‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 192 sur 276 · CINQUIEME ARTICLE · texte numérisé non relu

CINQUIEME ARTICLE

Q. — Voila que nous connaissons Louis Veuillot dans sa prime jeunesse, maitre journaliste 4 vingt ans, sa conversion 4 Rome, Louis Veuillot apdétre, et enfin Louis Veuillot rédacteur en chef de ? Univers dont il fit une

« institution. » Il reste un cdté a étudier dans cette

physionomie qui aujourd’hui attire tout le monde, amis et ennemis. C’est Louis Veuillot dans sa famille. Peu @Whommes ont aimé comme lui leurs parents, leurs fréres et leurs sceurs, et ne se sont autant que lui dévoués pour eux. Mais c’est aussi l’histoire de son mariage qu il faudrait raconter. Je ne sais s'il y a dans notre littérature catholique du dix-neuviéme siécle une page plus belle et plus pure, plus tendre et plus émouyante que celle-la.

R. — « Le premier-né est particuliérement le fils dela force, le fils de l’amour, le fruit de la bénédiction, enfant voulu et attendu. I] porte le premier les espérances de la famille. Lorsque les autres viennent, il les connait le premier, il est leur premier appui, leur premiére joie. Rien qui soit plus dans la nature que le droit du fils ainé. » (Odeurs de Paris, livre V).

I. — Ces paroles, ces choses-la, Louis Veuillot les avait vécues. Toute sa vie il exerca ses droits, e’est-a-dire qu’il accomplit ses devoirs de fils ainé. Personne n’eut a un plus haut degré le sens de la famille, ne porta plus d’amour aux siens. « J’avais cingans lorsque Dieu songeant aux besoins futurs de ma vie et de mon Ame, me donna un frére. La plus grande joie dont je me souviens fut de voir ce beau petit frére endormi dans son berceau. Dés qu’il put marcher, je devins son protecteur ; dés qu’il put parler, il me consola. Que de jours sombres changés en jours d’allégresse parce que cet enfant m’a aimé! » (Libres-Penseurs). Toutes les fois qu’il parle de sa famille, c’est sur ce ton et

! Voir YAmi des 4 janvier, 22 février, 29 mars et 7 juin.

avec ce charme. Quand il revient de Boynes a Paris, agé d’une douzaine d’années, il prend avec lui son petit frére, lui raconte tout ce qu’il sait, tout ce qu’il a vu chez les grands-parents, ne se lassant ni de le regarder ni de Jui causer. « Oh!

que la journée fut bonne! dit M. Eugéne Veuillot, ©

que de fois nous nous promimes de bien nous aimer! » Désormais ils vont 4 I’école ensemble et ne se quittent plus. Louis est vraiment le « protecteur » du petit frere, il est aussison conseiller, il le posséde tout entier. Un jour, ils faisaient une promenade avec toute l’école au bois de Vincennes. Tout 4 coup des gardes du corps paraissent : c’est le roi Charles X qui va passer. Louis

avait ame toute pleine de l’épopée napoléo-

nienne :« Fais attention, dit-il & son frére ; lorsque tous les autres crieront : « Vive le roi! » tu ne diras rien, mais dés quwils auront fini, tu crieras bien fort : « Vive ’empereur ! » EKugéne exécuta fidélement la consigne et cria de sa voix la plus flitée : « Vive ’empereur ! » On juge de Veffet. Cependant ni le maitre nil’enfant ne furent inquiétés.

Quand Louis travaille a l’étude de Fortuné Delavigne, il laisse a l’école seul son frére qu’il ne revyoit que le dimanche. I]lsse donnent rendez-vous « sous le troisiéme arbre 4 gauche d’une allée de catalpas, au Jardin des Plantes.» — « Quels battements de ccur quand le premier arrivé voyait poindre Vautre a Vextrémité de Vallée! dit-il. Quelles angoisses et quelles terreurs quand lun des deux se faisait attendre! Mon Dieu! n/a-t-il point été écrasé par une voiture ?... Enfin le frére paraissait et il n’était plus question que de se réjouir. Un: jour nous arrivames tous deux au rendez-vous, dans le méme moment, de bonne heure, par le plus beau temps du monde. J’étais plein de mystére et de joie; une plénitude de contentement débordait dans ses regards, dans ses sourires, dans toute sa personne : il apportait quinze sous et un saucisson, j’apportais deux pains de seigle-et un billet de spectacle. O la merveilleuse journée, et que l’on peut étre heureux,

786 eid - . LAMI DU CLERGE

bonté divine! 4 raison de sept sous et demi par téte ! »

Ils avaient deux sceurs, Annette et Elise, ywils

aimaient du méme amour tendreetprofond. Louis, en sa qualité de frére ainé qui occupe deja une situation, les prend sous sa garde et exige yu’elles recoivent une instruction solide. I] les place dans une institution trés supérieure a l’école de Bercy, et paie leur pension d’avance. Dela il les casera a Brie-Comte-Robert, chez de pieuses institutrices laiques, en attendant que, devenu fervent chrétien, il les confie aux religieuses des Oiseaux, a Corbeil, oti elles seront 4 la fois éléves et maitresses.

Quand il quitte Périgueux 4 vingt-trois ans pour rédiger & Paris La Charte de 1830, son bonheur le plus vif c’est de revoir ses parents, dont ses multiples pérégrinations l’avaient éloigné depuis plusieurs années. Il exprime son contentement intime dans une lettre 4 M. Parrot, de Périgueux : « J’ai retrouvé ma famille, que je ne connaissais guére : un pére et une mére qui me rappellent par leur franche bonté les chatelains de la Couture (demeure de M. Parrot) ; ce que vous m’avez appris de amour paternel m’est resté dans le coeur. Quand je songe a la joie que vous me laissiez voir des succés d’Henri, je suis bien content, parce que je me dis que mon pere et ma mére éprouvent de temps en temps cette joie-la. J’ai aussi un frére qui habite avec moi, et dont la présence continuelle fait de moi un saint. Enfin jai deux sceurs qui ne sont encore que deux jolies enfants, mais qui, je Vespere, deviendront deux sages et honnétes filles. »

S’il aime les siens, les siens sont fiers de lui, son pére surtout qui a une confiance entiere dans « Veuillot, » comme ii lappelle, suivant les traditions d’autrefois qui attribuaient 4 l’ainé le nom de famille. Homme ferme, apre au trayail, sobre de paroles, jouissant de voir ses enfants grandir autour de lui, avec les perspectives consolantes d’un avenir plus heureux. Une seule ombre pour lui, et surtout pours Mme Veuillot qui est d’une nature tranchante et haute: c’est le changement de vie, la conversion de Louis: Une personne qui s’occupait de lui ménager un brillant mariage vient a lire les lettres u’il leur adresse de Rome: elle pressent qu'il tourne a la dévotion, et elle estime que cela ne mene @ rien ou méme lui perdra sa situation. Alors Mme Veuillot écrit 4 son fils pour lui faire de libres et sévéres remontrances. « J’ai fait ce que je devais faire, et jai bien fait, répond d’Ancéne Louis. Soyez persuadés que pour avoir un peu de religion, je n’en serai pas plus mauvais frére ni mauvais fils. Mon ami Gustave m’a rendu et a vous aussi un trés grand service. Quant a ceux qui prétendent le contraire, laissez-les dire : ils parlent dans leur intérét ; j’agis dans le vétre et dans le mien, vous en aurez un jour la preuve. » (46 juin 1838).

Du moment ot il est chrétien, son affection pour eux devient plus tendre, plus inquiéte, plus

compléte. Jusque-la il s’occupait surtout de leur avenir matériel, de l’honorabilité de la famille,

c’est pourquoi dés lors il donnait a ses sours des conseils éclairés, les pressant de rester bonnes et sages, avec l’autorité d’un frére déja mir, et qui a Yexpérience des dangers qu’elles vont courir. Désormais il désire pour eux mieux que des vertus naturelles, qu’un honneur de surface, qu’une probité reconnue et irréprochable : il demande pour eux la foi, la paix de la conscience, les espérances supérieures, la plénitude des joies chrétiennes. On sait par cour les pages désolées qu’il écrivit 4 propos de «la morte de Foligno » touchant Ja fin de son honnéte homme de pere (145 mars 1839), « toujours bon, secourable et tendre, jui avait traversé presque autant de jours mauvais qu’il avait vécu de jours, qui ne sétait plaint de rien, mais qui n’avait aussi rien espéré! » Et i] jeta des anathémes a cette société « sans entrailles pour le pauvre peuple, » qui exploite ses bras, son travail, ses sueurs, et lui refuse la vérité, cette société perverse qui éloigne le prétre des {ames afin de les perdre 4 jamais. Qu’est-ce en effet que notre société issue de la révolution, sinon une conspiration contre le salut des ames afin d’ouvrir toutes grandes, is: les engloutir, les portes de Venfer !

Sur la tombe de son pére, il supplie son frére de devenir chrétien : « Aide-nous, mon frére, soyons doublement fréres par le sang et par la foi. Depuis longtemps, je n’osais plus rien te dire, je me contentais de prier : je vois bien, et j’en bénis Dieu, que mes priéres n’ont pas été entierement perdues; mais il faut que tu viennes 4 notre secours pour te sauver. » (Février 1840). Il se sent investi par le droit d’ainesse dune sorte de prolongement de l’autorité paternelle et devient non seulement ’homme, mais le chef de la famille. Aprés avoir sauvé ’ame d’Eugeéne, il s’occupe de son avenir, avec une sagesse qui étonne en lui, si peu préoccupé du sien. IL veut pour son frére une situation stable qui lui permette a la fois d’attendre mieux et de s’occuper de littérature; il réve notamment de lui laisser son « sous-cheffat » au ministére de lPintérieur, sous la paternelle direction VEloi Mallac, jusqu’au jour ou il demeure assuré qu’ « il y a du pain dans l’encrier des Veuillot. » Alors il lui écrira de Solesmes ces lignes délicieuses : « Je t’embrasse en Notre-Seieneur et du fond de mes entrailles, toi, mon fils et mon frére, ma famille et mon amour. T’ai-je bien dit que je Vaimais? Tu m’as embaumé le cour pendant cette semaine que nous avons passée— ensemble (& Solesmes), et il me semble que je te dois quelque reconnaissance pour la douce affection que tu m’as montrée. Prions Dieu de nous réunir a son service dans le méme bivouac : nous sentirons peu les fatigues de la guerre. Il nous faut ees plumes, mais il nous suffira d’un encrier.

Ii. — Ses sceurs grandissent, elles sont maintenant son grand souci. Il les confie d’abord &

More. he tees eae

Los

gs ignore elle-méme ;

- ignorants “trit les jeunes fleurs, préservez-les des larmes

Marie, 4 Kinsiedeln : « O Vierge! j’ai deux sceurs, deux enfants saintes encore, deux blanches colombes encore cachées au nid maternel, elles chantent et sourient dans leur ignorance qui mais V’heure approche ot elles atteindront le seuil des années sérieuses et pourront contempler la vie. Vierge trés prudente, faites que ce spectacle ne fascine point leurs yeux : préservez-les du souffle amer qui flé-

stériles, des angoisses qui font rougir...

nages de Suisse).

C’est pour elles qu’il refusera longtemps de se marier ; elles sont au fond de tous ses projets ; sil travaille, c’est pour leur procurer une dot modeste qui leur permette de s’établir honnétement. Car il se sentait fait pour le mariage. Nous avons vu u’a Périgueux il avait ébauché un réve sur la route de Chateau-l’Evéque. Puis il s’était converti, etrépondant a son frére qui lui parlait de la jeune fille avec laquelle il avait commencé son roman d’amour il disait : « Qu’elle m’ait aimé ou non, quelle me déteste ou m’aime, cela m’est fort indifférent. Je suis maintenant hors de ses atteintes. » (8 mai 1838). En ce moment la. grace régnait impérieuse et douce dans son cour, et si le’ P. Geoffroy lui efit dit, 4 Fribourg, d’entrer dans le cloitre, il eit certainement obéi : « Ilse pourrait que ma future fit la trés sainte Trinité, écrit-il. Je te répéte toutefois que je n’ai pas d’envagement. Je te dis cela seulement pour te montrer quels hommes ce sont que les Jésuites. » (A Eugene, 9 juillet 1838). Loin de le garder a la Compagnie, le P. Geoffroy lui dit au contraire « Vos intéréts, vos devoirs de famille, vos devoirs de chrétien vous appellent a pee: allez-y. » Et il y alla.

Le P. Varin, son confesseur, le P. Boulanger, VYabbé Aulanier surtout, ’aumédnier des Oiseaux, tenaient a le marier. Ce dernier essaya d’une tentative qui échoua, mais qui nous a valu l’Epouse

» (Peleri-

‘imaginaire. On y voit quelle idée élevée Louis

Veuillot se faisait du mariage. Il avoue qu’il a ses acces de tristesse Quand yous me verrez sombre, vous me direz : « Y pensez-vous ? Est-ce «que vous étes las du fardeau de la croix? » Et de méme, quand vous serez dans cette tentation : « Mon amie, vous dirai-je, si nous demandions a «la sainte Vierge de rassurer notre ceur? » Alors

nécessairement nous regarderons en face ce qui

nous afflige. Combien de douleurs lentes et lourdes s’évanouiraient vite si ’on songeait a les contempier ainsi! Nous ne trouverons rien de facheux gu’un saint exemple ne nous enseigne 4 combattre ou a supporter. J’ose ajouter que vous n’éprouverez rien de triste dont je ne sois prét a vous demander ma part. Au premier rang des satisfactions que j’espére, je mets de partager vos peines et de vous faire partager mes joies. N’est-ce pas

1a encore un bonheur qu’ii vous sera facile de me

donner ?...

«Si Pon nous marie, avant ce jour solennel du

LVAMI DU CLERGH |

mariage, nous nous serons peu connus. Nous entrerons a l’église étrangers ’un 4 lautre. Mais devant l’autel, en présence de Dieu, le prétre mettra votre main dans la mienne, nous échangerons le serment de vivre l’un pour l’autre, nous recevrons ensemble une méme bénédiction, nous serons unis dans les mémes priéres et le lien est formé, et la seule mort le pourra dissoudre : nous ne faisons désormais en quelque sorte gu’une ame, et chacun de nous a deux devoirs a remplir qui ne forment qu’un seul devoir pour nous deux. La maladie qui me jetterait dans un lit de douleurs au sortir de ’autel vous clouerait & mon chevet ; l’un de nous, et nous ne savons lequel de nous, assistera ’autre a son heure supréme, récitera pour lui les priéres de l’agonie, recevra, son dernier soupir, priera sur sa tombe. Nous. aurons en commun encore cette tache auguste, nous porterons & nous deux cette responsabilité, de former a la vertu les Ames de nos enfants. Quels devoirs ! Quels immenses devoirs!... Pour moi je ne me marierai qu’aprés avoir formé du fond de Vame, et mis sous la protection de la sainte Vierge et de Dieu, la résolution de ne point m’endormir un seul soir sans vous avoir priée d’oublier les torts dont j’aurai pu me rendre coupable envyers vous dans la journée, fussent-ils les plus legers du. monde, eussent-ils eu pour point de départ de légitimes raisons. Faites, pour notre bonheur a tous deux, faites ainsi. » (Mai 1840).

Ce mariage échoua parce que Louis Veuillot, alors sous-chef de bureau; refusa de prendre l’engagement de rester dans l’administration. Le pére estimait que la situation @homme de lettres était trop précaire pour assurer l’avenir de sa fille.

Mais l’abbé Aulanier ne se rebute pas et travaille obstinément a le marier. « Je veux bien me marier, écrit Louis trés. perplexe, mais je ne suis pas faché de le vouloir et d’en écarter Vheure. Il y a des jours ot cela m’épouvante tout a fait.

« Mon cher enfant, je ne puis certainement prétendre a étre heureux comme le bon, sage et tranquille Lafon; et cependant il a ses petites peines ; cela donne a penser. Quand je suis tracassé, je prie, je travaille, et tout passe. Quand je serai marié, si ma femme me tracagse, elle ne passera point. Il faudra certainement a cette pauyre femme beaucoup de patience, de raison, d’esprit et de simplicité. Kn connais-tu douze de ce ca-

libre-la? » (A Eugéne Veuillot, 6 novembre 1841).

Et puis, ses yeux faiblissent. « Le P. Varin ne cesse de me dire qu’il faut que je me marie : beaucoup de raisons me portent au méme sentiment, mais de quoi vivra cette femme si je perds la yue? »

Il y a enfin toujours la pensée de ses scours. I] songe alors a écrire les Pélerinages de France quéditerait Gustave. « On me fait 500 francs par mois, soit que je voyage, soit que je reste a Paris, et je m’engage a donner dans I’espace de trois ans dix volumes in-18 jésus de 300

eae Boon te a Se

a 400 pages. » Alors les sceurs seront mariées, « a moins de grand malheur. »

Ce projet littéraire fut abandonné comme tant dautres, mais non le projet du mariage, car le P. Varin tient bon. Louis allégue qu'il ne faut pas charger outre mesure la barque ou l’on porte les sacrifices ; car « elle a bien assez de peine a voguer avec ce chargement. » (A son fréere, — juillet 4842). « Son confesseur, sa mére, ses amis, » le pressent de prendre une décision : « Mais je ne puis me marier tout seul! écrit-il & Pabbé Morisseau, et je ne puis trouver une femme puisque je ne vois personne. N’en auriez-vous pas une a m’envoyer pour mettre fin 4 ce tracas? Si vous connaissez une bonne fille, qui ait beaucoup de piété, beaucoup de douceur, de la simplivité, de la santé, qui puisse me faire un peu de musique et qui posséde 4 peu prés de quoi se nourrir, c’est tout ce qu’il me faut. Vous rendrez contents, par ce moyen, tous ceux qui m’entourent et me voient dépérir. Peut-étre me contenterez-vous aussi, vu Vexcellente habitude que j’ai prise de ne pas attendre de la vie grand’chose de bon. Que ne puis-je devenir un moine! Mais l’on me rit au nez quand je parle de cela et je crois que l’on a raison... » (84 aotit 1842).

Ill. — La « bonne fille » quil demandait ne se présenta point alors. Lui, d’ailleurs, n’était point pressé, et ce n’est pas sans trembler qu’il envisageait cette redoutable éventualite de river sa vie a celle d’une inconnue qui ne le comprendrait pas, qui resterait indifférente pour toutes les saintes choses qui le passionnaient, et qui ne ferait que « charger la barque » sans aider le rameur. Kt puis il regardait grandir ses sceurs : « L’ainée a maintenant dix-neuf ans et je songe a la marier, car, quoique pieuse et bonne fille, elle n’a pas plus que sa cadette la vocation religieuse. Au mnilieu de tant de dons qwil nous fait, Dieu nous refuse 4 tous les quatre celui-la, qui nous irait pourtant, a ce qu’il semble, si bien. Priez-le de m’envoyer un bon garcon, bon chrétien, qui puisse se contenter de 10,000 francs que je veux donner 4 cette chere sceur, la moitié tout de suite et le reste en quelques années, car en me dépouillant jusqu’a la chemise je ne puis rien de plus. » (28 septembre 1842).

L’abbé Morisseau, 4 qui il adressait cette lettre, lui avait soumis « idee d’une galerie de femmes pieuses. » Cela lui sourit : « Un pareil travail en deux volumes compléterait la dot de ma scour. »

(Ibid.). Encore un beau projet qwil devra laisser

évanouir. Pendant ce temps, pour récompenser agréablement ses scours dont les religieuses des Oiseaux lui rendent bon témoignage, il les a conduites au bord de la mer, au: Havre et 4 Trouville. Leur frére Eugéne les accompagne. Ils s’arrétent 4 Rouen, afin d’aller prier ensemble 4 Bon-Secours dabord, puis a ’endroit ot, pour un motif futile, dix années auparavant il s’est battu en duel. Ce voyage fut pour elles un emerveillement, mais le plus heureux c’était encore Louis, qui jouissait

avec des sentiments presque paternels de leurs naifs étonnements.

L’idée du mariage parait alors ’abandonner.

N’a-t-il pas une famille, des enfants, une sollicitude et une autorité paternelles? Toutes les roses du mariage sans les piqtres d’épines. Mais il n’est pas un auteur de marque qui ne regoive quantité de lettres d’admirateurs et surtout d’admiratrices. Lui-méme avait connu ces douceurs et ces ennuis, et souvent il avait di répondre, avec amabilité toujours, avec abandon quelquefois. Une jeune fille de bonne famille dijonnaise lui écrivit qu’elle avait lu avec jouissance les Pélerinages de Suisse, Pierre Saintive, Rome et Loretle, et que son cour ne demeurait point insensible pour l’auteur. Louis s’en amusa d’abord, puis se prit a réver. Peut-étre se fiit-il laissé tenter si la « demoiselle de Dijon » n’etit ajouté a sa lettre, en prose et en vers, ce mauvais quatrain :

A pleurer je trouve des charmes, Je crois qu’on pleure dans les cieux, Et quand Dieu me donne des larmes, Aussitét je suis beaucoup mieux.

« Eh bien! mon frere, j’ai répondu quatre pages ; mais c’est une de mes belles actions. » (47 aout 1843).

Mal lui en prit, car elle lui écrivit aussitét « une lettre infiniment touchante, qui lui mit ’ame a Venvers.» — « Je ne te l’ai point lue, mande-t-il de Solesmes a son frére, et je m’en suis presque repenti, parce qu’elle me priait de la détruire aussitot : ce que j’ai fait tout a Pheure, aprés avoir ré- pondu le von le plus affectueux, le plus poli, mais aussi le plus positif du monde. Et voila le roman

fini. » (17 septembre 1843).

« Je sus peu de temps aprés, raconte M. Eugéne - Veuillot, que cette personne était spirituelle, jolie, de tenue parfaite, un peu artiste, vraiment chrétienne. Je crois que mon frére l’a su aussi. Il ne m’en reparla point. Etait-ce oubli, était-ce regret?» Aussi bien, comme Chapelain, que n’écrivait-elle ’ en prose ?

Il se décide alors 4 prendre ses sceurs avec lui et fait des emplettes de ménage : « J’ai passé quinze grands jours a chercher un logement et a monter mon ménage, c’est-a-dire & me fournir de torchons, cuilléres a pot, tabliers de cuisine, ete. Enfin, c’est a peu prés fini; nous sommes installég rue de Babylone, 24. » (A dom Gardereau, 26 octobre 1843). Charmant intérieur, ot il « méne une vie de chanoine honoraire. » (6 novembre 1843, a Léon Aubineau). Quand il s’agit d’écrire aux amis, comme l’abbé Morisseau, « la sur Elise prend la plume, le frére Louis prend une prise, la scour Annette enfile son aiguille, et en avant! » — « Je méne mes trois femmes avec un succés gui pourrait bien me faire tomber dans le péché d’Aubineau (l’amour-propre). Mais je sais que cette espece est Iégere, et, pour que la girouette reste du bon cété, je prie le bon Dieu de faire souffler le bon vent. Priez aussi pour cet objet d’im-

portance. » (A Pabbé Morisseau, novembre 1843). L’année suivante, le frére Eugéne vient compléter la famille. On y travaille, on y est gai, on y est heureux. Mémes idées catholiques, méme amour

de PEglise. Jusqu’aux jeunes swurs qui s’intéres-

sent vivement aux événements du jour, & la polémigue, aux agissements des « ennemis », aux triomphes de la cause religieuse, ainsi qu’aux vic-

‘ toires et aux douleurs de leur frére ainé. Car voici

Je procés Combalot et la prison. D’ailleurs elles ont gardé leurs habitudes et leur extérieur de pensionnaires. Le dimanche on se rend ensemble a la grand’messe et au salut 4 la chapelle des Missions étrangéres de la rue du Bac, qui servait alors d’église de paroisse. L’on ne se tenait pas

toujours le soir de rimer un quatrain a l’adresse

du prédicateur étranger, s’il n’avait pas été heureux, ce qui arrivait amusement dailleurs permis sous le manteau de la cheminée.

TV.— A la fin de 1844, un traité avec la maison Mame lui permet de faire la dot de sa scour ainée. « Je vais marier notre sur Annette, dit-il 4 son

-frére, et comme le journal va bien, comme ma

copie est en hausse, en travaillant ferme il ne me faudra pas trop de temps pour étre en mesure de

-marier Elise. » Annette Veuillot épousa en effet,

aprés le Caréme de 1845, Stanislas Desquers.

« Mon frére.’avait conny trés jeune a Périgueux, raconte M.. Kugéne Veuillot : bon travailleur, bonne tenue, bonne mine, intelligent, nulle fortune. Louis, qu’il aimait et admirait, n’avait eu qu’a le catéchiser un peu pour l’envoyer a4 confesse. I] en fit ensuite associé de M. Sirou, limprimeur du Comité Sete et ’ami de Mgr Parisis. »

lis restérent donc avec Elise, qui devint seule maitresse de la maison et quwils appelérent « président ». L’infatigable abbé Aulanier pensa que le moment était venu d’établir Louis, agé de trentedeux ans bientdt. Plus qu’une belle-swur et que lon caserait 4 la prochaine occasion. En attendant, une femme habile s’en ferait une auxiliaire; une femme chrétienne, une amie. Un magnifique parti se présenta, mais dans une société ot Louis, « Venfant du peuple, » se fat trouvé mal a l’aise. Il avait la juste fierté de pouvoir entrer comme de plain-pied, lui et les siens, dans sa nouvelle fa-

mille; et 1a, on letit accepté avec honneur sans

doute, mais onnel’etit qu’accepté. De la une situation fausse pour lui, pour sa mére surtout, dont « le parler populaire, la rudesse tranquille et voulue génerait ces gens du monde. » II fit répondre : « M. N. sait ce qu’il perd, mais il se consolera dans la pensée d’avoir tout immolé volontairement aux scrupules de l’amour filial. >

Il voulait un mariage « dans son ainadan

~ Louis Veuillot a raconté, dans un style * avec un charme qui n’appartiennent qu’a lui, sa propre histoire dans Cd et la, Du Mariage et de Chamounim. Il se peint lui-méme sous les traits de Sylvestre et sa femme sous ceux de Marianne. C’est tendre, c’est fort, c’est vrai. Sans doute ila quelque peu idéa-

lisé, il a ajouté quelques vibrations 4 la note religieuse et 4 la note poétique, mais la corde existait. Il a stirement illuminé les visages, il n’a rien inventé, pas plus que Raphaél n’a inventé leg traits de Léon X dans son admirable portrait, il n’a fait que les mettre en leur belle splendeur. Keoutons ce récit :

« L’abbé Théodore, — un savant religieux, — un matin, apres sa messe, entra chez Sylvestre, qu ‘il aimait.

« Vous savez, lui dit-il, que je vous crois bon a marier. Je connais une femme qui me semble faite pour vous. Elle a vingt ans, l’esprit droit, Vair agréable. Elle sait coudre et chanter. Elle a été élevée dans un excellent petit couvent. Les parents sont bons chrétiens ; ils lui donneront une dot assez honnéte.

« — Kst-elle capable, dit Sylvestre, de supporter un revers ? Dans un moment de sacrifice, oserait-elle conseiller le sacrifice et le devoir?

« — Je le crois, répondit ’abbé. Son pére vous le dira mieux que moi. Mais, si vous vous mariez, c’est une éducation a faire, et un homme de cceur tourne comme il le veut un bon naturel ot Dieu seul encore a travaillé... Quand vous voudrez la voir, rien n’est plus facile. Tous les jours, vers midi, accompagnée de sa mére, elle traverse la place de léglise et va visiter une pauvre femme qui demeure pres de la. Chapeau de paille 4 rubans verts, robe violette, chale rayé. Vous répondrez quand il vous plaira. »

Cette jeune fille demeurait a Versailles. Louis prend avec lui son frére et ils s’en vont, le coeur battant bien fort, sur la place de l’église Saint- Louis, ot: ils manquent le « chale rayé ». — Sylvestre « vit passer quantité de chapeaux de paille, plusieurs robes violettes, mais pas un chale rayé, Il vit aussi un jeune homme et une jeune femme qui tenaient chacun par une main leur petit garcon, frais et gambadant Ils le faisaient courir, ils riaient de ses pas, de son babil, et se regardaient dun air heureux. Sylvestre se sentit en train de trouyer 4 ce spectacle il ne savait quoi d’atten-

.drissant. »

Il entra dans l’église et pria.

« Personne n’a jamais prié en vain. Sylvestre le sentit a la pente adoucie de ses pensées. Il considéra que le mariage est une chose pleine de solennels mystéres et de glorieux devoirs, qui peut apporter 4 VPhomme plus ou moins de consolation, mais qui lui fait un réle éminent dans I|’Kglise et dans la société.

« Il vit une créature 4 l’image de Dieu spécialement placée sous sa garde, a lui, chétif individu gui n’avait eu jusqu’a présent que lui-méme 4 conduire; il vit des enfants, des Ames immortelles qui allaient naitre en quelque sorte de lui, qu’il aimerait, qu’il serait chargé de former, qui deviendraient peut-étre de grands instruments de la miséricorde céleste. »

Et tout en pensant que « de tels devoirs a remplir ne peuvent manquer en méme temps d’étre de

grands: secours, » il se rendit 4 la chapelle de la sainte Vierge pour y réciter un Ave Maria, suivant son habitude.

« Or, deux femmes priaient dans la suapelte:

La plus jeune avait un chapeau de paille a rubans verts, une robe violette et un chale rayé. Son attitude était d’une vraie chrétienne, qui ne cherche point 4 faire valoir sa taille et qui songe que Dieu est présent.

« Sylvestre ne douta point que ce ne ftit la cette personne qui l’occupait tant. Quelque chose qui ressemblait 4 la tendresse d’un frére s’émut dans son coeur. « Pauvre enfant, pensa-t-il, je ne sais « ce que tu demandes, mais que Dieu exauce ma « priére, et qu’il te donne ce qu'il te faut pour la « terre et pour le ciel! »

« Il inclina la téte afin de commander a ses regards, que ce chale rayé et ces rubans verts attiraient trop; et il récita tout ce qwil savait de priéres a la sainte Vierge. La plus douce était PAve maris stella, priére du marin sur les flots et du voyageur dans les ténébres, priére de ’’me humaine parmi le trouble et la nuit de ses irrésolutions. »

V. — Le surlendemain, l'abbé Théodore le présenta au pére. « On convint que la jeune fille serait avertie le soir méme, et Sylvestre introduit dans la maison deux ou trois jours apres, lorsque Marianne aurait eu le temps de se consulter un peu devant le bon Dieu. »

Comme il s‘étonnait, avec Vabbé, qu'une si erosse affaire put se conclure si vite: « Le jour ou jai parlé de vous, répond celui-ci, ils achevaient une neuvaine a saint Joseph, pour qwil envoyat VPhomme souhaité. » Et, « devisant ainsi, ils arrivérent, nuit tombante, dans une rue déserte, tout embaumée d’une odeur de tilleuls en fleur. »

« — Le charmant parfum! s’écria Sylvestre.

Que ces tilleuls sont bons de fleurir ainsi parmi les cheminées et les murailles !

« — Image, dit Vabbé, dune bonne ame au milieu des soucis et des injures de la vie. Quoi que l’on fasse autour d’elle et contre elle, elle exhale fidélement son parfum, elle donne ‘fidélement sa fraicheur et son ombre. Une vraie épouse est au foyer comme ces tilleuls dans leur enclos. Elle en fait ?ornement, la douceur; elle y fleurit sans sinquiéter de ce qui se passe au dehors, et Von en sent quelque chose encore au dela du seuil qu’elle ne franchira jamais.

« — Comment ne vous étes-vous pas marié, mon cher abbé? dit Sylvestre,

« — Hélas! répondit l’abbé, vous allez me trouver présomptueux : je me proposais de devenir un bon prétre.

« Ils cétoyaient un mur au-dessus duquel les tilleuls penchaient leurs tétes murmurantes. Sylvestre leva les yeux. Il vit du méme coup la maison dont ce mur fermait le jardin; maison proprette et close, qui ne pouvait contenir qu’une seule famille, et qui semblait batie tout exprés pour le silence et ’humilité.

‘AMI DU CLERGE A ee

« — Que je serais étonné, dit-il, si cette petite porte s’ouvrait pour laisser sortir une passion !

« — Assurément, remarqua l’abbé, il n’y a point de passion ici, et j’espere que vous n’y en porterez point. C’est la que demeure votre future. Je parierais qu’en ce moment il est question de vous sous les tilleuls.

« — Maison modeste et pure, pensa Sylvestre, sois bénie! et fasse Dieu qu’en effet nul malheur, nulle inquiétude ne franchissent avec moi ton paisible seuil! »

Quand il frappa sur la porte « un coup retentissant, » parce quwil tenait a faire bonne contenance: « Ah! mon Dieu, se dit Marianne, je vais pourtant étre obligée de paraitre! »

Il entre, avec l’'abbé Théodore, sous une tonnelle ott Marianne se dirige bientét, accompagnée de sa mere.

« Un peu plus ému quw’il ne s’y attendait, Sylvestre vint a leur rencontre. - vit une pauvre jeune fille fort troublée, mais 4 qui son embarras n’enlevait aucune des graces de la jeunesse et de la modestie. Elle baissait un front généreux; elle avait la taille souple. D’une main elle s’appuyait au bras de sa mere, de l’autre elle tenait une fleur cueillie par distraction. |

« — Dans le fond, pensa Sylvestre, elle n’est pas mal. Mais ce qui me plait, c’est qu’elle rougit et qu’on ne l’a point parée. »

« Marianne se contentait de penser qu’elle serait trés heureuse si ce prétendant abrégeait sa visite et s’en allait bientét.

« Lrabbé Théodore entama la conversation en Vhonneur du jardin; Sylvestre ajouta Véloge du clocher » qu’on voyait de la et « qui se rattachait tout naturellement au sujet. Marianne trouva suffisamment douce la voix de ce terrible homme. Au bout @un quart Wheure elle s’enhardit jusqu’a le regarder 4 peu prés. »

Cependant elle ne parlait. pas, ce qui ne faisait pas le compte de l’abbé Théodore. :

« — Marianne, lui dit-il, étes-vous muette, mon enfant?

« — Hélas! répondit-elle avec un regard qui demandait grace, vous le savez!

« — Si vous ne voulez pas parler, poursuivit Vimpitoyable abbé, je vous ferai chanter, ma fille.

« — Eh bien! reprit-elle en se dirigeant avec résignation vers le piano (car la nuit était venue et lon était rentré dans la foie j'aime encore mieux chanter.

« — Bon, dit Vabbé, foreé dinterrompre ses poursuites ; chantez-moi le Pélerin. »

« Marianne préluda, non sans abimer un certain nombre de notes, ce qu’elle dénonca généreusement elle-méme en haussant les épaules; et, d’une voix douce et juste, mais tremblante, elle chanta ce couplet innocent :

C’est la madone du village !

Encor un peu de chemin.

Bientét tu verras son. visage :

Courage, bon pélerin !

fete

« — Non, dit-elle en s’arrétant, j’ai trop peur!

« — Rassurez-vous, mademoiselle, dit Sylvestre prenant pitié de la jeune fille; c’est a moi de trembler. »

« Ce fut la parole la plus remarquable de cette entrevue, et celle qui resta célébre. On prit ensuite congé avec de grandes révérences. »

VI. — Cette jeune fille s’appelait Mathilde Murcier. Ses parents étaient de « trés petits bourgeois, fort simples chrétiens. » En des pages écrites vers la soixantaine, sous forme d’autobiographie, avec ce titre: Temps heureux, Louis Veuillot ajoute certains détails plus réalistes, mais qui n’enlévent rien 4 la poésie de ce drame intime : « La jeune fille, agée de vingt et un ans, n’était ni riche, ni laide, ni sotte, ni mal élevée. Rien de marquant. Elle avait de Vesprit, mais je Men savais rien. On ne le sait jamais. Il était simplement visible qu’elle avait des habitudes de piété et une grande modestie. Mais qu’est-ce que cela devient? Rien ne me fixait la-dessus. On lui dennait 40,000 francs ; j’avais 6,000 francs d’appointements et un millier de francs de dettes : ce n’était pas de quoi vivre. Son nom de Mathilde ne me plaisait pas. Je n’étais nullement pressé d’aucun cété. Néanmoins je baclai l’affaire pour en finir. J’avais dans la téte qu’il fallait me marier a trente-deux ans, et toutes mes réflexions me démontraient qu’on se marie sans savoir ce qu’on fait, et que le plus sage était de s’en fier a la priére. »

Un obstacle se présenta soudain. La grand’mére, vieille marchande enrichie, fiére de son argent, trouvait que sa petite-fille se mésalliait en épousant un journaliste, « profession non classée. » Elle le dit trop haut, et Louis Veuillot brisa la. Le lendemain, M. Murcier vint le trouver avec une figure triste : sa fille était désolée. Le trousseau était acheté et marqué, que diraient les couturiéres de Versailles ? — « Eh bien! lui dis-je, si Mademoiselle votre fille y tient, nous ferons le mariage. Il m’importe beaucoup qu'elle n’ait point & souffrir 4 cause de moi. Seulement je suis obligé Vexiger qu’elle se marie sans dot. — Je ne vous comprends pas, dit-il. — C’est votre belle-mere, répondis-je, qui fournit la dot et je ne veux rien recevoir d’elle, 4 moins qu'elle ne m’ait fait des excuses. Pour Mlle Mathilde, cela ne la regarde point. Elle pleure, allons tout de suite la consoler et marions-nous. »

Is partirent aussitét a Versailles. « Mathilde et sa mere étaient a déjeuner, nous entrames sans crier gare. Elles avaient lair fort affligé. Mais ma présence disait tout et dissipait toute crainte des couturiéres. Mathilde ne dit rien, mais, en me yoyant, elle me jeta un regard si reconnaissant et si content que je ne l’ai pas encore oublié. En ce moment-la, je fus délivré de ma plus grande et plus constante préoceupation depuis qu il était question de mariage : je me sentis amoureux.

En vérité, j’avais joué et gagné le bonheur de ma vie. Le mariage eut lieu quelques jours aprés.

AMI | DU | CLERGH

« Quant 4 la grand’mére, comme elle était chrétienne, tout s’arrangea, je ne dis pas de bon coeur, mais trés convenablement et méme trés dignement. Elle s’excusa, paya et, sauf quelques anicroches promptement réparés, tout alla bien. Elle alla jusqu’a se rendre aimable autant qu’elle pouvait. » Il y avait d’ailleurs un abime de temps et Widées qui les séparait, ce qui explique les dissidences.

C’est alors sans doute que Sylvestre fit ses con-fidences & l’abbé : « Non, la personne ne me déplait pas. Pauvre petite, 4 qui pourrait-elle déplaire? Un pouce de plus ne m’etit pas effrayé, mais qu’est-ce que cela peut faire au bonheur? Le bonheur ne se mesure point a l’aune. D’ailleurs la taille est élégante. Je ne dis rien de la voix: ce petit timbre faible et doux suffit aux chansons du berceau. »

Puis ils revinrent a la maison des tilleuls. Sylvestre demanda un entretien 4 Marianne et lui exposa ses idées sur le mariage.

« Je suis chrétien et je parle 4 une chrétienne. Je ne me ferai pas tort dans votre coeur en vous disant que je prends comme un devoir cette sage disposition de la Providence, rappelée par l’Eglise, qui attribue a Vhomme lautorité dans la maison.

« Non seulement le bon ordre et la décence l’exigent ainsi; mais, avec le caractére que j’ai, cette pleine autorité, quil faut me laisser, est nécessaire a votre bonheur. Je serais le plus insupportable des esclaves, je serai le plus soumis des maitres.

« Ne me demandez pas ou je vais, vous le saurez toujours; ne m’imposez pas ce qwil faut que je fasse, et je ne ferai guére que ce qui yous | plaira.

« Je n’aime point le monde; il est mauvais pour moi, il le serait davantage pour vous. Outre qwil me gaterait certainement, il pourrait vous troubler. J’en deviendrais plus difficile encore, et vous perdriez de deux facons.

« Si vous m’acceptez, c'est un adieu que yous dites 4 la fortune. Je ne serai jamais riche, a moins que Dieu ne le veuille absolument, mais je ne m’y préterai pas. Je suis incapable d’une combinaison quelconque qui me puisse enrichir. Je ne suis propre qu’a gagner ma vie, et j’en bénis Dieu.

« Point de fortune, donc point @éclat. Jamais de brillantes parures, jamais de beaux divertissements. I] faut que vous trouviez votre bonheur dans votre maison; une maison humble et fermée, comme celle-ci, visitée d’amis stirs, partant peu nombreux : ceux des votres qui me conviendront, ceux des miens que vous agréerez. Voudrez-vous renfermer tous vos souhaits dans ce petit cercle et toutes vos joies dans ce petit espace? »

A ce langage élevé, Marianne répond avec une merveilleuse candeur :

« — Je ne vous demanderai jamais d’aller dans le monde ; je n’en ai jamais eu le désir. Je n’aime que le bon Dieu et mes parents.

« — Dieu soit loué! poursuivit Sylvestre. Moins

vous aimerez le monde, plus vous serez heureuse 4 la maison. C’est quand nous nous retirons du monde que l’espace du ciel s’ouvre devant nous. Vous savez qu’on s’y éléve avec deux ailes, qui sont la simplicité et la pureté. J’ai assez vu le monde pour vous assurer qu’iln’a point d’occupation plus chére que de rogner ces ailes-la. »

« Marianne parut presque 4 l’aise, comme si elle se trouvait en pays connu.

« — Oui monsieur, fit-elle presque avec joie. Je Vai lu dans l’ Imitation.

« — Eh bien, lui dit Sylvestre, donnez-moi votre main, mademoiselle. Nous aimerons le bon Dieu et nous nous aimerons. Votre empire s’éten-

~dra plus loin que vous ne pensez; j’ose vous promettre que vous serez heureuse. Chacun de nous recoit de Dieu ce quwil lui faut. »

«Il offrit son bras 4 Marianne, redevenue tremblante, et la reconduisit a ses parents. »

VII. — Le mariage fut fixé au 31 juillet 1845, en la féte de saint Ignace, fondateur des Jésuites, qu’il avait défendus avec tant d’énergie et qui étaient alors violemment attaquées. Un ordre de dissolution venait de les atteindre. Malgré les angoisses du moment, le P. de Ravignan lui écrivit : « Je veux vous marier, vous bénir... Certes, yous nous avez assez prouvé que vous étes notre ami quand méme. Tous nous sommes vos obligés. »

Ce fut un vrai mariage chrétien ot tous priérent avec ferveur, mais surtout Louis et Mathilde. Les admirables récits qui précédent nous donnent une idée de la sincérité de leur foi et de la noblesse chrétienne de leurs sentiments. Mer de Prilly, évéque de Chalons, le félicita d’épouser, « dans les circonstances difficiles » ou il avait « besoin de réconfort », une sainte personne dont les exemples puissent lui servir d’appui. Mgr Clauzel de Montals lui donna « un secret pour étre heureux » : « Cultivez votre grande foi par la lecture et la priére, et rien dans ce monde ne vous séduira, ne vous ébranlera, ne troublera la joie intérieure qu’entretiennent dans nos ames les espérances @immortalité. » Guizot méme n’oublia point Yhomme a qui il avait autrefois donné une mission de confiance en Algérie, ni Bugeaud son ancien secrétaire. Le général se plaignit seulement de n’avoir été prévenu que « comme tout le monde » et, dans une lettre affectueuse, aprés avoir critiqué « certains articles de ? Univers religieux » qui «ajoutaient aux embarras du gouvernement » par leur action sur le clergé, il ajoutait : « Cest a présent, mon cher Veuillot, qu’il ne faut plus s’en rapporter a la Providence, sur laquelle vous comptiez trop, pour assurer votre avenir; vous voila responsable de celui d’une femme et des enfants qui en naitront. » La conclusion dut amener un malin sourire aux lévres de Louis Veuillot : « Soyez heureux dans votre nouvel état et rappelez-vous toujours que-je vous porte un vif interét, malgré vos idées extraordinaires que votre femme fera disparaitre, j’espére. » (Alger, 25 aotit 1845). .

Lui-méme, dans Cd et La, a peint son doux intérieur quinze jours aprés leur mariage. En elle, « quelle grace naive! et, sous cette grace naive, quel ferme et haut sentiment du devoir! et dans cette hauteur, quelle candeur et quelle humilité! Je suis étonné, ravi et plein de respect; et mon cceur contient une source de tendresse que je ne me connaissais pas et que je sens inépuisable- »

Elle s’est mise aussitét « 4 sa besogne de ménagére comme si elle n’avait fait autre chose de sa vie. Elle s’est oceupée de ranger son linge, de tenir ses comptes. Le lendemain de notre mariage, Vayant quittée un instant, je l’ai retrouvée Vatguille 4 la main. Je lui ai demandé qui la pressait de travailler ainsi; elle a murmuré que se sentant trop Vinclination 4 réver, elle avait cru mieux faire de se mettre tout de suite au devoir. « Seu- « lement, a-t-elle ajouté avec un sourire timide, en « me montrant son ouvrage, depuis une heure je « n’ai pas fait un point. »

Voici comment se passent leurs journées :

« Nous travaillons le jour; le soir nous nous promenons aprés une visite 4 quelque église. Nous comptons nous divertir de la sorte un demi-siécle durant, si Dieu veut. Nos entretiens sont charmants. La chére créature n’a pas Vidée du mal. Elle me fait des questions qui m’humilient; mais, en méme temps que je suis intérieurement humilié, je me sens plus destime pour moi-méme, parce que Dieu a daigné me donner cette innocence en garde et cette vertu pour appui.

« Je sens grandir mon cceur, mon esprit s’éléve, ma vue s’affermit sur les choses de ce monde et sur les choses de Dieu. Je vaudrai mieux que je n’ai valu et ma vie ne sera pas inféconde; et je suis heureux, et jaime. Htre heureux, aimer, ah! cest le méme mot, mais il y a maniére de l’entendre. Aujourd’hui je Pentends!»

Mer Rendu, évéque d’Annecy, linvita 4 visiter les montagnes de Savoie. Ce fut leur voyage de noces. Comme Louis Veuillot l’a chanté ce voyage qui ne dura d’ailleurs que quelques jours! Mais, tout en chantant, il distribue aussi des coups de cravache 4 George Sand, 4 Rousseau, « sa béte », a Julie, la nouvelle Héloise, — princesse de Cuistrerie, — et aux Génevois de Calvin. Quels coups assénés avec une force sire d’elle-méme, mais quel enthousiasme pour la Savoie catholique, pour les montagnes, pour la « cloche de Chamounix! »

« Ce sera la plus belle cloche de toutes ces vallées, s’écrie le guide. Nos défunts Yentendront dans le Purgatoire; les priéres qu’elle aura éveillées rafraichiront leurs ames. .

« Nos saints Ventendront dans le ciel; car la voix de la priére monte plus haut que laigle et que tout bruit du monde: elle les sollicitera de prier pour nous. »

Mais rien n’est comparable au récit de leur dernicre soirée & Chamounix, de leur derniére promenade ensemble, apres avoir prié dans Véolise. —

« Nous beénissions Dieu de ces heures amies, -

Se"

SN EC ee Ne ee eee Seer e

oe

se

bee LVAMI

Nous nous rappelions notre passé commun, encore si court et déja plein de tant. de joies. — Nés

Vignorance de l’avenir, nous admirions comme

Dieu distribuait ses bienfaits d’une main libérale 4 deux créatures qui n’avaient rien fait pour lui.

« Nous nous disions que nous n’avions pas connu et pas méme imaginé la félicité des

es voyages, mais que toutes ces beautés n’étaient si belles que de la plénitude de nos cceurs. Nous

parlions de notre foyer paisible ou nous allions rentrer, riches de ce premier trésor de souvenirs amassés a nous deux et que nous saurions dé-

E penser longtemps.

« Et comme cette Ame charmante ne demeurait jamais éloignée de Dieu, et que tout l’y ramenait invinciblement, la joie, je le savais déja, la douleur, je Yai su: « Mon ami, me dit-elle, une « préoccupation se méle pourtant 4 mon bonheur. « Ce nest pas la crainte qu’il dure peu : Dieu fera « sa volonté trés sainte. Ce que je crains, c’est « que nous ne devenions ingrats.

« Que pourrions-nous faire pour nous assurer « contre nous-mémes, pour ne pas tomber dans « la tiédeur de la reconnaissance et dans la lan- « gueur de la foi? Mon ame ne s’élance pas « comme je le voudrais aux pieds de ce Maitre si « bon, qui a pris tant de soins de moi et quia « voulu que j’eusse le ravissement d’adorer, d’ad- « mirer et d’aimer! » En ce moment sonnait PAngelus.

« I] sonna doucement, lentement, longuement.

Nous tombames a genoux. La cloche avait je ne-

sais quelle voix plaintive et brisée... »

VIII. — Mais restons sur les notes heureuses. Pendant ce voyage, le 15 septembre, Louis Veuillot annon¢a 4 son frére qu’ « il viendrait quelque

- chose, s'il plait a Dieu, vers le mois de mai pro-

chain, qui Véléverait a Ja dignité d’oncle. » —

~«Cest 4 Annecy méme, a deux pas du tombeau de ‘saint Francois de Sales et de sainte Jeanne de

Chantal, que nous avons eu toutes les certitudes possibles en semblable occasion. Je te laisse a penser si nous avons ménagé les priéres. Dans le cas ou il aurait plu a4 Dieu de nous donner un enfant, c’est 4 Lui-méme qu'il le donnera; car déja nous le lui avons cent fois offert, et nous n’en resterons pas la. »

Parce gqwil était pleinement chrétien, ce mariage fut pleinement heureux. Citons pour compléter le portrait de la douce Mathilde, cette autre page de Louis Veuillot extraite de Temps heureua qui est aussi une humble confession : « Elle avait de esprit, quoi qu’elle prit soin de ne pas Pétaler, de intelligence et du cceur. Dans les mauvais moments que nous etimes a passer, lorsqwil s’agissait de la vie du journal, qui était notre vie, jamais elle ne m’a donné un conseil lache: « Faisons la volonté de Dieu, disait-elle, faisons-la bien. Dieu ne nous abandonnera pas. » Sa piété était solide, profonde et tendre. J’eus le bonheur de lui inspirer une affection profonde,

re Bata 7

DU CLERGH

elle n’aimait pas moins ses enfants.

épouse et une mére chrétienne. Cet ¢loge n’est pas petit. Elle n’avait pas Vhabitude de l’ordre, mais qu’elle était d’ailleurs économe, simple et pacifique! Toute la journée elle tirait son aiguille et raccommodait. Ses enfants assis autour d’elle sur le parquet se levaient et la suivaient en groupe dans les appartements. Elle en avait cinq. Quand elle ne fut plus la, que de fois je me suis rappelé ce spectacle et quelles bonnes larmes ont rempli mes yeux! Son grand bonheur était de faire avec moi une promenade jusqu’aux Champs- Elysées. Elle n’a guére eu d’autre distraction et ne Va pas eue souvent. Plus d’une fois, lui ayant promis ce plaisir, je n’ai pas tenu ma promesse sans étre absolument forcé d@’y manquer. J’aurais pu lui faire plaisir plus souvent. Aprés vingt ans, c’est encore mon amer regret. Néanmoins cette

C’était une

vie restreinte et laborieuse ne lui déplaisait pas, |

du moins elle ne s’en plaignit jamais. J’ai conservé d’elle un souvenir tendre et un respect profond que chaque jour accroit. Comme disait

Donoso Cortés, c’était bien ’humilité qui la carac- .

térisait, et il n’est point de vertu plus charmante.

« Ce n’était point sans combat qu’elle la possé-—

dait si pleine et si parfaite. Elle avait l’Ame fiére; elle aurait aimé naturellement un peu plus de parure, de liberté et de train, ne fit-ce que pour moi quwelle prisait si haut; mais que serions-nous devenus si nous avions suivi cette pente? Il fallait pourvoir 4 une maison bien lourde pour de si petites gens. Aprés lui avoir donné de bons conseils, je lui donnais de mauvais exemples. Ma condition et souvent une certaine magnificence me poussaient a dépenser plus que je ne pouvais.

Jinvitais surtout a diner ; elle cédait sang ré-

flexion, et il fallait faire des emprunts 4 la dot. Nous avions dix mille francs d’assuré, j’en dépensais un-bon quart en sus, et a la fin du mois je lui faisais des reproches qu’elle supportait, sans me dire que la faute principale était 4 moi. Je ne

pouvais me mettre dans la téte que ces diners

extraordinaires. cotitaient plus que notre faible diner de tous les jours... Hlle-méme ne me l’a jamais dit. Elle voulait garder le silence et se reprochait de n’avoir pas assez de patience pour nous deux. Je me suis amérement souvenu de tout cela.

« Que de fois je me suis dit que c’était la femme quwil me fallait et que Dieu me l’avait donnée dans sa prévoyance et dans son amour pour moi! Plus brillante de corps ou @esprit, plus instruite, plus au courant du monde, elle m’etit moins convenu; d’une autre origine, elle eit moins convenu a Vhumeur et ala condition de ma mére ; riche, elle m’etit plus géné; plus économe, elle m’eiit trop contraint.

« Aprés sa mort, écrivant le premier chapitre de Ca et La, je me suis amoureusement souvenu Welle. Il n’y a rien dexagéré dans le portrait que j’en ai tracé. C’était bien cette humble et

plus

charmante femme qui tenait son aiguille le lendemain de son mariage, mais qui n’avait rien fait.

« Nous avons vécu ensemble aussi heureux qu’on puisse l’étre huit ans a peine, m’ayant donné six filles, ne me laissant pas un souvenir amer, mais de longs regrets. »

Sa situation était bien délicate cependant, vivant avec une belle-swur — car Mile Elise Veuillot demeurait avec eux, — et restant sous l’influence de la grand’mere qui avait fourni la dot, et trouvait son petit gendre trés exagéré. Pour

celle-ci le monde des journalistes était un monde a part, composé de gens dissipateurs et qui se faisaient. mettre en prison. Cependant, grace au tact de Mathilde, elle finit par prendre son parti des exagérations de Louis. « Elle consentit a voir que j’étais bon mari et assez bon enfant, quoique raide ; elle supporta mes enfants, quoique j’en eusse beaucoup; et je pus rester dans sa société, que je n’avais jamais vue. »

Ces accents de tendresse émue, nous les ayons trouvés déja dans la bouche d’O’Connel écrivant a sa femme : « Mon cher cceur, me voici de nouveau ici, entouré de mes bébés et pensant a leur mére, mon trésor. Nell a bien gagné, méme depuis le peu de temps que j’ai été absent. Betsy et John sont délicieusement bien et excellents enfants. Combien les chéris se pendent a moi! et notre petite Ricarda est véritablement le plus grand trésor de ce monde. Cela vous réjouira de voir quelle femme elle est devenue. »

Nous nous sommes complaisamment étendus sur cette attachante physionomie de Mme Louis Veuillot, si modeste, prudente et douce, et pourtant ferme et élevée. Grande admiratrice de son mari, comprenant que ses heures étaient précieuses, prenant sa part de ses luttes et de ses victoires, elle s’appliquait 4 lui préparer, au retour des combats du journalisme, chaque soir, un intérieur aimable et calme ott rayonnaient la foi, la bonté, ’amour de PEglise. Elle le comprenait et l’aimait, — c’était Vidéal que Louis cherchait dans sa femme, — elle lui épargnait de plus les détails pénibles du ménage, afin que nul nuage intime n’empéchat l’essor de sa noble pensée, ni la bonne humeur, cet épanouissement de la force et du bonheur, qui était Pune de ses fortes armes.

Mais il nous a paru surtout que le récit de leur mariage, d’apres les souvenirs et les révélations de Louis Veuillot lui-méme, c’est bien Vidylle la plus délicieusement chrétienne de notre dix-neuviéme siécle.

NTN Yen een

a ann SaSanTTEEeETTIGISIEESE i Can ee RSET TIA

QUESTIONS de science ecclésiastique | CONSULTATIONS DIVERSES

Q. — Un prétre qui se trouve dans Vobligation de biner le dimanche, peut-il, sans pécher gravement, déjeuner A son aise avant de célébrer la messe de. binage, sous ‘prétexte que le jetine eucharistique est déja rompu par les ablutions qu’il a absorbées involontairement a la premicre messe ?

Un confrére tient pour Vaffirmative. Hst-il dans le vrai ?

R. — Comme les principes relatifs au jetine eu-

charistique ont déja 616 posés précédemment pour d’autres cas de conscience, et qu’on peut les trouver dans tous les théologiens, nous les supposerons aujourd’hui sans les discuter aucunement. Mais avant de répondre directement au cas qui nous est proposé, une question préalable semble s’imposer.

I. Est-il permis ad un prétre, qui doit biner les dimanches et jours de féte, de célébrer une seconde messe, sil a pris involontairement les ablutions a la premiére messe ? — Il est certain qu’on ne peut pas répondre affirmativement sans distinction. Car 4° si le prétre dont il est question peut trouver un autre prétre qui puisse dire cette messe 4 jeun, méme en binant lui-méme, il doit la lui confier, et ne pas célébrer ainsi sans étre a jeun. 20 Les théologiens admettent communément (on pourrait presque dire unanimement) que Yobligation pour les fidéles d’entendre la messe un jour de dimanche ou de féte de précepte, n’est pas par elle-méme une raison suffisante pour autoriser un préire a célébrer sans étre 4 jeun. D’abord parce que les fidéles ne sont tenus d’en-

‘tendre la messe, les dimanches et jours de féte,

que lorsqu’ils le peuvent sans inconvénient grave et proportionné, d’ot il suit que s'il n’y a point a leur portée de prétre qui puisse dire la messe sans étre 4 jeun, il n’y a plus de précepte pour eux. Ensuite parce que deux préceptes, ecclésiastiques tous les deux, se trouvent ici en présence : celui d’assister 4 la messe pour les fidéles, et celui de ne la célébrer qu’a jeun pour les prétres ; or l’Kglise regarde le second comme beaucoup plus grave et plus important que le premier, car elle admet bien des raisons qui exemptent de l’audition de la messe, et n’en admet qu’un bien petit nombre qui exemptent du jetine eucharistique, et elle donne assez facilement des dispenses pour l’audition de la messe, tandis qu’en dehors des cas qui exemptent par eux-mémes elle n’en donne pour ainsi dire jamais pour le jetine eucharistique, ou du moins le Souverain Pontife seul se réserve de les donner. 3° Le seul cas généralement admis ou il puisse étre permis de célébrer la messe sans étre a jeun, c’est quand le précepte du jetine eucharistique se trouve alors en opposition avec un autre précepte d’ordre supérieur, comme par

in me y “5 ‘-

exemple le précepte divin de parfaire le sacrifice qui sans cela demeurerait incomplet, ou, selon

plusieurs théologiens, de donner le viatique a un

malade qui sans cela devrait en étre privé; ou bien encore le précepte naturel de préserver l’eucharistie de profanation ou d’éviter un scandale grave.

Toute la question ici se réduit donc 4 celle-

ai : Y aurait-il scandale grave, si un prétre qui a pris les ablutions ne disait pas la seconde messe

qwil devrait dire sans cela ? — Aucun théologien n’ose trancher carrément la question, mais tous laissent 4 la conscience et au jugement raisonné du prétre de la trancher selon les circonstances. Il est certain que si, & cause de cette omission, il devait s’élever parmi le peuple des murmures, des soup¢ons graves qui pussent nuire sérieusement a la considération due au prétre et a la réussite de son ministére auprés des Ames, ou empécher les fidéles de revenir dans la suite a l’église, il y aurait une raison bien suftisante de dire la messe sans étre a jeun; et sans doute cette raison-la pourrait se rencontrer plus facilement un jour de trés grande solennité qu’un jour de simple dimanche. Mais il faut aussi prendre garde de se faire illusion, et bien distinguer entre élonnement et scandale. Presque toujours, si un prétre avoue humblement que, par suite d’une distraction, il a pris par mégarde les ablutions qu'il devait réserver, et que par conséquent il n’est plus A jeun et ne peut plus dire la messe, la loi étant pour tous ; qu'il arrive assez souvent 4 une personne qui doit communier de s’oublier et de prendre quelque chose et qu’alors elle doit remettre sa communion au lendemain ; que lui, prétre, doit donner 4 tous VYexemple du respect et de l’obéissance 4 la loi qu’il préche aux autres, et qu’il tient a le donner ; si aprés cela il fait sa prédication, et aussi, pour remplacer la messe qu’il ne peut plus dire, un autre office solennel, par exemple, chant du Gloria. et du Credo et grand salut du Saint-Sacrement, ou bien chemin de la croix; si en plus il ajoute qu’il satisfera le lendemain a son obligation de dire la messe pro populo et se privera par suite d’un konoraire qu’il aurait pu légitimement toucher ; les fidéles, au lieu d’étre scandalisés, ne seront-ils pas plutdét édifiés de la conduite et du désintéressement de ce prétre, et ne l’estimerontils pas davantage, d’autant plus qu’un grand exemple de respect aux lois de |’Eglise n’est jamais donné sans profit?

Ajoutons que plus d’une fois, au contraire, il peut résulter du scandale d’une messe célébrée sans étre 4 jeun, car la chose peut se connaitre et aceréditer ce préjugé populaire : que les prétres ne se génent pas de manquer aux lois qu’ils imposent aux autres, quand ils y ont avantage ou commodité. Qu’il nous soit permis de citer 4 ce sujet un

fait qui est 4 notre connaissance. Un prétre s’était

oublié ainsi et avait par mégarde pris les ablutions. Il se demandait alors ce quwil devait faire. Apres réflexion, il se résolut 4 ne pas célébrer la

messe et 4 faire chanter simplement le Gloria et le Credo et a donner aprés sa prédication un salut solennel.I] s’apercut bien vite qu’il y avait eu ainsi édification au lieu de scandale, car lorsqu’il sortait de l’église, il rencontra un habitant de la petite pargisse ou il avait dit la premiére messe, et comme il lui témoignait son étonnement de le voir 1a, puisqu’il avait déja assisté a la messe, celui-ci lui répondit : « Mais oui, Monsieur le curé, me voila, et je vous avoue que c’est un peu de curiosité qui m’a fait venir. Je me suis bien apercu de ce que vous aviez fait, j’ai vu que vous aviez pris tout, et je me suis dit : Allons voir si M. le curé dira tout de méme une autre messe, ou bien fera ce qu'il nous ordonne a nous de faire! Eh bien, je suis content; si j'entends a présent de mauvaises langues parler mal des prétres, je les défendrai.»

II. En supposant un cas oti en raison de la trop grande solennité et de circonstances particuliéres, ou de la disposition des paroissiens, un prétre se trouve obligé par la loi naturelle elle-méme ou la loi divine positive de célébrer aprés avoir pris les ablutions 42 une premiére messe, pourrait-2l alors, sans pécher gravement, déjeuner a son aise avant de dire sa seconde messe 2? — Aucun théologien, que nous sachions, n’a traité cette question,

sans doute parce quelle n’était guére pratique et

que personne ne suppose un vrai prétre capable d’agir ainsi. La seule raison qui pourrait militer en faveur de l’affirmative, c’est que essence du © jetine eucharistique étant rompue, la loi ne peut plus obliger, de méme que, d’aprés un trés grand nombre de théologiens, quand Vessence du jetine ecclésiastique pour le caréme, les quatre-temps ou les vigiles est rompue par quelqu’un qui, par exemple, sans penser gue c’était un jour de jetine, aurait fait deux vrais repas, l’un a six ou sept heures du matin et l’autre a midi, il pourrait encore en faire un troisiéme le soir. D’un autre cdté, tous les théologiens admettent que celui qui, sans

y penser, mangerait dela viande le vendredi au —

commencement de son repas, serait obligé de cesser d’en manger au moment méme ou il s’en apercevrait d’une maniére réfiexe, quoique l’essence de l’abstinence fit déja rompue pour ce repas-la. La raison de la différence est que, dans le premier cas, ’Eglise ne veut obliger au jetine ecclésiastique que ceux qui en peuvent observer l’essence, tandis que dans le second elle veut qu’on soit toujours obligé de s’abstenir de viande le vendredi. On doit dire assurément la méme chose du jetine eucharistique : ]'Kglise veut qu’il oblige toujours jusqu’au moment de la communion ceux mémes qui, y étant obligés, ’auraient rompu par une nécessité quelconque ; ainsi elle permet trés bien qu'un adulte baptisé le matin, et ayant pris le sel exigé par les cérémonies du baptéme, communie aprés, mais pourvu gu’il n’ait rien pris autre chose.

Ce qui prouve encore qu'il y aurait péché mortel, c’est que les raisons qui ont fait instituer le jetine eucharistique, existent toujours pour celui

qui doit encore communier, méme aprés l’absorption des ablutions. Il suffit en effet, pour s’en convaincre, de citer les trois principales apportées par les théologiens. La premiére, c’est la révérence et le respect dus 4 ce sacrement, que les fidéles doivent préférer de beaucoup a toute autre nourriture : ce qu'ils montrent en s’abstenant de manger méme lorsqu’ils ont faim. — La seconde, c'est la signification méme du sacrement, qui nous est donné par maniére de nourriture pour nous fortifier spirituellement et nous conduire au ciel ; or, Notre Seigneur n’a-t-il pas dit lui-méme Querite primum regnum Dei ? — La troisiéme, cest la préparation nécessaire pour recevoir ce ~ sacrement, laquelle demande que l’homme, se privant de nourriture et de boisson, ait lame plus libre pour s’entretenir avec Dieu, et plus apte pour recevoir ses divines influences. :

Une autre raison qui prouve bien encore qu’il y aurait la péché mortel, et quin’est pasa dédaigner, c’est le sentiment commun des fidéles. On pourrait encore trés bien faire comprendre a des chrétiens sensés, en les raisonnant, que dans certaines circonstances le prétre, aprés avoir pris les ablutions par inadvertance, pourrait dire la sainte messe, pour éviter un plus grand mal. Mais 4 qui pourrait-on faire comprendre que le prétre 4 qui ce malheur est arrivé par mégarde, se soit mis aprés 4 déjeuner tout 4 son aise, et ait cru pouvoir ensuite dire encore sa messe? Car 14 il faisait sciemment une chose contraire a la loi, et rigoureusement défendue a ceux qui veulent communier. La divulgation d’un tel fait causerait dans une paroisse un scandale gue rien, ne pourrait effacer. . ii

Q.— Que pensez-vous de ces paroles d’un religieux missionnaire : « La vocation, on l’a quand on la yeut; il suffit de la demander au bon Dieu »?

R. — La priére est trés puissante et elle obtient de Dieu bien des graces. Il se peut donc qu’elle obtienne la vocation 4 quila demande et fait ce qu’il faut pour y répondre, si la priére est exaucée.

Mais on ne saurait dire que la priére, qui est toujours efficace de quelque maniére, obtienne toujours objet méme quia été demandé. Elle est souvent exaucée par quelque grace meilieure pour celui qui demande, et quelquefois son objet méme se trouve retardé pour étre accordé sous une autre forme. Ainsi telle personne qui désirait étre religieuse et en demandait la grace, a recu celle de vivre saintement dans l'état du mariage qui convenait 2 son tempérament et a la volonté de Dieu; telle autre, qui a demandé la méme grace pour elle-méme, l’a obtenue pour ses enfants que Dieu a appelés a la vie religieuse ou au sacerdoce.

On ne saurait donc affirmer que pour avoir la vocation il suffit de le vouloir et de la demander par la priére.

Dire qu’on a la vocation quand on veut, ¢’est

contredire la notion fondamentale de la vocation, qui est essentiellement un appel de Dieu. Et cela est vrai aussi bien pour Pétat religieux que pour le sacerdoce.

Mettre en pratique ce principe, c’est s’exposer aux plus graves. mécomptes. Pousser indistinctement les enfants, les jeunes gens vers le sacerdoce ou vers la vie religieuse, c’est faire entrer dans le sanctuaire ou dans le cloitre des sujets qui ne sont pas appelés par Dieu et qui, dépourvus d’une véritable vocation, y seront malheureux et en danger de se perdre. Ou bien, si l’on s’apercoit a temps du manque de vocation et qu’ils reviennent dans la vie commune, ils auront été sortis de leur condition premiére dans laquelle ils ne pourront rentrer, et se trouveront déclassés, a leur grand détriment et au détriment de la société.

On ne saurait étre trop prudent quand ils’agit de préparer des recrues au sacerdoce et aux congrégations religieuses. Pour engager les jeunes gens dans cette voie, il faut leur avoir reconnu les aptitudes et les gotits qui permettent d’espérer qwils feront de bons prétres et de bons religieux, cest-a-dire avoir constaté, autant que c’est possible, que Dieu les appelle véritablement.

Q. — Au traité du baptéme (ch. tv), Mgr Gousset dit: « On doit administrer gratuitement le baptéme; il est expressément défendu par les lois de l’Eglise de rien demander, ni directement, ni indirectement, au sujet de Yadministration de ce sacrement. Les curés doivent veiller Ace que les sacristains qui les assistent dans l’exer- ~ cice de leur ministére ne se permettent jamais aucune réclamation, quel que soit Pusage des lieux. Seulement on peut recevoir ce que les parents ou les parrains et marraines de Venfant offrent volontairement: »

A Voceasion des baptémes, dans la paroisse ou je me trouve et dans d’autres aussi, c'est Pusage de réclamer aux parrains et marraines une petite somme dont la moitié est donnée au sacristain (pour la sonnerie des cloches) et aux enfants de chceur (sans doute comme compensation des dérangements qu’on leur cause). L’autre moitié va a la fabrique, qui d’ordinaire dans nos pays n’a pas de grandes ressources.

Que penser de cet usage ? Je doute fort qu'il soit approuvé par lévéché, qui, ce semble, doit en avoir quelque connaissance et par consequent le .tolére seulement.

R. — Mgr Gousset, dans le passage que vous citez, fait évidemment allusion 4 cette recommandation du Rituel, titre I, n. 43 : « Illud porro caveat, ne in sacramentorum administratione aliquid quavis de causa vel occasione, directe vel indirecte exigat, aut petat, sed ea gratis administret. » Dans ce passage, il est uniquement question du curé ou du ministre du sacrement, et non des employés de l’église. Ceux-ci ne sont pas obligés de sonner gratuitement, et la fabrique elle méme n’est pas tenue de fournir gratuitement ses cloches.

Q. — 1° Un curé-doyen peut-il d’une maniére générale défendre & son vicaire de faire Voffrande A une messe

que celui-ci célébre pour une famille, laquelle a demandé Voffrande ?

- VAMI DU CLERGE

2° A qui appartient le produit de caus offrande, qui a

- 6té demandée au vicaire pour le récompenser de ce quwil

a bien voulu retarder l’heure habituelle de sa messe

pour faciliter ala dite famille assistance au saint sacrifice ?

ia

gtricte, a4 célébrer une messe pour chaque

R. — Ad I. C’est au curé qu’appartient la direction des offices dans son église, et non au vicaire. Celui-ci ne peut donc pas faire une offrande quand son curé la défend.

Ad II. Le produit des offrandes appartient au curé, d’aprés la loi commune, et les familles n’ont pas le droit de Ven priver. Assurément les fa-

milles sont libres de ne pas donner; mais quand

elles donnent, elle ne peuvent pas changer le desfinataire de l’offrande qui est désigné 4 ]’avance par le droit ecclésiastique. Dans le cas qui nous occupe, la famille pouvait témoigner sa reconnaissance au vicaire en dehors de la messe ; mais ce quia été donné a la messe appartient au curé. Voila notre maniére de voir, appuyée sur la constitution Romanos pontifices de Léon XIII. Sil vous reste quelque doute, consultez l’autorité diocésaine.

Nous vous dirons la méme chose au sujet d’une troisiéme question, supprimée ici, relative aux messes annoncées.

Q. — Il existe dans notre diocése une association de priéres dont les statuts nous obligent, a titre de justice associé - défunt.

Certains assurent qu’on peut satisfaire a cette obligation par une messe de binage, alors que la premises a été rétribuée.

Ils s’appuient sur un décret des Congrégations que je vous serais reconnaissant de me faire connaitre.

R. — On peut certainement acquitter cette obligation par une messe de binage. Ainsi l’a décidé la S.C. du Concile, le 45 mars 1887, in Vivarien.:

«An sacerdos qui ex statutis sodalitatis, cui nomen dedit, tenetur missam celebrare pro sodali defuncto, possit ad satisfaciendum huic oneri,

‘secundam missam in die binationis applicare in

casu? — Resp. Affirmative. »

Cette solution authentique doit lever tout scru-

‘pule. Mais il ne sera pas inutile d’ajouter un mot

qui fasse comprendre qu’elle n’est pas contraire a la régle qui défend d’acquitter par une messe de binage une obligation de justice.

La célébration de la messe pour les associés défunts est en réalité une .euvre de charité exereée par les survivants en faveur des prédécédés, et la raison de justice n’existe pas.

En effet le confrére décédé, par les messes qu'il a célébrées pour les associés morts avant lui, n’a rien fait ni pu faire (il n’a pas eu a offrir la messe) pour les prétres qui lui survivront. Ceux-¢ci n’ayant rien recu de lui, n’ont rien 4 lui rendre en justice. Ils ne sont done tenus d’aucune obligation de justice proprement dite. Ils accomplissent un devoir decharité, et, pour cette raison, ils peuvent y employer leur messe de binage.

Il est bien dit dans ies statuts qu'on s’engage a

titre de justice stricte. Cette expression signifie

qu’on doit se faire une loi d’appliquer la messe pour les confréres défunts, et qu’on s’y engage aussi strictement que s'il s’agissait d’une vraie obligation de justice.

L’engagement est pris envers l’association : il a pour effet d’assurer aux associés défunts les messes des associés survivants. Cet engagement doit étre sacré pour ceux quil’ont pris en entrant dans l’association. Mais il ne saurait enlever a ces suffrages leur caractére d’ceuvre charitable, et leur faire contracter la nature d’une dette de einiete justice.

Il est vrai qu’en appliquant sa messe de binage, le prétre bineur sera dispensé d’appliquer au

défunt une messe pour laquelle il lui est permis

de recevoir un honoraire : c’est indirectement un gain. Mais il en est de méme pour les autres intentions charitables auxquelles le prétre bineur peut satisfaire par sa messe de binage. II faut bien que les bineurs aient quelques avantages.

Q. — 1° Peut-on permettre & un protestant de toucher Yorgue, de chanter, d’accompagner sur un instrument quelconque, pendant les offices du dimanche, grand’ messes ou saluts ?

Ne semble-t-il pas que c’est une certaine participation in divinis ?

2° Si ce n’était pas permis le dimanche, pourrait-on le faire pour les offices publics dans le courant de la semaine ?

R. — I. fly a 1a, comme vous le dites, une communication im divinis avec les hérétiques. Or voici la-dessus les régles de l’Eglise :

1° Les excommuniés, méme tolérés, ne peuvent

d'eun-mémes s’immiscer dans la célébration active des offices divins, ni méme y participer. par une simple assistance passive.

20 Les fidéles peuvent admettre méme extérieurement cette communication in divinis et sacris avec les excommuniés tolérés.

IJ. Le droit naturel ajoute 4 ces prescriptions positives les deux régles suivantes :

4° Il peut y avoir des circonstances telles que pour éviter de plus grands maux, il y ait obligation pour les autres fidéles d’user envers les

excommuniés tolérés de la permission donnée par >

Martin V, et de communiquer avec eux, lorsque,

par exemple, de ce refus il naitrait des querelles, —

des désordres, des troubles dans la société.

20 Il peut aussi y avoir des circonstances ou la

‘communication sera complétement interdite, a

cause du grave scandale qui en peut résulter pour les fidéles.

Conclusion : c’est aux circonstances locales qu'il —

faut demander la ligne de conduite 4 suivre dans les cas particuliers.

Q. —1° Voici deux chanoines honoraires qui viennent d’étre nommés par Pévéque. Les nominations sont. pro-

mulguées, notifiées le méme jour par l’évéque aux inté--

ressés, et de plus publiées dans la Semaine religieuse du diocése. L’un est dignitaire ou curé, Vautre un simple prétre libre n’exergant que les fonctions qui lui

rn ah TLL

SF P4 :

MEE nc ee eee) I DU CLERGE

og 8 a iN . VAM

eS

eee Tp ree Ted CaP Ay we eR SE PO ore Oe PSE DSA PR SE A i a ee

plaisent, c’est-A-dire n’étant ni vicaire ni curé, ni supérieur de communauté ou de séminaire, ni aumonier. Or ce prétre libre, parce qu’étant plus libre de son temps ou plus pressé d’étre chanoine, est allé se faire installer comme chanoine honoraire, tandis que le curé étant retenu chez lui n’y est allé que plus tard. Ce prétre libre aura-t-il la préséance sur le curé, alors que ce prétre libre est plus jeune, ordonné bien aprés le curé, et ne figure danslordre des nominations publiées par la Semaine religieuse qu’aprés le curé ?

On a prétendu que le droit canon réglait la préséance d’aprés le jour que marquait le procés-verbal de Vinstallation. Qu’en est-il? —

2° Cette question en améne une autre. Dans chaque diocése il existe beaucoup de chanoines honoraires. Quel est l’ordre de préséance entre deux chanoines honoraires dont l’un aurait une situation officielle, un titre (curé, aumonier), et Vautre serait simple prétre libre et méme étranger au diocése? On ne parle pas ici de préséance en chapelle épiscopale. Est-ce Pancienneté de la nomination qui régle la préséance ?

R. — Ad I. D’aprés la loi générale de l’Eglise, la préséance se compte 4 partir de la prise de possession matérielle du bénéfice, plutét que du jour de la simple nomination. Canonici, dit Ferraris, quando omnes sunt presbyteri, precediunt inter se secundum suam receptionem 1.

Toutefois, d’aprés de nombreuses décisions de la S. Congrégation du Concile, on doit suivre lusage de chaque chapitre, s'il est légitimement prescrit. Aprés avoir rapporté une cause de ce genre du 27 mars 1886, Liberati conclut : « I] s’en-

suit que les questions de préséance dans les cha-

pitres doivent étre tranchées d’aprés les usages du chapitre...; que chaque chanoine est tenu a observer les usages légitimes de son chapitre 2. »

Ad II. Les priviléges des chanoines honoraires dépendent d’indults particuliers dont la teneur n’est pas la méme. C’est donc aux coutumes locales qu’il faut demander la solution de votre difficulté.

Dans la couverture de lAmi du Clergé, page 163, premiére colonne, on pose cette question :.« Dans son numéro de décembre 1898, cette revue (les Lectures pour tous) consacre un article aux fameux Fakirs de VInde. Il y a la des faits qui paraissent plus que prodigicux, et sur lesquels je voudrais bien avoir le cour net. Ne pourriez-vous pas nous donner a ce sujet quelques renseignements ? »

L’Ami ne répond pas a cette question, et je ne lui en fais pas un reproche : on ne peut pas raisonnablement exiger qu’il soit informé de omni re scibilt. Je suis heureux de pouvoir offrir 4 votre correspondant les renseignements désirés, émanant d’une source stire, de nos

missionnaires. J’avais été frappé, il y a plusieurs.

années, d’un article du P. Monsabré paru dans la

' Revue Thomiste, sur ce sujet, et je Pavais découpé

dans la Croix du 6 novembre 1894 pour le classer parmi mes notes. Je yous l’envoie. Comme a votre cor-

. respondant, certains faits rapportés sur les fakirs

m’avaient paru en eux-mémes, abstraction faite des circonstances dans lesquelles ils se produisaient, plus que merveilleux. Mais, 4 cause de la haute autorité et de la grande compétence de l’écrivain, j’avais noté la chose. On verra, par la lecture de l'article, combien est grand le pouvoir de Satan, surtout dans les pays paiens, et combien il faut étre prudent et circonspect avant de

1 Ferraris, v° Canonicus, art. vu, n. 24.

* Journal de D., 1886, p. 499.

crier au miracle devant des faits qui, de prime abord, semblent dépasser les forces de la nature.

Satan a établi son empire sur les infortunés peuples de l’Extréme-Orient; mais il est trés vrai aussi qu’il n’a pu devenir maitre que par le lache et monstrueux acquiescement de ceux qu’il a vaincus. Partout et en tout on reconnait son orgueilleuse domination et Vambition qui le tourmente de s’égaler 4 Dieu et dese mettre a sa place, :

Ila multiplié les dieux et les idoles : non plus ces chefs-d’couvre d’art du polythéisme occidental, ou se révélent une perception exquise des graces de la forme et un profond sentiment de la vie, mais des géants monstrueux, des figures grimacantes, des corps aux cent tétes, aux cent mamelles, aux cent bras et aux cent jambes; bien plus, des représentations de membres et d’actes obscénes ; mieux encore, pour narguer la malédiction qui l’a frappé sous la figure du serpent, il a fait de cet animal un étre sacré 4 qui il faut des temples et des adorateurs.

Autour de ces idoles, ila ses prétres : orgueilleux mendiants qui se croient sortis de la téte d’un Dieu et considérent l’auméne qu’on leur fait comme le plus grand acte de religion, impitoyables bourreaux qui fouillent les entrailles humaines, sinistres étrangleurs qui surprennent en trahison les victimes destinées 4 apaiser la colére de Vatroce Kali, audacieux nécromanciens, sombres fakirs, hideux sorciers adonnés aux évocations d’outre-tombe et aux plus noires pratiques de la magie. Il a ses pélerins et ses ascétes condamnés, pour lui plaire, aux longs voyages, aux interminables jetines, aux crucifiantes immobilités, aux poses désordonnées, aux emmurements, aux plus intolérables supplices. Il a ses martyrs, légions de fanatiques qui se font écraser sous les roues des chars ot tréne un hideux poussah, ou se laissent immoler en de ténébreux mystéres..

Il a ses miracles, orgueilleuses contrefacons des merveilles de la toute-puissance de Dieu, ceuvres prestigieuses qui surpassent le pouvoirde’homme et étonnent son ignorance des forces cachées de la nature et du monde invisible. C’est le Kounboum, arbre unique et irréproductible, aux feuilles et a Pécorce couvertes de caractéres thibétains parfaitement formés, dont on cherche en vain le sens mystérieux, caractéres dont on voit germer les formes indéterminées sur chaque feuille qui nait et sur chaque nouvelle écorce. Ce sont encore les abioses, suspensions de vie ou fausses morts, suivies, 4 la distance de plusieurs semaines, de plusieurs mois, et quelquefoisde plusieurs années, par de fausses résurrections.

Rien de plus étrange et de plus saisissant que ces phénoménes qui, comme tous les prestiges diaboliques, n’ont évidemment pas d’autre but que d’étonner et de séduire... Un fakir, par exemple, annonce qu'il va mourir et renaitre au bout de cent jours. Aprés s’étre étourdi par une

ronde vertigineuse, il s’immobilise et se momifie

en quelque sorte : onn’a plus sous les yeux qu’un cadavre. Le cadavre est enfermé dans un sé- pulcre de pierre dont le couvercle est fixé par. des €crous sur lesquels on appose le sceau de l’Ami- rauté. Puis des sentinelles anglaises montent la garde pendant cent jours aux pieds et 4 la téte du prétendu défunt. Le centiéme jour, les brahmes viennent, ouvrent le sépulcre en présence des offi- -Ciers envoyés par l’Amirauté. Ils en retirent une sorte de squelette jaune, ratatiné, affreux, quils étendent délicatement sur un matelas. Les frictions d’huile parfumée commencent sur tous les membres a la fois, de la téte a la plante des pieds. Au bout de seize heures, l’épiderme perdant peu 4 peu la couleur de parchemin devient souple et blanc. Un brahme desserre les dents du fakir et lui verse dans la bouche un. cordial magique. Les frictions recommencent et finalement, aprés trente-deux heures de manipuiation, le cadavre exhalant un soupir se reléve... Quelques minutes plus tard, il parie.

Ajoutons a cela les maladies sans causes naturelles subitement guéries par des enchantements ; les fanfaronnades cruelles et dégotitantes des Lamas bockte qui s’ouvrent le ventre avec un coutelas, arrachent leurs entrailles, les étalent devant eux, aspergent de leur sang la foule qui les admire et les invoque, ferment leur blessure et rentrent tranquillement dans leur premier état; la disparition ou évaporation soudaine de personnes vivantes; les prestiges, les jongleries stupéfiantes des fakirs, prés desquelles les plus habiles opérarations de nos prestidigitateurs ne sont que des - jeux d’enfants. D’autres maniéres encore, Satan rappelle a ses esclaves sa présence et son pouvoir. ~~ Jl trouble la paix des foyers, hante les maisons, - bouleverse, brise, détruit, chasse les familles et répand partout la terreur. Il simule l’envahissement divin par de soudaines possessions. Il margue d’un signe mystérieux les Lamas suprémes qu'il destine aux adorations de la foule hébétée.

Il faudrait un gros volume pour raconter en détail la lugubre histoire de lempire de Satan dans l’Extréme-Orient. Ce qu’on vient de lire est le résumé des récits que nous tenons, non pas seulement des rapides voyageurs qui ne visitent que les cétes et n’y voient guére que la superficie des religions et des meurs, mais des missionnaires dont la vie est entrée dans la vie. des populations qu’ils ont évangélisées jusqu ’a Pépuisement de leurs forces et souvent jusqu’au martyre. Nous croyons encore entendre l'un d’eux nous dire avec une profonde tristesse : « Dans

ov

ws

a a ab adc

présence et l’action du Christ libérateur ; mais la-bas, il triomphe sur des vaincus et Von peut dire: Diabolus vincit, Diabolus regnat, Diabolus imperat. »

‘notre monde occidental, Satan est contenu par la:

LITURGIE

Q. — Hn administrant le baptéme, aprés avoir mis le sel dans la bouche de l'enfant, faut-il dire Paw tibi, ou Pax tecum ?

Nous avons une édition de Vextrait du rituel, dont nous nous servons ordinairement, qui met Pax tibi. Une édition récente met Paw tecwm. Le Vavasseur, dans son Cérémonial, dit qu’il faut dire Pax tecum.

A quoi faut-il s’en tenir ?

R. — Il y a Pax tecum dans le texte du Rituel pour le baptéme des enfants, et Paw tibi pour le baptéme des adultes.

Q. — le Ma paroisse comprend plusieurs villages. Dans les plus importants, il y a une chapelle publique. A la féte de ces chapelles on y chante la messe. Dois-je chanter le Credo ?

2° La féte patronale de Pune de ces chapelles est saint Mare. Comme on s’y rend en procession (il s’agit de la procession paroissiale), dois-je dire la messe des Rogations avec commémoraison de saint Mare, ou la messe de saint Marc avec commémoraison des Rogations ?

R. — Ad L."Le jour ou on chante la messe dans ces chapelles est le jour de la féte du patron de ce lieu, il faut done chanter le Credo. Il en serait de méme si c’était la féte du titulaire de l’église.

Ad II. La féte du patron demande qu’on célébre cette messe. Il faudra done dire la messe de saint Marc avec commémoraison, sous une seule conclusion, des Rogations. S'il était possible d’avoir deux messes, celle qui suit la procession serait des Rogations, et une autre serait célébrée en Vhonneur de saint Marc, sans aucune commémoraison.

Q. — Dans le n° du 26 avril 1900, vous donnez une réponse relative a la communion des malades, d’aprés laquelle, en tout temps, méme pendant le temps pascal, les personnes en péril de mort peuvent, sans étre a jeun, recevoir plusieurs communions comme prolongement du saint viatique; tandis que, au contraire, en aucun temps, méme en temps pascal, les personnes incapables de garder le jetine eucharistique, mais qui ne sont pas en peril de mort, ne peuvent recevoir la communion sans étre a jeun.

Permettez-moi de vous adresser trois questions aux-

quelles vous répondrez avec votre bienveillance et votre

clarté habituelles.

le Pour permettre de communier & jeun aux personnes incapables de garder le jetine eucharistique, quoique non en peril de mort, peut-on leur porter la communion pendant la nuit, ou bien existe-t-il une loi qui le défende ?

2° Existe-t-il une loi qui défende a ces mémes personnes de venir faire la communion a léglise Bene la nuit ?

3° Hxiste-t-il une loi interdisant de porter la communion 4 domicile, aux heures ordinaires, 4 des personnes en bonne santé?

R. — La régle générale est qu’il est défendu de distribuer la communion pendant la nuit. Mais les théologiens admettent que la maladie est une raison suffisante pour aller contre cette défense. On peut donc porter quelquefois la communion aux malades, et l’évéque peut donner des permis-

sions plus larges, ce qu’il fait facilement quand il s’agit d’une communauté.

Sans raison d’aucune sorte, on ne doit pas porter la communion 4 des personnes qui peuvent se rendre a l’église.

Q. — Dans une paroisse ou communauté religieuse ou se trouvent plusieurs prétres, le célébrant doit-il étre le méme:

1° Pour la bénédiction des rameaux et la messe qui suit?

20 Pour les messes du jeudi, du vendredi et du samedi de la semaine sainte ?

R. — Ad I. La bénédiction des rameaux doit étre faite par le prétre qui dira la messe. (S. C. R., Aer sept. 1838). Exception est faite si ’évéque luiméme fait la bénédiction des rameaux : il pourra faire célébrer la messe par un autre prétre.

Ad II. Ghaque jour de la semaine sainte peut avoir un célébrant différent. Mais celui qui, un de ces jours, commence l’office du matin, doit le terminer, y compris l’office des présanctifiés pour le vendredi saint, et la messe le jeudi et le samedi saints.

Q. — Le cher Ami aurait-il la bonté“de donner une réponse a la question suivante :

Pourquoi l’Eglise a-t-elle placé l’évangile de Zachée dans la messe dela Dédicace de toutes les églises ?

R. — « Quia HODIE salus domui huic (Péglise consacrée) facta est. » Ce texte est la seule réponse possible. L’Eglise emploie souvent le sens accommodatice pour le choix des épitres ou des évangiles, v. g. ’évangile de l’Assomption.

Q. — Priére a Ami du Clergé de vouloir bien indiquer les régles 4 suivre pour la messe votive privilégiée du Sacré Coeur les premiers vendredis, et pour la messe votive ordinaire les autres vendredis.

R. — I. Voici les régles liturgiques pour la messe votive du Sacré Cceur le premier vendredi du mois. D’abord le décret Altevo nunc (S. R. G., 28 juin 1889) qui l’a concédée :

In iis Ecelesiis et Oratoriis ubi feria vr que prima unoquoque in mense occurrit, peculiaria exercitia pietatis in honorem divini Cordis, approbante loci Ordinario, mane peragentur, Beatissimus Pater indulsit ut hisce exercitiis addi valeat Missa votiva de Sacro Corde Jesu, dummodo in illam diem non incidat aliquod festum Domini, aut dnplex 1 classis, vel Feria, Vigilia, Octava ex privilegiatis.

On prend la messe Miserebitur, ou Egredimint si celle-ci est au propre du diocése.

Cette messe peut étre basse, tout en jouissant des mémes priviléges. (20 mai 1892). Car méme alors elle est considérée comme une messe votive solennelle pro re gravi, dont elle suit d’ailleurs toutes les régles. Elle est défendue aux fétes de Notre-Seigneur, aux doubles de 4e classe, aux féries privilégiées, 4 la vigile de Noél, pendant les cing octaves privilégiées (28 juin 1889), le 2 novembre et le Vendredi Saint. (10 mai 1895). — Une Seule oraison, sans aucune mémoire, pas méme d’une férie de caréme ou du Saint-Sacrement exposé. (20 mai 1890). — On récite le Gloria et le Credo. (Ibid.).— Méme en dehors du temps pascal,

les Alleluia doivent étre~récités a l’introit, a Voffertoire et 4 la communion. (8 juin 1892). — De la Septuagésime 4 Pdques, on récite le graduel — Improperium et le trait Ego autem. (Ler sept. 1838). Au temps pascal, Alleluia et les versets Domine Deus et Convertisti. Le reste du temps, le graduel

-O vos omnes, puis Alleluia et le verset Discite a

me. — Préface dela Croix ; ou celle de Noél, si l’on aun indult. — Dernier évangile In principio.

On ne peut dire qu’une seule messe votive privi- , légiée dans chaque église.

Transférée au vendredi suivant, elle perdrait ses priviléges liturgiques. Mais l’indulgence (non pas, d’une facon certaine, le fruit des promesses faites par Notre-Seigneur 4 la Bienheureuse Marguerite- Marie) attachée pour les membres de la Confrérie du Sacré-Gceur & la communion du premier vendredi peut se gagner le dimanche suivant.

IJ. La messe votive du Sacré Cceur les autres vendredis suit les régles communes aux messes votives ordinaires. Le texte de la messe est le méme que ci-dessus. '

Q. — 1° Peut-on laisser 4 demeure sur les gradins de Vautel des reliquaires couverts de globes en verre?

2° Quand le jour de saint Mare tombe pendant les Rogations, quelle messe dire dans une chapelle publique?

Hst-on obligé de dire la messe des p Oeevous ou seulement mémoire? Il n’y a qu’une messe.

8° Que faire au salut du Saint-Sacrement, si on -n’a pas de clerc?

Une religieuse peut-elle présenter l’encensoir ala sainte table et donner l’écharpe ?

R. — Ad I. On peut laisser sur les gradins de Vautel des reliquaires avec des reliques des saints — et les exposer ainsi d’une maniére continue; les rubriques les supposent, puisqu’elles demandent de les encenser immédiatement aprés avoir encensé la croix. Si cependant ily a a ce méme autel exposition du Saint-Sacrement, les reliquaires doivent étre voilés.

Ad II. Si par chapelle publique on entend une chapelle paroissiale ou se célébrent tous les offices, y compris la procession des Rogations, il faudra . aprés la procession célébrer la messe des Rogations, et s'il n’y a qu’une messe on ajoutera la mémoire de saint Marc. Mais s'il n’y avait pas de procession, et si par chapelle publique on entend simplement une chapelle on le public est admis, il faudra dire la messe de saint Marc avec mémoire des Rogations.

Ad III. Une religieuse ne peut jamais servir a lautel. Il faudra donc préparer l’encensoir et le voile huméral de maniére a ce que le célébrant puisse les prendre lui-méme.

——__ BS. 8 Ss Se 2 er

‘IMPRIBMIATUR Lingonis, die 5 septembris 1900.

+ SEBASTIANUS, H’piscopus Lingonensis.

Le gérant : J. MArvrRier.

LANGRES. — IMPRIMERIE MAITRIER ET COURTOT

wy

a Ee ee ee NO Ne Cee Meme EA Y

REVUE DE TOUTES LES QUESTIONS ECCLESIASTIQUES

DOGME, MORALE, LITURGIE, DROIT CANON, ECRITURE SAINTE, PATROLOGIE, HISTOIRE SACREE. — LEGISLATION CIVILE-ECCLESIASTIQUE. — PASTORALE, PREDICATION, ‘ CATECHISMES. — BIBLIOGRAPHIE

DIRECTEUR ET ReDACTEUR EN CHEF : F. PERRIOT ANCIEN SUPERIZUR DU GRAND SEMINAIRE DE LANGRES

Parait 4 Langres, tous les jeudis

L’abonnement, pour tout 0 Univers, est de 15 jr. avec le Suoplément : L’Amt pu CLERGH PAROISSIAL ae 10 francs sans le Supplément

Toutes les lettres doivent étre adressées 4 M. le Directeur de l’Ami du Clergéd, Po Maison Saint-Pierre, rue Tassel, 4 Langres (Haute-Marne)

NOTES ET SOUVENIRS

D’UN VIEUX MORALISTE

§ XXXVIII.— Pratique du confesseur

NOUVELLE CHASSE A L'IGNORANGE, — DU BIEN- HEUREUX DESACCORD DES AUTEURS ET DU PRO- FIT QU'ON EN PHUT TIRER. — REGLES PRATIQUES POUR L’USAGE DES PROBABILITES. — ETUDIONS, MES FRERES, ET VIVE LA « LIBRE PENSEE »!

L’homme endormi, ivre, fou, ne péche pas ; est-ce un bien qu il en soit ainsi? L’homme ignorant, 2 conscience obtuse, péche peu ou point ; est-ce un bien gu’il en soit ainsi? Les conditions pratiques de la vie matérielle enfiévrée que ménent les hommes du peuple, gens de labeur et de misére, leur fournissent en mainte occasion des

excuses a tanto, et méme tres souvent @ toto ; est-

ce un bien qu'il en soit ainsi? Beaucoup de nos gens retournent 4 l’état paien ; leur conscience encrassée, blindée, n’est plus guére sensible (et encore ?) qu’aux injonctions morales de la loi naturelle; ils péchent peu, et a coup stir moins que ceux dont la conduite subit encore l’influence compligquée de nos codes positifs, civils et ecclésiastiques ; est-ce un bien qu'il en soit ainsi? La masse du peuple, par « simplisme » (ignorance ou dinsuffisante sensibilité morale, franchit a pieds joints, sans péché ou sans péché grave, Vimpasse des doutes de conscience; est-ce un bien qu’il en soit ainsi ?

Il faut plaindre l’indigence intellectuelle de ceux qui seraient tentés de répondre par l’affirmative a toutes ces questions. Je ne vais pas condamner mon lecteur a relire ici une fois encore tout ce que nous avons dit déja a propos du péché materiel, de ses facheuses et souvent irréparables consé-

quences, de l’impitoyable chasse que nous deyons.

lui faire. Je n’en veux rappeler qu’une idée, qui .

résume assez bien toutes les autres. I] faut avoir la vue courte pour ne voir rien autre chose dans Vensemble Vune vie humaine que la statistique numérique des péchés qui s’y commettent, rien au dela de Pexcuse qui évite pour un-cas donné, hic et nunc, Vimputabilité d’une faute crave. L’on doit se sauver tout de méme; et l’on ne se sauve pas, que je sache, par ignorance ou la léthargie morale de la conscience. Les éléments de salut, individuels et sociaux, voulus parla divine Providence, sont: la vie vertueuse, les mérites, la foi surnaturelle, la grace sous toutes ses formes, la participation des sacrements, le culte divin, Valimentation surnaturelle de l’intelligence et de la volonté. Rien de tout cela dans cette brute enivrée, dans cette brute ignorante ol dorment d’un profond sommeil Vadvertance et la liberté. Ces brutes se sauveront-elles ? Facienti quod in se est Deus non denegat gratiam. Je tremble pour ces brutes quand je pense au peu de raisons qu’aura la miséricorde de Dieu, juste toujours, de leur accorder a Vheure de la mort la supréme grace de la perséveérance finale.

Si les péchés de ces brutes sont rares, ils sont épouvantablement graves, parce que presque irrémissibles, trop gros, gatant dans ses racines la sensibilite morale. Si leurs actes de péchés sont

moins nombreux, eh, grand Dieu! que pensez-vous

done de V’état habituel de péché ou elles croupissent ? Qu’on applique, proportions gardées, ces réflexions sombres aux gens du peuple, tombés moins bas, méme excusés souvent par une dose

suffisante de bonne foi, et qu’on dise en quoi leur.

sort est enviable!... Est-ce ainsi que Dieu veut la société chrétienne, les membres de l’Hglise, pépiniére de son paradis ?

Ne parlons plus de cela : c’est trop clair, etnous en avons assez disserté. Non, mille fois non, il ne faut point laisser le peuple s’enfoncer davantage dans ses déplorables ignorances. Je ne sais s'il existe au monde une plus triste chose, pour les individus et les sociétés, que la race des confes-

mons 3

he Rea a

gseurs qui ont pour principe de ne jamais réveiller la conscience qui dort, sous prétexte que le sommeil est ’idéal de la vie, sous prétexte qu’on se porte spirituellement d’autant mieux qu’on rencontre sur sa route moins Voccasions de pécher. On sait of nous a mené ce systéme-la pour l’onanisme, les danses, les compromissions périlleuses du sextum, etc., etc. Canes muti! Et voila le champ du Seigneur, le champ de la conscience et de la vertu, de la foi et du salut, bien défendu avec de pareils gardiens! Pas d'affaires! pas de difficultés!... et vive Vivraie, le silence et la mort !... Je veux croire que tous les clients de Ami sont sur ce point-la dans de bonnes idées ; je ne leur ferai point l’injure Vinsister davantage. Arrivons au fait.

Il ya deux personnes tres différentes dans le prétre, surtout dans le confesseur, dont j’ai principalement 4 parler aujourd’hui : ’homme prive, Vhomme public.

En tant qwhomme privé, dans le cercle de sa propre conduite intime et de ses responsabilités personnelles, chacun de nous a, ni plus ni moins que le commun des mortels, le droit de bénéficier des interprétations et excuses de la théologie morale dans ses solutions larges, sous réserve, bien entendu, de la spéciale délicatesse de conscience que nous imposent l’incomparable dignité de notre état sacerdotal, ainsi que l’éducation intellectuelle et morale plus soignée que nous avons recue. Déja pour nous, dans cet ordre intime et tout individuel, la question du doute et des probabilités exige une solution autrement approfondie et vraie que celle qui peut prudemment suffire au commun des hommes. L’enquéte, en particulier, est possible 4 nous qui avons tous les éléments nécessaires pour la bien diriger et arriver & nous renseigner sur la Jlicéilé objective de nos actes. Nous ne sommes évidemment tenus a la faire que dans les conditions ordinaires et prudentes qui conviennent a notre condition personnelle et aux circonstances ol nous nous trouvons. Done, point de scrupule de ce coté-la ; mais, tout de méme, conscience loyalement droite du devoir qui nous incombe.

Le prétre est aussi et l’on peut dire surtout Vhomme des autres, VPhomme 4 fonction publique d’enseignement et direction morale des consciences. La, une solution fausse a des conséquences qui portent trés loin au dela des limites de sa propre personne. C’est une ame, une famille, une paroisse, une société entiére que sa maladresse peut orienter dans une voie mauvaise. Et jusqu’a quelle extrémité, et pour combien de temps ?... Le peuple n’entend rien et ne doit rien entendre ala controverse des probabilités, dont il n’a, Dieu merci! pas la moindre idée. C’est de ses prétres, de ses confesseurs qu'il attend la lumiére, Vindication du chemin a suivre. Et n’est-ce point, hélas! pour s’étre apercu parfois, a la fin, qu’orle conduisait mal, qu’il a perdu un peu V’habitude d’avoir confiance en nous?... |

Mon cher confrére, tirez-vous de la. C’est 4 vous d’éclairer la route. On compte sur vous; vous vous y étes engagé par le serment de vos ordinations. Avez-vous la lumiére ? Si oui, c’est parfait. Si non, que faites-vous au confessionnal ? Car enfin, vous croyez en Dieu, je suppose, et vous n’avez pas la folie de supposer que vos solutions échappent a la révision de sa justice. Quoi alors ? Et dans quel abime sans fond donnez-vous, téte baissée, aveuglé, étourdi par cette stupide raison que le-bon sens suffit 4 tout?

J’entends bien votre réponse : « Allez chercher la lumiére dans les livres ? Mais yous nous avez dit vous-méme, vénérable vieux, qu’on n’y trouvait que chaos et. contradictions !... »

— J’ai ainsi parlé, c’est vrai, ou 4 peu prés. Mais je ne vous ai point dit qu'il fallait pour cela se dispenser de les lire; je n’ai point dit que

la lumiére n’y fit pas, puisque, au contraire,.

cest précisément le chaos et la contradiction qui vous la donnent, flambante comme soleil de plein midi. Vous yous pressez trop de conclure. Ayez la patience de me lire encore aujourd’hui et vous verrez sil reste un mot, dans la doctrine du « vieux moraliste, » dont vous puissiez yous autoriser pour déserter l’étude des cas de conscience dans les livres.

D’abord, tout n’y est pas tant que cela a Vétat chaotique du tohu ouabohu primitif de la cosmogonie mosaique. Bon nombre de questions @utilité courante y sont résolues avec clarté et accord suffisant d’opinions pour former des jugements solides, beaucoup aussi y sont résolues par Pautorité des Congrégations romaines. Et puis, en fin de compte, pourquoi s’étonner ou s’attrister

Jusqu’au découragement, de la variété des opi-

nions, si précisément cette variété méme nous offre 10 la trés légitime liberté de restreindre l’application génante de certaines lois, et 20 la trés légitime liberté de nous former par nous-méme un jugement original qui nous sonvienne et s’adapte sagement aux circonstances des cas vécus auxquels nous avons affaire? J’ai un peu critiqué la méthode de nos casuistes qui nous donnent trop de cas morts Vordre spéculatif purement théorique, et ne nous apprennent pas assez a nous tirer Vaffaire en présence de nos cas vivants. Il n’en reste pas moins vrai que, si nous voulions faire nous-méme la besogne qu’ils font pour nous, ce serait parfait, et pour cela il nous faudrait bien vaquer un peu a étude de la théologie morale dans les livres. Rien ne s’invente en pareille matiere ; les sources sont les sources ; il y faut de toute nécessité revenir sans cesse. Le tout est de savoir bien utiliser l’eau alimentaire qu’elles nous offrent.

Voici donc, comme conclusion de tout ce que nous avons dit jusqu’a présent, les régles pratiques qui me paraissent mériter d’étre recommandées aux confesseurs sérieux et soucieux du bon accomplissement de leur ministére.

AS Py SS

ss

Page 1