons cependant les preuves négatives et les preuves positives.
PREUVES NEGATIVES. — J] faut nécessairement attribuer le spiritisme aux démons, si aucun autre n’en peut étre auteur. Or ni Dieu, ni les bons anges, ni les Ames des défunts, ni les hommes n’en peuvent étre les auteurs.
10 Dieu ne peut pas étre Vauteur immédiat du spiritisme. — Qui pourrait, en effet, sans blasphéme, attribuer directement a Dieu les réponses implies, mensongéres, immorales et contradictoires rendues par des tables, des tabourets, etc., se livrant a des danses ou des convulsions grotesques, avec des personnes la plupart du temps incrédules, légéres ou méme immorales pour médiums, sans quwil en résulte aucun bien spirituel, tout au contraire? Et si quelquefois, dans les réponses, il y a quelque chose de grand, de sublime et de pieux, ce n’est que pour mieux faire passer le fond et l’ensemble d’une doctrine qui tend au renversement de la religion établie par Dieu luiméme : il n’en peut donc pas étre auteur.
20 Les bons anges ne le peuvent pas davantage, car, comme le dit saint Paul (Hébr., 1, 14), ils ne sont envoyés sur la terre que pour aider les hommes 4 faire leur salut; ils ne peuvent donc pas faire ce que nous déclarions tout a Vheure indiene de Dieu, ni travailler a renverser la religion de Jésus-Christ ; ils ne peuvent non plus ni mentir, ni tromper les hommes, ni se contredire, ni enseigner des choses immorales ou honteuses.
30 Les ames des défunts ne le peuvent pas non plus, et cela pour trois raisons. La premiére, donnée par saint Thomas (1'e p., q. 417, a. 4), c’est que la nature humaine n’a point les mémes propriétés ni les mémes forces que la nature > angélique. L’ame humaine n’a de pouvoir direct que sur le corps qui lui est uni et dont elle est la forme substantielle; c’est si vrai qu’elle ne peut méme mouvoir ses propres membres quand ils sont paralysés, et elle ne peut mouvoir les objets extérieurs que par l’intermédiaire de son propre corps. En conséquence, l’&me séparée, ne vivifiant
plus son corps, ne peut exercer par sa propre vertu aucun empire sur les objets extérieurs ni les remuer, A moins que ce ne soit par une vertu miraculeuse communiquée directement par Dieu. Or Dieu ne donnera jamais un pouvoir miraculeux
pour faire quelque chose d’indigne de lui, et qu’il ©
ne peut faire lui-mméme. — La seconde raison, c’est que ces Ames séparées sont sous la puissance immédiate de Dieu, et par conséquent ne peuvent étre évoquées au egré des opérateurs, et se préter a satisfaire leur vaine curiosité contre Dieu luiméme. — La troisiéme raison, c’est que ces ames sont ou bien béatifiées déja dans le ciel, et alors ne peuvent pas plus se préter au spiritisme que les bons anges; ou souffrantes dans le purgatoire, et alors n’ont aucune liberté et doivent expier leurs fautes, et non se préter a ce qui ne peut qu’offenser Dieu; ou enfin damnées et retenues dans les enfers, d’ot elles ne peuvent sortir, comme l’atteste la parabole ou plutét histoire du mauyais riche en saint Luc, et méme en supposant qu’elles pourraient en sortir, ce ne serait que par la volonté des démons, et pour agir comme eux, et alors la cause du spiritisme n’en devrait pas moins étre attribuée aux démons.
4o Enfiu les hommes ne le peuvent pas non
plus, puisqu’il s’agit précisément de la révélation de choses que les hommes ne peuvent connaitre par eux-mémes.
PREUVES POSITIVES ET DIRECTES. — La premiére preuve que nous en donnerons est la prewve dautorité infallible tirée de la sainte Ecriture elle-méme : « Quando ingressus fueris terram quam Dominus Deus tuus dabit tibi, cave ne imitari velis abominationes illarum gentium; nec inveniatur in te qui pythones consulat... aut querat a mortuis veritatem : omnia enim hee abominatur Dominus, et propter istius modi scelera delebit eas in introitu tuo. » (Deut. xvirr, 9-12 ; voir aussi Is., vitt, 18-49).
La seconde preuve d’autorité est celle tirée du lémoignage des saints Peres. Nous avons déja cité les témoignages bien frappants de Tertullien, Minutius Félix et Julius Firmicus Maternus; or saint Justin, saint Irénée, Clément d’Alexandrie, Origéne, saint Cyprien, Tatien, Arnobe, saint Athanase, saint Hilaire, saint Jérdme, saint Jean Chrysostome, saint Augustin, etc., parlent absolument dans le méme sens. Citons seulement en terminant le témoignage de saint Thomas, qui résume si admirablement la doctrine des Péres : « Frequenter demones simulant se esse animas mortuorum ad confirmandum gentilium errorem qui hoc credebant. » Or ce qui était regardé una-
nimement comme diabolique du temps des saints
Péres doit ’étre encore.
Troisiéme preuve d’autorité : le témoignage des philosophes paiens eux-mémes. Porphyre, un des plus instruits sur ce sujet, ne craint pas d’attribuer ces oracles a des esprits malins et rusés qui se donnent pour des dieux ou les Ames des défunts ; «Genus quoddam nature subdole conforme
ac versutum, causa est vaticinii, dum simulat Deos, genios, animasque defunctorum.» — Ainesius Platonicus est peut-étre plus formel encore : « Nondum didicisti maleficos deemones materie involucro septos humanas imitando animas mentiri, et magos necromantie peritos polliceri se eos qui jam mortui sunt ab inferis excitaturos, qui tamen hominum animas carminibus non eliciunt sed demones qui formas mortuorum induunt. » — Ammien Marcellin et Philostrate parlent 4 peu pres dans le méme sens.
La quatriéme preuve d’autorité, qui n’est pas ici a rejeter, ce sont les aveux et témoignages des esprits eux-mémes qui forcés de parler ayouérent plusieurs fois qwils étaient des déimons, et se nommaient Satan, Astaroth, Béelzébuth, etc., et le prouvaient par ’horreur qu’ils montraient pour tous les objets sacrés et bénits, ainsi que nous Yavons dit dans l’étude critique.
Une cinquiéme preuve et bien évidente se peut tirer de la doctrine insinuée ou préchée ouvertement par ces esprits, ainsi que nous l’avons aussi exposé dans l’étude précédente. Les démons ne pourraient en effet précher une doctrine plus perfide et plus capable de perdre les hommes.
Une sixiéme preuve doit se tirer des résultats vraiment diaboliques de la doctrine spirite que nous avons exposés aussi précédemment.
Enfin une septiéme preuve peut se tirer de ce que nous connaissons par la sainte Kcriture de la nature des démons, étres trés intelligents, mais tombés, dévoyés, jaloux et voulant par ruse entrainer Vhomme avec eux dans le mal et dans un malheur éternel. Ainsi ils connaissent ce qui est caché a ’homme, ils peuvent voir ses pensées lorsqu’elles se manifestent par quelques signes extérieurs dans les actes ou sur la figure, ou méme, probablement du moins, simplement dans le cerveau ; ils peuvent conjecturer l’avenir, sinon avec une certitude compléte, au moins avec une probabilité des plus grandes; ils connaissent toutes les tendances et les passions des hommes ; avec cela ils ont une haine souveraine de Dieu, qwils reportent surtout sur incarnation et aussi la Vierge Marie, et ils nous apparaissent bien tels dans les révélations du spiritisme, et comme ils sont surtout orgueilleux, ils veulent montrer qu’ils sont les imaitres, se faire supplier, désirer et ne pas toujours répondre aux éyocations, et enfin tendre a se faire adorer. Qu’ils se contredisent parfois, se disent les Ames des défunts, et quelquefois cependant se révélent ce qu’ils sont, cela tient a la nature maligne, fourbe et mensongére de ces intelligences qui trouvent leur intérét a faire du mal sans étre connues, qui parlent différemment selon les différentes propensions de ceux a qui ils s’adressent, et qui veulent surtout leur dter la croyance des vérités capables de les détourner du mal, comme J’éternité de lenfer, mais que Dieu force cependant quelquefois, grace aux prieres des Ames pieuses, a se révéler ce qu’elles sont, afin qu’elles ne puissent pas faire tout le mal
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Sa aoa, “ . 2 qu’elles voudraient, et que les hommes ne soient trompés que s’ils le veulent bien.
II. — Le spiritisme inintelligent et par induction est également démoniaque
Nous supposons ici que les phénoménes qui par eux-mémes ne dénotent pas directement de l’intelligence ne sont pas mélés a d’autres phénoménes manifestant de Vintelligence par eux-mémes, car alors ils appartiendraient au premier genre de spiritisme dont nous avons parlé. — Nous supposons également qu’on s’est bien assuré qu’il n’y a pas supercherie, et que les phénoménes susdits ne peuvent pas venir de forces naturelles connues ou inconnues et déployées ici, mais sont en. contradiction certaine avec des lois naturelles bien connues : autrement ils appartiendraient au spiritisme improprement dit dont nous parlerons aprés. — Il est vrai qu’ici on peut rarement arriver 4 une certitude absolue comme quand il s’agit de phénoménes intellectuels, mais on peut arriver souvent & une certitude morale qui doit suffire pour nous convaincre, car en dehors des révélations et des vérités évidentes par elles-mémes, ’homme ne peut arriver le plus souvent pour diriger sa croyance et sa conduite dans les choses méme les plus graves qu’a une certitude morale.
Ceci: posé, notre assertion est encore facile a prouver. Car, comme dans le cas précédent, nous nous trouvons en face du préternaturel, puisqw’il y a opposition certaine 4 une loi de la nature, et a ce préternaturel il faut aussi une cause préternaturelle qui ne peut étre que Dieu, les bons anges, les &4mes des défunts ou les démons; or les mémes raisons que nous avons données dans l’assertion précédente s’opposent encore ici a ce que Dieu ou les bons anges ou les Ames des défunts en soient les auteurs. — Dieu, comme nous le voyons par l’Evangile, ne fait des miracles que pour le bien de l’humanité, et pour procurer par la sa gloire, mais jamais pour contenter une vaine curiosité par quelque vaine exhi-
‘bition : Notre-Seigneur refusa toujours de se pré-
ter aux demandes de ce genre qui lui étaient faites. — Les bons anges agissent toujours dans le méme sens et le méme esprit que Dieu. — Les ames des défunts, comme nous l’avons vu, n’ayant plus leur corps, ne pourraient aucunement par ellesmémes agir de la sorte sur les objets matériels. — Restent donc les démons seuls qui, ainsi que nous le savons encore par la sainte Hcriture et la tradition, ont une force ainsi qu’une intelligence bien supérieures a celles de "homme ; comme ils connaissent 4 fond les propriétés de la matiére, V’étendue et la loi des forces, ils peuvent s’en servir de la maniére la plus variée; ils peuvent lire une écriture cachée a Vhomme, et savoir aussi ou sont les objets cachés, et produire une multitude de phénoménes bien au dessus des forces humaines. Il convient aussi tout 4 fait aux tendances et au caractére de ces esprits mauyais
@Ventretenir par des jeux insignifiants ou dangereux les hommes qui recherchent au moins indirectemont leur société, de les duper, et de leg éloigner ainsi du vrai bien, en satisfaisant leurs envies, sans leur apprendre jamais rien de sérieux. Mais Dieu ne. leur permet jamais de faire toutle mal quw’ils voudraient et pourraient. — Les textes que nous avons cités surtout dans la partie historique, confirment parfaitement ce que nous venons de dire.
III. — La cause du spiritisme improprement dit ‘est encore douteuse
Il y a cette différence entre ce spiritisme et le magnétisme médical que ce dernier a pour lui tant d’analogies avec des états naturels, tant de raisons sérieuses, et, malgré ses dangers, tant d@avantages et d’utilité, qu’on peut prononcer, sans aucune témérité, qu’il est naturel dans sa cause, tandis qu’au contraire le spiritisme dont nous parlons n’a pas pour lui assez d’analogies dans la nature, ni assez de raisons sérieuses pour qu’un esprit droit puisse prononcer, non pas avec certitude, mais méme avec une trés grande probabilité, que sa cause est naturelle. — Il n’a pas non plus contre lui les mémes preuves que le spiri-
tisme proprement ou par induction. — Il n’y a %
done rien ni pour ni contre qui convainque pleinement l’esprit. Celui-ci doit donc, s'il est sage, rester dans le doute.
Assurément, quand il s’agit du surnaturel ou du préternaturel, la régle est de ne ’admettre que quand on a des preuves, et en dehors de ces preuves de pencher plutét pour une cause naturelle, car le préternaturel ne se suppose pas, il se prouve ; nous sommes faits en effet pour vivre avec la nature et par la nature, tout en surnaturalisant nos actes; il semblerait donc téméraire de supposer partout, sans preuves suffisantes, l’opération diabolique dans les choses de la nature, de méme qu’il serait teméraire aussi d’y voir, sans preuves suffisantes, lopération miraculeuse de Dieu; c’est la régle généralement admise en théologie; aussi nous n’oserions blamer ceux qui croiraient devoir admettre comme plus probable que ce spiritisme est naturel, et dd soit a un fluide, soit 4 des mouvements vibratoires, soit a Vinflux nerveux, soit a l’électriciteé.
Citons maintenant ace sujet les opinions des principaux théologiens modernes, dont aucun n’ose se prononcer. Gury : « Quidquid sit de motu simplici tabularum qui physicus aliquando videri potuit, modo solo voluntatis imperio non fiat. » — Ballerini lui-méme, qui proscrit si impitoyablement tout magnétisme, ne condamne les tables tournantes que parce qu’elles ouvrent l’entrée au démonisme qui viendra plus tard: « Quia per istud oblectamentum puerile latus aditus fuerit apertus insigniori demonis fraudi, responsa scilicet per tabulas reddendi. » — Scavini : « Quidquid sit de simplici motu tabularum qui forsan
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ad certum gradum per contactum mere physicum naturalis esse poterit, si tamen imperio solo voluntatis non fiat... » — D’Annibale : « Kos lethaliter peccare non dixerim qui quadam animi levitate aut curiositate, jocandique-causa mensis manus apponunt, ut in gyrum movyeant. » — Lehmkuhi: « Tabularum rotantium phenomenon multi per magnetismum in corporibus assidentium excitatum explicare volebant, et putabant ex hoc mensam attolli atque demitti identidem posse, quanquam hoc ipsum aliis incredibile videbatur, non ita tamen evidens ‘erat, ut qui experimentum capiebant, apertz superstitioni moxii essent. » — ~ Perrone: « A censu eorum qui gravis culpe se reos constituunt eos excipi judicamus, qui vel ex ignorantia, vel ex quadam animi levitate aut curiositate, jocandique causa mensis Manus suas apponunt ut in gyrum moveant. » — Genicot :
« $i quis persuasus foret nullum effectum supernaturalem oriturum fore, non peccaret mensas movendo, ut reliquorum errorem experimento corrigeret, » etc.
Espérons que la lumiére se fera sur ce sujet comme elle s’est faite en bien d’autres choses, et qu’alors la certitude dans un sens ou dans un autre succédera au doute.