L’AMI
~ C’est donc un immense succés. Oserai-je le dire? Ce seul fait m’a rendu méfiant. J’ai vu si peu de succés de bon aloi et j’en ai tant vu de grossiers et d’anti-littéraires! Parlerai-je de ceux de Zola ou de Georges Ohnet? Cela m’entrainerait trop loin, et ce serait un volume que j’aurais 4 écrire. Un volume sur le roman dans l’Ami du Clergé / Que di- : rait mon savant maitre, le théologien?
‘ C’est donc avec une certaine crainte, presque avec une idée précongue, que j’ai ouvert ce livre. Mais maintenant que je lai lu, étudié, analysé, faisant abstraction de tous les éloges dithyrambiques et de toutes les critiques jalouses ou intéressées auxquels a donné lieu son apparition, je crois pouvoir dire que c’est une grande wmuvre. Peut-étre de plus savants que moi pourront-ils trouver qu'il s’y rencontre des erreurs historiques, notamment en ce qui concerne les faits et gestes de saint Pierre et de saint Paul, qui sont mélés 4 l’action. Mais il ne faut pas oublier quil s’'agit d’un roman, et d’un roman qui, tel menu fait y serait-il controuvé, est éminemment vrai dans la peinture qu’il nous donne de Vétat des ' esprits 4 l’époque choisie par son auteur. Si tel incident. de peu d’importance, et sur lequel les archéologues de Vhistoire peuvent. discuter a perte de vue, s’y rencontre ici ou 1a, il est un fait certain : c’est qu'il nous fait pénétrer l'd’me méme d'un peuple 2!’époque de transition la plus prononcée qu’il ait traversée, et que cette peinture est la vérité méme.
Je ne m’arréterai donc pas aux quelques critiques quun trés vieux et trés digne savant pourrait faire peut-étre au sujet d'une date ou d’un accident sans importance. Mais il en est d’autres qui méritent d’étre relevées, non pour leur valeur, certes, mais pour leur parti pris, leur mauvaise foi ou leur stupidité, car elles ont quelque succés dans un milieu qui pose pour l’exactitude historique et qui prétend 4 la science.
Henryk Sienkiewicz composant un roman des temps néroniens devait faire le portrait de Néron, et il l’a fait avec abondance, avec tous les détails propres 4 frapper, avec autant d’art que de vérité historique, en sorte que c’est bien un Néron vivant que nous avons devant nous, c’est-a-dire l’odieuse béte féroce qu’on sait, le monstre maladif, a la fois faible, lache et violent, le saltimbanque ridicule, acteur médiocre, chanteur vaniteux, cocher a ses heures, le ratésanguinaire, l’intellectuel efféminé et vicieux de l’époque, enfin le persécuteur
a par distraction de la Vérité naissante.
Sey Je voudrais citer beaucoup, mais ce serait don- ; ner a cet article trop d’étendue. Quelques lignes A du moins. L’auteur décrit les hécatombes pratiss quées par César au milieu méme de son entourage, et il ajoute :
Epouvanté du nombre des conjurés, César couvrit les murs de ses légions et mit Ja ville en état de siége, envoyant tous les jours, par des centurions, la mort aux suspects. Servilement, les condamnés, en des lettres adulatrices, remerciaient César de la sentence, lui laissant
une partie de leurs biens afin de sauver le reste pour — leurs enfants. Il semblait enfin’ que Néron dépassat a
dessein toute mesure, afin de sonder Vavilissement des -
hommes et leur patience 4 supporter ses lois sanglantes.
A la suite des conspirateurs furent exterminés leurs pa- — rents et leurs amis, méme les plus vagues. Les habi- —
tants des splendides maisons édifiées aprés lincendie
savaient qu’en sortant de chez eux ils verraient une ~
suite ininterrompue de funérailles.
Aprés Sénéque, Lucain, etc., Pompée, Cornelius
Martialis, Flavius Nepos et Statius Domitius pée-
rirent, accusés de manque de dévouement pour César. Novius Priscus trouva la mort comme ami
de Sénéque, etc. Le grand Thraséas fut perdu par :
sa vertu...
accés de fureur de César.
Le Sénat rampait devant leffroyable monarque, lui érigeait des temples, faisait des voeux pour sa voix, cou-
et Poppée elle méme fut victime d’un ~
dor,
connait ses statues et lui désignait des desservants, —
comme 4 un dieu. L’épouvante dans lame, les sénateurs se rendaient au Palatin afin d’exalter le chant du
« Périodonicés » et de délirer avee lui dans des orgies —
de chairs nues, de vin et de fleurs... -
Mais lentement, en bas, dans les sillons qu’abreu- |
vérent le sang et les larmes, germaient, toujours plus formidahbles, les semailles de Pierre.
Kt, d’autre part, la révolte des nations subjueuées grondait, de plus en plus menacante.
Lui continuait a vivre de théatre et de musique. Il sintéressait aux instruments nouvellement inventés et faisait essayer au Palatin un nouvel orgue hydraulique. Avec son esprit saugrenu et inapte 42 un plan ou 4 une
action raisonnable, il se figurait que annonce, d’une .
suite de représentations et de spectacles ultérieurs suffirait 4 détourner le danger. Voyant quindifférent 4 la lutte, il cherchait uniquement des paroles qui exprimassent le danger de la situation, ses intimes commencérent 2 perdre la téte. Quelques-uns supposaient qu’il essayait, par ses citations, de s’étourdir lui-méme et
d’étourdir son entourage. En effet, ses actes devinrent
fiévreux. Mille projets contradictoires traversaient son cerveau. Parfois il décidait de courir au devant du danger, faisait emballer les cithares et les luths, formait des bataillons d’amazones avec ses jeunes esclaves et donnait l’ordre de rapatrier les légions d’Orient. Parfois, au contraire, il s’imaginait qu'il apaiserait la révolte des Gaules non par ses armées, mais par son chant. Les légionnaires l’entoureraient, les yeux pleins de larmes, et entonneraient un épinicion qui marquerait le commencement de lage d’or pour Rome et pour César. Parfois il lui fallait du sang, puis il déclarait vouloir bien, lé cas échéant, se contenter du tétrarchat
d@Egypte. il se réclamait des devins qui lui avaient |
prédit Pempire de Jérusalem, ou larmoyait 4 la pensée daller, chanteur ambulant, gagner le pain quotidien. Kt les villes alors et les nations honoreraient en lui non point le souverain de l’ordre terrestre, mais le rhapsode sans rival... ‘
Ainsi il se démenait, délirait, chantait, jouait, changeait ses plans, changeait ses citations, transformait sa
vie et celle de ’univers en un cauchemar Aa la fois bis-
cornu, fantastique et effroyable, — en une turlupinade braillarde faite de sentences boursouflées, de pauvres vers, de gémissements, de larmes et de sang... Cependant, 2 VOuest, le nuage s’amoncelait, toujours plus dense, toujours plus opaque. La mesure était comble; la farce tirait 4 sa fin.
Voila ce qu’était Néron, le cabotin de la pire
espéce si admirablement dépeint déja dans Britannicus, et voilaé ce que ne veulent pas que
soit Néron nos modernes intellectuels. D’ou les critiques dont nous parlions plus haut.
Néron’ était un anticlérical’ : donc un esprit cultivé, éclairé, large et avancé. Néron était un
artiste, un dilettante, un sceptique, un étre au-
dessus de la foule vulgaire, en un mot un intellec-
tuel, un ancétre : done il devait, comme on dit,
avoir le geste élégant, et s’il frappait le peuple et les crédules bornés) ce n’était que justice, car c’est un devoir de tuer l’hydre de la superstition, et une nécessité pour les grands esprits de fouler aux
pieds la masse ignorante. Mais ce n'était pas, ce
ne pouvait étre wn grossier, un boucher, un rustre. Cet homme jouait de la cithare et chantait sur les planches, il savait conduire un char dans l’aréne; s'il se donnait des spectacles sanglants, envoyant aux bétes des milliers de chrétiens, d’eselaves, de gens qui ne comptent pas, ec’était par un raffinement d’esthéte et pour donner a son peuple, qu’il chérissait, de grands spectacles réconfortants. Cet
shomme était un grand homme, et s’il avait des
vices bien portés, glorieux, les bassesses et les
-lachetés qu’on Jui préte... ont été inventées par les
moines du moyen age!
‘Et la preuve, elle est toute psychologique comment voulez-vous qu’un esthéte anticlérical ne soit pas une perfection? Voyez plutét et jugez par ceux qui vivent autour de vous, de nos jours. Y a-t-il rien de supérieur ?
Oui, ce sont les moines du moyen 4ge gui ont fait ce Néron odieux qu’on nous sert dans nos livres de classe. Hux seuls étaient capables, avec leur imagination basse et malsaine, de créer un
' monstre semblable. II n’est pas possible que Néron ‘nait pas été un héros, et il est, au contraire, trés
vraisemblable que des multitudes de moines aient imaginé tant dinfamies. Ne sait-on pas qu’ils ont
-refait toute Vhistoire, toute l’antiquité ?
On ne dit pas si c’est 4 ces esprits déformés et malsains que nous devons, avec Tacite et les historiens qui l’ont suivi, Homére, Horace, Virgile, bref, tous les chefs-d’uvre du passé.
Je sais bien que vous objecterez qu'il est aussi simple de croire qu'il ait existé un Néron et bien d’autres monstres, que de penser qu’ils aient été inventés de toutes piéces par des moines quelconques. Mais ce n’est pas l’avis de nos intellectuels. Que voulez-vous y faire?
Je sais bien que vous m’opposerez les bétes fauves de 1793, prenves indiscutables de la férocité atroce en laquelle peuvent tomber des esprits dévoyés. Mais savez-vous si ce ne sont pas encore
les moines du xvé siécle qui ont inventé ces phé-
noménes? Vous me direz : « Mais ce n’est pas possible, puisqu’ils sont morts plusieurs siécles avant les saturnales et les noyades de 93! » C’est vrai, mais, voyez-vous, avec ces gens-la on peut s’attendre a tout. Ils sont si retors, si habiles, si puissants et si unis que, sur un seul mot de Rome, ils sont capables de tout quand il s’agit de défendre
Jeur cause.
Mais, poursuivrez-vous, la monstruosité de
Néron est démontrée par des inscriptions révéla-
trices sur des tombeaux, sur des monuments, sur des pierres des catacombes, par des palimpsestes
qu’il est impossible de falsifier. C’est possible, mais.
je suis bien str qu’un intellectuel aurait encore réponse 4 cela. Les intellectuels ont réponse a tout ce qui est simple, naturel et vraisemblable, et il n’y a que l’invraisemblable qui les séduit.
Done, pour eux, tout ce qui a fait de Néron un
étre monstrueux a été subtilement inventé, et c’est pourquoi le roman de Henryk Sienkiewicz est a leurs yeux une ceuvre d’ignorance et de passion.
Je voudrais bien savoir cependant celui d’entre
eux qui serait capable de faire revivre avec autant
de netteté, de force, d’éloquence et de couleur,
toute une époque !
Quo vadis est une résurrection, une évocation
saisissante de la vie romaine, 2 Rome particulié-
rement, au temps de Néron, évocation et je pourrais dire révélation pour la plupart des lecteurs, y compris ceux qui, parce qu'ils savent deux mots de latin, s’imaginent sérieusement quiils connaissént la Rome antique. Car il est a noter que cette oeuvre, 4 l’encontre de tant d’autres qui se bornent a faire revivre des personnages exceptionnels, des hommes illustres, des héros, des empe-
reurs, descend au contraire dans tous les détails.
de la vie populaire, pratique, usuelle, de cette vie dont nous vivons et qui, par suite, nous touche
davantage. Néron se trouve bien placé au premier — plan, mais avec lui c’est la Rome de son époque
que nous retrouvons dans Quo vadis. A la suite
de auteur, qui connait la ville dans tous ses détails, nous nous promenons dans les rues les plus illustres et les moins connues, sur les places des -
grands quartiers et des quartiers les plus pauvres. Puis, nous sortons de la cité et nous allons visiter les riches villas des alentours. Ici et 1a, nous entrons dans les maisons, ol nous sommes recus comme on recevait alors, au milieu des maitres et
des esclaves, nous pénétrons dans les salles di- |
verses, nous prenons part aux repas, aux fétes qui s’y donnent, ou bien nous vivons dans Jintimité des Romains de lépoque, que nous reconnaissons
d’ailleurs vite 4 leurs costumes, 4 leurs habitudes, —
a leur genre de conversation, a leurs gotits, 4 leurs préjugés. Bref, Sienkiewicz est un cicerone de premier choix et qui se distingue de ses confréres
que nous avons rencontrés en Italie ou ailleurs,
par cette qualité exceptionnelle qu’il ne parle jamais que de ce qu'il sait, et que tout ce qu'il dit est pour nous instruire et nous intéresser.
Et méme quand il nous dépeint Néron, ce n’est
pas seulement le Néron pontifiant et tronant, le César qui pose pour la galerie qu’il nous montre, c'est le Néron intime, dans sa vie privée, au moment ot il se livre et se trahit, c’est Vhomme chez Néron qu'il nous décrit. Nous le voyons marcher, nous l’entendons parler, nous assistons 4 ses orgies et nous surprenons ses confidences.
En un mot, nous vivons au milieu d’étres vivants, en chair et en os, loin des fictions banales
du romantisme. Et, s'il est vrai que tout consiste a bien définir et A bien peindre, Sienkiewicz a fait un chef-d’cuvre.
J’ajouterai que l’action est conduite avec une grande habileté, Vintérat allant toujours croissant & travers les 650 pages compactes du volume, sans parler de la grande variété des chapitres dans une rigoureuse unité, et de la profonde psychologie qui préside 4 1’étude de chaque caractére en cette époque si troublée et si complexe.
Il y aurait injustice enfin 4 ne pas signaler de magnifiques descriptions, comme celle des fétes de nuit atroces et honteuses oti les chrétiens couverts de résine et liés 4 des poteaux servaient de lampadaires aux fous de la décadence romaine, et ces vivantes et terrifiantes peintares de lincendie de Rome et des atrocités du cirque. Il y a peu de tableaux plus saisissants que celui de cette scéne de VamphithéAtre ot Lygie, la fille du roi des Lygiens, vierge chrétienne dont les vertus et ’héroisme ont amené au christianisme le propre neveu de Pétrone, son fiancé, apparait héroique et superbe, modeste et résignée, liée pour le supplice toute nue sur les cornes d’un taureau sauvage, et qui est délivrée parla force herculéenne d’Ursus, un ancien esclave chrétien, et aussi par les accla-
-mations unanimes du peuple, auxquelles César est obligé de céder.
Et maintenant, quwimporte une analyse, naturellement froide, du roman? Tout le mérite de Voeuvre ne réside-t-il pas dans la maniére dont le sujet est traité, dans le mérite littéraire de Vauteur qui apparait pleinement méme a travers une traduction, dans les descriptions, dans la variété des tableaux, dans l’esprit philosophique du roman,
dans sa vérité? Pourtant, et pour étre complet,.
résumons a la hate Vintrigue.
Vinicius, jeune patricien, neveu de Pétrone, un de ceux qui sont invités chez Néron, revenant de la guerre, découvre un jour, chez des amis, une merveille de grace etde beauté, Lygie, la fille captive du roi des Lygiens, amenée a Rome en otage. Paien et tout-puissant, que peut-il faire, sinon décider qu’elle sera son esclave? Et quel obstacle pourrait bien arréter ses projets? Lequel? Le christianisme! La jeune fille est chrétienne, elle peut devenir la femme de Vinicius; sa concubine, jamais! Vinicius qui n’entend rien encore a la
doctrine chrétienne et qui ne connait que la loi de la force mettra tout en cuvre, avec Pétrone, pour semparer de Lygie, d’ou mille péripéties auxquelles Néron se trouve mélé. Rien ne réussit, et Vinicius, aprés diverses aventures, amené 4 connaitre les chrétiens et a comprendre leurs vertus, et tout particuliérement celle de Lygie, commence & ouvrir les yeux, a respecter la femme, 4 marcher vers la Vérité. Peu a peu, plusieurs événements y ~ aidant, il se sent chrétien de coeur. Les apétres surgissent et des persécutions commencent; il devient chrétien baptisé. Kt c’est alors que le drame se fait terrible, car c'est Ace moment que Lygie est livrée aux bétes. Nous avons dit comment elle fut
Auk ne
sauvée ; il ne nous reste qu’a ajouter que les deux chrétiens, fuyant Rome, purent enfin s’unir, au moment ot Néron allait, dans un misérable suicide, expier sa vie criminelle.
Deux mots encore. Le livre peut-il étre mis, — entre toutes les mains? Voici ma réponse : Quo — vadis ne serait pas un roman complet s’il ne révélait pas les orgies de la décadence romaine. Il ~ devait méme, pour montrer le contraste entre le paganisme et le catholicisme, décrire ces orgies et ces vices. Il Va fait, et sans en rien cacher, mais, en dépit de certaines crudités de peinture, d’une fagon qui souléverait plutét le dégotit pour ces turpitudes; et je connais bien des romans dits chrétiens dans lesquels il n’y aurait pas 4 relever une seule de ces expressions ou peintures réalistes, mais qui, par la mauvaise sentimentalité et la réverie qui les inspirent, me paraissent beaucoup plus dangereuxw, parce quils ont pour effet de développer jusqu’a un excés maladif l’imagination et la sensibilité. Dans Quo vadis, le péril est.
d’un autre genre. La thése d’apologétique qu’a
certainement voulue l’auteur est excellente et trés forte, mais beaucoup de détails sont d’un scabreux qui trouve dans le fomes peccati que nous a laissé le péché originel un complice toujours trop empressé pour que nous osions, sauf exceptions légitimes, recommander I’étude de cette ceuvre & quiconque n’aurait pas des motifs trés sérieux de se la permeitre.
Pour terminer, un conseil a tous les lecteurs de ce roman qui ne seraient pas des érudits. Comme il s’y trouve un grand nombre d’expressions antiques relatives a Vhabitation, au costume, aux. usages de l’époque, ils feraient bien de s’aider d’un dictionnaire illustré, tel que celui des Antiquités romaines et grecques de Rich, et, tout en jouissant du roman lui-méme, ils tireraient un grand avantage de cette lecture. Ils arriveraient 4 connaitre, sans fatigue aucune, toute la vie romaine en sas habitudes quotidiennes.. ;
PSS
2° Comptes rendus bibliographiques
La science et les faits surnaturels contemporains. Les vrais et les faux miracles, par le R. P. Lescceur, de l’Oratoire. — 2e édition entiérement refondue et considérablement augmentée. — Paris, Roger et Chernoviz, 1900. — In-42 de x11-280 p., 3 fr. -
Ce livre n’est pas nouveau, si l’on s’en rapporte a la date de la premiére publication ; il est entiérement nouveau, si lon considére ses derniéres proporticns, car cette seconde édition est le double de la premiére, sans compter qwil est devenu de la derniére actualité et que tout ce que le savant auteur y a ajouté augmente sa déja grande valeur.
Le sujet demande une grande science, une grande prudence, une doctrine trés sire. Peu d’écrivains, par suite, étaient mieux préparés que le R. P. Lesceeur a le traiter. natty
Kt ici, il me sera bien permis d’ouvrir une parenthése, pour redire ce que je disais déja au sujet du ma-
y. ae het a at « 1%
gnifique ouvrage du cardinal Perraud sur Le Pére:
Gratry, a savoir le bien immense que ces prétres de VOratoire ont fait, par leur science, leur vertu et leur sage modernisme, si je puis me servir de cette expression, a tant de chrétiens désirenx de s’instruire. Et ce
,disant, je sens que je ne fais que trés petitement payer
une grosse dette de reconnaissance.
Quand on ouvre une parenthése, rien n’est plus simple que d’en ouvrir une seconde. Celle-ci est beaucoup plus grave et compromettante, mais elle n’est peut-étre pas dénuée d’interét en ses résultats, et, dailleurs, puisquelle est ouverte, il faut bien y entrer, ne serait-ce que pour arriver ala fermer. Done, je vais aller jusqu’au bout.
Il ne-s’agit pas d’étre un pur critique littéraire et meme un savant — ce a quoi je n’ai nulle prétention —
our faire une étude sérieuse d’ouvrages qui roulent sur
~ les faits surnaturels. Des hommes trés érudits risque-
raient d’y faire fausse route, et je ne crois pas qu'il y ait de sujet sur lequel aient davantage divagué ignorants et savants. Pour parler de ces, choses, il faut avoir fait table rase de tous préjugés, soit pour, soit contre. Et ceux-la seuls peuvent arriver A cet état d’esprit qui, avec des études spéciales trés consciencieuses et pas mal de scepticisme personnel, ensont venus A se convaincre de la réalité indiscutable de certains faits absoluments extranaturels. de visu. C’est le cas de l’auteur de ces lignes. Et il a fait plus que voir. Convaincu que
tout était supercherie dans ces questions, il a eu le tort
un jour de youloir expérimenter par lui-méme, et les
résultats qu'il a obtenus ont été indéniables.
Nexagérons rien. Ily a, de la part de ceux quise livrent au magnétisme et au spiritisme, beaucoup de charlatanisme, la plupart du temps, 4 ce point que nous avons été stupéfaits, en regard des faits que nous avions obtenus, de Venfantillage de certaines démonstrations anodines de professionnels illustres, et trés illustres. Mais il est aussi incontestable, pour tout esprit net, posé, réfléchi, que d’autres faits se produisent, qui ne peuvent absolument s’expliquer que par l’intervention extranaturelle d’intelligences inconnues, — jé dis inconnues, pour éviter de dire diaboliques.
Le magnétisme peut produire des phénoménes absolument extraordinaires et qui prouvent que nous ignorons encore certaines lois naturelles. C’est ainsi que nous avons fait transpirér a grosses gouttes un sujet endormi, en lui persuadant quwil faisait une chaleur
~ €6touffante dans un appartement frais, et que nous lui
avons donné la chair de poule visible 4 tous les yeux, ‘en présence d’un grand feu, parce que nous lui suggérions quw’il se trouvait sur les glaciers du Mont-Blanc. Ce fait pris entre cent autres. Mais, je le répéte, ces
phénoménes ne dépassent pas ordre physique.
Par contre, il en est d’autres qui ne peuvent absolu- “ment pas s’expliquer matériellement, et s'il y a faute a hypnotiser quelqu’un, parce qu’il est défendu a n’importe qui d’abdiquer sa personnalité et que le sujet hypnotisé abdique si bien sa personnalité qu’on pourrait lui faire commettre un crime le lendemain, a heure fixe et a Vétat de veille, en le lui commandant, il y a faute ‘beaucoup plus graye encore a s’adonner au spiritisme, et aux évocations et consultations des esprits, parce qwil arrive alors qu’on sort de toute expérience purement matérielle et qu’on se met en relations avec des intelligences inconnues qui ne peuvent étre que diaboliques, Dieu ne pouvant permettre aux dames saintes de descendre aux manceuvres ridicules de l’évocation.
J’ai vu une table tournante donner le nom d’une personne que tout le monde ignorait dans le petit cercle qui s’intéressait ace jeu tout a fait répréhensible. Renseignements pris, j’ai eu la certitude que la table avait donné le nom exact. Sur ce point, je n’ai aucun doute, n’en déplaise aux gens qui posent pour le scepticisme absolu et qui nient parce qu'il n’ont pas vu. Est-ce que ce phénoméne peut s’expliquer matériellement? Non. J’ai vu... mais je n’en finirais pas de raconter ces faits, et comme je ne suis nullement porté a croire facilement au merveilleux, je me borne, devant le haussement d’épaules de ceux quinient, a songer a tout ce que Vignorance, le préjugé et Vinexpérience a cause et cause encore d’erreurs et de faux jugements. — :
Jai hate d’ajouter que ceux qui croiraient a tout ce que disent les tables tournantes seraient des fous, car a
—@dté de vérités extraordinaires, elles prodiguent les
mensonges les plus extravagants, ce qui prouve encore, n’en déplaise aux matérialistes, que l’esprit qui agit en ces circonstances, car il y ena un, sans qu’un doute puisse s’élever un instant chez ceux qui savent, est un
esprit de mensonge et d’erreur, autrement dit l’esprit |
du mal, d’ou le vrai crime qu’il y a 4 l’'invoquer.
L’auteur laique de ces lignes éprouve le besvin d’ajouter, désireux d’éviter tout scandale, que, depuis le jour ou il s'est conyaincu de cette vérité, et depuis cette expérience qu'il a faite parce qu'il était convaineu alors que toutes. les histoires qu’il avait entendu raconter sur ces fameuses tables étaient des contes des mille et une nuits, l’auteur éprouve le besoin d’ajouter qu'il n’a jamais plus. renouvelé ces tentatives et qu'il regretie sincérement, en dépit de lVexcuse de son incrédulité, d’y avoir cédé une fois.
Que si d’autres m’objectent qu’ils ne sont jamais parvenus a obienir l’ombre d’un résultat, je leur répondrai: « C’est possible ; je ne sais pourquoi; je ne sais rien de plus que ce que je dis; je ne cherche pasa expliquer; mais ce que j’ai vu, je l’ai vu; ce gue je sais, je le sais; et vous seriez dix mille 4 me dire que je me suis trompé, que j’ai été dupe d’une erreur, d’une illusion, que je vous répondrais : non! Et toutes les personnes
qui se trouvaient avec moi vous répondront la méme
chose. » .
Donec, que les savants nient ou ne nient pas, je ne m’en soucie aucunement : le fait existe, et il se produit des phénoménes que nulle’ combinaison physique ne saurait expliquer. Il’ existe des faits qui demontrent, sans gu’un doute soit permis, la présence et l’action des esprits.
La parenthése est un peu longue, mais elle ne sort pas du sujet, au contraire, car tout ce que dit le R. P. Lescceur, en son ouvrage d’un exceptionnel intérét, tout ce qu'il raconte de faits plus extraordinaires encore,
confirmés par les savants lesplus incrédules, venus des
doctrines les plus opposées, vivant dans les milieux les plus différents, savants des quatre coins du monde et se trouvant tous d’accord pour affirmer les mémes phénoménes, ne fait que contirmer ce que je sais.
Oui, il y a des supercheries ; oui, il y a beaucoup de choses que la seule science expliquera un jour, par Vélectricité, par un fluide inconnu, quesais-je? mais il y en a aussi qui démontrent d’une facon si nette, si précise, si indiscutable l’intervention d’intelligences supérieures, que cette intervention extranaturelle ne fait plus de doute que pour ceux qui ne savent pas.
Et dailleurs, la science a fait sur ce point un pas énorme. Hier encore, elle se bornait 4 nier, et, avec une orgueilleuse suffisance, tout en affirmant qu’elle repose sur Pétude des faits,a déclarer purement et simplement que les faits préternaturels étant contraires a la vérité (laquelle? celle de l’expérience des faits), il suffisait de les rejeter comme non avenus.
Ces phénomeénes renversant toute la doctrine rationa-
liste, il était du devoir du rationaliste de les nier. ~
Pauvre doctrine ! : :
Aujourd’hui, tout est changé. Ces faits extranaturels se sont imposés de telle sorte aux savants les plus incrédules, par leur multiplicité et leur incontestable véracité, que la science a retourné sa veste. He s’indigne maintenant de ce que les savants d’hier aient eu la paresse coupable de ne pas étudier ces choses, Vorgueil de les nier sans avoir voulu voir par eux-mémes. Hlle déclare gue ces savants, dont la pretention était de faire reposer toute leur science sur les témoignages des faits, ont failli 4 tous leurs devoirs, ont été au-dessous de la mission qwils se donnaient, en se refusant orgueilleusement et pour s’éviter le désagrément de se rétracter, a étudier les phénomenes qui leur étaient signalés et dont l’existence aujourd’hui ne fait plus de doute pour personne @instruit.
Tout le chapitre du livre du P. Lescceur, relatif a cette volte-fauce de la science au sujet du préternaturel et aux témoignages irréfragables des savants modernes en faveur de son existence, est 4 lire, a méditer, a retenir. Il tend a prouver et il prouve que, sauf chez des esprits prévenus ou totalement incultes et chez ceux qui ne veulent pas voir pour n’étre pas obligés de conelure, ce préternaturel ne fait plus de doute pour personne.
Kt c’est ce qui justifie ces paroles de M. Brunetiére : « Oui, si quelques vieux hommes sont encore tout gon-
flés d’orgueil rationaliste, ils sont aujourd’hui parmi-
nous les représentants d’un autre age! Mais ce n’est pas eux qui arréteront le mouvement commencé... »
On sait dailleurs que M. Brunetiére, 4 la fois conduit vers le catholicisme par son érudition exceptionnelle et par la sincérité de ses recherches pour atteindre la vérité, est arrivé a faire des déclarations beaucoup plus nettes ef positives encore, et lon mignore pas quel mouvement s’est produit, en ces derniers temps, chez les
esprits les plus élevés et les plus grands de cette fin de siécle, les conduisant du scepticisme au spiritualisme, du spiritualisme au christianisme et du christianisme 2 la pratique catholique. Les noms des Huysmans, des Paul Bourget et des Coppée surtout sont sur toutes les lévres. ; Pauyre Renan qui ne-craignait pas d’écrire, il n’y a pourtant que quelques années : (La question du surnatarel est pour nous tranchée avec une entiére certitude, par cette seule raison qu’il n’y a pas lieu de croire a
‘une chose dont le monde n’offre aucune trace expéri-
mentale. »
Pauvre Renan qui ajoutait :« Si le miracle a quelque réalité, mon livre n’est qu'un tissu d’erreurs. »
Que dirait-il, aujourd’hni, ce colossalement surfait, ce prétendu philosophe par lequel jurent tous ceux... qui ne l’ont pas lu, si précisément on lui démontrait que la preuve expérimentale du surnaturel est faite, que le préternaturel est démontré et, par suite, selon sa propre parole, que son livre n’est qu’un tissu d’erreurs? ;
Que dirait-il, s'il voyait en quel mépris les vrais
‘savants d’aujourd’hui ont ces dénégations niaises et
coupables d’hier? Sans doute, habile commeil Vétait, et toujours prét a suivre le mouvement des esprits, loin de le diriger, ondoyant et changeant, il trouverait par ses subterfuges et ses phrases émiellées, un moyen de se tirer d’affaire aux yeux des superficiels. Mais il n’en reste pas moins, et c’est sur quoi le R. P. Lescceur insiste avec autant de précision que de justice, que Renan a démoli lui-méme son ceuvre néfaste.
Ou, pour mieux dire, cest le rationalisme, dont Renan était Vinfaillible pontife, la lumiére et la gloire, qui s’anéantit lui-méme. Le rationalisme ne jurait que par les faits, il ne vivait que du témoignage des faits, le fait était son premier ef son dernier mot, et tout ce qui n’était pas un fait ne.comptait pas. Or, sil voulait des faits, il en a 4 foison, tous concordants, — ce qui finit par faire une loi, — quwils viennent du nord ou du midi, de sceptiques ou d’incrédules, et tous ces faits
contredisent ce qu’il avait enseigné.
« La Providence, dit le R. P. Lescceur, ne fait ni ne permet rien en vain. Jl nous a semble voir, dans tous ces faits, comme une invitation adressée a la science ennemie du surnaturel, une sorte de sommation. Laquelle? De croire a l Evangile? Pas encore. Mais seulement d’étudier attentivement, jusqu’au fond, le miracle, ce phénoméne que Renan déclarait dénué de toute réalité.
« Qu’on veuille bien le remarquer : si, suivant Renan, un seul miracle prouvé met a néant toute sa thése contre le surnaturel, réciproguement un seul miracle prouvé rétablit logiquement toutes les théses traditionnelles que la philosophie séparée met de cdté de nos jours, avec une si déplorable unanimité, etc. »
Bt plus loin, il ajoute, avec grande raison: « Ona
beaucoup parlé, dans ces derniers temps, des faillites,
sinon des banqueroutes, de la science : expression a notre sens inexacte. Ce n’est pas la faillite de; la « science, » c'est la banquerouie du « rationalisme » qu’il
' faut dire. La science proprement dite, quand elle reste
dans son domaine, qui est l'étude expérimentale des faits avec le secours de la raison, reste inattaquable et doit rester inattaquée. » i
Et c’est précisément cette étude expérimentale des faits qui l’a amenée a reconnaitre publiquement l’existence indiscutable de phénoménes extranaturels, et quand je dis publiquement, ce n’est pas seulement par les écrits, les articles de journaux ou de revues, les
livres, c’est en pleine séance de l’Académie des sciences.
On voit, Vaprés ce qui précéde, que le bel ouvrage du R. P. Lesceur, qui d’ailleurs ne s’en tient pas a parler des faux miracles et des vrais, mais dont le sujet est trés élargi, comme il arrive sous la plume de tout esprit supérieur, devient en somme wun véritable ouvrage d’apologétique chrétienne, d’apologétique procédant par la démonstration de faits extraordinaires contemporains. Ht il faut avouer que jamais pent-étre, depuis les manifestations spirites jusqu’aux glorieux miracles de Lourdes, ces faits n’ont eté si nombreux.
(J’ouvre ici une troisiéme parenthése, et e’est pour m’excuser, au point de vue littéraire, de la répétition fatigante du méme mot: le fait. Que voulez-vous, cher lecteur, la science ou la prétendue science moderne ne parle que de faits! Je suis bien obligé de la suivre sur son terrain).
Tout VPouvrage repose, en somme, sur un syllogisme et une conclusion a laquelle aucun esprit vraiment oultivé ne saurait échapper : les faits surnaturels sont
prouvés, done le surnaturel existe, et, s'il existe, c’est le catholicisme-qui est démontré.
Et eest a cette démonstration que tendent tous les chapitres de ce remarquable ouvrage, dont nous ne saurions trop recommander la lecture et la propagande. C’est assurément un des meilleurs, et de beaucoup, que nous connaissions — et sur ces questions, nous en avons étudié un trés grand nombre — pour les esprits positifs qui prétendent a la science parce qu’ils sont consacrés aux sciences exactes, et qui, netant gnére susceptibles de se soumettre ades argumentations purement philosophiques, sont tout préts a céder aux preuves expérimentales. :
Ceux-ld, s’ils sont de bonne foi, seront convaincus.
Et d’ailleurs, c’est 4 tous que ce livre peut faire un bien immense, par la force et la simplicité de son argumentation, 4 tous et surtout a ceux qui ont cru a Renan. , ‘
Aussi bien, parmi ’unanimité des éloges quwil a rencontrés, suis-je un peu surpris de rencontrer une critique provenant d’un auteur quia beaucoup écrit sur les questions extranaturelles. Le docteur Surbled, dans un numéro de la Revue du Clergé Francais, n’a-t-il pas tenté de démontrer que le Pére Lescwur avait commis une erreur de tuctique? Laquelle? Jene vois pas. Je dirai plus : je n’admets pas qu'il y ait de tactique a suivre dans la défense pure et simple de la doctrine. Tactigue me parait, pour cette grande mission, bien mesquin. Peut-étre peut-il y avoir des tactiques en politique, dans la presse quotidienne, — bien que j'estime que la meilleure de tontes soit toujours la plus grande franchise, la plus absolue simplicité et loyauteé,. je veux dire l’absence de toute tactique ; — mais, pour les questions de doctrine, il ne me semble méme pas que la question puisse se soulever. La vérité est la vérité, Verreur est erreur, et il n’y a pas d’autre chose a examiner que de savoir bien prouver que la vérité est la vérité et que erreur est Verreur.
M. Surbled accuse Ie Pére Lescceur d’avoir un faible pour les spirites et de les gratifier de toutes les-qualités connues et inconnues. J’ai lu ’ouvrage du Pére Lescceur dun bout 4 Vautre, et je déclare que, ni dans les détails, ni dans l’ensemble, nulle part je n’ai découvert aucun mot qui puisse préter a cette critique.
L’auteur a un faible — si l’on peut dire — pour les savants de tout ordre qui ont eu le courage, aprés les avoir constatés, de reconnaitre publiquement l’existence de faits préternaturels. Et ce faible, je le partage entiérement avec lui, me souvenant que de longues années ont passé durant lesquelles les savants n’avaient pas la force d’étudier ces faits et, les ayant vus, de les déclarer exacts, mais seulement celle de tromper le public en les niant, parce que leur existence dérangeait leurs docirines.
J’ai un faible pour eux, parce qu’ils ont déclaré ce quwils avaient vu, en sachant que cette déclaration ne pouvait que leur nuire 4 l’égard de ceux qui ne savent pas, qui n’ont pas vu et qui, comme tous les hommes ignorants, haussent les épaules devant ce qui dépasse leurs esprits bornés.
J’ai un faible pour eux, parce que tout en reconnaissant ce quil y a de démontré dans le surnaturel, ils ne sont ni des spirites, ni des farceurs préts a tout accepter, mais au contraire des gens sérieax qui n’ont pris part aux expériences qu’avec Vidée premiére d’y découvrir des supercheries.
L’un de ces savants a écrit: « Le plus souvent, la prestidigitation et le charlatanisme arrivent, avec les seules ressources de la nature, a faire parler les tables; mais quelquefois l’action diabolique préside a l’opération et lui donne un caractére nettement surnaturel, magique et malfaisant. »
Et Vopinion de ce savant est exactement la mienne, exactement celle du R. P. Lescceur, et ce savant s’appelle le docteur Surbled. En sorte que j’en reviens ame demander encore ce qu'il reproche au Pére Lescoeur.
il est vrai que le docteur Surbled ajoute a cette premiére critique un blame beaucoup plus sérieux, puisquil touche a une question de principe: A savoir; qu’on ne doit pas révéler des faits diaboliques, c’est-a-dire le mal, pour arriver au bien, autrement dit qu'il faut cacher ce qui est par crainte que le lecteur se lance dans le spiritisme. Je me demande d’abord si M. Surbled Jui-méme a toujours évité cet écueil, et secondement si c'est une doctrine bien stire, bien conforme a la théologie, de laisser les esprits instruits — car il ny a que ceux-la qui liront un ouvragé intitulé: La science
ry
es
et les faits surnaturels contemporains — dans Vigno- - rance absolue des faits extra-naturels que connaissent tous ceux qui lisent. i Quant a savoir si le Pére Loseceur a eu tort de eroire que la démonstration de ces faits pouvait servir A la cause de la vérité, j’en reviens 4 l’argumentation de tout AVheure : si des faits non matériels sont démontrés, Cest. que l’extra-naturel existe, c'est que le spiritualisme est la vérité, et si le spiritualisme est la vérité, cest le christianisme qui est prouvé.
Kt la preuye que cet argument est incontestable, c'est que les. matérialistes se refuseront 4 en admettre les prémisses, car s’ils les admettaient ils seraient obligés @aller jusqu’au bout, c’est-a-dire jusqu’a la pratique religieuse. ey
Kt je ne crois pas qu’une critique puisse tenir 1a contre.
Aussi me sera-t-il permis de conelure par ces mots. Heureux si cette étude fait lire l’ouvrage a quelques sceptiques !
Science et religiom. — Brochures in-46 de 64 p., a0 fr. 60. — Paris, Bloud.
Plus de quarante brochures nouvelles 4 signaler dans Vexcellente collection, dont le développement rapide est un signe précieux de la place de plus en plus grande que prennent les questions religieuses dans les préoccupations du public.
On-aimera surtout a lire celles de ces brochures ot des spécialistes nous apportent les documents les plus exacts et les plus curieux sur les religions étrangeres, trop vaguement connues parminous: L’Hglise grecqueorthodowe et Vunion, par le P. Tournebize, en 2 fascicules : — Le Mouvement religieux en Angleterre au XIX°* siécle, parle P. Ragey, 3 fascicules, traitant successivement de l Anglicanisme, du Ritualisme et du Catholicisme (nos lecteurs ont eu la primeur de quelques-unes de ces pages, ceuvre de l’observateur le plus pénétrant des choses d’Angleterre);— Le Brahmanisme, par Ch. Godard, professeur agrégé de l Université ; — Le Fakirisme, les Fakirs et leurs prestiges, par le méme; — L’Occultisme contemporain, ses doctrines et ses divers systemes, par le méme; — Le Monde juif au temps de Jésus-Christ et des Apotres, par Yabbé Beurlier, en 2 fascicules, résumé, bondé de faits,
mais trés clair et vivant, de toutes les données de Vhistoire et de la critique contemporaine sur ces questions difficiles dont nos lecteurs se montrent si souvent preoccupés. ;
De bons travaux sur l’Ecriture Sainte : La Bible depuis ses origines jusqua nos jours, par l’abbé Chauvin, supérieur du Petit Séminaire de Mayenne, en 2 fascicules; lo La Bible chez les Juifs, et 2° La Bible dans Uglise catholique (tout ce qwil y a de plus conservateur);:— L’Autorité humaine des Livres saints, par le P. Méchineau; —L’ Origine apostolique du Nouveau Tes-
tament,par le méme (bon exposé, en particulier, avec refutation, de la théorie documentaire) ; — La Bible ét les théories scientifiques, par labbé Colomer, professeur au Grand Séminaire de Perpignan (revendiquel’indépendance du savant sur le terrain scientifique: « Sil n’y a point d’enseignement scientifique dans la Bible, il n’y a point non plus desystéme scientifique dans la tradition qui le commente. ») - :
Etudes dogmatiques : Le Péché ortginel dans Adam et ses descendants, par le P. Le Bachelet, en 2 fascicules: 1° Justice et chute originelle, et 2° La tache héréditaire (les enfants morts sans baptéme, la raison et le péché originel, ete.); — Masard ow Providence, le probléme des causes finales, parle P. Folghera (dif-
ficultés: le mécanisme; l’évolutionnisme ; l’arguiment
téléologique); — Le Probleme de la souffrance humaine, par le P. Badet, un de nos plus éloguents apo- -logistes : triple solution: la souffrance le préserve et purifie, 2° perfectionne et grandit, 3° christianise. et sanctifie; — Les Raisons de ma croyance, par le car - dinal Manning, en 2 fascicules, travail écrit par 1 illustre converti en voyage, écrit « comme vole le corbeau, d’un long vol, planant au-dessus des vastes espaces et sans dévier de la ligne droite », @ou « beaucoup de choses omises qui auraient pu étre dites », « la continuité et la logique du raisonnement ont été la principale préocetpation » de l’auteur (d’importantes notes ont été ajoutees par le traducteur); — Le Dogme de lEucharistie,
Essai dexplication, par le P. Leray, eudiste (« expli-
que » peude chose et part en guerre contre certaines
be
“CLERGH
théories scolastiques, ce qui est peut-étre son droit, mais n’a rien a voir en tout cas avec le but de la collection Science et religion, qui est wuvre dapologétique et non cuvre de polémique entre catholiques).
Ktudes sociales: Le Régime corporatif et Vorganisation du travail, par le P. de Paseal, en 2 fascicales, envisageant 1° le passé et 2° Vavenir; — trois opuscules magistraux du P. Montagne, professeur a |’ Université catholique de Toulouse, sur Vorigine de la société: lo Théorie du contrat social, 2° Théorie deVorganisme social @Mapres Vécole naturaliste (énergies sourdes de la maticre en évolution), 8° Théorie de Vétre social dapres saint Thomas et la philosophie chrétienne.
Surtout on se délectera aux trois brochures du P. Ortolan, toujours mordant et toujours impeccable quand il touche a Vhistoire des sciences et A Vappoint qu’y a apporté l’Eghse: Rivalités scientifiques ou la science catholique et la prétendue impartialité des historienms : t. 1, La Manie du dénigrement (comment on. écrit Vhistoireides sciences); t. 1, Fausses réputations, « légers croquis » ; t. m1, Les Oubliés.
Aux éducateurs : Les Qualités de Uéducateur, par M. Guibert, de Saint-Sulpice; — La Conservation de énergie et la liberté morale, parle P. de Munnynck, professeur 4 Louvain (réfutation serrée du déterminisme) ;— L'Hducation supérieure des femmes, par Mgr Spalding, traduit de Vanglais par l’abbé F. Klein; | — Le beau dans les euvres littéraires, par M. Gaborit; — Le mouvement fénrviniste, ses causes, son avenir, solution chrétienne, par la comtesse Marie de Villermont, en 2 fascicules (origines de ia suprématie masculine, question des salaires, des droits politiques, de l'éducation, discussion du code Napoléon, etc.) ; — La liberté @Wenseignement, apercu historique, par A. Laurent (trop incomplet et fragmentaire). £3
Un exposé court, mais précis et piquant, du Monde des esprits, par dom Maréchaux (anges et démons; mode d’action ; action angélique et action démoniaque) ; — quelques relations des phénoménes rares dans Les morts reviendront-ils ? par J. Bertrand ; — et quelques brochures de moindre importance : Qu’est-ce que le miracle? par W. Coste; — Evolution, progrés-et liberté, par P. Vallet; — Le probléme de la vie, par C. Mano;— Le matérialisme et la nature de Vhomme, par G. Contestin.
be sacramentalibus, Disquisitio scholastico— dogmaiica, auctore Guillelmo Arendt, Societatis Jesu sacerdote. — Editio altera emendata. — Rome venale prostat lib. 5 apud Analectorum — Editorem. — Jn-8 de 416 pages.
Ce travail trés complet et toul 4 fait neuf est divisé en vingt-huit articles, que nous allons analyser sommairement. "
I..Ce que sont les sacramentaux, guoad nomen et quoad rem. — Il. Leur division. — III. Leur cause — matérielle. — 1V. Leur cause formelle. — V. Des causes — en général et de la causalite du signe. — VI. Les sacra-
mentaux ont la causalité du signe pratique. — Nature > ne - deja vertu spirituelle des sacramentaux. — VII. Effets
surnaturels qu’on peut aitribuer aux sacramentaux. — VIII. Comment le péché véniel est remis. — IX. Comment les sacramentaux produisent la rémission du péché véniel. — X. Etat de la controverse au sujet de la rémission des péchés véniels par les sacramentaux., — XI. Arguments du sentiment affirmatif. — XII. Du pouvoir ministériel de bénir donné a I’Eglise. — Ktat de la question. — Définition et division de la bénédiction. — XIII. Du pouyoir ministériel de bénir dans VAncien Testament. — De la bénédiction sacerdotale dans la pratique de la synagogue. — Les Péres ont-ils exelo la bénédiction spirituelle de la loi ancienne? — XIV. Comment le pouvoir de bénir qu’on trouvait dans l’Ancien Testament était un motif d'introduire la bénédiction dans la loi nouvelle. — XV. Tradition chrétienne au sujet du pouvoir ministériel de bénir. — XVI. Vestiges de la bénédiction du prétre dans les livres apostoliques et de Vére des apolres. — XVII. Jésus-Christ a donné aux apdtres le pouvoir de la bénédiction ministérielle. — Du terme de la bénédiction dans le Nouveau Testament. et de son infaillible efficacité. — XVIII. La bénédiction sacerdotale est ministérielle sous la volonté de Dieu eh imprimant a la chose bénite une vertu permanente. — XIX. On en trouve une autre preuve dans la pratique de i’Hglise de bénir le pain, l’eau et les autres choses inanimées. — XX. Explication de la vertu
- VAMI DU CL
pce
impétratoire des priéres de l’Kglise. — Efficacité de la bénédistion sacerdotale pour obtenirles biens temporels. — XXI. De l’oraison dominicale. — XXII. Du lavement des pieds. — L’aumoéne. — Le jetine. — XXIL. Puissance donnée par Jésus-Christ 4 son Hglise sur les démons : Preuves d’Ecriture Sainte. — XXIV. Preuves de tradition. — XXV. Documents de la Tradition qui établissent le pouvoir ordinaire-de VEglise sur les démons. — Exor¢isme des catéchuménes. — XXVI. Exorcisme des énerguménes. —XXVII. De la cause efficiente des sacramentaux. — De leur auteur. — XXVIII. Du ministre des sacramentaux. — De leur sujet.
Comme on le voit, il ne s’agit pas d’un petit livre de déyotion avec quelques considérations pieuses: cest une thése théologique, liturgique et historique, développée suivant les régles de Vécole. Jusqwici aucun travail de cette importance n’avait été publié sur ce sujet.
Nous n’apprendrons rien aux lecteurs des Analecta, qui ont yu ’ouyrage paraitre dans leurs colonnes. Les théologiens de profession seront heureux cependant de profiter du tirage a part qui a été fait pour tons.
Peut-étre regretteront-ils avec nous que la division en articles adoptée par l’auteur ne soit pas logique et nuise un peu 4 la clarté. Il sera facile de faire disparaitre ce petit défaut dans une autre édition, en adoptant une divisiou par chapitres avec autant @articles et de sousarticles qu’il-sera besoin.
Synopsis rerum moralium et juris pontificii alphabetico ordine digesta et novissimis SS. RR. Congregationum decretis aucta, in subsidium preesertim sacerdotum, auctore Benedicto Ojetti, S. J., in Pontif. Univ. Greg. Coll. Rom. professore. — Rome, MDCCCXCIX.
— Grand in-80 de 700 pages. — Se vend au Deposito det libri, Universita Gregoriana, via del Seminario, 120, Roma. — Prix: 9 fr. 75.
L’auteur donne sur chaque sujet les points essentiels. Les développements manquent nécessairement; mais on ena suffisamment pour parer aun besoin urgent de renseignements, et surtout on trouve sur chaque point les derniers décrets du Saint-Siége. On y trouve aussi des définitions stires pour un grand nombre de mots qui effraient les canonistes et les théologiens novices.
Les sources auxquelles l’auteur a puisé sont : le droit romain ; le décret de Gratien, les Décrétales, etce:;
le concile de Trente; les décrets des Congrégations
romaines, jusqu’au milieu de l’année 1899; les livres liturgiques ; les théologiens et les canonistes suivants : saint Thomas, Benoit XIV, saint Alphonse, d’Annibale, Ballerini-Palmieri.
Comme professeur de droit canonique au Collége romain, l’auteur était 4 méme de bien utiliser les documents quwil avait.
Nous applaudissons a la pensée de Vauteur et nous voudrions voir son livre entre les mains des éléves des grands séminaires, auxquels il rendrait les plus utiles services en mettant a leur portée l’explication d’une foule d’expressions dont la nouveauté les épouvante. Il en est de méme pour ceux quine sont plus familiarisés avec le vocabulaire de |’ Ecole. Méme pour les canonistes et les théolegiens de profession, ce volume sera utile en soulageant la mémoire qui ne sait ol retrouver parfois une définition exacte, un texte sir, le dernier mot des Congrégations romaines sur un sujet quelconque.
Be visitatione Sacrorum Liminum. — Instructio S. C. Concilii edita jussu S. M. Benedicti XIII, exposita et illustraia et quam humillime dedicata S. M. Pio IX Pont. O. M. per Angelum Lucidi, a scribendis litteris ad relationes Episcoporum. in S. C. Conc. et caus.
summ. ref. in 8. C. Episc. et Regul. — Editio quarta emendata et aucta per P. Laurentium Lugari, 8. J. — Rome, ex typographia polygloita 8. C. de Propaganda fide, 1899. — Trois volumes grand in 8, 27 fr. — Se vend au Deposito det hbri, via del Seminario 120, Roma.
Il y a une vingtaine d’années que parut la troisiéme édition de louvrage de Lucidi, De Visitatione sacro-
rum liminum. Elle était due aux soins du P. Schneider, jesuite. ;
Comme elle était épuisée, le P. Lugari fut charge den préparer une quatriéme et de la mettre au point, en rapport avec l'état actuel de la science canonique.
Dans ces vingt derniéres années, les Congrégations romaines ont rendu une foule de décrets, dont quelquesuns de la plus haute importance. Tous ces décrets ont été utilisés soit dans le texte, soit dans des notes au bas de la page ou a la fin du troisiéme volume.
Les fautes @impression de la troisiéme édition- ont été corrigées et quelques tournures d’une latinité douteuse ont été repolies.
L’ouvrage de Lucidi est trop connu pour que nous en fassions l’éloge. Disons seulement que sa place se trouve, non seulement dans les chancelleries épiscopales, mais dans toute bibliothéque canonique sérieuse.
Somme des grandeurs de Marie, par Vabbé Jourdain, chanoine honoraire d’Amiens.
— 8 vol. gr. in 8 de 6 4 800 pages. — Prix:
64 fr., net 48 fr. — Paris, H. Walzer.
L’ceuvre grandiose entreprise par Vinfatigable abbé Jourdain en est a sa seconde édition ; et par le temps de marasme qui court sur la librairie, pour un ouvrage de cette dimension c’est un succés splendide qu’on etit a peine osé espérer. La Somme d’ailleurs n’est pas compléte encore, et doit comprendre onze volumes (dont un de Table générale analytique). Sans prétentions théologiques exagérées, elle offre a4 nos confréres le plus riche répertoire pour Vétude et la louange de Marie: Marie dans la pensée de Dieu et dans l’Ancien Testament, figures et prophéties (tout le tome I), Marie dans sa vie mortelle (t. II), Marie dans la gloire des cieux, ses titres, ses rapports avec ses enfants de la terre (t. III), Marie dans l’Eglise, son culte, historique de ses fétes (t. IV), Marie dans la chaire chrétienne (t. V-X), quantité d’analyses ou de fextes de sermons empruntés aux Péres, aux prédicateurs et théologiens du moyen 4ge, a nos grands serviteurs de Marie du xvue siécle : saint Thomas d’Aquin, saint Anselme, saint Bernard, saint Augustin, le B. Albert le Grand, saint Frangois de Saies, Denys le Chartreux, Louis de Grenade, Nouet, Grou, Houdry, de la Colombiére, Croiset, saint Alphonse, etc. Il y a la un trésor inépuisable, une mine, trop peu explorée, d’idées fécondes, | originales et qui semblent neuves a force @étre anciennes.
Synopse évangélique, par M. Joseph Bruneau, professeur au Grand Séminaire de New- York. — Un vol. in-46 avec encadrement rouge. — Prix: 38 fr. — Paris, Lecoffre.
L’auteur a rédigé d’abord cette Synopse en anglais pour usage de ses éléves. La faveur avec laquelle elle fut accueillie l’engagea ala publier en francais.
Etle se compose du texte évangélique dans la traduction de Sacy, modifiée et corrigée pour plus d@’exactitude. Les quatre évangiles sont arrangés dans la suite qui a paru aVauteur la plus naturelle, sans aucun enchevétrement : les passages paralléles sont disposés sur aufant de colonnes verticales qu'il y a de récits des mémes aits.
Des notes personnelles ou empruntées aux auteurs les plus récents, P. Didon, P. Lagrange, Fillion, Batiffol, Duchesne, Lesétre, Le Camus, Azibert, Loisy, Godet Bourlier, Bornemann, Badham, Plummer, etc., mentionnent les solutions principales données aux difficultés qwoffre la concordance évangélique.
La Synopse peut done étre trés utile A qui veut faire une étude d’ensemble sur les quatre évangiles. L’improems quoique fine, est trés nette et le format commode.
Oserons-nous dire que plusieurs notes nous paraissent humaniser plus qu il ne conviendrait le texte sacré dont l'auteur principal est ’Esprit-Saint? L’auteur secondaire a certainement sa part qu’il ne faut pas méconnabres mais “il n’écrit rien que sous V’inspiration
ivine.
Enseignement chrétien. Notions usuelles, par un inspecteur diocésain. — Petit in-4, car-
tonné, 72 pages, 140 gravures. — Prix : 0 fr. 70. — Fernand et Paul Deligne, Cambrai. —
Excellent ouvrage recommandé spécialement aux pretres qui, au prix de mille sacriiices, soutiennent Venseignement libre, et aux maitres qui s’inspirent de cette devise : Nous voulons Dieu dans nos écoles.
Nous faisons naivement le jeu et la fortune des édifeurs mécréants. [ls atténuent autant que possible le matérialisme ou la neutralité de leurs. classiques. La crainte de perdre la clientéle catholique entre pour beaucoup dans leur demi-sagesse. I] n’en est pas moins vrai que Vidée de Dieu, créateur et maitre du monde, est impitoyablement bannie de leurs livres d’histoire, géographie, science, etc. Prétérition satanique, silence blasphématoire! « Les cieux racontent la gloire de Dieu. » L’étude de la création doit faire connaitre et aimer le Créateur.
Ces Notions usuelles possédent les mémes qualités (texte court et précis, paragraphes numérotés répondant aux numéros d’un questionnaire, caractéres typographiques retenant lVattention, illustration soignée) que les livres similaires répandus dans les écoles publiques. Elles ont de plus ce mérite incomnarable de fournir partout une note franchement chrétienne.
Les écoliers intelligents et curieux qui veulent fréquenter la classe aprés douze ans trouveront 1a une réponse claire et suffisante aux mille questions quils peuvent se poser a propos de l’’homme — des animaux — des végétaux — des minéraux — del agriculture — de Vindusirie.
Mais leurs petits fréres et sceurs et leurs parents auront le méme plaisir, le méme profit a feuilleter ces pages. Les maitres chrétiens n’ont pas a redouter la comparaison avec les auires, ils peuvent répéter fiérement le mot de saint Paul: « In quo quis audet... audeo et ego... plus ego.»
Catéchisme de persévéranee, par M.l’abbé Vandepitte. — Prix: ifr. 75 Vexemplaire, cartonné. — Cambrai, Fernand et Paul Dehgne.
Kerite nour le diocése de Cambrai, cetle vraie petite théologie sera facilement adoptée par tous les cateéchistes qui désirent mettre entre les mains des enfants, aprés la premiére communion, des explications concises et completes, doctrinales et substantielles, quine soient pas trop au-dessus de leur portée, et les mettent a méme de défendre solidement leur foi. ,
C’est une mine trés riche a exploiter. A noter les précieuses lecons supplémentaires sur les principales accusations et objections contre l’Eglise (Inquisition, Saint- Barthélemy, Galilée, Syllabus, l’Hglise intolérante, ennemie de la liberté, opposée au progrés, — l’Eglise en face du paganisme, des barbares, du moyen age, des temps modernes, p. 63-72).
Une heureuse innovation, facilement imitable dans chaque diocése, fait connaitre les premiers apdtres, patrons, saints ef saintes du diocése de Lambrai. ;
Nous n’avons pas a retirer les éloges donnés aux pré-
- cédents ouvrages de M. Vandepitie: Evangile du dimanche expliqué verset par verset (448 pages, 26 gravures; prix : 2 fr.); — Petite histoire de la religion (prix : 0 fr. 45); — Histoire de lEglise (0 fr. 75); — Petite civilité de Venfant chrétien (0 fr. 15 broché) ; — Catéchisme de premiére communion (324 p., 40 grayures inédites, 0 fr. 75). : f
Son Histoire de France (cours élémentaire, deuxieme cours, cours complet: Ofr. 70,1 fr. 25, 2 fr. 50), violemment attaquée par la presse maconnique du Nord et du Midi, s’est répandue promptement dans un trés grand nombre de colléges libres. ;
Succés oblige. Huge, serve bone et fidelis !
Le pays natal, par Henry Bordeaux. — In 42 dele p., 8 fr. 50. — Paris, Plon, 1900.
Le pays natal est un roman du trés distingué et trés
fin critique 4 qui nous devons Ames modernes, Sentiments et idées de ce temps et Les écrivains et les -moeurs, trois volumes pleins d’érudition, dart et de -yraie psychologie, et qui parait. maintenant s’orienter ' vers les couvres d’imagination, si nous en Jugeons par cette couvre et par celles quil annonce: La peur de vivre et Le Mirage sentimental.
—— Ce) AME DU CLEREN |
Les aptitudes et les govits de M. Henry Bordeaux l’ont certainement détermine a faire cette évolution, et peuteire aussi son retour au pays natal, car il semble bien, si lauteur parle avee conviction dela joie et des bienfails de ce retour, quil en ait lui-méme donné l’exemple. Cetie évolution s’explique d’autant mieux que si la critique d’actualite demande plus particuliérement que son auteur vive a Paris, pour étre mélé au mouvement litléraire, la plume de J’écrivain peut se tenir partout, mieux peut-étre méme en province pour certains travaux que dans le tourbillon parisien. Et nous ne doutons pas que M. Bordeaux nous le prouve. ;
Le pays natal s’ouyre par une préface ov l’auteur définit ainsi son désir et le but qu’il a,poursuivi : « Je voudrais que ce petit livre — rare aventure d’un déraciné qui reprend racine — inspirdt a ses lecteurs le gout de restituer & nos provinces frangaises (trop souvent portées & exiler leurs meilleurs enfants par le spectacle de Venvie et de la médiocrilé) une beauté originale et une vigueur intellectuelle qu’elles n’ont plus guére. Je voudrais surtout qu’il contribuat a fortifier Vesprit de famille ménacé par l’anarchie révolution-
naire, — cet esprit par qui la tradition se conserve,.
s’épanouit et s’enrichif: »
Sur Vexcellence d’un pareil but, il n’y a rien a dire. Reste a savoir, cependant, si ’ouvrage peut étre mis entre toutes les mains. Cette question ne se poserait assurément pas dans une reyue mondaine, méme correcte. Mais nous ayons ici, alors que tant de prétres s’en remeitent a nous pour composer leur bibliothéque paroissiale, le devoir @éire plus sévére. Eh bien, ce livre west pas fait pour une bibliothéque de ce genre, ni pour des jeunes filles. Par contre, les hommes, surtout ceux de Ja classe dirigeante, ou qui devrait étre dirigeante, ceux particuliérement qui abandonnent leurs terres, les traditions, les vraies joies de la vie provinciale, pour perdre leur existence 4 Paris, profiteront ceriainement de cette lecture.
J’ajouterai a cette premiére réserve que le héros méme du roman, bien quil scit et surtout qu'il devienne de plus en plus un homme de parfait honneur et de réeile vertu, ne parait pas trés fixé sur le dogme de la vie future. La question religieuse est absente du volume. On n’y voit que des vertus naturelles, dailleurs irés avantageusement présentées et faisant un heureux
contraste avec les vices qui trouvent un chdtiment en
leurs propres conséquences, — mais c’est tout. Si Paduliére y tient sa large place, c’est bien pour en faire ressortir toutes les amertumes, les déchirements, les drames quil provoque, mais ce n’est pas pour en montrer la criminalité devant Dieu.
Cependant, il se dégage du Pays natal un sentiment de repulsion pour le vice et d’amour pour la vertu qui n’est pas fréquent chez nos romanciers contemporains, et cela seul mérite d’attirer notre ailention. Un bon auteur, un véritable écrivain, un artiste qui, loin de chercher son succés dans le scandale, travaille a faire aimer les vertus naturelles, n’est-ce pas déja quelque chose ?
Voici d’ailleurs l’analyse trés résumée de ce roman.
Lucien Halande est un intellectuel, qui a passé dix ans de sa jeunesse 4 Paris, oubliant totalement sa bonne terre de Savoie et, en méme temps, sa petite amie denfance, celle que sa mére révait de lui voir prendre pour compagne. Ji revient un jour chez lui, pour vendre ses propriétés et s’en retourner ensuite, et au plus vite, vers ce Paris fascinateur, ou, grace a l'argent provenant de cette vente, il pourra faire bonne figure. Mais voici que, invisiblement, le charme du souvenir et la bonne influence qui se dégage de la nature méme, avec aussi peut-étre un peu datavisme, remuent son ccur a ce point qu’il renonce a tous ses projets, et qu'il se reprend ala vie du pays natal, tant et si bien qu’il garde ses terres et sa maison, ne songe plus a Paris, et redevient propriétaire rural, pour en arriver a étre élu maire de sa commune, puis conseiller général. Tout cela est amené avec beaucoup d’art et de psychologie.
Mais les dix ans « d’absentéisme » lui cotiteront cher, et c’est v’eux que nait le drame qui se déroule triste, vivant, émotionnant. S’il n’avait pas quitté sa terre, il n’aurait pas perdu son amie d’enfance. Cette amie d’enfance, aussi vertueuse que charmante, aussi belle que bonne, n’aurait pas été la femme malheureuse d’un avocat politicien, devenu député, puis ministre, homme égoiste, ambitieux, superficiel, cynique, on pourrait dire infame si ses crimes n’étaient la monnaie courante de certains milieux, qui cause la mort de celle quwil a ignorée, méconnue, odieusement trompee.
Seid
Mais Lucien Halande a retrouvé ses terres, il est redevenu ce qu’il aurait di toujours étre, et de ce fait, le drame une fois passé, naitra son bonheur. Il a regagné toute la confiance et la sympathie de ces paysans, de ses concitoyens ; il gagnera, tout aussi vite, le cour dune jeune fille parfaite, la propre sceur de la morte infortunée, et l’on sent que, tout au contraire du cynique hableur, fit-il luieméme et malgré lui député a sa place, ce qui pourrait bien lui arriver, il ne sacrifiera rien a Vambiltion et qu'il rendra trés heureuse la femme qwil aime et dont il est aime.
Et tout le roman est écrit en artiste épris d'une grande thése, avec charmo, avec couleur, avec pénétration, souvent avec éloquence, en un style chatié, le style qu’on était en droit d’attendre de l’auteur de tant de fines critiques.
Si M. Henry Bordeaux est un « intellectuel, » comme on dit aujourd’hui, c’en est un du moins qui l’est dans le vrai sens du mot, non pour la pose, et qui sait revenir 4 la nature, le grand maitre de toute ceuvre d’art et de vérité. é
Entre réweurs, par Gabriel Limare. — In-12 de 248 p., 2 fr: — Paris, Henri Gautier, 1900.
Voici un bon roman, bien écrit, bien pensé et plein dintérét, qu’on peut mettre entre toutes les mains. L’inspiration en est toute chrétienne, et il sen dégage cette conclusion, que l’auteur signale a l’occasion, sans d’ailleurs y insister comme dans un prone, — car un roman ne doit pas étre un prdéne, — que les douloureux événements qu’il décrit avec couleur et vérité ne seraient jamais arrivés, si tous ses héros avaient. été
chrétiens. -
M. Gabriel Limare, — dont je n’ai pas le droit de révéler le vrai nom, bien qu’il soit un journaliste de nos amis et que cette révelation puisse contribuer au légitime succés de son ceuvre, — M. Gabriel Limare a déja publié un livre trés remarquable de poésies : Parties du ceur. J’ai lu et étudié le roman et le volume de poésies, et dans l'un comme dans Vautre, je retrouve un méme mélange peu commun de romantisme ou d'idéalisme, et de réalisme trés observe. On devine chez auteur « un jeune » qui a beaucoup vu et beaucoup
remarqué, tout particuliérement chez les humbles, et
gui, en dépit de cette expérience, reste toujours épris @idéal. Ou pour mieux dire, on voit en lui Vartiste qui sait dégager l’idéal dominant les plus tristes réalités de la vie, dans les pires situations. Les romans romantiques ne nous montrent que héros fortunés : Gabriel Limare fait vivre une héroine malheureuse, et c’est par 1a qwil sort du romantisme. Les réalistes ne nous décrivent que des abjections : l’auteur de Entre réveurs nous dépeint les beaux cdtés d'une existence prosaique, et c'est par la qu/il n’est plus réaliste.
Voici d’ailleurs, trés résumée, et sans parler du charme du style et des descriptions, qui en font le plus grand mérite, la trame du roman.
Aurélie Vernol est Ja fille d’un riche banquier, dont la fortune s’est faite, comme tant d’autres, plus ou moins honnétement. Aurélie a deviné cette provenance douteuse du million qui lui revient en dot. D’autre part, elle est réveuse et poéte. Il n’en faut pas davantage pour qu'elle refuse les plus beaux (?) partis et qu’elle s’éprenne subitement d’un malheureux artiste. Colére du pére, pour qui Vargont est tout. Hntétement de la fille. D’ol, mariage sans dot.
C’est le calvaire qui commence, car l’artiste ne Vest gue dimagination, et, pauvre cervelle hantée de réves magnifiques, il ne saura jamais rien achever. C’est un rate, 4 qui manque tout courage, toute énergie, toute virilité, et qui, parce que la foi chrétienne lui fait défaut, sera a tout jamais incapable de se faire & la réalité. Les jeunes mariés se sont rendus 4 Londres, parce que le faible Max révait d’y conquérir la fortune et la gloire. Et v’est sur la jeune femme, fille de millionnaire, que retombe, au milieu de combien d’obstacles, on le devine, le soin de faire vivre le ménage, augmenté de deux enfants. La description de cette vie misérable, dans la grande ville de l’exil, est particuliérement frappante.
Aprés bien des deéboires, bien des privations, surtout pour l’héroine du roman, les exilés reviennent en France, avec quelles ressources, hélas! La pauvre femme cherche a placer ses volumes de poésies, et son mari est toujours Vinutile réveur qui ne veut descendre a aucune besogneé pratique.
- UAMI DU CLERGE,
Ro aN
A Caen, ils rencontrent enfin un jeune journaliste catholique qui va les sauver de la misére. Mais le raté ne veut accepter aucune situation inférieure et il oblige les siens 4 continuer leur vie errante. Le malheureux finit par se suicider & Chartres. ‘Sa yeuve revient & Caen ot le jeune publiciste arrive a lui procurer une situation d’institutrice.
Mais voici ob recommence le roman. Le pére de Vhéroine est mort; elle hérite d’une grosse fortune. D’ou vient cette fortune? Peut-étre n’est-elle pas légitimement acquise ! Et la veuve la consacre a la fondation d'une ceuvre, pour rester elle-méme pauvre institutrice. Sa fille Gabrielle lui ressemble. Résultat : notre jeune journaliste, ayant déja une petite réputation dans la presse de Paris, préfére Gabrielle.a une riche héritiére, et le roman s’achéve par cette heureuse union.
En terminant cette analyse trés bréve, j’ai presque un regret de l’avoir faite, au lien d’avoir défini tous les mérites littéraires et philosophiques — si je puis employer ce mot — de l’euvre, car cest par les descriptions ef les détails que vaut surtout ce roman.
On a souvent reproché a la presse catholique de ne pas assez faire connaitre les siens, de ne pas encourager les jeunes talents. J’ai voulu ici que ce reproche ne put s’adresser 4 Ami du Clergé, et si, comme je le crois, on vient & reparler de Gabriel Limare, nous aurons été des premiers a le faire connaitre.
Neoaveau choix de vwersions latines, Suiei de remarques sur la grammaire latine, par labbé Urbain, docteur és lettres, lauréat de PAcadémie francaise. — Un vol. in-42 de 288- 75 p., cartonné, 2 fr. 75. — Lyon, Vitte; Paris, Croville-Morant.
Nouvelle édition (la 4°), augmentée de cent nouveaux textes, d'un ouvrage qui a recu le meilleur accueil. Toutes ces versions ont ét4 données aux examens du baccalauréat ; mais l’auteur s'est judicieusement attaché a en insérer, dans son recueil, un nombre suffisant qui
fussent a la portée des éléves de troisiéme et de’
seconde. Ajoutez, en téte du volume, quinze pages de conseils admirablement pratiques pour faire une version, des annotations trés sobres.a quelques difficultés spéciales des textes proposés, et surtout, a la suite du recueil, soixante-quinze pages de Remarques sur la grammaire latine rédigées en vue de la version et fruit dune immense expérience. Autrefois, les éléves possédaient leur grammaire latine, et ces « Remarques » avaient moins leur raison @étre; aujourd’hui il faut bien aller au plus pressé et suppléer rapidement au défaut de formation grammaticale : et c’est a quoi visent ces « Remarques » qui répondaient bien A un besoin genéral puisqu’elles en sont A leur sixiéme édition (elles se vendent séparément, 0 fr. 75).
. COASAR OO
Rectifications
le A propos des Reliqwes. — Pri¢re de modifier selon
les termes du décret du 27 juin 1899 (Ami, 1900, p. 300) ce que nous avons écrit, p. 915, 2° col., d), et p. 916, f, sur les reliques insignes.
2° A propos de ’Heho des famiiles. — Avant-derniére
ligne de noire article, p. 1024, 2° col., au lieu de : a des adresses différentes, Véditeur nous écrit qwil faut lire.:
a la méme adresse. Les abonnements 4 1l’Echo partent ~
tous du 1° janvier.
ae ARR 2 aca 5 Oren
IMPRIMATUR Lingonis, die 12 decembris 1900.
> Supastianus, Zpiscopus Lingonensis.
ns tr i ag ne Sore ACM pa noise
Le gérant : J. Marrarer.
LANGRES. — IMPRIMERIE MAITRIER BT cOURTOT.
ead
ANNEE (8° stern)
Ne 54
20 DIGCEMBRE 1900
LAM
REVUE DE TOUTES LES QUESTIONS ECCLESIASTIQUES
DOGME, MORALE, LITURGIE, DROIT CANON, ECRITURE SAINTE, PATROLOGIE, HISTOIRE SACREE. —- LEGISLATION CIVILE-ECCLESIASTIOQUR. — PASTORALE, PREDICATION, CATECHISMES, — BIBLIOGRAPHIE
DIRECTEUR ET REDACTEUR EN CHEF
FY. .PRRRIOT
ANCIEN SUPHRIEUR DU GRAND S#MINAIRE DE LANGRES
Parait a Langres, tous les jeudis
L’abonnement, pour tout I Univers, est de 15 fr. avec le Supplément : L’Am pu CLeRGh PAROISSIAL, de 10 francs sans le Supplément
Toutes les lettres doivent étre adressées 4 M. le Directeur de PAmi du Clergé, Maison Saint-Pierre, rue Tassel, 4 Langres (Haute-Marne)
CAUSERIES AVEC UN JEUNE CURE
XG LES GUVRES (suite)
CEUVRES QUI ONT DIRECTEMENT POUR BUT LA GLOIRE DE DIEU, (suile)
IV. — Huvres de réparation (suite) + Les cuvres de pénitence corporelle
Sommaire. — A. Nucessire des ceuyres de pénitence pour la véritable piété.
B. LES DIVERSES ESPECES d’cauvres de pénitence :
F-1La discipline.— 1° Dans l’Ancien Testament, elle est
préconisée par l’Esprit-Saint: — pour lenfant, — et le serviteur. — 2° Dans le Nouveau, la flagellation est : — acceptée par Notre-Seigneur, — pratiquée par saint Paul — et les premiers chrétiens. — 3° Au moyen age, elle sert 4 racheter la peine canonique : —
saint Dominique l’Encuirassé et ses flagellations ; — critiques et approbations du systéme; — les Flagellants ; — le bien et le mal ; — condamnation par Clément VI. — 4° La discipline dans les cloitres au vie siécle: — motifs, — volontaires ou forcés; — maniére de la donner. — 5° Lia discipline dans le droit canon ; — appliquée aux jeunes clercs: — pour les troubles 4 l’église, — les distractions et les fautes de légéreté; — modération dans usage ; — maniére de la donner; — tombée en désuétude.
Il. Le cilice. — 1° Dans lAncien Testament, il est porté : — comme signe de deuil, — Jacob; — comme moyen de fléchir la colére de Dieu, — Achab, — ‘Judith et les prétres de son temps, — les Machahbées, — Tyr et Sidon; — comme instrument de mortification, — Judith. — Matiére: — étoffe rude faite de poils. — Forme : — ceinture, — plastron placé sur la poitrine — ou le dos, — vétement complet. — Maniére de le porter : — s’asscoir dessus, — ou le porter immédiatement sur le corps, caché par les yétements extérieurs. — 2° Le cilice chez les premiers ehrétiens : — les ciliciphores ; — au moyen age comme rachat de pénitence ; — dans les ordres religieux.
Ill. Le jewne. — 1° Sous Moise et plus tard : — jetines
imposés par la loi, — par les pontifes, — par la dévo-
tion; — Judith, — les pharisiens, — saint Jean- Baptiste. — 2° Jetine de Notre-Seigneur et des apotres, — 3° Chez les premiers fidéles, jefines: — dobliga-
tion, — de pénitence canonique, — de dévotion, IV. Pénitences extraordinaires. — 1° Privation de
> sommeil; — inconvénients de la pousser trop loin ~— la couche des moines d’Orient. — 2° Le silence, ou absolu, ou prolongé. — 3° Enumération d’autres mortifications pratiquées en Orient; — les palmate de l’Helise au moyen age.
C. REGLES PRATIQUES. — 1° La discipline : — Dangers de divers modes, — pour la santé, ou la morale ; — modes inoffensifs. — 2° L’usage continuel du cilice, de la haire, peut étre dangereux. — 3° Un jetine modéré produit les mémes effets, — sans les inconyénients, — Il faut que l’emploi de ces instruments de pénitence soit secret. /
— les cuvres de penitence sont une sorte de réparation, car elles forment l’appoint volontaire fourni par le pécheur aux souffrances du Sauveur, suivant la parole de saint Paul: « Adimpleo ea que desunt passionum Christi‘. » Elles ont pour fin derniére, moins la suppression des peines expiatoires du purgatoire, qu’une satisfaction donnée a la justice divine. Aussi toute ame touchée de la grace a un désir sincére de mortification. C’est méme la le caractére propre de la véritable dévotion, 4 ce point qu’on ne peut faire aucun fond sur une personne qui repousse de parti pris toute pénitence un peu dure.
Vous rencontrerez donc sur yotre chemin des ames avides de mortifications. Aussi je crois utile de vous exposer dans le détail l’histoire des ceuvyres de mortification, aussi bien dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau ; puis de donner quelques régles pratiques d’hygiéne pour l’emploi de plusieurs d’entre elles,
Nous étudierons successivement ce qui regarde la discipline, le cilice, le jetine et les autres mortifications extraordinaires.
I. La piscrpLinge, — L’inyenteur de la discipline est l’Esprit-Saint lui-méme,
— On parle souyent de discipline dans la Bible, mais au sens figuré.
— Et aussi quelquefois au sens littéral. Citons quelques passages : «. Stultitia colligata est in
corde pueri, et virga discipline fugabit eam?. »
4 Colos., 1; 24.
1 Prov., xxit, 15.
ab
i Se
4090 . ae
D’aprés Cornelius a Lapide, «virga discipline significat moderatam castigationem pueris adhibendam. » Un autre commentateur dit aussi:
« Proverbium monet statim castigationem esse adhibendam his quisunt, sive wtate, sive moribus pueri*. »
Le chapitre suivant renferme la méme idee :
« Noli subtrahere a puero disciplinam ; si enim percusseris eum virga, non morietur’. » La seconde partie du verset est évidemment l’explication de la premiére, de sorte que virga correspond a disciplina.
Je vous citerai encore ce passage de |’Keclésiastique: « Cibaria, et virga, et onus asino; panis, et disciplina, et opus servo». » Le commentateur que j’ai cité dit : « Disciplina, id est correctio, seu castigatio. »
En somme, dans les passages que nous yenons Wétudier, V’Esprit-Saint entend sous le nom de discipline une correction corporelle au moyen d’une verge matérielle; en d’autres termes, c’est Pusage de la flagellation sensible qui est préconisé par la Sagesse divine pour I’éducation de enfant et du serviteur.
Notre-Seigneur a du moins accepté la flagellation, s’il ne se l’est pas infligée lui-méme. [len est de méme de l’apétre saint Paul, qui se glorifie d’avoir été trois fois frappé de verges : Ter vergis cesus sum*. Cest dans le méme sens qu'il faut entendre le passage Castigo corpus meum, de la premiére épitre aux Corinthiens.
Au commencement, la flagellation fut pratiquée par les premiers chrétiens pour un double motif : pour imiter la passion du Sauveur, et pour racheter les années de pénitence publique. Ce second motif doit surtout attirer notre attention.
La pénitence canonique, rappelons-le, consistait dans un jetine de plusieurs semaines et méme d’une a sept années. Les jours de jetine étaient dans l’Eglise romaine le mardi, le vendredi et le samedi. Le pénitent devait se contenter de pain et deau, ou de légumes quand le pain manquait. La penitence canonique n’était infligée que pour trois espéces de crimes : l’idolatrie, Vadultére et ’homicide. Encore fallait-il qwils fussent publics, et nul ne pouyait y étre soumis sans avoir d’abord été appelé en jugement et juridiquement convaincu. De plus toutes les classes de personnes n’y étaient pas sujettes. Ainsi, 4 raison des graves inconvénients qui auraient pu s’ensuivre, les membres supérieurs du clergé en étaient exempts ; quelquefois aussi les femmes, les jeunes gens, les personnes mariées, si ce n’était du consentement réciproque du mari et de la femme.
Or, il s’introduisit la coutume de racheter ces jours de jetine par la flagellation ou la discipline. On arriva méme a établir une sorte de table @équation pour indiquer 4 une unité prés le
Cursus..., Migne, t. xv, p. 1179.
Proy., xxmn 18;
Eeeli., xxx, 20.
II Corinth., x1, 25.
eo rm =
L'AMI DU CLERGE Sie Be
ba Poe te Lae oi)
nombre de coups requis pour racheter un nombre déterminé de jours de jetine. Les supérieurs ecclé-~ | siastiques eux-mémes ne dédaignaient pas de consulter cette’ sorte de baréme pour savoir le | nombre de coups dont ils devaient punir certaines — fautes du bas clergé*.
Ce serait Dominique l’Encuirassé, Dominicus Loricatus, qui aurait donné la derniere forme au systéme. Ce personnage, dont les austérités ont été racontées par saint Pierre Damien, sop ami, portait, outre la cuirasse de fer qui lui donna son surnon, plusieurs chaines autour du corps. Il ne se passait pas de jour qu’il ne se flagellat sans interruption pendant qu'il récitaitle psautier. Souvent, et surtout durant le caréme, il prolongeait la flagellation pendant trois psautiers. Il avait en vue, en accomplissant ces cruelles péni-— tences, @’expier non seulement ses péchés, mais ceux des autres; il se considérait comme une yictime destince au sacrifice, et comptait les coups qu il se donnait comme un solde des peines canoniques méritées par lui et par les autres. Il pensait qu’une année de pénitence pouyait étre rachetée par trois mille coups de discipline et la récitation de dix psaumes; cent un ans par quinze mille coups et le psautier 2.
Ces pratiques cependant soulevaient quelques objections. Ainsi, Pierre Cerebrasus, sans déprecier le mérite de la discipline, se prononce contre la relation arbitraire qu’on avait établie entre elle © et la ‘pénitence; le cardinal Etienne blame en outre ’inconvenance qu'il y avait ase dépouiller de ses vétements en public pour se frapper de verges. Malgré cela, la discipline unie au jeine continua a étre la. pénitence normale des séculiers et fut reecommandée par de graves personna- — ges, tels qu’Innocent IIIs. Toutefois on ne voit pas que les conciles Paient reconnue comme commutation légale de la pénitence. Bien plus, l’Eglise condamna cette pratique quand elle devint publique. ; a
I] s’agit de la société des Flagellants, Flagellatores, Flagellarii, qui allaient processionnellement de ville en ville, d’ordinaire le haut du corps nu, souvent la téte voilée pour n’étre pas reconnus. Ils portaient a la ceinture ou a Ja main un fouet composé de trois ou quatre laniéres de cuir, garnies de nceuds ou de pointes de fer aigués comme: des aiguilles. Un étendard ou une croix précédait le cortége, dirigé par un chef, entouré d’assistants et frequemment accompagneé par des religieux. Les personnes de la société invitaient les fidéles a s’unir & eux par des chants et des hymnes, et la troupe montait souvent 4 des centaines et méme des milliers @individus. Chaque Flagellant était tenu de demeurer dans la société trente-trois ou trente-quatre jours, en souvenir des années de la vie du Sauveur. Arrivés dans les églises ou sur les places, lors méme que celles-ci étaient cou-
' Dictionnaire de Goschler, t. v1, p. 467.
> Goschler, v° Rachat de pénitence, xix, 444. 3 Hurter, Innocent III, 27 et 28.
at
vertes de boue ou de neige, ils se jetaient a terre en étendant les bras, et marquaient le genre de péché dont ils étaient coupables parla maniére de se tenir couchés, les uns sur le dos, les autres sur le cété ou le ventre, etc. Ils se flagellaient ensuite les épaules tant que le chantre n’avait pas terminé un cantique plus ou moins long, dont le théme était ordinairement la passion de Notre-Seigneur ; puis ils élevaient vers le ciel leurs bras ensanglantés, en demandant grace et miséricorde avec larmes et gémissements a Dieu et a la sainte Vierge. Ils se flagellaient deux fois par jour en public et une troisiéme fois en secret, la nuit.
La premiere association de Flagellants se mon-
. tra a Pérouse, en 1260. Elle produisit un bien im- ~mense dans Ja contrée en attendrissant les cours les plus endurcis et en réconciliant les ennemis les plus acharnés. L’Eglise laissa faire tout d’abord. Mais bientét on arriva aux abus grossiers et a des erreurs doctrinales. On attribuait 4 la flagellation un pouvoir spécial pour augmenter le bonheur des élus et apporter des adoucissements aux supplices des réprouvés. Les Flagellants entendaient méme la confession des fidéles. Ils furent condamnés par Clément VI. .
La pratique de la flagellation ou de la discipline s’est développée dans les cloitres aussi bien, et méme mieux, que parmi les fidéles vivant dans le monde. On ne voit pas qu’elle ait été en usage parmi les moines d’Orient au Ive et au ve siécle. Du moins Dom Besse qui nous a retracé leurs austérités extraordinaires n’en parle pas 1. Mais on la trouve dans les régles de saint Aurélien, évéque d’Arles, mort en 551. La discipline était volontaire ou obligatoire. Dans le premier cas, cétaient les moines gui par zéle et esprit de mortification se flagellaient réciproquement ou s’appliquaient eux-mémes la discipline; dans le second cas, elle était ordonnée par les supérieurs de l’ordre pour certaines fautes, ou imposée pour
certains temps. La régle que nous venons de citer
porte, ch. 44: « Pro qualibet culpa, si necesse fuerit flagelli accipere disciplinam, nunquam legitimus excedatur numerus, id est triginta et novem.» Elle prescrit aussi la maniére dont elle -doit étre donnée. Celui qui doit recevoir la discipline se jette 4 genoux, se dépouille jusqu’a la ceinture, se prosterne et recoit les coups en silence ou en disant : Mea culpa, ego me emendabo. Les assistants doivent également se taire, jusqu’a ce que l’abbé leur rende la parole. Cependant les supérieurs peuvent pendant la flagellation prier pour le pénitent. Aprés la flagellation, celui quia donné la discipline aide le flagellé a remettre ses vétements. Celui-ci se léve et reste debout sans bouger jusqu’a ce que l’abbé dise: Ite sesswm. Alors il s’incline et retourne a sa place.
La discipline ne peut étre donnée a un religieux que par des fréres d’un rang égal ou superieur au sien, mais jamais l’inverse n’est toléré : ainsi un
‘ Dom Besse, Les Moines d’ Orient, ch. XxIt.
ee te
diacre ne peut la donner 4 un prétre. D’aprés un manuscrit de Corbie, c’était a4’aumdnier de procurer les instruments de discipline: « Providere disciplinas, sc. virgas de boouwl et vimiaus de karle in capitulo ‘. »
Nous retrouyons la flagellation dans le droit ancien imposée a des clercs, non point comme commutation du jeine, mais comme peine directe, soit comme chatiment unique pour des manquements a la discipline, soit comme ageravation de peine ajoutée a l’emprisonnement, ala déposition, etc. On Vemployait ordinairement pour punir quelque trouble apporté a un exercice de piété2, ou quelque autre faute de distraction ou légéreté;, surtout al’égard des novices et des jeunes clercs qui étaient encore sous la discipline de l’école *.
Cependant il fallait toujours qu’on restat dans les bornes d’une correction paternelle, paterna correctio 5, et les peines ne pouvaient étre exécutees que d’aprés le commandement du supérieur compétent, et par des confréres, jamais par des laiques. Une correction trop dure de la part de Pévéque était punie dune suspension de deux mois*, L’ecclésiastique s’oubliant jusqu’a donner des coups a un laique était passible de la déposition’, et le supérieur mettant de la passion dans la correction d’un ecclésiastique était condamné a Vexil et excommunié 8.
— Cette législation est-elle encore en vigueur?
— Dans les temps modernes, la correction corporelle des ecclésiastiques séculiers est tombée en désuétude. Les ordres réguliers et les instituts récents Pont cependant conservée en partie».
II. Le crticz. — Le premier exemple du cilice que l’on rencontre dans la Bible, remonte a Jacob. | Lorsqu’il apprit la mort de Joseph, indutus est cilicio, lugens filium 1. C’est un signe de deuil. Dans. une foule de circonstances, on voit aussi — apparaitre le cilice comme un moyen infaillible d’apaiser la colére de Dieu. L’impie Achab operuit cilicio carnem suam, jeyjunavitque et dormivit in sacco ; aussitét la sentence est rapportée : Quia humiliatus est mei causa, non inducam malum in diebus ejus 1, Au temps de Judith, les prétres portent le cilice: Jndueruntse sacerdotes ciliciis 12, méme pendant l’offrande du sacrifice, precinctt ciliciis offerrent sacrificia Domino 3. Judith les imite pour vaincre par la pénitence la colére de Dieu, induens secilicio...clamabatad Dominum"™.
oschler, v° Discipline, vi, p. 881.
. 16, c. 54, § 2, x, de Sent. excom., v, 39.
. 9, dist. xxxy.
, G; ¢.. XI, quest. 1.