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LE MARTYRE

Mesdames et Messieurs,

Qui de vous ne connait la légende du démon?

Pour tenter les hommes, le démon leur apparait d’abord sous la forme la plus séduisante : c’est un ange de lumiére ou une créature resplendissante de beauté. Mais bientdt, de métamorphose en métamorphose, le beau Ténébreux reprend sa forme véritable, qui est celle d’un dragon dévorant. Histoire de la Révolution francaise! En 4789, était une divinité bienfaisante qui devait changer en Eden la France, I’Kurope, le monde : mais bientdt elle a laissé voir son fourbe et sanglant génie, elle a étalé sa nature cynique et féroce, et elle a tout dévoré.

Eh bien, cette Révolution de 41793, la voici encore! Au lendemain de la capitulation de Paris, & VYheure oti le canon prussien vient de coucher par terre la France mutilée, elle fait tournoyer, comme dans une ronde infernale, les plus hideuses visions : la guerre civile, le crime, la dissolution sociale, pour que les malheuis de ta paix viennent, semble-t-il, mettre le comble aux malheurs de la guerre! Oui, c’est la Révolution, cest elle : le nom seul est changé.

Elle a les mémes causes prochaines : la suspension du travail sans doute, sans doute aussi la surexcitation causée par les douleurs de la défaite, mais surtout la faiblesse de l’autorité supérieuse, la connivence des pouvoirs intermédiaires, la licence des journaux, la déclamation des clubs, Vemportement des passions, enfin tout ce qu’a

signifié ou sous-entendu, tout ce qu’a dit ou laissé

dire, tout ce qu’a fait ou laissé faire ce Gouvernement du 4 septembre, qui s’appelait si pompeuse- — ment Gouvernement de la Défense nationale.

Elle se vante de poursuivre le méme but: créer la société modeéle:

Elle invoque les mémes principes, elle recourt aux mémes moyens: « Au nom de l’affranchissement de la France et du monde, dit-elle ', place au peuple qui a toutes les vertus, tous les droits, tous les pouvoirs, quand tous les autres, aristocrates, bourgeois, réfractaires, ont quatorze siécles de vices et de tyrannies dans les veines! »

Elle a les mémes instruments : les gardes nationaux, gardes nationaux fédérés, formant cent cin-— quante mille combattants, avec vingt-huit corps — francs, libres @allure ; les gardes nationaux, que © Jules Favre a refusé de désarmer a la demande de Bismarck; les gardes nationaux, que, le 25 janvier, le général Trochu voulait dissoudre et réorganiser de manicére, disait-il, 4 en « éliminer les éléments perturbateurs, » mais qu’a défendus contre le géné-

ral Trochu, ef a2 l’unanimité, le Conseil du gou- ~

vernement?; les gardes nationaux enfin, qui vont représenter, comme en 4793, le grand dogme révolutionnaire, la souveraineté du peuple. .

Kile a les mémes chefs : des avocats sans causes et sans cervelle, des journalistes sans journaux et sans idées, deux catégories d’oisifs que les révolu-

tions ont tant de fois portés a la téte de la France, — ;

les uns et les autres dévorés d’ambition, de fiel et d’envie, scélérats masqués en démagogues, et, comme il est naturel, copiant « les géants de la Convention, » les jacobins de 41798, « les grands ancétres » : Delescluze grimé en Robespierre,

* Proclamation de Deleseluze : « Le prix qui yous est — assuré (gardes nationaux), c'est l’affranchissement dela France et du monde, la sécurité de yotre foyer et la vie

- de yos femmes et de vos enfants. Le monde qui vous

contemple s’appréte a célébrer votre triomphe, qui sera le salut pour tous les peuples... » Dauban, Le fond de la société sous la Conrmune, 216.

> Maxime du Camp, Les convulsions de Paris, 1, 14 et passim.

VAMI DU CLERGE

ee Se ee ee

Félix Pyat jouant la rage de Marat; Raoul Rigault, monomane homicide, bronzé en Saint- Just; Ferré, autre monomane homicide, chétif et mal venu, représentant le cul-de-jatte Couthon ; Jules Vallés ressuscitant Hébert; et, derriere eux, la franc-maconnerie, qui « vient offrir le concours de son influence, » avec triple batterie et banniere au vent1; derriere eux encore, VInternationale, gui liquidera la question sociale avec des bombes Orsini, s’il le faut; derriére eux enfin, le troupeau des communards sortis de Ja lie de Paris et de l’écume des deux mondes.

Elle débute de la méme manieére : le 48 mars 1871, lorsque le pouvoir veut reprendre sur les

insurgés le pare d’artillerie quils ont conduit sur la butte Montmartre, elle fusille a bout portant, contre un mur, rue des Rosiers, le oénéral Lecomte et le général Clément Thomas, pris tous deux dans le guet-apens de l’émeute, elle désarme les troupes sous prétexte de fraterniser avec les soldats, elle assassine plusieurs gendarmes, s’erige en comité central, et elle regne en vertu des principes : le crime fait le droit et la force la légitimite.

Puis, elle se donne la méme apparence de légalité: un scrutin, le scrutin du 26 mars. Ht, au nom du suffrage universel, c’est-a-dire de la: minorité des électeurs, elle impose sa volonté a la capitale, pendant que le gouvernement de M. Thiers, abandonnant les armes, les munitions, les forteresses, les ministéres, se retire 4 Versailles, d’ou, il est vrai, il va lancer des espions pour trahir la Commune et des troupes pour la combattre.

Elle se donne la méme organisation, basée sur les mémes traditions révolutionnaires : a l’Hotel de Ville, o' paradent, avec épaulettes, galons et chamarrures, Cluseret, Rossel, Eudes, Bergeret, Lisbonne, Mégy et un tas de gens inconnus de partout, si ce nest du bagne et de la bohéme, ce sont tous les anciens comités de Ja Révolution, comité de salut public, comité de surveillance, comité des subsistances, comité de stireté générale; ce-sont les mémes titres avec les mémes fonctions, hélas! procureur de la Commune, substitut du procureur ; et, dans les salles, ou flottent la vapeur de Valcool et Vodeur du crime, ces étranges léegislateurs, attables a des orgies sans fin, entassent, comme la Révolution, des monceaux de lois nouvelles, pour faire du Paris de la Commune, selon le langage de Félix Pyat dans le Vengeur, « ’Ephese du Progrés, la Mecque de la Liberté, la Rome de VHumaniteé. »

Puis, pour religion, « biffant Dieu, » comme elle dit, elle professe Vathéisme; et, affranchie de la loi divine et des croyances du genre humain, elle senfonce dans une immoralité qui, au temps de Sodome et de Gomorrhe, etit fait foudroyer Paris.

Enfin, elle s’écrie, comme la Révolution: A bas

* V. Deschamps, Les sociétés secrétes, 11, 421-423 ; — Danban, Le fond de la société sous la Commune, 145,

VEglise, qui affirme, qui préche, qui consacre le divin, le surnaturel, le droit, ’autorité, la famille, la propriété; qui est-I’élévation de lame, et le ciment des sociétés !

Et alors, imitant, jusqu’au délire, les crimes de la erreur, elle batit, elle aussi, pour anéantir ’iglise et le clergé, un drame qui a son prologue, son action et son dénouement.

Dés la fin du mois de mars, le Journal officiel de la Commune ordonne de faire disparaitre « les symboles dont la présence offense la liberté de conscience. » Et, puisque la croix de la coupole du Panthéon se dresse comme une couronne sur la téte de Paris, le vendredi, 30 mars, a deux heures de l’aprés-midi, trois délégués du V@ arrondissement se présentent sur la place du Panthéon, avec deux bataillons de fédérés et tout un monde de sans-culottes. Le citoyen Jourde, futur délégueé aux finances, prononce un discours. Il parle de Voltaire et de Marat, de « la pourriture de ?Empire, » de Vhéroisme des Parisiens et de bien d’autres choses encore qui démontrent sans répligue qwil faut briser la croix, « symbole de Vabrutissement du peuple. » C’est pourquoi un forgeron de la rue Mouffetard, nommé Dupuy, et un réclusionnaire libéré, nommé Champellou, grimpent patriotiquement sur les toits, scient les deux bras de la croix, attachent au suppcrt le drapeau rouge1: et aussitét le drapeau rouge donne au Panthéon une Ame, un sens, une destinée, et les délégués du Ve arrondissement éprouvent le transport civique, et les bataillons des fedérés présentent les armes, et les canons, installés sur la place du Panthéon, sur la place VEnfer et 4 la mairie de Montrouge, saluent par des décharges simultanées la grandeur de cette conquéte sur le vieux dogme, sur la vieille morale, sur la vicille histoire et toute la vieille civilisation.

C’est le 30 mars. Le 4er avril, la Commune pourvoit encore bien mieux « au salut public. »

« Considérant, dit-elle, que le premier principe de la République francaise est la liberté ; considérant que la liberté de conscience est la premiére des libertés ; considérant que le budget des cultes est contraire a ce principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi; considérant en fait que le clergé a été complice des crimes de la monarchie contre la liberté, décrete : Article premier, VEglise est séparée de Etat; art. 2, le budget des cultes est supprimé ; art. 3, les biens dits de mainmorte, appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés proprictés nationales; art. 4, une enquéte sera faite immédiatement sur ces biens pour en constater la valeur et les mettre 4 la disposition de la

; PRA ce Les églises de Paris sous la Commune et 2. ;

nation. » Sur ce décret de l’Hétel de Ville, les délégués 4 la streté générale s’occupent de réunir sans délai les biens meubles des églises; et, afin que rien ne soit ménagé pour le salut public, ils fontla chasse aux crucifix, aux calices, aux ciboires, aux ostensoirs, candélabres, chapes, chasubles, bannieres ; puis, « ces bibelots d’églises, » ils les entassent dans des voitures de déménagement ou dans des tapissiéres, et, quand ils ne les mettent pas dans leurs poches, car l’intérét de leur bourse se confond souvent avec le salut public, ils les portent au citoyen Camélinat, directeur de la Monnaie !. — Afin que rien ne soit ménagé pour le salut public, les délégués, d’ordinaire sous les ordres du citoyen Lemoussu, grand buveur d’absinthe, grand pilleur Véglises, les délégués, sous le prétexte hypocrite de chercher des armes cachées, descendent jusqu’au fond des cryptes, et, aprés avoir creusé, fouillé, sondé, avec des pelles, avec des pioches, que trouvent-ils dans les caveaux de la Madeleine, de Notre-Dame-des- Victoires, de Saint-Augustin, de Saint-Philippedu-Roule, de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, de Saint- Laurent surtout ? Que trouvent-ils dans les caveaux mortuaires? Des cercueils! Et dans les cercueils, que trouvent-ils? Des ossements! Alors, pour irriter la juste colére du peuple, avec ces ossements ils dressent des-squelettes qu’ils disposent méthodiquement et dont ils font un spectacle, 4 raison de 50 centimes par personne : « Victimes liées, scellées, murées par les hommes noirs !!! 2» — Afin querien ne soit ménagé pour le salut public, les délégués a la stireté générale

scrutent les couvents jusque dans leurs derniers

recoins; et comme la Commune de 1793 avait établi un cimetiére supplémentaire derriére le jardin du couvent de Picpus pour y déposer les restes

“« des aristocrates » gue l’on guillotinait sur la

place du Tréne, la-méme, dans ce cimetieére, la Commune de 1874 découyre des ossements, qui

~ font encore des squelettes, qui font encore des ca--

davres, qui font encore des victimes, avec des instruments de torture, avec des supplices, avec des mystéres, dont le journal Le Mot d’Ordre, redigé par M. Henri Rochefort, se fait le moniteur officiel, le moniteur épouvanté*. — Kt, afin que rien ne soit ménagé pour le salut public, au pillage des églises «les ravageurs et les ravageuses » ajoutent, le jour, la nuit, la nuit, le jour, les blasphémes, les parodies, les danses, les saturnales, les orgies-mascarades, ott Pon mange, ot 1’on boit, ot l’on « festoie » de tant de manicres avec tant d’ardeur que, non seulement on y perd toujours ses jambes et sa raison, mais encore que parfois on en meurt sur place *. Heureux les sanc-

* Maxime du Camp, Les convuisions de Paris, tv, 180-182. eA ;

2 Fontoulieu, Les églises de Paris sous la Commune, 26-32; Jules Vallés, Le cri du peuple; Journal officiel de la Commune.

% Maxime du Camp, Ibid., tv, 203-208.

«A Saint-Germain-l’Auxerrois, les Vengeurs de Flourens restent sur le carreau ivres-morts de huit heures

tuaires quine sont pas souillés par des genres de

profanation que l’on ne peut dire! Les églises étant ainsi « défanatisées » au dehors et nettoycées au dedans, on les transforme

en clubs. Des clubs! des clubs! C’est le club quia

mené la Révolution francaise, enveloppant de déclamations oratoires et de philosophie politique le vol, ’emprisonnement, le massacre: c’est le club qui doit mener la Commune de Paris!... Il y a done des clubs partout et partout les clubs ont la méme physionomie : mémes églises pavoisées des mémes drapeaux rouges et ot le maitre-autel devient le méme comptoir de « mastroquet »; mémes orateurs, avec le méme argot et le méme pathos; mémes assistants, avec le méme visage grotesque ou féroce; mémes grouillements, mémes aboiements, mémes hurlements; méme Marseillaise pour commencer, méme Marseillaise pour finir, la Marseiliaise, «le cantique des bonsb.....,» selon le mot de « la petite Augustine » au club Saint-Christophe de la Villette 1; car les femmes, comme « les tricoteuses », leurs aieules, viennent au club : elles-mémes ont leurs clubs. Et quelles femmes! Horribles femmes, furies de la Terreur, sauvages pourvoyeuses de la Mort, au-dessus desquelles s’éléve une ancienne institutrice , Louise Michel, puisqu’il faut Vappeler par son nom : « Du courage, citoyens; de l’énergie, citoyennes ; oul, je le jure, Paris sera 4 nous, ou Paris n’existera plus! » Puis, elle déclame sa piéce de vers intitulée Les Vengeurs :

La coupe déborde de fange :

Pour la laver, il faut du sang!

Au club de Péglise de la Trinité, appelé le Club de la délivrance, club qui n’est composé que de femmes ceinturées de rouge et la plupart fumant la cigarette, l’ordre du jour porte: « Moyens a prendre pour régénérer la société. » Mais comment régénérer la société? Au club de l’église Saint- Lambert, 4 Vaugirard, Club des femmes patriotes, une Autrichienne, portant l’uniforme des zouaves, avec la ceinture rouge et deux revolvers, rédige Vordre du jour : « De la pernicieuse influence des religions ; moyens a prendre pour les détruire. » Mais comment détruire la pernicieuse influence des religions? En détruisant les prétres. Au club de l’église Saint-Michel des Batignolles, Club de la Révolution, la blanchisseuse du lavoir Sainte- Marie, V’étoile du club, propose de renfermer les prétres et les religieuses dans l’église Notre-Dame et de faire sauter le tout : « C’est moi, moi-méme qui mettrai le feu a la mine! » Au club de léglise Sainte-Elisabeth du Temple, le président Viard, précédemment vernisseur, aujourd’hui délégué aux subsistances, demande « qu’avant toute chose, on se débarrasse de la race ignoble des prétres. Que chacun de nous en tue un, ef demain il n’y

du soir & neuf heures du matin. A Notre-Dame-des- Victoires, on meurt dans l’église méme. Fontoulieu, Ibid., 188, 189, 302.

4 Tbid., 175.

en aura plus! » Au club de Véglise Saint-Sulpice, une nommée Gabrielle, Agée de dix-sept ans, fait la méme motion en termes expressifs, car ils sont intéressés : « Les prétres, il faut les fusiller ! C’est eux qui nous empéchent de-vivre comme nous voulons... A mort! voila Je cri de mon ame! » Les prétres, ces ennemis de Ja perfection sociale, qu’on les tue! Peu importe le moyen : qwils soient tués! Ils sont hors la loi... Au club de l’église Saint-Ambroise, Club des Proléltaires, presque tous les soirs, une femme épouvantable, a la voix éraillée, 4 l’coil chargé de coléres, la Matelassiére, revient 4 ce sujet, son sujet favori: « Il ne faut pas arréter les prétres, dit-elle; il faut les déclarer hors la loi, afin que chaque citoyen puisse les tuer comme on tue un chien enragé. » Au club de Véglise Saint-Nicolas-des-Champs, une femme non moins épouvantable, émet le vceu que l’on rem-

place les sacs a terre des barricades « par les

cadavres des soixante mille prétres et des soixante

‘mille religieuses » qu’elle se charge de trouver

dans Paris. Au’club de Véglise Sainte-Mareuerite, une espéce de furie, les cheveux en désordre, l’eil rougi, les lévres noiratres, la peau parcheminée, brandit le sabre dont elle est toujours armée : « Citoyens, il y a encore dans le quartier ces canailles de prétres! C’est une honte! Kn sortant d’ici, il faut aller les égorger et les hacher comme de la viande de cochon !. »

Hommes féroces, femmes dégénérées en bétes

de proie! Hommes et femmes qui semblent n’ap-

partenir 4 ’espéce humaine que par une mystérieuse usurpation! Brutes, malades, idiots révolutionnaires, en qui, comme en 1793, toutes les idées ont sombré, sauf deux, Pune qui est Vidée du meurtre, l’autre qui est Vidée du salut public : deux idées qui, au fond de leurs cerveaux dégradés dans la plus basse fange des derniers basfonds, se rejoignent pour Vhumiliation de Vhumanité et le malheur de la France. Is Vont dit:

La coupe déborde de fange :

Pour la laver, il faut du sang !

Oui, elle déborde de fange, la coupe, la leur: pour la laver, il faut un sang pur, le sang des martyrs, ce sang qui a tant coulé pendant la Révolution francaise, et que rien n’épuisera jamais : plus il en coule, plus il s’en renouvelle.

Hi

Les prétres sont donc arrétés, parce quils sont prétres. Lemoussu, maire du \VII¢ arrondissement, le proclame : « Attendu que les prétres sont des bandits et que les églises sont des repaires ott ils ont assassiné moralement les masses..., décrete Varrestation des prétres et ignorantins *. » Un vicaire de Notre-Dame-des-

* Fontoulieu, Ibid., 255, 256, 128, 159, 198.

2 Fontoulieu, [bid., 48.

ai ee. oe os, mi si lee ates ye Bae Aa ye : ee 2 ee - ~~ i AAU St ‘ 3 ? 1044 - TAMI'DOGLERGE 0 ee

Victoires, ’abbé Amodru, est arrété, puis interrogé sur sa profession : « Prétre, » répond-il. — « C’est le délit, » s’écrie le chef du bureau 1. Mer Surat, vicaire général de Paris, est arrété, conduit 4 la préfecture de police, introduit en présence de Raoul Rigault lui-méme, procureur de la. Commune: «Je crus devoir demander s'il était possible de connaitre le motif de mon arrestation. »

— « Voila, lui répondit Raoul Rigault, voila 1800 ans que ca dure, il faut que ca finisse 2. » Un vicaire de Saint-Philippe-du-Roule, ’abbé Miquel, est arrété : « Quel crime ai-je done commis? » demande-t-il. — « I] ne s’agit pas de cela, lui est-il répondu. Nous voulons nous débarrasser de tous les prétres ; il y a longtemps qu’ils nous embétent 3. » Un vicaire de Saint-Hloi, Pabbé Prades, est arrété : « Je vous arréte, lui dit Ferré, parce qu’avec vos robes noires vous salissez la société +. » Mer Darboy est arrété. Mgr Darboy qui, naguére encere, gravitait avec tant de splendeur dans Vorbite impériale ! Archevéque de Paris, sénateur de France, grand aumonier de |’Empire, grand officier de la Légion d’honneur! Mgr Darboy qui, naguére encore, mettait, avec tant de diplomatie, son caractére altier et sa fine intelligence au service de doctrines inquiétantes pour la cour de Rome; mais qui, bienfait de la Providence! vient de s‘incliner, ces jours mémes, le 2 mars, « purement et-simplement, » devant les décrets du concile du Vatican; Mer Darboy qui, naguére encore, s’exposait aux sévérités de V’histoire ecclésiastique, et qui, par ses derniers jours, va meériter ses respectueuses sympathies... Le samedi, 4er avril, on veut le décider 4 fuir : « Dans vingt-quatre heures, lui dit-on, il ne sera plus temps. » Ii déclare qu’il ne quittera pas son poste. Le lendemain, 2 avril, jour des Rameaux, par un temps clair et une température de prin-

temps, Mgr Darboy, vers le milieu du jour, se -

proméne seul dans le jardin de l’archevéché. Sa sceur, qui habite avec lui et qu’il aime tendre-

ment, vient le rejoindre. Au loin retentit le canon du Mont-Valérien, qui annonce le premier engage-

ment de l’armée de Versailles avec les insurgés. Tout pres, le long des murs de l’archevéché, on entend le mouvement cadencé des marches militaires, les chants avinés qui se confondent avec la

musique des bataillons, et les cris des marchands —

de journaux qui colportent les bulletins fantastiques des victoires de la Commune. Alors l’archevéque n’est pas seulement pris de cette mélancolie qui paraissait si souvent sur son visage mince et ses traits allongés, mais il tombe dans une grande, dans une profonde tristesse. Pour la premiére fois peut-étre, une impression de découragement pénéetre dans son Ame. Il parle a Sa scur du malheur des temps, de la folie des hommes, des amertumes de sa charge pastorale. Puis, il

, Amodru, La Roquette, 5D.

2 Ibid., 206.

3 Fontoulieu, tbtd., 341.

* Ibid., 60.

fait un retour sur les années écoulées

: combien il regrette Vobscurité d’autrefois! Il songe au diocese de Langres, son diocése, au bourg de Fayl- Billot, son bourg, et, tout 4 cdté d’un petit bois, a la petite maison de commerce oti il est né, et d’ou ila fait tant de chemin ayec tant d’étapes : vicaire a Saint-Dizier, professeur au grand séminaire de Langres, prétre auxiliaire 4 l’Ecole des. Carmes a Paris, second aumdnier du lycée Henri IV, professeur de philosophie au petit séminaire Notre- Dame-des-Champs, auménier de l’Ecole normale supérieure, puis vicaire général de Paris, puis évéque de Nancy, enfin archevéque, et il songe a la maison natale de Fayl-Billot, qu’il a eu soin de faire relever aprés la mort de ses parents, et o0 il a lintention de se retirer, si Dieu, dit-il, me permet un jour de me reposer, lorsque cette abominable insurrection aura été domptée, et qu’il me sera permis de me démettre de mes fonctions, sans donner a croire que je recule devant un danger 1... Hélas! non, il ne se reposera pas au bourg natal, dans la maison paternelle, 4 ’ombre du petit bois! Jérusalem va tuer ses prétres et ses prophétes : il faut que le premier sang versé soit celui du pontife... Le lendemain méme, 3 avril, Varchevéché est occupé militairement, et le lende-

“main, 4 avril, le capitaine Journaux exhibe le

mandat @’amener : « Ordre d’arréter le citoyen Darboy se disant archevéque de Paris, » et Parchevéque est conduit ala, préfecture de police, et Raoul Rigault, daignant 4 peine le regarder, se contente de lui dire: « Il y a dix-huit siécles que vous embastillez la libre-pensée au nom de

votre religion du Christ ; c’est maintenant le

tour de la libre-pensée @’avoir raison de vous *. » Sane autre forme de procés, il fait conduire Varchevéque au Dépot, avec Vabbé Lagarde, son vicaire général... Ainsi sont arrétés les vicaires généraux et les secrétaires de l’archevéché, des curés, des vicaires, des aumdéniers, des

-Sulpiciens, des séminaristes, quatre Jésuites de la

rue des Postes, deux Jésuites de la rae de Sévres, quatorze Péres de Picpus, des prétres des Missions étrangéres, des prétres des patronages de Saint- Vincent de Paul, dix Fréresde Picpus, trente-trois

‘Fréres des Keoles chrétiennes, quatre-vingt-onze

religieuses des Sacrés-Ceurs ou Dames blanches, des Sceurs de la Charité, d'autres Sceurs, et des suisses, bedeaux, sacristes, enfin, comme disent les communards, « grands calottins, petits calottins, nonnes, monacailles, donneurs et preneurs d’eau bénite, » et si les uns ou les autres s’avisent de demander pourquoi ils sont arrétés, on leur répondra : « Voila dix-huit cents ans que vous nous la faites, il est temps que ¢a finisse ! »

A Mazas, au sombre Mazas, prison cellulaire, pendant que V’archevégue, sous le coup d’obsessions incessantes faites par ses gedliers et trompé

4 Foulon, Histoire de Mgr Darboy, 513. ; 2 Maxime du Camp, Les convulsions de Paris, 1,

& dessein par de faux renseignements, écrit a

M. Thiers, président de la République; pendant —

que lon négocie l’échange des prisonniers contre le vieux conspirateur Blanqui, détenu a la suite de ’émeute du 31 octobre; pendant qu’on écrit et

qu’on envoie des intermédiaires, le curé de Saint-

Pierre de Montmartre d’abord, ensuite ’abbé La-

garde; pendant que le ministre des Etats-Unis essaie d’intervenir, ainsi que le nonce, Mgr Chigi, et méme les pasteurs protestants; enfin pendant que plusieurs personnes dévouées font des démarches particuliéres 4 la faveur de déguisements ou de sauf-conduits, les jours passent, les semaines passent, et les jours et les semaines se ressemblent pour larcheyéque comme pour les autres prisonniers’: silence de la cellule, priere,

souffrances, et, dans les longues heures passées sur

Vescabeau ou sur le grabat, élévation de Vame au-

dela des votites du sombre cachot, au-dela des images dela mort, vers le pays mystérieux oti le © jour se léve, ot la vie commence, ou, selon le ~

langage de Polyeucte dans sa prison, il y a

Un bonheur assuré, sans mesure et sans fin, Au-dessus de lenvie, au-dessus du destin !...

Le dimanche 24 mai, les troupes de Versailles

entrent a Paris, et alors commence la plus terrible

et la plus pénible des guerres, laguerre des rues. Le lendemain, lundi 22 mai, quarante de nos prisonniers, portant leur petit paquet sous le bras, sont

transféres, dans deux voitures de factage,deMazas

a la Grande-Roquette, dépdt des condamnés, a

travers les barricades, sur des voies 4 demi dépa-

vées, parmi les bandes qui vociférent en leur

montrant le poing, et, vers huit heures du soir, ils sont jetés, au milieu de l’obscurité la plus com- — pléte, dans des cachots dépourvus de tout, sous la

direction @un nommé Francois, emballeur de son

état, et que la seule vue des prétres affole: — « Voila quinze cents ans, dit-il, que ces gens-la écrasent le peuple, il faut les tuer! Leur peaun’est ~

pas méme bonne a faire des bottes 1. »

Le lendemain, mardi 23 mai, vers huit heures

du matin, aprés une si horrible nuit, tout a coup les portes des cellules sont ouvertes, et, 6 surprise ! tous les prisonniers sont réunis dans le chemin de ronde. La, aprés un si long isolement, on se voit enfin, on s’embrasse, on se parle, on se

console réciproquement. L’archevéque est la. Tel —

est ’ébranlement de sa santé, que c’est a peine si on le reconnait. Sa barbe est longue et négligée; son visage est altérée, pale, amaigri. Pouvanta

peine se tenir debout, il s’appuie contre un mur.

Les ecclésiastiques ’entourent et lui baisent la main...Au milieu des ecclésiastiques, on remarque un magistrat, M. Bonjean, l’un des présidents de la Cour de cassation, petit vieillard infatigable,

4 Ibid.

Se Pe a SE ee ee ee

aimant le bien naturellement, le faisant avec passion, et arrété chez lui, dés le 24 mars, pour ce crime; M. Bonjean, qui vient d’écrire a ses trois fils ces paroles si dignes de la magistrature francaise : « Que la mort sanglante qui, d’un moment a lautre, peut terminer ma laborieuse vie, ne soit pas pour vous une cause de découragement... C’est que le premier bien, mes chers enfants, cest la paix de la conscience, et que ce bien inestimable ne peut exister que pour celui qui peut se dire: J’ai fait mon devoir »; M. Bonjean, naguére encore, au sénat de l’l/mpire, le principal défenseur du gallicanisme, et qui aujourd’hui se confesse avec tout l’abandon du plus pur ultramontain.

-Car on se confesse alors. Dans ce chemin de ronde,

le long de ces murs lugubres, un laique se proméne et parle tout bas avec un prétre; des prétres se proménent deux a deux et se parlent tout bas; puis, 4 l’écart, tous deux se découvrent pieusement et font un signe de croix : l’absolution

est donnée, l’absolution est recue; que l’éternité

souvre: on est prét pour l’éternité! On a méme le bonheur de recevoir la communion. Une personne pieuse, M!le Delmas, s’est dévouce au périlleux et saint message de porter, sous l’apparence de nourriture, des hosties consacrées aux Péres jéesuites prisonniers, et, accompagnée d’une femme généreuse comme elle, elle y a réussi pour la seconde fois. Elle a pu traverser les patrouilles de la Commune, les barricades et la cohue de la foule ameutée, quelques heures seulement avantle transfert de Mazas a la Roquette: car il faut, semble-t-il, qu’a Vheure ot des femmes font détourner les regards par l’avilissement de leur dégradation, lon ait a contempler des femmes ornées de tous les privileges de leur nature, la vertu, le dévouement, la douce intrépiditeé.

Lendemain, 24 mai. — L’armée de Versailles s’avance de toutes parts, les défenseurs des barricades désertent partout. La Commune aux abois abandonne l’Hétel de Ville, qu’elle a soin de mettre en feu. Hille se réfugie 4 la mairie du XIe arrondissement, place du Prince-Kugéne, a trois cents métres a peine de la Roquette. Dans cette mairie encombrée @officiers, de blessés, de munitions, de tonneaux de vin, de tonneaux de poudre, de tonneaux de pétrole, assourdie par le brouhaha des batailles et les clameurs des bandits éperdus 1, on improvise, sous la présidence d’un ex-menuisier, Genton, une cour martiale qui décide dabord de massacrer soixante « otages »; puis, «comme ¢a ferait trop d’embarras, » elle se borne a six, dont trois officiellement désignés: Mor Darboy, M. Bonjean, M. Deguerry, curé de la Madeleine, et trois autres, pris au hasard, par un simple délégué, sur le registre, ou plutdt sur la feuille @’écrou: M. Allard, aumdnier des ambulances, le P. Clerc et le P. Ducoudray, de la Compagnie de Jésus... Vers sept heures et demie du soir, les pelotons sont préts, les cellules sont ou-

$ Ibid., 1, 260.

une seconde :

vertes, on fait ’appel: les victimes sortent. Le funébre cortége, accueilli par des hurlements et des blasphémes, se met en marche. M. Allard, qui est en téte, murmure les priéres des agonisants ; Mer Darboy et M. Bonjean, tous deux affaiblis par la détention, se donnent le bras, montrant, pour ainsi dire, que la religion et la justice se soutiennent dans.la mort comme dans la vie... La premiére grille franchie, l’archevéque se motes et, élevant la main droite, prononcesur ses infortunés compagnons la formule del’absolution supréme... Arrivés au lieu du supplice, ils s’agenouillent quelques instants, puis on les fait se ranger debout, sur une seule ligne, 4 trois métres environ d’un mur; puis, une premiere fusillade éclate, puis VYarchevégue de Paris se tient encore debout, de sa main gauche s’appuyant sur le mur et de la main drcite bénissant les assassins. Un coup de fusil ’abat, les baionnettes l'achévent : puis, du sang et des cadavres sur le sol, des EONS dans histoire, au ciel des martyrs!

Lendemain, 25 mai.— Au-dela de Saint- Médard, au-dela des Gobelins, a4 avenue d’Italie... Pendant que Vhorizon occidental de Paris disparait derriere la fumée des incendies et que la terre tremble sous le bruit du canon, un corroyeur, trois fois condamné a mort sous VPEmpire, et jamais exécuté, Serizier, délegué de la Commune, commandant de douze bataillons, la terreur du Xie arrondissement, apprend, vers cing heures du soir, que les Versaillais ont pris le Panthéon, avant qu’on ait pu le faire sauter avec les quatre cents tonneaux de poudre qu’on y avait mis, quils occupent méme la prison de la Santé, et que le cercle qui va enfermer les fédérés se resserre de plus en plus: « Allons, s’écrie-t-il en se jetant dans Vavenue d’Italie, des hommes de bonne volonté pour casser la téte aux curés! » A ces paroles, des fédérés accourent, ayant a leur téte deux femmes, deux furies, et, le fusil au bras, s’étagent le long de avenue, de chaque cdté dela prison, n° 388. Le gardien, surnommé Bobéche, ouvre la porte, appelle les Dominicains d’Arcueil, arrétés, le 19 mai, dans leurs ambulances, amenés, le matin méme, du fort de Bicétre, et, dés ce moment, sans illusion sur leur sort. « Allons, mes enfants, pour le bon Dieu! s’écrie le prieur, le P. Captier. A sa suite, tous s’élancent a travers la fusillade. Ainsi sont abattus, non pas dans une boucherie, mais dans une chasse, suivie des plus odieux outrages, cing Dominicains, avec deux de leurs professeurs laiques et cing employés, et désormais V’école Albert-le-Grand d’Arcueil aura, prés de sa porte d’entrée, son tombeau, sa chapelle funéraire, ses catacombes, qui rappelleront aux éleves que c’est « pour le bon Dieu » gu ll faut se préparer a vivre et & mourir 1.

Lendemain, 26 mai. — Les Tuileries brilent, le Palais-Royal brile, la bibliothéque du Louvre brtile, le ministere des finances brile, la Cour des

* Ibid, t, 207-218; Amodru, La Roquette, 303,

L’AMI DU

( Mee ]

CLERGE 4047

Comptes britile, le Palais de la Légion d’honneur brile, des rues entiéres s’abiment dans l’incendie, un océan de flammes roule au-dessus de la capitale de la France, pendant que le doctetir Parisel souffle toujours aux alambics de la Commune, que le mécanicien Assi presse toujours les ateliers « de la science révolutionnaire », et que, a travers les quartiers de la ville, les équipes de fuséens, armés de leurs longues méches soufrées, courent allumer les trainées de poudre et de dynamite qui anéantiront les richesses, les arts, la science, les chefs-d’muvre de la pensée et de la main humaine, qui feront assister a la fin d’une ville, a Vécroulement d’un monde... Dans la fiévre de la derniére heure, la Commune extrait de la Roquette trente-cing gardes de Paris, deux « civils » et onze ecclésiastiques. Elle les conduit le long du bouleyard de Ménilmontant, sur les hauteurs de Belleville, dans la rue Haxo, aux mains de « la justice du peuple. » Autour des victimes, la foule danse, chante, hurle, montrant une collection de tétes horribles que Von ne voit que dans les cauchemars ; les tambours battent, les clairons sonnent: ivresse de la musique, ivresse de l’alcool, ivresse du sang et de l’incendie. Une vivandiére, vétue de rouge, un sabre a la main, parade sur un cheval ; un jeune homme jongle avec un chassepot, les femmes allongent par derri¢re « des coups de eriffes », et bientdt, au signal de la vivandiere, cette infernale cohue de quinze cents assassins se précipite sur les quarante-sept victimes’; elle tue a coups de poing, 4 coups de fusil, a coups de

revolver, a coups de sabre; elle massacre, elle

piétine sur les contorsions, elle s’acharne sur les cadavres, comme pour accumuler les meurtres sur ce bétail humain: le P. de Bengy est percé de soixante-douze coups de baionnettes. Ainsi succombent trois Péres de la Compagnie de Jésus, quatre Péres de Picpus, un vicaire de Notre-Dame de Lorette, un prétre des patronages de Saint- Vincent de Paul, un autre prétre et cet angélique séminariste de Saint-Sulpice, Paul Seigneret, qui, meurtri, ensanglanté, jeté contre un mur, s’écrie pour tous, semble-t-il, 4 travers les vapeurs. du carnage: «O ma chére famille! Je désire qu’on ne fasse aucun mal a mes bourreaux »; qui ainsi, dans Vexaltation de sa foi, joint pour tous, semble-t-il, 4 ’héroisme d’une telle mort l’héroisme d’un tel pardon!

Aprés cette tuerie, il reste encore a la Grande- Roquette trois cent quinze « otages »: soldats, -sergents de ville, artilleurs et une trentaine d’ecclésiastiques.

Le lendemain, 27 mai, 4 trois heures de l’aprésmidi, Ferré, délégué plus que jamais 4 la sireté générale, arrive 4 cheval, escorté de féderés: « Nous venons chercher les curés et les sergents de ville. » Déja quatre prisonniers descendent et

‘ Maxime du Camp, Joid., 1, 305-316; Journal officiel, 5, 7 et 8 janvier 1876: Rapport d’ensemble par le général Appert.

vont a la mort, lorsque tout 4 coup un homme, resté inconnu, mais un homme de génie, poussant un cri d@effroi, annonce « les Versaillais » : ce qui détermine une panique instantanée et un sauve-qui-peut général. « Eh bien, s’écrie Ferré en colere, les canons du Pére-Lachaise vont raser la prison!» En effet, on a installé tout exprés au cimetieére du Pére-Lachaise une batterie de dix piéces, munie de projectiles incendiaires. Ferré galope donc vers le Pére-Lachaise. Mais les canons ne tirent pas, on l’a su depuis, parce que leurs munitions n’étaient pas de calibre 1. Pendant ce temps-la, les prisonniers, a Vinstigation de quelques braves qui se sont concertés dés la veille, ont résolu de se défendre plutdt que de se laisser assassiner ; car larmée, qui combat dans les rues depuis six jours, approche a travers les barricades, les flammes et les obus: encore un peu de temps, quelques heures peut-étre, et elle arrivera. lin quelques minutes, a Vaide des gardiens qui, se joignant a eux, leur apportent la premiére des forces, la force morale, ils ouvrent les cellules, qu’on négligeait de fermer aux verrous depuis deux jours; ils entassent les lits de camp, les paillasses, les banes, les escabeaux, les tables, ils forment des barricades; ils pratiquent des ouvertures dans les plafonds pour communiquer avec le second étage ou se trouvent quarante-six sergents de ville et dix artilleurs ; puis, des planches qu’ils coupent ils se font des lances, des briques quwils dépavent ils se font des projectiles, des piéces de lit en fer qu’ils démontent ils se font des massues ; ainsi armés, ils se réunissent dans un long corridor; au commandement du zouave Duponchel, ils découvrent la téie, ils inclinent leurs fronts, ils s’agenouillent sous la bénédiction des prétres, sous Vabsolution ; ils se consacrent a Notre-Dame-des- Victoires; et, confiant en Dieu, espéerant dans le ciel, ils sentent passer en eux cette force mystérieuse qui passera toujours sur les champs de bataille, lorsque la croix et ’épée se réuniront. Aussi, pendant que les fédérés essayent de forcer les barricades et d’allumer lincendie a toutes les issues du corridor, pendant qu’ils vont, quiils viennent, qu’ils sortent, qwils rentrent, et pendant que plusieurs prétres de la quatriéme section tentent les chances de la fuite, pendant quhélas ! Mer Surat, le curé de Bonne-Nouvelle et un missionnaire sont fusillés au détour d’une rue, que d’autres sont recueillis sur leur route, et que d’au-. tres, aprés avoir tourbillonné au hasard a travers les balles et les paquets de mitraille, reviennent a la Roquette comme a l’asile le plus str, les « otages », qui n’ont pas mangé depuis vingtquatre heures, tiennent bon quatorze heures durant, jusqu’a l’aurore de la Pentecdte. Crest alors que les soldats francais les délivrent, ainsi que les prétres renfermés a la Préfecture de police, 4 la prison de la Santé, a la barriére d’Italie, a Mazas, 4 Sainte-Pélagie, dans les sections et dans

* Journal officiel, Ibid.

quelques églises ; c’est alors qu’ils appliquent a la Commune les lois desang qu’elle avait promulguces, alors qu’ils font sentir a «la justice du peuple » la justice de Dieu!

Paris était enfin rendu a la France.

Mais il restera, le souvenir de cette sauvage insurrection, qui a déshonoré le crime lui-méme par l’extravagance de ses fureurs. On ne les oubliera pas, ces soixante-dix jours, qui se dressent entre le casque pointu du prussien et la ceinture rouge du fédéré, & la lueur des incendies, avec Vodeur du pétrole et des ruisseaux de sang. C’est en vain que, par une gradation habile, certains apologistes poursuivrontla rehabilitation de lhorrible Commune, gwils parleront « des fréres égarés » dans un moment de surprise et qu’ils plaideront les circonstances atténuantes; c’est en vain qu’ils feront voter l’amnistie 4 une grande majorité par la Chambre de 1880 1; c’est en vain méme que, lorsque le péril sera évidemment la sacristie, le suffrage universel ramassera des communards pour en faire des conseillers municipaux de Paris, qu’ils avaient voulu détruire, ou des députés de la France, dont ils avaient juré la perte: Vhistoire, allant au berceau méme d’ot sortit VPantique Lutece, reverra toujours Notre- Dame de Paris, cette vieille basilique arrachée au feu comme par miracle, et sous les vottes de

Notre-Dame le monument de Varchevéque « mar-

tyrisé avec atrocité* », puis, sur deux tables de marbre noir, les noms de toutes les victimes; et, maudissant les bourreaux qui ont déshonoré la patrie, la civilisation, Vhumanité, elle bénira les martyrs qui ont enrichi la gloire de ?Hglise de France.

LA PENITENCE SACRAMENTELLE

(Suite et fin)

§ 6. — PENITENCES MIDICINALES

La penitence sacramentelle doit étre médicinale, c’est-a-dire qu’elle doit prémunir le pénitent contre la rechute. Or, parmiles pénitences médicinales que le confesseur peut et doit imposer, les unes sont générales et opposées a toutes sortes de péchés, les autres sont particuliéeres et opposées a certains péchés. Les premiéres peuvent s’imposer a tous les pénitents; les autres ne s'imposent qu’a quelques-uns, suivant leurs besoins particuliers.

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