‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 205 sur 276 · PASTORALE, PREDICATION · texte numérisé non relu

PASTORALE, PREDICATION

DIRECTEUR ET RepacTeuR EN CHEF: F. PHRRIOT ANCIEN SUPERIEUR DU GRAND SEMINAIRE DE LANGRES

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LA COMMUNION DES RELIGIEUSES

(Troisiéme article)

Ill. — OBsEcTIONS DE FOND

Nos légéres divergences avec le R. P. Huber étant expliquées, nous abordons maintenant les objections plus fondamentales qui nous sont faites en troisiéme lieu.

Ce qui nous plait dans ces nouvelles attaques, ce nest pas précisément ce que notre éminent adversaire dit de flatteur sur notre travail, au point de vue théorique ; mais c’est que :

a) Il n’a trouvé 4 attaquer aucun de nos arguments ; il s’est borné a énoncer les difficultés que

- peut suggérer notre these. Or, on sait que quand

on ne peut pas ébranler les arguments d’une

‘thése, on a beau soulever contre elle toutes les objections possibles, cela ne la détruit pas. H se

trouve toujours un moyen de réduire a néant les objections. On le voit, par exemple, a chaque page de la Somme de saint Thomas, lorsqu’il répond aux différentes objections qu’il apporte lui-méme contre ses propositions.

Dés qu’une proposition est l’énoncé d’une vérité, toutes les objections qu’on peut y faire ne peuvent rien pour l’ébranler ; il reste seulement a chercher

comment la part de vérité qu’elles contiennent

se concilie avec la proposition attaquée, et comment ce qui s’en écarte s’écarte par la-méme de la véerité,

b) Il a réuni en quelques lignes les objections principales, ou si Von veut, fondamentales, que lon peut faire contre notre thése de la communion la plus fréquente possible pour les religieuses. C’est un grand service qu’il nous a rendu, parce quwil nous dispense de chercher nousméme ce qu’on pourrait alléguer 4 l’encontre, et parce que ce qui a pu faire impression sur un esprit aussi élevé, est aussi ce qui est le plus propre & faire hésiter des esprits moins fermes.

Nous allons done essayer de déméler dans ces objections ce qu'il y a de vrai et ce qui nous parait faux, sans nous écarter du respect»dt a notre éminent adversaire.

Notre premier travail, quoiqu’il lait trouvé complet et savant, ne Va pas convaincu, dit-il. Kspérons que le second, quoique beaucoup plus court, sera plus heureux, car nous ne voulons Vappuyer que sur des autorités que personne ne saurait récuser.

Les objections de fond qu’on nous fait sont de deux sortes : les objections a priori et les objections @ posteriori.

Les premiéres disent : Ce que vous soutenez, ne peut pas étre vrai, car 1° c’est contraire a l’usage de l’Eglise pendant plusieurs siécles et des siécles tres glorieux; — 2° ¢’est un mouvement de réaction contre la rareté relative des communions, or toute réaction dépasse la mesure; — 80 c’est une correction apportée aux régles qu’ont données les fondateurs et les réformateurs d’Ordres, qui savaient cependant tres bien comment on doit user de la sainte communion ; — 4° enfin, c’est en opposition avec la loi physiologique, formulée par saint Augustin, que les choses auxquelles on syhabitue, perdent forcément de leur valeur Assuela vilescunt.

Les secondes, fondées sur l’expérience, disent, en résumé : 4° que le confesseur connait trop peu les religieuses pour juger si leurs dispositions les rendent capables de faire la communion tous les jours; les supérieures, femmes, sont beaucoup plus 4 méme d’en juger que lui; — 2° qu’un grand nombre de religieuses ont une quantité de défauts qui, sans donner de scandale proprement dit, sont de nature & nuire beaucoup a lobservation de la régle et au bon esprit de la maison, et que cependant ce sont celies-la qui sont les premiéres 4 obtenir la communion quotidienne ; — 80 que les prétres francais, en général, sont peu aptes 4 diriger des religieuses, parce qwils n’ont pas été formés pour cela, mais pour le ministére paroissial, et que trés peu ont les aptitudes quwil

faudrait pour cette mission; — 4° que le milieu dou sortent et dans lequel vivent les religieuses a la foi tellement appauvrie qu’elles ne semblent guére pouvoir étre admises 4 la communion quotidienne.

Voila, si nous ne nous trompons, aussi exactement que possible, les objections de fond que Von croit avoir 4 faire contre la communion quotidienne ou trés fréquente des religieuses.

Examinons-les rapidement,

§ der, — Objeclions a priori

1re Objection. — La thése de la communion quotidienne des religieuses ne peut pas étre vraie, car elle est contraire a l’usage suivi dans l’Kglise pendant plusieurs siécles, et des siecles trés glorieux, par exemple le xi siécle, le siécle de saint Louis, de saint Thomas et de saint Bonaventure. Alors, saint Bonaventure reconnaissait lui-méme qu’en dehors des réligieux prétres, il y en ayait peu d’autres a qui on pit accorder la sainteé communion plus souvent que tous les dimanches et les jours de fétes. Saint Louis luiméme ne communiait que six fois par an.

Réponse.— Nous avouons volontiers que pendant le moyen Age il y a eu un relachement trés marqué pour la sainte communion, non seulement parmi les laiques, mais parmi les religieux.

Parmi les laiques : |’Hglise a été obligée, pour

ne pas donner lieu a tant d’infractions a ses lois, de réduire les trois communions annuelles, qui étaient d’obligation, a la seule coramunion pascale, et encore a-t-elle du la prescrire avec menace d’excommunication et de privation de la sépulture ecclésiastique.

. Parmi les religieux : saint Bonaventure nous dit quil y en a peu qui puissent étre admis a communier plus souvent que tous les dimanches et les jours de fétes; et nous avons vu une regle donnée 4 des Sceurs cloitrées du Tiers Ordre de Saint-Francois n’exiger d’elles que trois confessions et trois communions par an !. Les religieuses clarisses elles-mémes n’avaient dans leurs régles que sept communions par an. De méme, dans le Tiers Ordre de Saint-Dominique, la communion n’était prescrite que quatre fois par an; ce n’est que plus tard que l’usage dela communion mensuelle s’introduisit peu a peu 2.

Que conclure de ces faits ?

Que l’Eglise approuvait ce relachement général de ses enfants pour la sainte communion? — On ne youdrait pas le dire.

Que c’était un progrés sur ’usage des premiers slecles, ou méme les simples fidéles communiaient tous les jours ? — Evidemment non.

Tout ce que l’on peut dire, c’est que c’était une suite presque inévitable du penchant naturel

' Ami du 17 mars 1900, p. 188.

2 Voir Jandel, Manuel du Tiers Ordre de Saint- Dominique, p. 548.

qu’ont les hommes a chercher leurs aises et a fuir tout ce qui les géne. Or, la communion fréquente © est un grand obstacle 4 la vie molle et sensuelle et elle impose 4 la nature beaucoup de privations et de sacrifices. Il n’est donc pas étonnant que, méme au moyen 4ge, on ait cherché a s’en éloigner, pour étre plus libre. On avait trop de foi pour youloir faire la sainte .;communion d’une maniére indigne; et d’autre part, on n’avait pas assez de courage pour s’imposer les sacrifices qui

~ auraient rendu digne de communier souvent. Par

suite, on remettait la communion jusqu’a la derniére extrémité, c’est-a-dire jusqu’au jour ou elle était prescrite sous peine de péché mortel. Alors on s’y soumettait, il le fallait bien, puisqu’on était menacé d’excommunication si on ne Vayait pas fait. On faisait treve a ses désordres pendant quelque temps. Mais comme on avait toujours le méme penchant au mal, une fois qu’on y était retombé on ne se donnait plus la peine d’en sortir jusqu’a ce que le précepte formel de l’Eglise en fit de nouveau une obligation. C’est cette malheureuse tendance de notre nature au mal, tendance qui n’était pas moindre dans le moyen age que de nos jours, qui explique la rareté relative des communions parmi les fidéles.

Il y avait cependant aussi une autre raison plus douloureuse encore : c’était le relachement presque général du clergé. A une époque ow l’on rencontrait presque partout des prétres et méme des évéques simoniaques et concubinaires 4, comment les simples fidéles auraient-ils pu réagir contre cette funeste influence du clergé et étre plus zélés que leurs pasteurs ? Comment auraientils eu méme la pensée de recourir 4 leur ministere en dehors de lépoque prescrite, c’est-a-dire du temps pascal, et peut-étre des temps de Noél et de la Pentecdte? Il aurait fallu un courage héroique pour aller les déranger au milieu de leurs occupations, ou de leurs amusements ou de leurs désordres, et leur demander d’entendre des confessions et de donner des communions de simple dévotion. C’etit été s’exposer non seulement a leurs refus, mais a leurs risées et & leurs rebuffades.

Ce que lon peut admirer dans ces tristes temps, cest que, malgré tous les scandales dont les fidéles étaient témoins, ils aient conservé la foi et le respect des choses saintes dont beaucoup de leurs pasteurs faisaient un si indigne abus. Sans une protection particuliére de Dieu surson HKglise, la foi n’aurait pas tardé 4 s’éteindre au sein des populations chrétiennes.

On comprend trés bien que des peuples entiers aient pu se détacher de l’Hglise a l’époque du protestantisme. Ils n’avaient plus rien qui les ratta-

* On sait que le x® siécle a été appelé « le sidcle de fer.» L’histoire nous raconte au long les querelles des investitures, les luttes de saint Grégoire VII avec les Hohenstaufen, les désordres des Albigeois, des Cathares,

des Vaudois, des Patarins, les révoltes des Wiklefistes, des Hussites, ete.

E3 ST ; ED Sam

chat a la foi que les habitudes de leur enfance. Le clergé était un sel affadi. Eux-mémes n’avaient pas assez puisé a la source de vie des sacrements, pour se maintenir dans la foi. De 1a, surtout la violence aidant, l’apostasie générale des nations

-protestantes. Si la communion fréquente efit été

en honneur parmi elles, cette défection lamentable n’aurait certainement pas eu lieu.

Fe I] ne faut done pas dire : « Au moyen age on

ne communiait pas autant que maintenant, et

cependant on était meilleur. » Non, on, n’était

pas meilleur. Ceux qui étaient meilleurs, c’étaient ceux qui communiaient souvent. C’étaient les saints.

C’était une sainte Catherine de Sienne, qui communiait tous les jours ; une bienheureuse Marguerite de Castello, qui se confessait tous les jours. C’était un saint Thomas d’Aquin qui, du haut de sa chaire de docteur, enseignait positivement que celui qui voit, par expérience, que la communion quotidienne augmente V’ardeur de son amour, sans diminuer son respect, doit communier tous les jours. (LV Sent., Dist. 12). C’était, en remontant deux siecles plus haut, au ceur méme du moyen

Z age (1073-4085), le grand pape saint Grégoire VII,

fidéle interprete de la tradition catholique, qui rappelait a la pieuse comtesse Mathilde, une princesse et une femme du monde, qu'il n’y avait pas d’arme plus puissante contre le démon que la communion fréquente et la dévotion 4 la sainte Vierge.

Si notre saint Louis avait eu auprés de lui quelqu’un qui lui efit inculqué les mémes vérités, se serait-il vraiment contenté de faire six fois seulement la communion par an? Mais il lui edit fallu un saint Grégoire VII, ou un saint Thomas d@’Aquin, pour lui faire surmonter la crainte respectueuse que lui inspirait l’auguste sacrement, dont il se croyait indigne. Saint Grégoire VII lui etit cité, comme il le faisait a-la comtesse Mathilde, de longs passages de saint Ambroise, de saint Grégoire le Grand, de saint Chrysostome, en particulier le fameux texte : « Si c’est un pain quotidien, pourquoi le recevez-vous seulement au bout de l’année, comme le font les Grecs, en Orient? Recevez-le chaque jour, afin que chaque jour, il vous profite : Accipe quotidie quod tibi quotidie prosit. Vivez seulement de maniere a mériter de le recevoir chaque jour: Sic vive ul quotidie merearis accipere 1. » Cest la certes une autorité A laquelle le saint roi n’eht pas résisté. Mais sans doute, personne n’était 14 pour le lui dire 2.

4 Rohrbacher, édit. Gaume, t. VII, p. 599-600. '

2 Cette question des communions de saint Louis mérite cependant quelques mots d’explication spéciale.

Le saint roi avait été élevé par sa pieuse mére dans une trés grande crainte de Dieu, un grand respect des choses saintes et une grande horreur du péche. C’est sa mére qui lui répétait : « Mon fils, vous savez combien je vous aime; cependant j’aimerais mieux vous Voir mort a mes pieds que souillé d’un péche mortel. » Sous Vinfluence de ces enseignements de sa mére, on comprend que le saint roi ait été pénétré d’un profond sen-

Méme alors, maleré le relachement général, la véerité intégrale était toujours enseignée par les maitres de la doctrine. Mais il se trouvait trés peu @ames qui en fissent l’application a elles-mémes ou qui Pappliquassent aux autres. Si l’enseignement de saint Thomas et de saint Grégoire VII ett été suivi d’une maniére générale, quelle différence n’ett-on pas constatée entre ce qui se voyait partout et ce qui se serait vu!

Mais méme ceux qui enseignaient alors, sauf les saints, étaient souvent comme les pharisiens, dont Notre-Seigneur disait : « Faites ce qu’ils disent et ne faites pas ce quwils font. » Seulement,

timent de crainte de Dieu et d’une volonté énergique de ne jamais loffenser; par suite, qu’il ait pu conserver Vinnocence, pendant toutes les années les plus dangereuses de sa jeunesse, sans cependant recourir comme nous a la confession et a la communion fréquentes. Ce sentiment de crainte, qui le dominait, rendait moins nécessaire. pour lui la réception fréquente des sacrements. Et en méme temps, il l’empéchait d’y recourir aussi souvent que sa piété le lui aurait conseillé, dans la crainte qu’en se familiarisant avec eux il ne perdit quelque chose du respect qu’il Jeur devait. no gee

Cette crainte de perdre le respect pour Notre: Seigneur quand on s’approche souvent de lui, est une des raisons qui empéchent le plus souvent les Ames pieuses de céder a l’attrait de la communion fréquente.

Nous savons, nous, que cette crainte est mal fondée; que la communion fréquente, quand on s’y prépare bien, ne diminue pas le respect pour Notre-Seigneur, et qu’au contraire elle augmente lamour. Mais nous savons cela, parce que les saints nous l’ont appris. De nous-mémes, nous n’oserions jamais nous approcher si souvent de la sainte table, surtout ayant le sentiment profond de notre indignité. .

Jl mest done pas étonnant que saint Louis, pénétré de ce méme sentiment de son indignité et craignant de se familiariser avec les choses saintes, n’ait jamais osé demander a faire la sainte communion plus souvent qu’on ne le lui avait appris dans son enfance, c’est-adire tous les deux mois.

Pour un prince appelé a régner, cela sembiait déja beaucoup. Et en effet c’était beaucoup plus que ne le faisaient la plupart de ses contemporains, qui se contentaient de la communion pascale, prescrite sous peine d’excommunication, beaucoup plus surtout que ne le

faisaient la plupart des princes de son temps. Avec ©

cette communion de tous les deux mois, il devait passer pour un prince tout a fait exceptionnel, pour une espéce de moine égaré sur le tréne.

C’était en effet ’opinion qu’avaient de lui ses courtisans, qui trouvaient qwil passait beaucoup trop de temps en priére et en exercices de piété, au lieu de le passer & la chasse ou en divertissements. Qu’etit-ce done été si le saint roi, au lieu de s’approcher des sacrements tous les deux mois, s’en ftit approché toutes les semaines ou méme plusieurs fois par semaine? C’etit été un ¢olle général dans son entourage, et méme dans son royaume. 3

Mais d’abord il n’y pensaif pas, et puis personne n’était la pour l’y faire penser.

Sans doute, il avait pour confesseur un saint religieux dominicain, un confrére par conséquent du Docteur angélique, saint Thomas d’Aquin, et par lui il aurait pu apprendre que quand la communion quotidienne augmente amour et ne diminue pas le respect, il est bon de Ja faire tous les jours. Mais 1° ce confes-

seur partageait-il les idées de saint Thomas a ce sujet?

Nous Vignorons. Il est assez probable que, comme la plupart de ses contemporains, comme Blanche de Castille elle-méme, il insistait plus sur la crainte de Dieu et sur la fuite du péché que sur les effusions de la piété dans la:communion. 2° Méme s'il etit partagé les idées de saint Thomas sur l’avantage de la communion quotidienne, il pouvait regarder comme inopportun d’en parler 4 son royal pénitent, pour ne pas troubler sa conscience en lui imposant un nouyeau devoir, et déranger ses habitudes d’enfance et de jeunesse.

Sans doute, le saint roi aurait pu apprendre de saint Thomas lui-méme la vraie doctrine de l’Kglise sur la

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il est beaucoup plus facile de faire ce que font les prédicateurs que de faire ce qwils disent. Crest pourquoi Venseignement de 1|’Hglise relativement a la communion restait 4 l’état de lettre morte. — Mais on ne peut pas évidemment se faire de cet état malheureux un argument contre ce que l’Rglise a toujours regardé comme le bien le plus désirable parmi les chrétiens, c’est-a-dire la communion fréquente et quotidienne.

On pourra nous dire : « Vous nous faites du moyen Age une peinture qui ne répond pas du tout 4 Pidée qu’on s’en fait généralement, méme parmi les auteurs catholiques. Ceux-ci appellent les siécles du moyen age les siécles de foi; on y admire les grands génies du xu1re siécle, les grands saints, les grands papes, les grands ordres, les grandes expéditions des croisades. Comment pouyez-vous dire que le relachement y était genéral parmi le clergé et parmi les fidéles, et que c’est pour cela que la communion y était rare? »

Nous le disons tout simplement parce que c’est

la vérite.

* Les grands génies du xié siécle, les grands saints, les grands papes, les grands ordres, les croisades, c’est le cdété lumineux, c’est par la qu’on aime a regarder le moyen age, et quand on le compare a notre temps on trouve une grande différence.

Mais il y a l’autre.cdté, le cdté des ombres, et combien elles sont épaisses !

Qu’on lise l’ Histoire de saint Grégoire VII, par Vabbé Davin, qu’on lise dans la Vie de saini Dominique, par le P. Lacordaire, le tableau qu'il trace des désordres du clergé et de la haine furieuse des populations contre lui, du temps des Albigeois; qu’on lise dans’ Rohrbacher ou dans Darras le récit des scandales et des scénes de rapine et de meurtre qui se passaient dans VEglise; qu’on lise dans les historiens des croisades le récit des désordres et de la licence effrénée des croisés, qui faisaient dire aux Grecs de Constantinople quune religion dont les adeptes sont tellement corrompus ne peut pas étre meilleure que la leur *; en un mot, qu’on mette en regard le mal a cdte du bien, et

communion fréquente, puisqu’on dit que le saint était invité quelquefois 4 la table du roi. Mais d’abord, ce nest pas a4 table qu’on peut donner des conseils de direction 4 un prince. Ensuite, un religieux humble et modeste comme saint Thomas ne pouvait se permettre de donner des conseils & un prince, sans en étre sollicité par lui. De plus, saint Thomas avait trop de respect pour toutes les autorités divines et humaines, pour se permettre de juger de la conduite d’un roi ou de la direction que lui imprimait son confesseur, il n’avait pas vocation pour cela.

Ii aurait donc fallu, pour donner de tels conseils au saint roi, un homme qui ett autorité sur Ini et qui pit lui parler en toute liberté, sans craindre de blesser sa dignité royale.

Voil& pourquoi nous croyons que si saint Louis ett eté en relation avec saint Grégoire VIi, ce saint pontife ne lui eit pas laissé ignorer quwil ferait mieux d’'approcher plus souvent de la sainte table, et il Vaurait poussé a la communion fréquente, comme i! Va fait pour la pieuse comtesse Mathilde.

4 Voir La Terre Sainte, 1° mai 1900.

Yon verra que le moyen age ne, peut pas certainement passer pour l’idéal de I’Kglise !.

Aussi, jamais ]’Eglise ne l’a regardé comme tel. Son idéal a elle, c’est le temps de la primitive Eglise, ce sont les trois premiers siecles, ot la communion des fidéles était 4 peu prés quotidienne et oti les vertus étaient & lunisson de la ferveur. Se ad ee a palg

Il ne faut done pas dire, en parlant des siécles ot Yon communiait peu, que c’étaient pourtant

! Nous trouvons la méme idée exprimée par Mgr Pagis, évéque de Verdun, dans la magnifique lettre pastorale guil adressait 4 ses diocésains pour le caréme de 1900. Cette lettre, intitulée La Vie chrétienne par U Bucharistie, traite dans sa premiére partie des différentes vies gu’alimente en nous Ja sainte Eucharistie, vie de lintelligence, du cceur, de la volonté, et dans sa seconde partie, dela nécessité de communier fréquemment pour avoir la vie.

« Faut-il communier souvent? » demande le pieux prélat. — Et il répond : « Nous n’hésitons pas a répondre : Oui; la communion fréquente est dans lintention de Notre-Seigneur, elle est de méme dans lintention et le désir de I’ Hglise ; elle est nécessaire a tous, mais particuliérement aux hommes a qui il appartient de relever notre pays. » ay

Aprés avoir déyeloppé ces raisons, Mgr Pagis répond a Vobjection tirée de la pratique contraire du moyen age. (Voir Le Trés Saint Sacrement, juin 1900, p. 819).

Qu’on maille pas conclure, dit-il, que la communion fréquente nest pas nécessaire 4 la vie chrétienne, puisque le moyen age ne la pratiquait pas et n’en était pas moins une période religieuse par excellence.

Nous pouvons répondre qu’a tout prendre, les communions n’étaient pas moins nombreuses qu’aujourd’hui; on communiait dans les cloitres, on y communiait souvent, et les cloitres étaient innombrables ; tous les fidéles communiaient au moins 4 Paques: qu’on mette en regard de cette pratique universelle les déplorables abstentions de notre temps. :

Nous ajoutons que les populations du moyen age acceptaient docilement les pratiques, les. priéres, les sévéres mortifications imposées par l’Eglise : il y avait la des sources fécondes de graces qui conservaient la foi trés vivante dans les Ames, a une époque surtout ot les moeurs publiques étaient 4 Vabri des dangers que leur font courir en notre siécle toutes les séductions du plaisir.

« Du reste, ajoute-t-il en terminant, nous Vavouons ~ volontiers, le moyen Age n’est pas notre idéal; il ett mieux valu si, plus docile au désir de l’Eglise, il avait communié davantage. » Et il montre que le désir de liglise est que tous les fidéles communient tous les jours, s'il est possible, ou au moins tous les dimanches.

fi cite & ce propos la parole qu’aimait 4 répéter le saint curé d’Ars : « Rien n’est si beau, mes enfants, quwune dime pure, gu’une dme nourrie de son Dieu. Purifiez-vous done par une bonne confession, et chaque dimanche, donnez un bon repas a votre Ame. » Ce bon repas donné chaque dimanche 4 notre ame par la sainte communion, Mgr Pagis croit qu'il ne serait pas impossible d’y arriver.

It faudrait commencer par les méres de famille, qui trouveraient la la source des vertus qui leur sont nécessaires : abnégation, dévouement, sollicitude infatigable; puis par les jeunes filles, enfants de Marie, qui communieraient facilement tous les quinze jours, et bientét tous les huit jours, au lieu de tous les mois ; ensuite par les enfants et par les jeunes gens, parce que, comme disait saint Philippe de Néri, la fréquente communion est pour eux non pas le meillleur, mais Punique moyen de se conserver dans les bonnes moours et la vie de la foi; et enfin par les hommes, 4 qui il appartient de refaire la famille chrétienne, la paroisse chrétienne, et par elles la nation chréticane.

« Voulez-vous arréter le flot montant de I’anarchie ? » disait le vénéré M. Desgeneltes, curé de Notre-Dame des Victoires : « Communiez et faites communier tous les huit jours. »

est par cette exhortation et par cette espérance que Pévéque de Verdun termine sa belle lettre pastorale, comme le R. P. Coubé avait aussi terminé ses trois discours au Congrés eucharistique de Lourdes.

de grands siécles. Oui, c’étaient de grands siécles, parce qu’il y avait de grands saints, des saints qui communiaient souvent et qui s’efforcaient de faire communier les autres, comme saint Thomas, comme saint Grégoire VI, et of ceux mémes qui he communiaient que rarement, avaient une grande foi et savaient réparer par une pénitence - héroique les désordres ot ils avaient souvent vécu. Mais cetit été des siécles incomparablement plus grands, sila communion fréquente y eit été plus répandue, car il n’y aurait pas eu alors tous les -désordres que l’on y constate, tous les scandales qui ont déshonoré l’Kglise et quelquefois méme la chaire pontificale. Au lieu d’y avoir seulement quelques grands saints que l’on peut compter, on y aurait eu une multitude innombrable de saints, qui auraient réalisé Vidéal du

régne de Dieu sur la terre.

Voila ce qui a manqué au moyen age pour étre ala hauteur ot Dieu l’aurait certainement élevé, si la fréquentation des sacrements y efit été générale, au lieu d’y étre exceptionnelle.

Une fois que Dieu a résolu de relever son Fglise et d’y faire refleurir la foi, la piété et les bonnes moeurs, il suscite des apdtres de la communion fréquente : saint Gaétan de Thienne, saint Ignace, saint Philippe de Neri, et, parmi les femmes, sainte Catherine de Sienne, sainte Gertrude, sainte Thérése. Preuve que c’est seulement par la communion fréquente quel’ Eglise pourra atteindre la splendeur qui lui est réservée, si elle est fidéle.

Qu’on ne nous donne donc'plus le temps ot l’on ne communiait pas, comme le temps modeéle ot il faudrait revenir; mais, au contraire, qu’on nous reporte aux siécles de l’Kglise primitive, oti l’on communiait tous les jours, car c’est la, encoreune fois, que l’Eglise a placé son idéal, et plus on s’en rapproche, plus on la réjouit, parce qu’on y procure davantage la gloire de son divin Kpoux et le salut éternel de ses enfants.

Ce que nous avons dit ici des fidéles en général, explique, au moins en partie, pourquoi les communions étaient aussi plus rares alors chez les religieux et les religieuses: Pour la plupart, ce qui les en éloignait c’était le respect profond quiils professaient pour le Trés Saint Sacrement, et qui leur faisait craindre de se familiariser avec lui. Pour d@’autres c’était peut-étre aussi le relachement, hélas! ou au moins l’indifférence.

- On peut ajouter que beaucoup de religieux entraient alors dans les couvents aprés une vie toute mondaine et souvent désordonnée ou méme criminelle. C’était pour faire pénitence et pour expier leurs péchés qu’ils se consacraient 4 Dieu quand la grace les avait touchés au milieu de leurs égarements. Dans ces conditions, il eit été imprudent de les admettre 4 la communion fréquente ; une communion de tous les huit jours semblait bien suffisante 4 saint Bonaventure : autrement ils n’auraient pas assez compris l’horreur de leurs péchés et l’immensité de la dette dont ils s’étaient chargés vis-a-vis de Dieu. Au contraire,

iets : LAMI DU CLERGE 5

la communion ne leur étant accordée que de loin en loin, comme une grande grace, ils sentaient mieux leur indignité et ils étaient plus portés a faire pénitence.— S’ils avaient eu encore les mémes tentations que dans le monde, il n’est pas douteux que saint Bonaventure ne les efit pas tenus Gloignés du sacrement qui donne la vie et qui rend la pureté aux coours corrompus.— I] ne les etit pas privés non plus de la communion parce quwils n’auraient pas eu assez de dévotion sensible; car c’est lui qui disait qu’on ne va pas ala sainte table pour y porter de la chaleur, mais pour en recevoir. — Seulement une chose lui semblait plus importante encore que la communion fréquente : c’était d’inculquer dans ces natures, encore a demi sauvages, un profond respect pour VPauguste sacrement de nos autels et de leur faire toujours mieux sentir, par une sage parcimonie, combien ils en étaient indignes.

Quant aux autres religieux qui étaient entrés dés leur jeunesse dans le couvent, si on leur ett accordé de plus fréquentes communions, ‘ils se seraient peut-étre aussi laissé aller au relachement, tandis qu’une sage sévérité les maintenait dans la ferveur. C’est pourquoi saint Bonaventure | ne pensait pas qu’ils dussent généralement communier plus souvent que tous les dimanches etles jours de fétes.

Mais avec nos religieux et nos religieuses actuelles, il penserait tout autrement.

A propos des quatre communions des membreg du Tiers Ordre de Saint-Dominique, le Pére Jandel remarque, avec beaucoup de raison, que le Tiers Ordre avait été spécialement institué non seulement pour des personnes vivant dans le monde, comme il l’est encore aujourd’hui, mais pour des hommes de guerre, voués a la profession et au métier des armes, a une époque dailleurs ow lusage de la communion fréquente n’était pas répandu comme il l’est 4 présent. Ces quatre communions ne sont pour ainsi dire, dit-il, « qu’un minimum, déeterminé par la régle, et saint Dominique n’a pas eu intention de restreindre a ce nombre la piété des membres du Tiers Ordre, pas plus que le Concile de Latran n’a voulu borner celle des fidéles 4 l’accomplissement du devoir pascal qu’il leur prescrivait. Aussi, dés lorigine, nous voyons sainte Catherine de Sienne communier tous les jours et plusieurs de nos Bienheureuses faire de la sainte communion leur aliment presque quotidien. Il ne peut donc y avoir aucun doute 4 cet égard; esprit de la régle du Tiers Ordre, tracée par un saint et approuvée par l’Rglise, ne saurait ¢tre en opposition avec l’esprit de l’Eglise et de Jésus-Christ lui-méme, qui nous invite avec tant d@’amour a nous unir a lui par la participation de son adorable sacre-

ment*. »

4 Manuel des Fréres et Sceurs du Tiers Ordre de la Pénitence de Saint Dominique, par le Révérendisgsime P. Jandel, maitre général de lOrdre des Fréres Précheurs, ch. x1, p. 048. “(Paris, Poussielgue).

Le R. P. Jandel répéte ce que nous disions plus haut & propos des communions de régle, et déja il nous fournit une réponse 4 la troisiéme objection, tirée des régles dictées par les fondateurs ou restaurateurs d’ordres religieux.

Mais auparavant, voyons déja la seconde objection, qui est une objection psychologique.

2e Objection. — Vouloir établir la communion quotidienne est un mouvement de réaction contre la rareté antérieure des communions. Or, toute réaction dépasse ordinairement la mesure. Il faut donc regarder la communion quotidienne comme dépassant la mesure, c’est-a-dire comme excessive.

Réponse. — Il est vrai que quand Vhomme croit

avoir 4 réagir contre un abus qui le choque, et quwil suit ’impulsion de sa nature, il est exposé a aller plus loin qu’il ne faudrait et a donner dans Vexcés opposé. C’est pourquoi on a toujours dit que la vertu est dans le juste milieu, entre les deux extrémes.

° Céla est vrai en général, quand Phomme suit Vimpulsion de sa nature. Mais cela n’est plus vrai quand il suit ’impulsion de la grace et qwil se laisse diriger dans cette voie par la prudence, la discrétion et surtout Vobéissance. Un pécheur quirompt avec le vice dans lequel il avait longtemps gémi, ne court pas le risque de tomber dans l’excés oppose, quand il prend son péché en horreur et quil évite toutes les occasions qui pourraient l’y faire retomber. Celui qui veut faire pénitence de ses désordres, peut sans crainte se livrer a toutes les austérités que lui suggere son zele, pourvu quil se soumette a la direction de Vobéissance, qui ne le laissera pas s’égarer. — Un homme qui vivait dans la nonchalance, la tiédeur et Vindifférence, et qui veut se donner complétement au service de Dieu, n’a pas a craindre d’en trop faire pour commencer. Qu’il dise tout-ce qu’il veut faire a son confesseur, et quil s’en tienne ace que celui-ci lui dira, ilne dépassera pas la mesure alors. Mais qwil ne soit pas hanté surtout par la crainte que peut-étre il en fera trop ; car c’en serait assez pour ’empécher de faire tout ce qu'il devrait, tout ce que Dieu veut de lui.

On doit donc, quand il s’agit de suivre limpulsion de la grace, se laisser conduire par elle aussi loin qu’elle veut bien conduire. I n’y a qu’une mesure de précaution a prendre : vest de ne pas vouloir s’en rapporter a soi-méme, parce qu’on pourrait se tromper, mais de s’en rapporter a ceux que Dieu a chargés du soin de notre ame. Avec cette précaution trés simple, on ne court pas risque de dépasser la mesure en réagissant contre le mal qu’on a voulu corriger.

Cela est vrai de toute réaction individuelle entreprise sous l’impulsion de la grace et sous la sauvegarde de l’obéissance. Mais cela est bien plus vrai encore, si la réaction vient non pas d’une initiative individuelle, qui pourrait toujours étre suspecte, mais de Vinitiative de l’Eglise elle-méme, qui ne peut pas se tromper ’ ni

LAMI DU CLERGR.

induire ses enfants en erreur. Or, la réaction | contre la rareté relative des communions n’est pas venue d’initiatives individuelles etisolées, quoique plusieurs saints s’en soient beaucoup occupés, elle est venue de l’initiative de |’Eelise elle-méme, qui a positivement exprimé sa pensée et son désir au saint Concile ecuménique de Trente. Hl n’y a donc aucunement a craindre d’aller trop loin dans la réaction, sil’on s’en tient aux limites et a la mesure indiquées par le Concile. Or, ces limites et cette mesure, ce n’est pas qu'il faille en revenir a la communion mensuelle,ni méme hebdomadaire, mais bien ala communion de tous les jours, comme dans les premiers siécles.

L’Eglise n’en fait pas une obligation sans doute, mais elle en exprime le désir. Or, si lon s’efforce de réaliser simplement le désir de lKiglise, sans aller au dela, on ne peut pas étre accusé de deépasser la mesure, puisqu’on se tient dans les limites qu'elle a fixées elle-méme.

Il ne faut donc pas dire que tendre a établir la communion quotidienne, partout ou elle est prudemment possible, c’est une mesure de réaction, par conséquent une mesure excessive. Non, c’est simplement la mise 4 exécution des désirs de notre Mere, la Sainte Eglise, qui, comme nous le savons, ne peut ni se tromper, ni nous tromper.

3e Objection. — Nous rentrons ici sur le terrain historique pour revenir tout a Vheure a V’objection physiologique. On nous dit :

« Vouloir établir dans les couvents la communion quotidienne, c’est prétendre réformerl’ceuyre des fondateurs et des restaurateurs d’Ordres religieux, qui ont fixé pour leurs sujets un certain nombre de communions 4 faire chaque semaine ou chaque mois, mais qui n’ont jamais fait une régle de recevoir la communion tous les jours. Or, cependant, ils savaient aussi bien que nous que > la communion est un reméde et une nourriture. Kt néanmoins l’Kglise a approuvé leurs prescriptions. »

Réponse. — Vouloir établir dans les couvents la communion quotidienne, c’est prétendre réformer Pouvre des fondateurs et des restaurateurs dOrdres religieux, distinguons.

Si nous voulions faire de la communion une obligation de regle, de tous les jours, tandis quelle n’est maintenant prescrite que pour un certain nombre de fois par semaine, oui, nous nous arrogerions un droit que nous n’avons pas, celui de réformer et de corriger l’ceuvre des saints qui ont fondé ou restauré les Ordres religieux. Ils avaient d’excellentes raisons pour ne pas prescrire la communion plus souvent qu’on ne peut raisonnablement l’exiger de la généralité des religieux. S’ils la leur avaient prescrite tous les jours, ils les auraient exposés ou A la faire mal, quand ils n’étaient pas assez bien disposés, ce qui etit été pécher contre le respect di au Saint- Sacrement, ou a ne pas la faire du tout, ce qui etit été pécher contre leurs régles. Au contraire, en ne la prescrivant qu’un certain nombre de

fois, pas trop souvent, ils donnaient a tous leurs religieux la possibilité de faire la communion chaque fois qu’elle était prescrite, et de la faire toujours étant trés bien disposés. Ils ne les empéchaient pas pour cela de la faire plus souvent, s’ils avaient plus de ferveur et si leurs confesseurs condescendaient 4 leurs désirs. Mais ils n’en parlaient pas dans leurs régles, parce que c’était une chose tout a fait individuelle, qui devait étre décidée 4 part pour chaque religieux, par son confesseur.

fl est vrai que usage avait aussi laissé prendre aux supérieurs une certaine ingérence dans ces déterminations de la communion. Mais I’Kglise ayant constaté a la longue que cette ingérence des supérieurs était un abus trés préjudiciable au bien des ames, la complétement -interdite par le décret du 17 décembre 1890.

L’euyre des saints fondateurs ou restaurateurs @Ordres religieux n’est done pas entamée lorsque, en laissant subsister les communions de régle fixées par eux et considérées comme obligatoires, on y ajoute d’autres communions facultatives, accordées par le confesseur et encouragées par les supérieurs qui veulent entrer dans les intentions de l’Eglise.

Kile ne serait entamée que si on prétendait ou bien supprimer quelques-unes des communions de regle fixées par eux et approuvées par V’Eglise ; ou bien imposer d’autres comiunions de régle, en grand nombre, au lieu de les laisser a la libre disposition du confesseur et du pénitent.

Or, nous ne prétendons ni l’un ni l’autre. Nous ne voulons pas supprimer une seule des communions de régle : il n’y en a pas trop. Nous ne voulons pas faire une obligation des autres communions en dehors de la regle, mais seulement en conseiller le plus possible, avec la permission du confesseur, parce que c’est entrer dans les intentions de ’Eglise que de communier, quand on le peut, tous les jours, pourvu qu’on soit bien disposé.

Ce serait faire injure aux saints fondateurs et restaurateurs d’Ordres, que de les supposer capables de s’opposer a ce que leurs religieux se conforment le plus exactement possible aux désirs de l’Kglise. Ils ne seraient plus saints s’ils pouvaient se mettre ainsi en opposition avec elle. Saint Ignace a donné comme marque caractéristique du vrai chrétien d’avoir les mémes pensees, les mémes sentiments, les. mémes désirs que VEglise : Sentire cum Ecclesia. Done, plus les fondateurs d’Ordres ou de congrégations ont été saints, plus ils seraient empressés de réaliser les

désirs de ]’Kglise, relativement a la communion,

maintenant qu'il n’y a plus les mémes difficultés quil pouvait y avoir de leur temps. Nous ne réformons donc pas l’ceuvre des saints, en poussant ala communion quotidienne, mais nous la complétons, comme ils le feraient eux-memes gils étaient & notre place. Aprés avoir dit : «Faites d’abord bien toutes les communions que

AG el PR Pe eat ts ; i LAMI DU CLERGE

= Wy

nous avons fixées dans nos régles, » ils ajouteraient, comme nous, avec saint Augustin

« Efforcez-vous de plus, pour entrer dans les intentions de l’Eglise, de vous mettre en état de faire la sainte communion tous les jours, si vos confesseurs vous le permettent. Sic vive ut quotidie merearis accipere. »

Pense-t-on, par exemple, que saint Francois d’Assise, s'il reyenait en ce monde, voudrait ramener les pauvres Clarisses aux sept communions par an qu'il leur avait fixées dans leurs constitutions ? Pense-t-on qu'il blamerait les Clarisses belges du diocése de Cambrai de faire toutes la sainte communion tous les jours, avec la permission de leur confesseur, et qu’il se mettrait ainsi en contradiction avec la S. C. des Evéques et Réguliers, qui a déclaré cet usage louable et digne d’étre recommandé ? Et croit-on que saint Dominique, lui aussi, s'il revenait parmi nous, trouverait a redire a innovation que son successeur, le R. P. André Friihwirth, a constatée avec tant de bonheur dans sa premiére visite des couvents de l’Ordre, c’est-a-dire d’y avoir trouvé la communion quotidienne, ou presque quotidienne, devenue la régle 4 peu prés générale des communautés?

Non, ils se mettraient d’eux-mémes, et des premiers, a l’unisson de |’Kglise.

Kt cest ce que nous nous efforcons de faire a leur exemple et de concert avec eux.

4e Objection. — Vouloir établir la communion quotidienne, c’est se mettre en opposition avec la loi physiologique que saint Augustin a formulée en ces termes : Assueta vilescunt. Les choses auxquelles on s’habitue perdent forcément de leur valeur. Si on communie si souvent, on perdra peu a peu le respect qu’on doit toujours avoir pour la Sainte EKucharistie, et cela est leffet nécessaire d’une loi physiologique a laquelle personne ne peut se soustraire, si ce n’est tout a fait exceptionnellement.

Réponse. — L’axiome de saint Augustin est vrai dans le sens qu'il y a toujours danger qu’on n’estime plus autant les choses auxquelles on s’habitue. I] ne serait pas vrai sion Ventendait dang le sens d’une loi nécessaire qui doit toujours produire son effet.

Il y a toujours danger qu’on ne perde peu a peu le respect dtii aux choses saintes quand on se familiarise avec elles. Si on ne prend pas soin de raviver sa foi chaque fois qu’on s’approche de la Table sainte, on s’en approchera insensiblement plutét par routine que par dévotion, et lon n’y apportera plus la préparation qu’il faudrait pour en recueillir tous les fruits. C’est 14 une loi physiologique, en effet, et une loi a laquelle personne ne peut se soustraire, et c’est une loi qui constitue un des plus grands dangers de la vie spirituelle. « Habeo adversum te quod charilatem tuam primam reliquisti, dit lange de VApocalypse a ’évéque d’Ephése. J’ai 4 te reprocher que tu as perdu ta charité premiere. Memor esto itaque

{fs

unde excideris. Souviens-toi done d’ot. tu es tombé. » (Apoc., u, 4). Et saint Paul disait lui aussi: « Qui stat videat ne cadat. Que celui qui est debout prenne garde de tomber. »

Sous ce rapport, Mgr Isoard, qui a aussi fait cette objection’, a raison : si on ne se tient pas constamment en garde contre le danger de la routine, on-perdra peu 4 peu le respect des choses saintes et l’on tombera dans le relachement et la tiédeur. — Combien de prétres, hélas ! n’en fontils pas lexpérience chaque jour, soit en euxmémes, soit dans les autres !

Il y a done toujours danger a ce qu’on se familiarise avec la sainte communion, si on ne prend pas soin de raviver sa foi chaque fois qu’on s’en approche.

Mais s'il y a toujours danger, le mal se produira-t-il toujours 2? Se produira-t-il forcément osurtout ? — Ni Pun ni lautre.

Il ne se produira pas fowjours, car nous voyons non seulement des saints, mais des personnes pieuses, des prétres zélés, de jeunes enfants méme qui s’approchent de la Table sainte avec des dispositions toujours plus parfaites de respect, d’humilité, de ferveur et d’amour. Non seulement ces dispositions ne vont pas en diminuant, mais elles semblent croitre, au contraire, a mesure quwils s’en approchent plus fréquemment. Il n’est donc pas vrai que l’on perde toujours le respect di au Saint-Sacrement, quand on communie plus souvent.

Ce n’est pas non plus un effet qui se produise forcément. Autrement : 1° aucun prétre et aucun évéque ne pourrait plus, en sireté de conscience, dire la sainte messe tous les jours; car il se condamnerait par la~-méme, nécessairement, a perdre le respect dG au Saint-Sacrement ; — 2° on ne pourrait plus conseiller ni méme permettre a personne la communion quotidienne, pour la méme raison; par conséquent |’Eglise, au Concile de Trente, aurait fait preuve d’une grossiére ignorance en méconnaissant une loi aussi impérieuse de notre nature ; — 30 saint Augustin lui-méme, qui a formulé cet axiome, serait coupable d’une imprudence trés grave, car c’est lui qui a dit aussi qu'il ne voulait pas blamer la pratique de la communion quotidienne ; c’est lui qui a trouvé que l’empressement de Zachée a recevoir Notre- Seigneur était aussi louable que le refus inspiré au centurion par son humilité ; c’est lui enfin qui a formulé cet autre axiome: « Sic vive ut quotidie merearis accipere. Vivez de maniére a mériter de communier tous les jours. » Comment aurait-il pu conseiller de se rendre digne de la communion. quotidienne, sil avait cru impossible d’échapper a la loi physiologique d’Assueta vilescunt ?

Il faut done bien le reconnaitre, cette loi physiologique est un danger permanent pour les personnes qui communient, pour les prétres aussi

' Le systeme du moins possible, p. 208.

bien que les fidéles. C’est une espéce d’épée de- Damoclés toujours suspendue sur leurs tétes.

Mais si cette épée est suspendue, elle ne tombe pas forcément, ni toujours; on peut donc se soustraire au danger, si l’on s’éloigne de l’endroit dangereux. En d’autres termes, on peut toujours empécher la routine et Vhabitude dese glisser en nous, 4la place du respect etide la ferveur ; il suffit pour cela de se préparer toujours bien et de s’exciter 4 une foi trés vive, chaque fois que l’on doit communier. Avec cette précaution, qui est a la portée de tous, la communion quotidienne ne sera plus pour personne une cause de ruine, mais une cause de salut; ce sera elle qui contribuera le plus afaire avancer dans ’amour de Dieu et dans toutes les vertus qui en sont l’accompagnement ou la conséquence.

Il nous semble donc que ces quatre premiéres objections ne sont pas de nature a infirmer ce que nous avons dit des motifs qui doivent faire accor- — der la communion fréquente et quotidienne aux religieuses. 18

Voyons maintenant celles qui viennent de Vexpérience.

§ 2. — Objections a posteriori

1re Objection. — « Le confesseur connait trop peu les religieuses pour juger si leurs dispositions les rendent capables de faire la communion tous les jours. Les supérieures, femmes, sont beaucoup plus 4 méme d’en juger que lui.»

Réponse. — On semble confondre ici la connaissance de lextérieur avec la connaissance de ce qui se passe a lintérieur. a) Les supérieurs (hommes ou femmes) peuvent juger mieux que le prétre de l’extérieur, mais ils ne sont pas en état de juger des dispositions intérieures aussi stire-— ment que le canfesseur, 4 qui le pénitent doit forcément ouvrir son ame au moins pour faire connaitre ses péchés. Une supérieure verra les fautes qui se produisent extérieurement, les manquements a la régle, les manquements a la charité, a Pobéissance, 4 Phumilité, 4 la douceur, ala patience. Mais elle ne voit pas la force et la fréquence des tentations ; — elle ne voit pas les victoires que ’ame a déja remportées sur elle-méme, et les efforts qu’elle a faits avant de succomber; — elle ne voit pas le besoin que l’Ame a d’une force en dehors Welle, force qui ne se trouve que dans la sainte communion. Tout cela, le confesseur le sait, s'il a soin de s’informer en détail de tout ce qui concerne l’Ame qu'il dirige, et c’est daprés cela qu’il juge si la communion lui sera utile ou non.

b) Il n’est pas nécessaire que le confesseur sache de visu ce qui se passe 4 Vintérieur de la communauté. D’abord, il en sait beaucoup par la confession méme de ses pénitentes. Ensuite, s’il y a vraiment inconvénient ou scandale a ce que la communion soit accordée a des religieuses qui ne la méritent pas, la supérieure est 14 pour Vaver-

tir, et c’est son devoir de le faire, quoiquw’elle doive ensuite le laisser décider lui-méme en dernier ressort.

c) Le méme inconvénient existe pour tous ceux que nous ayons a confesser, soit dans les couvents, soit dans le monde. Nous ne pouvons pas

‘les connaitre aussi a fond que ceux qui les ont constamment sous les yeux; surtout, nous ne pou-

vons pas éprouver, de leurs fautes ou de leurs défauts, la méme impression que ceux qui en sont les témoins journaliers et peut-étre les victimes : ceux-la sont beaucoup plus choqués de ce qu’ils voient que nous ne pouvons l’étre de ce que nous entendons, surtout quand c’est le coupable luiméme qui s’accuse a nous. Maleré cela, ce n’est pas aux personnes qui entourent nos pénitents que |’Hglise laisse le soin de déterminer le nombre de fois qwils devront communier, c’est au confesseur seul, parce que les personnes qui les entourent ne voient que le dehors, tandis que le confesseur voit le dedans : Homo videl ea quee parent, Deus autem intuetur cor. De méme, dans les couvents, les supérieures voient mieux que le confesseur ce qui se passe extérieurement, mais elles ne voient pas ce qui se passe dans les coeurs ; voila pourquoi lEglise ne leur remet pas, 4 elles, mais bien au confesseur, le soin de décider celles qui doivent aller a la communion, et combien de fois elles doivent y aller; et elle tient tellement a ce que les supérieures ne s’immiscent pas dans cette affaire de conscience, gu’elle ne veut pas méme qu’on demande leur consentement, quand on a obtenu la permission de son confesseur : Excluso consensu superioris vel superiorisse (4 aotit 1888) ; elle veut seulement qu’on les avertisse.

On voit donc gue l’Kglise ne partage pas la crainte de notre adversaire, relativement a l’ignorance ou est le confesseur des dispositions de ses pénitents. L’Eglise croit que le confesseur en sait assez par la confession méme de ses pénitents, pour juger s'il peut leur permettre ou non la communion. S’il n’en sait pas assez, le décret de 4890 stipule que les supérieures doivent avertir le confesseur de ce que leur semblent réclamer les dispositions de leurs inférieures. Naturellement le

- confesseur tiendra de ces avertissements le compte

qu’il convient. I] n’admettra pas sans examen tout ce qu’on pourra lui dire, mais ilinterrogera ses pénitentes et s'il trouve qu’elles sont vraiment en faute, il prendra les mesures que sa prudence lui suggérera pour les corriger, soit en les admonestant, soit, s’il le faut, en leur retranchant la communiou.

’ Mais s’il ne trouve pas les accusations fondées, ou bien s’il n’y voit pas une raison suffisante de priver ses pénitentes de la communion, il peut continuer a les y envoyer, sauf a exiger qu’elles réparent leurs fautes de quelque maniére, surtout en faisant leur chapitre et en demandant

publiquement pardon.

2e Objection. — Celle-ci est plus sérieuse. Elle est

L'AMI DU CLERGH

tirée des défauts mémes des religicuses qui fréquentent les sacrements.

« Presque partout, dit-on, se rencontrent- des sujets qui se plaignent a propos de tout et de tous, qui pleurent, boudent, sont toujours en retard, demandent toutes les dispenses imaginables, lancent constamment des petits mots contre les autres scours, supérieures ou maitresses douvrage, Elles ne donnent pas de scandale au sens du décret, mais elles nuisent beaucoup a Vobservation de la régle, au bon esprit de la maison... Eh bien! ce sont ces bonnes filles qui toujours sont les premiéres 4 obtenir la communion quotidienne. » — D’ou la conclusion que nous avons déja réfutée dans la précédente objection : que Je confesseur est moins apte que les supé-. rieures, femmes, a juger des dispositions véritables des religieuses.

Réponse. — La peinture que Von nous fait des communautés de femmes démontre qu’on a eu beaucoup a traiter avec les supérieures de ces communautés. Il n’y a rien de tel, comme om nous le dit, que des supérieures femmes pour juger, non. pas précisément des dispositions, mais des faiblesses et des défauts de leurs subordonnées. Elles ont pour cela une clairvoyance extraordimaire, et sous ce rapport elles dépassent de beaucoup les hommes, méme les confesseurs.

Elles ont aussi une autre qualité ou un autre défaut : c’est de se laisser dominer par leurs impressions beaucoup plus facilement que les hommes. Et quand quelque chose les choque, ne sachant pas toujours assez faire la part de la faiblesse humaine, elles sentent le besoin de communiquer leur indignation et de la faire partager. Un confesseur verrait les mémes miséres, il en serait beaucoup moins choqué, il en concevrait plutot de la compassion que de la colére; par nature, il est beaucoup plus porté a juger les choses froidement et par la seule raison, tandis que les femmes se ressentent toujours plus ou moins de la faiblesse et de Pimpressionnabilité de leur sexe.

Ne jugeons donc pas si sévérement, et surtout ne condamnons pas si facilement ces pauvres ames qui, tout en se consacrant a Dieu de tout leur cour, ne savent pas se défaire de leurs défauts naturels et des miseres de la nature viciée par le péché originel.

Notre-Seigneur avait avec lui des disciples qui mettaient souvent sa patience a l’épreuve. Usquequo patiar vos ? leur disait-il quelquefois. Jusqu’a quand vous souffrirai-je? Méme a la veille de la mort de leur divin Maitre, ils se disputaient, nous dit saint Luc, 4 qui aurait la premiére place. Kt néanmoins Notre-Seigneur ne les renyoie pas, il les supporte, il les plaint, il les aime, bien plus, il les admet a sa table et leur donne & manger et 4 boire sa chair et son sang quil vient de consacrer a la derniére Cene. Kt pourtant, il sait que tous vont l’abandonner quand viendront les satellites des grands-prétres, et que Jun

dentre eux, méme le plus ardent, le reniera par trois fois.

Que yeut-il nous apprendre par la ? Que nous ne devons pas non plus perdre patience avec les Ames dont les défauts nous sont a charge, et que si nous voyons en elles de la bonne volonté, nous ne devons pas les priver de la nourriture de sa chair et de son sang, qui les aidera peu a peu a se corriger, ou au moins a ne pas céder si souvent 4 leurs mauvaises inclinations.

Quand on voit combien Notre-Seigneur est mal servi, méme par les Ames qui se sont consacrées entiérement a son service, on serait tenté de s’indigner contre elles. Mais quand on voit d’autre part combien il est toujours bon, patient, miséricordieux pour elles, au point de leur pardonner jusqu’a soixante-dix fois sept fois les mémes fautes, on ne se sent plus le droit de s’irriter contre elles, on en a compassion, on leur tend la main pour les aider a se vaincre; si elles. sont tombées, on les reléve, en les encourageant toujours, tout en les grondant, parce que si-on se montrait trop sévére pour elles on n’aboutirait qu’a les décourager et ce serait un bien plus grand mal encore, une ame découragée n’étant plus capable de rien faire ou presque rien pour Dieu.

Néanmoins, si telle doit étre notre disposition habituelle a Pégard des ames faibles, tentées, peu généreuses et pleines de miséres et de défauts, il ne s’ensuit pas que ce soit a elles de préférence que nous devons permettre la communion quotidienne.

On nous dit que ce sont ces bonnes filles qui, toujours, sont les premiéres 4 obtenir la communion quotidienne.

40 Est-ce bien vrai ? Un confesseur, qui les connait au moins sommairement par leurs confessions, leur accordera-t-il cette faveur plus facilement qu'il ne l’accorde a des 4mes plus vertueuses et plus viriles et surtout plus exemplaires? Nous ne le pensons pas. Ou bien, il faudrait alors que ces autres ames ne montrassent pas le méme désir de faire la sainte communion. Car si elles ne la désirent pas, si elles ne la demandent pas, généralement le confesseur ne la leur imposera pas.

20 Si cependant ces ames faibles sont les seules a désirer et 4 demander la communion, pourquoi leur confesseur, qui sait combien leur faiblesse a besoin de cette communion, ne la leur accorderaitil pas, dés lors qu’il a constaté qu’elles ont bonne volonté, malgré leurs fautes réitérées ? Ni les autres sceurs, ni les supérieures ne peuvent s’en plaindre, ou s’en scandaliser, car si elles disaient qu’elles-mémes n’ont pas ce bonheur, le confesseur peut tres bien leur répondre qu’il ne tient qu’a elles de ’avoir quand elles le youdront.

Mais pour lavoir, il faut au moins qu’elles le demandent et qu’elles montrent par leurs efforts qu’elles en ont sérieusement le désir. Si elles le font, rien ne s’opposera a ce qu’elles partagent le bonheur des religieuses qu’elles envient.

si

30 Peut-étre devrait-on faire autrement : accorder aux religieuses qui ne la demandent pas la communion quotidienne, et la refuser a celles qui la demandent ?

Oui, on peut le faire, quand il y a une raison sérieuse. Ainsi, si les religieuses les plus vertueuses n’osent pas demander cette grace, par humilité ou par timidité, le confesseur peut tres bien la leur accorder de lui-méme. De méme, si les religieuses quila demandent sont par trop imparfaites et ne font pas assez d’efforts pour se corriger, le confesseur la leur refusera ou ne la leur accordera que conditionnellement, c’est-a-dire si elles ont fait chaque fois les actes de vertu, les petits sacrifices qu’il leur a imposés comme condition de la communion.

Mais si les religieuses plus vertueuses ou plus anciennes ne désirent pas faire la sainte communion et ne la demandent pas, parce qu'il leur semble qu’elles en font assez comme cela, pourquoi le confesseur préviendrait-il pour elles un désir qu’elles n’ont pas? Et si les religieuses plus jeunes ou plus imparfaites comprennent mieux le besoin gu’elles ont de la communion, précisément a cause de leur faiblesse, et qu’elles la demandent instamment et humblement, pourquoi le confesseur les en priverait-il, parce que les autres ne Yont pas? Si ces autres veulent l’ayoir, qu’elles la demandent; mais en attendant, celles qui la désirent et qui la demandent peuvent tres bien l’obtenir, quand méme elles seraient seules, car elles en profiteront toujours, si elles ont Ja volonté d’en bien profiter.

Kvidemment, il serait beaucoup mieux que toutes demandassent cette faveur et qu’elle leur fait accordée a toutes, sauf a celles gui s’en rendent indignes.

.ILy ades communautés ou, aprés plusieurs an- | nées de supplications et d’instances, les confesseurs ont fini par accorder la communion quotidienne a presque toutes les religieuses. La, on ne voit plus ce contraste entre les religieuses qui communient et celles qui ne communient pas, mais on voit une émulation généreuse 4 qui fera le plus d’actes de vertu, @humilité, de renoncement, @amour de Dieu et d’amour du prochain.

Et toutes sont heureuses et pleines de ferveur, quoique toutes n’aient pas encore atteint le méme deeré de vertu.

Voila Vidéal que nous voudrions opposer au tableau réaliste qu’on nous trace des communautés ol les Sceurs vertueuses ne communient pas et ou les Scours imparfaites seules font la communion quotidienne.

Pourquoi ne pas les exciter toutes a faire la communion chaque jour, puisque Notre-Seigneur les y invite et que l’Eglise le désire, et pourquoi ne pas la leur permettre a toutes, sauf a celles qui auront merité d’en étre privées? Alors il n’y aura plus de préférences, ni de passe-droits, ni de jalousies, ni de plaintes par conséquent. Et les supérieures et les Scours, s’asseyant chaque jour

a la table du divin Maitre, auront beaucoup plus facile de se supporter mutuellement, de se pardonner levrs torts réciproques, de s’avertir et de se corriger fraternellement.

Il y a dans les monastéres de la Visitation une pieuse industrie, imaginée par le saint éyégue de Genéve pour faire progresser ses filles spirituelles

dans la'vertu, industrie qui pourrait avantageusement étre pratiquée dans toutes les commu- nautés religieuses : nous voulons dire l'industrie des Aides.

Dans la constitution 25 qui traite de la correction fraternelle, saint Francois de Sales dit WVabord que cette correction ne doit se faire que pour les fautes d’importance, et jusqu’a trois fois en secret, ensuite aprés avoir donné & la supérieure et aux Scurs des avis. Pour le cas ot ce reméde resterait sans effet, le trés doux et incomparable docteur continue :

Afin que l’'amendement se fasse plus grand en la congrégation, la veille de la Circoncision, aprés que l’on aura tiré les saints ', Vassistante priera la supérieure, au nom de toutes les Swurs, de donner 4 chacune une aide, et la supérieure la baillera, leur enjoignant @’avoir soin particuliérement de s’exciter réciproquement a VYamour de Dieu, a se corriger de leurs défauts en esprit de douceur et de charité, faire en sorte que ce soit sans aucune autre particularité ensemble, et lors elles se prieront l'une lautre de faire soigneusement cet office réciproque, lequel peu aprés elles pratiqueront fidélement, sans montrer aucune sorte de dégotit ou de défiance, se gardant néanmoins de méler en leurs corrections la censure ou murmuration pour les imperfections d’autrui...

Suivent d’autres moyens d’amendement.

La sainte fondatrice de la Visitation, sainte Jeanne-Francoise de Chantal, revient plusieurs fois sur ce sujet dans ses Réponses, et elle insiste surtout sur la derniére remarque pour le cas qu’on aurait quelque chagrin sur le coeur.

En pratique, les religieuses de la Visitation suivent exactement l’ordonnance de saint Francois de Sales. La veille de la Circoncision, au chapitre, tout le monde s’agenouille, les Scours sont nommeées deux a deux, et des lors Pune devient Vaidé spirituelle de l’autre, son ange gardien, comme elles disent en famille, et réciproquement. Assez souvent il arrive que, quand deux Sceurs qui s’4taient ainsi assistées pendant toute une année, ou méme quelquefois pendant deux ans, doivent se séparer de nouveau, on peut constater chez elles quelques larmes involontaires, mais

elles ne tardent pas 4 se mettre de tout cour au service de leurs nouvelles compagnes. On fait ce changement chaque année ou tous les deux ans, pour qu'il ne se forme pas d’amitiés particulieres entre les Sceurs. A la fin de chaque mois, la supé-

4 Ge sont des billets qui contiennent :

Jo Le nom du patron qu’on aura dans l’année ;

2° Une vertu particuliére a pratiquer ;

3° Le numéro du rang qu’on aura partout, au cheur, au réfectoire, etc. ;

4o La cellule qu’on doit occuper.

Tout cela se fait au chapitre.

ieee : LAM] DU CLERGE ee ee

rieure indique a haute voix le jour oti les aides devront se communiquer ce qu’elles ont a se dire. Cela se fait pendant une demi-heure ou une heure au plus, 4 un moment ou les autres jours on devrait garder le silence. Si l’on est empéché ce jour-la, on doit demander la dispense pour un autre jour. En dehors de ces entretiens fixés par la regle, on n’a que peu de communications avec la méme Sour; ce n’est que 1a qu’on lui dit (ou qu’on devrait lui dire) les imperfections que l’on peut avoir remarquées dans sa conduite pendant le mois. ;

La sainte fondatrice de la Visitation répond 4 une Soeur qui l’interroge sur la mani¢re de faire ces observations : /

Quand on entretient son aide, il le faut faire avec une grande cordialité. Pour moi, si j’avais une aide, quand je lentretiendrais, je lui dirais :

« Or sus, ma chére aide, comment avez-vous passé ce mois? Pour moi, j’ai été grandement travaillée de distractions et de sécheresses; mais, ma chére aide, ne remarquez-yous pas comme je suis légére et maussade, rude et peu charitable? — Oui, ma Sceur, devrait-élle répondre si elle l’a remarqué, mais que voulez-vous !) Il vous faut bien amender de cela et encore de telle ou telle chose. Et moi, mon aide, ne vous étes-vous point apergue que je ne me suis point amendée de ce que vous m’aviez averlie? etc. »

Si elle témoignait un peu de froideur sur les avertissements que vous lui faites, il le faudrait supporter et ne pas en faire autant en ce temps-la, ou du moins il faudrait bien sucrer la pilule, mais il ne faudrait pas perdre la confiance de l’avertir une autre fois.

«Je puis vous assurer, nous disait un jour une religieuse de la Visitation, par ma propre expérience, que c’est une des pratiques les plus sages que notre saint fondateur nous ait prescrites, et que j’en ai déja tiré beaucoup de profit pour mon ame. De plus, on apprend 4 connaitre et a apprécier plus au juste ses Scours, et on est préservé par 14 de beaucoup de choses, car naturellement on est toujours libre d’en parler aprés et de s’éclaircir aupres de la supérieure. »

Il est facile de comprendre, en effet, qu'un tel systéme de correction fraternelle est merveilleusement apte 4 corriger une Scour de ses défauts.

Au lieu donc de nous répandre en plaintes, trop justifiées, mais inutiles, sur les nombreuses imperfections dont nous pouvons étre témoins, essayons plutét d’y porter reméde en introduisant s'il est possible parmi elles la salutaire institation de saint Francois de Sales, l’institution des aides spirituelles ou des anges gardiens, avec les limites et les précautions qui s’observent dans la Visitation, et nous pourrons alors beaucoup plus facilement accorder 4 toutes nos religieuses la permission de communier tous les jours, parce que toutes feront beaucoup plus @’efforts pour s’en rendre dignes.

3e Objection.— « Les prétres francais, en général, sont peu aptes a diriger des religieuses, parce qu’ils n’ont pas été formés pour cela, mais pour le ministére paroissial, et que trés peu ont les qualités requises pour cette mission. »

Réponse. — a) Cen’est pas seulement en France, mais & peu prés partout, que les prétres sont formés surtout pour le ministére paroissial, sauf ceux qui se préparent 4 ’ensejgnement et dont les études sont plutdt dirigées dans ce sens. Il est tres rare qu’on forme d’avance des prétres dans le but spécial de confesser et de diriger des religieuses. Aussi ceux qui sont désignés par leur évéque pour cette mission de choix doivent presque toujours ajouter a leurs études antérieures et a leur expérience du ministére paroissial, des études spéciales de théologie ascétique et mystique, et s’instruire peu a peu par le contact avec les dmes mémes guwils dirigent,

Qui voudrait douter, par exemple, que le commerce intime des confesseurs de sainte Thérése ou de sainte Catherine de Sienne avec ces grandes saintes ne leur ait pas été beaucoup plus utile a eux-mémes qu’il ne l’était a celles-ci? Ils avaient autorité sur elles et ils pouvaient leur commander, et alors elles se faisaient un devoir d’obéir. Mais elles étaient beaucoup plus éclairées qu’eux dans les choses divines, et tres souvent c’était par elles que Dieu les faisait instruire de ce qu’il leur importait de savoir.

Nous ayons connu une ame privilégiée de ce genre’ qui a rendu d’éminents services a des prétres trés instruits, a des religieux zélés et trés pieux, et méme 4 des évéques trés éloquents et tres célebres, par exemple au R. P. Lacordaire, a Mgr Mermillod, etc.

Non seulement Dieu fait passer par l’intermédiaire de ces Ames beaucoup de lumiéres 4 leurs directeurs, mais il en donne aussi beaucoup directement 4 ces mémes directeurs, en considération des Ames qu’ils ont a diriger.

C’est, selon la belle comparaison du vénérable Louis du Pont, la méme chose qui se fait a la cour des princes pour les nourrices qui doivent allaiter les enfants du roi. On leur prépare tout ce qu'il y a de mieux en fait de nourriture, afin qu’elles puissent donner a leurs nourrissons un lait plus substantiel et plus succulent. De méme, Dieu donne a ceux qu'il a chargés de diriger les Ames qui lui sont spécialement chéres, des lumiéres et des connaissances plus étendues, afin quwils puissent leur étre plus utiles. Il suffit pour cela qu’ils ne se confient pas en eux-mémes, mais qu’ils attendent tout de Dieu. Alors Dieu leur vient en aide d’une maniére véritablement merveilleuse.

Il ne faut done pas trop s’inquiéter de ce que des prétres ne sont pas formés spécialement pour la direction des religieuses. Si les évéques choisissent pour cette mission ceux d’entre leurs prétres qui leur semblent les plus éclairés et leg plus pieux, Dieu suppléera lui-méme 4 ce qui leur manque et se chargera, d’achever a loisir leur éducation sacerdotale, soit par lui-méme, soit par les ames quils doivent diriger.

AS BEY vicomtesse Jurien de la Graviére, restauratrice du monastére de Prouille.

LAMI DU CLERGR

b) « Ily a peu de prétres qui aient les qualités ou les aptitudes nécessaires pour bien diriger des religieuses, » nous dit-on. C’est possible, au moins s'il s’agit de les diriger vers une haute sainteté, comme leg Thérése et les Catherine de Sienne. Mais pour les diriger dans les voies ordinaires de la perfection, il nous semble qu’il ne faut pas des qualités si extraordinaires dans le confesséur. Et en effet nous voyons nombre de bons curés de ville ou de campagne qui s’en acquittent d’une maniére trés satisfaisante.

Mais admettons qu'il y ait peu de prétres qui aient les qualités requises pour diriger les religieuses; la conséquence qui en résulte, cest qu’il ne faut pas les prendre au hasard, mais les choisir avec soin. Et c’est ce que font aussi les évéques, qui ne désignent pas, en général, les premiers venus de leurs prétres pour la direction des maisons religieuses qu’ils ont dans leurs diocéses, mais qui choisissent seulement ceux qui leur semblent les plus aptes a remplir cette importante fonction. Car, comme le disait un célébre directeur de Saint-Sulpice, M. Mollevault : « Une ame qui aspire a la perfection en vaut mille de -celles qui n’y aspirent pas. » Et par conséquent il est conyenable de lui donner un directeur choisi non pas méme entre mille, mais s'il était possible entre dix mille, comme disait saint Francois de Sales. Mais ceci est Vaffaire des évéques, non la ndtre.

Mais quand méme il y aurait pénurie de prétres aptes 4 bien diriger les religieuses, ce ne serait pas une raison pour qu’on refuse a ces religieuses la communion quotidienne, car précisément, par cette communion fréquente, Notre-Seigneur leur fournirait directement ce qu’elles ne pourraient pas recevoir de leurs directeurs, et dans ce cas ce serait lui qui serait leur véritable et infaillible directeur. Elles ne perdraient pas au change.

4° Objection. — « Les religieuses, en général, sortent d’un milieu et vivent dans un milieu ot la foi est tellement appauvrie qu’elles ne semblent pas pouvoir étre admises a la communion quotidienne... »

Réponse. — a) Sortir d'un milieu ot il y a peu de foi pour entrer dans un couvent, est un signe que Von ne partage pas Vindifférence de ce milieu, que Von a par conséquent ou beaucoup de piété déja, ou au moins beaucoup de dispositions a la piété. Or cette picté ou ces dispositions a la piété ne peuvent que gagner ala communion fréquente. Des communions rares ne conduiraient jamais a la méme ferveur que Ja communion quotidienne ou presque quotidienne, et lon s’apercevrait toujours alors que l’on est sorti d’un milieu dépourvu de foi et de religion, tandis qu’avec la communion fréquente on se trouvera tout a fait dans Yélément surnaturel, et par suite on respirera Vesprit de foi a pleins poumons.

b) Vivre dans un milieu d’out la foi est absente est une raison pour s’approcher plus souvent de la sainte communion, afin de réagir contre l’indif-

se

férence de son entourage. Car si l’on s’en approche plus rarement, on cédera plus ou moins a Vinfluence de l’esprit ambiant, on tombera dans le relachement et la tiédeur, et l’on ne verra plus de différence tranchée entre la vie du monde et la vie religieuse, Au lieu que si on recoit la sainte communion tous les jours ou presque tous les jours, on sera toujours entretenu ou ravivé dans l’esprit de foi, ce sera un stimulant continuel et tras puissant a la pratique de la charité envers Dieu et envers le prochain, et de toutes les vertus. Alors on pourra mieux que jamais constater que les couvents ot fleurit la communion fréquente, sont des asiles de piété et de pureté et des oasis verdoyantes ot lon peut venir se rafraichir et se reposer aprés avoir erré a travers les gables brilants du désert. :

Une communauté fervente ot toutes ou presque toutes les religieuses font la communion chaque jour, fera certainement beaucoup plus de bien autour d’elle que les communautés moins heurevses oula communion ne se fait que quelquefois par semaine. Cela doit étre, a priori; personne ne peut en douter. Et cela est aussi en réalité, on peut s’en assurer a posteriori en comparant les communautés qui communient peu avec celles qui communient tous les jours ou presque tous les jours, et surtout en comparant Vétat Vune communauté ot Von introduit la communion quotidienne avec celui ou se trouvait la méme communauté avant quil n’y ett la communion quotidienne.

La premiére comparaison n’est pas 4 la portée de tous : il faudrait avoir vu beaucoup de couvents de lune et de Vautre sorte pour en juger.

La seconde est plus facile. I suffit de s’adresser aux confesseurs ou aumoniers, ou méme aux supérieurs, qui ont constaté par eux-mémes le changement opéré dans leurs communautés par Vintroduction de la communion trés fréquente. Ce changement n’est pas, sans doute, aussi frappant que celui qui s’opére dans les établissements d’éducation ot lon remplace la communion mensuelle, de régle, par la communion hebdomadaire ou presque quotidienne de dévotion ; car, dans ces établissements, on réussit 4 supprimer par la des centaines et des milliers de péchés mortels chaque année et peut-étre chaque mois, tandis que dans les couvents on n’a pas, en général, a faire la guerre au péché mortel, mais seulement au péche véniel et aux nombreuses miséres inhérentes a notre pauvre nature déchue.

Mais ce n’en est pas moins glorieux pour Dieu et moins avantageux pour les 4mes que @obtenir d’elles, au moyen de la communion trés fréquente, une diminution de plusieurs centaines de péchés véniels par an peut-étre, et surtout une augmentation de plusieurs milliers d’actes amour de Dieu et de toute sorte d’actes de vertus inspirés par la charité. A la fin d’une année, si l’on faisait le bilan du doit et de l’avoir vis-a-vis de Dieu, on trouyerait que les religieuses qui ont communié

Ries oo AMT DU CLERGE -° a a ee ee

tous les jours ont une liste beaucoup plus courte. au doit, et beaucoup plus longue a l’avoir, que celles qui ont communié plus rarement.

D’ot la conclusion nécessaire que, plus nous nous efforcerons de promouvoir la communion tres fréquente et quotidienne dans le monde, et surtout dans les maisons religieuses, plus nous contribuerons a la gloire de Dieu et au bien des ames, plus aussi nous procurerons de joie et de consolation 4 l’Eglise notre mére, puisque son grand désir est que tous ses enfants puissent prendre part chaque jour au banquet divin que Notre-Seigneur a mis 4 notre disposition sur la terre, en attendant le ciel.

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G@UESTIONS de science ecclésiastique

CONSULTATIONS DIVERSES sis oof]

Q. — D’aprés la loi des contributions indirectes, tous les cierges qui sont emportés de chez le cirier doivent étre munis d’un timbre, vyarié selon le poids du cierge.

Or, voici qu’un cirier, aussitot qwil a apporté les cierges a l’église, s’empresse de couper les méches aux- quelles sont attachés les timbres et les met dans sa poche, et remet les mémes timbres un nombre indéterminé de foisade nouveaux cierges d’autres inhumations. Or la loi défend qu’un timbre qui a servi une fois puisse servir une autre fois. :

De la le civier se fait payer ces timbres, payés une seule fois ala régie, autant de fois qu'il les fait servir a nouveau et, a2 chaque nouvelle facture, il met:

le Dt pour tant de cierges, parexemple : 40f.

2° Dui pour timbre Sf.

Ou bien encore, en bloc, 45 fr. pour tant de cierges.

1° IL me semble que les familles ayant acquitté les droits de timbre entre les mains du cirier, celui-ci n’a pas le droit de les garder pour lui. Si donc il est obligé a restitution, a qui doit-il restituer? A la régie ou aux plusieurs familles par qui il s’est fait rembourser des timbres qu'il n’a payés que pour une seule famille? On dit qu’un ciriera fait ainsi sa fortune en grande partie.

2° lin cas de bonne foi de la part du cirier, ne croyant tromper que la régie et non pas voler, s’il n’en parle pas en confession, son confesseur, certain du fait de ce cirier, devrait-il le tirer de la bonne foi? Car le cirier, par son procédé, ne lése pas qu’une personne, mais un certain nombre de personnes, présentement et a lavenir.

R. — Il semble bien, au premier coup d’ceil, que le cirier en question est pleinement dans son tort, qu'il n’agit pas en honnéte homme, et doit bien quelque restitution, mais laquelle et & qui? — Cependant, examinons bien le cas, et posons les principes, afin de voir si ce premier coup d’ceil est bien juste, et sil restera encore de grandes difficultés.

J. D’aprés le plus grand nombre des théologiens, parmi lesquels il suffit de citer Bonacina, Vogler, Lugo, Sporer, Layman, Navarrus, Scavini, Ballerini, Rousselot, Lehmkuhl, Clément Marc, Berardi, Gury, Bucceroni, Frassinetti, Génicot, etc., les lois de la régie qui regardent les impdts indirects

doivent plutdt étre regardées comme des lois penales, obligeant, en conscience, soit a les payer, soit A payer l’amende, si on y est condamné pour non observation de la loi.

La raison en est : 49 Que l’intention des législateurs, généralement trop peu chrétiens en notre siécle, ne peut pas étre de lier Ja conscience devant Dieu qu’ils connaissent 4 peine, mais seulement d’avoir l’argent gui leur semble nécessaire ; aussi prennent-ils tous les moyens possibles pour y arriver.

20 Qu’il y aun trés grand nombre d’agents préposés a lever ces impdéts et a faire condamner a des amendes trés considérables ceux qui seraient pris en fraude. Ce qui est généralement l'indice d’une loi pénale. Car comment vouloir obliger tout a la fois ad culpam simul et. ad paenam ? Ne serait-ce pas excessif? et les amendes énormes auxquelles sont. condamnés les fraudeurs suffisent bien au gouvernement pour arriver a ses fins, cest-a-dire pour se procurer l’argent qu’il veut obtenir par la.

30 Que immense majorité des citoyens est persuadée qu'il n’y a pas péché devant Dieu a frauder la régie, aussi n’y a-t-il guére de personnes qui s’en fassent scrupule, quand elles croient pouvoir le faire facilement. Si done on vonlait, par ces lois, lier directement la conscience, avec la persuasion actuelle de l’opinion publique et la maniére d’agir dun grand nombre qui ne changeraient pas pour cela, on agirait contre le bien

public, puisqu’on poserait, sans une vraie raison,

une cause certaine de nombreux péchés (nous disons sans une vrate raison, puisqu’on peut arriver au méme résultat par une loi pénale qui n’atteint pas la conscience de la méme maniére). Or, une loi qui serait contre le bien public ne serait plus une loi, puisqu’elle manquerait d’une condition essentielle 4 toute loi, qui ne doit étre que pour le bien public.

40 Einfin, que le but actuel de nos législateurs, but qwils avouent eux-mémes hautement quoique indirectement, est de renverser la religion catholique et la vraie et pure morale, de détruire les ordres religieux, les écoles chrétiennes et tous les instituts religieux, de créer et de favoriser de toutes maniéres des écoles sans Dieu, des hopitaux sans Dieu, des bureaux de charité et institutions de prétendue bienfaisance sans Dieu, et de contrecarrer les ceuvres entreprises par le clergé et méme son recrutement, et c’est a cela qu’est employée une partie de ces impots si nombreux et si onéreux qui frappent le plus lourdement ceux, au contraire, qui devraient étre ménagés davantage. De sorte qu’on ne peut plus dire que ces lois aient les conditions essentielles & une loi morale, a savoir, wne cause juste et une proportion bien gardée; et quand méme la chose ne serait que probable, cela suffirait, et lon ne pourrait plus y appliquer cet adage: « En cas de doute, la présomption est pour la loi. » « Ce n’est pas vrai, dit sagement Billuart, quand le législateur a donné de

trés justes raisons de soupconner son équité, et qu'il s’agit de son intérét 4 luiet du dommage des sujets. Il faut alors‘recourir plutdt 4 cette autre régle : dans le doute, il faut favoriser de préférence celui qui aurait des dommages a encourir. »

II. Pour le cas du cirier, nous avons voulu consulter un cirier droit, loyal et chrétien, et qui, lui, ne fait certainement aucune fraude, et voici ce qu’il nous a dit: « En certains départements, les timbres sont en effet attachés aux méches des cierges, et il est plus facile alors de frauder la régie. Mais dans le plus grand nombre, les timbres sont tellement collés sur le papier que de ce cété la fraude est a4 peu prés impossible; cependant on pourrait encore frauder en portant les cierges en cachette et sans timbre. Depuis la nouvelle loi sur ces timbres, le prix des cierges a nécessairement augmenté. On vend maintenant la cire en bonne qualité cing francs le kilo, et la vignette est comprise la-dedans. Que le cirier fraude ou ne fraude pas pour les timbres, il ne fait aucun tort aux clients 4 qui il vend la cire le prix qu’elle vaut actuellement, comme un marchand, débitant, etc., qui frauderait la régie pour le vin ou les liqueurs, ne ferait aucun tort aux clients a qui il les vendrait le prix que tous les autres les vendent; c’est en effet leur vrai prix. Il ne fait tort qu’au gouvernement; encore lui fait-il véritablement tort? Le gouvernement, en tous cas, s’en rachéte bien par les amendes qu'il fait payer a ceux qui sont pris; aussi, cet homme risque bien de se faire tort a lui-méme, car s’il est pris, il sera condamné a des frais supérieurs 4 tout ce qu'il peut avoir gagné, et aprés il sera surveillé sans cesse, et aura toujours les agents du fisc sur son dos; et méme avant qu’il ne soit pris, s’il fraude souvent, la régie ne tardera pas 4 s’apercevoir qu il ne prend pas assez souvent de timbres ou vignettes pour la quantité de cire qu’il vend, et elle commencera & le faire surveiller. Mais qu’un cirier ait pu faire en grande partie sa fortune par ces fraudes, c’est simplement fabuleux, ou du moins singuliérement exagéré. »

Cet homme ne raisonnait vraiment pas mal.

Aussi nous ne pourrions condamner le cirier a restituer aux familles, puisqu’il ne leur a pas fait un tort réel (qu’importe en effet la maniére dont ses factures soient rédigées, s’il n’a vendu les cierges que ce qu’ils valent, d’aprés le prix courant adopté partout, grace 4 Yimpét?), ni au gouvernement qui se rachéte par les amendes et qui arrive toujours a son but. Puisqu’il est au moins probable que ces lois sont pénales, il ne peut étre obligé rigoureusement & payer gue s'il est condamné, Il peut done garder pour lui les bénéfices, puisque lui seul court tous les risques.

Cependant, pour ’honneur méme de leur ministére, les prétres, tout en disant la vérité lorsquwils sont consultés, devront bien se garder d’encourager et méme d’approuver directement ces gortes de fraude, ils les déconseilleront plutét.

Q. — Il y a quelques semaines, 4 une question sur la Vie intérieure simplifiée, vous avez répondu que ce livre fort loué des uns était bien critiqué par d’autres. Pour quelles raisons cet ouvrage composé par un écrivain qui a évidemment beaucoup de zéle et de piété, ne plait-il pas 4 tous? J’aurais voulu qu’un autre que moi vous signalait certains passages qui accusent une doctrine défectueuse : quand on a écrit soirméme sur la Spiritualité, on n’a pas bonne grace A critiquer les autres; mais comme personne ne semble avoir attiré votre attention sur ces propositions, je me décide a le faire aujourd’hui. :

L’auteur fait reposer sa doctrine sur cet incontestable principe : Je suis fait pour la gloire de Dieu. De la, dit-il, découle pour moi lobligation de « voir la gloire de Dieu partout en premier lieu comme but uniquement essentiel de ma vie... C’est 1a Vobligation de mon esprit... de choisir et d’employer toutes choses dans la mesure, ni plus ni moins, oti elles servent a la gloire de Dieu, c’est la l’obligation de mes actions *. »

Si « la gloire de Dieu qui en tout doit occuper la premiére place, passe au second rang ou est mise de cété, il y a désordre.

« Voir, aimer et rechercher ma satisfaction aux dépens de la gloire de Dieu, c’est le désordre unique, fondamental, essentiel, c’est le mal. » Ce désordre comprend trois degrés qui constituent le péché mortel, le péché véniel, Vimperfection. « Péché mortel, péché véniel, imperfection sont trois DEGRES p’uN MimME DESORDRE, trois HCHELONS p’uN MEME MAL : ma satisfaction avant la gloire de Dieu. » — « L’imperfection, dit-il ailleurs (chap. x1), est w2 mal de méme nature que lepéché mortel et le péché véniel, avec une seule différence de gravité... Toute la différente est dans la gravité...»

Est-il opportun, Monsieur le Directeur, de laisser passer des propositions aussi éfranges dans un ouvrage répandu a des milliers d’exemplaires, sans prévenir les lecteurs qui pourraient y étre trompés?

D’abord ne trouvez-vous pas que l’auteur fait un oubli qui a‘bien son importance? C’est qu’on peut procurer la gloire de Dieu sans que l’esprit y pense explicitement. Tout acte bon, tout acte accompli selon la droite raison glorifie Dieu, alors méme qu’on ne songe pas 4 le rapporter expressément a la gloire de Dieu. L’auteur dira-t-il que celui qui fait ’aumone sans se proposer de glorifier Dieu est dans le désordre, quil manque a Vobligation de son esprit? Dira-t-il encore que celui qui, par crainte de Venfer, renonce au péché ef s’en eonfesse est dans le désordre parce que ce n’est pas la gloire de Dieu qu’il se propose avant tout? ;

Mais surtout ce qui est grave, ce qui yous paraitra comme a moi énorme, c'est cette assertion qu’entre le péché mortel, le péché véniel et V'imperfection, il n’y a que différence de degré. Pourquoi done alors le Dieu infiniment juste met-il, non une difference de degré, mais une différence essentielle entre la maniére dont il traite celui qui est coupable de péché mortel et celui qui est coupable seulement de fautes vénielles, traitant Yun en ennemi, l’autre en ami? La vérité est qwil ya différence essentielle entre le péché mortel et le péché yéniel, considérés tant en eux-mémes que considérés dans les dispositions des sujets qui les commettent. En eux-mémes, car le premier, de sa nature, tend 4 détruire VYordre des choses on l’ordre établi par Dieu, le second le laisse subsister tout en le troublant. Il y a différence essentielle entre le blasphéme et la distraction dans la pricre; méme dans le vol, n’y a-t-il pas difference essentielle entre le vol d’un billet de cent francs qui ne pourrait étre permis sans que Yordre social fut détruit, et le yol de cinquante centimes qui, s'il était permis, troublerait sans doute, mais ne détruirait pas Vordre social?

Telle est du moins ma maniére de comprendre la théologie ; n’est-ce pas la bonne et la seule vraie ? nest-

ce pas la votre?

1 Voir son résumé place a la fin du livre.

Quant au sujet qui péche, il est trop clair qu’il ya différence essentielle entre celui qui sait que par sa faute mortelle, il va perdre l’amitié de Dieu et qui péche quand méme, acceptant cette affreuse conséquence, et celui qui se permet une faute légdre parce qwil sait bien rester l’ami de Dieu, sa disposition étant telle que s’il voyait dans sa faute la privation de l’amitié divine, il y renoncerait.

Il me semble encore, Monsieur le Directeur, que Vauteur donne au sujet delimperfection une doctrine toute nouvelle et inacceptable. Prenons son exemple : « IL fait chaud, j’ai soif, je bois un verre d’eau; la soif est le premier motif de mon action. Et ot est la gloire de Dieu? Dans Voubli, hélas! C’est mon besoin, c’est ma satisfaction, c’est moi en premiére place. Ne retrouvéje pas la le désordre essentiel, le renversement de Vordre de la création, moi avant Dieu, mon plaisir ayant sa gloire, ma satisfaction avant son honneur? »

Les théologiens ne résolvent-ils pas ce cas d’une tout autre maniére? Les thomistes qui n’admettent pas les actes indifférents disent : Celui qui boit pour apaiser sa soif, le fait parce qu’il veut donner a son corps la boisson dont il a besoin, alors il fait un acte voulu par Dieu, conforme a la droite raison et moralement bon; cét acte est moins bon en soi dans la plupart des cas que de s’abstenir par mortification, ce qui fait imperfection de son acte, s’il est poussé 4 faire mieux et qu’il résiste; mais, méme dans ce cas, lacte quoique imparfait reste bon, et ne comporte aucun désordre. Si au contraire on boit, ne serait-ce qu’un verre d’eau, uniquement pour se satisfaire, sans aucun besoin, sans aucune raison légitime, il y a désordre et péché.

Les scotistes, eux, disent: Je bois un verre d’eau parce que cela me plait, cela est indifférent, cet acte, en effet, n’a rien qui le rende bon; mais l’acte n’est pas mauvais et n’est pas péché, parce qu’il n’y a en cela aucun désordre. — L’auteur est le premier qui dise: Il y a désordre, et désordre vu et accepté, et cependant il n’y a pas péché!!! :

Aussi, voyez son embarras a la méme page, et les propositions plus qu’étranges qu’il émet :

« Pourquoi, dit-il, dans Vimperfection, n’y a-t-il pas doffense ala Majesté divine et pas de souillure pour mon Ame? Pourquoi? Hst-ce que sa BONTE, s’accommodant a ma faiblesse, na pas voulu imposer a ma pauvre nature déchue des difficultés trop peu proportionnées a ses forces? » Ce serait donc alors par bonté /]

que Dieu ne youdrait pas voir une offense 4 sa Majesté,

une souillure pour mon ame dans un acte ollilya «désordre essentiel, renyersement de l’ordre de ma eréation!! » Et Ja sainteté de Dieu, quelle idée l’auteur s’en fait-il donc? ;

Dites-moi, Monsieur le Directeur, ai-je raison d’étre trés choqué de rencontrer ces doctrines dans un ouvrage arrivé au moins a sa sixiéme édition? Ai-je raison de penser que votre chére Revue, qui rend tant de services au clergé, ferait bien d’établir sur ce point la vraie doctrine et de prémunir ceux de ses lecteurs qui ont pu prendre pour des doctrines incontestables toutes les. propositions de cet auteur? Vous jugerez, dans votre sagesse, si la chose ne serait pas opportune; pour moi, il me semble qu’en matiére de spiritualité, plus encore qu’en toute autre question, la vraie doctrine doit toujours étre sauvegardée et rappelée a ceux qui l’oublient.

R. — Nous faisons volontiers nétres les observations trés judicieuses qui précedent, dues 4 une plume autorisée, que nous savons tres versée dans les matiéres de spiritualité.

La Vie intérieure simplifiée est certainement un bon livre, qui a fait du bien. Mais l’auteur ne s’y révéle pas toujours théologien trés précis, et Yon sait quelle difficulté il y a de toucher aux questions d’ascétisme avec une correction d’idées et de termes qui soient 4 l’abri de toute critique.

Nous n’avons pas le moins du monde le dessein d’entrer dans l’examen détaillé de la Vie intérieure simplifiée. Nos lecteurs nous sauront gré cependant de leur avoir mis sous les yeux la lettre de notre docte correspondant;-elle est suggestive, et, ce gui ne gate rien, parfaitement courtoise. Il nous a semblé opportun de la publier, ne fit-ce que pour mettre le clergé en garde contre certaines nouvelles formules doctrinales un peu élastiques qu’on a le regret de rencontrer dans de bons ouyrages contemporains d’ascétisme, d’ailleurs a beaucoup de points de vue tout a fait recommandables.

Q. — Dans mon pays il est d’usage que la femme en couches est assistée par ses voisines, qui remplacent la sage-femme. :

Il arrive souvent que nos bonnes femmes, peu au courant d’art-et de médecine, croient sans raison lenfant en danger et lui administrent le baptéme.

Or voici comment l'une d’elles a administré ce sacrement. Voulant formuler son intention de baptiser et @ouvrir les portes du ciel 4 Penfant, aprés avoir dit dans son patois : « Je te baptise au nom du Pére, et du Fils, et du Saint-Esprit, » elle a ajouté : « Pour faire de toi un ange. »

Faut-il considérer ce membre de phrase « pour faire de toi un ange » comme s’ajoutant a la forme sacramentelle et la viciant? Le baptéme est-il valide ?

J’ajoute que, sauf ce détail, tout s’est passé trés théologiquement.

R. — I. Il est certain que les femmes dont il est question ici ne devraient pas croire si légérement les enfants en danger et les baptiser. Mais enfin elles ne les baptisent que parce qu’elles les croient en un danger assez pressant, et réellement exposés a mourir avant quon ait pu recourir au prétre; en cela donc elles sont loin d’étre blamables.

II. L’une d’elles a baptisé en ajoutant a la formule ces paroles: Pour faire de tot un ange. Il est évident que cette addition n’a pas vicié la forme baptismale au point de la rendre invalide. Il faudrait en effet pour cela que cette addition lui apportat un changement substantiel qui lui donnat un autre sens que celui voulu par Notre-Seigneur, ou au moins que la personne qui fait cette addition ait Pintention d’en changer vraiment la signification, ce qui n’est pas ici, puisqu’au contraire le bapléme fait vraiment de enfant un ange, en ce sens qu’il le rend semblable aux anges par l’innocence et la pureté qu’il lui donne.

III. Toute addition est une faute dés lors qu’elle apporte, sans aucune autorité, un changement a un rit sacré institué par Nolre-Seigneur pour un but tout divin : la collation de la grace. Il ne peut y avoir d’exception relativement 4 la forme elleméme que quand les circonstances obligent a apposer une condition pour sauvegarder, selon Vesprit de 1’ Eglise, le respect di au sacrement. En dehors de la, toute addition est un péché plus ou moins grave, selon que cette addition est plus ou moins irrespectueuse envers le sacrement. Toute addition tendant a changer swbstantiellement la signification de la forme est évidemment un péché mortel. Si le changement n’est qu’accidentel, le

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“VAMI DU CLERGE

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péché est morte! on véniel, selon qu’il est gravement ou légérement irrespectueux envers le sacrement. Ici, dans la bouche d’une femme peu instruite et qui a de bonnes intentions, il ne peut étre en soi que véniel, et méme on peut dire qu’en raison dela bonne foi et de la bonne intention, il n’y a pas méme eu chez elle péché véniel.

Q. — 1° Une réserve ainsi formulée : « Omne peccatum mortale, externum, contra sextum decalogi preceptum inter clericum sacris ordinibus initiatum et aliam personam sive ejusdem sive diversi sexus, reservatur pro utroque complice, » est-elle soumise a cette condition générale de la réserve mortale quatenus externum, de maniére qu’un acte léger extérieurement, vy. g. simplex amplexus, ou plus léger encore, mais complétant une délectation interne parfaitement consentie (par conséquent grave seulement interne) tombe sous cette réserve ?

2° La complicité dans le péché est-elle requise de part et d’autre pour la réserve ?

R. — Ad I. Le mortale quatenus externum implique la gravité externe de la matiére, ainsi que l’enseignent communément les canonistes au chapitre des censures.

Ad II. Oui, la complicité est requise pour la censure. Voir ce gu’en disent les commentateurs de la Bulle Apostolice Sedis 4 propos de la censure de Absolutione complicis (n° 10).

Q. — Une jeune fille mineure a toutes les marques dune véritable vocation a l'état religieux. Elle refuse toutes les offres de mariage que lui propose sa famille ; ses parents menacent, gémissent, promettent maintes et maintes fois ; la jeune fille répéte partout qu’elle ne veut pas se marier.

A.son insu les parents la font publier a la mairie, fixent la date du mariage, font tous les préparatifs. Huit jours avant cette date, la jeune fille qui a déja exprimé plusieurs fois son refus au fiancé, va trouver son curé et le prie de ne pas la publier. Peu de temps apres cette visite elle se présente de nouveau devant lui amenée par ses parents et finit par donner son assentiment. Hlle est publiée et le mariage s’accomplit.

Peut-on dire, théologiquement parlant, que cette jeuné fille a agi librement ?

Tout ce que ses parents ont fait, malgré elle, n’a-t-il pas influé sur l’expression du consentement ?

Que dire de la validité de ce mariage ?

R. — Crest un cas trés difficile 4 décider que celui du défaut de consentement en matiére de contrat matrimonial. En principe, la chose est claire. Si le consentement a‘ fait défaut, au début et dans la suite, le mariage esi nul. Mais, en fait, qu’en est-il im casu ? Ii faudrait une enquéte assez compliquée pour arriver 4 une réponse stire. Vous comprenez que nous n’avons rien de ce qu'il faut pour lentreprendre. Hxcusez-nous de ne pas donner d’autre réponse & votre question.

a ER SO, IIR TT ee IMPRIMATUR Lingonis, die 3 octobris 1900.

> SEBAsTIaANuS, Zpiscopus Lingonensis.

Le gérant : J. MaIrrizr.

LANGRES. — IMPRIMERIE MAITRIER ET COURTOT

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NOTES ET SOUVENIRS

§ XXXIX. — La morale du nombre

LA MORALE ET’ LES CHIFFRES. — SIGNE ET LE NOMBRE-CAUSE. — THEORIE MO- RALE DES MAJORITES. — QUIL NE FAUT NI EXAGERER NI DIMINUER L’AUTORITE MORALE DU NOMBRE.

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