OSE SNOT 0 TO SUS TIE AIOE SD
quatre lettres adressées par Mgr Isoard a divers auteurs 4 occasion de leurs publications. —
Plusieurs de ces documents gardent un intérét surtout historique, et seront précieux a qui voudra se rendre compte du mouvement des idées de ce temps : par exemple les lettres au Président de la République et aux divers ministres, l’allocution sur (c’est-a-dire contre) le Congrés ecclésiastique de Reims (1896), les pieces relatives A l’Américanisme, aux écrits de MM. Delassus, Maignen et de Blaviel, 4 la nouvelle exegese bibligue, la déclaration visant M. Fonsegrive et la Quinzaine, la lettre sur Sceur Marie du Sacré-Ccur, la lettre contre le P. Castelein et la thése du grand nombre des élus, ete. A i
Les Lettres pastorales traitent des grands sujets qui s'imposent 4 la méditation de tout chrétien. On aimera 4 en lire ’exposé dans cette langue familiére, tres personnelle, qu’affectionne V’évéque d’Annecy quand il parle 4 son peuple, un peu rigide parfois et abstraite, prétant par la-méme a des exagérations, 4 des interpretations dont la sévérité n’est sans doute pas dans la pensée de Vauteur. Par exemple, sur le péché et les « moyens 4 employer pour ne pas commettre le péché »
ULAR P. Il Pe d’abord éviter toute relation avec les pécheurs, et, ce moyen, trés peu d’entre vous savent VYemployer. On a des rapports de tous les jours avec des hommes gui vivent comme s’ils n’étaient pas chrétiens, avec des hommes qui vivent en état de péché mortel (c’est nous qui soulignons), On est leur ami lorsqu’on sait cependant qu’ils ne sont pas les amis de Dieu. Vous me direz : Mais un tel est bon enfant, il amuse, il est serviable, c’est un excellent voisin. Je réponds : Tout cela est peut-étre trés vrai; mais si c’est un homme qui ne remplit pas ses devoirs de chrétien, qui est manifestement en état habituel de péché, il lui manque la premiére de toutes les qualités et il a le plus grand des malheurs, le plus cruel des défauts. I/ ne convient pas seulement de léviter, il faut le fuir. En général, avant de nouer des relations avec un homme quelconque, sachez bien s’il vit dans le péché, si, par la-méme, il donne le scandale: cela avant tout le reste...
« On pourra me dire encore: Mais c’est que ce pécheur est lui-méme une autorité; aux grands jours, il porte un habit brodé. — Répondons : Ce n’est point par son habit quwil faut juger d’un homme, c’est par sa conduite. Oui ou non, celuiqui porte cet uniforme a-t-il pris son parti d’offenser Dieu, de vivre dans le péché ? ... Dieu qui jugera cet homme comme il a jugé le mauvais riche, Dieu vous dit: Ne le recherchez pas, évitezle, alors méme qu'il est agréable, qwil peut vous étre utile, alors méme qu'il peut vous faire du mal, si vous le génez dans ce quwil veut entreprendre...
« Quand les gouvernements d’Kurope font tous, en ce moment, des lois pour s’efforcer de nous préserver de la peste, ils ne font pas d’exception pour les autorités, pour les grands uniformes, pour les colis précieux... Remarquez bien que l’on arréte a la frontiére et dans les ports de mer non seulement les: personnes, mais tous les colis, toutes les marchandises. Nous devons faire de méme pour le péché : nous devons rejeter bien loin de nous tout ce qui est évidemment mauvyais, souillé par le péché. »
Voila qui semble étendre un peu loin, quasi 4 l’indéfini, la catégorie des excommuniés vitandi. Assurément une telle extension n’est pas dans l’esprit de Mgr Isoard, pas plus que dans l’esprit de PEglise; et il y aurait sans doute moyen, avec un certain attirail de distinctions et de compléments, de trouver a ces paroles un sens acceptable. Mais les simples, 4 qui l’on s’adresse, sont-ils 4 méme de faire ces distinctions? Et s’ils ne les font pas, que concluront-ils, sinon que le christianisme est impraticable? Pourquoi laisser entendre que toute relation avec le pécheur est une occasion de péché? Et dailleurs, ot a-t-on yu quwil y ait obligation de fuir absolument toutes les occasions de péché? Alioguin debueratis de mundo extisse.
« Vous avez pris ’habitude de quelques occasions de péché » : n’est-ce pas un peu vague? Je veux bien que Pon n’entre pas, avec les fidéles, dans toutes les subtilités de la casuistique relative 4 la distinction entre occasions prochaines et occasions éloignées : encore en sommes-nous 4 nous demander quel bon effet. peuvent produire des. formules aussi imprécises? La précision nest pas la subtilité. Des Ames dévotes en prendront préetexte de se faire une dévotion plus renfrognée encore que de coutume; et les autres, ne voyant pas d’issue,
jetteront tout par dessus bord, occasions prochaines aussi bien qu’occasions éloignées.
« Vous avez pris l’habitude de voir autour de vous, | partout ot vous allez, des journaux qui sont impies, qui éloignent du devoir, qui corrompent le coeur, vous avez pris l’habitude de rencontrer a la ville et meme a la campagne des images, des gravures de livres, d’almanachs, qui sont inconvenantes, dont les auteurs devraient étre punis. Vous en avez pris ’habitude : ce mal ne yous fait plus peur. Et quand le mal ne fait plus peur, oh! que l’on est done prés d’y tomber! » (P. 116).
Mer Isoard suppose ici que l’on ne lt pas ces journaux et que l’on ne s’arréte pas 4 regarder ces images, puisque alors ce serait le péché commis, et non plus seulement l’occasion « d’y tomber » ; est-ce donc a dire qu’il y ait loi morale de fuir toutes les occasions ou l’on est exposé a « rencontrer » de mauvais journaux? Un peu plus bas il suppose qu’on les « lit » en effet. Tout cela est un peu confus. Assurément le mal dont la vue remplit d’angoisse le zélé prélat n’est que trop réel; Vaffaiblissement des caractéres, la mollesse des convictions, la lacheté des compromissions sont des plaies sociales dont la guérison ne se laisse encore guére entrevoir. Mais, pour rendre aux ames Vhorreur du mal et aux caractéres quelque vigueur, c’est d’abord la clarté quwil y faut porter. La précision des principes théologiques doit étre le point de départ de toute réforme, de toute amélioration dans les murs, privées ou publigues. La sainteté ne se développe que dans la lumiére. In omni opere bono fructificantes et crescentes im SCIENTIA DEI, in omni virtute confortati secundum potentiam cLARITATIS ejus. (Col., 1, 10-11).
La charité sacerdotale, ou Lecons élémentaires de théologie pastorale, par le P. Desurmont, Rédemptoriste. — Deux vol. in-8 de xit- 566 et 548 p., 10 fr. — Paris, Téqui, et chez les PP. Rédempitoristes, 4 Antony (Seine).
La Charité sacerdotale du P. Desurmont est, sans comparaison possible, le plus parfait Manuel de théologie pastorale que nous ayons en France.
L’auteur n’a pas eu la satisfaction de le publier luiméme. I] l’a porté pendant trente ans dans son esprit et dans son cour; il y a condensé tout ce qu'une longue existence, consacrée presque tout entiére 4 l'étude approfondie de saint Alphonse, a4 lapostolat et au gouvernement d’une famille religieuse, lui avait appris de l’art difficile de sauver les ames. Aprés plusieurs essais déja fort remarqués, il a consacré 4 la rédaction définitive les deux derniéres années de sa laborieuse vieillesse ; et cest ce texte, scrupuleusement respecté, que les pieux éditeurs offrent aujourd’hui au clergé.
Il est impossible de parler une langue plus simple 4 la fois et plus grande, plus pleine de choses et plus naturelle, plus douce et plus forte, plus claire et plus pénétrante, plus onctueuse, plus persuasive, plus enveloppante. C’est la langue des saints; c’est une effusion damour dans un flot de lumiére divine. C’est tout saint Alphonse ; et c’est a saint Alphonse qu’il faut remonter pour retrouver un tel accent. ,
Voici un apergu du développement de l’ouvrage notion de la théologie pastorale; — de Vunité de plan pour toute vie chrétienne et de la diversité des applications suivant les circonstances individuelles; — du désir de la fin derniére et de la nécessité d’entretenir et d’enflammer ce désir dans les Ames ; — de la culture et de l’exercice des vertus théologales, surtout de la charité, en yue de la fin derniére; — des vertus morales, et surtout de la chasteté, au service des vertus théologales ; — du péché et de la poursuite du péché dans ses causes ; — de la pénitence et des moyens de la faciliter sans la corrompre ; — de la priére, de l’oraison, de la pieté envers Dieu, envers Notre-Seigneur, envers la sainte Vierge, envers les saints ; — du groupement des forces : famille, paroisse, couvres auxiliaires, amitié et direction spirituelles ; — de la vocation, de la fidélité 4 la vocation, des craintes humaines et de la persévérance ; — de la classification des Ames ; — du ministére de la parole (excellent exposé d’une rhétorique sacrée qui n’a rien 4 voir avec la rhétorique profane, t. II, p. 3-90); — de l’administration du sacrement de pénitence (p. 91-860); — de la direction publique (direction des familles, des paroisses, des séminaires, des communautés religieuses, des associations, etc.) ; — de Vesprit
er ek re
de lutte qui est propre a la charité pastorale; — de ‘Vapostolat : missions et retraites; — enfin, de V’esprit “pastoral dans la science et les études. : ‘
La journée du prétre et du religieux, d’aprés Alvarez de Paz, par l’abbé P. Lejeune. — Un vol. in-42 de 230 p. — Paris, Lethielleux, 4900. — Prix : 2 fr. 50.
M. Lejeune est en train de prendre bonne place parmi ‘nos modernes écrivains ascétiques. Nous avons loué déja ici son charmant petit volume : Introduction & la vie mystique. Celui-ci est une nouvelle et heureuse contribution apportée au mouvement trés marqué qui -raméne le clergé aux études, beaucoup trop abandonnées, de la théologie ascétique et mystique, ; __ Crest une traduction et adaptation d’une wuvre célébre -d’Alyarez de Paz, un des plus suaves et réconfortants mystiques de la grande école. L’adaptation a surtout consisté dans la suppression de certaines parties de fp etiginal, ou trop longues, ou surannées et peu praiques. 2 Toutes les heures de la journée sacerdotale et religieuse y sont prises a part et méditées de fagon merveilleusement simple, douce et pénétrante.
Excellent livre de lecture spirituelle pour le clergé, les séminaires et les communautés religieuses.
La Cité de Dieu, de saint Augustin, traduction L. Moreau, 4¢ édition, avecletexte latin. — 3 vol. in-12 de 530, 560 et 580 p., a 3 fr. 50 le vol. — Paris, Garnier fréres.
La traduction de la Cité de Diew par L. Moreau n’est pas nouvelle ; elle a été couronnée ily a cinquante ans par l’Académie francaise. Mais elle n’a pas été depassée depuis; et d’ailleurs c’est aujourd’hui pour la premiére fois qu’elle parait accompagnée du texte latin. C’est 14 une innovation des plus heureuses pour la masse des lecteurs qui désirent lire saint Augustin dans le texte et qui, d’autre part, se sentent souvent arrétés par des difficultés réelles. Combien nous souhaiterions que cette nouvelle édition valit a Voouvre du grand Docteur un regain de popularité dans le clergé! On cherche de l’éloguence partout ; mais ou saurait-on en trouver de plus haute, et de plus forte, et de plus pleine, ‘qu’A travers ces pages qui, se proposant d’abord de traiter des rapports entre le paganisme et le christianisme, sont amenées successivement a traiter de toutes les erreurs humaines et de toutes les miséricordes divines, c’est-a-dire de ensemble méme de la doctrine chrétienne? On cite volontiers la célébre page : Deux amours ont bdti deux cités; on s’en inspire parce
‘qwon se souvient de Jlavoir lue dans quelque anthologie : mais les pages de ce genre abondent dans la Cité de Dieu, et tout aussi faciles que celles-la a transposer dans l’éloquence d’aujourd’hui. — On cherche VYactualité en chaire; mais quelle actualité plus vivante
et plus saisissante que ce déploiement des jugements de
Dieu qui éclatent avec tant de solennité d’un livre a Vautre de la Cité! Les jugements de Dieu sont éternels : au temps de saint Augustin, c’était sur l’Empire romain ; aujourd’hui sur les monarchies et sur tout ce que Dieu veut laisser périr de ancien monde; demain sur les démocraties ; et sur toutes ces ruines, la cité de Dieu toujours debout, toujours principe de resurrection et de progrés, éternelle comme son divin Fonda-
teur.
Lettres A Mile Th. V., par le P. Didon. — Un vol. in-16 de 440 p. avec 2 gravures, 3 fr. 50. — Paris, Plon.
Une demoiselle qui ne révéle que ses initiales, publie, avec la bénédiction de Mgr Renou, archevéque de Tours, cent soixante-dix-neuf lettres qu’elle recut du P, Didon, échelonnées sur une période de vingt-trois ans, de 1875 4 1898, A des intervalles d’ailleurs trés variables, trés rapprochés dans les premiéres annees, plus rares ensuite. C’est une correspondance de direction si Pon
veut, de direction entendue dans un sens trés large et un peu flottant, plutot intellectuelle que spirituelle ; correspondance familiére aussi, ott le P. Didon touche volontiers un mot des problémes multiples, qui traversaient son vaste cerveau. (
Du P. Didon rien n’est vualgaire. Ces lettres sont palpitantes. Elles sont surtout trés personnelles, expression d’une personnalité trés accentuée, et adressées 2 une personnalité que nous aurions besoin de connaitre mais qui dut étre, elle aussi, trés caractérisée. On comprend que la jeune pupille du P. Didon en ait été absolument conquise. En sera-t-il de méme pour des lecteurs nécessairement plus froids? et la publication de ces lettres sera-t-elle appréciée autrement que comme document autobiographique? Il faut, pour les comprendre, se faire un certain état d’Ame, se monter a un certain diapason qui n’est peut-étre pas accessible a tous. Quelques extraits intéresseront nos lecteurs.
« 14 oct. 1876. Dans toute vie humaine il y a deux cétés : le grand et le petit. Dans toute destinée il y a deux chemins : le vulgaire et Vhéroique. Le petit cété de votre vie, ce serait de rester ce que vous étes..., irrésolue, inquiéte, a la merci de ces réves terribles et doux qui passent dans votre imagination et votre ceur pour les troubler et les décevoir; le grand cété, ce serait de sortir de vous et de suivre l’appel de Dieu. Le petit coté, en un mot, ce serait de devenir vieille fille; le grand cété, ce serait d’épouser un homme digne de vous et, si vous n’en trouyez pas, d’épouser le Christ et’ la pauvre humanité qui souffre... Vous tenir ce langage: « Ma vie « actuelle est insensée, car elle ne méne a rien. Je ne « vols que deux maniéres pour un étre comme moi de « tenir ma place en ce monde et d’honorer Dieu : c’est « d’avoir une famille dont je serai la mére, ou de dire « aux pauvres : Je yous servirai comme si vous étiez « mon Christ en personne. » — Vous étes la premiére jeune fille a qui je parle ainsi, et je me persuade que ce conseil est le seul qui puisse éclairer votre vie et la sauver... Que mes lettres vous aident 4 mourir volontairement a votre jeunesse, a vos illusions, 4 toutes ces mille vanités gui nous absorbent et nous entrainent loin de Dieu. »
« 19 noy. 1875. En ce moment, vous roulez sur vousméme dans ce cercle humain dont vous n’avez pas encore fait le tour ; vous y cherchez l’tntrouvable, vous le demandez 4 tout ce qui passe prés de vous... Je voudrais briser votre vie et la déraciner de cette terre basse dans laquelle elle plonge des racines vivaces. Je voudrais la jeter a Dieu...
« I] faut, mon enfant, que vous partagiez ma foi. Ai-je besoin de yous le dire? la foi ne se commande pas ; elle sinspire. Pour peu que vous soyez en communion avec mon ame, il est impossible que vous ne vous sentiez pas envahie par la lumiére. La lumiére de Dieu est ma vie. Je suis comme un prétre sur la montagne, je respire le grand air qui souffle la-haut. Je regarde les belles clartés de Dieu qui envoie aux sommets ses premiers rayons et qui les caresse de ses derniers. »
« 14 avril 1876. Oubliez-vous, oubliez mon mot. — Le moi du Christ seul est digne de l'amour sans mesure. Nous autres, nous ne sommes que des atomes que le torrent de la vie entraine en ses tourbillons mysteérieux. »
« 27 avril 1876. Oubliez-vous vous-méme. Voila le secret des Ames héroiques. Qu’importe qu’on vous aimel... Quand on yous délaisserait... quwimporte? Mais non, de telles Ames méritent d’étre aimées. Et la Providence de Dieu conduit toutes choses ici-bas de fagon 4 nous donner ce dont nous sommes dignes. »
« 16 mai 1876. Comme mes montagnes (Dauphiné) sont belles! comme je me sens leur fils! Je veux que votre 4me habite leurs cimes blanches, inaccessibles, et que, dédaignant enfin cette plaine marécageuse ot des influences fatales vous tenaient captive, vous habitiez ou jhabite, dans la pleine lumiére de Dieu.
« Votre éducation est tout a faire: il n’y a pas de temps a perdre. L’Esprit est en vous; il y fermente comme une lave en ébullition. Son ceuvre sera redoutable; il devra soulever en vous ces sommets qui existent a peine et sur lesquels dorénavant vous aurez a vivre... Armez-vous des verges du Christ et frappez. Vous devez comprendre tout ce que l’Hsprit attend de vous; il ne faut pas Vobliger a vous le dire; il est
meilleur pour vous, il est plus digne de lui de vous le
laisser deviner. » ; « 11 féyrier 1877. Quand je songe 4 mon sort d’apotre, j/ai des tressaillements inexprimables, de saintes fiertés,
4012 VVAMI DU CLERGE
et ma nature affamée d'indépendance regarde d’un ceil triomphant toute cette terre dans la poussiere de laquelle s’agitent les mesquines ambitions humi#ines. »
« 9 juillet 1876. Lorsqu’on a'gravi certains sommets, lorsqu’on a vu de la-haut la splendeur des horizons célestes, on n’a guére enyie de courir dans la plaine, d’y patauger, d’y ramper, d’y-mourir... >
«4 aott 1876. Puisque vous appréciez la puissance du souvenir, demandez 4 votre cur de yous redire tout ce que je yous ai enseigné dans’nos entretiens de Paris. Ce que le cour garde est bien gardé ; ce qu’on dépose en lui ne meurt plus, et il suffitde lui faire appel pour qu’il montre tous ses trésors enfouis. Soignez-vous bien. Laissez-vous aller au repos, au calme, a la pleine tranquillité. Reprenez-vous doucement, et que l’Esprit vous enveloppe et vous inonde comme une mer pacifique dans les vagues de laquelle vous dormiez ensevelie. :
« Travaillez sans relache & vous oublier vous-meme. Ne songez jamais 4 vous; songez au bien et a Dieu. Défiez-vous de votre exquise sensibilité... Vous me donnerez la joie de vous voir de plus en plus oublieuse de vous-méme, ne vous prévalant jamais de ce que la Providence a pu mettre en vous de charme et de supériorité. Tout ce que nous avons.regu, nous ne avons point recu pour en tirer notre gloire, mais celle de la vérité et de Dieu. »
« 1" avril 1879. Oubliez-vous. Ne comptez pas les jours. Sije viens en écrit, c'est que Dieu m’envoie push je ne viens pas, c’est que Dieu me retient. Si jarrive réguliérement, c’est que lEsprit bat la mesure ; si j’arrive irréguliérement, c’est quiil modifie son rythme. N ul n’est plus spontané qué moi. Je vais ol le souffle d’En- Haut m’emporte... J’ai préché, dimanche, avec un surcroit dame. Il me semble que Vauditoire a été plus
rofondément remué que de coutume. Je me suis dit: Dot me vient ce souffle étrange qui m’emporte, cette inspiration puissante qui me ravit? Et j’ai pensé 4 ma
pauvre fille qui souffrait et qui criait vers Dieu en lui ©
disant : Pour l’apdétre !... Avais-je tort? »
« 10 avril 1879. L’Esprit souffle toujours, ma pauvre enfant si chére, et il emporte a lidéal ceux qu’il a une fois touchés... Je vous écris ces choses dans laustére contemplation du Christ qui souffre, qui agonise, qui meurt et qui aime. J’en parlerai vendredi a trois heures, comment? Puis-je le dire? Je suis comme un patre vivant dans ma montagne. La montagne, c’est le Christ. On dit au patre : Eh bien! quallez-vous dire de la montagne? Je ne sais, mais ce que je n’ignore pas, cest que j’en parlerai avec passion, car mon ame est en elle et je vis de ses sauvages grandeurs et de sa magnifique beauté. Et puis j’achéverai dimanche mes conférences. Je pose la derniére pierre de ma petite pyramide. Je vous bénis, chére enfant, d’avoir été mon petit magon invisible. Il est certain que vos sacrifices ont été pour moi une force mystérieuse et que toute ma séye d'apotre s'est abreuvée de cette rosée sanglante. »
« Rome, 16 mai 1879. Quoi qwil advienne, n’ayez aucune angoisse ; la volonté de Dieu domine toutes nos pauyres petites affaires humaines. et il faut avoir l’dme assez grande pour la préférer a tout et en suivre — cote que cotte — les impulsions souyeraines. Je n’ai jamais eu d’autres lignes de conduite dans ma vie, et je veux que yous soyez, en ce point comme en toutes choses, ma vraie fille trés unique. »
De Rome, a la date du 9 avril 1880, le récit du jugement porté contre le P. Didon par son supérieur général. On le lira avec émotion, malgré les lacunes, les lignes de points que laisse ici la publication de Mlle Th. V.:
«Jene suis arrivé 4 Rome que jeudi, avant-hier. Ma premiére démarche a été de me rendre auprés du général de l’Ordre, le P. Larroca... Quand je suis entré chez lui, en me prosternant selon l’éliquette domini-
caine, il s’est levé, m’a embrassé ; puis, il s’est rassis
dans son fauteuil. J’étais A cété de Ini, a gauche. J’ai pris la parole et je lui ai dit : « Mon Révérendissime « Pére, me voici pour recevoir vos ordres. — Hh bien! « m’a-t-il répondu, d’une voix émue et étouffée, c'est « grave et triste. Vous n’étes pas sans savoir la « facheuse impression produite par vos conférences ; « yous avez pris une mauvaise voie, vous n’étes pas un « apétre, vous étes un tribun : vous ne convertissez « pas lesincroyants, vous les confirmez dans leur incré-
‘« duliteé; vous n’avez pas Vesprit de ’Hvangile ; vous
« avez compromis l’Ordre en disant qu'il était dans vos « idées. »
« J’ai écouté tout cela sans mot dire. Il me semblait qwune force plus haute me commandait de me taire. Je me suis tu, dans la plus parfaite quiétude et la plus inaltérable sérénité. ic ,
« Alors j’ai dit au général: « Eh bien! Révérendis. « sime Pére, que faut-il que je fasse ?
« Il a hésilé un instant et il a répondu : « Il faut que « vous vous retiriez en Corse, a Corbara, dans un cou- « vent solitaire. Vous n’y précherez pas ; vous n’y con: « fesserez pas; vous prierez et vous étudierez jusqu’é « nouvel ordre. »
« — Quand youlez-vous que je parte? — Le plus ti « possible et dés que vous serez reposé. — Je vous « demande sevlement, mon Révérendissime Pére, de ne « pas quitter Rome avant d’avoir vu le pape, et d’at- « tendre quelques jours mon audience. » Il me la permis.
« Voila, ma chére enfant, le récit de mon entrevue avec le maitre général que Dieu a mis sur ma route et qui affirme son existence et son droit sur moi par un décret exit.
« J’ai accepté avec une sérénité et une joie étranges cette premiére grande épreuye a laquelle le Christ a permis que je fusse exposé. Je suis heureux d’avoir été jJugé digne de souffrir pour la cause sainte a laquelle j'ai voue ma vie. C’est le commencement du long martyre. Je suis prét a tout. Quimporte ma personne! L’euvre sainte a laquelle je me suis voué, l’ceuyre du salut des paiens modernes, voila l’essentiel. Nulle force ne m/arrétera. »
« Corbara, 22 avril 1880. Me voila dans ma solitude... L’apétre est enseveli. Etrange! La destinée a des inattendus foudroyants. Tout d’un coup, le chemin s’arréte, un gouffre s’entr’ouvre. Il faut y descendre. Moi qui vais en avant sans regarder en arriére et qui ne veux écouter que la voix de Dieu, je n’hésite jamais. lly aurait la fosse aux lions, la, sous mes pas, Dieu me dirait : Va vivre avec ces bétes! j’irais passer la main dans leurs sauvages criniéres. » :
« Corbara, 26 avril 1880. Quelle rude chose que Vépreuve ! Quand Dieu lui dit: Va visiter mon serviteur, elle s’abat foudroyante, implacable conmme un oiseau de proie déyorant. Elle n’épargne rien. Je ne me plains pas d’ayoir été choisi pour souffrir. Au fond, j’en éprouve une joie infinie... Je vis en esprit avec mon Maitre et j’essaie de comprendre sa grande Ame a la clarté terrible du feu de l’immolation.
« J’ai la conscience profonde du bien a accomplir. Plus que jamais, j’ai foi en ’avenir du régne du Christ dans nos sociétés nouvelles. Ma vocation m’apparait toujours plus lumineuse, et vous osez craindre, ma
auvre enfant, qu’un étre quelconque soit capable de utter contre Dieu! Je me sauverais au pole, entendezvous, plutét que d’entamer mon honneur. Ils me connaissent bien peu ceux qui s’imaginent que je suis un homme 4 instincts vulgaires. Dieu m’a donné, dans sa Providence insondable, le sens d’une destinée tout apostolique, il m’a gardé malgré mon indignité et mes fautes. Il n’y a pas de puissance au ciel ni sur la terre qui prévaudra contre ma destinée et contre Lui.
« Le Christ ne se retirera pas de moi. II sait bien, Lui qui sonde les reins et les cceurs, que je suis son apotre et que tout, en moi, jusqu’au dernier atome, youdrait crier son nom.
« Aprés tout, que m’importent les hommes et la facon dont ils me jugent! Comme le disait saint Paul, je ne me jJuge pas moi-méme, c’est Dieu qui juge seul. »
«-Corbara, 28 mai 1880. Mon enfant, ma fille unique, metlez-vous aux pieds du Christ, comme Magdeleine, et, aprés avoir brisé votre cceur, lA, vous entendrez, je pense, le Christ vous dire : Beaucoup de péchés lui seront remis, parce qu’elle a beaucoup aimé. — Moi, je yous pardonne.
« Vous avez douté de moi, vous aussi. C’est mal. Je vous avais donné une affection divine, j’avais gardé mon coour haut, et je vous avais ravie sur une cime ou votre beauté morale pouvait s’épanouir a force de sacrifice, Je vous avais donné cette preuve unique d’un dévouement et d’une tendresse que l’Infini, seul, peut inspirer.
« Dans un instant de délire, vous avez tout xhéconnu. Je pourrais me retirer. Je reste. Je vous pardonne. Je demande au Christ qu’il vous sauve...
«La main du Christ est sur moi. Il saccage en ma vie tout ce qui est humain. Une force irrésistible me pousse en haut et en avant. Je la laisse faire et je n’ai qwun but : le régne en moi du Christ vivant et aimant, » :
Maen
« Corbara, 22 juin 1880. Je suis convaincu, mon enfant, que, fussé-je mort ou enseveli dans quelque couyent perdu, votre vocation d’étre A Dieu et au Christ ne doit pas varier. Je suis convaincu, ma fille unique, que malgré tout, vous n’avez pas perdu la foi en moi. Dieu m’a donné, par une grace exquise, d’étre pour yous le révélateur de sa vertu. L’esprit mauvais a essayé de diminuer ou de fausser a vos yeux cette révélation dont j’ai été le médiateur, — il ne prévaudra pas...
- « Qu’on dise que je suis un exalté, peu m’importe ! Je vous parle au nom de cet Esprit irrésistible du Christ qui m’a envahi comme un feu dévorant.
«.. J'ai vécu en ces trois mois de longues années. Comment avez-vous pu, méme a la surface, douter de mol, vous, vous?... a Vheure ou, saisi par Dieu, rudement éprouvé, je portais le signe du Christ, ses stig- “mates, cette marque des prédestinés 2...
% «Si jétais un homme, je me serais retiré de vous et jamais vous n’eussiez revu... méme mon ombre ; mais non, je ne vous abandonnerai pas. L’Esprit auquel j’obéis vous a confiée 4 moi, je vous garderai en Lui. Non seulement je vous pardonne, mais j’oublierai... j’oublie. Il ne restera pas un nuage entre vous et moi de toutes ces tempétes. Je ne vous en reparlerai jamais. C’est anéanti. —. « Venez et montez, mon enfant. Vous serez éblouie dans ja lumiére de Dieu et vous obéirez avec enthou- ‘Siasme a son attrait. Ne cherchez pas la consolation humaine. Ne dites pas : Il me faut ceci, cela. Non, il vous faut le Christ. Lui seul vous donnera la plénitude de cette paix et la satisfaction totale de cette faim du Divin que j’aime en yous.
- « Je ne suis, moi, qu’un médiateur entre vous et lui, et je serais indigne de ma fonction si je ne m’efforcais de vous ravir au-dessus de tout pour vous donner a
Dieu et au Christ vivant.
« ...Ht, maintenant, je vous le demande encore, -donnez-moi de faire vivre et grandir en vous cet idéal que j’ai révé dés la premiére heure ott mon regard est tombé sur vous. ;
« Je suis ici comme un novice, ne pouyant pas sortir sans étre accompagné, ne pouvant rien écrire sans que le prieur ne ait vu, ne pouvant rien recevoir sans qu'il -Pait examiné.
« Saviez-vous cela?
. © Et vous avez pu croire, chére enfant, que je jouais ici une comédie, que je faisais de la politique... transcendante!
Que ces idées traversent d’autres tétes, je le comprends, mais qu’elles puissent tomber dans ceile de ma fille, c’est... diabolique! Je vous redis cela, mais sans récriminer. Ce qui est oublié est oublié...
« Adieu, j’aurais bien des choses a vous écrire encore, mais Vinfini ne s’écrit pas. »
« Corbara, 1°" juillet 1880. Nous semmes dans des temps qui ressemblent 4 ceux du vieil empire romain vermoulu de scepticisme et d’incrédulité; mais l’Esprit vivant de Dieu n’est point vermoulu, lui, et il renouvelera encore la face de cette terre. O ma pauvre enfant, comme il m’est doux de vous sentir en tressaillement sous cet Esprit-la! S’il vous a envahie, il peut bien en gagner d’autres. S’il yous a conquise, vous, linsaisissable, pourquoi n’en conquerrait-il pas d’autres? »
« Corbara, 4 aotit 1880. Voici ce que je vous prie de retenir une fois pour toutes, ma chére enfant : c’est un mot sur ma vie profonde.-Je ne me suis jamais attaché a aucun étre depuis que j’ai commencé a vivre ma vie personnelle, sans que Dieu ne fit le lien entre cet étre et moi. Jamais la matiére ne m’a captivé, jamais le créé ne m’a suffi.
«La ou j’ai mis mon cour, j’ai toujours voulu I’In- —
fini, et, comme je ne suis pas seulement un réveur religieux, comme |’Infini abstrait ne me suffit pas, j'ai toujours mis le Christ entre ceux que j’ai aimes et moi. Et comme, enfin, je me suis toujours senti, avant tout, ‘un ouvrier de Dieu, un apdtre du Christ, ayant pour destinée de le faire connaitre a mon pays et a mon siécle, j’ai toujours associé ceux que j’aimais 4 ma destinée et A ma vie.
« La était le secret de mes affections profondes ; le reste, un détail. Je n’y attachais pas un regard furtif. ‘Artiste, la forme m’a toujours séduit; ivre de lumiére, la beauté m’a toujours remué, non pas par son cdté terrestre, mais par ce reflet d’immortalité et d’infini qwelle me présentait. heer
«.. Adieu, ma fille unique, je ne vous parle pas encore de mes travaux. Ma plume va au gré de l’Esprit;
te date Aha FO RNS ap st Ot
quand l’Esprit soufflera, elle le dira. Je vous bénis, je vous garde dans le Christ. »
Nous avons fait longues ces citations. On ne s’en plaindra pas; on ne s’y sera pas ennuyé. Surtout nous espé6rons qu’on sera allé. au fond de tout cela. Ces lettres sont révélatrices. Les états d’ame qu’elles nous ouvrent sont rares peut-étre a ce degré d’intensité ; pourtant il est vrai qu’on en trouve, dans la vie d’aujourd’hui, des ébauches, des diminutifs que lon ne discerne pas toujours, des miniatures que parfois lon ne sait-pas clairement déchiffrer. L’énorme .grossissement qui en éclate a travers toutes les pages de cette correspondance doit, ce nous semble, éclairer, crever les yeux les plus myopes. Il y ala toute une étude, théorique et pratique, 4 faire pour tous ceux qui ont a s’occuper de direction féminine, surtout dans les villes. Mais quil fait bon, au sortir de ces pages qui portent quelque fiévre, qu'il fait bon relire les belles et calmes et sereines correspondances spirituelles de saint Francois de Sales ou de Fénelon, de Bossuet ou de Mme de Maintenon !
L’Rmpire libéral. Ltudes, récits, souvenirs, par Hmile Ollivier, de l’Académie francaise. — Tome V. — Un vol. in-12 de 642 p., 3 fr. 50. — Paris, Garnier fréres.
Histoire contemporaine, par M. Samuel Denis. — Tome Ill. — Un vol]. in-8 raisin de 472 p., 8 fr. — Paris, Plon.
Histoire contemporaine de 1789 4 nos jours, a lusage de la classe de philosophie, par J. Bernard, agrégé de ?Université. — Un vol.
in-12 de 714 p., 6 fr. — Lyon, Vitte.
I. — C’est seulement avec ce tome V que nous arrivons enfin a Vinauguration de lEmpire lubéral par le décret du 24 novembre 1860. M. Ollivier a pris, on le voit, le chemin des écoliers pour atteindre son but, ou plutdt, le chemin des philosophes, remontant aux causes mémes des choses. Et personne ne s’en plaindra. Aprés un volume d’introduction magistrale, consacré au principe des nationalités et aux fermentations européennes de 1815 4 1848, c’est une véritable histoire du second Empire qu’il nous donne, une histoire passion-
née souvent et qui ne se targue nullement d’impartia-
lité, mais’ si sincére toujours! Tout crie la sincérité dans ces pages. La sincérité est peut-étre la qualité maitresse de M. Ollivier historien ; et si elle ne tient pas lieu de tout, du moins elle est bien précieuse, et bien rare aussi, quand il s’agit, comme ici, d’une histoire vécue, d’une histoire ou les souvenirs personnels peuvent revendiquer une si large place.
Ce tome V nous conduit de lasession de 1860 et deVinauguration de Empire libéral 4 la nomination de Bismarck a4 la présidence du Conseil des ministres de Prusse, 22 septembre 1862, a travers les multiples et souvent tragi-comiques incidents soulevés, a Vintérieur, par des velléités de politique anticléricale, a l’extérieur, par l’imbroglio italien et les inextricables suites de la guerre de 1859; par les préliminaires de la guerre de Sécession aux Htats-Unis, par la guerre civile au Mexique et les débuts de l’expédition mexicaine, enfin et surtout par Vavénement du roi Guillaume et les visées déja trés claires de la politique prussienne. :
Le volume s’ouvre et se ferme sur deux témoignages dont le rapprochement éclaire d’un triste jour aveuglement de la politique francaise. P. 4, M. Ollivier transcrit, de son journal privé, ce fragment de conversation que lui tint M. Thiers au début de la session de 1860:
« Le Piémont sera anglais; il imitera l’exemple de Washington : il. nous paiera par l'ingratitude. Si PEmpereur laissait la question italienne de coté, s’unissait 4 VAutriche pour empécher en Allemagne l’unité au profit de la Prusse, en Orient les Russes d’étre ies maitres du Danube, il reprendrait le Rhin et pourrait enlever Gibraltar aux Anglais... Tous les intéréts de la France sont catholiques ; le catholicisme est nécessaire. Wie
Et, a la fin du livre, p. 552, M. Ollivier écrit tristement (1862) : « Napoléon IfI cherchait le rachat de la Vénétie en Orient, en passant par le Mexique; il ett pu s’épargner ce long trajet et Vobtenir avee la possession 4 son profit de la rive gauche du Rhin par-dessus
le marché, s’il avait consenti 4 assurer 4 l’Autriche la prédominance en Allemagne par un traité dalliance offensive et défensive. il préféra rechercher l’amitié de la Prusse. » — Et, & Vappui, il apporte le temoignage de Bismarck (Mémoires, t. I, p. 326) : aa
« Déja, & Francfort, j’étais arrivé a la conviction que la politique de Vienne ne reculerait au besoin devant aucune combinaison, qu’elle sacrifierait la Venetie ou la rive gauche du Rhin si par 1a elle pouvait acheter sur la rive droite une constitution fédérale avec la predominance assurée de l’Autriche sur la Prusse. Sil n’existait pas déja contre nous une alliance francoautrichienne, nous en étions redevyables, non—a l’Autriche, mais ala France, —et non a quelque préférence de Napoléon pour nous (Vingrat!!), mais a sa méfiance a VPégard del’Autriche, qu’il ne croyait pas capable de naviguer avec le vent puissant de V’idée nationale. » — « J’ai une aversion presque superstitieuse 4 me méler aux destinées de l’Autriche, » disait Napoléon a Bis-
marck en juin 1862; et il lui proposait en méme temps
une alliance diplomatique, en quelque sorte préventive, « dans laquelle on prendrait Vhabitude d’une confiance réciproque(!!), ou Von apprendrait 4 compter les uns sur les autres en vue des situations difficiles. » (Rapport de Bismarck 4 Bernstorff, 20 juin 1862).— Aussi, ajoute M. Ollivier, ’Empereur ne se vantait pas quand il dit plus tard 4 Goltz (ambassadeur de Prusse a Paris), que personne en France ne nourrissait envers la Prusse une amitié pareille a la sienne.
Ah! que c’était drdle, cet Empire! et pensez-vous que nos petits neveux du tréntiéme siécle puissent en croire leurs yeux quand ils liront ces choses et le développement de la politique extérieure de Napoléon III? ‘Les critiques d’aujourd’hui reléguent au rang des fables, sous prétexte d’invraisemblance, quantité de choses qui sont certainement beaucoup moins invraisemblables que cet Empire!
Il. — L’ Histoire contemporaine de M. Samuel Denis n’embrasse que la troisiéme République. Letome I nous redisait les premiers désastres de nos troupes en 1870, la chute de l’Empire, et les débuts du gouvernement de la Défense nationale jusqu’a Vémeute du 31 octobre; le tome IT nous a conduits de l’émeute du 31 octobre jusquaux élections du 8 février 1871;.le tome III se clot sur le traité du 15 mars 1873, qui libére définitivement le territoire.
Avec M. Samuel Denis, les origines de la troisiéme République entrent dans la grande histoire. Quelles années ! et quelles origines! Mais ot. est le pouvoir humain dont les origines soient limpides et pures? ot est l’organisme social dont les racines ne trempent pas dans le sang et les larmes? Et n’est-ce pas Bourdaloue qui disait qu’a lorigine de toutes les grandes fortunes ily a des choses qui font frémir? Dieu tire la vie de la mort, l’ordre du désordre ; c’est sur des décompositions que s’épanouissent les floraisons nouvelles... Corruptio unius generatio alterius.
Ce wétait pas mince labeur que d’amener un peu de lumiére a travers cette mélée d’hommes et de choses. M. Samuel Denisa tout seruté, enquétes parlementaires, documents diplomatiques, correspondances privées ; et de tout cela il dégage un récit simple, clair, savamment ordonné, passionné aussi, prenant presque a certains moments des allures de réquisiloire : mais le moyen de rester froid devant les sauvageries de la Commune ou les félonies de Bismarck? 4
III.— M. Bernard nous donne aujourd’hui la troisiéme édition, complétement revue et conduite jusqu’aux événements de cette année méme, de son Histoire contemporaine a Vusage de la classe de philosophie. Nos lecteurs la connaissent de longue date et savent quwil n'est pas possible d’apporter, dans lexposé d’une matiére si touffue, plus de clarté, de précision et de vie, une plus haute et plus compréhensive intelligence des questions si complexes de politique intérieure et extéae qui dominent et pénétrent toute l’histoire de ce siécle. ;
Paris religieux. Guide artistique, historique et pratique, par l’abbé Duplessy, vicaire a la Madeleine. — Un vol. in-12 de rv-532 p., illustré de nombreuses gravures, reliure anglaise, 4 f. 50. — Paris, Roger et Chernoviz.
Charles-Quint, quittant Paris, disait : « Les autres villes sont des villes, Paris est un monde.» Si c’était
LAM DU CLEREB i
* Coeur :
neces ||
; : a vrai en 1540, combien plus-en 1900! Paris scientifique | est un monde, Paris artistique est un monde, Paris historique est un monde, et bien plus encore, Paris religieux est un monde. (Nous ne parlons pas de Paris- Exposition qui, grace 4 Dieu, vient de disparaitre, et qui fut, lui aussi, un monde, — un monde de fantaisies biscornues et de banalités plates, — et, sinon le monde) ot lon s’ennuie, du moins, 4 coup str, lemonde ou l’on | s’ahurit). |
C’est A travers ce monde religieux que M. Duplessy s’offre 4 nous guider, et il le fait avec une érudition qui n’a dégale que sa-clarté et sa bonne grace. :
Une premiére partie est consacrée aux églises et chapelles de Paris. Toutes les églises paroissiales sont visitées; toutes ont leur notice historique et pratique ; toutes les ceuvres d’art sont signalées, et Pon n’a pas. négligé de recourir 4 ce sysléme dastérisques et de doubles astérisques cher aux guides Beedeker et vraiment utile aux voyageurs pressés ou peu stirs de leur gout. Les prétres et les visiteurs chrétiens sauront un gré particulier & M. Duplessy @’avoir marqué, pour chaque église, d’une croix trés saillante la chapelle ot est conservé le Saint-Sacrement.
A la suite des églises paroissiales, on visite les principales chapelles desservies par des communautés reli-. gieuses, puis les pélerinages parisiens, pélerinages que Von vient faire 4 Paris, pélerinages aussi que les Parisiens vont faire dans les environs.
Une deuxiéme partie est consacrée au passé de la capitale, c’est-a-dire a ses souvenirs religieux : Saints de Paris, avec les traces de leur passage, — Evéques et archevéques de Paris, avec les vestiges qui restent de leur administration, — Paroisses disparues, etc.
Une troisiéme partie étudie les Huvres religieuses, cest-a-dire l’Avenir : cuvres d’évangélisation, d’enseignement, de charité, de solidarité. Evidemment on n’a pas prétendu étre ici absolument complet, et rien ne saurait remplacer le Paris charitable et prévoyant publié par les soins de VOffice central des Giuvres de bientaisance (gr. in-8 de 650 p., 10 fr., Paris, Plon) ; mais l’apergu de M. Duplessy fournit déja une masse trés respectable (et pour beaucoup de monde, suffisante) de données (p. 451-502). 3
En appendice, divers renseignements pratiques : régles de Vabstinence et du jetine dans le diocése de Paris, indications sur les bureaux de V’administration diocésaine, calendrier religieux, indications des cérémonies extraordinaires spéciales 4 telle église ou telle chapelle, etc.
L’exécution typographique est luxueuse; Villustration (103 gravures) heureusement choisie et bien réussie.
Les deux témoins du Sacré-Coeur, par le P. Pottier, S. J.—Discours prononcé 4 Parayle-Monial, le 24 juillet 1900. — In-16 de 37 p., 0 fr. 30, le cent 20 francs. — Paris, Téqui.
Le Sacré-Ceeur de Jésus et le « De Profandis » de la ®rance, par le méme. — Discours prononeé au Gest de Paris, le 41 juin 1899, méme prix et méme librairie.
Deux superbes discours, comme on est toujours str d’en trouver sous la plume de l’auteur de Silhouettes @apotres, des Victoires de l Immaculée-Conception des Deux EHtendaras. aa
Le De Profundis dela France, c’est une amende honorable, du fond de labime, avee la réponse du Sacré- Signo te totum... ut vivas in secula seculorum : « Je te marque tout entidre de ma croix, acceptela; sans elle, sans mon Hvangile, c’est la mort ; et je veux que tu vives, car j’ai besoin de toi pour achever mon ceuvre, oeuvre de mon Sacré-Cceur, qui durera autant que le monde}... »
Les Deuw Témoins du Sacré-Coeur, cest la Bienheureuse Marguerite-Marie et le Vénérable Pére Claude de la Colombiére : exposé saisissant de oeuvre de desséchement accomplie par le jansénisme, et tableau éclatant des espérances auxquelles le Sacré Goour ouvre nos ames : « Au soleil couchant du xrxe giécle Si nous nous retournons pour mesurer d’un regard Vamoncellement de ces cent années, j’en conviens, des rules aussi nous apparaissent, ruines grandioses et sur lesquelles Dieu et le temps ont jeté une parure splendide a faire battre des mains! Dans ces millions
St Nae Bm 1%
dames ot la foi est & terre, on retrouve du moins le tourment de Vinfini, ’angoisse du mystére, une soif étrange d’idéal, de paix et de justice, le besoin de croire et le besoin d’aimer, — le besoin d’aimer surtout |... Croyez-vous qu’au fond de tout cela il n’y ait rien qui prophétise ? Croyez-vous que ces tressaillements d’un siécle, plus ému dans son fond que tous les autres siécles, ne nous annoncent rien, et que dans les des- Seins de la Providence tout cela ne doive passer au milieu de nous que comme l’ouragan qui se précipite, n’ayant d’autre vocation que de faire tourbillonner la poussiére du désert?... Ah! détrompez-vous! Ce que la Providence prépare, ce n’est pas ce que les hommes meritent, ce n’est pas une lutte entre des haines fratricides, c’est une vaste expansion de fraternel amour par... la puissance de ’amour de Jésus-Christ! »
Au Drapeau! Pour la France! Seur Marie-Cecile Didier, par Francois Veuillot. — Paris-Montmartre, Bureaux de la basilique du Sacré-Cceur : 31, rue de la Barre. — Pr. : 0 fr. 50.
Au Draprau! Le drapeau, c’est ici le drapeau de la France portant ’image du Sacré-Cceur.
Pour LA France! Pour que la France soit sauvée par le Sacré-Cceur allié sur le drapeau de la France a ses couleurs nationales.
Quel lien entre cet exergue et humble scur dont le
-nom fait la seconde partie du titre de ’opuscule? — Un lien trés étroit.
La scour Marie-Cécile, dans le monde Marie-Joseph Didier, a regu de Dieu la vocation de s’offrir en victime pour le salut de la France.
- Au Draprau! Pourta France! C'est la devise qu’elle
a choisie.
Hile a voulu qu’un drapeau de la France écussonné du Sacré-Coeur fit 4 sa prise @habit et fit béni au cours de la cérémonie. Le drapeau demeura prés de Yautel. I] était a la cérémonie de sa profession, et quand Dieu, acceptant son immolation volontaire, voulut la rappeler a lui, il était prés de son lit. Il abrita de ses plis sa dépouille mortelle.
C’est la vie trés courte et trés édifiante de cette visitandine d’Orléans, de ce vaillant porte-drapeau du Sacré-Coeur, que présente lintéressante notice qu’en a tracée la plume élégante de M. Frangois Veuillot.
Ce sujet revenait 4 l’écrivain qui publiait, il y a deux ans, Le Drapeau du Sacré-Coeur, forte et charmante brochure destinée a avancer la réalisation de l’un des désirs exprimés par Notre-Seigneur 4 la bienheureuse Marguerite-Marie : que son coeur frit peint sur les étendards de la France.
LV’historien s’est acquitté de sa tache avec le talent qu’on lui connait, et aussi ’amour qu’il a pour les saints et pour les saintes causes. Sa nouvelle brochure ~ ajoutera une force nouvelle 4 la premiere. :
Il y a beaucoup 4 faire encore pour quwil devienne possible d’accomplir le désir de Notre-Seigneur. Nous sommes encore si éloignés du but qu’on pourrait croire impossible de l’atteindre jamais. Ni Vopinion, ni les Chambres, niles pouvoirs publics ne sont en état de donner a Notre-Seigneur cette satisfaction et 4 la France ce gage de salut. C’est pour nous une raison de plus d’y consacrer nos efforts.
Les Chevaliers de Notre-Dame, par le P. Coubé, S. J. — In-42 de 43 p., 0 fr. 50. — Paris, Retaux.
On n’a pas oublié Péloquent discours que prononga le P. Coubé au Congrés marial de Lyon, le 7 septembre dernier. La publication qui en est faite aujourd’hui en portera au loin l’écho. Les « Chevaliers de Notre- Dame », c’est nous tous. Au moyen age, quand un chevalier entrait en lice, il inclinait sa lance ou son epee devant l’une des nobles dames qui présidaient au tournoi; et la pensée de combattre sous des yeux qui savaient apprécier la valeur, l’animait dans la lutte. La dame de nos tournois a nous, est la Sainte Vierge, et nous pouyons « la suivre comme Dunois et Xaintrailles suivaient Jeanne d’Are,... lacclamer comme les Hongrois acclamaient Marie-Thérése..., Vappeler non seule-
ment notre reine, mais notre roi, tant elle a montré de male énergie dans sa belle vie douloureuse. »
Le Rosaire et la sainteté, par le P. Hugon, O. P. — Plagq. in-48 de 170 pp. — Paris, Lethielleux, 1900. — Pr.: 4 fr. 25.
La merveilleusé souplesse d’adaptation du Rosaire a tous les besoins spirituels de l’Ame, son efficacité sensible qui n’est pas sans quelque analogie avec celle deg sacrements, son origine céleste enfin et la richesse de ses trésors surnaturels en font un des plus précieux instruments de la sanctification ordinaire de Ame, et aussi, dans les degrés mystiques plus élevés, de la véritable sainteté. C’est ce que le P. Hugon explique avec beaucoup de clarté dans oe petit opuscule, un des plus propres que nous connaissions 4 vulgariser parmi les fidéles, en la faisant admirablement comprendre et aimer, la trés privilégiée dévotion du Saint Rosaire.
Les Litanies de la sainte Vierge, étude historique et critique par le P. de Santi; traduct. de A. Boudinhon. — Un vol. in-42 de 250 p. — — Paris, Lethielleux, 1900. — Prix : 3 fr.
Etude extrémement curieuse et presque absolument neuve sur les origines historiques des litanies de la sainte Vierge en général et sur les litanies communes dites Lauretance en particulier. La critique historique avait son mot 4 dire la-dessus: sauf modifications de détail a survenir ultérieurement, on peut dire que les conclusions du P. de Santi resteront acquises 4 Vhistoire. Sans parler de la légende fausse qui attribue a saint Pie V l’introduction de lAusilium Christianorum dans les litanies de Lorette, ni de Vhypothése qui accordait une trés haute antiquité a Pusage pieux des récitations de litanies en l’honneur de la sainte Vierge, l’auteur armé de documents nouveaux et d’une logique indiscutable établit nettement que les litanies actuelles ne remontent pas au dela du xvi° siécle, qu’elles ne sont pas venues de Rome a Lorette, mais doivent trés probablement leur origine a l’emprunt qu’on a fait 4 Lorette, vers la fin du xv° siécle, a des groupements plus anciens de | litanies déja en circulation parmi les formes différentes dont Vhistoire signale l’apparition 4 partir seulement du xur® siécle. Ainsi se trouvent mises au point, corrigées 2 fond et grandement étendues, les trés rares et assez superficielles études consacrées par Vogel et Sauren 4 cet obscur probléme d’histoire avant le travail du P. de Santi.
Cette traduction est due a M. l’abbé Boudinhon, professeur de droit canonique a l'Institut catholique de Paris, bien connu déja de nos lecteurs par la réputation de ses ceuvres personnelles. Ce travail nouveau constitue d’ailleurs 4 son actif une ceuvre plus originale et laborieuse que ne le laisserait supposer sa modestie, si le P. de Santi n’avait pris soin de nous dire que, en réalité, grace a des adaptations et additions nombreuses, a des remaniements délicats, la traductien constitue vraiment une nouvelle édition que le P. de Santi appelle sa troisiéme édition.
Nous recommandons vivement aux curieux d’archéologie ce petit coin quasi inexploré de notre histoire liturgique.
La Vierge Marie présentée a Vamour du XXe¢ siécle, par labbé Joseph Lémann. — Tome Il, La Mére des chrétiens et la Reine de V’Eglise. — Un vol. in-42 de 530 p., 3 fr. 50. — Paris, Lecoffre.
Le Prince des Apdétres. — Le disciple que Jésus aimait, par L. Masson. — 2 plaquettes de la Petite Bibliotheque édifiante, 82 p. in-12, 0 fr. 20. — Lyon, Vitte.
I. — Le tome I de la Vierge Marie de M. Lémann, } annoncé ici au printemps dernier, montrait en Marie la Vierge sans tache,la Mére de Jésus, et la Mére des douleurs. Ce tome II établit ses titres de Mere des chrétiens et de Reine del Eglise.
Seas
«| ~7 ‘oe pln
ai
La partie la plus neuve de ce travail est celle qui nous fait toucher du doigt l’influence excercée par Marie sur lEglise naissante, influence discréte, par respect pour la prédication des apdtres, mais influence reelle, «comme il convient 4 une mére qui, sans parler en public, remplit toute la maison de sa sollicitude ; » heureuse alliance de la vie contemplative et de la vie active, de la vie de Marthe et de la vie de Marie, comme semble l’indiquer la liturgie elle-méme en assignant a la féte de ’Assomption Vévangile précisément des deux s@urs.
La seconde partie, avec le luxe de coloris biblique dont les abbés Lémann ont le secret, nous fait le tableau de la royauté de Marie, de ses fonctions royales ala table du Seigneur ou dans le développement du sacerdoce royal ou dans Vinterprétation des divines Eeritures, de son cortége de vierges, de sa royauté au foyer domestique, de ses triomphes sur l’hérésie, de ses couronuements sur terre et en particulier de celui du 8 septembre 1900 dans la basilique de Fourviere.
II. — Deux nouvelles plaquettes 4 signaler dans la Petite Bibliothéque édifiante : la vie de saint Pierre et celle de saint Jean, d’aprés ! Eeriture Sainte et les données de la tradition.
Sur le Sinai de la loi de grace. Une page d’Evangile : saint Matthieu, v, 1-42, par A. Deneux, curé de Liercourt. — In-8 écu de 248 p., 3 fr. — Lyon, Vitte.
La femme mondaine, par Mgr Dupanloup.
— vile édition, in-46 carré de 346 p., 4 fr. — Paris, Téqui.
Nos dewoirs envers Jésus-Christ dans la sainte Kuacharistie, par Vabbé S. Febvre. — In-48 de 486 p., 4 fr. 25. — Paris, Lethielleux.
I. — M. Deneux, curé au diocése d’Amiens, a employé les loisirs de son ministére 4 étudier les béatitudes évangéliques. C’est un sujet fécond entre tous; et le titre méme que l’auteur donne a son travail, le rapprochement qu'il institue entre le Sinai et le Moni des Béatitudes, entre le Décalogue et la promulgation du grand Sermon, montre qu il a compris toute la grandeur et la portée infinie des paroles évangéliques. Méme aprés Mgr Landriot et M. Bolo, on trouvera bonheur et profit a méditer ces pages.
Il. — Et parce que, pour les dames du monde, une ends source de bonheur et de paix est enfermée dans étude qui les déprend de tant de frivolités énervantes, impose silence au bourdonnement des mille petits riens et leur permet de recueillir la voix de Dieu, du Dieu des béatitudes, on ne cesse de réimprimer a leur usage les conseils de direction intellectuelle que leur adressait Mer Dupanloup en si parfaite connaissance de cause. Il nest pas jusqu’a Vexécution typographique qui ne doive é6tre pour elles d’un charme tout attirant, avec ses pages toutes encadrées de vignettes et d’arabesques.
Ill. — Cette cinquiéme édition de Vopuscule de M. Febvre en représente le soixante-deuxiéme mille. L’auteur avait @abord gardé l’anonymat, craignant que la modestie de son nom ne compromit le succés de l’ouvrage ; aujourd’hui c’est ce saccés méme qui triomphe de la modestie de lauteur, simple curé de campagne, mais d’autant mieux au courant des besoins de Ja masse des fidéles. I] ne se livre pas a de doctes considérations sur les merveilles que la théologie admire dans ce mysteére, le chef-d’ceuvre de amour divin; il écrit pour les fidéles, pour les dames simples, il leur rappelle l’essentiel des vérités 4 connaitre, des devoirs a pratiquer envers l’auguste Sacrement, et l’inespérée diffusion de ces pages est la meilleure preuve quw’il a su trouver le chemin de leur cour et parler la langue qui leur convient.
Les clefs du Purgatoire, recueil de priéres, par A. R. — Un vol. in-82 jésus, 2 fr. — Paris, Poussielgue.
(iharmant livre de piété, d’un gracieux format. L’auteur ayant autrefois dressé pour son usage des tableaux ou calendriers d’indulgences pour chaque mois ou pour
YVannée, et voyant combien la~pratique des indulgences
était facilitée par cette méthode, congut le ‘projet de les — faire connaitre au grand nombre. Ce fut la cause et. Vorigine du livre. : Lise t
C’est un recueil de priéres, mais composé trés particuliérement au point de vue des indulgences ; c’est une méthode de vie qui enseigne 42 en gagner beaucoup sans trop multiplier les priéres et les couvres, et qui embrasse — seulement les plus répandues et les plus faciles. On s’y propose d’exciter le zéle en faveur des ames du purgatoire et de leur venir abondamment en aide. ©
Tl est divisé en six parties. i
La premiére contient, en 134 pages, une admirable exposition de la doctrine de l’Eglise sur le purgatoire et les indulgences, doctrine puisée dans les anciens docteurs, saint Thomas, sainte Catherine de Génes, Bossuet, et les meilleurs théologiens de nos jours. On y | trouve leur langage avec leurs pensées, leurs sentiments et leurs noms. C’est ici surtout qu’éclate le mérite de l’auteur : ce beau travail donne un cachet unique a son livre et en est la meilleure recommandation. On ne saurait mieux allier la piété 4 la science théologique.
La deuxiéme partie contient les exereices habituels du chrétien, présentés dans des formules dont Ven-— semble forme un trésor de piété et d’onction, et toutes choisies avec un gotit exquis.
La troisiéme partie est un recueil de priéres indulgenciées. Toutes les indulgences qui y sont mentionnées sont authentiques, uniquement puisées dans les ouvrages qui font autorité, étant approuvés par la Congrégation — des Indulgences. De pieux exercices pour le chemin de —
‘la croix et pour le Rosaire terminent cette partie.
La quatriéme offre un choix de priéres pour remplir Yobligation de prier aux intentions de ]’Eglise, imposée pour les indulgences pléniéres.
La cinquiéme traite des principales associations ou — confréries, en faisant connaitre leur but, les obligations ° qu’elles imposent et les indulgences dont elles sont enrichies.
La sixiéme enfin consiste en tableaux ou calendriers des indulgences que tout fidéle peut gagner par mois ou par année. C’est la plus courte, mais la plus utile, car un rapide coup d’cil jeté sur ces tableaux, avant ou aprés la messe ot l’on communie, suffit pour rappeler les indulgences rae peut gagner ce jour-la.
Ce simple exposé est loin de faire soupconner les richesses spirituelles contenues dans ce livre, entrepris uniquement par un grand zéle pour la gloire de Dieu, pour le soulagement des ames du purgatoire, et pour la sanctification des fidéles.
Dua berceau a la tombe, ou ensemble des préceptes a observer et des conseils 4 suivre pendant la vie pour étre str d’aller au ciel. — 4 vol. de 136 pages in-16, sur trés bon papier. — Broché, 0 fr. 50, franco 0 fr. 60; cartonné, 0 fr. 65, franco 0 fr. 80. — Chez M. le curé d’Ambonville, par Cirey-sur-Blaise (Hte-Marne).
Travailler pour lenfance, c’est méritoire. « Ce que vous faites au plus petit, dit Jésus, c’est & moi que yous ° le faites. » Mais parler aux enfants le langage qui leur convient, c’est le secret des méres et des catéchistes parfaits, de ceux a qui un évéque répétait: « Soyez péres, soyez plus encore, soyez méres. » ,
Une pieuse catéchiste, « émue de l’avenir des pauvres
enfants jetés dans le tourbillon de la vie avec les seuls soutiens d’une foi bien peu solide et d’une instruction religieuse insuffisante, » a pensé leur étre utile en résumant les lecgons et les avis du catéchisme dans un livresouyenir.
« Prenant le petit enfant sur les genoux de sa mére, je le suis pas 4 pas 4 mesure qu'il grandit, appropriant mes conseils a ses différents ages, et lui rappelant ses devoirs @enjfant, d adolescent, d’époux et de pere de famille. Je ne le quitte qu’aprés lui avoir suggéré leg moyens de bien mourir. »
De la cet opuscule « si élégant par l’édition, si précieux par la matiére qu’il traite et par l’onction avec laquelle elle est traitée. » (S. E. le card. Rampolla).
« Rien n'est omis, ni exagéré, dans ces pages qui portent le caractére du véritable esprit chrétien et d’une serieuse expérience de la vie : petit chef-d’ceuyre de
sentiment, de raison, de foi et de pidté bien comprise, ot lon trouve la sagesse d’un vieillard et la grace d’un enfant. » Tel est ’avis de juges compétents.
Les six images-souvenirs du baptéme, de la premiére communion, du mariage, de la naissance des enfants, des derniéres années et du nécrologe, interealées entre les cing chapitres de ce petit livre en font un véritable livre de famille qui rappellera aux parents et aux enfants les grandes dates de la vie.
Donné comme souvenir aux premiers communiants, comme recompense aux persévérants, et déposé comme un charmant cadeau dans les plus humbles corbeilles de mariage, lu par enfant ou commenté par le prétre pendant les retraites de premiére communion, relu au sein de la famille, et déja répandu par milliers d’exemplaires, il sera, comme le prédisait Mer Vévéque de la Rochelle en 1894, « le livre de ’espérance, puisqu’il tend a ranimer la foi et 2 en conserver les saintes pratiques. Le refuge de la foi religieuse est aujourd’hui dans la famille. Si le berceau est sanctifié par une éducation chrétienne, la tombe rayonnera d’espérance et le crépuscule de la vie terrestre sera l’aurore de la vraie yile. »
‘L’autre vie, par Mgr Méric. — Deux vol. in-12 de xx11-402 et 472 p., 6 fr. — Paris, Téqui.
Vers Véternité, par l’abbé Poulin. — Un vol.
in-12 de 423 p., 3 fr. 50. — Paris, Téqui.
Mer Méric donne la douziéme édition de son Autre Vie; et ce beau chiffre n’étonnera pas ceux qui sayent avec quelle rigueur philosophique et quelle éloquence tout ensemble auteur traite ces difficiles questions autour desquelles les systeémes humains et les superstitions de tous les ages ont accumulé tant de préjugés et dhypothéses.
M. Poulin compte autant d’admirateurs enthousiastes que la Croix a de lecteurs; et c’est ce qui explique comment son livre, au bout d’un an 4 peine, arrive a sa seconde édition. A ceux de nos amis gui ne le connaitraient pas encore, rappelons qu'il développe, en ses vingt-neuf chapitres et dans une langue toute claire, toute simple et familiérement aimante, ces grandes idées de douleur, de lutte, d’expiation, de mort, d’espérance, d'amour, qui emplissent notre Ame en ses heures de recueillement et de possession d’elle-méme et lui ouyrent des perspectives précises « vers l’éternité. »
Deux martyrs carmes déchaussés : les bienheureux Denis de la Nativité et Rédempt de la Croix, par le P. Thomas de Jésus, du méme Ordre. — In-18 jésus de 210 p., avec gravure, 1 fr. 50, franco 1 fr. 7. — Paris, Bloud et Barral.
C’est Vhistoire des deux martyrs béatifiés par Léon XIII le 10 juin dernier. Le premier était prétre, le second frére convers. Tous deux versérent leur sang pour la foi de Jésus-Christ et sur leur refus d’embrasser la loi de Mahomet, a2 Sumatra, le 29 novembre 1688. :
Le B. Denis, le principal personnage de ce livre, était Francais et Normand, né 4 Honfleur, ou existent encore des membres de sa famille; et cest une histoire bien attachante que celle de ce marin, pilote-major des flottes portugaises de I’Inde, qui s’embarqua révant un avenir de gloire et couronna, a trente-huit ans, une carriére aventureuse autant que rapide, par la profession religieuse, le sacerdoce et le martyre.
L’abdiecation, roman social, par G. d’Azampuja. — Un vol. in-42 de 300 p., 8 fr. 50. — Paris, Briguet.
La démocratie et les démocrates chrétiems, par l’abbé Naudet. — Un vol. in-12 de 310 p., 3 fr. 50. — Paris, Briguet.
I. — Vous comprenez bien que M. Gabriel d’Azambuja, qui est en train de devenir Yun des princes du journalisme contemporain et qui déja rappelle aux lee-
eo ee - LIAMI DU CLERGH
teurs de ? Univers le Veuillot des meilleurs jours, le Veuillot de Ca et la ou des Odewrs de Paris, vous comprenez bien, dis-je, que cet homme ne s’est pas amusé, pour ses débuts dans la littérature d’imagination, & vous servir un roman romanesque, a Vusage de jeunés filles ou jeunes gens plus ou moins madrigalesques.
Un journaliste a toujours besoin de se mettre quelqu’un sous la dent; et quel gibier de choix que toute cette « aristocratie de la disgrace » qui se prélasse 4 travers les salons parfumés ou l’empestement des villes eaux, vieilles barbes et fréles jeunesses, revenants de la chouannerie et échappés de Vécole de droit, pessimistes sombres ou gentils faiseurs de calembours, vieux militaires qui ne connaissent que lesabre pour trancher les difficultés, vieux magistrats férus de droit romain et ahuris devant les Encycliques de Léon XIII non moins que devant, les revendications des socialistes, jeunes Nemrods qui arrivent aux meetings électoraux comme aun rendez-vous de chasse et ne voient dans les républicains qu’un magnifique gibier a forcer, et tout un musée d’archéologues et de poétes qui ne révent qu’horizons de monarchie fleurdelysée et de féodalité caracolante!...
« Jadmire les braves gens qui ont le courage de se jeter dans la politique, mais, ce courage, je ne me le sens pas... Je n’ai pas lestomac qu'il faut pour digérer les tracas particuliers de:ce genre d’existence. On est trop str de coudoyer des gens malpropres! On est trop souvent obligé de traiter d’honorables et de chers collégues des gens que l’on sait pertinemment étre des
voleurs: Et puis, la cohue des solliciteurs!... J’ai ma
famille 4 élever, mes cultures a diriger, des expériences agricoles a surveiller:.. » Juga bouwm emi, uxorem aust...
La manie d’abdiquer a commencé par les rois ; mais comme la contagion a gagné rapidement! et comme se vérifie toujours le vieux proverbe Regis ad exemplar! Faudra-t-il en revenir a la vieille loi de Périclés (ou de Pisistrate) punissant de mort tout citoyen qui n’aurait pas pris parti dans les discordes civiles ?
Il. — M. Naudet est un noble esprit et une grande dime, travailleur infatigable, lutteur toujours: sur la bréche, et soumis avec une docilité d’enfant aux moindres indications de l’Eglise. Avec cela, on est toujours str, quand on tient une plume de journaliste, de faire du bien et de combattre le bon combat. Mais le journalisme a ses écueils, et peut-étre n’est-il pas une école suffisamment compléte et calme quand on veut aborder, sous la forme du livre, les délicates questions d’ordre doctrinal que souléve lorganisation de la société moderne et de la démocratie nouvelle.
La question de la démocratie chrétienne touche a —
des questions théologiques de la plus haute importance : origine et exercice du pouvoir civil, rapports de la société civile et de ’Eglise, droits des associations, intervention de VEtat dans les questions sociales, formes du gouvernement, justice dans les rapports entre patrons et ouvriers, etc. Impossible de traiter a fond de la démocratie au sens vraiment catholique sans étre guidé sur tous ces points par une solide et stire théologie.
Le grand danger, au point de vue théologique, est de confondre les nécessites du moment présent avec les principes qui sont de tous les temps, et de mettre en thése ce qui n’est vrai que pour l’hypothése présente. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, nous pouyons et nous devons réclamer en faveur de la verité les libertés qu’on accorde en-principe a toute opinion, méme a la plus fausse. Mais nous ne pouvons admettre en principe comme bonne la liberté de Verreur, ni les autres libertés que l’Eglise trouve mauvaises et qu’elle ne tolére que « pour de justes causes. » Ce qui nous est permis et ce que nous devons faire, c'est que « la ow les usages ont mis ces libertés en vigueur, nous nous en servions pour faire le bien. » (Encyel. Libertas).
Faute d’avoir fait cette distinction, quelques démoerates chrétiens ont été entrainés 4 présenter comme principes absolus des solutions que seule la nécessité présente a rendues nécessaires. De la des exagérations, des généralisations facheuses, des maniéres de dire au moins inexactes. f
Ajoutez 4 cela les indéterminations sous lesquelles se présentent des affirmations susceptibles de sens trés divers ; vous comprendrez qu'il puisse y avoir lieu de ne pas accepter sans contréle sérieux les affirmations les plus spécieuses.
A Ne pi Rees ) ae, Bale 2 Ye are br ei Pee FEOU I ot emia atl) aie SABI SNe, < : pt
ah har fei
eats
ce
Aussi ne souscririons-nous pas sans réserve ou au moins sans demander quelques explications a diverses assertions de M. l’abbé Naudet qui paraissent avoir quelque affinité avec les doctrines du libéralisme doctrinal condamné par Pie IX et Léon XIII. :
« La démocratie dans le gouvernement est un signe de progrés... Nous sommes et nous restons persuadé de la supériorité de la forme démocratique sur toutes les autres formes sociales, et nous saluons cette forme comme une conséquence naturelle du progres par l’Kyangile. » (p. 282). Supériorité qu'il ne serait assurement pas facile de démontrer pratiquement sur le terrain de Vhistoire ; supériorité théorique peut-étre, ef encore, étayée souvent d’arguments qui impliquent une certaine négation du péché originel ; supériorité que Von fait découler de l’Kvangile, oui, si l’'Evangile devait jamais supprimer en ce monde toutes les suites du péché originel... ae ;
« Le respect pour la liberté et la dignite humaines qui se trouve a la base de toute vraie democratie, n’estil pas, d’ailleurs, conforme a la conduite de Dieu sur nos dames et sur son peuple, ainsi que nous pouvons le voir en étudiant notre vie et en lisant Vhistoire sacrée ? Dieu n’agit point sur nous par la violence ; il demande méme une délibération de notre part, toutes les fois qwil s’agit d’accomplir sa loi sainte... » (p. 283). Alors, supprimez-vous toute puissance coercitive dans !’Hglise, dans la société, dans la famille méme? Comment un homme de la valeur de M. Naudet s’oublie-t-il 4 ressusciter ce paralléle entre l’action de la grace divine et l’action des pouvoirs humains, si cher aux libéraux.dil y a cinquante ans, mais que Von croyait si définitivement usé? Comment s’oublie-t-il 4 avancer que Dieu, dans l'histoire du peuple juif, s’est refusé « a employer sa puissance pour nous faire accomplir, dans lordre moral, des actes que notre volonté n’accepte pas? » ;
L’autorité de Savonarole, « le grand démocrate dominicain, » ne fait pas trés heureuse figure en pareille matiére (p. 285), — non plus que celle de Lamennais et de ’ Avenir (p. 102), ou de Lacordaire, de Montalembert et de leurs amis, « disciples plus sages que le maitre et qui, formés par lui, ne le suivirent pas dans ses errements » (9?) (p. 104), — non plus que celle de M. de Falloux ou de Mgr Dupanloup, dont la fameuse phrase « Nous acceptons, nous invoquons les principes et les libertés de 1789 » ne comptait pas sur ce renouveau de popularité (p. 99).
Les illusions sont un beau défaut, le défaut des belles Ames, mais tout de méme un défaut; et M. Naudet n’y échappe pas complétement : « Nous sommes déja 4 mille lieues du césarisme, et c'est: précisément le développement de lVinstinct démocratique qui rendra le
-césarisme de moins en moins possible au milieu de
nous. César pourrait peut-étre encore s’imposer, mais les jours de son régne seraient bientdt comptés. Il disparaitrait pour ne plus revenir ; la conscience humaine, plus développée et d’accord en cela avec le sentiment chrétien, ne veut plus se soumettre a des lois quelle n accepte pas. » (p. 292). Quelle est encore cette theéorie nouvelle de Vobéissance, de la conscience érigée en tribunal supréme? et tout cela « d’accord avec le sentiment chrétien ? »
Nous winsistons pas. Ces quelques citations suffisent a montrer combien Vétude approfondie des principes est nécessaire en notre époque, méme aux journalistes, et combien la théologie, non moins que la piété, est utile a tout.
L’Awvoeat du Clergé (Supplément — mai 1900). — Une plagq. in-12 de 90 pages. — Paris, Lethielleux, 1900. — Prix : 4 franc.
Nous avons annoncé dés son apparition, et recommandé a nos lecteurs, excellent ouvrage de droit administratif ecclésiastique : L’Avocat du Clergé. Depuis lors (1897), des nouveautés sont survenues qui rendaient nécessaire l’adjonction d’un supplément a la premiére édition. Cest ce supplément que publie aujourd’hui la
‘librairie Lethielleux. Il va sans dire que ceux qui posseé-
dent déja le volume principal devront se procurer cet appendice, sous peine de rester quelque peu en arriére en fait de discipline civile-ecclésiastique.
Ce petit volume peut aussi trés bien s’acheter a part. Il offrira, a lui tout seul, des éléments intéressants d’instruction sur les modifications survenues pendant ces trois derniéres années, du cété civil (gouvernement, tri-
bunaux, jurisprudence), dansla pratique du droit dit civil-ecclésiastique. ;
eet
Ces modifications et nouveautés, bonnes a connaitre, .
utiles 4 avoir sous la main dans un petit résumé clair et fort complet, concernent principalement : les cérémonies exatérieures du culte (les processions, le port du viatique, les plantations et enlévements de croix), les ministres du culte (traitement, propriété des cierges de premiére communion, opération césarienne, exercice de la pharmacie, diffamation); les circonscriptions eccléxiastiques (propriété des églises, subventions, souscriptions) ; les presbytéres (propriété, actions en justice) ; les fabriques (révocation de serviteurs, autorisation de plaider, régisseur, comptabilité, amendes) ; libéralités aux établissements ecclésiastiques (distribution par le curé d’un legs fait aux pauvres); les inhumations et pompes funébres (une foule de questions pratiques de détail, entre autres le monopole) ; Venseignement libre (ouverture d’école libre, laicisation) ; patronages (droit des pauvres, droit de représentation des cuyres dramatiques).
Le mariage rene ious et jes procés de mullité, par l’abbé A. Boudinhon. — Une plagq. in-12 de 70 pages. — Paris, Lethielleux, 4900. — Prix :4 fr.
Cette brochure est la reproduction améliorée d’un article publié dans l’ Université catholique de Lyon. M. Boudinhon a eu raison de croire que cette vulgarisation rendrait service, en rappelant la doctrine de lEKglise sur le mariage et en donnant au public catholique des notions exactes sur les procés en nullité de mariage religieux. Ces sortes de procés sont trop souvent l’occasion de critiques et d’accusations injustes contre l’Eglise et les tribunaux ecclésiastiques. Il était utile d’exposer briévement, a Vusage des lecteurs de bonne foi, ce qwil est important de connaitre au sujet des procés de nullité du mariage qui se traitent dans nos évéchés et en cour de Rome. C’est la certainement la meilleure réfutation des reproches et des calomnies trop répandues.
Est-il besoin. d’ajouter que la haute compétence canonique du savant professeur de VInstitut catholique de Paris est une garantie de premier ordre pour l’exactitude des précieux renseignements qu’offre ce trés clair opuscule a tous ceux que pent intéresser la question des proces en nullité de mariage devant les officialités diocésaines et en cour de Rome ?
Pensées philosophiques du Dr J. Fourmet, publiées par J. Gardair. — Un vol. in-80 de 440 pages. — Paris, Lethielleux, 1900. — Brisess7 irae
Un pieux et savant médecin, J. Fournet, philosophe profond a ses heures, a laissé des manuscrits tout remplis du labeur de ses pensées. M. Gardair a recueilli le précieux héritage et offre aujourd’hui au public la quintessence de ces « pensées philosophiques. »
Il y aurait beaucoup a reprendre comme détail d’orthodoxie dans ces pages assez libres d’un penseur qui fut spiritualiste, chrétien méme dans les grandes lignes et la tournure générale de son esprit, mais, en somme, ni théoriquement ni pratiquement catholique. M. Gardair a d’ailleurs la loyauté d’en prévenir son lecteur.
Malgré cela, lceuvre du Dr Fournet, quoique un peu bizarre dans son plan, ne laisse pas que de présenter beaucoup dintérét, ne fit-ce que pour montrer comment, par le seul fait de sa raison droite et honnéte, un homme sage et intelligent peut arriver A d’excellentes conclusions sur beaucoup de points en matiére de méditations philosophiques. Le D Fournet avait beaucoup lu, on s’en apergoit ; sa philosophie, ou plut6t ses idées philosophiques, s’en ressentent ; de 14, par exemple, de belles pages qu’on dirait inspirées par le plus pur aristotélisme, et d’autres aussi ov brille d’un bon éelat la doctrine de l’exemplarisme platonicien.
Le positivisme chrétien, par André Godard. — Un vol. in-8 de 374 p., 5 fr., franco 5 fr. 50. — Paris, Bloud.
or AAR
L’auteur de ces pages, connuautrefois dans la littérature mondaine, est aujourd’hui bénédictin. Sous forme d’apologie, c’est une véritable autobiographie qu’il nous présente; c’est Vhistoire de son Ame, des erreurs de son esprit, des voies par ot Dieu l’a ramené a la lumiére. Ces erreurs ont été multiples: on verra passer dans ces pages comme en un raccourci saisis-
sant les conceptions philosophiques, les préjugés ins- -
tinctifs, les météores pseudo-scientifiques dont le prestige a tant illusionné ies gens de notre Age.
A cété du mal, le reméde. Dom Godard a éprouvé ce que Verreur a de séduisant; Dieu lui a fait la grace d’en
comprendre aussi le cété faible et fragile. Car c’est -
toujours a la grace divine qu’il faut faire appel en matiére Vapologétique. Rien ne sert de convainere, disait déja le cardinal Duperron; il faut persuader, et ceci n'est pas l’euvre de l'homme, comme le note fort judicieusement dom Godard en téte de ces pages :
« La meilleure apologétique ne convertira jamais Yhomme qui ne prie pas avant de croire... Imagination! répliquais-je naguére (heureusement avec amertume) a qui me parlait de la grace. J’ai reconnu en elle un fait aussi évident que l’assistance physique d’un bras... A qui ouvre la Bible avec le secret désir de la trouver mensongére, le sens réel en restera caché... Priez. Demain ou plus tard, la foi vous révélera la face des concepts dont vous ne voyiez que lenyers. Qui sont les damnés? Ceux qui n’aiment pas. A qui aime, Dieu enverra toujours quelque moyen de la foi... » (p. 15-16).
L’auteur a traité plus a fond certaines questions, comme les sommeils de l’ame, le monogénisme, l’hypothése darwinienne, le miracle et les phénoménes surnormaux, les yérités contenues dans le mythisme antique, dans l’ésotérisme et le culte des morts, les rapports du baalisme avec la religion ophique, la révélation primitive et la révélation mosaique, etc.
Mais, nous le répétons, ce qui fait principalement le mérite et le caractére original de cet essai apologétique, cCest ce qu'elle a de vivant et de vécu; et cest par la qu’elle ira le plus stirement et le plus efficacement a lame de nos contemporains.
Le dogme chrétien dans ia religion juive, par labbé Saubin, vicaire a Notre- Damie de Plaisance. — In-12 de 64 p., 0 fr. 60. — Paris, Bloud et Barral.
M. Saubin, l’auteur du Talmud et de la Synagogue moderne, établit, dans ces pages, la parfaite conformité des dogmes chrétiens de l’unité de Dieu, de la Trinité des Personnes, de l’Incarnation, de Vimmortalité de ’Ame, avec les antiques croyances juives. Sur la Trinité en particulier, il trouve, dans les traditions rabbiniques, les explications les plus frappantes du nom méme de Jéhova. On sait qu’en hébreu ce nom est formé de quatre lettres, mais n’en comprend que trois différentes, puisque la quatriéme n’est que la seconde répétée : la premiére, tod, désigne le principe premier ;
la seconde, he,.appelée la mére, parce que la vertw
divine qu’elle dénote produit, avec celle qui est audessus d’elle, une autre vertu divine; la troisiéme, vau, a pour caractére de lier par un lien d’amour (le vaw sert de conjonction copulative en hébreu) ; enfin, le he final est la méme lettre que le he du milieu, la seconde personne incarnée : « il ya deux he, dit le Zohar, Yun céleste, l’autre terrestre, et c’est toujours la méme personne. » — Ailleurs on nous apprend que l’ancienne synagogue indiquait la divinité par la lettre Schin, qui n’est autre chose que trois points réunis par une ligature ; — etc. ren “
La théologie étaie les dogmes chrétiens sur d autres preuves ; mais ces vestiges de la tradition juive n’en sont pas moins intéressants et precieux.
fLa science et les faits surnaturels contemporains. Les vrais et les faux miracles, ar ie P. Lescour, de l'Oratoire. — Un vol.
in-42 de 280 p., 3 fr. — Paris, Roger et Chernoviz.
La premiére édition de cet ouvrage a été épuisce en moins de deux ans, et le Pp. Lesceur nous donne aujourd’hui la seconde, « entiérement refondue et con-
, ) - WAMI DU CLERGE
sidérablement augmentée, » mots qui n’expriment pas une vaine formule, car c’est vraiment d'un ouvrage nouveau quil s’agit. Peu de sciences sont dans un mouvement aussi actif et aussi tourbillonnant que Voceultisme sous toutes ses formes ; et ce n’est pas trop de toute la pénétration et de toute la souplesse du P. Lescceur pour se tenir au courant de tout et suivre le diable partout. Le temps est loin ou lon érigeait en loi scientifique. Yignorance absolue de tout ce qui dépasse les forces de la nature, ok Renan niait énergiquement qa’on ait jamais pu saisir, dans la trame des faits de ce monde, la trace d’une intervention quelconque d’une autre intelligence que Vintelligence de VYhomme. Voila que les spirites et occultistes de toute nuance ne se comptent plus par milliers, mais par millions. Ils couvrent les deux mondes. Ils les inondent de leurs écrits, de leurs Revues, de leurs Congrés. Et les mémes savants qui refusaient hier de regarder les
miracles de l’Evangile et de Vhistoire de l’Kglise, se
pressent en foule aujourd’hui autour des tables tournantes, des mediums, des somnambules, des hypnotisés, et constatent, a4 leur grande stupeur, certains faits en tout analogues a ceux quils dédaignaient comme de — pures réveries ou hallucinations, quand on ne les leur présentait encore que dans nos annales religieuses.
C’est la revanche de Dieu. Et c’est une invitation providentielle, une sorte de sommation adressée a la science, non pas encore de croire 4 lEvangile, mais d’étudier l Evangile, et, ’étudiant attentivement et loyalement, d’arriver, moyennant cette grice de Dieu qui accompagne toute ame sincére, 4 l’acte de foi.
Crest la confirmation du beau mot du P. Gratry: « La critique, a-t-on dit, a pour essence la négation du surnaturel. Hit moi je dis: l’essence de la critique c'est Vattention » : mot qui n’est d’ailleurs que la traduction dune simple et profonde parole de saint Augustin : « Secretum Dei intentos debet facere, non adversos : Tout secret divin doit exciter en nous l’attention, non 1 défiance. » :
Cette attention que nous demandons aux savants incrédules, ils ont le droit d’y prétendre pour euxmémes et pour le fruit de leurs travaux loyalement menés. On ne la leur a pas toujours assez accordée, de notre cdté. Et c'est pourquoi nous sommes heureux de rendre hommage au ton de parfaite courtoisie et de conciliation qui distingue Youvrage du P. Lescour, digne d’ailleurs, pour la stireté critique et la précision scientifique, de prendre une place d’honneur a coté des travaux célébres des docteurs Hélot et Imbert-Gourbeyre, de Mgr Méric, des PP. Coconnier et Touroude, de MM. Elie Blanc et Gombault.
Sainte Foy, vierge et martyre, par MM. les abbés A. Bouillet et L. Serviéres. — Un volume in-4 de 800 pages, illustré de 6 héliogravures et 418 gravures hors texte, de 213 gravures dans le texte. — Prix : 30 fr. — Rodez, HK. Carriére, éditeur.
C’est une sainte bien intéressante que sainte Foy, par ce que nous connaissons de sa vie, de son martyre et de ses miracles. Elle naquit dans les derniéres années du im siécle. Elle dut 4 sa nourrice de deyenir chrétienne. Toute jeune, — la reconnaissance de ses reliques faite une derniére fois le 29 septembre 1878 constate qu’elle n’avait que de 12 4 16 ans, — elle unit la palme du martyre a celle de la virginité. Depuis sa mort jusqu’a nos jours elle apparait comme thaumaturge exceptionnellement féconde. Sa glorieuse passion se rattache aux premiéres origines de Véglise d’Agen ; elle est intimement liée 4 celle de saint Caprais, évéque ou au moins prétre de cette méme ville. Une basilique fut élevée au commencement du ve siécle par l’évéque Dulcidius sur le lieu de son martyre. Les Agennais étaient fiers de leur trésor qui avait échappé aux ravages des Maures ; mais au 1x* siécle le corps de sainte Foy pritle chemin de ’abbaye de Conques, dans le Rouergue, d’une maniére assez étrange. Les moines de Conques députérent un des leurs, Aronisde, qui s’insinua dans la confiance des gardiens de la basilique et, au bout de dix ans de préparation, réussit 4 enlever les précieuses reliques qu'il porta 2 son abbaye. Si des avertissements célestes leur inspirérent le dessein de se procurer le corps de sainte Foy, ils ne leur conseillérent certainement pas le moyen quils employérent. A Conques, au
We
milieu des gorges inaccessibles du Rouergue, le corps de sainte Foy était plus en sireté que dans un pays exposé aux incursions. C’est & Conques que les nombreux pélerins de sainte Foy sont accourus pour la vénérer et pour implorer sa puissance auprés de Dieu.
Il fallut pour les recevoir élargir le monastére et cons- '
truire dés le x1° siécle la vaste et magnifique église qui fait encore l’admiration des visiteurs.
Les miracles se multipliérent. Un chroniqueur du commencement du x1° siécle, Bernard, dans son Livre des miracles de sainte Foy, adressé a saint Fulbert,, évéque de Chartres, en raconte plus de cent. On y voit que si la jeune sainte se montre pleine de bonté pour tous ceux qui l’implorent, elle méle quelquefois 4 ses faveurs l’enjouement qul convient & son age : de la ee quon a nomme les « badinages de sainte Foy : » les grandes dames qui voulaient soustraire 4 ses demandes leurs parures precieuses, s’apercevaient que la sainte ne se laissait pas surpasser en finesse. Ces récits naifs, reproduits inté-
gralement dans le volume, sont fort intéressants.
Le culte de sainte Foy se répandit dans tout POccident; il fut porté jusqu’en Orient ; mais il fleurit sur-
tout en France: une carte indique les diocéses et les
localités oti la sainte a des églises ou des chapelles.
La Révolution quia semé partout les ruines a dispersé les moines de Conques ; les richesses du trésor ont été sauvées par les habitants qui les enfouirent, et les exhumérent quand la tourmente fut passée. Le monastére abandonné et détruit en partie a été repeuplé de moines : le cardinal Bourret, évéque de Rodez, y a établi les Prémontrés. L’église qui menacait ruine et que le conseil municipal, ne pouvant Ventrefenir, sé préparait 4 renverser sauf une partie destinée a servir d’église paroissiale, a été restaurée. C’est au cours des travaux de restauration que fut découvert le reliquaire en cuir chargé de plaques et d’émaux qui contenait les reliques de sainte Foy. Mgr Bourret en fit a deux reprises la reconnaissance et en célébra solennellement la translation. Elles sont maintenant sous la garde des religieux de Conques qui desservent la paroisse.
Les historiens de sainte Foy nous donnent, avec vues, le détail et la description des monuments relatifs a sainte Foy, des objets se rapportant a son culte ou appartenant au trésor de Conques. Ils se sont amplement documentés; ils n’ont point épargné les recherches et les voyages ; ils ont fait ceuvre d’historiens, de crifiques et d’archéologues. Leur ouvrage, remarquablement imprimé, est un vrai monument élevé a la gloire Ee ecaebl sainte 4 laquelle ils ont consacré leur travail *.
Lettres a des religieuses, d’aprés Mme de Maintenon, publiées par le P. Libercier, dominicain. — In 24 allongé de xv11-318 p. — Prix: 1 franc. — Paris, Téqui.
* Les deux auteurs de Sainte Foy sont déja trés avantageusement connus du public. Voici les titres de leurs diverses publications : Appi Smervinres, Guide du pelerin a Sainte-Foy-de-Conques, Rodez, Carrére, 1878, in-12 ; — Histoire de l’Eglise du Rouergue, Rodez, 1874, in-8 ; — Histoire de saint Amans, Rodez, 1885, in-12; — Histoire de saint Hilarian, Rodez, 1883, in-12 ; 1895, in-4 ; — Histoire de sainte Foy, 4° édition, Rodez, Carrére, 1879, in-12 ; — Histoire de sainte Foy, j0dez, 1896, in-12; — Marie-Madeleine, Rodez, Carrére, 1900, in-12. — Appt Bouter: L’église et le trésor de Conques (Aveyron), Macon, 1892, in-12; — Déglise Sainte-Foy de Conches (Ewre) et ses vitrauw, Caen, 1889, in-8; — Le jugement dernier dans Vart aus douze premiers siécles (Extr. des Notes dart et @Marchéologie), 1894, in-A ; — Liber miraculorum sancte Fidis, publié Vaprés le manuserit de la bibliothéque de Schlestadt, Paris, Picard, 1897, in-8; — Sainte - Foy -de-Conques, Saint -Sernin-de- Toulouse, Saint-Jacques-de-Compostelle (Extr. des Mémoires de la Société nat. des Antiquaires de France, t. LIIl), 1893, in-8; — Un manuscrit inconnu du Liber miraculorum sancte Fidis (Extr. des Mémoire de la Société nat. des Antiquatres de France, t. LYIII), 1899, in-8 ; — Un probleme dor fevrerie (Extr. des comptes rendus de la Réunion des Sociétés des Beauw-Arts des départements, xxitl® session), 1899; — Les églises paroissiales de Paris.
LAMI DU CLERGE Be ees Wa Religieuse parfaite, ou la piété dans
le clottre. Instructions familiéres par le P. Billecocq, dominicain. Nouvelle édition revue et augmentée par le P. Bourgeois. — In-18 de xv-344 p. — Prix : 2 fr. — Paris, Lethielleux.
Les Etapes d’une vecation, par Mme Hen-
riette Large. — Un vol. in 12 de 295 p. — Prix.: 8 fr. — Paris, Briguet.
La premiére Hostie, par Mme Henriette Large. — In-18 de 242 p, — Prix: 4 fr. 20. — Lyon, Vitie.
Ma conversion, par la baronne de Kenneritz. — Un vol. in-12 de x11166 p. — Prix ; 2 francs — Paris, Téqui.
Le comte Dubose de Pesquidoux. Hiude
et souvenirs personnels, par Henri Lasserre de Monzie. — In 8 de 48 p.— Paris, typographie Plon.
J. — Madame de Maintenon, une des grandes calomniges du siécle précédent, est aussi l'une des grandes réhabilitées du x1x¢ siécle, qui aura été le siécle des réhabilitations et qui pour cela méritera de trouver quelque indulgence au jugement de Dieu et de Vhistoire.
Malheureusement tout le monde n’a pas le temps ni la faculté de lire ses douze volumes d’Hwvres, qui renferment des trésors:
Aussi le P. Libercier a-t-il été heureusement inspiré de mettre 4 notre portée, sous format commode, des extraits des (iuvres de la noble dame, harmonieusement groupés. C’est ainsi qwil nous a donné successivement les Religiewses enseignantes, En entrant dans le monde, l’Education des jeunes filles. Aujourd’ hui nous recevons les Lettres a des religieuses. On ne s’attendait pas A voir M™ de Maintenon en posture de maitresse des novices. Et cependant elle n’y ett pas été déplacée. Quand on lit ces instructions, écrivait déja au siécle dernier le célébre Languet de Gergy, on croit lire celles d’une. Mére de Chantal inspirant a ses filles cette charité, cette humilité, cette simplicité de pratique selon l’esprit de lEvangile, dont son Ordre a fait son principal caractére. Et ’éloge n’a rien d’exagéré. C’est chose touchante de voir avec quelle sagesse, avec quelle soflicitude elle entre dans le détail des défauts, des vices, des imperfections de ses filles, les encourage, les reprend, les console selon leurs besoins, leurs dispositions, toujours sur un ton assaisonné de cette douceur modeste, de cette franchise et de ces graces qui ne la quittent jamais : ;
« Vous ferez de grands progrés dans la piété, si vous joignez la droiture et la simplicité 4 la disposition o& Dieu vous met d’étre tout 4 lui; sa miséricorde est si grande qu'il s’accommode de tout ce qui est sincére..: Quand nous ayons a contribuer au salut des autres, nous avons un grand besoin de cette droiture que je ‘désire tant chez vous. »
« Qwil est bon de se laisser conduire a Dieu! La piété consiste dans cet abandon a la volonté de Dieu, pourvu que nous vivions dans la pratique continuelle des vertus. »
« Tout m’est étranger, et mes plus proches parents me sont moins chers que la derniére des bonnes filles de la communauté. Rien ne m’est plus cher que mes enfants ; j’en aime tout, jusqu’a leur poussiére. »
« Ne soyez point pointilleuse avec vous-méme; Dieu ne Vest pas pour vous... La grace n’est pas incompatible avee la dévotion dans les personnes de notre sexe. »
« Mettez 4 profit la kumiére et la droiture que yous avez recues... Vous avez, grice a Dieu, la conscience trop délicate pour n’ayoir pas de la peine quand yous manquez; essayez done de lajoie Gay a dans l’accomplissement de tous ses devoirs. »
« On peut vivre austérement et déplaire A Dieu; on ne lui déplait jamais quand on est charitable et humble. »
Il. — Tout le monde n’était pas janséniste au grand siécle, comme yous voyez. Le P. Billecocq. vous en fournira une nouvelle preuve dans ses Instructions sur la Religieuse par faite, qui remontent & l’année 1673.
Deux parties dans ce substantiel traité, la premiére
Tee
traitant «des pratiques intérieures et extérieures de la Religion, » et la seconde « de lesprit dans lequel il s’en faut acquitter, » et ’on vous y parle de la communion fréquente ni plus ni moins que s'il n’était pas question de jansénisme par le monde :
« La Religion représente plus parfaitement qu’aucun autre état la vie des premiers chrétiens: elle la représente surtout en ce que, a Vimitation des premiers chrétiens qui communiaient presque tous les jours, les Religieuses ne le font pas moins souvent. » Ceci simprimait & Abbeville en 1678, et 4 Paris en 1689. Vous voyez que le jansénisme n’a pas été aussi rapidement ni aussi universellement maitre de la situation que le prétendent les généralisateurs 4 outrance. Notez que le P. Billecocq était, non pas jésuite, mais dominicain, c’est-a-dire de Ordre que ces mémes généralisateurs, a raison du thomisme de ses docteurs, aiment 2 représenter comme plus ou moins inféodé aux tendances jansénistes. :
Au traité du P. Billecocg, le P. Bourgeois a ajouté une série de méditations solides (dix-sept)-pour retraite de religieuses.
iI. — Quelle touchante autobiographie que ces Eiapes dune vocation! L’appelée de Dieu, Vélue du Carmel, e’est la fille de M™e Henriette Large, a travers quelles motions tour a tour chantantes et gémissantes ! Hit puis, aprés la fille, c’est la mére, qui prend son vol ason tour vers le Carmel... De tels livres ne s’analysent pas; toutes les délicatesses du cceur maternel et toutes les harmonies de la grace y forment le concert le plus céleste qu’il soit possible ici-bas de réver.
«O mon enfant bien-aimée, en attendant la supréme enyolée qui me jettera dans tes bras, laisse-moi te remercier, car ce sont tes priéres et tes sacrifices qui ont étendu jusqu’a mes épaules le blane manteau que tu portes |...
« N’est-il pas des sacrifices du soir sur lesquels le soleil couchant jette encore bien des charmes ? Car, quimporte si les fleurs sont tardives! Pour le Maitre qui les regarde et qui les foule sous ses pas bénis, ne sont-elles pas des fleurs aussi? » (p. 291).
IV. — Faut-il s’étonner que Premiére Hostie, ce chef-d’ceuvre d’une plume si délicate, ait yu sa premiére édition s’enlever en moins dun an? La seconde, que nous annoncgons aujourd’hui, reproduit sans changement les douze chapitres de la premiére, avec la ravissante histoire qui suit chacun d’eux. A signaler surtout l’exquis Chemin de croix des enfants de la premiere communion (p. 169-186).
Vv. — Cédant 4 de hautes instances, et avec les encouragements du cardinal Rampolla et de Mer Schcepfer, évéque de Tarbes, M™* de Keenneritz écrit le récit de sa conyersion : les premiers appels de la grace, les préjugés, la Bible, les beautés de la liturgie catholique, la divine « humanité» du clergé catholique compare au clergé protestant, la dévotion 4 la sainte Vierge, le dogme de la Communion des saints, la fascination et Lhorreur tout ensemble de la confession. Que de réflexions suggérent tous ces chapitres! et quelle apologie, vivante et vécue, du catholicisme!
VI. — M. Lasserre a recueilli, dans une plaquette de luxe tirée surtout a Vusage de la famille, d’édifiants souyenirs sur la vie du noble comte qui restera, dans Vhistoire de la littérature religieuse, l’auteur de L Immaculée Conception. Histoire dun dogme. Ca et la, quelques noms d’illustres amis émergent de-ces pages et réjouissent l’cil du lecteur : Laurentie, Louis Veuillot, Ernest Hello, Georges Seigneur, etc.
Chanoinesses de Remiremont penaa douze siécles, G20-1792, par la comtesse de Béduer (Marguerite de Lostanges). —Un vol. in-8° de, x111-304 pages, avec portraits. — Prix : 3 fr. 50. — Paris, Téqui.
Tout le monde a entendu parler et rire des chanoinesses de l’ancien régime ; peu ont eu l’occasion ou pris la peine de se faire des notions justes. Les yo ont eréé un type littéraire de chanoinesse vieille fille, généralement acariatre et invariablement ridicule, quia surtout existé danas leur imagination. Avant de vieillir, une chanoinesse est jeune, comme toutes les autres
femmes, et il n’est nul empéchement canonique a ce qwelle soit aimable. et belle : Vauteur de ces pages, Marguerite de Lostanges, enlevée par la mort au moment de publier son livre, én fut une preuve vivante.
Elle fut en effet, dans la fleur de sa jeunesse, investie des insignes de dame noble du chapitre de Sainte-Anne de Miinich. Car, e’est encore 1a une choge ignorée de nos romanciers et de leurs lecteurs, il y a encore des chanoinesses de par le monde : la traditionnelle Allemagne a conservé pieusement ce vestige du passé, et c’est a des chapitres d’outre-Rhin que doivent se faire affilier les filles dé France désireuses de se parer de ce titre autrefois si envié.
Marguerite de Lostanges a employé le meilleur de ses loisirs a écrire cette monographie d’une institution qui fut, a certains jours, une puissance sociale et tint téte aux princes eux-mémes et qui, en tous cas, resta jusqu’au bout une école de distinction et de bienfaisance, sous légide de ’Hglise. Tout cela nous est conté d’une plume aimable et fine, avec cette coquetterie féminine qui souvent ne laisse qu’entrevoir les choses, mais pour mieux nous ménager le plaisir de les deviner et de les pénétrer.
Lettre a M. Fr. Rabbe, par le P. Chérot, '§. J. — Plaq. in-8 de 20 p. — Paris, Dumoulin,
Un M. Rabbe s’était permis, dans la Revue historique, des boutades peu catholiques, sous couvert d’érudition historique, a propos des Annales de la Compagnie du 8. Sacrement qwil avait la prétention d’avoir découvertes et communiquées au public le premier. Le P. Chérot, collaborateur bien connu des Etudes des Péres Jésuites, lui répond en lui faisant voir qwil n’a rien découvert du tout, le P. Claire ayant publié dans les Etudes un travail sur le méme sujet dix ans auparavant.
Le long de sa riposte, piquante et documentée, le P. Chérot rive sans peine plus d’un mauvais clou ot M. Rabbe semble avoir meurtri la vérilé historique beaucoup plus que lEglise. Cette lettre, apologétique autant que rectificatrice, intéreasera ceux qui tiennent a étre renseignés de bonne source sur le role véritable, pas si secret qu’on l’a prétendu, qu’a joué en France dans la politique de Louis XIV la fameuse Compagnie du §. Sacrement.
Kn Chine. Au Tehé-Ly sud-est. — Une mission @apres les Missionnaires, par le P.
Henri-Joseph Leroy, de la Compagnie de Jésus. — Grand in-8 illustré de 108 gravures et d’ung carte du Tché-Ly. — Société de Saint-Augustin, Desclée, de Brower et Cie, Paris-Lille.
Beau volume, ouvrage rempli de renseignements intéressants, étude ok Pauteur ne déguise pas ses sentiments d’apdtre 4 Pégard des Chinois et exprime ses désirs, j’allais dire ses espérances, pour V’avenir chrétien de la Chine.
Les événements récents ont fourni la matiére de l’introduction ot le P. Leroy examine les causes politiques, économiques, religieuses de la crise actuelle.
Le corps de l’ouvrage nous offre non pas une histoire de la mission du Tché-Ly sud-est, ni un tableau de ses @uvres, comme le titre semblerait l’indiquer, mais un exposé de la vie du missionnaire et du milieu owt il exerce son apostolat. Le Tehé-Ly a fourni les renseignements, mais Vétude est générale et embrasse Ja Chine dans son ensemble : ses religions et ses superstitions, Vempire qu’exerce le démon sur les paiens chinois, les consolations et le concours que les missionnaires rencontrent chez les Chinois convertis, les calamites et les difficultés qui entravent l’apostolat, le caractére, les moeurs, les coutumes de la nation chinoise : tout cela rendu sensible et vivant par des récits empruntés aux cerrespondances des missionnaires du Tché-Ly. ; ;
Le dernier chapitre est particuliérement intéressant dans les circonstanees présentes ; il est intitulé « France et Chine. » L’auteur pense que la France, par le désintéressement qui l’inspire et par la protection accordée aux missionnaires, pouvait arriver a une es-