PERSONNES QU’ELLE OBLIGE
I. — La défense de mélanger de la viande et du poisson s’applique a tous ceux qui regoivent une dispense, quelle qu’en soit la cause; sa régle comprend aussi bien les personnes privées que les multitudes, peuple, cité, nation. Il n’y a pas de distinction a faire entre les dispenses données par un Ordinaire et celles qui viennent du Saint- Siége. joys te
C’est ve qui ressort clairement des termes dela Constitution In Suprema, §2: « Nos quibuscumque, quacumque occasione, sive multitudini indiscriminatim ob urgentem gravissimamque necessitatem, sive singulis ob legitimam causam... dispensari contigerit, ab omnibus omnino, nemine excepto, interdictas epulas minime esse apponendas, tenore praesentium declaramus. »
Depuis, nous avons plusieurs décisions A ce sujet.
40 SAcRHE PENITENCERIB. En 1834, la S. Pénitencerie, consultée sur l’étendue de la défense, avait renvoyé aux auteurs approuvés :
Utrum ii qui, ratione etatis vel laboris (addunt paritate rationis : et infirmitatis), jejunare non tenentur, subjiciantur legi de non permiscendis epulis carnis et piscium, cum per indultum carnes permittuntur ?
Resp. die 13 februarii 1834 : Consulat probatos auctores.
* Cf. Scavini, t. 1, p. 269; Ballerini, u, p- 788 et 792.
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L’AMI DU
CLERGE 107
Ballerini fait justement observer que, a lépoque ou fut rendue cette décision, la loi de Benoit XIV n’avait encore eu que fort peu de commentateurs,
Cependant, le 8 janvier précédent, la méme Congrégation avait rendu la décision suivante :
Utrum in diebus jejunii tempore adventus, a Pio VI prescripti, permissis tamen lacticiniis, cui propter infirmitatem licitus est usus carnium, interdicta sit promiscuitas carnis et piscium ?
Resp. 8 januarii 1834 : Affirmative, nempe non licere ejusmodi promiscuitatem.
2° Le Sarnt-OFFIckE a donné deux décisions, qui se trouvent dans celle du 23 juin 1875 adressée a Pévéque de Bayonne :
Huic Sacre Congregationi dubium fuit propositaum ad Episcopo Baionersi : « Utrum obligatio de non miscendis piscibus cum carne diebus Quadragesime attingat omnes qui vi indulti carnibus vesci possunt, vel solummodo eos qui jejunant? »
Die 23 junii 1875 in Congregatione generali S. R. et U. Inquisitionis habita coram Eminentissimis ac Reverendissimis Cardinalibus generalibus Ynquisitoribus, proposito suprascripto Dubio et prehabito voto DD. Consultorum, iidem Eminentissimi ac Reverendissimi rescribi mandarunt :
Affirmative quoad primam partem ; Negative quoad secundam partem ; et detur Decretum 24 martti 1841,
nempe:
« Ad Dubium : An lex de non permiscendis licitis et interdictis epulis eos etiam respiciat, qui ad unicam comestionem non tenentur, uti juvenes antequam tertium compleverint septennium, aliique rationabiliter ab eadem excusati ob impotentiam vel laborem ?
« Eminentissimi decreverunt : Non licere. »
Il. — Il y a cependant une double exception admise par Benoit XIV.
a) C’est @abord le cas oti le médecin jugerait le mélange de la viande et du poisson absolument nécessaire pour réparer une santé tout a fait ébranlée: « Dummodo nulla certa et periculosa affectze valetudinis ratio intercedat, et aliter fieri necessario exigat 1. »
La Nouvelle Revue théologique interpréte ainsi le passage que nous citons : « Ni en caréme, ni aux jours de jetine en dehors du caréme, ceux qui sont dispensés de l’abstinence ne peuvent user au méme repas de viande et de poisson. Pour pouvoir le faire, il faudrait une dispense spéciale, qui ne s’accorde qwindividuellement, quand la santé
est tellement ébranlée qu’ily aurait péril 4 refuser
la permission et que celle-ci est devenue absolument nécessaire *. »
Nous disons absolument nécessaire, parce que de simples inconvénients ne suffiraient pas « Existimavimus, dit Benoit XIV *, et pravam illam consuetudinem, que apud multos jam nimis invaluerat, pevitus evellere, afferendi nempe carnes in mensam cum piscibus, postquam ipsi
Quadragesimalis abstinentiz preecepto soluti fue- -
runt ob eam potissimum causam, quod grave
-detrimentum saluti ab esu piscium accipiant. »
‘ Const. In suprema, § 2. | 2 Nouvelle Revue théologique, t. xxi. p. 208. ’ Const. Libentissime, § 3. (Bull., t. ut, p. 154).
b) En faveur de ceux qui jouissent de la bulle Cruciate, comme on peut le voir par le no VI de la déclaration du 10 juin 1745 :
Utrum hee lex ad eos quoque pertineat, qui ex Bulla Cructatce edere possunt ova et lacticinia ?
Resp. Nihil in proenunciatis nostris apostolicis Litteris statutum esse, quod respiciat gratiosum Cruciatce Diploma, Quare qui eo gaudent, illius tenorem Ssiricte et considerate perpendant, ex ejusque sententia se gerant. Caveant autem ne inani quapiam excusatione sese solutos esse arbitrentur preescriptis ibi legibus.
III. — On s’est demandé si la coutume pouvait abroger cette loi.
Mgr Gousset semble l’admettre : « Ce point de discipline, dit-il, n’est point en vigueur dans un grand nombre de diocéses 1... »
Aprés avoir cité ce passage, Craisson ajoute: «Sed merito dubitari potest an consuetudo habeat conditiones requisitas ut legitima habeatur *. »
Ce qui n’était qu’un doute pour Craisson est pour nous une certitude, qui s’appuie sur le passage suivant de Benoit XIV : « Existimavimus... pravam illam consuetudinem que apud multos jam nimis invaluerat, penitus evellere, afferendi nempe carnes in mensam cum piscibus *. »
Aprés une telle flétrissure, on ne peut aucunement s’appuyer sur la coutume en question.