‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 203 sur 276 · II. — Les oBsEcTIONS DU KR. P. Huper · texte numérisé non relu

II. — Les oBsEcTIONS DU KR. P. Huper

Nous allons maintenant dire un mot en réponse — aux difficultés du R. P. Huber.

Tout d’abord nous sommes heureux de lui entendre dire qu’il a trouvé trés exacte analyse de ses articles. C’est, en effet, un principe chez nous de présenter aussi fidélement que possible les opinions que nous ne croyons pas devoir partager, et de dire avec la méme franchise les motifs qui nous font penser différemment. Nous ne cherchons pas 4 imposer notre maniére de voir, mais seulement a faire prévaloir ce que nous croyons étre la vérité. Et pour cela, nous acceptons tout ce que nous trouvons de vrai dans les opinions mémes que nous combattons, et nous montrons seulement en quoi, 4 notre avis, elles s’écartent de la vérité. Libre alors 4 ceux que nous discutons d’admettre ou de rejeter nos arguments et nos theses, et de garder ou d’abandonner les leurs.

Ce n’est pas pour remporter une victoire que nous écrivons, c’est seulement pour faire connaitre a nos lecteurs ce que nous croyons étre la verité. Si nos adversaires eux-mémes la reconnaissent apres nous avoir lu, tant mieux ; nous en bénissons Diev. S’ils ne la reconnaissent pas, tant pis; nous pensons alors que nous n’ayons pas su la présenter comme il l’aurait fallu, dans toute sa force, et nous faisons notre mea culpa au lieu de songer a les incriminer.

Ici, le R. P. Huber ne dit pas qu'il n’accepte pas notre these, il dit seulement qu’il ne veut pas entrer dans une nouvelle discussion. Cela se concoit. Les arguments ayant été exposés de part et

Mautre, est au lecteur a juger et a choisir en

connaissance de cause. Les observations qu'il fait au sujet de nos arguments de raison, ont beaucoup de vrai, et nous ne faisons aucune difficulté de.les admettre, pourvu qu’on n’en tire pas de conclusion opposée 4 notre thése. Nous sommes, au fond, beaucoup plus d’accord que lui-méme ne le croit pent-étre.

1o Il est trés vrai que le prétre n’est pas seulement un distributeur de nourriture divine, qu’il est aussi le pedagogue ou l’éducateur des Ames qu’il a la charge de nourrir. En cette qualité, il est bien obligé : a) d’instruire tout d’abord ces ames sur la qualité de la nourriture que Dieu leur destine, sur les conditions qu’elle requiert pour étre bien recue, et sur la maniére de la rendre la plus fructueuse possible; et 6) de ne pas la donner ensuite a tort et a travers, a tous ceux qui la lui de-

‘Mmandent, mais de la proportionner 4° a leurs

besoins, 2° a leurs dispositions, 3° a leurs désirs, 40 aux efforts qu’ils font pour la mériter,

En tout cela, nous sommes d’accord.

20 Tl peut, par conséquent, et méme il doit aller progressivement dans la concession de cette divine nourriture. Il peut, tout dabord, la faire désirer et la donner comme récompense a ceux qui ont fait des efforts particuliers pour la mériter. Mais quand il voit qu’habituellement on s’y prépare bien et qu’on en profite chaque fois, il n’en fait plus une récompense, mais bien un régime normal, et c’est dans-ce sens que Notre-Seigneur a voulu quelle fit un pain, c’est-a-dire une nourriture quotidienne, indispensable, et non pas une récompense accordée seulement dans les grandes occasions, quand on a fait quelque chose d’extraordifaire pour s’en rendre digne.

Cela n’empéche pas qu’on ne la donne pas dans la méme mesure a tous, méme comme nourriture, parce que tous n’ont pas les mémes besoins, ni la méme faculté de la digérer. C’est ce qui explique les différentes catégories de saint Liguori : communion de tous les jours, de trois, quatre ou cing fois par semaine, de toutes les semaines. Celle de toutes les semaines est pour ceux qui visent 4 la perfection négative de ne pas commettre de péché mortel. Celle de tous les jours ou de plusieurs fois par semaine est pour ceux qui visent 4 la perfection positive de pratiquer la vertu et la charité 4 un degré d’autant plus élevé qwils recoivent plus fréguemment la communion.

30 Ce que dit le R. P. Huber, qu’ « il ne faut pas pousser trop loin la comparaison de la communion avec le pain matériel, » est vrai dans le sens que si l’on voulait recevoir la sainte communion aussi souvent qu’on mange du pain, cest-a-dire plusieurs fois par jour, ce ne serait pas permis. L’Eglise l’a défendu sagement pour qu’on ne soit pas exposé A abuser de ce don divin, en s’y prépa-

rant trop peu. Il n’y a d’exception que pour les

prétres qui sont obligés de dire deux fois la messe ou de biner, et encore il leur faut une permission expresse pour le faire. Mais ce ne serait plus vrai, si on entendait par la qu’on ne doit pas la recevoir tous les jours, comme on mange du pain tous les jours, car alors ce serait contraire a la doctrine du Concile de Trente et 4 lenseignement plus explicite encore du Catéchisme du Concile, qui est Penseignement officiel de l’Kglise, comme nous Yavons dif.

40 Le R. P. Huber objecte que le Concile et. le Catéchisme du Concile parlent en théorie, quils ont en vue l’idéal le plus élevé qu’on puisse se proposer, mais qu’ils ne disent pas quand et dans quelles circonstances il doit étre réalisé.

C’est vrai. Ils ne le disent pas, parce que pour chaque ame en particulier c’est le confesseur seul qui doit décider si la communion plus ou moins fréquente lui sera utile. Mais d’aprés quelles régles le- confesseur devyra-t-il décider, sinon daprés les désirs et les intentions bien connues de VEglise? Or, ces désirs et ces intentions sont que tous les fidéles s’approchent chaque jour de la gainte table, s’ils sont en état de le faire. Si donc

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on trouve en eux les dispositions nécessaires (absence de péché mortel et d’affection au péché mortel; absence non pas de tout péché véniel, mais de toute affection volontaire au péché véniel; désir @’avancer dans la vertu et de tirer profit de la communion), on doit, pour entrer dans les intentions de ’Kglise, leur permettre de commnier tous les jours, 4 moins qu’on ne constate qu’ils ne s’y préparent pas assez bien et qu’ils n’en tireraient pas assez de profit.

5° Leidéal de ’Eglise, dit le R. P. Huber, est certainement connu du pape, et c’est lui qui en est Vinterprete authentique. Or Léon XIII ne semble pas avoir eu en vue de pousser les religieuses a la communion quotidienne, ni,pensé— que ce soit le but que lon doive s’efforcer d’atteindre, quand il a rédigé ou approuvé le décret Quemadmodum, surtout le § VI Monentur hine omnes. Sans cela il aurait da s’exprimer autrement.

—A cela nous répondons : Le Souverain Pontife est, en effet, ’interpréte authentique des pensées, de Pidéal de l’Kelise. Et supposé que cet idéal ne nous fit pas connu, il aurait le devoir de le faire connaitre, parce qu'il est sur la chaire de Pierre pour enseigner la vérité aux fidéles et aux pasteurs. Mais si Vidéal de l’Eglise a déja été énoncé non pas une fois, mais cent fois; s’il a été exprimé non pas seulement par un pape ou par un docteur, mais par tous les papes et par tous les docteurs, et méme par un concile cecuménique, revétu dela sanction pontificale; si, de plus, ila déja été réalisé dans les premiers siécles de lEglise, au dire du Catéchisme du Concile luiméme, quel besoin y a-t-il de le redire encore, quand il n’y a pas de motif spécial ?

En promulguant le décret Quemadmodum, le pape Léon XIII n’avait pas en vue de rappeler Vidéal de l’Kglise relativement 4 la communion quotidienne. Cet idéal est depuis longtemps une verité acquise, dont personne ne peut douter. Elle avait méme été rappelée tout récemment encore par des décisions authentiques de trois Congrégations romaines : la Sacrée Congrégation des Rites,

’ Voici les passages du décret :

§ VY. — En ce qui concerne la permission ou la défense d’approcher de la sainte table, le Trés Saint Peére décréte que ces permissions ou défenses regardent seulement le confesseur ordinaire ou extraordinaire, sans que les supérieurs aient aucune autorité pour s’ingérer dans cette chose. Il excepte le cas ou quelqu’un de leurs sujets aurait été un scandale pour la communauté, ou aurait commis une faute exterieure grave, jusqu’a ce que le coupable ait de nouveau recouru au sacrement de pénitence. ; ;

§ VI. — Tous sont exhortés a s’appliquer soigneusement a se préparer a la sainte communion et a s’en appro-— cher les jours fixés dans leurs régles particulieres. Si le confesseur juge expédient, 4 cause de la ferveur, ou pour le profit spirituel dune Ame, qu’elle communie plus souvent, il lui en donnera lui-méme la permission. Mais celui qui aurait obtenu du confesseur l’autorisation d’une communion plus fréquente sera tenu d’en ayertir le supérieur. Le supérieur qui croirait avoir de justes et graves motifs contre ces communions plus fréquentes sera obligé de les exposer au confesseur, au jugement duquel il faudra absolument s’en rapporter,

la Sacrée Pénitencerie et la Congrégation des Evéques et des Réguliers. (Voir dans l’Am7, annce 1900, p. 187 et p. 189, le texte des réponses des trois Congrégations).

Il était donc parfaitement inutile d’en parler dans le décret Quemadmodum. Il aurait fallu, au contraire, en parler si le pape avait voulu qu’on ne regardat plus cette communion quotidienne comme l’idéal de l’Eglise a réaliser, parce qu’alors cetit été une modification essentielle apportée ala doctrine traditionnelle et a l’enseignement officiel de |’Kiglise, et que, pour une chose aussi grave, il ne faudrait rien moins que l’autorité du Pontife supréme et infaillible. Mais non : il ne s’agissait pas d’une modification & apporter a Vidéal de l’Eglise, il ne s’agissait pas non plus de l’affirmer de nouveau, puisqu’il n’avait jamais cessé de Vétre, et encore tout récemment par trois Congrégations romaines. Il s’agissait tout simplement daffirmer plus explicitement que jamais a) Vautorité exclusive du confesseur pour accorder ou refuser des communions, et b) la défense faite aux supérieurs et aux supérieures de se méler de cette question, qui ne les regarde pas, parce qu’elle est du domaine exclusif de la conscience.

Dans ces conditions, pourquoi le pape aurait-il rappelé aux confesseurs, qui doivent tous connaitre par coeur les textes du Concile de T'rente et du Catéchisme du Concile, que le désir de l’Kglise est toujours, comme au seiziéme siécle, comme aux premiers siécles, que tous les fidéles, et a plus forte raison les religieuses, communient chaque fois quils assistent au saint sacrifice? Les religieuses y assistent tous les jours, donc l’Kglise désire qu’elles communient tous les jours, et c’est en effet ce que la Sacrée Congrégation des Rites et la Sacrée Pénitencerie appellent une pratique digne d’éloges et qui doit étre recommandée : Consuetudinem laudandam ac promovendum usum.

Done, le silence du Saint Pére sur ce point ne prouve rien contre l’enseignement traditionnel et officiel de l’Kglise.

Au contraire, son décret fournit un moyen de réaliser plus facilement Vidéal de la communion quotidienne, car il la soumet désormais exclusivement a lappréciation du confesseur, qui, sila a coeur de répondre aux désirs de l’Eglise, ne manquera pas @introduire cette communion quotidienne partout ol ille pourra prudemment, tandis qu’auparavant il y aurait trouvé un obstacle, presque insurmontable, dans le respect excessif qu’on avait du texte des régles, fixant le nombre des communions, texte qu’on regardait comme limitatif, tandis qu'il n’était que préceptif, et dans Vattachement quelque peu superstitieux des supérieures et des religieuses pour leurs anciennes regles ou coutumes. Maintenant, cet obstacle est enlevé par le décret de 1890. Rien ne s’oppose donc plus a ce que l’idéal de PEglise soit réalisé dans tous les couvents, si les confesseurs comprennent bien lintérét de leurs pénitentes et les

‘désirs du Cour de Jésus.

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6° Le R. P. Huber conteste, en outre, ce que nous avons dit : que la régle (pour ce qui concerne le nombre des communions) n’est qu’une espéce de point de départ, indiquant ce que l’on peut accorder aux commencantes, mais non ce que l’on peut et surtout ce que lon doit accorder a celles qui retireront plus de fruits d’une communion plus fréquente. S’il en était ainsi, pense-t-il, on ferait de la régle une chose accessoire, tandis que le décret de Léon XIII donne manifestement la régle comme la chose principale, qui doit surtout servir de guide ou de norme au confesseur pour les communions gu’il accorde; au contraire, l’augmentation du nombre de ces communions ne doit étre qu’accidentelle et ne se produira que de temps en temps.

Voici notre réponse :

a) Sile R. P. Huber pense ainsi maintenant, il se met en contradiction avec lui-méme. Car, comme nous l’avons dit (voir l’Ami du 1er mars, p- 183), le R. P. Perger soutenait que, pour le nombre des communions, on doit s’en tenir autant que possible a la régle. Le R. P. Huber, au contraire, a prouvé victorieusement : 1° que rien, dans les paroles du décret, n’en faisait une obligation ; que méme, si on voulait attribuer a la regle ce caractére prohibitif, ce serait aller contre la réponse de la Sacrée Congrégation de 1888; — 2° que si on s’en tenait au texte de plusieurs régles anciennes, il y a des congrégations ou on n’accorderait aux religieuses qu’un nombre de communions évidemment insuffisant. Il en cite méme une qui ne mentionne que trois confessions et trois communions par an. Ce n’est donc pas le texte de ces régles qui doit servir de guide, mais bien l’esprit de l’Eglise, qui pousse a la communion fréquente.

b) De plus, le R. P. Huber, en regardant maintenant la régle comme la chose principale qui doit surtout servir de guide au confesseur, tandis que Vaugmentation du nombre des communions ne serait qu’un accident qui doit se produire ca et la seulement, se met en opposition aussi avec la réponse de la Sacrée Congrégation de 1888, car il semble attribuer a Ja régle un caractére prohibitif que la Sacrée Congrégation lui dénie, et que luiméme lui a dénié, en répondant au P. Perger.

Comment, en effet, concilier ces deux choses contradictoires : d’un cété : « La régle-n’a nullement un caractére prohibitif, c’est-a-dire elle n’empéche pas de faire d’autres communions que les communions de régle, toutes les fois que le confesseur le juge a propos »; et d’un autre cété : « Néanmoins le confesseur ne doit pas accorder, si ce n’est exceptionnellement, d’autres communions que les communions de régle, c’est-a-dire il doit se regarder comme lié par le caractére prohibitif de la régle, qui n’est pas prohibitive »?

De deux choses, l’une : ou la régle interdit les autres communions, et on doit s’y conformer sauf dans quelques cas exceptionnels; c’est ce qu’avait affirmée le R. P. Perger, et ce qu’a nié avec raison le R. P. Huber; — ou la régle n’interdit pas les

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autres communions, et le confesseur peut en accorder toutes les fois qu’il le juge A propos, sans se croire lié par la régle, qui, en effet, ne le lie pas; c’est ce qu’affirme expressément la Sacrée Congrégation des Evéques et Réguliers, et ce que nous soutenons aussi. Le R. P. Huber l’admet-il - encore?

if Ml faut choisir, et non pas dire d’abord : C’est une erreur de croire qu’on soit obligé de s’en tenir, autant que possible, a la régle pour le nombre des communions ; — et ensuite : Ce n’est pas une erreur de croive que la régle étant la chose principale, on doit s’en tenir, autant que possible, au nombre des communions qu’elle prescrit.

Sila premiére assertion est vraie, la seconde ne le sera pas. :

Or, nous avyons vu que la premiére assertion est vraie, puisque c’est l’assertion méme de la Sacrée Congrégation des Hvéques et Réguliers, en 4888. Donc, la seconde ne lest pas. Donc, ce nombre de communions fixé par la régle, ne doit pas étre regardé comme une limite 4 suivre pour toutes les religieuses, mais seulement pour les plus imparfaites ou pour les commencantes.

Quant aux autres, le confesseur n’est pas du tout tenu de la suivre, il doit seulement consulter les besoins et Vutilité de leurs 4mes.

c) Peut-on dire pour cela que la regle, sur ce point des communions, ne devient plus qu’une chose accessoire ?

Oui et non.

Si on veut la considérer comme une interdiction de faire d’autres communions que les communions de regle, c'est méme moins qu’une chose accessoire, car elle n’a absolument aucune valeur obligatoire. Le confesseur n’est nullement tenu de s’y conformer.

Si on veut la considérer comme un ordre de faire consciencieusement toutes les communions prescrites, sans en omettre une seule, 4 moins de raison grave, ce n’est pas alors une chose accessoire ; c’est au contraire une chose principale, essentielle méme, car c’est elle qui contribuera a maintenir la ferveur et la régularité dans les communautés.

Mais on voit la différence qu’il y a entre les deux maniéres d’envisager la régle :

Comme interdiction de faire plus de communions qu'il n’y en a de marquées, elle n’a aucune valeur, elle n’est donc pas méme une chose accessoire ;

Comme prescription de faire au moins toutes ces communions, elle est au contraire trés importante, car elle oblige en conscience, et elle peut étre appelée la disposition principale de la regle en ce qui concerne les communions.

De cette maniére, nous nous accordons encore parfaitement avec le P. Huber. La regle des communions est une chose principale, c’est-a-dire trés importante, en tant qu’elle oblige a en faire un certain nombre, mais nullement en ce qu’elle

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interdirait d’en faire davantage, car dans ce

sens-la elle serait opposée a l’esprit de l’Eglise, par conséquent elle ne serait d’aucune valeur.

(A suivre).

QUESTIONS de science ecclésiastique CONSULTATIONS DIVERSES

Q. — J’ai lu tous vos articles sur la danse, et je n’y ai pas trouvé la solution de ce cas-ci.

Il s’agit de danses en général, avec leurs dangers ordinaires. Le curé veut en faire disparaitre l’usage de sa paroisse. A-t-il le droit, dans ce but, de porter une mesure générale concernant le confessionnal, et d’enjoindre a ses vicaires de refuser l'absolution et les paques a toute danseuse, d’ailleurs bien disposée, pour le seul fait qu’elle a dansé et qu’elle ne veut pas promettre de rompre avec la danse?

Je le répéte, il s’agit de danses ordinaires, du fait de la danse, et non pas de danses particuliérement mauvaises. Ces danses ont lieu soit le dimanche soir, en certains villages, soit 4 l’occasion de certaines fétes publiques. Il est bon d’ajouter que le curé en question a obtenu un résultat immense, avec son systéme. Voila tout l’état de la question, et je vous demande :

lo Le wuré a-t-il le droit d’imposer cette mesure a ses vicaires ?

2° Les vicaires ont-il lobligation de s’y conformer, ou doivent-ils traiter chacune de leurs pénitentes d’aprés les principes ordinaires de la théologie?

3° Les vicaires, d’aprés la mesure imposée, refusant Vabsolution et les paques a une danseuse d’ailleurs bien disposée, peuvent-ils en stireté de conscience se retrancher derriére la responsabilité du curé qui impose une telle maniére de faire ?

R. — A vos trois questions nous en ajouterons une quatriéme a laquelle nous répondrons tout d’abord : « Le curé a-t-il le droit de porter la prohibition publique dont vous parlez? A-t-il le droit © de déclarer en chaire que les danseuses en bloc seront exclues de l’absolution et des paques, ou au moins des paques seulement? »

La question ainsi posée appelle une réponse négative. Le curé n’a pas d’autorité législative au for externe. Légiférer publiquement lui est interdit. Or, ’ukase dont il s’agit est un acte de législation, un exercice. de l’autorité juridictionnelle gouvernementale dans son acception externe et sociale. Le curé ne peut pas plus interdire la danse et promulguer une sanction pour appuyer sa prohibition, qu'il ne peut prohiber, avec ou sans pénalité correspondante, tels repas de famille, tel usage, telle habitude du pays, voire méme tel désordre public dont il serait attristé et qu'il jugerait contraire au bien des ames.

On enseigne, pour la méme raison, que le curé n’a pas non plus le droit d’abolir des lois existantes, d’en dispenser publiquement par mode dautorité sociale. — Tout cela est la besogne propre du législateur, c’est-a-dire, du pape dans

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L/AMI (DU. CLERGH: oo es

l’Eglise universelle, de l’évéque dans son diocése, du prélat régulier dans son Ordre.

Voila pour la solution rigoureuse de principe a donner 4 la question ainsi posée.

Jinsiste sur ce détail : aimst posée, parce que posée un peu autrement, la difficulté présente pcut recevoir une solution assez différente, en fait, pratiquement, et cela sans accroc aux régles du droit.

Si le curé juge dans sa prudence que l’introduction de la danse, que la fréquentation du théatre, que toute autre pratique analogue, est ou doit étre pour la famille chrétienne dont il a la garde, un péril grave, et cela, aprés avoir pesé sérieusement le pour et le contre, d’un cdté le mal a éviter, et de l’autre les chances de succés qu'il voit dans la mesure coercitive, il peut trés bien avec la seule autorité juridique dont il est revéiu, sans ukase ni précepte législatif aucun, atteindre Ja fin bonne quwil se propose. Il a pour cela plusieurs moyens a sa disposition : le confessionnal, les conversations privées, la chaire.

a) Le confessionnal. Il est 14 sur son terrain. IL peut refuser d’une facon générale l’absolution a toutes les danseuses, méme aux prétendues bien disposées qui ne courraient aucun péril de pécher au bal, et cela pour la trés simple raison que

voici : Ja charité in proximum (a défaut de la charité in se ipsum qui intervient presque toujours in casu), la charité in proximum, dis-je, fait 4 tout fidéle une obligation grave de ne point coopérer par sa présence 4 une ceuvre publiquement périlleuse. Le curé dira a la mieux disposée de ses danseuses : « Vous n’avez pas péché, vous ne péchez jamais, vous ne courez aucun péril de pécher 4 la danse?... Je le veux bien, je vous crois. Mais, si vous ne péchez pas contra sexatum, en y prenant part, vous péchez fatalement conta carttatem. Je vous le dis, vous devez m’en croire;

et d’ailleurs vous le savez aussi bien que moi. ' Vous étes, ou occasion de péchés pour d’autres, ou complice du mal public qui résulte de la danse et qui n’existerait pas si personne n’allait danser, si les honnétes personnes comme vous au moins s'abstenaient de prendre part au bal. Avez-vous une raison qui vous excuse d’occasionner ainsi le mal du prochain, d’occasionner le mal de la paroisse, de faire tort au bien spirituel de la famille chrétienne tout entiére? Non, n’estce pas ? Alors, votre rigoureux devoir est de vous abstenir.

« Vous refusez? Vous étes donc ma) disposée A recevoir l’absolution. Bien disposée quant au sewium, mal disposée quant 4 la charité. Je ne puis vous absoudre. Je ne vous refuse ni l’absolution, ni la participation publique aux paques par simple mesure d’ordre public externe. Je sais qu’il ne faut juger un pénitent au saint tribunal que d’aprés les dispositions actuelles de sa conscience. Mais, précisément, votre conscience est en mauvais état, puisqu’elle prétend s’affranchir d'une obligation morale théologiquement grave dont elle

est chargée, non pas par mon caprice, mais de par | Dieu, jure divino, et méme jure naturali. »

Le curé reste dans Ja limite de ses attributions de confesseur en parlant et agissant ainsi. Quand ~ il aura tenu ce discours et gardé fermement cette aititude devant toutes les danseuses en général, quel besoin pour lui de porter la chose au grand joar de la chaire? On saura tout de suite 4 quoi s’en tenir dans la paroisse. Ce moyen est trés pratique, trés suffisant. Les curés s’en contentent généralement, et ils ont raison. Ils sont inatta- quables en droit tant qu’ils usent légitimement du pouvoir spirituel que leur donne leur qualité de confesseurs, doublé du jugement prudentiel perspicace que leur suggére en plus la considération du bien public dont ils ont la charge.

b) Les conversations. Rien n’empéche qu’un curé développe, s'il le trouve utile, dams ses conversations privées avec ses paroissiens, la doctrine ci-dessus énoncée, et leur fasse voir lobligation ott sont ceux-ci, ralione caritatis au moins, de s’abstenir de la danse, en les prévenant de la nécessité ou il serait de refuser les sacrements a ceux qui s’obstineraient a faire fi du précepte divin qui régle cette matiére. Cependant, quoique le curé reste, lA encore, sur son domaine propre, il semble, en général, que le premier moyen, plus discret, mieux garanti par le cvaractére sacré du saint tribunal, sera toujours préférable. Je conseillerais de n’employer le second, par surcroit, que dans le cas ou il y aurait lieu de prévenir 4 Vavance un mal qu’on craindrait de ne pouvoir enrayer 4 temps par le moyen des confessions 4 venir. Cependant, encore une fois, discrétement employé, l’enseignement par les conversations, placées aux bons endroits, peut étre trés efficace, tout en restant, au point de vue du droit et de la morale, absolument légitime.

c) La chaire. Cest beaucoup plus scabreux. i prétre a 1a un rdle officiel, public. Il a mission d’y enseigner, rien de plus. Il ne doit point y légiférer de son autorité propre, ni, sous couleur de recommandations pratiques, intimer a ses ouailles des préceptes nouveaux qui ne sont ni dans l’Evangile, ni dans le droit de l’Eglise, ni dans les statuts diocésains.

Le magistére est proche voisin du commandement ; Vintervalle, dans un moment d’humeur ou @oubli, est vite franchi; et alors les critiques arrivent, qui mettent en évidence un abus de pouvoir blamable.

Voici donc comment j’entends qu’on porte la question de la danse en chaire, si vraiment le recours a cette extrémité parait nécessaire. Il faut enseigner, et s’en tenir 1a; et. ce sera assez. Le curé peut fort bien répéter devant ses fidéles réu- ~ nis Ja petite legon de théologie morale qu’il faisait tout 4 l'heure 4 sa pénitente dans le secret du confessionnal. Il peut exposer a ses auditeurs la nécessité ou il se trouve d’enjoindre, au nom du droit naturel et divin, l'accomplissement du précepte de charité qui soppose a la fréquentation

des danses, méme par les gens qui prétendent n’y ‘trouver, quant au sextwm, aucun péril personnel. Il peut aller plus loin encore et donner nettement a entendre que la participation a la danse mettra — nécessairement le « confesseur » dans Vobligation de refuser les sacrements aux danseuses, L’important est qu'il présente cette mesure, non comme un acte de son autorité curiale propre, et tout externe, mais comme un simple exercice du plein pouvoir dont le prétre est investi dans les limites normales de son ministére en ce qui concerne l’administration des sacrements et la résolution des cas de conscience au confessionnal.

Au besoin, s'il y a lieu de prévoir une objection toujours facheuse, le pasteur expliquera a ses ouailles la raison de la pratique différente des autres prétres, des prétres voisins surtout, sur ce point. Chacun, comme on dit, voit midi a sa porte; les paroisses n’ont pas toutes la méme allure; ce qui est bon pour l’une peut ne l’étre pas pour une autre, et ainsi de suite. —

Mais, @ mon humble avis, mieux vaudrait ne point traiter cette scabreuse matiére en chaire, a moins d’y étre forcé par l’insuffisance certaine des

-autres moyens.

Que si le curé croit nécessaire cependant d’atteindre ainsi publiquement sa population, il doit le faire, encore une fois, par mode d’enseignement et de résolution morale de cas de conscience, en termes prudents, tout impersonnels et abstraits, et ne jamais se permettre de formuler un précepte prohibitif comme émanant de sa seule autorité gouvernementale de for externe, qui est nulle.

Voila pourquoi et comment l’on peut parfois se trouver amené a refuser les sacrements 4 propos cde la danse. Je m’empresse d’ajouter que ce refus général et absolu, par mesure uniforme d’hygiéne publique préventive, doit s’appuyer sur de graves raisons pour étre légitime. Il faut évidemment que le bien public y soit sérieusement intéressé; il faut surtout qu’on ne s’expose pas a récolter de cette mesure ultra-sévére un mal plus grand que n’aurait été la tolérance d’abus particuliers. Voila des points auxquels le curé doit profondément réfléchir avant de prendre une décision. Il conviendra aussi, c’est clair, d’agir différemment suivant gu’on aura 4 supprimer une danse existante ou seulement 4 empécher l’invasion de la danse publique dans la paroisse.

Je ne saurais ici entrer en plus grands détails. Mes lecteurs me comprennent. Sur ce terrain pratique, chacun a charge de juger d’aprés les circonstances spéciales ou il se trouve. L’important est qu’il juge avec certitude morale de juger bien, quil prévoie sagement l’avenir et tienne non moins sagement compte du passé, ainsi que de Vintérét actuel des Ames gqu’une mesure générale prohibitive peut laisser en vilain état de conscience sans profit correspondant suffisant pour Vensemble.

Mais enfin, et c’est la réponse 4 notre premiére question, il est certain que le curé, dans sa pa-

roisse (je le suppose seul pour le moment), peut, par les moyens sus-indiqués et simplement comme juge d’un cas de conscience ot l’intérét public est engagé, prendre cette décision de refuser la participation des sacrements aux personnes qui fréquentent la danse, fussent-elles par ailleurs bien disposées et, de ce chef, exemptes de péché, a . Vabri méme de tout péril de péché.

J’arrive maintenant aux questions de notre correspondant.

Ad I. Le curé a-t-il le droit d’imposer cette mesure a ses vicaires?

La phrase est mal tournée. Il faut dire: « Le vicaire a-t-il le devoir de subir cette mesure prise par le curé? » Réponse : Out. Il faudrait répondre au contraire : Von, 4 la premiére formule.

Il s’agit d’un cas de conscience. Le curé n’a évidemment, a priori; aucun droit strict qui lui permette d’imposer sa maniére de voir, son jugement propre aun autre prétre, 4 un autre confesseur, — pas méme a son vicaire qui, au tribunal de la pénitence, ne reléve que de sa conscience et de Dieu, que de la théologie morale.

Donec, par mode d’autorité juridictionnelle, soit de magistére, soit de gouvernement, le curé ne saurait imposer 4 son vicaire obligation de refuser absolution aux danseuses quelconques.

Mais cette réponse, juste canoniquement parlant, du c6té du curé, serait fausse si l’on ne prenait soin de la compléter en la considérant du cété du vicaire, ainsi que nous allons le faire en donnant satisfaction au second des dubia. qui. nous sont proposés.

Ad Il. « Les vicaires ont-ils l’obligation de se conformer a la décision du curé, ou doivent-ils traiter chacun de leurs pénitents d’aprés les principes ordinaires de la théologie? »

Je réponds 4 la premiére partie: Ou2, en régle générale, et cela d’aprés les principes ordinaires de Ja théologie.

Il s’agit d’un cas de conscience a résoudre dans lequel un élément capital de solution, sans échapper entiérement a l’appréciation du vicaire, reléve cependant trés spécialement du jugement du curé.

Le gouvernement moral de la paroisse, d’aprés le passé et les prévisions prudentes de l'avenir, exige-t-il l’acte de charité in proximum, ratione boni communis, qui motive le refus d’absolution? Le curé seul est bien placé pour donner a cette question la réponse convenable qu'elle comporte. Il connait son monde, au milieu duquel il a vécu avant l’arrivée du vicaire; il restera au milieu de son troupeau quand le vicaire sera parti; il a de lage, de l’expérience, et, ce qu’il ne faut jamais oublier, charge @’dmes et grace détat pour voir clair en pareille difficulté. Les principes ordinaires de la théologie font évidemment au vicaire un devoir de tenir pour grave présomption de prudence le jugement du curé. Je vais plus loin et je dis que si par hasard le vicaire se croyait assez stir de sa solution 4 lui pour étre convaincu que le curé a tort, il devrait demander son changement

~ VAMI DU CLERGE ~

plutot que dentrer en contradiction publique avec celui dont il a le deyoir de soutenir et non pas de ruiner l’autorité morale dans la paroisse. Mais un vicaire intelligent, bon théologien, ne sera guére tenté d’en venir a cette extrémité, 4 cause précisément de ce qui me reste 4 dire en réponse au troisiéme de nos dubia.

Ad III. « Le vicaire, en agissant comme le curé, peut-il se retrancher derriére la responsabilité du curé qui impose le refus d’absolution aux danseuses ? »

Je réponds nettement : Affirmative, sauf le cas, 2 mon avis extrémement rare, ou le vicaire aurait l’évidence absolue que le curé fait une formelle sottise.

Cette réponse est facile a comprendre. Le curé, in casu, constitue théologiquement une autorité dont le vicaire a le devoir de tenir compte 2” dubio. Et ’on est toujours, ou 4 peu prés, in dubio en pareille matiére.

Je dis qu'il est fort rare que le vicaire puisse, aprés mir examen, conclure : « Mon curé ne voit goutte 4 son affaire; ce refus d’absolution fera certainement du mal et certainement ne fera pas de bien. C’est folie pure et grave péché certain dimprudence, au double point de vue du bien privé et public, que de prendre une pareille atti- tude... » Je dis qu’un vicaire avisé ne sera guére tenté de se tenir semblable langage. Un dubium sérieux planera toujours pour lui sur la situation, au moins quant aux résultats d’avenir, qu’il lui sera plus difficile encore qu’au curé d’estimer avec une approximation suffisante.

Dans ces conditions : 1° il n’y a point péché d’imprudence de la part du vicaire 4 s’appuyer in dubio sur lautorité concréte du jugement de son pasteur en un sujet ot celui-ci a compétence et grace d’état spéciales qui font défaut au vicaire. 20 Mieux gue cela: sauf évidence contraire, ily a a priori pour le vicaire obligation de s’en tenir a la décision de son curé, qu’il a mission d’aider et vis-a-vis duquel il est en situation subordonnée, nullement supérieure, ni méme paralléle comme quelques-uns parfois se limaginent.

N’oublions pas, pour bien saisir 4 fond l’enseignement donné ici d’aprés les plus ordinaires principes de la théologie morale, que nous sommes en présence d’un cas de conscience qui touche formellement a lordre public, et dont la solution intéresse par elle-méme la direction morale générale de la paroisse, en un mot le bonwm commune. Rien de surprenant, dés lors, si le vicaire, en tant que confesseur, se trouve géné dans sa liberté de jugement par des considérations d’ordre externe et social pour lesquelles il a assurément le devoir d’emprunter toutes les bonnes lumiéres extérieures qui s’offrent 4 lui, étant donné qu’il ne soit point en état d’y voir suffisamment clair par lui-méme tout seul, avec la lumiére privée des seuls intéréts individuels du pénitent auquel ila affaire au confessionnal.

Done, pour résumer et conclure, 14 of un curé

croira pouvoir recourir aux refus d’absolution sur le chapitre de la danse :

40 Le vicaire fera bien de lui présenter ses objections s’il en a, de discuter, gentiment d’ailleurs, avec lui s'il y a lieu; mais, si le curé persiste ou si ’usage du refus est déja établi dans la paroisse,

20 Le vicaire doit, en principe (et sauf le cas exceptionnel dont j'ai parlé), s’en tenir a la pratique de son curé, et cela, encore une fois, tout simplement d’aprés les principes ordinaires de la théologie ; et

30 A supposer que le vicaire soit porté 4 trouver insuffisamment justifiée la mesure sévére qu’adopte le curé, il peut encore tuta conscientia passer outre et agir comme son curé, s’appuyant sur la présomption de prudence qui milite en faveur de celui-ci en tout ce qui concerne l’ordre public et le gouvernement moral de la paroisse.

Je n’ai dit qu’un mot en passant d’une considération trés grave qui domine cette question : j’y reviens avant de finir. La pratique contradictoire de deux prétres de la méme paroisse, au sujet de la danse, est tout simplement un fléau, un des pires maux qui se puissent imaginer. Plutét que d’y exposer les fidéles, le curé devrait exiger le. changement de son vicaire, et celui-ci devrait de lui-méme le demander. Ce gros mal, ce spectacle public de deux directions diamétralement opposées sur un point qui touche de si prés a ordre public tout entier est une chose a prévoir et une chose 4 éviter. Curé et vicaires doivent évidemment y penser avant de s’arréter 4 des décisions fermes qui ne seraient pas concordantes. En dehors des raisons théologiques trés suffisantes que j’ai développées ci-dessus, cette derniére pourrait suffire a empécher le vicaire d’entrer dans la voie de la contradiction et a lui faire comprendre qu'il peut tuta conscientia abriter sa responsabilité derriére celle de son curé.

Cette matiére de la danse est si délicate, si complexe, que j’éprouve le besoin de déclarer en finissant que je n’ai point du tout entendu l’épwiser dans le présent article, ot je n’ai voulu tout simpiement que répondre aux. seules questions qui m’étaient proposées. Chacun devinera les sousentendus que j’y ai laissés et tirera parti, par déduction, suivant les cas, des principes généraux de solution que je me suis contenté d’y rappeler.

(J. — La loi qui ordonne de renouveler le confesseur des religieuses tous les trois ans oblige-t-elle seulement les ordres 4 yoeux solennels ?

R. — Crest une régle de l’Eglise, depuis longtemps en vigueur pour les religieuses cloitrées a voeux solennels, de changer les confesseurs tous les trois ans.

Aujourd’hui tous les instituts 4 vooux simples y sont soumis. On en trouve la preuve dans la lettre de la Sacrée Congrégation des Evéques et Réguliers a l’évéque d’Orégon-City (Etats-Unis), en date du 20 juillet 1875. La Sacrée Congrégation

eC Paty evens

-avertit d’abord qu’en général la prescription sur le changement triennal du confesseur doit s’appliquer non seulement aux monastéres et aux conservatoires (ouvroirs et pensionnats), mais aussi a toute société de femmes vivant more communitatis, quia des confesseurs ordinaires. Le seul cas excepté est celui de dispense obtenue par des indults particuliers. Elle ajoute que cette mame -Congrégation a répondu (20 janvier 1847) dans le méme sens a l’évéque de Trente. Celui-ci désirait savoir s'il fallait changer tous les trois ans les confesseurs, méme pour les Sceurs de Charité qui, -employées dans les hépitaux, sont souvent transférées d’un lieu dans un autre. Elle dit avoir -répondu affirmativement, accordant toutefois 4 l’évéque la faculté de confirmer les confesseurs une ou deux fois, en observant cependant les conditions prescrites dans ce cas.

Enfin, — et ceci est trés important pour la pratique, — Sa Sainteté a expressément déclaré que laisser-un confesseur ordinaire continuer a remplir son ministére dans une communauté de femmes

. comme ci-dessus au dela du triennat et sans dis- & pense du Saint-Siége, auquel il appartient exclusivement de la donner, n’emporte pas la nullité des absolutions sacramentelles, mais uniquement un exercice illicite du saint ministére.

Cette obligation du triennat des confesseurs

atteint donc toutes les personnes qui vivent en communauté, quand bien méme elles ne seraient pas liées par des veux. (S.C. HE. RR., 4 janvier 4836). Mais il faut pour Vencourir que cette ‘communauté ait un confesseur ordinaire désigné par ‘Pévéque. Le cas ne serait pas le méme si ces sceurs allaient se confesser soit a la paroisse, soit dans une église publique. Dans ce cas, elles : peuvent s’adresser a tout confesseur approuvé, et 2 aussi longtemps qu’elles le désireront. La loi du triennat n’atteint pas ces confesseurs, quand bien méme un seul prétre confesserait, de fait, toutela communauté.

Moe Nee

‘Voila ’enseignement de Mgr Battandier dans.

la derniére édition de son Guide canonique, qui

ne date que de quelques mois’.

Le P. Meynard dit la méme chose?. C’est donc un point indiscutable de la législation canonique au sujet des communautés de femmes ayant un confesseur désigné par l’évéque, et chaque fois que la Sacrée Congrégation approuve de nouvelles constitutions, elle a soin d’y faire insérer cette clause. Néanmoins, pour celles qui n’ont pas cette clause dans leurs constitutions, la mesure reste toujours obligatoire comme régle universelle de l’Kglise.

Q. — J’ai lu, relu et relu encore tout ce qui concerne le proprius parochus des domestiques majeurs ayant leurs parents, et pour cela j’ai feuilleté P Ami que j'ai

4 Guide canonique, 2° édition, p. 116-117.

2P. Meynard, Réponses, t. I, n. 214.

oe — <0 5). AMI DU CLERGE |

depuis 1597 inclusivement. Je n’ai pu arriver 4 une solution précise.

1° Oui ou non, les domestiques majeurs, quel que soit leur age, le temps depuis lequel ils ont quitté leurs parents, encore qu’ils soient veufs, peuvent-ils regarder comme leur propre curé celui de leurs parents vivants ?

S’il y a des cas ou il faudrait répondre non, yeuillez les énumérer.

Kit si ces cas (dans la réponse négative) ne sont fixés que par l’appréciation individuelle, priére de donner quelques régles morales pour ce faire.

2° Ne vaudrait-il pas mieux que les statuts diocésains réglent la chose plutét que de garder un silence absolu?

R. — Ad I. Oui et non, ni oui ni non. Aucune loi générale n’attribue aux majeurs, guel que soit leur dge, le domicile de leurs parents. Ils l’ont tant qu’ils ne ont point abandonné; ils ne l’ont plus dés instant ot ils le quittent. Le réste est affaire d’appréciation individuelle portant sur des circonstances de fait.

En droit, il y a présomption pour la conservation du domicile acquis, tant qu’un autre n’a pas été occupé avec certitude. Il n’y a point de régles morales 4 formuler en tout cela, mais des jugements pratiques 4 établir différemment suivant la variété des cas qui peuvent se présenter.

Vous trouverez d’ailleurs cette matiére bien traitée dans Deshayes, Questions pratiques de drott et de morale sur le mariage !.

Ad II. Vous avez raison. Les statuts diocésains rendraient bon service au clergé en précisant un peu les conditions de validité du mariage au point de vue du domicile. Mais n’oubliez pas que les statuts diocésains ne peuvent eux-mémes que s’en tenir aux enseignements du droit commun. Etudiez ceux-ci et vous en saurez tout autant que les plus parfaits « statuts » du monde.

LAME DU CLERGE et les livres

Comptes rendus bibliographiques

Dictionnaire de Ia Bible, publié par F. Vigouroux, P.S.S. — Parait par fascicules in-4° de 160 p. 42 col. — Prix pour les souscripteurs : 5 fr. le fascicule. — Paris, Letouzey, 17, rue du Vieux-Colombier.

Vient de paraitre le xvm° fascicule de cette ceuvre monumentale, commencée en 1891. Depuis fort longtemps nous n’en avions plus entretenu nos lecteurs, croyant qu’elle était universellement connue. Mais a diverses reprises nous avons eu occasion de sconstater que beaucoup de prétres Vignoraient encore ; c’est pourquoi nous voulons désormais signaler l’apparition de chaque fascicule.

Gelui-ci va des mots Gazer a Haneberg (entre autres articles intéressants, Gédéon, les généalogies bibliques et celle de Notre-Seigneur, Glose, Gdél. Grand-prétre, Grec biblique, Habacuc),

‘ Paris, Lethielleux.

Le seul reproche qu’on puisse faire a ce Dictionnaire, cest de ne pas marcher assez vite dans sa publication, et peut-étre est-ce la raison qui arréte, plus que le prix, bon nombre de souscripteurs. Mais du moins elle ne doit. pas arréter les jeunes. Ht nous y trouvons une garantie du soin minutieux qui préside 4 ce travail.

Péking, Histoire et description, par Mgr Favier, vic. ap. de Péking. — Un vol. grand in 8 de Al6 p., avec 524 grav. et 79 hors texte. — Prix : broché, 7 fr. 50; rel. toile, 10 f. 50. — Deselée, 44, rue du Metz, Lille.

Les Chinois chez eax, par J.-B. Aubry. — Un vol. petit in-40 de 294 pages, avec 20 grav. — Prix : broché, 2 f. 50. — Desclée.

I. — Péking! Mer Favier? Deux noms qui viennent d’avoir leurs semaines de terrible actualité. Et quand Mer Favier écrivait les pages de son Péking, avec la science d’un historien doublée des observations minutieuses d’un témoin et de l’amour d’un coeur d’évéque, il

- ne se doutait pas que des jours allaient venir ot toute

VYHurope aurait les yeux tournés vers ce Péking, dans une inquiétude indicible.

C’est une bonne fortune pour les livres, de paraitre au moment psychologique. Mais celui-ci n’avait pas besoin de cette réclame des événements pour faire son chemin a travers le monde.

Ainsi que le titre lindique, il comprend deux parties.

La premiére vous retrace Vhistoire de la capitale du Céleste Empire depuis les temps fabuleux : religions, hommes de lettres célébres, les premiéres relations avec les « diables occidentaux, » les conventions et les traités avec les nations d’Hurope, jusques et y compris le transfert du Pé-tang et la derniére guerre sino-chinoise. Mais nous ne souhaitons pas 4 nos futurs bacheliers d’avoir a se graver dans la mémoire le catalogue des dynasties impériales. Ce serait le cas, ou jamais, de parler du casse-téte chinois.

Tout le monde s’intéressera a la « partie descriptive, » qui comprend onze chapitres sur les vingt-cing de l’ouvrage. Plan de Fo la cité impériale et les jardins, les temples, Ja vie de la cour, Jes ministéres, le Tsoungli yamen et les légations, la vie publique et familiale, le vétement, la nourriture et habitation, les moyens de transport, les produits du sol et de Vart chinois : autant de questions qui sont 1a traitées aprés enquéte de visu, sur le ton de la plus aimable vulgarisation.

Qu’on nous permette, pour en donner un exemple et aussi relever la monotonie de ce bref compte rendu, de citer les lignes suivantes, 4 propos de la médecine chinoise. Tant pis si elles font rire les doctes docteurs de nos Facultés !

« Un jour, un missionnaire tombe presque mort sur une route, il avait le choléra ; je me rends prés de lui et le trouve froid, exsangue, sans connaissance. Deux Chinois

lui enfongaient dans les bras et dans les jambes des

aiguilles en fer a trés grosse téte de laiton tressé. Le sang ne sortait pas. Enfin, sous les genoux, on Ini introduit une aiguille de plus d’un pouce de long : une gouttelette de sang noir apparut ; l'un des médecins dit alors: « Il est sauvé! » La-dessus, ils fumérent une pipe et burent le thé. Le malade ne bougeait toujours pas, je leur dis : « Mais continuez donc, vous voyez bien quil est mort ou a peu prés! — Soyez tranquille, répondirentils, le sang est sorti, nous avons le temps. » Impossible de les amener a continuer Vopération. Je brtilais d’impatience. Enfin, aprés leur troisiéme ou quatriéme pipe, ils recommencent et font de nouvelles piqtres ; au bout d’un quart @heure, le malade se dresse sur son séant, comme un cadavre vivant, me regarde et dit: « Ou suis-je?... Ah! cest vous? je... fumerais bien une pipe! » Lui aussi! Bref, j’ai voulu le rapporter sur une civiére a la capitale, éloignée de 12 kilométres; alors mes Chinois de dire : « Oh! vous voulez ’emmener ! cest bien, mais il faut prendre quelques précautions. » Sans rien ajouter, ils lui enfoncérent quatre aiguilles de huit centimétres de long (je les ai mesurées), et je le ramenai a Péking. Pendant toute la nuit il dormit paisiblement, et le lendemain il était complétement guéri.. »

Tout le livre est agrémenté de gravures chinoises du plus curieux effet.

Que de ¢ghoses intéressantes dans ce volume! Mais la

conclusion qui s’en dégage avee une vigueur irrésistible, © vest action bienfaisante des missionnaires catholiques

et des Sceurs de charité. Non, mille fois non, ce ne sont

point eux qui sont responsables du dernier sang verse et.

dans lequel ils ont fourni, comme toujours, leur glo-

rieuse part !

II. — Nous avions lu jadis, ily a quelque dix ans, avec un intérét passionné, la vie du P. Chicard, Un chevalier apdtre (édité a la Maison dela Bonne Presse). Le méme intérét nous a ressaisi en lisant Les Chinois chez euw, lettres du P. Aubry, professeur au grand séminaire de Beauvais, puis missionnaire au Kouy- Tchéou, ot: il est mort-le mardi 19 septembre 1882. C'est une ame belle entre toutes qui s’y révéle, ame de prétre, d’apdtre et de martyr. ee

Oui, comme le souhaite la préface, cette publication vengera nos missionnaires, ’honneur de notre race francaise, des calomnies et des injures que font pleuvoir sur eux des lettrés et des mandarins frang¢ais. Car ce qu’on peut appeler le monde et la société dans ces pays chinois est absolument sans attrait, si drole, si ridicule, si étrange, si répugnant, qu'il ne reste de place dans le cour d’un missionnaire que pour les attachements surnaturels. I] faut méme, pour fréquenter les Chinois, quels qu’ils soient, riches ou. pauvres, lettrés ou ignorants, se faire violence, se rappeler sa vocation, cette voix de Dieu qui, le jour de sa premiére communion, appela le P. Aubry aux Missions Etrangéres, et le fit « se jeter téte baissée dans Vabime du sacrifice qwil voyait ouvert devant lui. »

« Le plus grand tourment, écrivait-il, la plus grande peine de la vie du missionnaire, c’est Vinquiétude au milieu de laquelle il lui faut vivre, sansun seul moment de relache, et qui tombe sur lui de tous céotés : du cdté des chrétiens, on a peur qwils ne soient mauvais et ne remplissent pas leur devoir ; du cété des catéchistes, on craint qu’ils n’instruisent pas les chrétiens ; du cdté dela maison et des enfants de la Sainte-Enfance, impossible de dire mes transes sur ce point : sit6t que m’arrive un courrier de Hin-Y-Fou, je tremble d’apprendre que les enfants sont malades, qu’il y en a de morts; du coté des paiens, peur de la persécution, des troubles, des mauyais bruits, des injustices ; du coté des mandarins enfin, crainte qu’ils ne yexent mes chrétiens et ne leur cherchent chicane, comme c’est leur habitude. »

« La civilisation actuelle de la Chine, 4 peu prés 4 tous les points de vue, est une monstruosité, non seule- ment anti-chréltienne, mais anti-humaine. » Mais aussi quelle joie de voir ses chrétiens sortir peu a peu de ce bourbier, de réaliser peu a2 peu le beau mot de saint Paul : Instaurare omnia in Christo ! Et. au milieu de toutes ses peines, « comprendre et sentir que Notre- Seigneur est toute mon espérance... A Dieu! Vive la joie que j’ai-et les pommes de terre que jen’ai pas! »

« La gaité est une des conditions de la vie de missionnaire, et un des priviléges de notre mission du Kouy- Tchéou. Sans doute, a certaines heures, le souvenir de la patrie et des choses qu’on y a laissées, surtout cette terrible pensée qu’on ne reverra plus tout cela, vous prend a ia gorge et vous donne une angoisse ; mais je

- mM’aper¢gois que plus on quitte, moins on perd, moins

on est tenté de regret. »

Recommandé tout spécialement comme lecture au réfectoire dans nos grands et petits séminaires a la rentrée prochaine. :

Saint Jean-Baptiste de la Salle, par A. Delaire. — Un vol. in-12 de 212 p., 2 fr. — Paris, Lecoffre.

Vie pepulaire de saint Jean-Baptiste de la Salle, par le chanoine Tilloy. — 32 p.— in 8, O fr. 10. — Tours, Cattier. Bs

df = Le Saint Jean-Baptiste de la Salle de M. Delaire, secretaire général de la Société d'Economie sociale, fait partie de la collection « Les Saints. » On y trouvera,

sous une forme concise, claire, sobre, le tableau de cette

vie qui fut si active et si mouvementée, si pleine @ceuvres et si agitée de cruelles péripéties. Et vraiment, quand on se rappelle d'autres Vies du méme saint, plus développées sans doute, mais lourdes et d’une lecture pénible, on ne saurait trop admirer ce talent d’exposition qui sous un mince volume gait enfermer tant de choses et si bien dites.

Qu’on lise, par exemple, le chapitre final : Conclusion. En quinze pages vous avez la un apergu magnifique de Youvre de l'Institut des Fréres depuis deux siécles.

Cest bourre de faits et de chiffres, mais c’est complet et yivant. On reconnait le sociologue éminent dont le coup Veil a démélé Vessentiel et tracé les grandes lignes a travers la masse touffue des détails.

: Le philosophe chez M. Delaire n’est pas 4 la hauteur du sociologue. Nous aimons peu le chapitre premier ott il nous expose quelques vues générales sur la renaissance religieuse de la premiére moitié du xvure siécle. ~ Nous le soupgonnons fort d’étre libre-échangiste en ma- tiere commerciale; mais sur le terrain religieux la libre concurrence n’a pas encore force de dogme, et l'on ' ne peut souscrire 4 des phrases comme celles-ci : . « La premiére moitié du xvie siécle fut une des €poques mémorables ou les idées et les mceurs accomplirent une profonde réforme morale et s’élevérent 4 un haut degré de perfection, grace a la force des croyances religieuses et a l’émulation des communions chrétiennes (p. 5) ... Par l’édit de Nantes, Henri IV établit, le premier, dans un grand Etat catholique, la liberté des dissidents, et, par l’émulation salutaire des deux cultes rivaux, il remet en honneur Vobservation du Décalogue (p. 6) ... La discussion pacifique des prin- cupes et des dogmes se montre surtout féconde chez les

catholiques... de l’extérieur ; la politique de Henri IV et de Louis XIII, de Richelieu et de Mazarin, s’affirme en défendant les mémes principes : la liberté religieuse et Pindépendance des petites nations. » (p. 7). — « Les femmes éminentes qui, par la gréce, esprit et la vertu, gouvernaient les hétels de Rambouillet, de Longueville, de Condé et de La Rochefoucault... » (p. 6). La vertu de La Rochefoucault et de Mme de Longueville, et de quelques autres de ce temps-la, mieux vaut n’en pas trop parler, pas méme sur les vieux jours de Mme de Longueville, qui ne « se conyertit » que pour s’installer auprés de MM. de Port-Royal et donner dans un jansénisme farouche ; et quant 4 ses années de jeunesse et méme de maturité, nous renverrons les déyots de cette nouvelle sainte 4 son plus fervent panégyriste, Victor Cousin, un panégyriste dont la tendresse confine au ridicule, mais qui en laisse toutefois suffisamment entendre. (La jeunesse de Madame de Longueville, et Madame de Longueville pendant la Fronde).

Mais ce sont la oublis qui disparaitront d’une prochaine édition. M. Delaire laissera de cété ces idées générales oti il s’est laissé égarer sur la trace de préjugés d’éducation peut-étre, et s’en tiendra aux faits qui sous sa plume prennent une telle éloquence et corrigent méme heureusement les erreurs que nous venons de signaler. C’est ainsi (p. 40) qu'il établit un paralléle fort

juste entre l’ceuvre scolaire de la Réforme et |’ceuvre scolnirs de la Révolution, toutes deux ceuvres de ruine et de dévastation ; et, a l’appui, ce texte de Claude Saincte, évéque d’ Evreux en 1576 :

« Il nous faut admirer le zéle de nos péres pour Vinstruction de la jeunesse. I] ett été difficile de trouver autrefois une paroisse un peu populeuse qui n’etit sa maison ou sa fondation pour les écoles. Mais en méme temps, il nous faut maudire la négligence ou plutot la conduite sacrilége de notre siécle, ot Yon a vu les gentilshommes, les paroissiens, usurper ou aliéner les maisons d’école et les biens qui y ont été affectés, de sorte qua peine trouve-t-on maintenant une école ou un maitre, nous ne dirons pas dans les campagnes, mais dans les villes et méme dans les cités les plus considérables. »

II. — Pour la propagande, recommandons la petite Vie illustrée du méme saint, publiée dans la collection Cattier par cet excellent M. Tilloy qui nous a donné déja des opuscules bien connus (méme collection) sur la confession, sur la confirmation, sur le saint Rosaire.

Des Enfers au Paradis, par l’abbé Marchand, curé de Bresson (Isére). — In-12 de x11- 274 p. — Grenoble, imprimerie du patronage catholique, rue Champollion, 45.

M. l’abbé Marchand fut un prétre du diocése de Grenoble, mort jeune encore |’an dernier. On trouvera, en téte de ce volume, son oraison funébre qui. est un modéle du genre, un modéle de louange sacerdotale et @émotion sincére, d’adieu fraternel et d’exhortation apostolique. Ce fut une ame délite, ot la poésie de-

: | oe AMEE DU CLERGE. | c

ployait largement ses ailes dans le monde deg réalités surnaturelles. Le poéme dont il avait concu le plan était le développement de cette parole de la liturgie de l’Ascension : Ascendens Christus in altum captivam duait captivitatem : Jésus-Christ aux limbes « aux fils d@Adam captifs ouvrit le paradis. » Dans ce cadre ce sont les plus belles scénes de l’Ancien Testament qui rentrent : les types du Messie, la foi des patriarches, les soupirs des prophétes, et jusqu’aux oracles des druides et des sibylles. .

L’auteur destinait-il ces pages a la publicité? Sa modestie Veit empéché d’y songer. Ce sont effusions intimes dune Ame de prétre; on dirait parfois presque des méditations. Des mains amies nous les offrent aujourd’hui; et la poésie chrétienne compte quelques belles pages de plus.

Saint Francois de Xavier. Sa vie et ses.

lettres. — Tome IJ : Francois de Xavier en Chine et au Japon, par le P. Cros, 8. J. = In-8

vaisin de xi 590 p., 5 fr. — Paris, Retaux.

Nous avons dit récemment, en annoncant le tome I, le haut intérét de cette publication, la plus importante, la plus complete, la plus édifiante aussi que l’on ait en France sur saint Frangois de Xavier (et non : saint Francois Xavier, ce qui n’aurait pas plus de sens que de dire, par exemple : saint Ignace Loyola, ou saint Thomas Aquin, ou saint Pierre Alcantara). La voila compléte aujourd’hui avec ce tome II; et c’est lune des plus belles pages de l'histoire de l’apostolat chrétien. Nous avons prononcé, a propos du tome I. le mot d’autobiographie, qui reste vrai de ce tome II. On a fait les plus larges emprunts 4 la correspondance de. S. Francois; c’est vraiment la vie d'un saint écrite par — lui-méme, et quoi de plus beau, de plus touchant, de plus édifiant que tant Vhumilité dans tant de grandeur, tant d’abnégation unie a tant de dévouement?

La wie divine ou la voie royale de la perfection, par le P. Nieremberg. — In-16 de 140 p., 0 fr. 75, franco 0 fr. 85. — Paris, Joseph Palmé.

Le P. Nieremberg fut un des plus féconds écrivains ascétiques du dix-septiéme siécle espagnol. Nous avons souvent déja recommandé son Traité de la dijfférence du temps aléternité, qui est un formidable coup de tonnerre a l’adresse des endurcis. La Vie divine est dédiée aux dmes pieuses. C’est un traité, trés méthodique et trés pratique, de la conformité a la volonté de Dieu. C’est un raccourci sir pour. atteindre les plus hauts sommets de la perfection; et ce raccourci, on nous le présente avec tant de clarté, on nous le met en telle lumiére, que nous sommes tentés un instant de le croire facile a escalader. A la pratique il n’en va pas tout a fait de méme. Mais c’est déja beaucoup de mettre son lecteur en si royal chemin et de lui donner la confiance d’entreprendre et l’espoir de réussir.

Vie du T. R. P. Marie-Joseph Coudrin, fondateur et premier supérieur de la Congregation des Sacrés-Ceurs de Jésus et de Marie (Picpus). Nouvelle édition, revue et notablement augmentée, par ie P. Stanislas Perron. — Un vol. 1n-8 raisin de xvu1-693 xvii p., orné de nombreuses gravures. — Paris, 4 la Maisonmére (rue de Picpus, 33), et ala librairie Lecoffre.

Le P. Coudrin fut, au début de ce siécle, le fondateur duns Congrégation quia peu fait parler delle, mais qui a été l’un des grands instruments de la miséricorde divine ; qui s’est répandue sans bruit, non seulement en France mais 4 l’étranger et jusque sur les plages les plus lointaines ; qui la premiére a abordé ’)Océanie, qui éyangélise le Chili, le Pérou, PEquateur, dirige des séminaires et des colléges, donne des missions, exerce le ministére des Ames sous toutes ses formes, en méme temps qu’a cdté des religieux, leurs Sceurs enseignent

Rene

et forment a la piété des milliers d’enfants et de jeunes filles.

La presse des deux mondes a célébré le dévouement héroique du P. Damien, qui s’est consacre seize annees durant au soulagement des lépreux de Molokai (Archipel des Sandwich). Mais personne n’a songé a se demander 4 quelle source s’était trempée cette ame, quelle congrégation avait ouvert la carriére a son apostolat.

Cette congrégation, on lappelle la congrégation de Picpus, parce qu’elle a son siége principal a Paris dans le quartier pauvre et isolé de Picpus. De son vrai nom, c’est la Congrégation des SS. Coeurs de Jésus et de Marie, parce que c’est au culte des SS. Coours que le P. Coudrin l’a youée, c’est par ce culte providentiel qwil a voulu réaliser tout le bien que sa grande ame d’apotre entrevoyait. :

Une vie de fondateur est toujours d’un intérét puissant. Les fondateurs d’Ordres sont toujours des hommes a qui Dieu donne des graces extraordinaires de lumiére et de force, et d’épreuves aussi. Les origines de la congrégation de Picpus sont d’autant plus captivantes et

leines d’intérét surnaturel que le-P. Coudrin ena congu e plan en des circonstances plus providentielles, a la fin du siécle dernier, dans ces lamentables années du Directoire. C’est le 20 octobre 1800 que les premiers religieux et les premiéres religieuses prononcerent leurs veux, 4 Poitiers. C’est dés 1793 quiil avait placé ses espérances et ses projets sous la protection des Sacrés Coeurs, 4 la vue des ruines amoncelées par un siécle dont le moindre crime n’avait pas été de se montrer rebelle aux appels si pressants du Sacré Cceur de Jésus.

Sous l’Empire et surtout sous la Restauration, le P. Coudrin fut un des ouvriers les plus actifs du relévement religieux de la France. En maint diocése ot Yamena son zéle, a Poitiers, a2 Mende, a Troyes, a Rouen, etc., il fut, malgré ses doctrines ultramontaines, honore de la confiance des administrations diocésaines et appelé aux conseils épiscopaux. Ceux qui aiment a s’occuper de cette période si émouvante et si mal connue encore de notre histoire religieuse, trouveront ici les renseignements les plus précieux.

La vie de saint Antoine de Padoue, par Jean Rigauld, Frére mineur, évéque de Tréguier, publiée pour la premiére fois par le P. Ferdinand-Marie d’Araules, Frére mineur. — Un vol. in-8 de xL-197 p. — Brives, aux Grottes de Saint-Antoine.

Les documents primitifs touchant saint Antoine de Padoue sont assez rares. En dehors de quelques pages de Barthélemy de Trente, de Salimbene, de saint Bonaventure, d’Hecleston, et de la bulle de canonisation de Grégoire IX, nous n’avons que les légendes de Thomas de Celano, de Julien de Spire, de Pierre-Raymond de Saint-Romain, et celle de Jean Rigauld, qui voit le jour aujourd’hui. La négligence des religieux de Padoue a laissé s’égarer un certain nombre de piéces ; les révolutions et les guerres ont dispersé les bibliothéques ; et surtout, au cours des divisions intestines qui pendant prés de trois siécles ont agité ’Ordre séraphique, le parti de la large observance a systématiquement fait disparaitre tout ce qui pouvait rappeler un idéal dontil ne voulait pas.

C’est ainsi que l’on avait perdu jusqu’au souvenir de la précieuse légende écrite par Jean Rigauld dans les derniéres années du xi’? siécle ou les premiéres années du xiv (Jean Rigauld fut évéque de Tréguier en-1317 et mourut a2 Rome en 1323). Le P. Ferdinand a eu la bonne fortune d’en retrouver un manuscrit 4 la bibliothéque de la ville de Bordeaux, et le publie aujourd’hui, texte latin et traduction francaise. Ce que nous venong de dire suffit 4 en faire comiee mee le puissant intérét.

Jean Rigauld s’appuie toujours sur les souvenirs et les teémoignages de ceux qui ont yécu avec le saint. Il a pris soin, dit-il, d’en interroger un grand nombre et de s’assurer de leur compétence et de leur véracité. A l’encontre de la plupart des hagiographes du moyen age, qui n’ont nul souci de préciser le cadre des événements racontés, il note exactement les contrées, les villes, voire méme les quartiers ot les faits se sont passés. Sous ce double rapport de la critique et de la précision, son

cuvre, eu égard a l’époque ot il écrivait, est exceptionnellement remarquable. Et il ne nous donne pas seule- ~ ment, comme le Liber miraculorum, un recueil plus ou moins indigeste de prodiges : c’est une biographie proprement dite, congue suivant un plan rationnel et méthodique, exposant non seulement les actes et les travaux du saint, mais aussi son caractére intime et ses vertus. : ; ae

La présente édition, avec son appareil critique, s’adresse surtout aux prétres et aux érudits. Souhaitons que l’on nous en donne bientét une traduction populaire & bon marché. On pourra en faire disparaitre la partie étymologique, qui n’est pas précisément en rapport avec les progrés de la grammaire comparee : par exemple, Jean Rigauld dérive le mot Portugal (on sait que saint Antoine naquit 4 Lisbonne) de portans gallum, futurum proeconem evangelice veritatis ; — Ulixbona (Lisbonne), gquoniam datura alium Ulivem ; — Antonius: ANie TOnans...,vel ANgusta TOlerans, Nitidis Utens ; — Fernandus : FERvens NArdus, vel Fune Extenuans Renes, Novos Amans Rudes, Dux Veritatis Solide, etc.

Les Origines de Notre-Dame de Lour- des, Défense des évéques de Tarbes et des Missionnaires de Lourdes, par M. Pabbé Paul Moniquet. — Un vol. in-12 de 500 p., 3 fr. 50. — Paris, Savaéte, 76, rue des Saints: Péres.

Ce volume était imprimé avant la mort de M. Henri Lasserre, et il faut le dire, pour qu’on ne soit point tenté de faire un crime a M. l’abbé Moniquet d’avoir eu la « défense » aussi agressive.

Nous ue voulons pas faire de réclame tapageuse autour de ce livre, et nous sommes stirs que dans les circonstances actuelles auteur lui-méme nous approuvera. Personne n’étant plus la pour obscurcir l’histoire, la vérité ne tardera pas a briller de son éclat tranquille et vengeur.

Les grandes guérisons de Lourdes, par le docteur Boissarie. — Paris, Téqui, 1900. — Un beau volume in-i0 de 560 p., 10 fr. — Edition illustrée de 140 similigravures dans le texte, ef de 24 gravures hors texte sur papier couché.

De suite, et avant d’entrer dans la critique de l’ouvrage, que nous avons lu avec le plus vif intérét — d’autres diraient comme un roman passionnant,— nous avons hate de dire que c’est une cuvre de toute valeur, capable de faire un bien considérable, on peut méme dire un bien immense si les catholiques savent la faire connaitre et la répandre; un livre qui fait le plus grand honneur a son auteur, et, par son édition, 4 la maison Téqui, laquelle n’a rien négligé pour étre 4 la hauteur du sujet; un livre enfin qui devrait se trouver dans toutes les bibliothéques chrétiennes. Je veux bien, étant donné le luxe de son édition, qu’il paraisse un peu cher pour la propagande, mais combien cette fameuse propagande, dont on parle tant et qui est souvent si mal comprise, serait plus intelligente, si elle propageait moins comme quantité et plus comme qualité! Combien j’en ai vu, poussés d’ailleurs par les meilleures intentions, qui se disaient: « Tel volume ne cotvte que tant, achetons-le! nous pourrons en donner davantage aux écoles, aux distributions de prix, aux bibliothéques, a nos amis..., » et qui donnaient ainsi des ouvrages de dernier ordre, dont il n’y ayait qu’a souhaiter quils ne fissent pas de mal par leur médiocrité. Gombien le zéle de la propagande serait mieux éclairé 4 distribuer moins, puisque, hélas! les ressources sont limitées, mais a distribuer mieux, avec un choix plus judicieux, des ouvrages qui, semblables a celui dont nous parlons, laisseront toujours une trace profonde chez tous les lecteurs. Qu’ils ouvrent Les grandes guérisons .de Lourdes, les incrédules les plus endurcis, par la solidité des preuves accumulées scientifiquement, verront leur incrédulité ébranlée, et les croyants sentiront leur foi raffermie. Je ne puis enfin qu’approuver le luxe méme de l’édition, puisque ce luxe consiste en grande partie 4 reproduire de helles photographies qui font voir les miracles eux-mémes, si je puis ainsi parler.

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Le volume s’ouvre par une belle préface de Mer Mério, démontrant, n’en déplaise aux prétendus intellectuels, quwil y a plus de philosophie chez le modeste croyant qui, sachant la toute-puissance de Dieu, demande sa guérison et croit qu'il peut obtenir ce détail de celui qui a eréé les mondes, que chez le sophiste superficiel niant

la eo de cette intervention.

Apres avoir rappelé que le miracle remplit I’Kyan- gile sous toutes les formes, le savant auteur de cette préface ajoute :

© Mais voila bientot un demi-siécle que les miracles ~ se succédent a Lourdes, tantot publiquement, sous les eux de la foule émue et sous le controle rigoureux des ommes de science, tantot discrétement, dans l’intimité silencieuse, sous le regard de Dieu. Des sourds, des aveugles, des muets, des paralytiques, des cancéreux, des phtisiques, des moribonds abandonnés et condamnés par Vart impuissant des hommes, se lévent, guéris instantanément, sans passer par les lenteurs inexorables qui caractérisent les guérisons naturelles. Emerveillés et reconnaissants, ces miraculés répétent autour @eux la parole qui n’a jamais cessé de prouver la divinité de l’Kglise : « Les aveugles voient, les sourds « entendent, les paralytiques marchent, et les malades « sont guéris. »

« Ht tout cela se fait au grand jour. Ce n’est pas dans la pénombre d’un laboratoire ou d’un amphithédatre, dans les ténébres ott se plaisent les esprits invisibles, les mages, les prestidigitateurs effrontés, c’est devant la foule, avec l’audace d’un défi divin, que le miracle se produit ici, qu’il confond Vinerédulité timide du respect humain et la négation arrogante de l’orgueil. »

Ce ne sont plus la des théories que chacun, avec le manque d’esprit philosophique qui caractérise notre époque, puisse discuter; ce sont des faits, des faits matériels dont la science moderne se dit passionnée, des faits qu’il devient impossible, sous peine de ridicule, de nier, et qui s’imposent, par suite, A étude de tous les esprits sérieux ou de ceux qui ont la prétention d’étre de ce nombre.

« Nier ces guérisons éclatantes qui se renouvellent sous nos yeux, qui sont affirmées par tant de témoins véridiques, ce n’est plus possible, et ne pouvant les nier, il a faliu en chercher I’explication. »

D’ou trois écoles : celle de la Salpétriére, organiciste et matérialiste, qui « affirme comme d’incontestables principes des hypothéses aux apparences scientifiques qui n’ont jamais été démontreées, ni par Vexpérience, ni par la raison, ni par la physiologie, ni par la philosophie, » et qui-confond les hystériques détraqués de la Salpétriére « marqués du sceau de la béte, et ces malades de Lourdes qui attendent leur guérison dans toutes les males beautés de la dignité humaine, dans la priére et la sérénité ; » E

L’école de Nancy, qui « raméne a la suggestion les miracles et les phénoménes merveilleux, » comme si la suggestion, capable d’atteindre un trouble fonctionnel, pouvait tuer les microbes, crétifier les tubercules, cicatriser l’ulcére rond de Vestomac, refaire spontanément des os broyés, ce qui se voit journellement a Lourdes. : ;

D’ot la troisiéme école, celle du docteur Boissarie, qui, n’en déplaise aux autres, est la seule scientifique, puisqu’elle se base sur les faits, les faits multiples, innombrables, démontrés mathématiquement, et qui, a coté des phénoménes purement physiques et naturels, reconnait l’intervention divine se traduisant par des effets préternaturels et que nulle subtilite de rhéteur ne pourra jamais expliquer autrement que par le surnaturel. ks Se :

Ceux qui aprés avoir étudié sérieusement Ja question, ne voient pas que la vérité est la et n’est que Ja, sont des gens qui ne veulent pas voir ou dont Vintelligence est tellement obscurcie par les préjugés et les passions qwils sont incapables de toute méthode scientifique — car cest contre eux que se retourne leur argument — et de toute logique. Puisque nos prétendus savants nvadmettent que des faits, en la circonstance, voila le

it!

at maintenant, on n’attend pas de nous que nous analysions, en tous ses détails, le grand ouyrage du docteur Boissarie. Ce ne serait plus une critique, mais des citations succédant 4 des citations, et qui toutes perdraient a étre résumées, puisque cest precisément par l’accumulation et la précision des détails et des faits démontrés que vaut ce magnifique travail. Du moins youlons-nous en donner une idée et un large

aper¢u.

L’AMI DU

CLERGE

Le premier chapitre est particuliérement consacré 4 la clinique de Lourdes. Comme il y a nombre d’ignorants qui s‘imaginent, ou cherchent & se persuader que cette clinique, ol s’étudient les guérisons, est fermée, il est bon de leur apprendre, a titre d’exemple, qu’en 1897 seulement, plus de deux cent vingt médecins ont assisté aux séances toutes scientifiques de cette clinique et que plus de deux cent trente procés-verbaux de guérisons ont été dressés devant eux. Il est bon d’ajouter que c’est en nombre de plus en plus considérable que les médecins vont a Lourdes, attirés par les phénoménes quils ont yus. Il en est méme qui s’y rendent pour chercher leur propre guérison et qui ont été guéris.

« Si nous prenons les résultats du Pélerinage national, dit le docteur Boissarie, nous voyons que mille malades, dans l’espace de trois jours, nous donnent une moyenne de cent guérisons; c’est une proportion de dix pour cent. »

D’autre part, sur 10,000 malades ayant séjourné un mois environ a Lourdes, on n’a constaté que 20 décés, en dépit des fatigues de toutes sortes, de la contagion, etc. Sur le méme chiffre, dans les hépitaux de Paris, la moyenne des décés est de 3 a 400!

Au Pélerinage national de 1898, pour citer encore un exemple, en trois jours, on a compté 95 guérisons, comprenant : 37 poitrinaires, 11 mal de Pott, caries et tumeurs blanches, 1 hernie, 1 aveugle, 2 neurasthénies, 5 ulcéres de Pestomac, 4 rhumatismes, 2 traumatismes, 8 maladies nerveuses, 4 dyspepsies, 3 ataxies, 8 paralysies, 1 asthme, 1 épilepsie, 2 lupus, 2 rachitismes, 4 divers.

Huit maladies nerveuses sur 95 guérisons, voila qui répond aux faux savants qui n’attribuent les guérisons de Lourdes qu’a une sorte d’autosuggestion. Ht remar-

-quez que ce sont les poitrinaires qui sont les plus nom-

breux. Je voudrais bien savoir comment le magnétisme et la conviction d’étre guéri s’y prennent pour refaire, séance tenante, des poumons qui n’existaient plus.

Il y aurait, a ce sujet, 4 citer un cas pris au hasard, celui de sceur Julienne, de Brive, arrivée au tout der-— nier degré, a l’agonie, et soudainement revsuscitée ! C’est frappant ! Mais les citations m’entraineraient trop loin. ;

Il est pourtant des sceptiques, ignorants des merveilles de Lourdes, qui, contrairement 4 toute preuve scientifique, voudraient encore nier, disant « Soit, Vémotion a pu procurer une surexcitation nerveuse ayant donné Vapparence d’un mieux; mais en réalité, il n’y a pas de guérison. » Ceux-la ne savent pas avec quel soin les malades sont examinés dans la clinique. Ce quwils ignorent certainement, c’est qu’on suit ces malades aprés leur guérison.

Prenons encore un exemple. En 1896, 14 jeunes filles poitrinaires de l’asile de Villepinte, viennent a Lourdes. (On cite naturellement leurs noms et leurs pays, comme ceux de tous les miraculés, d’ailleurs). Sur ce chiffre, 8 sont guéries ; 6 partent de Lourdes sans changement. Trois ans aprés, voici Vétat social des jeunes filles guéries : 1 employée de commerce, 2 novices, 1 mariée, 1 femme de chambre, 1 institutrice, 1 maitresse de gymnase, 1 domestique. Sur les 6 non guéries, 2 sont trés malades et 4 sont mortes.

Mais ces statistiques ne peuvent convaincre, si l’on ne voit de quelle fagon elles sont établies, et ce ne sont que de froides énumérations, a cdoté des récits circonstanciés, vivants, étayés de preuves irréfutables, de témoignages indéniables, dont est plein l’ouvrage du docteur Boissarie. — -

Kt cest pourquoi nous serions encore tenté de citer une anecdote, le récit complet d’une guérison, celui, par exemple, de Aurélie Huprelle. Mais ce serait dépasser les limites d’une simple critique, et il ne nous reste qu’a insister encore pour gu’on lise le tout dans le livre lui-méme. Personne, incrédule méme ou croyant, nous en avons la certitude, ne nous fera, aprés cette lecture, un reproche d’avoir trop insisté.

Mais je m’apergois qae je n’en suis encore qu’aux premiéres pages de l’ouvrage ! Sans méme citer, je n’en finirais done pas, si je voulais résumer. Il ne me reste donc qu’a donner Je litre des chapitres, aprés les deux premiers, dont je viens de parler et qui ont trait, le Je’ a la clinique et le 2° aux poitrinaires : III. Les plaies. — IV. La guérison du cancer a Lourdes. — V. Comment on constate un miracle. — VI. Coxalgies. Tumeurs blanches. Mal de Pott. — VII. La conversion dun médecin anarchiste. — VIII. L’ulcére de l’estomac. — IX. Les faux miracles. — X. Maladies des yeux. —

XI. Sourds et sourds-muets. — XII. Les paralysies. — XIII. Plaies intérieures. — XIV. Les maladies nerveuses. — XV. La Belgique 4 Lourdes. — XVI. La suggestion 4 Lourdes. — XVII. Zola. Le roman et Vhistoire. — XVIII, Conclusion. ‘

J’aurais une joie particuliére 4 m’arréter au chapitre de Zola, parce que toute pose, toute prétention injustifiee, tout orgueil mal placé me révolte. Il faut voir comme ce romancier prétentieux et ridicule, qui a ’aplomb de se donner pour un documentaire, étudie les documents ! Tl faut voir comme il défigure les faits, comme il les contourne, comme il les renverse, comme il les annule ! C’est le rebours de la vérité! Ceux qwil fait mourir, vivent guéris! C’est tout simplement grotesque de parti pris et d’ignorance, de légéreté et d’inconscience. Qu’un romancier fasseé du roman, soit! nous nous contenterons de dire : C’est du roman. Mais qu’un personnage quelconque, en faisant ceuvre antilittéraire, vienne prétendre au roman documentaire, et qwil défigure tous les faits, qwil les retourne, c’est trop! On n’a pas le droit de se moquer ainsi des gens! Qui lira l’ouvrage du docteur Boissarie comprendra vite que cette critique est loin d’étre excessive.

Sur le chemin du Calwaire, par le R. P.

Hébert, O. P. — Un vol in-12 de 250 p. — Prix franco : 2 fr. 45. — Maison de la Bonne Presse, 5, rue Bayard, Paris.

« Ces douze méditations ou lectures spirituelles, d’aprés saint Thomas, forment un petit chef-d’muvre de style, de doctrine et de piété. C’est avis unanime de tous ceux qui les ont lues. » ;

Ainsi promettait le petit prospectus encarté dans le livre. Mais ces petits prospectus, estampillés de la traditionnelle formule « Priére d’insérer, » n’arrivent jamais 2 bout de nous convaincre a demi. Nous ne nous fions qu’a notre examen personnel.

Cette fois-ci nous sommes tombé d’accord avec le prospectus. Ce petit volume mérite vraiment de notre part une recommandation spéciale.

Un de nos amis nous disait naguére : « Voyez-vous, ea fait de livres, je n’aime guére que ceux que tout le monde comprend. — Par exemple ? — Par exemple, le bon vieux saint Thomas. — Saint Thomas? Allez voir en parler aux trois quarts des curés... — Eh bien! tant pis pour eux. »

Et notre ami, qui nest pas encore un bon vieux, avait grandement raison. I] ya dans saint Thomas une puissance de pensée, une netteté d’exposition incomparables. Le P. Hébert en a fait « son guide ordinaire, » nous dit-il, presque « son inspirateur unique, » dans ces méditations, dédiées « aux ames pieuses, » parce qu’on n’y trouve aucune reconstitution du milieu historique ou social, aucune discussion .savante relative aux personnages ou aux événements. Hin effet, La Passion du R. P. Ollivier rend maintenant inutile tout travail a ce sujet. Mais « les ames pieuses » feront bien de donner a ce livre une sérieuse attention.

Voici les titres des douze méditations : L’arrét et les juges; Le sacrifice de Jésus; Les trois chutes; Rencontre de Jésus ef de Marie; L’épreuve ; Véronique ou la charité; Les bonnes larmes; Jésus est dépouillé de ses vétements ; La croix et l’agonie; La rancon ; Ensevelissement et sépulture; Le tombeau. — Autant de magnifiques sermons pour un prochain Caréme.

Donnons une rapide analyse, par exemple, de Véronique ou la charité. L’action de Véronique est une lecon de charité envers tous les crucifiés de la vie. — La premiére tristesse de notre terre, c’est la loi du travail pénible qui pése sur nous: le travail qui use létre qui l’accomplit, le travail dont les résultats se font attendre dans l’angoisse, le travail qui écrase et déforme ses esclaves des champs ou de la ville. A tous ces crucifiés du travail, respect et amour comme a des fréres et 2 des amis. — « La douleur est le second c¢alvaire sur lequel l’humanité agonise. » Or, nous ne pouvons pas empécher les larmes de jaillir, mais nous pouvons les essuyer, en y compatissant. Pour compatir a la souffrance, il faut aimer, il faut avoir souffert. — Il] y aentin « les crucifiés de la violence. » Ce sont les victimes de la force brutale, depuis les enfants martyrs jusqu’aux peuples esclaves; les victimes de l’injustice et de la cupidité, en proie aux « miséres immeéritées »; enfin les victimes des passions. — Dans ce vaste

L’AMI DU CLERGE oy eee .

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champ, que doit faire la miséricorde chrétienne ? D’abord, reconnaitre franchement l’existence du mal. Puis, chercher quels sont les remédes convenables. Enfin, réaliser dans la mesure de ses moyens les parties applicables du programme social de soulagement, en agissant avec désintéressement, méme envers les malheureux qui sont « peu dignes d’intérét. »

Nous ne voulons pas terminer cette notice bibliogra- — phiqne sans demander au R. P. Hébert de nous donner chaque année un commentaire aussi précieux des questions les plus intéressantes de la Somme théologique. Aprés Le Chemin du Calvatre, pourquoi n’aurions-nous pas bientot Le chemin de Bethléem ¢#

Entretiens spirituels de M. Dupont, le saint homme de Vours, recueillis et mis en ordre par M. l’abbé Fourault, auteurdu Mors de la Sainte Face.— Un vol. in-8 de vin 3812 p., 3fr.— Fours, Cattier.

‘es Entretiens forment tout un cours de spiritualité sur les différentes vertus et les grandes dévotions chrétiennes. M. Fourault les a extraits des conversations du serviteur de Dieu et de sa volumineuse correspondance, dont il a pu prendre connaissance lors de la recherche des écrits ordonnée par Mgr Meignan. C’est la simplicité méme que ces paroles de M. Dupont. Mais quelle foi! quelle élévation d’ame! quelle pénétration de vue!

Hélas ! que de jeunes vicaires rougiraient de parler aussi simplement que cela! et que leur parole est loin de prodnige les fruits que produisait celle de M. Dupont

A quoi l’on répondra : Oui, c’est trés juste; mais pour parler comme les saints, il faut étre saint soi-cméme. — Peut-étre.

L’Kvangile des dimanches et des principales fétes expliqué verset par verset, par M. Vandepitte, doyen honoraire. — In-16 cartonné de 450 p., avec gravures, 4 fr. 50. — Cambrai, F. Deligne.

Crest une huztiéme édition que nous annongons, et ce chiffre dit assez haut le mérite exceptionnel de l’euvre. Au reste, il y a longtemps que nos lecteurs ont fait connaissance avec lEvangile de M. Vandepitte, qu’ils l’ont étudié, pratique, fait savourer a leurs ouailles, grandes et petites. Car, si cet Evangile est rédigé sous forme catechistique, par demandes et réponses, il n’en est que plus facile 4 adapter en forme d’instructions claires et solides. Sens litteral, éclaircissements historiques, explication morale, rien ne manque yraiment A ces pages substantielles. Nous connaissons plus d’un curé qui, revenu de la « grande prédication, » s’est remis a précher simplement l’Eyangile, en prenant pour guide le pénétrant commentaire de M. Vandepitte.

; Feélicitons aussi léditeur, qui a fait a cette huitiéme édition une parure typographique digne du texte et l’a enrichie illustrations de bon gott.

L’exercice de la commanion spirituelle, par le P. Fran¢ois de Vouillé, capucin. — In-18 de 260 p. — Tours, Cattier.

Ce petit livre est dédié principalement aux enfants qui se préparent a la premiére communion; et assurément entre tant d’exercices préparatoires, nul ne saurait étre aussi efficace et fructueux que celui de la communion Spirituelle. Il y a la une ressource d’un prix inestimable, trop négligée parce qu’elle n’est pas connue, pas connue des enfants 4 qui l’on n’en parle pas, et quelquefois aussi, oubliée des catéchistes eux-mémes.

Ce n’est d’ailleurs pas seulement aux enfants, mais aux ames pieuses en général que ces pages doivent aller. On y trouvera un exposé de la communion Spirituelle, plus doctrinale 4 la fois et plus pratique que dans aucun autre ouvrage publié jusqu’a ce jour.

Reste a en souhaiter, pour les enfants eux-mémes une. édition de propagande, aussi courte et aussi bon marché que possible.

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Voyages de corps et @esprit, par Marius Sepet. — Un vol. in-12 de 823 p, 8 fr. 50. — Paris, Téqui.

Voyages de corps, oui, sans doute, et a travers les sites les plus pittoresques, les plus reposants que l’on puisse désirer : sombres profondeurs de la Forét-Noire, verdures savoyardes, sauvages découpures des cdtes bretonnes, calmes sourires des paysages saintongeois...; —iImais surtout, voyages desprit. O Vaimable érudit que M. Marius Sepet! et comme le passé lui remonte gentiment en mémoire! que de Souvenirs! que de rapprochements ! que de gaité sémillante! et quel bonheur

de courir en si aimable compagnie par monts et par

vaux, a travers champs de l'histoire et de la vie contemporaine !

: La communion fréquente au point de

wue théorique et pratique, Hiudes de - théologie pastorale, par Mgr Amédée Curé. —

Un vol. in-42 de vir 535 pages. — Prix : 3 fr.— , Gauvre de Saint-Paul, Paris, 6, rue Cassette.

Ce volume contient trois études qui ont paru succes-

‘sivement dans l’Ami du Clergé, en 1897, 1898 et 1899,

avec beaucoup d’additions, de notes et d’appendices trés intéressants.

La premiére pose les principes et les régles concernant la communion fréquente.

La seconde examine si l’on doit précher la communion fréquente, et dans quelle mesure on doit l’accorder aux différentes catégories de personnes.

La troisiéme s’occupe de quelques difficultés - qui pourraient s’opposer a la communion fréquente.

Ces études ont été, 4 mesure qu’elles ont paru, trés remarquées en France et a V’étranger.

« Je me range enti¢érement a votre opinion, qui est trés raisonnable et fonciérement catholique, » écrivait 4 ’auteur un chanoine de Vienne, M. le Dt Baron d’Hackalberg.

Un professeur du Collége germanique a Rome, le R. P. Guill. Arendt, S. J., « aprés avoir lu et relu ces articles, » félicitait ’auteur « de la maniére vraiment magistrale avec laquelle il avait trailé un sujet si épineux et si délicat. Personne ne vous a égalé jusqu’ici, au moins 4 ma connaissance. »

Mgr Isoard, évéque d’Annecy, appelait aussi ces études « trés complétes et exemptes de tout parti pris, de tout emballement de doctrine. »

L’auteur a recu de semblables témoignages de toute sorte de personnes, prétres, religieux, laiques méme.

Il exprimait dans son avant-propos le désir que son travail « fit en quelque sorte le dernier mot de la question. » Nous croyons que beaucoup penseront avec nous qu'il a réussi. : 2 2a

Un second volume sur la Communion des religieuses suivra bientét. Mgr Curé nous en a donné la primeur. (Voir Ami du 1°" mars et le présent numéro).

Atias-Larousse illustré.—Un vol. gr. in-40 de 387 p., rel. demi-chagrin, 82 fr. — Librairie Larousse, Paris.

Paris-Atlas.— Méme format. En cours de publication. — Par fascicules, 15 fr.; en un vol. relié demi-chagrin, 20 fr.

Ou est-il, le temps, pourtant pas encore trés lointain, car je ne suis pas un ancien, ow nos livres élémentaires — élémentaires, et les autres aussi! — de géographie, étaient que fatigantes nomenclatures de noms et de chiffres, absolument faits pour dégotiter a tout jamais de cette science si intéressante, si variée, Si vivante, les plus intelligents des enfants? Ou est-il, le temps ou les plus complets de ces ouvrages n’avaient pour tout ornement que de rares et parcimonieuses gravures, faites

par a peu prés, de chic?

ici maintenant que enfant voit de ses propres yeux oo Vauteur lui res Ce monument dont il se faigait une fausse idée, cette ville quil se représentait plus ou moins mal, cette montagne, ce paysage, cette vallée, cette ile, cette merveille qu'il ne connaissait que par on-dit, il les a maintenant devant lui. Et non pas

seulement ce monument, ce chef-d’ceuyre, cette merveille

de France ou d’lurope, mais du monde entier, des

pays les plus inconnus de la foule, que de rares explorateurs ont seuls visités. Et ce qu’il voit n’est pas de la peu prés, c’est la chose méme photographiée. Tl voyage, en un mot, il compare, il admire, et, par suite, il n’oubliera plus.

Ces réflexions nous sont suggérées par la lecture de PAilas- Larousse illustré, un magnifique volume de prés de 400 pages, du format du Dictionnaire, et qui ne renferme pas moins de 42 cartes et de 1158 belles reproductions photographiques d’une remarquable finesse et d'une rare beauté artistique. Sans doute, d’autres ouvrages analogues renfermaient déja de nombreuses gravures, mais, comme le dit justement la préface, .V’illustration oceupe une place si considérable dans ce yolume, elle est répandue avec une profusion et une richesse telles qu’on peut considérer cette @uyre comme une innovation. Ht ce n’en est pas une de moindre mérite que de n’y avoir admis que le document photographique. Quand on pense que toutes ces reproductions sont d’un art parfait et qu’elles proyiennent de photographies tirées' dans toutes les parties du globe, sur les glaciers les plus périlleux comme dans tes plus sauvages régions des tropiques, on comprend le merveilleux effort qwil a fallu faire pour arriver. a recueillir une pareille

documentation et Vintérét exceptionnel qu’elle offre au

lecteur. Cet atlas pourrait d’ailleurs fort justement s’appeler

un atlas-géographie, les cartes et les gravures étant ac- ©

compagnées d’un texte qui n’a rien d’une séche nomenclature, qui évite toutes les surcharges inutiles, mais quin’oublie rien @’essentiel, rien de ce qui peut étre d’un intérét réel et ne néglige surtout nulle découverte moderne, nulle actualité. Artistique, scientifique, vivant, essentiellement moderne, complet sans longueurs, tel est done l Atlas-Larousse illustré.

Il importe d’ajouter que, pour les cartes tout comme pour le texte, les auteurs ont soignaeusement écarté toutes les inutilités de tant d’atlas qui semblent ne viser qu’a offrir des hiéroglyphes aux simples mortels. Ici, les cartes, par ’usage modéré des couleurs, la netteté et la sobriété des signes, sont d’une lecture assez facile pour qu'un énfant puisse les comprendre aussitot. L’ouvrage s'adresse done aussi bien aux tout jeunes gens qu’aux lecteurs les plus instruits.

Le légitime et grand succés de cet atlas deyvait engager l’éditeur a entreprendre d’autres publications du méme genre. C’est ce guil a fait, il y a quelque temps, en commengant l’édition @un Paris-Atlas. Le nombre des ouvrages publiés sur Paris est légion, mais la plu-

part d’entre eux ne s’adressent qu’a des érudits, voire ~

méme a telle ou telle catégorie d’érudits. Pour le public gui veut voir Paris tout entier ef non a un point de vue spécial, il n’y avait rien, saufles guides dont on connait la sécheresse, ou des albums de vues sans texte et incom plets.

Le livre artistique et complet, documenté et prodigue dillustrations photographiques parfaites, manquait. Il existe maintenant, et c'est Paris-Atlas.

Le parisien y apprendra a mieux connaitre ce qu'il ignore généralement, et l’étranger y retrouvera vivant le Paris daujourd’hui. En plus des superbes Ewa l’ouyrage renferme, avec un plan d’ensemble et des plans

des environs, un plan spécial pour chacun des vingt

arrondissements. Toutes ces cartes sont ailleurs, pour la commodité du lecteur, imprimées en huit couleurs. Quant au texte, ila été confié 4 M. Fernand Bournon qui, depuis plus de vingt ans, se consacre 4 Vhistoire parisienne.

Paris-Atlas, dont le prix sera, a l’achévement, de 23 fr. relié, se publie actuellement en fascicules a0 fr. 75. Il comprendra vingt-cing fascicules. On souscrit a l’ouvrage complet moyennant 15 fr. La souscription au volume relié demi-chagrin est de 20 fr. D’ailleurs, pour les détails, car il y a plusieurs modes de souscription, il suffit de s’adresser a la librairie Larousse, 17, rue Montparnasse, Paris.

La Vérité populaire, Tracts hebdomadaires.

— S'adresser a M. l’abbe Le Conte, vicaire général honoraire, 4 Chalons-sur-Marne, 25, rue Pasteur.

L’an dernier (p. 1166), nous avons consacré tout prés de deux colonnes 4 l’ceuyre des Tracts hebdomadaires. Nous ne sayons si notre article a tant soit peu servi a augmenter leur tirage, et dans le doute nous pencherions

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