L’EXALTATION
Mesdames et Messieurs, Au mois de février 1874, qu’est devenue la France, qui, naguére encore, en 41867, a Exposition universelle, passait pour la premiere nation du
~ monde? Elle est envahie, démembrée, ruinée:
bien plus, sur les horreurs de la plus sanglante défaite, lhorreur d’une guerre sociale a livré Paris 4 la pitié et au mépris des hommes. La
France s’est affaissée sous le genou des Prussiens,
parce qu’elle n’avait plus la vertu, qui est le sou-
tien des sociétés, et Paris a été livré a la plus
infernale bande qui ait laissé sa trace dans l’histoire, parce que Paris, qui recélait des richesses
dart, de science et de lumiére, que tout Vor du monde n’achéterait pas, avait laissé fuir le pre- -mier de tous les biens, celui qui est la garantie de
tous les autres :
le sens moral. Non, non, les peuples, comme les individus, n’ont pas de plus cruels ennemis qu’eux-mémes.
A ce moment si douloureux, il s’agit sans doute de rétablir nos finances pour payer tes vainqueurs, libérer le territoire, déblayer les décombres, laver les ruisséaux rougis de sang, reconstruire les monuments détruits par les bombes de Allemagne et le pétrole de la Commune; mais il s’agit surtout de rendre a la France les deux
choses qui ont relevé tous les peuples libres : la
yérité et la vertu. z
Or, « ce relévement moral », condition dune nouvelle vie, qui peut le faire, sinon cette glise qui, il y a quatorze cents ans, a pris notre race
dée, faisant passer la justice dans ses lois, la génerosité dans ses mceurs, apaisant les passions @en bas et les convoitises d’en haut, pétrissant
; barbare et inculte, qui l’a baptisée, instruite, fon- 2
toute ame francaise de foi, de droiture et.d’honneur ? uC
Kt qui le veut, ce relévement moral, sinon cette
Hglise dont les prétres, dont les religieux, dont - . les fréres, dont les scours viennent de rivaliser de —
zéle dans les camps, au milieu de la fumée deg —
batailles, aux lits des ambulances, penchés avec tant damour sur les douleurs de la patrie, sé
trouvant toujours 1a of Von souffrait, of Yon
mourait, mourant quelquefois eux-mémes, partout
aussi braves que les soldats dont ils soutenaient —
Pagonie ?
Enfin, ce relevement moral, qui le demande, sinon cette Eglise qui répete ce cri de courage et
mourras point! Un peuple ne meurt pas pour des armées anéanties, pour des provinces perdues;
Wespérance : « O France, sois chrétienne et tune
il ne meurt pas de ses blessures : il ne meurt que —
de la corruption. Sois chrétienne et tu redeviendras la grande nation. Un poéte étranger l’a dit :
Les chevaliers sont couchés dans la poussiére, Leurs épées sont dévorées par la rouille, Leurs ames sont avec les saints :
Mais leurs exploits peuvent étre les nétres,
Si nous avons leurs cceurs et leurs vertus. »
“Il faut done « exalter » l’Eglise
pour relever la France. :
L’Assemblée nationale le comprend: car, le8
février 1874, le pays livré 4 lui-méme, ne prenant
“conseil que de ses sentiments et de ses intéréts, a
remis tous ses pouvoirs et confié toute sa destinge, dans le scrutin le plus libre et le plus improvisé qui fut jamais, 4 V’assemblee la plus catholique que nous ayons jamais connue, Aussi, bien que cing cents et quelques députés royalistes de la droite prennent garde de s’entendre sur certaines questions d’une certaine importance, les uns voulant aller trop vite, les
autres voulant aller trop lentement, ceux-la appartenant a la grande école, qui passe pour la petite, celle de la loyauté, qui ne connait que les affirmations nettes, sans réticence; ceux-ci appartenant a la petite école, qui passe pour la grande, celle qui, de peur de « froisser les principes modernes, » use de tempérament et aboutit le plus souvent 4 des situations fausses, dont la bonne cause sort toujours compromise; bien donc que la plupart des députés de la droite s’exposent, par je ne sais quel esprit de vertige et d’erreur, a la division et a l’impuissance; bien que les deux cent cinquante députés de la gauche soient, disons-le tout haut, supérieurs aux cing cents députés de la droite, non seulement parce quils sont plus unis, plus disciplinés, plus dévoués les uns aux autres, mais encore parce que la plupart de ces députés ont été élus 4 cause de leur savoir, de leur talent, de leur ambition, de leur audace, de leur violence, qualités ou conditions indispensables dans les luttes politiques, tandis que la plupart des députés de la droite ont été élus a cause de leur position sociale, de leur fortune, de leur honorabilité, de leur désintéressement, toutes qualités inertes dans les discussions parlementaires; et bien que les trois groupes de cette gauche, extréme gauche, gauche, centre gauche, s’entendent presque toujours, malgré leurs dissidences qui sont profondes, lorsqwils entrevoient ou croient entrevoir ce qu’il appellent avec effroi « ’empiétement clérical, Pagression cléricale, la domination cléricale; » bien que le président, M. Thiers, « le libérateur du territoire », soit un sceptique qui ne voit que des accidents dans la vie des peuples, qui ne cherche dans la politique que des expédients, qui ne regarde l’Kglise que comme une utile alli¢ée pour arriver au pouvoir, sa passion; et bien que son successeur, le maréchal de Mac-Mahon, n’ait gagné a étre président qu'une épithete, celle de pauvre Maréchal; enfin, bien que cette Assemblée soit malheureusement une assemblée francaise, c’est-a-dire une assemblée sujette au mal de l’éloquence, a lépidémie . des discours, et, par la-méme, aux surprises, aux enthousiasmes, aux refroidrissements, aux inconséquences : voyez comment, malgré tant de causes de faiblesse, elle travaille, sans plan ni arrété ni suivi, entrainée seulement par son instinct, a Yexaltation de ’Eglise de France.
La foi catholique, voila d’abord ce qu’elle professe de trois maniéres.
Le 13 mai 1874, un jeune soldat, mutilé sous la banniére du Sacré-Coeur, un breton, M. Cazenove de Pradines, député de Nantes, « dépose sur le bureau de l’Assemblée une proposition dont l’objet est de demander des priéres dans toute la France, pour supplier Dieu d’apaiser nos discordes civiles et de mettre un terme aux maux qui nous affligent. » Dans la méme séance, le général Du
Temple, député de Saint-Malo, encore un breton, demande Vurgence, alléguant qu'il ne convient pas « de faire attendre Dieu. » L’urgence est mise aux voix et déclarée ; une commission est nommeée; la commission adopte la proposition a Vunanimité; le rapporteur, M. le comte de Melun, dit dans son rapport : « Depuis trop longtemps Dieu a été oublié parmi nous; il appartient a une Assemblée nationale de réparer cet oubli et de montrer au monde que la France reconnait enfin la main qui seule peut la guérir et la sauver; » enfin la proposition est adoptée avec de nombreuses abstentions sans doute, mais avec trois votes négatifs seulement *; et aussitdt partout, jusque dans Ja plus humble église du plus humble village, la France proclame, au pied des autels, que si c’est une loi inexorable de l’histoire que le sang d’un peuple est la rancon de ses fautes et de ses folies, c’est une autre loi consolante, qu’il n’est jamais vain le cri de confiance et d’angoisse qui fait appel a la miséricorde immense de notre Dieu.
A la priére nationale, ’Assemblée joint le Vou. national. C’est au milieu des douleurs du siege de Paris, au moment méme ou nos ennemis pouvaient croire que c’en était fait de nous, c’est aux plus mauyais jours de « l’année terrible, » que des Francais congurent cette pensée d’élever, sur la colline de Montmartre, d’ou étaient descendus, aux premiers siecles de l’Eglise, la foi et la liberté chrétiennes, un monument qui appartit au-dessus de la capitale et de la au-dessus de la France tout entiere, comme un signe de repentir et d’espérance. Puis, aprés beaucoup de traverses, comme il arrive souvent pour les meilleures choses, le veeu est adopté par Mgr Guibert, archevéque de Paris, qui lui donne sa formule définitive et Vadresse 4 Assemblée nationale. Le 25 juillet 1873, PAssemblée nationale « déclare d’utilité publique la construction d’une église sur la colline de Montmartre, conformément a la demande qui en a été faite par Varchevéque de Paris... » L’année suivante (1874), est ouvert un concours auquel prennent part soixante-dix-huit architectes. L’année suivante (16 juin 1875), les fondations sont posées; puis, aprés des travaux gigantesques, Védifice sort de terre; bient6t, avec des pierres qui sont toutes des offrandes, avec des grains de sable qui sont tous des actes de foi, de consécration et d’amour, il déroule ses lignes harmonieuses, il développe ses magnifiques dimensions, i] éléve ses coupoles éblouissantes, enfin il fait rayonner la croix sur son grand déme, comme pour couyrir de son ombre tutélaire la France pénitente et vouée au, Sacré-Ceur : Sacratissimo Cordi Jesu Gallia penitens et devota.
A la priére nationale, au Vou national, s’ajoute le pélerinage national. Les catholiques parcourent la France d’une extrémité 4 autre, le chapelet a la main, la croix sur la poitrine; ils font retentir
‘ Journal officiel, 17 mai 1871.
les rues, les places publiques, les gares de pherin de fer, de leurs pieux cantiques et de leurs acclamations mille fois répétées. Elles passent et repassent, ces innombrables caravanes de pélerins, ne cheminant plus, comme autrefois, a pied, le bourdon ala main, mais emportées sur les ailes de la vapeur, d’un sanctuaire 4 l’autre : 4 Notre-Dame de Chartres, au Mont-Saint-Michel, a la Salette, a Lourdes, a Paray-le-Monial surtout, ot, le 20 juin 1873, défilent plus de trois cents banniéres avec vingt-cing mille hommes. L’Assemblée nationale s’associe 4 ce mouvement religieux; tous les députés catholiques s’y mélent en corps et le favorisent’. Les incrédules, les athées, les francsmagons, les juifs, regardent avec stupeur. Mais les chrétiens sentent bien, quand ils voient de leurs yeux, quand ils entendent de leurs oreilles tout ce qui se passe, tout ce qui se dit dans ces merveilleux pélerinages, qui rappellent les plus beaux siécles de la foi, surtout quand retentit a tous les échos, au fond des cryptes comme sur le flanc des montagnes, le refrain si populaire alors: « Pitié, mon Dieu! Sauvez l’Kglise et la France, » quwil n’est pas possible que Dieu ne prenne pas pitié de la France, qu’il ne la sauve pas : car Dieu ne mangue jamais qu’a ceux qui l’abandonnent.
Ce n’est pas assez de rendre a l’liglise son rang
@honneur et sa popularité : il faut lui rendre son influence dans les grandes forces sociales.
La premiére est assurément l’armée. L’armée!
Aprés nos désastres, il fallait la refaire, car tout le monde sait, tout le monde sent que c’est par Varmée gue se préparent les grandes ruines et les grandes restaurations. Mais, pour refaire l’armée, il fallait y faire rentrer, comme partout, cet élément essentiel de régénération, qui est l’esprit religieux. Aussi, les catholiques demandent-ils ' @inscrire formellement dans la loi, que, chaque dimanche et chaque jour de féte, un temps suffigant soit donné aux soldats pour remplir leurs devoirs de religion. Mgr Dupanloup, évéque d’Orléans, vaillant député, puissant orateur, le dit excellemment : « Les vertus militaires et les vertus religieuses viennent d’une méme source, qui est Dieu2.» On va aux voix: sur 604 votants, VYamendement est voté par 604 suffrages... Mais ce né sont la que des préliminaires. C’est le service obligatoire pour tous, sauf les exceptions de rigueur et les tempéraments raisonnables, qui est la grande innovation de la loi militaire. Or, deux catholiques, le colonnel Carron et M. Fresneau, demandent que l’on rétablisse les,aumdniers, non pas pour étre attachés, comme sous la Restauration, a tel regiment que l’on suivait partout, mais a telle garnison, a tel camp, a tel fort. Ils deman-
* De Vinols, Mémoires politiques, oy 2 Discours du 22 juin 1872.
dent que, dans cette grande couvre de réorganisation sociale, «on ait 4 ceour de rendre la place qui leur convient 4 ces intéréts éternels de la religion et de la morale qu’on ne méconnait jamais impunément, qui peuvent seuls refaire les Ames et retremper ala source supréme cet esprit de dévouement et de sacrifice, ce sentiment du devoir et du respect, sur lesquels reposent toutes les institutions humaines '. » L’aumonerie militaire est votée; les aumdniers sont installés par des cérémonies pompeuses dans les cathédrales ; recus dans les garnisons avec honneur, et le soldat n’est plus privé du secours de cette religion, qui apprend a obéir sans murmurer, & combattre sans peur, et a mourir sans regret 2.
Kn méme temps, l’Eglise rentre dans une grande institution, qui embrasse aussi le pays tout entier : le Conseil supérieur de l’instruction publique, établi pour la direction et le contréle de l’enseignement. D’aprés la loi de 1850, la plupart des membres de ce Conseil émanaient de l’élection ; la direction de l’instruction publique éehappait ainsi au pouvoir central, et la plus sacrée des libertés, celle qui sauvegarde l’avenir intellectuel et moral de la jeunesse, y trouvait de précieuses garanties. Cette législation, le décret du 9 mars 1852 était venu la modifier. Son article 4er donnait au prince-président le pouvoir de nommer et de révoquer les membres du Conseil supérieur *. Le but du projet de loi, déposé dés le 20 avril 1874, était donc de revenir au principe électif. Or, puisque ce Conseil doit étre, selon les expressions du duc de Broglie, lun des auteurs du projet, la re-
présentation de tous les intéréts, de toutes les.
forces vives de la société, Mgr Dupanloup, qui joue dans cette assemblée le réle le plus actif et le plus efficace, demande que l’épiscopat francais y soit représenté. Oh! VEglise, Penseignement! Au rapprochement seul de ces deux influences qui menacent de se confondre, la Révolution frémit avec M. Brisson, et le protestantisme, qui s’unit toujours 4 la Révolution contre lEglise, avec M. de Pressensé. Mais Mgr Dupanloup, aprés avoir développé tous les cdtés positifs de la question, aborde la raison derniere, le principe méme de la loi, et, sans rien craindre ni de limpiété ni du protestantisme, se mettant face a face avec V’ennemi, il dit hautement: « Le Conseil supérieur de l’instruction publique en France doit représenter non pas seulement le gouvernement, ni l’université, nile clergé, ni la science, non pas méme les péres de famille 4 l’exclusion les uns des autres : il doit représenter tout cela a la fois, c’est-adire qu’il doit représenter la société clle-méme... Eh bien, Messieurs, nous y avons naturellement notre place, car enfin, parmi les forces de la
société, il faut reconnaitre quil y a une force
morale dansl’Kglise... Pour raffermir votre société
4 Discours de Mgr Dupanloup, le 20 mai 1874.
2 Ibid.
3 Journal officiel, 1° juin 1871, p. 1190.
ils sont
+ he, Ore tok } ; i
ébranlée, vous avez besoin de la morale. Kh bien, je vous affirme qu’il n’y en a qu’une qui puisse vous sauver, c’est le Décalogue. Si nous nous retirions au désert, emportant avec nous le Décalogue, l’Evangile et la Croix, vous seriez stupéfaits de vos ténébres. Si la civilisation chrétienne, que vos tristes efforts diminuent chaque jour dans ce pauvre peuple, disparaissait avec nous, la Commune de Paris serait bientdt partout, et vous
deviendriez l’effroi du monde civilisé*. » L’Assem- -
blée se rend : elle vote? que quatre évéques, élus par leurs collégues, feront partie du Conseil supérieur de Vinstruction publique, et désormais les pasteurs des Ames partageront, comme il est convenable, le gouvernement des esprits.
Ilen est de méme pour la bienfaisance publique. D’aprés le réglement du 23.mars 4852, le préfet était seul chargé de la nomination des cing membres de la commission administrative, et le préfet écartait systématiquement le clergé, ce clergé qui a fondé, directement ou indirectement, presque tous les établissements charitables, tous les asiJes de la soufirance, qui les a seul administrés pendant des siécles, parce qu’il n’a qu’une ambition, celle de faire du bien ; qu’un regret, celui de n’en pouvoir faire assez; qu’une prédication, en exemples comme en paroles, celle de l’abnégation et du patriotisme. Cette situation, aussi contraire a la nature des choses qu’aux traditions de la France, devait cesser. Aussi, grace encore a Mgr Dupanloup, qui a remporté la l’un de ses plus beaux triomphes oratoires *, ?Assemblée nationale, pres-
1 Discours du 9 janvier 1873.
2 Le 14 janvier 1873.
3 Discours du 7 mars 1873. Citons-en au moins un passage: «Il y a dans le projet de loi, je suis heurenx de le rappeler, et de rendre hommage a votre Commission, un article dont je ne saurais assez la remercier : c’est Varticle 7, par lequel, élargissant, si je puis dire, les entrailles de la charité administrative, yous lui demandez, sans lui en faire un devoir impérieux, de partager les biens et les revenus des pauvres, et den distribuer une large part en aumdnes et en secours a domicile. Ht cela afin que les secours de la charité fussent comme l’aliment et l’encouragement de lesprit et des vertus de famille et leur vinssent en aide ; afin que ceux qui sont dans la souffrance ne soient pas privés de la grande consolation de ceux qui souffrent, la présence de
ceux qu’on aime et dont on est aimé. Hit parmi toutes ©
ces miséres, toutes ces douleurs 4 domicile, parmi ces malheureux, il en est qui réclament une compassion plus délicate et plus vive: ce sont ceux qui, plus deélicats eux-mémes, ou plus fiers par nature, el frappés de malheurs inattendus, se cachent, fuient tous les regards et dévorent en silence leurs privations et leurs peines. Ceux-la, qui les cherchera? Qui les découvrira? A qui se feront-ils connaitre? A qui laissent-ils entendre ces soupirs qu’on pousse en secret? A qui laissent-ils voir ces larmes, ces profonds désespoirs qu’on dérobe a tous les yeux? A qui, Messieurs? A leurs prétres, a leurs pasteurs, 4 leurs péres! Ah! soyez sévéres pour nous
tant qu'il vous plaira; infligez-nous toutes les exigences
et méme les sévérités les plus extrémes de Vopinion ; mais ne nous enyiez pas le bonheur de nous dévouer, et d’étre 1d ot nous appelle la confiance de ceux qui souffrent et qui pleurent. S’il m’est permis de parler le langage administratif dans une maticre si délicate et si élevée, je dirai que le simple principe de l’adjonction des capacités et des compétences nous marque une place dans les conseils de la charité et de l’assistance publique, »
LVAMI DU CLERGE
que 4 unanimité des votants 1, sans craindre de rapprocher l’élément laique de ce que l’on appelle . Vélément clérical, ’Assemblée, dis-je, fait aux ministres de la religion une place de droit dans les conseils de l’assistance publique 2, et la présence du curé, ’homme de J’autel et du culte, vient donner un cachet religieux 4 Jl’administration légale.
Ainsi, ’ Assemblée nationale réorganise l’armée, qui désormais sera la France groupée autour de ses drapeaux, et elle y appelle l’Kglise pour faire de la vertu militaire une vertu chrétienne ; elle réorganise le Conseil supérieur de Vinstruction publique, qui doit étre la représentation de tous les intéréts, et elle y appelle l’Hglise pour joindre ses lumiéres aux autres lumiéres ; elle réorganise les commisions administratives des établissements charitables, et elle y appelle VJliglise pour joindre ses consolations aux autres consolations : sachant que l’accord du pouvoir et dela religion, des supériorités politiques et des supériorités morales, n’est pas seulement nécessaire pour reconstituer un peuple en ruine, mais encore que c’est la méme Vétat le plus parfait des sociétés, le plus haut degré de civilisation.
En cela cependant l’Assemblée nationale n’innove rien: elle ne fait que rendre 4 l’EBeglise de France les places qu’elle avait précédemment occupées. Or, voici qu’elle lui donne une place nouvelle en lui octroyant une liberté qu’elle n’avait plus depuis la Révolution : la liberté de l’enseignement supérieur.
L’idée de cette liberté nait naturellement, d’abord parce que l’Kglise tient toujours de sa mission le droit d’enseigner ; ensuite parce que, dans le passé, c’est elle qui, de concert avec nos vieux rois, a fondé nos vingt-trois Universités de France, toutes indépendantes les unes des autres ; enfin parce que, dans le présent, elle ne réclame que le droit commun pour tous, laiques et ecclésiastiques. ‘
L’idée de cette liberté est inscrite dans la charte constitutionnelle de 1830; mais Louis-Philippe et les bourgeois de Louis-Philippe, hommes de la Revolution, ne songeaient qu’a forger des chaines 4 lV Kelise.
L’idée est reprise par M. de Falloux, en 1850: M. de Falloux nomme une commission, pendant que, 4 la méme époque, et parallélement 4 la commission officielle, se forme une commission libre; mais l’Empire vient, et nous connaissons l’Kmpire.
L’idée est reprise en 1868 : une pétition fameuse contre Venseignement dela Faculté de médecine de Paris, la pétition Giraud, saisit le Sénat impérial de la question et, pendant quelques séances,
‘ Il y eut seulement 5 voix contre. i * Vrarticle 17 de la loi s’exprime ainsi : « Les commissions administratives des hospices et hdpitaux et des bureaux de bienfaisance sont composées de cing membres et du maire de la commune, ainsi que du curé
de la commune,~et, s'il y: en a plusieurs, du plus ancien, ;
1 bv
CLERGE
faitretentir les murs silencieux du Luxembourg ; | mais, comme ¢’était la un danger pour les préroga-
tives de Etat, la discussion se termine, comme tout se terminait alors, par ordre du jour pur et simple.
L’idée, qui est déja devenue une affaire trés
grave, trés complexe, agitée de tous cdtés, servie par les uns, combattue par les autres, est reprise en 18701, sous. Empire libéral, par un ministre de Vinstruction publique, M. Segris, qui nomme une commission extraordinaire, présidée par M. Guizot, et ou Velément. ecclésiastique est représenté par l’archevéque de Paris, le P. Perraud de l’Ora-
. toire et le P. Captier de l’Ordre de Saint-Dominique; mais l’Empire tombe et roule au fond de l’abime.
Crest aprés nos désastres que cette idée s’impose enfin a tous les esprits. Le 31 juillet4871, le comte Jaubert, député, ancien ministre, ancien pair de
- France, membre de l'Institut, « qui s’était fait partout une grande place par son mérite et par ses Services, par son dévowement au pays eta la science 2, » présente un projet de loi qui rendra son nom immortel.
Ce n’est que Vannée suivante *, il est vrai, qu’une commission est nommée ; ce n’est que dixhuit mois plus tard *, que le rapport est déposé par M. Laboulaye; et ce n’est que dix-huit autres mois plus tard 5 que commence la premiére lecture. Mais c’est en vain qu’un jacobin passionné a froid, Challemel-Lacour, s’attache a démontrer, par un réquisitoire méthodique, que l’enseignement catholique menace quoi? l’honneur intellectuel du pays, Vunité morale de la France, la sécurité de notre gouvernement civil et notre situation a l’extérieur; c’est en vain qu'il invoque Vindépendanee de l’esprit humain, les libertés civiles, les principes de 89 et les conquétes de la Réyolution ; en vain qu'il agite le spectre du Syllabus et quwil se dit épouvanté : il a contre lui VPhomme qui, a dire vrai, sera le principal auteur de la loi, Porateur qui, amené huit fois a la tribune, sera toujours plein de logique et plein de flamme, le héros dont nous admirons le courage & parler dans les deux premiéres lectures et le courage a4 se taire dans la troisiéme, Vévéque @Orléans, Mgr Dupanloup, et une immense majorité * demande qu’on passe a la seconde lecture.
Ce n’est encore que six mois plus tard 7, il est vrai, que la seconde lecture commence. Mais c’est en vain qu’un autre jacobin, Jules Ferry, prononce deux grands discours ot il défend Yomni-
potence de l’Etat, ot il vante la sagesse infaillible de/l’Etat, auquel on n’a rien 4 reprocher, rien 4 conseiller, rien 4 demander; ou il proclame que,
1V. Journal officiel, 28 favrier 1870. ;
2 Kloge prononcé par Buffet, président de lAssembleée, dans la séance du 5 décembre 1874.
. § Le 7 janvier 1872.
4 Le 15 juillet 1873.
® Le 5 décembre 1874.
6 531 voix.
7 Le 7 juin 1875.
dance, de la servitude, de la soumission a l’Etat : la majorité demande‘ que l’on passe a la troisieme lecture.
La troisiéme lecture commence quelques semaines plus tard seulement 2. A ce moment décisif, M. Brisson veut foudroyer la liberté d’énseignement, parce que, dit-il, «’Kelise romaine seule peut en profiter au détriment de notre société civile, de notre paix extérieure et de notre réle dans le monde..., » parce que « les ministres du culte sont entraings en dehors de l’idée de cité, de Vidée d’Ktat, de Vidée de nationalité, par une obédience étrangére, » parce que tout cela « est contraire aux principes de la Révolution francaise et de Etat laique » : mais, malgré ses grands
mots et ses phrases retentissantes, M. Brisson ne~
foudroie rien. Le premier article qui proclame que « Penseignement supérieur est libre, » est voté par 494 voix contre 142, et, quoique la gauche demande le vote ala tribune sur l’ensemble de la loi pour empécher qu’on ne vote pour les absents, la loi d’affranchissement est votée, le 12 juil- Jet 1875.
Elle est votée, la loi! Sans doute la liberté y est mesurée avec une parcimonie qui afflige les bons
esprits : mais, dit-on, l’avenir comblera les lacunes —
du présent; le principe est pose : la liberté, dit-on, en découleraa pleins bords et nulle force humaine ne sera capable d’arréter son cours. Cette conquéte, conquéte supréme de notre temps et de notre pays, parce qu’elle embrasse tous les intéréts su-
périeurs, la formation d’étudiants qui seront des
chrétiens dans le monde, la formation de profes-
seurs qui veilleront sur la vérité et combattront —
pour elle, la haute éducation des esprits, l’état moral de la société, les destinges de l’Hglise, cette conguéte, nous la célébrons sous les votites d’un palais qui lui doit sa fondation, sa vie et, s'il est permis de le dire, la joie, au moins quelquefois, des plus nobles triomphes.
Ul
L’Assemblée nationale fait plus encore : elle accorde 4 l’Eglise tous les avantages qu’elle peut lui accorder.
Dans l’Kglise, il y a @abord les séminaristes,
ces jeunes hommes qui n’ont qu’une pensée et qu’un amour : Dieu et les Ames. Que faut-il faire pour eux? Les exempter du service militaire.
Aussi, la proposition de la loi de 1872 sur l’armée porte-t-elle ’exemption. Un pasteur protestant, M. de Pressensé, demande, il est vrai, que les congréganistes passent six mois aux ambulances ou a Vinstruction de l’armée; mais il n’ose pas méme parler « d’enrégimenter les ministres du culte »: « Ce serait absurde, dit-il, et personne
1 Le 17 juin 187.
2 Le 8 juillet 1875.
3 Par 316 voix*contre 266.
pour l’Eglise catholique, c’est assez de la dépen-—
ne pourrait y songer. » Le rapporteur, M. Bethmont, lui répond par ces belles paroles : « Des le début, la Commission a nettement formulé sa pensée... Tous, sans exception, dans la Commission, nous avons été mus par cette pensée si vraic, qu’une nation n’existe qu’a la condition de croire; qu’une nation n’est forte et ne reste forte qu’a la condition @honorer, par-dessus tout, la priére, qui est expression morale la plus élevée de la relation de Vhomme avec le Créateur. Nous avons donc voulu, au début et comme au sanctuaire de cette loi, placer Dieu en lui créant sa place et en la lui laissant dans la nation *. » Ces representants pensent, et ils s’>honorent de penser que, dans une loi qui doit réorganiser l’armée, ils ne peuvent pas, ils ne doivent pas désorganiser, entraver, exposer le service religieux. Aussi, cette exemption absolue est adoptée par assis et par levé, sans méme qu'il soit besoin d’aller aux voix : et ils ne seront pas troublés, ces grands murs du séminaire, ces forteresses du bien, d’ou se répandent sur le monde tant de vérités et tant de vertus, tant de conseils et tant d’exemples, des consolations si douces et de si hautes espérances !
Puis, dans l’Eglise, il y a les congrégations religieuses qui, dans cette seconde moitié du x1xé siécle, surgissent de toutes parts, plus nombreuses quwavant la Révolution, plus nombreuses méme gqu’au moyen age et qu’en aucun temps du christianisme, parce que les agitations de cette époque tourmentée par l’esprit du mal chassent les belles ames vers la vie divine et la charité... Pour ces congrégations, que faut-il faire? Les autoriser. Aussi, en 1872, ’ Assemblée nationale en autorise six 2; en 4873, cing *; en 41874, neuf *; en 41875, six®; en 1876, dix 6. Elle autorise méme trois conerégations @hommes 7. $i elle n’a pas autorisé les autres, les autres ont-elles demandé l’autorisation? Ces représentants savent, en effet, que, pour quiconque met au-dessus de tous les mérites. les
* Assemblée nationale, séance du 12 juin 1872.
2 Alby, Sceurs du Tiers-Ordre de Saint-Dominique ; Amiens, Sceurs Augustines; Bordeaux, Scurs de la Miséricorde; Lugon, Scurs de l'Union chrétienne; Mende, Sceurs du Tiers-Ordre de Saint-Dominique ; Saint-Dié, Sceurs du Saint-Rédempteur.
’ Belley, Ursulines; Cahors, Dames de la Réparation; Grenoble, Sceurs du Rosaire; Meaux, Visitandines ; Saint-Brieuc, Sceurs de la Croix.
4 Alby, Filles de Jésus ; Lyon, Sceurs de Fourviéres ; Nancy, Sceurs de Sainte-Chrétienne, Sceurs de la Providence ; Nantes, Sceurs Franciscaines, Sceurs du Bon- Pasteur; Rouen, Sceurs de Jésus-Christ ; Saint-Claude, Seurs Franciscaines; Tarbes, Sceurs de l’Immaculée- Conception de Lourdes. ;
> Angers, Petites Sours de Saint-Francgois; Annecy, Sceurs de la Charité; Bourges, Sceurs de I’Immaculée- Conception ; Rodez, Seurs de Saint-Joseph ; Toulouse, Sceurs de la Sainte-Famille; Alger, Sceurs de la Mission d’ Afrique.
6 Amiens, Filles du Sacré-Coour; Cambrai, Scurs Augustines; Montpellier, Franciscaines ; Paris, Sceurs de Notre-Dame-des-Anges ; Rodez, Swurs de Noire- Dame, autres Seurs de Notre-Dame; Saint-Dié, Sceurs Dominicaines ; Versailles, Sceurs du Tiers-Ordre, Dames Franciscaines ; Viviers, Sceurs de Saint-Joseph.
7 Belley, Fréres de la Sainte-Famille ; Nancy, Fréres de la Doctrine chrétienne ; Paris, Péres du Saint-Esprit.
beautés de la grandeur morale, ces congrégations, qui couvrent le sol de la patrie, ses colonies et ~ méme les pays étrangers de leurs vertus et de leurs services, forment une gloire qui assure a la France le premier rang dans le monde.
Dans l’Eglise il y a surtout les évéques, qui sont les pontifes, les docteurs, les pasteurs, les péres des peuples, et qui, depuis nos origines, ont mis la main 4 tout ce qui s’est fait de grand dans notre histoire. Pour les évéques, que faut-il faire? D’abord, les choisir parmi les plus dignes.
Aussi, le ministre des cultes invite, par lettre circulaire, tous les évéques de France a lui présenter pour Jl’épiscopat les membres du clergé dont ils pourront garantir les meérites ef’ les vertus', les deux pouvoirs ayant, dit-il, un point d’union : le bien de l’iglise et de la France... Pour les évéques, que faut-il faire ? Leur laisser la liberté. Aussi, au mépris des Articles organiques, les conciles provinciaux se réunissent avec un nouvel empressement, ils dénoncent les erreurs et les maux de Vheure présente, iis condamnent les crimes des impies, les crimes des habiles, les crimes des honnétes gens, jusque dans nos colonies, jusque sur la terre d@Afrique, jusque sur le sable des déserts, ou courent les Arabes et les lons 2... Pour les
* Cette lettre, qui fait tant d’honneur et au ministre qui écrit et au gouvernement qu’il représente, s’exprime ainsi :
« I] était précédemment d’usage au ministére d’inviter tous les cing ans NN. SS. les archevéques et évéques a désigner confidentiellement les ecclésiastiques quwils croiraient les plus dignes d’étre promus a l’épiscopat. Cette enquéte, si utile et si convenable a tous égards, n’a pas eu lieu depuis 1861. Pendant ces douze années, lEglise de France a éprouvé des pertes sensibles, et le gouvernement a du pourvoir a de nombreuses vacances. Les .ecclésiastiques qui avaient réuni le plus grand nombre de suffrages sont aujourd’hui a la téte d’un diocése, ou trop agés pour étre chargés utilement du lourd fardeau @une administration épiscopale. Quelques prélats ont bien voulu me donner de précieuses indications pour l'avenir; mais ces renseignements isolés peuvent avoir Vinconvénient d’attribuer a telle province ecclésiastique une part plus large dans les promotions quiil ne conviendrait équitablement de le faire. Le clergé frangais nest pas seulement a la téte du clergé catholique par son zéle, ses vertus et son exacte discipline ; ce n’est pas seulement le clergé missionnaire par excellence, qu’on retrouve sur tous les points du globe; ila repris ses traditions de travail et de science, que des devoirs plus urgents encore avaient pu faire négliger au commencement de ce siécle, et il est permis d’affirmer quil n’y a pas aujourd’hui un seul diocése qui ne compte plusieurs ecclésiastiques dignes 4 tous égardg des premiéres fonctions de l’Eglise, mais le plus souvent inconnus de l’administration centrale. J’ai done cru opportun de vous prier, Monseigneur, ainsi que vos vénérables collégues, de vouloir bien coopérer plus efficacement a4 ’cuvre importante que les conventions conclues avec le Saint-Siége ont attribuée au chef de VEtat, en désignant 4 son choix les membres de votre clergé, ou de tout autre diocése, dont vous pouvez personnellement garantir les mérites et les vertus... »
* Le concile provincial d’Alger, par exemple, tient, du 4 mai au 8 juin 1878, six sessions solennelles, quatorze congrégations générales et quatre-vingt-quatorze congrégations particuliéres. « Les décrets doctrinaux fulminérent hardiment contre les erreurs et les révoltes qui, aprés le concile du Vatican, continuaient 4 infirmer l’autorité du Saint-Siége, linfaillibilité pontificale, la valeur doctrinale du Syllabus. Ils visaient spécialement le schisme des Vieux catholiques et les illusions du libéra-
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évéques, que faut-il faire encore ? Augmenter leur prestige. Aussi, 4 toutes. les cérémonies religieuses, les autorités civiles et militaires se pressent dans les cathédrales, et lorsque ?@uvre des tombes et des priéres multiplie les monuments funébres pour les soldats morts au service de la patrie, cest avec une sympathie touchante que les representants de la France officielle aident les évéques a semer I’Evangile dans les malheurs publics.
Enfin, il y a le budget des cultes. Dans ce siécle des passions politiques, des partis et des opinions, qui sont aussi des passions, voulez-vous savoir a quel degré de respect, V’honneur et de popularité ‘se trouve l’Eglise sous un gouvernement quelcongue, aux jours de calme comme aux jours @orage? Examinez le budget des cultes! Car, depuis que Assemblée constituante, par un acte de spoliation inoui, a confisqué cette fortune qui, assise sur le sol par les générations, offrait en quelque sorte 4 l’Eglise l’image de sa propre perpétuité, avec le prestige et l’indépendance visa-vis les peuples, la religion, cette premiére des institutions sociales, semble, malgré les engagements les: plus solennels consignés dans les lois, n’avoir plus d’autre garantie qu’un article du budget... Kh bien, le dernier budget des cultes, celui de 1871, voté par Empire en 1870 ', est de 49.683.981 francs ; et le premier budget des cultes, celui de 1872, voté par Assemblée nationale en 4872, s’éleve au chiffre de 53.774.605 francs, soit une augmentation de plus de quatre millions °*. Oui, c’est le chiffre que le rapporteur de la commission, M. de la Bouillerie, vient proposer en face d’un budget de deux milliards quatre cents millions, et qui est adopté sans discussion, article par article, et dont Vensemble est voté par 596 voix contre zéro. L’Assemblée nationale déclare ainsi qu’elle veut protéger le sacerdoce, améliorer son sort, seconder son ministére, surtout dans le peuple, ’honorer partout; car elle ~ gait que si, en tout temps, il faut a la société des temples, des autels et des prétres, c'est aux jours de l’infortune surtout qu’elle a besoin de la foi, ‘du culte et de la morale, et qu’enfin le relevement du pays sera d’autant plus assuré que la religion y sera plus florissante.
Ajoutons toutes les libertés tacites qui n’ont pas besoin de loi, mais qui ont besoin de protection : liberté de prédication, liberté d’association, liberté de propriété, liberté de réunion, liberté des cercles d’ouvriers dans les villes et dans les campagnes, liberté des écoles, toutes ces libertés nécessaires a l|’Eglise pour qu’elle puisse se mou-
lisme de toute nuance. Sur chacun de ces points, Mgr Lavigerie, brisant avec l’Ecole qui avait fasciné sa jeunesse, se range déterminément parmi les grands évéques qui ont revendiqué la prérogative totale de VEglise dans la société. » Baunard, Le cardinal Lavigerie, 1, 408. f ;
4 Journal officiel, 23 mars 1870, p. 19. x
2 Ibid., 22 mars 1872; 24 mars (annexe n° 972) ; 1° et
avril, p. 2297; 20 avril, p. 2656.
voir dans tous les sens et n’¢tre génée nulle part‘. « Allez, semble-t-on dire au clergé, allez, venez ; parlez, agissez ; que vos temples couvrent le sol, que votre voix domine toutes les voix, que vos chants montent vers les cieux : l’Eglise qui civilise les races barbares reléve aussi les peuples déchus! »
O Mesdames et Messieurs, quel contraste dans notre histoire! Il y a quatre-vingts ans, l’Assemblée nationale de 1789, sous le nom d’Assemblée constituante, ne vyoyait dans l’Eglise que ténébres intellectuelles, fanatisme, oppression des consciences, abrutissement des peuples ; elle répudiait sa foi traditionnelle, elle reconstruisait la France en dehors du christianisme, sur les bases de la raison pure, au nom “des « Droits de Vhomme » : et aujourd’hui, aprés l’expérience de toutes les institutions, aprés les agitations du dedans et les secousses du dehors, aprés tant de drames sur tant de chemins d’aventure, VPAssemblée nationale de 1871, penchée sur des ruines fumantes qui temoignent encore plus de nos hontes que de nos malheurs, proclame que, pour revivre, la vieille France doit se rattacher, au nom des « Droits de Dieu, » 4 son immortelle - Eglise !
CONGREGATIONS ROMAINES
Saint-Office
=a 28 mars 1900.
Communication a un évéque @une réponse de la Propagande en date du 8 avril 1876, déclarant que les hérétiques, aussi bien ceux qui ont abjuré leur foi que ceux qui sont nés dans Vhérésie, peuvent se contenter dune abjuration faite devant quelques personnes, pourvu qu tls rompent complétement avec les hérétiques et s'abstiennent de tout ce qui pourrait étre regardé comme profession de Verreur.
Reverendissime Domine,
In Congregatione Generali habita feria rv, die 28 martii 1900, expensis Amplitudinis Tue precibus die I dicti signati, quibus petis, an abjuratio hereticorum recipi possit absque interventu Notarii, id est coram solo Sacerdote ab Episcopo delegato aut coram tali Sacerdote et teste, Eminentissimi Domini Cardinales una mecum Inquisitores Generales respondendum decreverunt :
Hereticorum abjurationem recipi posse coram quopiam ab Episcopo delegato ut Notario et aliquibus personis ut testibus.
' « Le clergé catholique, dit J. Simon 4 ce sujet, conserve tous les avantages que lui accorde le Concordat ef ne se soumet a aucune des restrictions et des génes que le Concordat lui impose. Jamais il n’ett obtenu une ielle situation sous Empire, sous Louis-Philippe, et méme sous Charles X. » J. Simon, Le Gouvernement
de M. Thiers, 11, 429.
Ad pleniorem vero Amplitudinis Tuxe informationem sequens Decretum tibi communicandum mandarunt.
Ex Litteris S. Congregationis de Propaganda Fide 8 aprilis 1876, ad Episc. Limericensem :
«Non est necesse, ut qui a catholica fide defecerunt, ad eamque postmodum veverti cupiunt, publicam abjurationem premittant, sed satis est, ut privatim coram paucis abjurent, dummodo tamen promissa servent ac revera abstineant communicare cum heereticis in spiritualibus aut quidquam facere quod heresis protestativum sit. Idem sentiendum de iis, qui heresim, in qua usque ab initio educati fuere, privatim abjurent. »
Fausta queeque ac felicia Tibi a Deo precor.
Uti frater,
Rmo Dno Episcopo N. L. M. Card. Paroccut.
AL 4 juillet 1900.
Iteretur sub conditione Ordinatio presbyter in qua prima manuun impositio facia est sine tactu physico.
Trés Saint Pére ', L’évéque de N., humblement prosterné aux pieds de Y.5., lui expose ce qui suit :
Dans Vordination d’un prétre, en juillet 1897, on fit la
premiére imposition des mains, mais ni l’évéque, ni les
prétres assistants ne touchérent physiquement la téte de l’ordonné.
Quelques-uns tiennent cette ordination comme yalide. Ils s’appuient sur Venseignement de Perrone, qui regarde la seconde imposition des mains comme la matiére essentielle du sacerdoce, la premiére n’étant accompagnée d’aucune parole qui en serait la forme.
Néanmoins, pour plus de stireté, le recourant demande ce qu'il doit faire dans loccurrence.
Feria tv, die 4 julii 1900.
In Congregatione Generali S. R. et U. Inquisitionis ab EEmis et RRmis DD. Cardinalibus Generalibus Inquisitoribus habita, exposito predicto dubio, preehabitoque RR. DD. Consultorum voto, iidem HE. ae RR. Patres rescribendum mandarunt :
Ordinationem esse tterandam ex integro sub conditione et secreto, quocumgue die, facto verbo cum SSmo ut suppleat de thesauro Ecclesiw, quatenus opus sit, pro Missis celebratis ut in casu.
Sequenti vero feria vi, die 6 ejusdem mensis et anni, in solita audientia SSmi Dni Nostri Leonis Div. Prov. Pp. XIII a R. P. D. Adsessore S. Officii habita, SSmus resolutionem EE. ac RR. Patrum adprobavit ac gratiam benigne concessit.