‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 191 sur 276 · I. — Il y a aujourd’hui en Italie deux questions : la · texte numérisé non relu

I. — Il y a aujourd’hui en Italie deux questions : la

Question romaine et la Question du Midi, Vune et

Yautre vitales, prépondérantes, et dont il est a peine fait mention dans les assemblées délibérantes. « Ce silence dénote une lacune dans le fonctionnement de la vie publique. Les catholiques qui savent et qui professent que la question romaine existe, sont absents de Montecitorio ; a supposer qu’un Parlement puisse jamais, en fait, représenter quelque chose de vivant, le Parlement italien représente l’Italie moins les catholiques : est-ce encore I’lialie?

« D’autre part, les électeurs du Midi qui sont depuis trente ans les sacrifiés, envoient. presque toujours a Montecitorio, avec une docilité résignée, des députés fidélement et successivement ministériels ; on cite et Yon honore, tant ils sont rares, ceux de ces députés qui voudraient étre plus et mieux que les syndics des petits intéréts personnels de leurs commettants, et qui ont, a proprement parler, une politique ; opinion méridionale au Parlement n’est point une force qui compte ; a supposer quwun Parlement puisse jamais, en fait, représenter quelque chose de vivant, le Parlement italien représente l’unité italienne moins le Midi : est-ce encore l’unité italienne ? »

Pourquoi ces deux questions ne sont-elles pas portées a la Chambre? C’est que, pour la premiére, « les catholiques ne peuvent pas voter ; » pour’ la seconde, que

«les méridionaux ne savent pas voter. » Et cette poli- .

tique de Vabstention des catholiques, de leur fidélité au mot d’ordre donné par Pie IX, et « maintenu sans éclats de voix » par Léon XIII: Ne eleggibili ne elettort, est devenu suivant un notable italien « la plus habile des politiques. ».Du moins les catholiques n’ont pas été enveloppés dans Ja défiance qui pése sur les députés actuels, ni mélés aux affaires véreuses du jour; ils demeurent « insoupconnés » et sont la réserve de Yavenir.

Le gouvernement royal s'est abaissé le jour de Vinauguration de la statue de Garibaldi, il s’est humilié devant « la démocratie italienne, » devant les banniéres maconniques qui précédaient parfois le drapeau de l’armée, c’est-a-dire devant l’émeute, et c'est en vain que M. Crispi, dans son discours, a parlé des « deux astres : le Roi et Garibaldi » : celui-ci éclipsait l'autre. lin résumé, il reste encore de cinquante 4 soixante pour cent des électeurs qui ne votent pas ; ’Assemblée ne représente donc pas le pays. Cette attitude constitue aussi une Rome étrange ot tout le monde est mal a Vaise, une ville ot le Pape pourrait 4 la rigueur tenir un concile, tandis que la « macgonnerie universelle » en a tenu officiellement un au Palais Borghése.

Les fétes du 20 septembre ont beaucoup plus célébré

. la « chute du gouvernement sacerdotal » que l’unité

italienne. Rien n’est 4 étudier comme l’hypocrisie officielle quia éclaté dans le discours de M. Crispi. « Le christianisme, divin de sa nature, n’a pas besoin de ‘canon pour exister... Le christianisme a pu, avec la parole de Paul et de Chrysostome, sans Vappui des armes temporelles, conquérir le monde.:. L’lvangile, mous le croyons, est la vérité. » — Suit un portrait frappant de M. Crispi, qui ose déclarer que « la catho-

-licité doit @tre reconnaissante a I’Italie, » que l’Italie

«a réalisé la volonté du Trés-Haut.» ~~

Il.— La Conférence de la Haye et le Saint-Siége est Vhistoire de la malveillance italienne et de l’obstination de la cour du roi Humbert a écarter du Congrés le Pape Léon XIII. Le 30 aovt 1898, M. Tcharikoff au nom du ezar transmet au Pape la premiére circulaire du comte Mourawieff. C’était aller au devant d’un des veeux les plus chers au coeur de Léon XIII, qui dans sa lettre de 1894 A tous les princes et a tous les peuples avait déploré la situation de ’Hurope armée jusqu’aux dents et obérée. Le cardinal Rampolla répond le 15 septembre suivant, et approuve l’entreprise du czar, entreprise difficile qu’il est disposé « & seconder’ avec tout son zéle et toute sa sympathie. » Le 16 janvier 1899, M. Tcharikoff adresse au Saint-Siége un nouveau message contenant cette fois le programme de la nouvelle conférence. Les sept premiers articles étaient d’ordre technique, le Pape s’abstient de « porter un jugement. » Le huiiiéme est ainsi congu : « Acceptation, en principe, de l’usage des bons offices, de la médiation et de l’arbitrage facultatif pour des cas qui s’y prétent, dans le but de prévenir des conflits armes entre les nations ; entente au sujet de leur mode d’application et établissement d’une pratique uniforme dans leur emploi. » Le cardinal-secrétaire d’Etat, tout en applaudissant aux propositions du gouvernement impérial, fait remarquer qu’ «il manque dans le consortium international des Ktats un systéme de moyens légaux et moraux propres a déterminer et a faire valoir le droit de chacun. » Il n’y a que la force, c’est pourquoi les Etats arment a qui mieux mieux. « Une institution de médiation, ajoute-t-il, investie d’une autorité, revétue de tout le prestige moral nécessaire, munie des indispensables garanties de compétence et d’impartialité, n’enchainant point la liberté des parties en litige, serait moins exposée a rencontrer des obstacles. » Le Pape se rappelait son intervention en 1885 entre l’Espagne et l’Allemagne & propos des iles Carolines, et il indiquait discrétement la seule puissance morale qui puisse étre écoutée. Les relations étaient parfaitement courtoises et pleines d’espérances, quand la presse italienne entra en campagne et alarma les esprits par cette simple interrogation « La question romaine ne sera-t-elle pas posée devant la Conférence ? » Les Pays-Bas, la Russie, la France, lAngleterre méme demandaient la présence 4 La Haye d’un représentant du Saint-Siége, l’Italie seule s’y opposa. Elle insista pour « faire sortir le Vatican. » Celui-ci eut la fierté de ne rien faire pour « entrer. » Quant al Allemagne, elle avait fait savoir que si une des grandes puissances ne répondait pas 4 Vinvitation de la reine Wilhelmine, elle s’effacerait & son tour. C’était indirectement préter son concours a I’Italie.

M. de Beaufort, ministre des affaires étrangéres des Pays-Bas, ne notifie done pas au Pape son invitation du 6 avril. Léon XIII Patil ponder ? Il a trop de tact pour montrer du ressentiment 4 ?Europe de l’injure de la seule Consulta. Dans son discours du 11 avril, le: Pape prend sous sa protection la Conférence de la paix, loue ses intentions et rappelle discrétement que s'il est une puissance qui ait une autorité pacifique et pacificatrice, o’est l’Hglise : « Malheur a la civilisation des peuples, ajoute-t-il, si, A certaines heures critiques, Vautorité papale ne fit point accourue pour mettre un frein aux instincts inhumains de V’ambition et de la conquéte, en revendiquant de droit et de fait la suprématie naturelle de la raison sur la force ! J’en atteste les noms indissolublement associés d’Alexandre III et de Legnano, de saint Pie V et de Lépante! » Ces souvenirs chers, l’un 4 tout cur italien, l’autre 4 toute Ame chrétienne, firent grande impression et en Italie et A la Conférence. La reine répondit un mois aprés, mentionnant l’allocution de Léon XIII et implorant.« son précieuxappuimoral pour l’ceuvre entreprise. » Pendant que toute I’Kurope se montrait d’une déférence parfaite, les journaux italiens faisaient rage et annoncaient que V'Italie se retirerait si l’on rendait hommage a l’attitude du Souverain Pontife. L’hommage fut rendu. Léon XIII répondit le 29 mai que « malgré » ’anormale condition du Saint-Siége, la Papauté continuerait 4 remplir sa « traditionnelle mission, sans aspirer 4 d’autre but que le bien public. » Mais en méme temps il éloignait pour

uelques semaines de La Haye son internonce, Mgr Tarnassi. L’Italie se tut ; sa mauvaise humeur toutefois fit dire aux puissances : « La question romaine | existe donc toujours? » M. Brusa, professeur de droit international 4 Turin, tira la conclusion qui s’imposait : « L'intérét bien entendu de l’Italie lui conseillait d’ad-

se

mettre le Pape a la conférence. Ses droits sur Rome capitale s’en fussent trouvés singuliérement raffermis. »

UI. — Le régime de la grande propriété dans les Calabres montre labaissement et presque la faillite de la propriété dans un pays ot l’on gotta jadis « la joie de vivre. » La suppression du régime féodal réunit des

domaines considérables aux communes, Chacun devint proprietaire, mais avec défense de vendre sa propriété

avant dix ou vingt ans, et de Vhypothéquer: On V’aban-

donna. Au retour des Bourbons, comme il n’y avait pas

eu comme en France le milliard des émigrés pour indemniser ceux qui avaient été dépossédés, le pouvoir demeurait en droit de contester la légitimité de la propriété et de molester les usurpateurs; la bourgeoisie,

qui remplagait l’ancienne aristocratie, se signalait d’ail-

leurs par son égoisme ; les brigands et la malaria Sévissaient ; les contrats de fermage réservaient au propriétaire la part du lion, plus de métayage; alors les fermes furent exploitées non: plus par le cultivateur qui la fait valoir et ’habite, mais par le « journalier nomade et misérable, » le bracciante. Ainsi le prolétariat agricole s’améliore, mais les familles rurales périclitent. C’est pour elle la misére noire. « Il est au pain blanc» : jusqu’a ces derniers temps on disait cela en Calabre du

paysan proche de mourir. « Le médecin ressuscitait l’ap-

pétit du pauvre hére par cette primeur inédite, un morceau de pain blanc ; et ce qui pour beaucoup V@hommes Civilisés est une toute petite partie du nécessaire, devenait, la-bas, comme le dessert de l’agonie. »

On s’est préoccupé d’améliorer les contrats, et sans le savoir, on opere un léger retour vers les contrats ecclésiastiques d’autrefois qui, stipulant le paiement de la redevance en nature et non en argent, excluaient la clause inhumaine de la « renonciation aux cas fortuils » ; vers les « contrats d’améliorations » qui n’imposaient que de trés modestes redevances au paysan et parfois méme lui concédaient a l’avance, en pleine propriété, la moitié du domaine d’Eglise amélioré par son travail. Preuve nouvelle que l’Kglise a toujours été une bonne mére pour le paysan et en méme temps une intendante admirablement prévoyante pour la mise en valeur des domaines. :

Cette misére des classes laborieuses engendre le crime et provogue ces mécontentements sourds qui précédent et produisent les révolutions.

Autrefois on se faisait brigand : « J’aime mieux étre taureau deux ans que beuf durant cent ans, » disait-on il y a un demi-siécle. La maréchaussée a chassé les brigands, mais la misére est demeurée et les impéts ont augmenté. Pour un petit baudet le paysan paie 9 francs au fise. L’agriculture est en compléte décadence. Hn Basilicate, depuis quinze ans le gros bétail a diminué de 6000 tétes ; la valeur de la propriété a baissé de cinquante pour cent, et l’impdt de la richesse mobiliére s’est accru de 184.000 francs, Alors on s’en va. La Basilicate qui compte 548.000 ames, voit chaque année partir

' plus de 10.000 de ses enfants. Ce furent les femmes qui

inaugurérent le mouvement en 1877, des conyois de nourrices se dirigérent sur le Caire, pour cent francs par mois, puis elles revinrent « rembourser 4a |’enfant retrouyé, en bons écus sonnant clair et pesant lourd, le lait nourricier qu’elles lui avaient dérobé. » Ensuite des familles entiéres envahirent les Etats-Unis, l’Argentine, le Brésil. En 1896 il partit au-dela de l’Atlantique environ 250.000 Italiens, réduits « 4 voler ou a s’envoler » (o rubare o emigrare), suivant le mot de Tun deux a Mgr Scalabrini, évéque de Plaisance. Mais la-bas ils gardent amour du sol natal, et refusent de se faire ou de se laisser naturaliser. « Le long de la Plata et du Parana, disait M. Fortunato a ses électeurs de Melfi en 1897, se pose une grande question sociale et morale, la vraie question coloniale de l’Italie » ; et déja on caresse au dela des Alpes le beau réve d’une grande Italie transatlantique. ie

M. Goyau cite deux beaux chants de Pierre-Paul Parzanese, chant du départ de émigré de Viggiano, et chant du retour. C’est gracieux et touchant comme le Petit Savoyara W Alexandre Guiraud.

IV. — Le dernier article a pour titre l’ Unité ttalienne et le Sud-Hst. Le nord absorbe et ruine le midi. Tout pour un, rien pour Vautre, ni chemins de fer, ni assainissements. L’homme du midi semble avoir pour devise : « Laisser faire 4 Dieu. » Il est religieux, mais d'une religion de surface, peu ou mal raisonnée. Au lieu que dans le nord, sur V’avis du pape, les catholiques s’abstiennent de voter, dans le sud les populations votent dans une proportion de 80 a 87 pour cent, mais elles votent mal, comme elles travaillent mal. Pas d’ini-

; Hiss Mees

I DU CLERGH

tiative, pas d’esprit de suite, une incroyable passivité

“avec une défiance non moins incroyable du progrés, des

institutions nouvelles.

Quelles richesses pourtant sur ce sol privilégié, dans la charmante Lecce, dans la terre d’Otrante, Bari, la Capitanate, toutes les Pouilles! Il est vrai que leurs travaux ont été bien mal récompensés. En 1865 le bétail est remplacé par le blé, c’est une fiévre de production et de déboisement, le blé atteint 42 francs le quintal. Puis il tombe irrémédiablement a des prix quine sont plus rémunérateurs. Alors M. Pavoncelli prend Vinitiative de planter des vignes. Elles réugsissent merveilleusement, et quand une ére nouvelle de prospérité sans exemple commence a s’ouvrir, les relations commerciales sont, par la faute de I’Italie, rompues avec la France. La France importait de Pouille en 1887 2.787.000 hectolitres de vin : en 1890 le chiffre baisse 4 23.000. L’hectolitre qui valait 40 francs n’en vaut plus que 15, et moins encore. Tout sombre, fermages, vignes, institutions de crédit. Puis la peromospora attaque les vignobles, la mosca olearia les oliviers; les habitants émigrent et de 1890 4 1892, 4721 petits enfants sont abandonnés dans la rue ou exposés dans les tours. Mais les impdts ne diminuent pas pour cela. Rome capitale absorbe plus que le revenu du pays. Cependant Jes habitants du sud-est ne se révoltent pas. Habitués aux — vicissitudes de Vhistoire, « ils font comme le tréne et comme la couronne, ils se prétent. Leur loyalisme n’est qu’un aspect politique de leur vertu native de résignation : maintien du tréne ou chute du tréne, ils laissent tout faire 4 Dieu ! Et décidément avec toutes leurs lacunes, ce sont de fort braves gens: les Bourbons les” avaient bien élevés. »

M. Goyau voulait prouver que le nord a liré a lui, suivant le mot vulgaire. toute la couverture. « Jusqu’au fond de la terre d’Otrante, les journaux de Milan distancent et éconduisent les journaux de Naples, en dépit des lignes nouvelles de chemins de fer qui bravant les abruptes murailles de la Basilicate, s’évertuent a relier directement avec Naples le talon de la botte italienne : le nord et le sud-ouest luttent de vitesse, d’habileté, de bonne fortune pour la conquéte du sud-est, et dans cette lutte, en général c’est le nord qui est vainqueur. I] n’y a pas eu échange, contact réciproque, compénétration entre le sud-est de l’Italie et le reste du royaume ; ily a eu plutdt mainmise de I’Italie unitaire sur la région sud-est : mainmise économique, — car I’Italie a supprimé une partie des sources de richesses qui existaient dans ces parages et elle n’en a pas introduit de nou-: velles ; — mainmise politique,— car les destinées du sud-est ont été subordonnées aux visées et aux maximes de la Triple alliance qui dictaient les visées et les maximes de I’Italie. »

La thése est amplement et solidement démontrée.

La liberté @enseignement. Cinquante.

ans aprés, par le P. Burnichon, S. J. — Un vol. in-42 de 315 p., 3 fr. — Paris, Lecoffre.

Ce volume est la reproduction, 2 peine modifiée, d’une série d’articles parus dans les Etudes. C’est Vhistoire de la campagne violente menée depuis deux ans contre la loi de 1850, c’est-a-dire contre ce qui reste de la loi de 1850. Car ce n’est que par habitude que lon parle encore de la « loi de 1850. » Il y a vingt ans que la secte s’acharne contre elle; on l’a démolie piéce par piéce. Les lois de 1882 et de 1886 ont abrogé en bloc tout le titre’ Ie, relatif 4 Venseignement primaire ; le reste a été mutilé, entravé dans son application par une série de mesures administratives (sans parler des décrets de 1880), et Von ne voit guére ce qu'il est possible d’en abolir sans restaurer le monopole de l’Ktat enseignant.

C'est pourtant ce reste qui a déchainé la campagne formidable ouvertement déclarée depuis la fin de 1898. Le P. Burnichon yous en fait suivre les phases, avec sa clairvoyance impitoyable et une ardeur que l’on serait tenté de croire toute juvénile; et il a bien le droit de dire (p. v1) que I’ « on retrouvera ici les avertissements d’une sentinelle depuis longtemps a son poste et quia fini par acquérir quelque connaissance du champ de bataille aussi bien que des belligérants. »

Cinquantenaire du couvent des Dominicains de Flavigny-sur-Ozerain, 25, 26 et 27 avril 1899, par le P. Boitel, du méme

RS ae ire fo

- aux inspirations architecturales du P.

couvent. — Un vol. grand in8 de 174 p., chez le P. prieur des Dominicains de Flavigny-sur- Ozerain (Céte-d’Or), — Pr. :2 fr. 50; franco 3 fr. Ce volume tient beaucoup plus que n’annonce le titre. Le récit des fétes du cinquantenaire du couvent de Flavigny est.certainement fort intéressant, mais la notice

- de 114 pages qui le précéde est délicieuse par la douceur

et la sobriété du style, par le parfum des souvenirs qu’elle retrace ou quelle évoque. Tous ceux qui s'interessent au magnifique mouvement religieux imprime par le P. Lacordaire aux dmes du dix-neuviéme siécle et a Vhistoire si attachante de la famille dominicaine, voudront lire ce livre ov ils trouveront bien des pages qui les charmeront. Donnons-en une rapide esquisse. Le 6 décembre 1848 arrivent 4 Flavigny, montés sur des chars comme des patriarches, sept dominicains. Les habitants regardent avec curiosité d’abord ces « moines blancs » qui deviendront la gloire et la providence du pays, puis avec une sympathie que les années ne feront qu’accroitre. Le P. Lacordaire est la, il erige en couvent de son ordre la vieille maison du Parlement de Bourgogne qui lui a été offerte par le clergé dijonnais. Les religieux y vivent dans une pauvreté qui n’a d’égale que leur ferveur. Heureusement la Providence a réservé aux navets de Flavigny une saveur spéciale; le P. Lacordaire déclare que ceux qui n’enont pas mangé « n’ont rien gouté de bon, » et il plaint les malheureux qui sont

réduits aux navets de Paris. On y vit done gaiement'

dans toutes «les privations d’une chose qui commence; » le pieux fondateur donne l’exemple des austérités en se faisant attacher 4 une colonne — aujourd'hui justement vénérée — pour y étre flagellé par ses fréres. Mgr Rivet vient bénir leur chapelle le 11 juillet 1849 et plante un arbre commémoratif qu’il appelle de son nom. Le tilleul de saint Francois a grandi, il vivra comme les vieux Sully, arbre de religion, arbre de la vraie liberté,

Le P. Lacordaire ne dédaigne pas d’aller précher dans les plus humbles paroisses voisines, émerveillant les paysans tout aussi bien que les esprits cultivés qui se pressaient autour de sa chaire de Notre-Dame. Deja le couvent de Flavigny est populaire. En 1852 « ils sont vingt-sept atable, » et le premier chapitre général réuni écoute avec admiration le Mémoire sur la restauration des Fréres-Précheurs dans la chrétienté. Cette méme année, le tiers ordre est fondé et, le 4 aotit 1853, Vévéque de Dijon vient bénir une chapelle neuve due Lacordaire.

Montalembert, qui est présent, se trouve un peu dérouté par ce style a part :

— Mon Pére, dit-il, dans quel style est donc cette chapelle ?

— Mais, mon cher ami, dans le style..., dans le style convenable.

Et au P. Melot, qui prétend que « ce n’est pas monumental, » il prouve que les régles posées par Vitruve ont été soigneusement observées : Soliditas, commodt- “as et venustas... Le fac-simile de l’acte dressé en ce jour mémorable reproduit entre autres signatures celles de Mer Rivet, du P. Lacordaire, de l’abbé Landriot, d’Emile Bougaud, du comte de Montalembert et de Foisset.

De Flavigny, son séjour de prédilection, le fondateur se rend 4 Soréze. D’intimes démélés s’élévent, racontés avec autant de fidélité que de délicatesse par le P. Boitel, et, le 12 septembre 1858, toutes les voix se reportent sur lui: « Enfin! s’écrie-t-on, notre Pére nous est rendu! » Mais il n’y séjourne plus. La derniére fois qu'il y revient, en juin 1861, il y bénit trente-trois novices portant VYhabit. IL pouvait mourir, l’ceuvre vivrait. Cing mois aprés, le 21 novembre, il s’écriait : « Mon Dieu! Mon Dieu! ouyrez-moi! » Ht Dieu lui ouvrait les portes du paradis.

Jusqu’en 1870, la joie la plus douce régne dans la sainte maison, tout embaumée encore des exemples et des conseils du fondateur. Puis c’est ’invasion, la commune, les martyrs d’Arcueil qui réjouissent et consternent Ordre. Le calme renait, le P. Lacordaire revient les visiter dans la personne de sa statue érigée dans les cloitres par Bonassieux : Mer Rivet préside encore la cérémonie et, parmi les poémes gui célébrent Villustre orateur, il laisse tomber cette note émue qui arrache les larmes: « Il y a vingt-sept ans, j’introduisais le P. Lacordaire dans cette chére maison de Flavigny... Montalembert et Foisset étaient 14 quand j’ai bénit la chapelle... I] ne reste que moi. Kt lorsque tout 4 Vheure on me recevait dans cette maison par ce salut : « Votre ami vous attend! » j’ai tressailli jusqu’au fond de l’ame,

car la gloire de mon épiscopat est d’ayoir été son ami. »

Aprés cela, c’est ’expulsion du 5 novembre 1880, ra- . contée heure par heure avec ses incidents poignants, depuis le moment ov l'on apergoit au loin la troupe des

endarmes suivie de deux voitures qui ressemblent a ee corbillards, jusqu’a Vheure ot le procureur, le P. Vigeannel, est le premier mis a la porte de cette maison dont-il est le propriétaire légal; ot le P. Hoffmann, maitre des novices, avant ue partir, vient demander la bénédiction au prieur, comme fait tout religieux a chaque sortie du couvent. : p

Ils s’en vont triomphalement, accompagnés jusqu’a Darcey d’une foule qui crie : « Vivent les Dominicains! Vive la religion! » Mais c’est pour revenir en 1895 entonner de nouveau, dans la chapelle entr’ouverte au public ce jour-la, le Salve Regina si imposant et suppliant 4 la fois dans leur chant, dans leur bouche.

Suivent des chapitres intéressants : Flavigny et nos maitres généraun, nos évéques, nos cimetieres, ou reposent Piel, Requédat, Chery; Flavigny et Mossowl, car Mossoul a dévoré beaucoup des généreux enfants de Flavigny ; enfin le récit des fetes de 1899.

La premiére journée, c’est « Flavigny militant. » Le P. Janvier, dans un discours fort remarquable, envisage le passé avec reconnaissance et l'avenir avec espoir. — Reconnaissance pour les graces d’élan, de progrés et de consécration recues dans cette terre sainte qui est Flavigny, tout imprégnée encore des paroles, des vertus, des austérités et des sacrifices du P. Lacordaire. — Espoir, car jamais Flavigny n’a compté plus de novices, « jamais l’arbre planté a Flavigny n’a été plus vivant ; il a des racines dans toutes les régions de France, il abrite 4 son ombre, il nourrit de ses fruits une multitude d’ames. » Mais le principe vital, c’est Yamour de la régle...

Le lendemain, féte des morts dont le P. Ollivier fait revivre les admirables personnalités! « Ah! jeunes gens, dit-il avec sa liberté coutumiére, quels hommes ! et combien vous étes loin de les valoir! » — Le troisiéme jour ce sont les triomphes de Flavigny que chante Mgr de Cabriéres avant la splendide procession du Saint-Sacrement. Quel beau portrait il trace du P. Lacordaire ! Pourquoi se fit-il religieux ? Par un attrait de pureté. Pourquoi dominicain ? Pourquoi Frére-précheur? « Frére, il aurait ainsi une famille, lui qui avait si besoin de tendresse. Précheur, il s’en irait semer la parole de Dieu en tous lieux sans avoir a en rendre compte a personne qu’a Dieu et A ses supérieurs. »

Comme saint Dominique, il aimait les papes et leur était soumis. I aimait les évéques, il aimait son. pays, il aimait les veilles et la pénitence. « Saint Dominique ayoua, sur son lit de mort, avec cette naiveté des saints, que pendant sa vie il s’était quelquefois senti attendri par Patfection respectueuse que lui avaient témoignée des jeunes filles. Le P. Lacordaire, 4 la fin de ga vie, composa ce petit opuscule sur sainte Madeleine, dans lequel il laissa échapper de son ceur des cris d’une tendresse telle que certains en furent étonnés. Ah! il avait chéremeut acheté le droit de laisser un peu de liberté a son coeur !... »

Au départ, cest encore Mgr de Cabriéres qui parle aux Péres et aux Fréres réunis et leur donne de fins et charmants avis, les invitant 4 maintenir en eux leg habitudes de bonté du P. Lacordaire : « Toute la pléiade de Pécole Lamennaisienne avait ainsi le cceur tendre. »

Le toast de Mgr Le Nordez, et tous leg discours d’ailleurs, demandent 4 étre lus dans leur intégrité. Tout ceia vous laisse au cceur « de Vélan et de lespérance. »

Un beau livre en résumé que Le Cinquantenaire de Flavigny, et que le P. Boitel seul pouvait écrire, car cest le livre d’un témoin. ;

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IMPRIMATUR Lingonis, die 29 augusti 1900.

> SEBASTIANUS, Hpiscopus Lingonensis.

e gérant : J. MArrrier.

LANGRES. — IMPRIMERIE MAITRIER ET QOURTO?.

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eet auahameec kote aia ia 6 SEPTEMBRE 1900

LLERGE

REVUE DE TOUTES LES QUESTIONS ECCLESIASTIQUES

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DIRECTEUR ET RepacTEUR EN cHEF : F. PERRIOT ANCIEN SUPERIEUR DU GRAND SEMINAIRE DE LANGRES ;

Parait 4 Langres, tous les jeudis

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Toutes les lettres doivent étre adressées 4 M. le Directeur de ’Ami du Clergé, Maison Saint-Pierre, rue Tassel, 4 Langres (Haute-Marne)

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