‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 254 sur 276 · DICEMBRE · texte numérisé non relu

DICEMBRE

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formule de Gambetta ‘, n’a qu’un seul ennemi : le cléricalisme, c’est-a-dire le christianisme.

Oui, ’Eglise de France, il faut Yabattre, non pas seulement en supprimant ses immunites de droit surnaturel, car elle n’en a plus guere aujour- Whui, si elle en a encore, mais ses libertés de droit commun; il faut l’abattre, non pas en s’attaquant au dogme, a la discipline, a la morale, car il est dangereux de faire des martyrs, mais en démolissant, sil est possible, tous ses moyens d’action; il faut l’abattre, non pas d’un seul coup, car le poids de sa chute ébranlerait le pays, mais «lentement et stirement; » il faut Vabattre, non pas au nom de Dieu, dont il est temps d’affranchir la raison humaine, car ce serait épouvanter les esprits les plus simples et soulever les cceurs les plus froids, mais au nom des droits de |’Htat, au nom de « l’unité morale de la France, » au nom de « l’esprit national, » enfin, dans la pratique des choses, au nom de la loi: comme si Voppression cessait d’étre oppression, parce qu’elle prend un masque de légalité!

La destruction commence par ou ? Par la question de lenseignement, appelée si justement «la grande affaire au xrxé siécle. »

Pour cette cuvre, qui rallume la guerre religieuse, il se rencontre un homme, tenace dans ses résolutions, habile dans Vexécution, capable de tourner les difficultés ou de briser les obstacles en flattant, selon la mode révolutionnaire, les passions de la populace contre les honnétes gens cest Ferry, entré au ministere de linstruction publique le 4 février 1879, avec un plan que son génie du mal résume en deux mots, « les destructions nécessaires. »

D’abord, Ferry réorganise le Conseil supérieur de Vinstruction publique. Ce Conseil qui se composait, nous ’avons vu la derniére fois, des représentants de tous les intéréts religieux et sociaux, sera désormais « le grand comité de perfectionnement de lenseignement national 2. » Il comprendra quarante-six membres de Venseignement de Etat et quatre membres de 1’enseignement libre nommés par l’Etat. I] sera Etat. Kn conséquence, l’enseignement de l’Iitat tiendra dans ses mains le sort de ses concurrents et de ses rivaux, professeurs de l’enseignement libre, de l’enseigne-

ment religieux. Jamais, sans doute, le despotisme n’avait apparu sous des formes plus capables de ‘réyolter la conscience publique : mais ainsi le veut Yunité, Punité morale de la France!

Ensuite, Ferry attaque la liberté de ’enseignement supérieur. Il apporte un projet de loi pour remédier a ce que l’on appelle dans son parti « les exces » de la loi du 42 juillet 4875, c’est-d-dire pour supprimer la collation des grades avec les

* Discours de Romans, le 18 septembre 1878.

* Expose des motifs: Journal officiel, 29 mars 1879.

jurys mixtes. Les professeurs des Universités

catholiques avaient le droit restreint de devenir

examinateurs et de conférer, de concert avec les professeurs de l’Etat, les diplomes qui sont 4 l’entrée de presque toutes les carriéres. Or, dit lerry,

il n’est pas tolérable que les professeurs des.

Facultés libres jouissent de ce temoignage @honneur. En conséquence, la collation des grades, sans parler du titre d’Universilé, est supprimée

avec les jurys mixtes. Professeurs des Facultés —

libres, vous ferez tout ce que vous voudrez dans ce domaine des hautes études que nous avons la magnanimite de vous laisser encore, Mais vous ne couronnerez pas votre enseignement par ’honneur des grades universitaires usités dans tous les temps et chez toutes les nations civilisées : pour les examens vous subirez l’action de lenseignement officiel dans ses programmes; vous étudierez

les professeurs de l’Etat, leurs systémes, leurs ©

méthodes, leurs goiits, leurs livres, leurs questionnaires ; en un mot, youés a une ceuvre subordonnée, vous ne serez que les répétiteurs de vos rivaux, au nom de Ja liberté!

Enfin, dans cette loi contre ’enseignement supérieur, Ferry glisse un article 7, qui interdit l’en-

seignement a tous les degrés aux membres des-

congrégations non autorisées : « La liberté d’en-

seignement, semble-t-il dire, est un droit pour

tous les Francais assurément, comme tous les droits, mais non pas pour les membres de ces congrégations. Les membres de ces congrégations sont assurément des citoyens, mais des espéces de citoyens a part, qui se mettent, par le seul fait de leur association, en dehors du droit commun, bien qu’on ne puisse, il est vrai, leur contester ni leurs droits civils ni leurs droits politiques. Oui, ils forment un Etat dans l’Etat, malgré leur soumission 4 toutes les lois de la constitution républicaine. Non, ils ne peuvent enseigner ni le latin, ni le grec, ni V’algébre, ni la chimie, sans compromettre l’unité, «Vunité morale de la France!... » Sur cet article 7, qui touche, en effet, a la liberté de penser, le premier de tous les droits, Vagitation est grande pendant quelques mois. Non seulement la presse entiére est remplie de l’article 7, mais encore les conseils généraux s’en occupent : onze s’abstiennent, vingt-neuf sont pour, trente-huit sont contre. Puis, Ferry se met 4 voyager; et 4 Montbéliard, & Perpignan, a Béziers, 4 Marseille, on crie sur son passage : « Vive Varticle 7! » Eta Toulouse, il regoit « une planche » des délégués de cing Loges, présentés par M. Constans, Vénérable Vhonneur des Cours-Réunis. Mais aussi, dans le Midi, au Nord et a VOuest, des orateurs catholiques, de Baragnon, Lucien Brun, Depeyre, de Belcastel, Chesnelong, surtout le comte de Mun, pour nommer les principaux, multiplient les conférences contre l’article 7 et dressent deg pétitions qui portent deux millions de signatures. De plus, les catholiques recrutent quelques grands défenseurs : au Sénat, Dufaure, vieil athléte qui dé-

nonce dans l’article 7 Pesprit magonnique, l’esprit révolutionnaire, ce gui est la méme chose; Jules Simon, personnage anticlérical, mais libéral, rapporteur de la Commission et vaillant dans cette hataille. Enfin, la raison, qui n’a pas été écoutée ala Chambre des députés, prévaut au Sénat, et, le 19 mars 1880, au milieu de l’émotion publique, il tombe, sous dix-neuf voix de majorité, cet article 7, qui eut une existence tapageuse, mais, Dieu merci, éphémére.

Le Sénat, par unacte d’indépendance exceptionnel, ne veut pas exclure les Jésuites de l’enseignement: Ferry va purement et simplementles exclure de la France. Cela n’exige aucune mesure législative. Un ordre administratif suffit, car l’administration dépend du Cabinet, et le Cabinet dépend de la Chambre, et la Chambre est souveraine t. En conséquence, il fait ou fait faire les décrets du 29 mars 1880. Au nom des « lois existantes, » article Jer : Les Jésuites évacueront leurs maisons dans le délai de trois mois, et leurs établissements déducation le 34 aott. Article 2: Les congrégations non autorisées auront a se pourvoir en autorisation dans le délai de trois mois... C’est-a-dire, nous allons chasser de leur domicile 14.000 religieuses non autorisées, 7.444 religieux non autorisés, et les jeter tous sur la rue comme des

wmialfaiteurs. En effet, malgré les consultations de Me Rousse, du barreau de Paris, auxquelles adherent tous les barreaux de France, maigré les protestations des évéques et du clergé, malgré les discours des orateurs catholiques, malgré les pétitions adressées au Parlement, le gouvernement expulse les Jésuites le 30 juin, dés la pointe du jour. Trois cent quatre-vingt-six magistrats ont beau briser leur carriére pour n’avoir pas a juger contre leur conscience : le gouvernement ne se laisse pas émouvoir. Sur Vinspiration de M. de Freycinet, président du Conseil, et sur l’avis de Rome, les congrégations non autorisées ont beau faire une Déclaration collective de non hostilité a la République : le gouvernement, épargnant toutefois les femmes, qui exciteraient trop de pitie et le compromettraient, reprend ses crochetages aux mois d’octobre et de novembre contre deux cent soixante et une communautés religieuses. Enfin, lesexpulsés ont beau protester devantles tribunaux : le gouvernement oppose des déclinatoires, obtient une décision favorable du tribunal des conflits, a gain de cause devant la justice administrative, et Ferry, aidé de Cazot, garde des sceaux, peut se vanter d’avoirl’approbation solennelle des pouvoirs publics, défenseurs, sauveurs de « Yordre légal » et de « l’unité morale de la France. »

Oh! « par leurs violences 2, ils ont indiqué a tous ceux gui ont le souci du eae de la justice et de la liberté, le terrain sur lequel devront se faire désormais toutes les élections, le terrain des liber-

4 République francaise, journal de. Gambetta, numéro

du 20 mars 1880.

r Discours de Mgr Freppel, évéque d’Angers, a la

-Ghambre des députés, le 2 juillet 1880.

tés publiques. » Ainsi parle 4 la Chambre un évéque, député du Finistére, qui monte pour la premiere fois 4 la tribune, Mer Freppel, vaillant athlete, dont la figure, la figure doctrinale, au lieu de s’effacer en s’éloignant, est destinée a s’élever encore dans Vestime des catholiques, pareille a ces monuments superbes auxquels la distance, ajou-— tons et la solitude, donnent des proportions plus majestueuses.

Oui, les élections, voila le véritable champ de bataille. Allons, catholiques, réveillez-vous, unis- Sez-vous, organisez-vous sous le couvert des libertés que vous possédez encore; parlez au peuple, car il faut parler au peuple dans les démocraties; et, puisque vous étes trente-sept millions, conquérez 3 la puissance qui fait et défait les lois : la majorité parlementaire.

Les élections ont lieu le 241 aott 1881. Hélas! les catholiques, loin de gagner, perdent davantage encore; et les républicains, loin de perdre, gagnent encore plus de cinquante siéges : la Révolution est encore plus maitresse qu’auparavant. A quelles

. extrémités ne va-t-elle pas porter les affaires reli-

gieuses de la France! En effet, Gambetta, qui menait tout, avec le mépris tranquille de tout ce qui Venvironnait, qui élevait, qui abaissait, qui bouleversait tout, qui faisait tout concourir a sa frénétique ambition, la lacheté des uns, la corruption des autres, la bassesse du plus grand nombre, tout, excepté ce que conseillent ’honneur, la probité, la vertu, est sommeé de laisser la « son gouvernement occulte » et de montrer officiellement que,.en effet, il est un grand homme, un homme d@’Htat. Or, si, arrivé 4 la direction des affaires, le tribun, usé aaiiteurs avant Page, découvre aussit6t

Vindécision de son esprit, Virrésolution de son caractére, la défaillance de son ame, il est un point sur lequel il se retrouve sans faiblir: la guerre 4 — la religion. Ah! répéte la République francaise, son journal, lerégime rigoureusementconcordataire differera quelque peu du régime auquel nos trois dynasties ont habitué la France!... Aussi choisit-il, ou accepte-t-il, pour ministre de l’instruction publique et des cultes, ce Paul Bert, a quiruse, hypocrisie, violence, tout est bon pour détruire ce qu’il appelle «le phylloxera noir. » I] est vrai qu’il tombe aprés moins de trois mois de régne, le Grand Ministére‘: mais il a donné Vélan.

Done, le 28 mars 1882, Ferry, ’homme des « destructions nécessaires, » étant revenu ace ministére de Vinstruction publique, qu’il devait occuper cing fois, est votée, malgré tous les efforts des orateurs catholiques, qui ont succombé sous le nombre, mais qui ont dtiressentir la joie du devoir accompli, la loi de l’école neutre, la loi qui chasse Dieu de Vécole, pour le chasser du cceur de l’enfant @’abord, ensuite de la vie de la société. On déclare officiellement, du haut de la tribune, que parler de Dieu

1 Le 26 janvier 1882.

Se

sans spécifier s'il s’agit du Dieu des chrétiens, ou de celui des juifs, ou de celui des mahomeétans, c’est commettre une équivoque, et que Vintroeduction du mot Dieu dans une Joi frangaise est un danger public’. ;

Or, Venseignement primaire étant obligatoire, par une loi de l’année précédente, la loi du 26 juillet 1884, elle devient obligatoire, l’école sans Dieu. Et alors, pour mieux réaliser la neutralité en croyances, non seulement on supprime dans l’histoire Vhistoire sainte, dans la morale l’enseignement religieux, dans les salles de classe le crucifix, mais encore on introduit, pour instruire ’enfance, jetée a la discrétion de Etat, des manuels « d’instruction morale et civique, » celui de Paul Bert en particulier, qui, respirant le fanatisme et suant la haine, enseigne que « Dieu est un étre qui ne se comprend pas, la religion un préjugé des temps et une superstition que les prétres exploitent a leur profit, l’athéisme un droit de Vhomme, la foi dans le surnaturel incompatible avec le progrés de esprit humain. » Et comme la Congrégation de Index condamne ce manuel 2, avec trois autres 3, et que des évéques se font les échos du

jugement de Rome, non pas dans des man- .

dements, mais dans de simples circulaires 4 leur clergé, le ministre des cultes défére ces évéques au Conseil d’Etat*, sous prétexte que article 4er des lois organiques annexées au Concordat interdit la publication des bulles, rescrits, encycliques, sans l’autorisation du gouvernement; et comme des curés donnent lecture des circulaires de leurs évéques, on leur supprime, en dehors de tous les droits, de toutes les régles et de toutes les formes, par simple décision administrative, leurs traitements, qui font partie de la detie nationale 5, et qu’on affecte d’appeler « leur salaire 6. » Ainsi est imposée aux écoles que bénissait la priére et ou les grands christs semblaient étendre leurs bras pour protéger les enfants, la loi athée, « la loi de malheur, » « la loi scélérate, » loi maitresse, capitale, chef-d’couvre de la troisieme République.

Le 49 juin 1882, la Chambre vote, et le Sénat ratifiera, la loi surle divorce pour enlever au ma-

riage Punité, qui en est la force, et Vindissolubi- .

lité, qui en est Phonneur; pour enleyver a la famille sa sécurité; pour enlever 4 la société son fondement, son fondement unique. Kt, humiliation

1J. Simon, Dieu, Patrie, Liberté, 371.

® Le 15 décembre 1882.

3 Les manuels de MM. Compayré, Jules Steeg et de Mme Henry Gréville.

4 Les éveques d’Annecy, de Langres, de Viviers, de Valence, et ’archevéque d’Albi. A la suite de ce recours, le Conseil dtat frappe comme adabus les évéques inecriminés.

>La Constitution de 1791, accentuant le décret du 2 novembre 1789, porte : « Sows aucun prétexte, les fonds nécessaires 4 l’acquittement de la dette nationale ne pourront étre nirefusés ni suspendus. Le traitement des ministres du culte catholique fait partie de la dette nationale. »

6 Pour citer un seul exemple, l’archevéque d’Albi recoit avis, le 5 juin 1883, de la suppression du traitement de 21 prétres de son diocése. C’est ainsi qu’on procéde quelquefois par douzaines.

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