‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 235 sur 276 · XLI. — La morale du nombre (fin · texte numérisé non relu

XLI. — La morale du nombre (fin

LE PERIL DU NOMBRE. — AVIS AUX MAITRES D ETUDE. — PSYCHOLOGIE DES MOUVEMENTS POPULAIRES. — D’UNE NOUVELLE METHODE DE ‘PREDICATION, VIEILLE COMME LES APOTRES.

L’indifférence religieuse des masses populaires a pour origine un affaibiissement de la foi, favorisé, pour ne pas dire causé le plus souvent par la pernicieuse influence de « Vautorité du nombre. » On en arrive de bonne heure 4 ne plus guére croire au cure, parce que la ER des

autres n’y croit pas. ™ +

Un premier enseignement pour nous, grave, me semble tout d’abord se dégager de cette désolante constatation. Notre grand ennemi, c’est le nombre. Premier soin apostolique a prendre : il faut a tout prix l’empécher de naitre. Deuxiéme : le détruire quand il existe. Je voudrais un peu aujourd’hui mettre ces deux idées en bonne lumiére.

Hiviter le péril du nombre c’est, par exemple, la.

grosse préoccupation du maitre d’étude, du profes-

seur, du catéchiste. Un enfant se mutine, on le |

punit. Tout est pour le mieux. Son cas étant isolé, le nombre étant du cdté de la “vertu, rien 4 craindre quant aux conséquences publiques générales de la sanction appliquée.

Mais si le maitre, pour un méme fait, frappe beaucoup d’éléves a la fois, le résultat est tout différent. Chacun des délinquants se dit 4 part :

« Bon! je ne suis pas seul. Mon affaire n’est pas

si mauvaise, puisqu’ils sont cing, dix, vingt, dang 9 9

le méme cas que moi, » et tous de se communiquer, dans un rapide coup d’cil, leur commune pensée, ce quils tiennent pour leur commune excuse; et la classe tout entiere de prendre bientot, d’abord timidement, puis a ciel ouvert, le parti du nombre. Un régent avisé sait cela et ne s'expose pas aux ennuis graves qui peuvent ré-

sulter, pour Vexercice de son autorité, du fait des mesures globales qui provoquent les dangereuses

révoltes des masses, qui font naitre ce que jappelle le péril du nombre.

Allez au fond de ce menu phénomeéne d’expérience quotidienne.: vous y verrez tout simplement

un cas qui révéle l’application de l’argument ° st

d’autorité sous sa forme la plus sujette a caution, c’est vrai, mais néanmoins sous une forme, théoriquement parlant, légitime et naturelle.

Qu’un trés bon éléve soit puni: a moins d’éyidence absolue de sa faute, presque toujours la

masse de ses compagnons aura intérieurement un —

petit mouvement de révolte contre le maitre, qui, neuf fois sur dix, passera pour avoir tort : autorité @un individu, suffisante par elle-méme pour engendrer dans ces petits cerveaux une persuasion instinctive d’innocence, si le sujet en cause a des qualités habituelles de sagesse et de vertu qui eréent une présomption permanente en sa faveur et provoquent @ priori ’approbation de ses actes; tout comme chez nous lautorité d’un seul moraliste de haute réputation entraine notre adhésion 4 son sentiment. °

Au lieu de l’autorité d’un seul, mettez Vautorité morale qui résulte du concours de plusieurs unités sur un méme point : autorité encore, ct, légitime en principe, basée non plus sur la seule valeur des individus pris a part, mais sur le faisceau qui résulte de leur réunion. C’est en morale le funiculus triplex qui difficile rumpitur. Méme observation, 4 tous les degrés de l’échelle sociale, dans tous les genres de groupements, sur tous les terrains ot se rencontre une agglomération susceptible de constituer, 4 un moment donné, la

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LVAMI DU CLERGE

puissante synthése d’un tout par Pharmonie concordante de ses parties.

Aussi les supérieurs, directeurs, gouverneurs, législateurs, et tous les gens appelés 4 mener des groupes d’hommes, ont-ils grand souci de ne point provoquer ces révoltes d’ensemble contre leur autorité, gui en sont le plus redoutable dissolvant. Les « poussées » populaires d’opinion, les émeutes révolutionnaires de la rue, les manifestations massives de la foule, enthousiastes ou furieuses, quelque sottes qu’elles soient 4 leur origine, deviennent vite terribles par linfluence fascinatrice qu elles exercent sur les individus, tant est puissante la présomption instinctive de légitimité a s’attache a l’autorité du nombre !

C’est ce que l’Kglise, dans son infaillible sa-

gesse, a parfaitement compris. Plutdt que de tenir téte au nombre, quand celui-ci atteint des proportions considérables, elle aime mieux, dans beaucoup de cas, s’en faire un allié en purifiant apres coup, par son autorité sanctificatrice, ses origines souvent suspectes. C’est, au fond, toute la théorie législative de la cowtume canonique. Contrairement a ce qui se passe dans notre ordre civil actuel, le droit ecclésiastique admet, a cdté de la loi expressément émanée du législateur, une source -populaire de droit, paralléle au sien pour ainsi dire. La coutume, en matiére de discipline ecclésiastique, peut, non seulement créer de véri- tables préceptes nouveaux, obligatoires en conscience, a cdté de la loi, ou, comme on dit, juxta et preter legem, mais aussi conira legem ; cesta-dire que la coutume populaire peut arriver a détruire la loi et a la remplacer par une pratique toute contraire 4 celle qu’avait d’abord voulue positivement le législateur.

Et ceci est parfaitement Iégitime. Non pas, certes, que le Pape s’incline devant le peuple et subisse les caprices de ses fantaisies, ni méme qu'il attende jamais son « acceptation » pour promulguer, dans toute sa rigueur morale, sa législation positive. Les choses se passent tout autrement, Par avance, le chef de l’Eglise, par l’organe du Corpus juris, déclare donner son consentement 4 ces sortes de coutumes et les revétir de sa supréme autorité, de sorte que, issues matériellement du mouvement populaire d’en bas, elles empruntent en réalité le plein caractére formel de leur valeur morale a l’autorité méme du Souverain Pontife.

Je ne sais rien d’admirable comme la profonde psychologie que révéle, a qui veut y regarder de prés, cette étonnante jurisprudence canonique De consuetudine. Il y a la tout a la fois, réunis dang une harmonie merveilleusement comprise, un suffisant respect du nombre et une prudente garantie contre ses folies possibles. Car, si d’un cdté le Pape ne refuse pas de sanctionner les coutumes, il met, @autre part, & son approbation, sans laquelle elles ne sauraient subsister, certaines conditions restrictives qui en éliminent les abus absolument condamnables. C’est ainsi, par exemple, que, pour

bénéficier de la ratification tacite du législateur, la coutume doit étre, suivant les cas, d’une antiquité et d’une universalité plus ou moins consideérables dans Ja société ou elle est en vigueur ; qu’elle ne doit point porter atteinte au droit naturel ou. divin, mais rester toujours sur le terrain réseryé au droit positif humain. Bref, les conditions croissent en sévérité et en nombre, la légitimation dela coutume se fait de plus en plus difficile, & mesure que croit importance de la loi quelle tend 4 anéantir. De plus, le législateur s’est réservé la faculté de retirer expressément, dans le vas ot il le jugerait convenable, l’autorité tacite que le droit commun offre de sa part aux coutumes populaires. Autant dobstacles sagement. ménagés 4 Vinvasion indiscréte du nombre dans la discipline pratique de ’Eglise, qui sait toujours intervenir 4 temps, quand elle a de bonnes raisons de le faire, pour prévenir le péril du nombre et fondre, dés le début, les premiers matériaux de la redoutable boule de neige.

C’est exactement, chers fréres, ce que nous devrions faire aussi dans nos paroisses. On me permetira bien d’en exprimer ici la respectueuse observation. Je ne parle point du cas ot: la mode mauvaise existe déja dans sa masse numérique compacte; ce sera Vobjet Vautres réflexions qui viendront tout a Pheure. J’ai en vue le cas d’une paroisse encore chrétienne dans son ensemble; et méme, dans les paroisses qui ne sont plus ainsi pratiquantes, je vise le cas des restes de religion qui peuvent y subsister encore dans la majorité des paroissiens. Un curé avisé doit prévoir lavenir et, dans Pavenir, ce que j’appelle le péril du nombre.

Les tolérances, les concessions, les dispenses tout a fait isolées, sans répercussion sensible sur le milieu ambiant, peuvent étre inoffensives. Point de mal a les accorder dans les cas isolés ou elles paraissent nécessaires. Elles commenéent a devenir dangereuses quand le fait de leur multiplication est porté a la connaissance du: public. De bonne heure on se permet de discuter l’autorité morale d’une loi a laquelle le législateur admet des exceptions si fréquentes. Cependant, sur le terrain des dispenses réguliérement demandées et accordées, le mal a son antidote dans l’intervention autorisée de celui qui concéde bienveillamment la faveur sollicitée ; maleré tout, c’est la un état de choses qui, pour étre peu satisfaisant, n’en est pas moins couvert trés légitimement par Vapprobation du pouvoir gouvernemental.

Mais le vrai danger se trouve du cété de la todérance. Voila, 4 mon avis, un mot et une pratique qui ont perdu bien des sociétés. Je trouve ce probleme moral et social de la tolérance tellement grave, que je me propose d’y consacrer quelque jour une étude a part. ln attendant, j’en veux dire deux mots aujourd’hui puisque l’occasion me contraint a en parler.

Tolérance nest pas approbation. Le supérieur

peut ad majora maia vitanda tolérer un mal — a

qu'il craint ne pouvoir empécher; en quoi, certes, bien qu’il le laisse faire, il ne Vapprouve pas. Quand la tolerance vise un mal seulement matériel, si vraiment elle existe du cdté du législateur, elle peut léegitimer au for interne de la conscience la conduite des sujets qui, devant la non protestation de celui qui a mission de parler, peuvent conclure qu’ils agissent honnétement, dés lors que ce qui n’est pas défendu peut passer pour permis.

Nous avons dans l’histoire de la discipline ecclé- Siastique, a tous les degrés de sa hiérarchie, de nombreux exemples de cette tolérance des supérieurs, quia rendu moralement légitimes certains

-abus directement contraires a des lois de droit commun. Nos pratiques canoniques et liturgiques francaises fourmillent @exemples qu’on pourrait citer. L’autorité supérieure n’approuve pas, il est vrai; elle se réserve méme d’intervenir quand elle le jugera opportun pour désapprouver. Mais, en attendant, son silence équivaut pratiquement & une approbation au moins transitoire, surtout quand, apres consultation, elle formule elle-méme la déclaration : Tolerari posse.

Malheureusement, il est extrémement difficile de fixer la limite ot s’arréte cette tolérance vraie et bonne, officielle pour ainsi dire, et méme, dans un sens vrai, légale; extrémement difficile de dire ou commence la tolérance mauvaise, faussement présumée par les inférieurs, toujours enclins 4 en prendre a l’aise avec les lois, 4 exagérer la portée de l’'axiome fameux : Qui ne dit rien consent.

Un abus se glisse dans la pratique diocésaine dun clergé : si l’évéque se tait, on a vite fait de conclure que son silence est de la tolérance vraie de sa part, et l’on passe outre a l’observation du précepte. Raisonnement faux, parce qu'il est faux qu’un évéque ait Vobligation de crier :

« Gare ! » a tous les abus qui peuvent surgir sur le territoire soumis a sa vigilance pastorale. Comment veut-on guil connaisse tous les désordres possibles, toutes les infractions varices infiniment quant aux temps, aux lieux et aux personnes qui peuvent, a tout instant, surgir par le fait du caprice de l’un des six ou huit cents prétres, et plus, qu’il a mission de gouverner? De plus, en admettant qu’il soit toujours exactement informé 4 temps de tous ces détails, en vertu de quelle bonne raison pourrait-on le regarder comme obligé d’élever la voix dans tous les cas, pour dire aux intéressés ce qu'il pense de leur maniére d’agir? Quand. un désordre grossit au point de menacer le bien public, passe encore ; mais, jusque-la, qu’a-t-il autre chose a faire que de compter sur la bonne disposition de ses prétres a respecter les lois existantes, dont l’observation consciencieuse suffirait 4 prévenir toute sorte de mal dans la société?

Cest donc a tort, tout a fait 4 tort, et en vertu dun déplorable faux raisonnement, que l’on tient souvent pour objets de tolérance autorisée bien des abus qui ne sont que des fautes sans excuse

ra es LYAMI DU CLERGE ee ani on

au point de vue du droit. Et quand Pévéque se décide 4 intervenir pour opposer une digue a l’invasion du flot en révolte, aucun de ceux que surprend la réprobation ne peut se dire avec tranquillité de conscience : « L’évéque ne parlait pas; je croyais qu’il approuvait, car qui ne dit rien consent. »

Ilfaut donc, chers confréres, corriger ainsi, comme le font les canonistes, cette maxime trés sujette a caution : Qui tacet, QUANDO POTEST ET DEBET LOQUI, consentire videtur. Or, les sujets ne sont point en état de présumer toujours avec certitude le potest ni surtout le debet chez le législateur.

Chez nous, la foi est assez profonde et le lien @obéissance a Végard de nos supérieurs assez solide pour qu’il n’y ait jamais mal sans reméde facile, dans le fait de ces fausses présomptions de tolérance qui nous poussent trop souvent a fréquenter les mauvais cheming en matiére de discipline. L’appel affectueux du pasteur, et, au

besoin, la manifestation impérative de sa volonté,

ont vite fait de ramener les brebis dans l’enceinte du bercail.

Tl en est tout autrement, hélas! parmi les agneaux, dans la foule de ces paroissiens que le curé ne trouve point dociles 4 écouter sa voix comme nous écoutons celle de nos évéques. Premier malheur! :

En outre, les dits paroissiens sont encore bien plus prompts que nous a imaginer faussement des tolérances excusantes, un peu partout, pour justifier leurs incorrections de conduite, alors que ces tolérances n’existent pas. Deuxiéme malheur!

Enfin, chez eux beaucoup plus encore que chez — nous, l’abus se propage avec rapidité, grace a l’influence énorme qu’exerce l’autorité du nombre sur leur esprit ignorant, mal préparé aux résis- tances vertueuses, absorbé dans les préoceupa- — tions temporelles du bien-étre et de la sensualité. Troisieme malheur !

D’oti je conclus encore une fois que le grand souci d’un curé doit étre, quand il a encore un terrain suffisamment libre devant lui, de surveiller de trés prés et de combattre avec une supréme énergie V’éclosion de cette ivraie des tolérances compromettantes, qui engendrent tout de suite lenombre, lequel méne 4 la perte des pratiques religieuses et de la foi.

Mais comment? C’est une autre question, que, chacun doit résoudre d’aprés les éléments concrets du milieu ow il vit. Je ne puis rien dire la-dessus de plus précis; les moyens que jindiquerais nepourraient évidemment pas convenir a toutes les situations. Je rappelle seulement la régle et supplie mes bien-aimés confréres de s’en pénétrer profondément.

C’est par des tolérances maladroites, répétées, trop bénignement appréciées, que certains pas-— teurs ont jadis laché la bride a leurs ouailles et les ont exposées & se perdre. Je ne prétends pas qu’un curé puisse toujours maintenir son trou-

(Ne hay

peau dans le devoir en se montrant energique et zélé sur ce point-la. Je dis que s’il ne lest pas, la débandade, aujourd’hui surtout, aura une chance de plus, et la plus grosse de toutes, de se produire et que, au contraire, dans bien des vas il pourra Péviter efficacement en tournant ses intelligentes préoccupations du présent et de l’avenir du cote que j’indique, en visant toujours 4 Vhorizon du lendemain le peril du nombre.

Je parlerai de la danse plus tard, c’est entendu. Eh bien! je dis franchement tout de suite que je suis absolument du cété des curés qui’ luttent avec une énergie indomptable contre son introduclion dans leurs paroisses ; et cela, parce quwil

~est peu de matiéres oti la puissance du nombre

soit plus qu’ici périlieuse et inébranlable, quand une fois la danse est devenue chose communéement pratiquée dans une paroisse. Mais n’insistons pas la-dessus; nous y reviendrons.

Je me souviens d’avoir entendu de la bouche dun saint curé un mot qui m’avait tout d’abord paru étrange. Comme je l’interrogeais sur ses méthodes de ministére, il me dit : « Je m’occupe moins de convertir les impies que de garder intact le nombre de mes paroissiens fidéles; car, voyezvous, quand l’un deux me quitte, j’ai plus de cha-

grin que je n’éprouve de joie quand une brebis égarée rentre au bercail. » Et comme je m’éton-

nais un peu de ce langage, il ajouta : « C’est que, voyez-vous, nombre pour nombre, la puissance du nombre est plus forte pour le mal que pour le bien, plus redoutable pour le mauvais exemple quand elle est. du cété des non pratiquants que pour la bonne cause lorsqu’elle se tient du cété des fidéles. » A y penser, j’ai trouvé qu'il y avait beaucoup de vérité dans cette réflexion. Aussi suis-je persuadé que, dans les paroisses encore en majorité pratiquantes, le premier objectif du zele pas-

toral doit étre d’éviter a tout prix quw’une nouvelle

défection aille grossir les rangs des égarés dans Vindifférence ou Vimpiéte.

Mais que faire contre cette masse mauvaise quand elle existe déja dans la paroisse ? Com-

“ment l’atteindre? Par ot J’ébranler? Crest la

seconde face de notre question. Abordons-la franchement.

Il s’agit donc maintenant de la situation douloureuse, presque décourageante, qui est faite a certains curés de nos mauvaises paroisses ou lindifférence religieuse, pour ne rien dire de plus, regne en masse, au moins extérieurement, dans la plus grande partie de la population, quand ce n’est pas dans la presque totalité, au moins du cété des hommes.

Cest la qu’on m’attend. Quelle panacée nouvelle pourra bien préconiser le Vieux Moraliste en

un sujet ot: il semble que tout ait été dit et essayé

depuis longtemps ?

Oh non! je n’ai rien de nouveau a offrir 4 mon

cher lecteur. Tout au contraire, c’est du vieux, de Vextrémement vieux que je vais lui servir, du vieux, par exemple, si bien oublié parfois qu’il

pourra paraitre 4 plusieurs empreint d’une petite saveur d@’originalité, Voici.

Que fait ’Eglise quand elle veut corriger chez les prétres des abus ot les ont pu entrainer certaines « modes » devenues puissantes par l’autorité du nombre? Elle les condamne ; et si les délinquants font mine de ne pas se soumettre, elle leur rappelle le respect di a son autorité surnaturelle supréme. Ils ont la foi, ils s’inclinent, et tout rentre dans |’ordre.

C’est exactement, proportions gardées, la marche que nous devons suivre aussi avec nos paroissiens oublieux de leurs devoirs, avec cetie difference que chez eux, la foi manquant, il faut pousser argumentation un degré plus loin.

Car, inutile de fermer les yeux a l’évidence, les masses égarées dont je parle manquent de foi. J’ai posé, je crois, assez clairement ce probléme dans mon dernier article. D’un cété l’exemple du nombre, puissance énorme; de. l’autre le curé, auquel on ne croit pas. Dans ces conditions-la pas d’équilibre possible; la balance fléchit lourdement du cétée de la masse. C’est donc l’autorité du . curé qu'il faut renforcer; et quand je dis l’autorité du curé, on entend bien que je vise l’autorité de la révélation en tant que vivante dans lKglise et dans la personne du ministre qui ala charge sociale de sa transmission aupreés des peuples.

Eh bien! mes trés chers confréres, je vous soumets humblement ma facon de penser. Je vous demande seulement de la bien analyser avant de la condamner, si @aventure elle vous parait fausse. J’ai l’absolue conviction que beaucoup de curés de mauvaises paroisses préchent fort mal, je veux dire qwils choisissent fort mal leur terrain de prédication.’

Dans des milieux pareils, ce ne sont pas les vérités chrétiennes en détail qu’il faut viser a faire connaitre ; elles ne portent pas, la méthode est trop courte, le projectile reste en route. Il faut remonter plus haut, ou viser plus bas, comme: vous voudrez, et, tout comme au temps des apotres, convertisseurs de sociétés paiennes assez analogues aux ndtres, précher les fondements de la foi, les motifs de crédibilité a la révélation surnaturelle, a la divinité du Christ, 4 ’Eglise. Si vous sortez de la, vous batissez sur le sable mouvant. Ces gens-la ne croient pas, entendez-vous bien! Il faut les amener a croire. Qu’on y réussisse Ou qu’on n’y réussisse pas, peu importe! Le fait du succes n’a rien & voir dans la recherche raisonnable de la méthode. Celle-ci peut ne pas atteindre son but pour des raisons accidenteiles ; encore faut-il pourtant qu’on la choisisse apte & y conduire. Des sermons de piété, sur des points spéciaux de dogme ou de morale surnaturelle, a des gens qui n’ont dans Voreille aucune corde sensible pour percevoir ces gons-la ! Temps perdu!

Je sais un diocése, mauvais dans son ensemble, ou Pévéque exige que, tous les ans, aux examens de jeunes prétres, on présente, en plus des autres,

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les deux traités De Revelatione et De Ecclesia, que tous les ans une question au moins d’apologétique fondamentale soit traitée dang les confé-

Yrences, que tous les ans, dans toutes les paroisses,

méme dans les meilleures, il soit donné au moins quatre instructions consécutives en chaire sur les

-fondements rationnels de la foi catholique. Cet

évéque a cent fois raison; il connait sa théologie

et sait apprécier les nécessités de son temps. Pré- .

chons ce que préchaient les apétres, comme préchaient les apdtres, puisque nous avons affaire a des esprits gangrenés de naturalisme, redevenus presque paiens.

Pour cela, il est vrai, il faut étudier et savoir. Les apétres avaient la science infuse. Maintenant le bon Dieu nous demande de l’acquérir par nous-

mémes; et certes les matériaux d’étude ne nous |

manquent pas; non plus, allez! que le temps suffisant pour nous les assimiler. Je suis effrayé quand je pense qu’il se rencontre des prétres, des curés qui n’ont jamais relu le De Revelatione ni le De Heclesia depuis leurs derniers examens de jeunesse sacerdotale, alors’ que’ tous les jours ils pourraient, s’ils avaient conscience des occasions, si utilement s’en servir pour fortifier la foi des croyants, et préparer le retour a l’Kolise de ceux qui Vont abandonnée ou ne l’ont jamais assez connue.

Croyez-moi, et au fond je pense bien que je n’exprime ici que votre avis, ami lecteur : le mal essentiel est dans Vincroyance; c’est la qu’il faut,

importiune, opportune, porter le reméde en pré-

chant de par le monde Jesum et hunc crucifixum, en préchant sa divinité et linstitution de son Kglise, en développant surtout la fondamentale doctrine naturelle des motifs de crédibilité. Si cest la une toquade d’ancien, qu’on la pardonne amon age! mais jai tout juste pour les traités fondamentaux et préliminaires de la théologie dogmatique la vénération enthousiaste et exclusive

-que je professe en théologie morale pour le De ac-

tibus humanis. La base de nos dogmes n’est pas

~moins secouée aujourd’hui que la base de nos

casuistiques. C’est le méme mal des deux cétés, qui appelle évidemment le méme reméde.

Quand je demande que la préoccupation dogmatique maitresse du sacerdoce porte avant tout sur ce qui concerne la préparation de Vacte de foi, je

-Wentends pas viser seulement lusage qu’on en

peut tirer dans la prédication publique de la chaire. Ce n’est pas la seulement que le prétre peut et doit instruire. Beaucoup de gens ne viennent pas au sermon, ceux-la surtout qui s’obstinent a vivre habituellement a l’écart de l’église et apportent Vappoint de leur personne au péril du nombre mauvais. C’est dans ses conversations privées, en toute occasion possible, qu’un curé doit étre prét a glisser dans Voreille de ces impratiquants le mot qui frappe juste, le doute qui atteint les torpeurs de la conscience, l’exemple approprié, la raison lumineuse qui sollicite la réflexion. N’oublions jamais cela: Vautorité seule de Dieu peut efficacement

VYemporter chez ces pauvres cervelles, incapables des fines analyses critériologiques, sur l’autorité naturelle du nombre ; et cette autorité de la parole divine demande a étre plantée & fond dans leur intelligence avant qu’on en recueille le fruit sur le terrain des pratiques religieuses.

Les motifs de crédibilité sont de différentes sortes : il en est de trés relevés, 4 Pusage des raisons méticuleuses, finement cultivées; il en est aussi de moins difficiles a saisir, qui sont’proportionnés a la capacité des gens de classe inféricure. Parmi ces derniers, enfin, il en est un qui joue un grand réle dans Pceuvre surnaturelle de la préparation a Vacte de foi chez les simples: c’est la sainteté du prédicateur. La question n’est pas de savoir si théoriquement ce motif-la serait suffisant pour des philosophes rationalistes versés dans le travail des hautes spéculations de la raison pure. Le fait est certain, en tout cas, que Ja personne du maitre, de l’éducateur, du prédicateur, enfin, peut exercer sur certains sujets sa trés large part Vinfluence pour disposer leurs ames a la foi surnaturelle. L’Kglise sait cela, et 4 cause de cela elle exige de ses prétres, avec une supréme énergie, quils se présentent au peuple comme des christs, sacerdos alter Christus.

Je n’apprendrai certainement rien de nouveau a ceux qui me lisent et qui connaissent comme moi Vhistoire de l’Kglise, en disant que la sainteté du prédicateur est pour ceux qui le voient et l’entendent un motif pratique de crédibilité qui ’emporte souvent sur les plus convaincantes démonstrations théoriques tirées, par exemple, des miracles et des prophéties. Et voila, mes bien-aimés fréres, une prédication que nous devons par-dessus tout a nos gens 4 l’heure actuelle, une prédication avec laquelle les Apétres et les saints ont jadis brisé la formidable puissance du nombre chez les masses incroyantes, avec laquelle, soyez-en persuadés d’une facon absolue, nous briserions encore chez nos indifférents l’autorité du nombre. De méme quwils apercoivent, hélas trop souvent! chez le prétre des raisons de ne pas croire a sa parole, ils en voient bien aussi, quand elles y sont, qui les attirent 4 la foi ou les y maintiennent. C’est une constatation banale dans Vhistoire des conversions; c’est aussi une forte lecon pour nous, qui nous apprend que la sainteté de notre vie est un des plus efficaces moyens que nous puissions employer pour amener ces pauvres gens a secouer, Dieu aidant, l’étreinte du respect humain et du nombre qui les maintient éloignés des pratiques de la vie chrétienne.

Je clos sur cette pensée l’étude qu'il m’a semblé opportun de consaerer a analyse de la théeorie du nombre en morale.

(A sutvre).

QUESTIONS de science ecclésiastique CONSULTATIONS DIVERSES Q. — Est-il vrai que les Espagnols peuvent faire gras

le vendredi? Quels sont les priviléges de la bulle Cruciate ?

R. — Bien que la question n’ait aucun intérét pratique pour beaucoup de nos lecteurs, nous l’étudierons cependant comme un point d’histoire et une chose curieuse, dont on entend souvent parler sans savoir au juste ce que c’est.

La bulle de la croisade, Bulla Cruciate, est un indult pontifical qui accorde de nombreuses fa- veurs a ceux qui par les armes, ou par les cuvres

pies, ou par les aumdnes, font la guerre a Vinfidélité ou aident aux dépenses du culte divin 1.

Ce serait, dit-on, Jules II qui, en 1509, aurait accordé au Roi catholique la premiére de ces bulles. Depuis, elles se sont succédé presque sans interruption ; mais il n’y a pas eu de concession & perpétuité. Dans le principe, les concessions étaient valables pour trois ans; la bulle actuelle, en date du 6 mai 1890, doit durer douze ans 4 partir du premier dimanche de l’Avent de cette méme année 1890. Néanmoins les concessions qu’elle renferme sont annuelles pour les particuliers qui en profitent, en ce sens qu’ils doivent faire renouveler leurs permissions chaque année et verser la componende chaque fois.

Primitivement, les aumdnes procurées par la bulle de la croisade avaient pour but d’aider le Roi

catholique dans la guerre contre les Mahométans. Aujourd’hui, d’aprés la bulle actuelle, ces aumdnes sont appliquées aux églises d’Hspagne, si éprouvées par les malheurs des temps, et dont les rentes, les revenus de tout nom ont été si gravement atteints. C’est avec ces aumodnes que l’on pourvoit aux frais du culte divin et que l’on peut subvenir aux nécessités qui se présentent si souvent.

Les priviléges de cette bulle ont trait 4 l’abstinence, 2 absolution des censures, 4 la commutation des voeux, etc. Nous ne parlerons que de ce qui concerne I’abstinence.

La bulle actuelle est adressés au cardinal archevéque de Toléde, qui est nommé par autorité apostolique Commissaire général de la sainte Croisade.

Il'a charge de faire connaitre la bulle aux fidéles. A cet effet, il fait imprimer en langue espagnole un sommaire ou résumé général de la buile, et d’autres sommaires de diverses parties. Ceux qui veulent jouir des graces, indulgences, dispenses accordées par la bulle, et en Espagne c'est tout le monde, sont tenus de se procurer ces

*Raym. Alsina, Compendium Theol. moralis, t. 1, n. 457.

Ve

a ei RR

sommaires et de verser une aumdne déterminée — par le commissaire général pour chacun d’eux. De’ cette facon personne ne peut se tromper sur les

graces ou faveurs dont il jouit, ni n’est exposé 4

les dépasser, et chaque fidéle a entre les mains la

preuve dela concession qui lui a été faite. Chaque

personne d’ailleurs écrit ou fait écrire son nom

dans un espace blanc laissé a cet effet au bas ou

au milieu du sommaire. —Nous allons donner la

traduction des trois sommaires concernant l’abs-

tinence, d’aprés la Nouvelle Revue théologique ',

4 qui nous empruntons la plupart de ces détails.

SoMMAIRE GENERAL. — De méme, nous accordons que, durant la dite année de la publication de la bulle, si on est sur le territoire espagnol, et non en dehors, on puisse, de l’avis des deux médecins spirituel et corporel, si la nécessité, la faible santé, ou une autre cause Vexige, user de viande dans tous les temps de jetine de © Yannée, méme en Caréme, et en ces mémes jours user ason gréd’ceufs et de laitage; de telle sorte que ceux qui mangeront de la viande, mais en gardant au surplus la forme du jetine, seront censés avoir satisfait a Vobligation du jetiue. En cet indult sont compris les religieux de tout ordre militaire, mais non les patriarches, archevéques, évéques, prélats inférieurs, les personnes ecclésiastiques réguliéres, et les prétres séculiers, s’ils n’ont ’age de soixante ans; mais ils peuvent en dehors du Caréme user de l’indult en ce qui concerne les coufs et le laitage.

Voici les remargues A faire sur cette concession:

4° Hlle ne vaut que pour le territoire espagnol, et non pour l’extérieur.

20 Il faut avis du médecin spirituel et du maédecin corporel. Par médecin spirituel, on entend tout prétre approuvé pour entendre les confessions, mais plus spécialement le confesseur propre — et le curé de la personne. L’avis peut étre donné en dehors de la confession. Le médecin corporel, c’est quiconque s’occupe des malades ex officio.

30 La personne ne peut manger de la viande que si ba nécessité, sa faible santé ou une autre cause l’exige. ;

40 Un grand nombre de personnes ne peuvent jouir de cette dispense. Les prétres séculiers en sont complétement exclus quant 4 usage de la viande, 2 moins quils n’aient soixante ans accomplis, et lusage des ceufs et du laitage ne leur est permis qu’en dehors du Caréme.

5° Le sommaire général peut étre demandé seul; mais si l’on veut obtenir les autres, il faut déja posséder celui-la.

6o L’aumdne fixée pour l’obtenir est de quatre francs cinquante centimes pour les personnes dites alusires, et de soixante-cing centimes pour les autres.

7° Aucun jour n’est excepté de la concession.

SOMMAIRE POUR lA VIANDE, Summarium carnis. — Nous vous accordons la faculté de manger des viandes salubres aux jours de Caréme, de vigiles et abstinences de l'année prochaine 1892, excepté le mercredi des cendres, les vendredis de Caréme, les mercredi, jeudi, vendredi et samedi de la sémaine sainte ou grande

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semaine, et méme toute cetie semaine, moins le dimanche des Rameaux, si vous étes ecclésiastique, les vigiles de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de la Pentecdte, de l’Assomption de la bienheureuse Vierge Marie, et celle des bienheureux apdtres Pierre et Paul, pour tous. Mais nous vous ayertissons que, pour user de ce privilége, il faut avoir la bulle de la sainte croisade, et en outre, si vous étes ecclésiastique, il faut avoir la bulle du laitage pour pouvoir user de laitage en Caréme, si vous n’avez pas soixante ans accomplis, conformément a la teneur de l’édit en date du premier mai 1850. Vous pourrez jouir de la méme fayeur durant les voyages que vous ferez a l’étranger et pendant le temps de votre séjour, a défaut toutefois de mets de Caréme, et en ayant soin d’éviter le scandale. Donné 2 Toléde, le 2: mars 1891.

40 Pour obtenir cette concession, il faut faire une aumdne de neuf francs, de trois francs ou de cinquante centimes, suivant la classe des personnes.

20 Tous, ecclésiastiques et laiques, peuvent demander le Summarium carnis. Il en est de méme des réguliers qui ne font pas le voeu de n’user que des mets de caréme.

3° On peut. en user méme en dehors de I|’Espagne, mais aux conditions suivantes : 1° que les mets de jetine fassent défaut; 20 que J’on ait soin déviter le scandale; 8° qu’il s’agisse d'un véritable voyage en pays étranger, et non pas d’un séjour suffisant pour y acquérir domicile ou quasi-domicile.

4o L’avis du confesseur et du médecin n’est pas requis.

50 Il n’y a pas a s’occuper de la nécessité ou de la faiblesse de la santé, l’aumodne étant la seule condition imposée.

60 Il y a un certain nombre de jours exceptés dans le sommaire de la viande : ce qui n’est pas dans le sommaire général. Mais un sommaire ne détruit pas l’autre. I! s’ensuit que celui qui aurait une raison de santé par exemple, ou une autre raison véritable pour user d’aliments gras en un jour excepté du sommaire de la viande, pourrait user du sommaire général, a supposer que ce sommaire lui fit applicable, c’est-a-dire 4 suppo- ‘ser qu'il ne soit pas une des personnes ecclésiastiques ou religieuses exceptées du dit sommaire.

7o Les laiques ne peuvent obtenir que les deux premiers sommaires. Mais pour les prélats, les réguliers et les prétres séculiers, il y a un troisiéme sommaire gui comble les lacunes du som-

maire général.

SoMMAIRE DU LAITAGH, Summarium lacticiniorum. — En conséquence nous déclarons que chacune des personnes ci-dessus désignées, si elle prend ce sommaire et contribue par ’aumdone fixée, et non autrement, peut dans les Timites de ce royaume manger des cuts et ‘laitage pendant le Caréme de cette année, mais non dans la semaine sainte, A l’exception du’ dimanche des Rameaux, laquelle année sera comptée a partir de la publication de la bulle en chaque lieu. Et parce que yous... avez pris ce sommaire et donné pour les fins ci-dessus exprimées la somme de.., la dite faculté yous est accordée. Donné a Toléde, le 2 mars 1891.

4o T’aumone a verser ici est fixée a 6 fr. 75 pour les patriarches, archevéques, évéques et prélats inférieurs; — 42 fr. 25 pour les dignités et

chanoines des cathédrales et des collégiales dont le revenu annuel est supérieur 4 3000 francs; — a4 fr. 45, pour les dignités, chanoines et prétres dont le revenu, inférieur 4 38000 fr., dépasse cependant 820 fr.; — enfin a cinquante centimes pour tous les prétres séculiers et réguliers dont les revenus ne dépassent pas 825 francs.

2° Les ecclésiastiques seuls ont intérét a2 prendre ce sommaire du laitage, qui ne concéde rien que n’aient eu déja les laiques par le sommaire général. Par ecclésiastiques, il faut entendre les prétres séculiers, et non les clercs inférieurs, 4 partir du diaconat. Le sommaire général ne comprend pas ces derniers dans ses exceptions.

3° Pour les réguliers leur situation est nettement définie par ces deux décisions du Saint- Office, qui se complétent l’une l'autre :

a) Les réguliers des deux sexes, 4 V’exception de ceux qui sont astreints par un voeu spécial, peuvent, méme pendant les jetines de Caréme, a raison de la bulle de la croisade, manger de la viande, des ceufs et du laitage, et aussi user dans le méme repas de poissons, d’ceufs et de laitage. Les prétres vivant en dehors du cloitre sont tenus de se procurer le sommaire du laitage comme les prétres séculiers. — 26 janvier 1890.

b) Les réguliers des deux sexes, a l’exception de ceux qui sont astreints par un veeu spécial, peuvent, méme pendant les jetines de Caréme, 4 raison de la bulle de la croisade, manger de la viande, des ceufs et du laitage, et aussi user dans le méme repas de poissons, d’osufs et de laitage. Les prétres vivant en dehors du cloitre, vulgairement les sécularisés, en dehors du sommaire général et du sommaire de la viande, doivent aussi se procurer le sommaire du laitage comme les prétres séculiers. Pour les réguliers vivant dans le cloitre, prétres, laiques ou religieuses, le sommaire général et le sommaire de la viande suffisent. Enfin pour les religieux mineurs de l’Ordre de Saint-Francois qui ne possédent rien, le sommaire général suffit. — 7 mars 1891.

Voila, d’aprés des documents absolument authentiques, l'état exact de l’Espagne par rapport a l’abstinence. Si nous le comparons au nétre, nous voyons que :

49 Une partie de ces permissions sont demandées directement par nos évéques et appliquées 4 tous indistinctement pendant le Caréme, sans que chaque individu ait 4 faire une démarche particuliére.

20 Les personnes qui ont obtenu le sommaire de la viande ne sont tenues a l’abstinence que quinze jours dans l’année : le mercredi des cendres, six vendrédis de Caréme, les quatre derniers jours de la semaine sainte et 4 quatre vigiles. En France, nous avons généralement soixante-quatorze jours: les cinquante-deux vendredis de l’année, les six

‘mercredis du Caréme, trois mercredis aux Quatre-

Temps, quatre samedis aux mémes Quatre- Temps, les quatre derniers jours de la semaine sainte, et quatre ou cing vigiles. Mais l’assaisonnement au gras, qui est autorisé pour tous dans certains diocéses et pour les nécessiteux dans d’autres, adoucit singuliérement la loi pour les gens du peuple.

Faut-il envier le sort de ’Espagne au sujet de

Vabstinence? Il en est qui ne le pensent pas, parce qu’ainsi 1’on oublie facilement toute pénitence, état dangereux aussi bien pour les individus que pour les nations.

Q. — Deux personnes, A... et B..., soignent avec dévouement un vieillard, et cela sans rien réclamer ; seulement le vieillard leur a promis de ne point les oublier quand il dicterait ses derniéres volontés. De plus, il a ajouté formellement, bénévolement, s’adressant aux deux personnes qui le soignent : « Quand yous me verrez pour mourir, prenez dans mon armoire tout ce qui vous plaira. »

Les héritiers directs, habitant au loin, ne veulent nullement venir soigner leur parent infirme. Or, ce vieillard s’est trouvé tout 4 coup aux portes de la mort, et finalement, aprés quelques jours de souffrances, est décédé. Se croyant autorisées par les paroles explicites citées plus haut, les dites personnes s’emparent, qui d’une portion de linge, qui d’habits, et aussi d’une cer-

taine somme, toutes deux a part égale, puis elles préviennent la. famille, et conservent sans rien en dire ce qu’elles ont choisi et emporté.

Sont-elles répréhensibles et pourquoi? Si le vieillard n’etit pas craint le chOmage pour ses derniers jours, il leur aurait volontiers donné de la main a la main ce dont elles ont disposé elles-mémes.

R. — Les paroles du vieillard peuvent étre envisagées ou comme promesse rémunératoire, ou comme donation pour cause de mort, ou comme testament informe.

149 Comme promesse rémunératoire signifiée aux deux garde-malades qui acceptent par signe ou au moins tacitement, elles forment un vrai contrat bilatéral. Sans doute les garde-malades ne réclament rien, mais elles ne refusent point ce que le malade voudra leur donner, et le malade, lui, ne veut pas étre servi sans donner quelque chose. Voila pourquoi il promet d’abord de ne pas les oublier quand il dictera ses derniéres volontés, et dans la crainte sans doute que le testament ne soit pas fait, il ajoute formellement : « Quand vous me verrez mourir, prenez vous-mémes dans mon armoire tout ce qui vous plaira;» et ses gardes, alors stres d’une récompense suffisante, ne Ven servent qu’avec plus de soin. Elles ont donc de leur cété donné tout ce qu’elles devaient donner et que le malade attendait, elles ont par conséquent plein droit 4 la rémunération promise, comme tout travailleur a qui on promet un salaire.

20 Comme donation pour cause de mort. Sans doute cette donation n’est pas reconnue par le code frangais; mais le code francais ne reconnait pas non plus ja donation manuelle entre vifs, cest-a-dire qu’il ne lui préte pas son assistance, mais il ne la répudie pas non plus et ne la déclare pas nulle, il la laisse ce qu’elle est naturellement.

On pourrait dire la méme chose de la donation pour cause de mort. Elle a cela de commun avec la donation entre vifs que, du vivant méme du donateur, elle donne au donataire droit 4 la chose ou sur la chose; et avec le testament, qu’elle est révocable au gré du donateur, tant qu’il vivra. Le droit romain et le droit canonique la reconnaissent pleinement. On peut donc soutenir avec

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une trés grande probabilité qu'elle a toute $2 valeur devant le for de la conscience, au moins © tant que les tribunaux ne l’auront pas annulée. Aussi a cette question : « An ille, cui mortis causa donata est res mobilis, possit illam occulte reci- — pere, mortuo donatore? » Gury répond : « Affirmutive, saltem probabilius, modo sit certus de donatione et ultima voluntate defuncti; habet enim jus in re donata, ergo jure suo utitur. Deinde res non fuit donata ut solvenda, sed ut ab ipso donatorio accipienda. » ;

30 Comme testament informe ou dépourvu des formalités légales. Il ne s’agit pas en effet ici de projet de testament, comme quand il dit qu'il ne les oubliera point quand il dictera ses derniéres volontés, ce qui n’a encore aucune valeur, mais dune volonté téstamentaire formellement exprimée:« Quand vous me verrez pour mourir, prenez dans mon armoire tout ce qui vous plaira. » Cette volonté conserve done.sa valeur naturelle, tant qu'elle n’est pas révoquée; et les garde-malades ne font que l’exécuter. Or, l’opinion la plus commune parmi les théologiens est que, d’aprés notre droit, les testaments informes ne sont pas pleinement nuls par eux-mémes, mais annulables par sentence judiciaire. « Il suit de 1a, dit Génicot, que celui que favorise un testament informe, mais valide de droit naturel, peut prendre de lui-méme ce qui lui revient des biens du défunt, pourvu qu'il soit certain, de quelque maniére que ce soit, par écrit ou par parole, dela volonté formelle de ce défunt, et il n’est point tenu d’avertir Vhéritier ab intestato du manque de formalité du testament. »

Les garde-malades ont done trois raisons trés graves de croire qu’elles n’ont pas outrepassé leurs droits. Elles peuvent rester parfaitement tranquilles, 4 moins, ce qui ne semble pas probable, que la somme d'argent qu’elles ont prise ne fat tellement forte qu’elle dépasserait certainement la pensée et la volonté du défunt.

Q.— L’Ami du Clergé, que nous lisons toujours avec beaucoup dintérét, aurait-il Pextréme obligeance de donner la réponse 4 une question quia été soulevée dans une de nos conférences sur l’Ecriture Sainte? |

Le conférencier, expliquant le verset 25 du chapitre xx des Actes des Apdtres, ot saint Paul dit : « Et nunc ecce ego scio, quia amplius non videbitis faciem meam...»,lut tout bravement cette citation du commentaire de M. Crelier dans la bible Lethielleux : « La plupart des commentateurs... tiennent pour certain que saint Paul fit encore au moins un voyage en Asie Mineure... que cette visite comprit Troas, Milet et trés probablement Ephése. — Le sentiment contraire souffre de si grandes difficultés qu'il ne parait guére admissible... Alors, il faudra dire, avec le P. Patrizi, que dans cette circonstance, il parlait : « Non divino « afflatu, sed prout futurum esse putabat. » Si, en ce point, ses prévisions furent trompées, 4 peine est-il besoin de dire que cela ne préjudicie en rien 4 son caractére apostolique. »

La-dessus on s’est récrié, et on ne cesse de harceler le conférencier en lui répétant sans cesse qu’il est absolument contraire aux régles de Vinspiration d’admettre méme la simple possibilité d’un retour de gaint

— Paul a Ephése, que le P. Patrizi commet une erreur évidente et grossiére contre les régles de l’inspiration, et tous les autres commentateurs avec lui..., et le reste ! - Que faut-il penser de tout cela ?

On désirerait surtout savoir au point de’ vue des ‘principes si l’on peut dire que les paroles du P, Patrizi renferment une faute évidente et grossiére contre les régles de Vinspiration, et si ces mémes régles -obligent a rejeter absolument et a priori méme la simple possibilité d’un retour de saint Paul A Milet.

R. — La difficulté n’existe que dans l’hypothése ou saint Paul serait revenu 4 Milet et aurait revu ceux auxquels il avait dit qu’ « il savait qu’ils ne reverraient plus sa face. » Car, si saint Paul n’est plus revenu a Milet, sa prédiction se trouve vérifiée par ’événement.

Or Vhypothése d’un voyage subséquent a Milet est loin d’étre prouvée. La suite des événements racontés ‘dans les Actes ne permet guére de Yadmettre. On pourrait donc écarter toute la difficulté présente en laissant de cété une hypothése qui ne s’impose pas.

A supposer toutefois un retour de saint Paul 4 Milet et dans les autres cités. qu'il avait évangélisées, on se trouve en présence d'une assertion de VPApotre 4 laquelle ’événement aurait donné tort. Et alors se dresse la difficulté a laquelle il faut trouver une solution.

Dans le cas présent, deux choses sont a distinguer : d’une part, linspiration et la vérité du texte sacré; d’autre part, 1 inspiration et la vérité de l’assertion de saint Paul.

Le texte sacré est inspiré et vrai dans toutes ses parties. Dans le cas présent, l’auteur des Actes a été inspiré de rapporter l’entretien de saint Paul et en particulier la prédiction de saint Paul annoncant a ses auditeurs que ni eux ni tous ceux au milieu desquels il avait préché la parole de Dieu ne reverraient sa face. Et ce récit est entiérement vrai : car saint Paul a bien prononcé ce discours et tenu ce propos. L’inspiration et la vérité du texte sacré sont donc tout a fait hors de cause, quand méme saint Paul se serait trompé. Le P. Patrizi ne va done aucunement contre les régles de linspiration en supposant que saint Paul se serait trompé dans ses prévisions.

Quant a saint Paul, était-il inspiré quand il affirmait qu’on ne le verrait plus 4 Milet? Luiméme ne le dit pas expressément; il semblerait pourtant qu’il le donne a entendre : il parle de science certaine: « Et nunc ecce ego scio» ; or, d’ou lui viendrait cette science certaine si ce n’était d’une inspiration du Saint-Esprit, soit quil lett recue directement lui-méme, soit qu’elle lui fit arrivée par l’intermédiaire de fidéles jouissant du don de prophétie? Mais, puisqu’il n’a rien affirmé 4 ce sujet, que d’ailleurs, dans l’hypothése, l’événement aurait démenti son annonce, on peut et on devrait dire que sa prévision ne résultait pas d’une inspiration de lHsprit-Saint, mais qu'il n’avait tait usage que d’une conjecture humaine sujette 4 l’erreur. C’est ce que dit le P. Patrizi.

Que saint Paul se soit trompé sur un événe-

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L’AMI DU CLERGE 4035 i

ment a venir en se basant sur des conjectures humaines — nous supposons toujours Vhypothése d’un-retour a Milet, — il n’y a rien en cela qui

contredise ou diminue le caractére divin de son-

apostolat : c’est encore ce que dit le P.- Patrizi.

S'il a erré a son tour, c’est en admettant l’hypothése non prouvée d'un retour 4 Milet, non pas en affirmant qu’il n’en résulte rien contre l’Ecriture ou contre l’apostolat de saint Paul..

Q. — L’Ami dans plusieurs de ses réponses au sujet de la communion sans étre 4 jeun a toujours suivi l’opinion la plus séyére sans faire méme mention de Vopinion opposée. Cependant Haine enseigne (Tractatus de Hucharistia): « Infirmis non jejunis licet communicare ad satisfaciendum preecepto Paschali, » et il s’appuie sur l’autorité de d’Annibale et d’Hlbel.

Serait-il trop large, et aurais-je eu tort de porter la communion pascale a un malade de cette sorte?

R. — Pardon, cher confrére! Regardez-y, sil vous plait, 2 deux fois, au moins, avant de nous adresser- si rondement un reproche, qui nous serait sensible s'il était mérité. L’Am7z connait

parfaitement lopinion dont vous parlez; il n’a -

point oublié de la mentionner et méme de la discuter avec soin quand ila donné sur cette question une dissertation approfondie. Lisez-la, et vous

serez édifié. (An. 1897, p. 247). C’est la seule péni- ~

tence que nous osions respectueusement vous suggérer, en expiation de votre jugement téméraire.

Ceci prouve une fois de plus que nos chers consultants feraient bien de chercher un peu dans les tables de Amz avant de nous écrire. Trés souvent ils s’économiseraient un timbre, et a2 nous une réponse... dilatoire, que nous ne faisons jamais qu’en cas de légitime défense.

Q. — En 1897, on demandait 4 Rome : « Utrum in casu quo... durum valde est pro penitente in gravi peccato permanere per tempus necessarium ad petitionem et concessionem facultatis absolvendi a reservatis, simplici confessario liceat a censuris S. Pontifici reservatis directe absolvere ?... » Et le 16 juin de la méme année Rome répondait : Affirmative.

D’aprés les termes de la question, il semble que le cas est celui d’un pénitent qui trouve dur de rester en état de péché mortel pendant quelques jours. Par conséquent, pour qu’on puisse l’absoudre directement sans pouvoirs spéciaux, il faut qwil éprouve de la répugnance 4 rester ainsi dans le péché mortel. Dans le cas ot il ne manifesterait pas cette reépugnance, on ne pourrait pas VYabsoudre, s’il n’y avait pas d’autre raison, lors méme qu’en soi ce soit chose grave de rester en péché mortel plusieurs jours.

Est-ce ainsi quwil faut entendre la décision du 16 juin 1897? Saint Alphonse qu’invoque le pétitionnaire, dans un cas analogue, dit simplement: « Si pcenitens alias diutius perseverare deberet in mortali. »

R. — Votre interprétation est exacte. Il faut en matiére de dérogation 4 la loi s’en tenir aux termes mémes de la dérogation. Le Saint-Siége veut bien, dans certains cas par lui spécifiés, non pas enlever la réserve, mais donner au confesseur la faculté d’absoudre des censures réservées. Or,

1036 | ~ IAMI DU CLERGE

un de ces cas est celui que vise la réponse de 4897 : Quando valde durum est pro peenitente... Il s’agit évidemment, au sens obvie de la phrase, d'un pénitent qui désire l’absolution immédiate et n’est pas disposé 4 consentir sans répugnance au délai qu’on lui demande. Et encore faudrait-il que celte répugnance fit trés sérieuse, qu'il trouvat valde durum d’attendre, pour un motif ou pour un autre, grave cependant.

Autrefois la seule double raison du scandalum ou de Vinfamia a redouter était communément regardée comme condition de la faculté d’absoudre. On a fait remarquer que, en dehors deces deux raisons, il pouvait s’en trouver d’autres fort urgentes ew parte penitentis, comme par exemple le cas de celui qui craint gravement une nouvelle chute s'il reste en état de péché mortel, de celui encore qui désire ardemment faire une communion 4 jour fixe pour un motif qui lui tient grandement au cur. Voila pourquoi on a étendu la

' permission a tous les cas ot le pénitent trouverait

particuliérement douloureuse et chagrinante pour lui Vattente de l’absolution jusqu’a Vheure ou le

pouvoir d’absoudre serait obtenu.

Silon poussait trop loin Vinterprétation large, il en résulterait que la réserve serait pratiquement supprimée d’une fagon universelle. On pourrait toujours dire que c’est un inconvénient de rester en état de péché mortel sans absolution, alors méme que le pénitent ne verrait pas du tout cet inconvénient et serait parfaitement disposé a attendre ; et dés lors la-dessus le confesseur absoudrait towjowrs.

D’un autre cété, il ne faut pas trop s’exagérer non plus cet inconvénient de l’état de péché. Les théologiens enseignent que, sauf cas particuliers, on n’est point tenu de se confesser au plus tot aprés le péché, qu’on peut méme attendre assez longtemps sans que ce délai constitue une nouvelle faute. L’Eglise elle-méme, quand elle exigeseulement de precepto laconfession annuelle, donne a entendre qu'elle ne la regarde pas comme nécessaire plus fréquemment sous péril de graves inconvénients ; alors qu’elle sait bien cependant que les fautes mortelles peuvent se répéter souvent dans le courant .d’une année.

Conclusion. — Il est des pénitents qui peuvent

. trés bien attendre ; pour ceux-la le simple fait de

rester provisoirement en état de péché ne suffit pas pour autoriser l’absolution a reservatis concédée par le décret de 1897. Il en est d’autres, au contraire, pour lesquels il serait valde durum de ne pas recevoir tout de suite l’absolution ; on peut la leur donner, sous les conditions ordinaires.

Rien n’empéche d’ailleurs d’interpréter largement a l’occasion ce valde durum en faveur du pénitent; encore est-il, toutefois, qu'il doit se vérifier prudemment dans le jugement du confesseur basé sur les déclarations du sujet qui réclame Vabsolution immédiate.

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, Ag Pie |,

Q. — Vous avez, parait-il, parlé plusieurs fois de la. danse. Veuillez me permettre de vous faire observer + Je Qu’on la permet un peu trop facilement aux riches dans leurs salons. Les pauvres s’en plaignent. 2° Des femmes prennent part 4 la danse et compromettent la vie des enfants qu’elles portent. Je connais deux femmes qui ont ainsi mis au monde un enfant mort (par suite de la danse). Peut-on ne pas étre sévére ? = Plus de piété avec la danse. —, Plus de fréquentation des sacrements. — Il faut dire que je n’ai pas lu vos articles sur ce sujet. Je suis un nouvel abonné. Je déteste souverainement la danse. Elle est immorale.

Guerre a la danse sous toutes ses formes et dans tous les milieux! On etit gagné beaucoup a étre ferme, ce semble. Maintenant la porte est ouverte. — Pourquoi n’y a-t-il pas uniformité de conduite? ig

R. — Nouvel abonné, trés cher confrére, cela se voit; mais c'est un défaut qui passera, nous l’espérons bien. Eh oui! nous avons maintes fois parlé de la danse, et vous serez tout le premier a nous excuser de n’y pas revenir a tout instant. Procurez-vyous quelque part les numéros des années précédentes ot la fameuse question se trouve amplement éludiée. Vous y trouverez peutétre quelquefois des conclusions théologiques qui ne répondront pas tout a fait 4 votre sévére état d’esprit actuel. Nous croyons cependant que, en lisant bien, vous serez heureux de constater que votre maniére de voir, pour certaines circonstances, n’est pas du tout blamable.

D’ailleurs, notre bon Vieux Moraliste vous a prévenu qu il dirait lui aussi son mot sur la danse. Attendez donc un peu, et vous aurez pleine satisfaction, méme s'il vous faut, sur évidentes rai-

sons, réformer quelques tendances 4 jugements trop universellement sévéres sur ce trés délicat probléme de casuistique.

Q. — J’ai lu avec intérét vos articles sur Vhypnotisme et le spiritisme. Je n’en reste pas moins 4 court pour apprécier le cas suivant ot j'ai été a la fois témoin et acteur.

Dans le salon d’hétel d’une ville d’eau, un prestidigitateur a terminé la séance amusante par deux expé. riences de communication de pensée ou de volonté. Je passe sur les détails. Une mise en scéne fut conyenue en Vabsence de Vopérateur. I] devait se charger de dési. gner les acteurs et de retrouver certains objets, ayan' les yeux bandés et par le simple commandement exprimé mentalement par une personne de la société dont il tiendrait la main. Je fus choisi 4 cet effet. J’ai pu cons. tater :

Ie Qwil n’y avait aucune possibilité d’explicatior par le secours d’un compére, ni par signe, ni tour de passe-passe ;

2° Que deux erreurs faites par moi, mentalement ont été accompagnées.des mémes erreurs dans les actes de lopérateur ;

3° Que tout s’est passé conyenablement, en présence de prétres et laiques, sans aucun recours 4 aucun force préter ou extra-naturelle. J’étais en parfait éta de veille. L’opérateur bandé faisait parfois des réflexion: irés justes sur les actes intérieurs de ma volonté. Ihési tait quand jétais distrait ou indécis, il allait droit ai but quand je décomposais V’acte (toujours mentalement dans ses différentes phases. — Une expérience sem blable eut lieu aprés la séance, sur provocation et enjet d'un docteur présent, qui prétendait expliquer la commu nication de volonté par le toucher de l’opérateur sur m:

a pat

L'AMI DU CLERGH

main. — Une épreuve nouvelle fut convenus entre le docteur et moi. Nous étions seuls 4 la connaitre. L’opérateur y donna pleine satisfaction, bien que j’aie ajouté a la difficulté par d’autres actes exprimés seulement dans ma pensée et sans qu’il y ait eu pendant l’action aucun contact entre moi et Vopérateur, qui avait les yeux solidement’ et sérieusement bandés. Celui-ci paraissait trés fatigué aprés la séance. Il prétendait nragir que par Vaction active au plus haut degré de sa volonté exercée a ce genre de communication. 'Lihypnotisme n’expliquerait rien. Je n’étais pas un médium,]’opérateur non plus.

Dans quelle catégorie placer ce genre d’opération ?

Y a-t-il en cela quelque chose @illicite ? Jusqu’ici je ne vois la aucune intervention étrangére et suis obligé d’avouer avec tous les témoins et les acteurs que je n’y comprends rien. :

R. — Nous n’hésitons pas un instant 4 répondre que les faits relatés ici doivent: étre placés tout simplement dans la catégorie des faits naturels, et qu’il n’y a rien diillicite ni dans lopération ni dans la coopération.

L’art de la prestidigitation est arrivé a notre -époque, surtout depuis Robert Houdin, 4 opérer des choses vraiment étonnantes et merveilleuses ; mais a moins d’avoir en dehors des faits eux-mémes des données certaines, il faut bien se garder de les attribuer au démon : on se ferait moquer, et la révélation de quelque truc vous prouverait bien- {Ot que vous vous étes beaucoup trop avancé. Ces Messieurs en effet ont des trucs inconnus au public et au moyen desquels les choses mémes qui

semblent les plus étranges sont les plus faciles.

pour eux. Nous ne pouvons pas expliquer catégoriquement le truc du prestidigitateur en question, nous ne le connaissons pas. Mais d’abord nous

"pouvons dire que le bandage des yeux pour eux est, quand ils ont besoin de voir, presque comme s'il n’existait pas : Robert Houdin a trés bien expliqué dans ses Mémoires que pour lui comme pour son fils il y avait un moyen, rien que par le plissement des nerfs, de se faire un jour par dessous les bandeaux, sans qu’on s’en apergoive.

— Un numéro du journal La Nature qui nous est tombé sous la main donne encore d’autres explications sur le sujet qui nous est propose.

D’abord, on ne peut jamais étre stir qu’il n’y a

pas possibilité d’explication par le secours d’un-

compére : on le disait bien des séances de Robert Houdin et de son fils, cependant i's se servaient de compére l’un 4 l'autre; ils avaient leur télégraphie de paroles quand ils se parlaient : la demande indiquait de suite la réponse, et quand ils ne disaient rien, leur télégraphie de gestes; Robert Houdin parlait méme a son fils par la petite sonnette qu’il tenait en main pour commander l’attention aux spectateurs.

Tout derniérement un Anglais, M. Stuart Cum- ‘perland, a donné & Paris des séances trés intéressantes qui tendaient 4 faire croire a l’existence de la faculté de double vue et a la possibilité de lire jusque dans les pensées les plus secrétes des autres. Or, un Monsieur Garnier qui y assistait et qui l’avait bien observé, entreprit de faire comme

lui, et voici ce qu’il en écrivait au journal Le Temps :

Ktant fort nerveux, je me crus apte a’sentir vivement les sensations des autres. Je me suis dit alors que, comme M. Cumberland, je pourrais pénétrer quelque peu dans la pensée des autres. Ce soir done je me suis essayé a cette petite devinette, et trois fois sur trois, je suis arriyé en quelques secondes a découvrir Vobjet qui avait eté désigné mentalement. J’ai fait ces expériences dans trois maisons différentes et avec des victimes. diverses, et je n’ai pas été plus embarrassé dans un local que dans Vautre. Dans une quatriéme opération, jai hésité parce que mon jeune sujet, au lieu de penser 4 un objet, ainsi que je le lui avais recommandé, a pensé a une personne. Par deux fois je me suis arrété a cette personne et je l’ai touchée; mais craignant une erreur je n’ai pas persisté, et j’ai du interrompre ma promenade 4 tatons, car j’étais trés fatigué de cette promenade infructueuse... J’ai fait la premiére expérience les yeux ouverts, mais j’ai fait les autres avec un bandeau sur les yeux, et'de cette facon je me sentais certainement plus lucide... Ge qui me guidait dans mes recherches, c’était simplement le mouvement insensible, mais instinctif de la main que je serrais dans la mienne. Il faut, il est vrai, une grande contention @esprit pour suivre et deviner presque ces tressaillements minuscules ; mais enfin on y arrive et assez vite, puisque j’ai réussi sans le moindre apprentissage,

On voit quwil y a bien des analogies entre les paroles de M. Garnier et le cas proposé.

Un autre savant anglais, M. Donkin, qui s’est beaucoup occupé de ce genre d’études, écrit aussi a ce sujet :

On peut considérer comme un fait établi que lexplication fondée sur Vindication musculaire répond largement a tous les cas dans le jeu de devinette de la pensée ou de la volonté. Un contact réel se produit entre la personne conduite ef celle qui conduit, et il est difficile que le guide évite de donner, par Vaccélération ou par la modification de la vitesse ou autrement, des indications a la personne conduite, laquelle n’est en général que trop disposée a en profiter immédiatement.

Sans doute il faut beaucoup de tact, de finesse et @hahbileté pour profiter immédiatement de toutes les indications involontaires de celui avee qui on se met en contact, aussi toutes les personnes n’y sont pas aptes. Mais celles qui le sont, et qui se sont exercées, savent discerner les préoccupations des personnes avec qui elles sont en contact, lesquelles sont assez limitées, et cela facilite encore leur besogne. Ajoutons que le manque de vérification de certains détails est le plus souvent la condition fondamentale de la réussite de ces expériences. C’est pour cela que tous les prestidigitateurs et devins de tous les temps se sont toujours refusés 4 tout examen sérieux des procédés qu’ils emploient, et c’est notre crédulité qui fait leur réussite.

Q. — Dans votre numéro du 3 mai 1900, p. 401, vous dites : « La théologie enseigne que le ministre de la pénitence ne doit administrer le sacrement que la ou la prudence lui permet de croire 4 la probabilité des dispositions suffisantes dans le pénitent. Nous disons probabilité et non possibilité. Grande est la différence, etc. »

Foe

Je n’ai nullement la pensée d’attaquer la doctrine exposée : elle reproduit fidélement Venseignement commun de la théologie.

Mais n’exagérez-vous pas un peu quand yous dites : « Avec la théorie de la possibilité pure on irait loin, si loin quwawcun auteur n'a encore osé Saventurer jusque la»?

Comment concilier cette affirmation avec celle du P. Billot (Queestiones de Poenitentia, thesis xviu, p- 190, nota) : « Ut in articulo tante necessitatis possit sacerdos absolutionem impertiri, nulla veri nominis probabilitas requiritur, sed sufficit etiam inverosimilis possibilitas validitatis »?

R. — Le P. Billot parle de absolution concédée sub conditione aux moribonds en général, sans viser le cas que nous avons étudié; et, avec lenseignement commun, il dit que l’absence de confession apparente n’est pas une objection recevable contre sa thése de necessitate confessions. Il dit trés exactement que, en pareil cas, en principe, nulla veri nominis probabilitas requiritur, évidemment. C’est ce que nous avons dit aussi; point besoin d’aucun élément externe de probabilité positive en faveur de la bonne disposition du pénitent, quand il n'y a point de certitude morale @indisposition.

Il ajoute : Sufficit etiam inverosimilis possibilitas validitatis. Si le mot inverosimilis signifie nulla, nous aurions le regret d’inscrire le P. Billot au premier rang de la page encore blanche ou viendront peut-étre, qui sait? prendre place plus tard des auteurs capables d’enseigner qu’on peut risquer le sacrement quand on a la certitude morale qu'il sera nul, quand aucune chance de possibilité n’existe raisonnablement en faveur de sa validité.

Mais le inverosimilis a un autre sens : « invraisemblable, qui n’a pas d’apparence de vérité. » Une chose peut étre invraisemblable sans étre déraisonnable, absurde. Une possibilité peut étre invraisemblable sans étre — qu’on nous passe le mot — impossible.

Done, en cas de possibilitas validitatis invraisemblable, nous donnerions l’absolution, d’accord avec le P. Billot. Mais, en cas de possibilitas validitatis nulle, nous ne la donnerions pas, ni le P, Billot non plus, soyez-en bien assuré.

Reste 2 savoir dans quel cas la possibilité susdite est imvraisemblable sans cependant étre nulle. Question de fait et de nuances, sur laquelle encore nous serions certainement d’accord avec le savant théologien. Nous avons assez pris de précautions de style dans notre article pour ouvrir la porte trés large a toutes les possibilités invraisemblables, quelque légéres qu’elles soient. Nous l’avons seulement fermée a la possibilité raisonnablement nulle, non sans convenir qu'elle est pratiquement trés rare et ne se rencontre que dans des cas caractérisés de circonstances impies, positives, formelles et graves qui ne laissent aucune place 4 une conclusion humaine raisonnable, méme invraisemblable, de possibilt.

eS

Le STABAT MATER SPECIOSA

Dans un article du P. Prélot sur le Congrés Marial de Lyon (Ztwdes du 5 octobre), nous trouvons parmi les veux émis par le Congrés celui-ci : ;

Puisque la séquence Stabat Mater dolorosa attribuée a Villustre poéte franciscain Jacopone de Todi, fait déja partie de la liturgie catholique, le Congrés émet le veu que la délicieuse et souriante prose Stabat Mater speciosa du méme auteur soit introduite dans la liturgie

de la Nativité du Sauveur ou de la Maternité de Marie.

Nous devons avouer que ce voeu nous étonne un peu. Parmi les nombreuses hymnes a la Vierge publiées depuis un demi-siecle et méme seulement dans ces derniéres années, il y a un si grand nombre de proses et de séquences pour lesquelles. un pareil veeu pourrait étre formé avec plus de raison! En fait de recueils ot lon pourrait puiser 4 pleines mains, nous nous bornerons 4 citer. les Laleinische Hymnen der Miltelalters de Marie, les Lateinische Sequenzen der Mittelalters de Kehrein, les Analectu hynmica et les Sequentie inediie du Pere Dreves, les Andlecta liturgica publiés par M. VPabbé Misset et M. Weale, et PHymnarium quotidianum Beate Virginis Marie du Pére Ragey. On trouverait la des hymnes: a la Vierge incontestablement plus belles que la piece : Slabat Mater speciosa.

Si on veut introduire cette hymne dans la liturgie, au moins faudrait-il qu’un savant commencat par en donner, si cela est possible, un texte correct. Le seul qu’on posséde aujourd’hui est celui publié par Ozanam dans son ouvrage : Les poetes franciscains. Or ce texte, comme celui du Stabat Mater dolorosa du reste, et plus encore que celui du Stabat Mater dolorosa, est véritablement et manifestement incorrect. I] a paru tel A Ozanam lui-méme. Mais il n’avait a sa disposition quwun seul manuscrit. Il ne pouvait prendre sur lui de corriger le texte qu’il y a trouvé. Ils’est borne a nous en donner une copie. Cette copie méme n’est pas absolument fidéle. Elle est tirée Vun manuscrit de la Bibliothéque nationale alors inscrit au fonds italien sous le no 7785 et qui porte aujourd’hui le ne 559. Nous allons donner le texte publié par Ozanam comme étant celui du manuscrit 7785 aujourd’hui 559, en indiquant en note les corrections qu’il est nécessaire d’y introduire pour avoir le vrai texte de ce manuscrit, que nous avons pris soin de lire nous-méme avec attention,

Stabat mater speciosa Juxta foenum gaudiosa, Dum jacebat parvulus.

Cujus animam gaudentem Letabundam. et ferventem Pertransivit Jubilus.

O quam lta et beata- Fuit illa immaculata Mater unigeniti |

Que gaudebat et ridebat, Exultabat cum videbat Nati partum inclyti.

Quis est qui non gauderet (sic) Christi matrem si videret In tanto solatio ?

Quis non posset colletari Christi matrem contemplari Ludentem cum filio ?

Pro peccatis sue gentis Christum vidit cum jumentis Kt algori subditum.

Vidit suum dulcem natum !

Vagientem, adoratum.

Vili diversorio.

Nato Christo in presepi - Ceeli cives canunt leti Cum immenso gaudio.

Stabat senex cum puella, Non cum verbo nee loquela Stupescentes cordibus.

Eia Mater, fons amoris, Me sentire vim ardoris Fac, ut tecum sentiam !

Fac ut ardeat cor meum In amando Christum Deum Ut sibi complaceam.

Sancta Mater istud agas Prone (stc) introducas plagas Cordi fixas valide *.

Tui nati ccelo lapsi Jam dignati fceno nasci Pcenas mecum divide.

Fac me vere congaudere, Jejulino coherere Donec ego vixero.

Junta stramen tecum stare, Te libenter associare In foeno desidero °.

In me sistat ardor tui, Puerino fac me frui Dum sum in exilio.

Hune ardorem fac communem, Ne facias me immunem Ab hoe desiderio.

Virgo virginum preclara, Mihi jam non sis amara, Fac me parvum rapere.

‘Le manuscrit porte : « Vidit Christum suum Natum. » Nous croyons que la legon adoptée par Ozanam est meilleure que celle du manuscrit. Mais ce n’est pas, comme il le laisse croire, celle du manuscrit. ‘

2 Ici il devient visible que le copiste n’a pas su lire. Le texte du manuscrit est celui-ci :

Sancta Mater istud agas Pro ve nostro ducas plagas Cordi fixas valide.

® Dans le texte publié par Ozanam cette strophe est omise sans qu’il en avertisse. Cela semble une distraction de copiste. Quant au copiste ancien qui a inscrit cette piéce dans le manuscerit 559, il était inattentif ou illettré. Sans cela il n’aurait pas écrit associare au lieu de sociare que la mesure exige.

Pre ree a tl AMET DOs CLARGE oioe i eee, OR ee me

Fac ut portem pulchrum ‘ fantem (sic) Qui nascendo vicit mortem Volens vitam tradere.

Fac me tecum satiari Nato tuo inebriari Stans inter tripudia.

Inflammatus et accensus Obstupescit omnis sensus Tali de commercio.

Fac me nato custodiri, Verbo Dei premuniri, ‘Conservari gratia *.

Quando corpus morietur, Fae ut anime donatur Tui nati visio.

Omnes stabulum amantes Et pastores vigilantes Pernoctantes socient. 7

Per virtutem tui Natt Ora ut electt sui Veniant ad patriam °.

« Je crois, dit Ozanam, je crois le Stabat Mater speciosa encore inédit.» Il ne savait pas que cette hymne a été publiée dans l’ouvrage : Jacopone

laude, a Brescia, en 1495. Cela n’a point d’impor-

tance. Mais voici qui en a davantage.

« En méme temps que le Stabat du Calvaire, dit encore Ozanam, il (Jacopone) avait voulu composer le Stabat de la créche, ou paraissait la Vierge Mére dans toute la joie de l’enfantement. Il l’écrivit sur les mémes mesures et sur les mémes rimes; tellement qu’on pourrait douter un instant lequel fut le premier, du chant de douleur ou du chant d’allégresse. Cependant la postérite a fait un choix entre ces deux perles semblables; et

Teka

tandis qu’elle conservait lune avec amour, elle

laissait Pautre enfouie. »

N’y aurait-il pas entre les deux Stabat plus de différence que n’en met Ozanam, et le choix dela postérité serait-il vraiment injustifiable ?

Ozanam affirme que Jacopone écrivit le Stabat

de la créche « sur les mémes mesures et les mémes rimes » que le Stabat du Calvaire.-L est évidemment composé sur les mémes mesures et les mémes rimes. Mais ne pourrait-on pas soutenir qu'il nest qu’un pastiche assez bien imité du Stabat Mater dolorosa ?

Si Pon adoptait cette opinion, on ne serait pas embarrassé pour montrer que cette imitation, ou plutét ce calque, car c’est un véritable calque, a été en plusieurs endroits, assez grossiérement

‘ Le manuscrit porte : parvum.

* Dans le manuscrit cette strophe ne vient qu’aprés la suivante. C’est une erreur.

3 Ozanam n’a donné ces deux derniéres strophes qu’en note, en les faisant précéder de cette observation :

« Tei doit finir la prose de Jacopone. Une main étrangére peut-dtre y ajouta les deux strophes suivantes. »

Dans tous les cas l’incorrection est manifeste. I] faudrait : Ad patriam veniant, et dans la strophe précédente : Ad patriam sociant.

rh)

fait, assez maladroit et loin d’étre heureux. Signalons-en quelques-uns. :

Voici d’abord, mises en regard l’une de lautre, la premiére strophe du Slabat Mater dolorosa et la premiére strophe du Stabat Mater speciosa :

Stabat Mater speciosa Juxta foonum gaudiosa Dum jacebat Parvulus.

Cujus animam gaudentem Letabundam et feryentem Pertransivit jubilus.

Stabat Mater dolorosa Juxta erucem lacrymosa Dum pendebat Filius.

Cujus animam gementem Contristatam et dolentem Pertransivit gladius.

On voit le procédé : l’emploi non seulement de la méme mesure et des mémes rimes, mais autant que possible des mémes mots.

Est-il bien admissible qu’un auteur se soit livré au jeu passablement puéril de se suivre ainsi de si prés lui-méme?

Pertransivit gladius va trés bien. En est-il de méme de Pertransivit jubilus 2

Passons a la seconde strophe.

O quam leta et beata

uit ila immaculata # Mater Unigeniti.

Que gaudebat et ridebat,

Exultabat, cum videbat Nati partum inclyti |

O quam tristis et afflicta Fuit illa benedicta Mater Unigeniti.

Que morebat et dolebat, Pia Mater, dum yidebat Nati peenas inclyti!

Cette Vierge qui rit n’a rien de tres heureux. Mais il fallait bien remplacer dolebat par ridebat, comme on avait remplacé marebat par gaudebat. Seulement la premiére substitution est heureuse, la seconde ne l’est pas. Est-il possible d’étre toujours heureux quand on emploie un pareil procédé ?

Cette Vierge qui voit ’enfantement semble laisser aussi 4 désirer. Peut-étre Pauteur du calque etit-il été mieux inspiré et plus habile si au lieu de partum il elit mit vuliwm par exemple.

Le calque de la troisitme strophe n’est pas mieux réussi.

Quis est quinon gauderet 2

Christi Matrem si videret In tanto solatio ?

Quis non posset colleetari

Christi Matrem contemplari Ludentem cum Filio ?

Quis est homo qui non fleret Matrem Christi si videret In tanto supplicio ?

Quis non posset contristari Piam Matrem contemplari Dolentem cum Wilio ?

Solatio est assez faible.

Ludentem va trés bien avec ridebat. Le méme ajusteur gui vient de faire rive la sainte Vierge peut bien la faire jower maintenant et s’amusecr avec Venfant Jésus.

On dirait qwil ne s’agit pour lui que de rem- |

placer une piéce par une autre, un mot par un autre mot de méme loneueur.

Nous ne poursuivrons pas cette confrontation. Nos lecteurs peuvent l’achever eux-mémes, si bon

* Le vrai texte est probablement : Fuit hee immaculata.

* Tout @ Vheure le vers avait une syllabe de trop, cetie fois il lui en manque une.

leur semble. Nous serions fort surpris si elle ne les conduisait pas 4 cette conclusion que le Stabat Mater speciosa ressemble au Stabat Mater dolox rosa comme un calque au transparent ressemble a une gravure de Callot. Nous espérons que, d’unemaniére ou d’une autre, ils sauront maintenant que penser de la perle enfouie dont parle Ozanam et que le Congrés Marial de Lyon a émis le veeu de voir enchassée dans un office liturgique.

Si, malgré tout, on tient absolument a ce que « cette prose délicieuse et souriante soit introduite dans la liturgie de la Nativité du Sauveur ou de la Maternité de Marie, » il faudrait au moins ne prendre le texte publié par Ozanam qu’aprés Vavoir revu et corrigé. De ce que le beau Stabat Mater dolorosa figure dans nos livres liturgiques avec un texte fautif et déformé en plusieurs endroits 1, ce n’est pas une raison pour y admettre, sans lui avoir fait subir préalablement quelques opérations orthopédiques, un pastiche boiteux.

* C’est ainsi, pour ne citer que les incorrections les plus sensibles, c’est ainsi que dans le Stabat du Missel romain on lit :

Fac me plagis vulnerari Fac me ¢ruce inebriari, vers fautif puisqu’il a neuf syllabes. Le manuscrit 559 ou nous avons copié le Stabat Mater speciosa contient également un Stabat Mater dolorosa. Ce manuscrit dit :

Cruce hac inebriari.

La derniére strophe du Stabat du Missel est celle-ci : Christe, cum Sit hine exire, Da per Matrem me yenire Ad palmam. victoria.

Quando corpus morietur ac ut anime donetur Paradisi gloria.

Il est visible que ce texte est fautif. Victorice: ne rime pas avec gloria. Dans les autres strophes le troisiéme vers rime toujours avec le sixiéme. On ne voit pas pourquoi il y aurait une exception pour cette derniére strophe. Dans le manuscrit 559 les trois premiers vers sont ceux-cl :

Fac me eruce custodiri Morte Christi preemuniri, Et foyeri gratia.

eS 8 ss a

IMPRIMATUR

Lihgonis, die 28 novembris 4900.

+ SEBASTIANUS, Hpiscopus Lingonensis.

Le gérant : J. Marrrrer.

ne

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