‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 255 sur 276 · LAM! DU OCLERGR) © 0 SS · texte numérisé non relu

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des humiliations! cette loi de dissolution sociale ' est ’couvre d’un juif et de la juiverie! 2

Le 24 juin 1882, la Chambre supprime, et le Sénat ratifiera, le nom de Dieu de la formule du serment judiciaire, et elle vote linterdiction des emblémes religieux dans les salles d’audience des tribunaux et dans les salles servant 4 l’instruction ou aux enguétes. Peu importe qu’en supprimantle nom de Dieu, gui fait la force du serment, on abaisse la justice; peu importe qu’en dtant du . prétoire Vimage de Dieu, en qui se personnifient le vrai, le beau, le bien, on abaisse la vérité, la morale, l’autorité, la société : quelques athées sont les maitres, il faut leur plaire, leur obéir.

Le 6 juillet 4882, la Chambre vote, et le Sénat ratifiera, un projet en faveur des enterrements civils, sous prétexte « d’assurer la liberté de conscience » et « l’exécution des derniéres volontés des défunts » dans la célébration des funérailles. it de méme que, le 7 décembre 1882, elle votera Venterrement civil aux frais de l’Htat de Louis Blanc, et de méme qu’une année plus tard, le 15 décembre 1883, elle votera V’enterrement civil aux frais de Etat de Henri Martin, de méme elle vote Venterrement civil aux frais de VKtat de- Gambetta *, cette idole du hasard qu’a brisée un mystérieux revolver, mais dont la dépouille, promenée par le pouvoir dans une pompe funébre sans précédent, sert encore a précher a la France que le passé n’est qu’un peu de cendre et l’aveni un sépulcre éternel.

Apres cela, qu’ai-je besoin d’énumérer toutes ces séries de lois qui arrachent 4 l’Kglise, une a une, ces libertés acquises dans les derniéres années, ou déja consacrées par le temps, lois ou de proscription, ou de mutilation, ou d’outrage, au nom du droit de la guerre, qui n’est ici que la force au service de l’iniquité? «

O catholiques, ne cherchez pas des accommodements! Elles sont yaines, toutes ces tentatives de conciliation faites si souvent, particuliérement

* La statistique des divorces réalisés s’éléve dans une progression constante : en 1888, 4.708; en 1889, 4.786; en 1890, 5.457 ; en 1891, 5.752; en 1892, 5.772; en 1893, 6.184, ete.

* « Le mouvement qui va aboutir a la loi du divorce est, dans le véritable sens des mots, un mouvement sémitique, un mouvement qui a commencé a M. Crémieux pour finir a M. Naquet. » Mgr Freppel, Discours ala Chambre des députés, le 19 juillet 1884.

* Mort le 81 décembre 1882, cinq minutes avant minuit.

* Les ministres du culte sont chassés de la commission des hospices et des bureaux de bienfaisance (1879); le soldat est séparé du prétre (abrogation de ’aumonerie militaire, 1880); le repos du dimanche cesse d’étre légal (1880) ; la terre des cimetiéres cesse d’étre sacrée pour n’étre plus, en quelque- sorte, gqu’un territoire neutre (oe) ; les hopitanx sont laicisés (1881); on interdit aux abriques le droit de recevoir des libéralités pour fonder et entretenir des écoles (1881); un certificat d’aptitude pédagogique, délivré par unjury universitaire, devient obligatoire pour l’enseignement libre (1882) ; les aumoniers des écoles normales de garcons et de filles sont supprimés (1882) . les revenus des évéchés, ou menses épiscopales, sont livrés 4 l’arbitraire d’un commissaire civil pendant la vacance du siége (1883); les écoles congréganistes ne pourront plus recevoir ni donations ni legs (1884); le Panthéon est « désaffecté » (1885).

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par le vénérable cardinal Guibert, archevéque de Paris, une fois méme, en juin 1883, par le Souverain Pontife Léon XIII dans une longue lettre écrite au président Grévy : nous sommes en preésence d’adversaires dont la haine ne désarmera pas. Catholiques, il en est temps. Réveillez-vous, unissez-vous, organisez-vous, et, puisque vous étes trente-sept millions, conquérez done la puissance qui fait et défait les lois : la majorité parlementaire. Pour étre libres, soyez les maitres.

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Cette fois-ci, le 4 et le 18 octobre 4885, les catholiques se lévent au nom de la politique intérieure, a laquelle se méle aussi la politique extérieure, la question du Tonkin. Mais hélas! si, partis quatre-vingt-cing, ils reviennent deux cent quatre, les républicains sont encore au nombre de trois cent quatre-vingt, et, quel que soit le progrés du parti conservateur, la Révolution, quia déja la majorité, et qui va invalider les conservateurs élus pour avoir davantage encore, est aussi maitresse que précédemment. D’ailleurs, si des candidats du gouvernement les uns ont échoué, si d’autres n’ont triomphé qu’avec peine, la cause en est au « cléricalisme. » Les prétres, dit.M. Goblet, ministre de Vinstruction publique, des cultes et des beaux-arts, n’ont reculé devant aucun moyen, « prédications, injures, calomnies, menaces » : cette pression électorale, il faut qu’ils sachent, il faut quwils sentent qu’elle est criminelle. Quelle preuve apporte-t-il ? Aucune. Les inculpés sont-ils appelés a se défendre? Non. Leur a-t-on communiqué les piéces du procés? Ont-ils eu connaissance de leur dossier? Sont-ils mis en mesure de confondre, s’il y a lieu, leurs dénonciateurs ? Non, non: ils apprennent qu’ils sont accusés le jour méme ou on leur signifie leur condamnation, en leur criant, semble-t-il: Ou vous administrerez au profitdu pouvoir la conscience publique, ou vous perdrez « votre salaire ». De ce chef, on frappe quatre ou cing cents prétres, tous réputés « cléricaux!»... M. Goblet fait davantage encore. Par une circulaire adressée a tous les évéques de France, il annonce qu’il supprime un grand nombre de vicariats, particuliérement parmi ceux dont la population n’atteint pas cing mille ames. Sans aucun souci des intéréts de l’Eglise, sans aucun examen des besoins du peuple, sans aucune entente préalable avec l’autorité ecclésiastique, il

supprime tout ou partie des vicariats subventionnés par]’Etat: «M. l’évéque, écrit-il, j'ai decide... » Il a décidé, M. Goblet : cela suffit pour régler en France les rapports de l’Eglise et de l’Ktat. ;

Ces petits incidents passés, on reprend la suite

« du vaste complot formé pour anéantir le christia-

‘Ge que nous trouyons de miewx dans tout cela, i Gast dans le département de la Lozere, trentequatre curés sont menacés de confiscation, s’ils ne font pas, pendant les prochaines élections, preuye de civisme républicain. Annales catholiques, 1886, 1, 312.

v Alvi athe a ad : 7 Tah f :

Tisme !. » Le 30 octobre 1886, les adversaires

de ’Eglise font une nouvelle loi, couronnement de toutes les autres, qui établit la laicité absolue de l’enseignement primaire. « Article 17 : Dans les écoles publiques de tout ordre, l’enseignement est exclusivement confié 4 un personnel laique. » « Désormais, disent-ils, il n’y aura plus aucun tempérament : l’enseignement obligatoire sera laique, sans restriction, sans concession, sans tenir compte ni des sentiments des familles, ni méme de l’intervention des communes, par laraison que cet enseignement primaire, avec son armée d’instituteurs laiques, doit étre, a bref

délai, «la régénération de la patrie » contre le |

cléricalisme. Que ceux 4 qui ce systéme ne plaira pas, se cotisent entre eux, s’ilsle veulent ; qu’ils batissent une école 4 leurs frais, qwils y entretiennent a leurs frais des Fréres et des Scours, et qu’ils paient deux fois, d’abord pour l’enseignement quils repoussent, ensuite pour l’enseignement qu’ils agréent: s’ils réussissent, nous aurons, du moins, une consolation, c’est que les écoles chrétiennes deviendront le gouffre des ressources catholiques...» Et qui s’épanouit la-bas, au Tonkin, dont il vient d’étre nommé? président civil et gouverneur, c'est Paul Bert: car la charte votée le 30 octobre 1886 émane de son initiative ; car, bien que le Sénat et la Chambre l’aient successivement corrigée, rectifiée, amendée, le texte primitif est de lui; car c’est sur son canevas que la francmaconnerie a travaillé. Mais hélas! voila quwil ressent les premiéres atteintes du mal le jourou sa loi triomphe, et la mort le terrasse * au milieu de ses chants de victoire !

Jules Grévy disparait de la scéne, lui aussi. Non pas qwil meure ; mais, ce qui est pire, il tombe. Pourquoi donc ? On adit: 4 une époqueou les recettes des chemins de fer diminuent, ou l’on convertit le 4 4/2, ou. la terre baisse d’un tiers de sa

‘valeur, ou les fortunes les mieux assises semblent

péricliter, Paustére président de la République montre ce que l’on peut faire avec de Vordre et de l’économie : il achete force immeubles de rapport dans sa bonne ville de Paris. Et d’aucuns pensaient (excusez leur simplicité) qu’a ce titre on le ferait figurer dans la Morale en action a Vusage de Venseignement gratuit, obligatoire et laique. Mais non: le Parlement, sous prétexte, parait-il, quil ne convient pas que le président de la République francaise se consacre aux petits profits, en tenant, ou en laissant tenir, boutique ouverte de décorations, lui signifie durement, sans miséricorde, @aller empiler ses écus dans son village natal *. Ces petits incidents encore une fois passés, on reprend, sous Carnot, qui ne doit son élection qu’a l'impopularité de Ferry, la suite des affaires. Done, « les séminaristes 4 la caserne ! les curés

‘Lettre de S. S. le pape Léon XIII aux cardinaux francais, 3 mai 1892.

2 Le 31 janvier 1886.

® Le 11 novembre 1886.

4 Le 8 décembre 1887.

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“IZAMI DU CLERGE.

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sac au dos! » C’est la loi du 15 juillet 1889, qui a pour but de vider les séminaires et de tarir dans sa source le recrutement du clergé. Ne dites pas que le champ de bataille pour le prétre est partout, que l’immolation est de-tous les jours, de tous les temps, de toutes les circonstances ; que le prétre est toujours la qui brave toutes les répugnances, tous les dangers, toujours prét a faire le sacrifice de sa vie quand il faut sauver celle des autres. Tout le monde sous les drapeaux! Loi @égalité! Droit civique ! Unité, unité morale de la France !

Pendant ce temps-la, on n’oublie pas de mutiler, par des spoliations successives, le budget des cultes, dette sacrée et reconnue par les assemblées révolutionnaires mémes qui ont confisqué les biens de l’Eglise. « Nous traitons le budget des cultes, diton, comme leg autres budgets. Nous ne le supprimons pas; mais, parce que le Concordat, qu'il nous faut subir, ne dit rien de précis sur la subvention, nous l’administrons en gardiens vigilants de la fortune publique. » En effet, comme ce n’est pas rien que quelques millions de plus ou de moins dans un budget de trois ou quatre milliards, on opere chaque année «sur ce service. » En 1882, on lui enléve 18.000 fr. ; en 1883, 414.560 fr. ; en 1884, 1.958.860 fr.; en 4885, 6.815.408 fr.; en 1886, 7.007.003 fr.; en 1887, 7.710.203 fr.; en 4888, 7.986.221 fr.; enfin, en 1889, cette année méme dont nous parlons, on lui enléve 8.018.624 francs. De la, suppression du traitement des cardinaux, diminution du traitement des archevéques et évéques, suppression du traitement des chanoines, suppression du traitement d’un certain nombre de vicaires, suppression de la dotation du chapitre de Saint-Denis, suppression graduelle, puis totale, des bourses des séminaires, suppression des secours annuels a divers établissements religieux, suppression des Facultés de theologie catholique, réduction des crédits consacrés a Ventretien des édifices diocésains, réduction de crédits pour Varchevéque de Paris, réduction de crédits pour le clergé de l’Algérie et de la Tunisie, oui, de cette Afrique elle-méme, ou le cardinal Lavigerie, infatigable pontife, ardent patriote, créateur de tant dceuvres a4 travers tant de difficultés, fait d’immenses conquétes a l’Kglise, a la France et ala civilisation ! Encore si ’on consent, chaque année, 2 voter une solde provisoire, pourrait-on la refuser; car, enfin, la religion qui, autrefois, était la base nécessaire de Vordre social, n’est plus, depuis longtemps déja, qu’une simple branche de Yadministration civile, que dis-je? un fragment de ministére, le plus petit de tous, avec une demidouzaine de bureaux, qu’on appelle « la direction des cultes ! »

O catholiques, encore une fois, réveillez-vous, unissez-vous, organisez-vous, et, puisque vous étes trente-sept millions, conquérez la puissance qui fait et défait les lois: la majorité parlementaire. Non, vous n’avez qu’un asile : le pouvoir.

Les élections ont lieu le 22 septembre et le 6 octobre 1889. Hélas ! trois cent soixante-quatre républicains reviennent contre deux cent onze membres de l’opposition, dont quarante-quatre boulangistes. La Révolution est encore plus maitresse qu’auparavant. Aussi, aprés avoir supprimé deux cent treize traitements « pour sauvegarder les droits de l’Etat laique, dit le ministre des cultes, et décider les ecclésiastiques 4 rester dans leur rdéle, ce qui est le meilleur moyen d’arriver a la conciliation 1, » elle fait une loi contre lEglise, une seule, car, vous le pensez bien, il est nécessaire de maintenir une juste distance entre chacune de ces opérations et dattendre, avant d’en entreprendre une nouvelle, que esprit public se soit habitué aux effets de la précédente : ‘

« A partir du ‘er janvier 1893, les comptes et budgets des fabriques et consistoires seront soumis 4 toutes les regles de la comptabilité des autres établissements publics. Un réglement d’administration publique déterminera les conditions application de cette mesure *. » A

Mais, dit Mgr Freppel d’une voix défaillante et

qui monte a la tribune pour la derniere fois, n’y

paraissant que « pour remplir un devoir %, » cette loi est ’un des plus criminels attentats contre les droits de la sainte Hglise : la question des fabriques est une question au moins mixte, autant par

sa nature que par les déclarations expresses du Saint-Siege, et ne doit étre réglée que par l’accord

des deux pouvoirs. — Cette loi, il nous la faut, répond M. de Freycinet, président du Conseil *, car il faut faire rentrer les catholiques dans le droit commun.

Mais, disent cent voix dans la presse, ce n’est pas Vintérét de l’Ktat, puisque lHtat ne préte aucun concours aux fabriques et ne comble point

Jeur déficit; ce n’est pas davantage l’intérét des.

communes, puisque, en vertu du décret du 30 décembre 4809, les maires sont membres de droit des

conseils de fabrique et que, en vertu de la loi mu- —

‘ Discours de M. Thévyenet, garde des sceaux, ministre de la justice et des cultes, au Sénat, le 17 décembre 1889. On se rappelle les étranges circulaires adressées par M. Thévenet, avant les élections, aux archeyéques et éveques, pendant qu'il écrivait aux. procureurs généraux : « Je me réserve d’user du droit qu’il m’appartient dexercer en matiére de discipline ecclésiastique. »

Ty avait longtemps que les adversaires de lEglise réyaient cette loi : circulaire du ministre de l’intérieur

et des cultes aux évéques, le 11 novembre 1879; circu-:

laire aux préfets, le 30 novembre 1879: commission nommeée par arrété ministériel du 26 février 1880, a Veffet de procéder a la révision de la législation sur les fabriques ; présentation d'un projet de'loi, le 1¢" mai 1880.

3 Discours 4 la Chambre des députés, le 15 décembre

‘ Loi des finances du 26 janvier 1892, article 78. — D’ailleurs, M. de Freycinet s’exprime en fort bons termes):

conque au sentiment religieux, nous le respectons, et ceux d’entre les républicains qui y sont le plus étrangers le respectent également. » Discours de M. de Frey-

cinet, président du Conseil, a la Chambre des députés, —

le 12 décembre 1891.

« Loin de youloir porter: une atteinte quel- ©

ne AS ‘, ~ y Pinata ten et

nicipale du 5 avril 1884, « le conseil municipal est toujours appelé 4 donner son avis sur... les budgets et comptes des fabriques; » enfin, ce n’est pas, non plus, la réclamation de la Cour des Comptes, puisqu’elle se plaint qu’elle aura « un surcroit de travaux. — Cette loi, il nous la faut, répond M. Dupuy, ministre de linstruction publique et des cultes, qui en communique le réglement aux archevéques et évéques '.

Mais, disent quelques évéques, ils’agit, en réalité, dela mainmise de l’Etat sur les biens des fabriques qui, par leur nature, leur mode d’acquisition, les intentions des donateurs et par leur but, dépendent essentiellement de Vautorité ecclésiastique 2. — Cette loi, il nous la faut, répond Spuller, ministre de l’instruction publique et des cultes. Et comme vingt-cing évéques au plus sur. quatrevingt-sept ont osé protester 3, et comme ces vingtcing protestations sont passées des mains du ministre, quelquefois sans étre lues, en celles d’un commis chargé de les ensevelir dans des cartons, ou elles dorment profondément, Spuller demande a chaque évéque communication de toutes les instructions quelconques qu’il a publiées 4 ce sujet : « Le gouvernement, écrit-il sérieusement, ne pourrait pas laisser se prolonger une agitation qui serait de nature a mettre en péril le droit souverain de l’Etat, en méme temps que les intéréts du culte. » — Cette loi, il nous la faut, dira M. Poincarré, ministre de l’instruction publique et des cultes ; et si l’on ne se conforme pas aux prescriptions légales, les comptables seront condamnés aVamende et les membres des conseils de fabrique seront révoqués *. — Cette loi, il nous la faut, dira enfin M. Méline, se vantant d’ayoir plus fait contre l’Eglise que tous ses prédécesseurs 5.

Mais, dirontles cardinaux frangais dans une note aussi modérée dans la forme que forte dans le fond, ajournez donc l’application de ces décrets qui ont apporté un trouble si profond a lVorganisation et au fonctionnement des fabriques paroissiales, et si la législation des fabriques doit étre modifiée, que ce ne soit qu’a la suite d’un concert entre les

- deux autorités civile et ecclésiastique. — Cette loi, il nous la faut, répondra M. Dupuy, président du Conseil et ministre de l’intérieur et des cultes. Ne parlez pas de question mixte : « Le pouvoir civil a le droit de légiférer en cette maticre *. » Par con-

{ Lettre-circulaire du 30 mars 1893; Instruction ministérielle du 15 décembre 1898, avec 52 articles et 13 annexes. : ;

2 Lettre de Monseigneur l’évéque de Nancy, le 30 deécembre 1893. i

3« Il y a 87 évéques en France. Je ne crois pas m’écarter de la vérité en disant que, sur ce nombre, vingt-cing 4 peine ont protesté : plus de soixante ont ordonné d’exécuter la loi; c’était leur devoir. » Discours de Spuller 4 la Chambre des députés, le 3 mars 1894. |

4 Circulaire de M. Poincarré, ministre de l’instruction publique et des cultes, aux prefets, le 19 aot 1895.

5 Aussi, avant de quitter le pouvoir, il publiera le décret du 18 juin 1898, non Be Se illégal, non moins dé-

celui du 27 mars 1893. ; abla de M. Dupuy a M. de la Batut, député de la Dordogne : Faris, 5 juin 1899. « C’est, d’ailleurs, en ce

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sequent, « la résistance est illégale et aucun gouvernement ne saurait la tolérer !. »

Kh bien, aprés avoir mis la main sur les clefs et sur les cloches par une loi municipale, qu’ils mettent la main sur la caisse des églises, le plus souvent caisse de misére, et méme, s’ils le veulent, quils mettent la main jusque sur l’eau bénite des hénitiers : car, c’est du coup, 6 catholiques, que vous allez vous réveiller, yous unir, vous organiser, et, puisque vous étes trente-sept millions, que vous allez conquérir la puissance qui fait et défait les lois : la majorité parlementaire. On vous abaisse, on vous dégrade; on relache, on brise tous les ressorts de votre divine police pour consommer votre asservissement par le despotisme administratif; on vous ruine : levez-vous done! Jamais temps n’a été si propice. Gambetta est mort, Paul Bert est mort, et Ferry vient de mourir emporté, en quelques heures, par une crise ino-pinée *, au moment méme ou, nommé président du Sénat 3, aprés huit années d’une cruelle impopularité, il renaissait 4 Pespérance. C’est Dieu luiméme qui vous débarrasse des plus redoutables auteurs et collaborateurs de la méme politique. Catholiques, levez-vous!

Les élections ont leu le 24 aout 1893. Hélas! la minorité catholique et conservatrice de la Chambre tombe 4 une cinquantaine de voix +: c’est un désastre.

Aussi, la tristesse de ces malheureux temps n’y fera rien. Au milieu et des scandales de Panama et de la mort du président Carnot, assassiné, en pleine féte, dans cette ville de Lyon ou son grand’pére signait les décrets d’égorgement, au milieu des bombes de dynamite qui jettent leffroi . dans la société, a Paris, oui, ce qui frappe les représentants de la France, c’est la renaissance prodigieuse de ces 1231 congrégations, qui comptent, en chiffre rond, 128.000 religieuses, 30.000 religieux, et qui possédent environ 493 millions de hbiens meubles et immeubles dispersés sur 23.000 hectares 5. Le voila, le péril! Il est urgent dese débarrasser des Ordres religieux peu a peu,

sens que, d’accord avec tous mes prédécesseurs, j’ai eu récemment l’honneur de répondre aux cardinaux francais... Je leur ai fait savoir que si le gouvernement était tout disposé 4 examiner les améliorations et simplifications que le décret du 27 mars 1898 pourrait comporter, jl ne saurait le faire tant que le principe méme de ce décret, c’est-a-dire le droit du pouvoir civil de légiférer en cette matiére, serait contesté.

Ali. 2OLC.

2 Le 17 mars 1898, a age de 61 ans.

3 Le 24 février 1893. i

4 Sont élus : républicains, 319 ; radicaux, 122; ralliés, 35; socialistes, 49 ; conservateurs, 58.

5 Louchet, Bulletin de V Institut catholique de Paris, juin 1895, 392. V. Haposé des motifs de la loi du 16 avril 1895 ; budget de 1895 ; Keller, Les congrégations religieuses en France, 1880; Robert, Le droit. @accroissement sur les communautés religieuses de femmes, 1890. Les autres statistiques, méme officielles,: surtout celles de 1878, sont remplies d’erreurs.

en les réduisant, sans éclat, sans bruit, mais avec une méthode infaillible, 4 la pauvreté, 4 la misére, A la faim, «au nom du grand principe de Pégalité de tous devant l’impdt. »

Les congrégations paient déja, il est vrai, les mémes impdts que les particuliers : impét foncier, impét mobilier, impét personnel, impdt des portes et fenétres : impdt de droit commun, impdt légitime. De plus, elles paient déja, il est vrai, une taxe de mainmorte, de par la loi du 20 février 1849, devenue, de par la loi du 30 mars 1872, une taxe de 87 fr. 50 pour cent du principal de la contribution fonciére, pour remplacer les droits de

-mutation qui, dans les communautés religieuses, n’existent pas, puisque les communautésreligieuses ne meurent pas: impét de droit commun, impdét légitime. De plus, injustice ! elles doivent payer, de par la loi du 28 décembre 4880, un intérét de 5 0/0 sur des immeubles qui ne rapportent pas un sou. Et de plus, injustice! elles doivent payer, de par la loi du 29 décembre 1884, présentée par

'M. Brisson, un droit d’accroissemeni pour Vheritage des religieux morts qui ne laissentrien, puisquwils ne possédent rien. Eh bien, ce n’est pas encore assez de ces deux injustices. Ce dernier droit, ce droit d’accroissement, parce qu’il est pour l’administration une source de difficultés insurmontables, les congrégations le remplaceront 1 par un impét infiniment plus lourd’ : ce sera une taxe annuelle de 0 fr. 30 ou 0 fr. 40 pour cent du capital, selon que les congrégations seront ou ne seront pas autorisées *.

Impét d’exception! crient les congrégations; il va directement contre la constitution républicaine qui consacre Végalité de tous les citoyens devant VYimpot. Impét ruineux! * a ce régime fiscal, les sociétés commerciales et financiéres, méme les plus prospéres, ne résisteraient pas... Quant a recourir aux tribunaux, nul ne peut y songer d’une maniere quelconque; la République a pris ses mesures : de par la loi, toute difficulté en cette matiére doit étre tranchée par voie administrative.

* Ce fut M. Rouvier, ministre des finances, qui proposa, en 1892, le projet dune taxe d’abonnement. Ce projet fut repris par M. Burdeau, et ce fut M. Ribot qui le fit adopter et convertir en la loi du 16 avril 1895.

? Loi du 16 avril 1895.

5’ Des congrégations d’hommes cing grandes seulement sont autorisées : Saint-Sulpice, Saint-Lazare, les Missions Etrangéres, les Péres du Saint-Hsprit et les Fréres des Heoles chrétiennes, Les congrégations de femmes autorisées forment 93.215 membres... « Une congrégation autorisée est celle qui a soumis ses statuts 4 ’examen du pouvoir civil et dont un décret ou une loi, suivant les cas et les époques, a consacré la personnalité. A l'inverse, les congrégations non autorisées ne sont pas des personnes civiles; elles n’ont, au

point, de vue juridique, aucune individualité: ce sont -

des agrégations d’individus, mais le fait de vivre réunis ne donne a ces individus aucun droit commun. »

‘Le P. Le Doré, supérieur général des Eudistes, dit (Simples observations) : « Ces exigences de la loi @abonnement augmenteront de 12 a 15.000 fr., chaque année, notre chiffre d’impots : ot les trouverai-je? Loin @avoir des reyenus qu’on taxe comme s’ils étaient de 5 0/0, nous n’arrivons a équilibrer nos recettes et nos dépenses qu’avec des secours extraordinaires. »

L’AMI DU CLERGH

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Aussi, bien que le Pape laisse la liberté Vagir ae chacun comme il l’entendra, la grande majorité des religieux, car l’accord unanime n’est pas possible, se retranche derriére l’attitude passive 1.

Le gouvernement ne s’émeut pas : « Allons modérément, dit-il, et nous irons sfirement. » Par cette taxe d’abonnement, les congrégations doivent, le Jer avril 1896, dernier terme du délai, 1.500.000 fr. Or, au mois d’avril, le gouvernement ne recouvre que 180.000 fr., au mois de mai que 8.000 fr., au mois de juin que 6.000, et ce n’est que, le 26 juillet 1896, qu’il fait sa premiécre saisie, au Puy, a Vorphelinat de la Roche-Arnaud. I suivraleméme systéme de prudence pendant les années 1897 et 1898 ; mais, en 1899, lorsque opinion n’y pensera plus guére et n’en parlera plus, il additionnera Varriéré de la taxe d’abonnement depuis 1896 et du droit d’accroissement depuis 1884; puis, avec des formules de respect, « dans l’apaisement » de « Yesprit nouveau, » il saisira, il vendra, a des intervalles divers, en divers lieux, avancant ou reculant, selon les circonstances, de maniére a ne provoquer aucune manifestation en faveur des « parias du fisc 2. »

La Chambre actuelle, élue en 1898, ressemble aux Chambres précédentes; elle est ce qu’elles étaient : elle n’a de dessein arrété que sur un point, la guerre religieuse ; elle n’est ressaisie par une passion collective, que si une proposition, un discours, un mot, évoque lombre du clergé. Au pouvoir, ce ne sont plus les mémes hommes; mais cest toujours la méme politique selon la méme méthode. Aussi, lorsqu’elles seront votées, ces deux lois, qui sont rédigées, déposées, dont la discussion publique, annoncée a tous les échos, est imminente, la loi contre les associations religieuses et la loi contre la liberté @enseignement, ces deux lois beaucoup plus audacieuses, plus profondes, plus destructives que toutes celles que nous venons d’énumérer, ’Eglise de France n’aura qu’a pleurer sur elle-méme, en attendant d’autres pleurs...

Ainsi, vingt-cing ans vont suffire pour défaire presque entiérement l’ceuvre dun siécle! Et dans cette démolition progressive de nos droits les plus © sacrés et de nos libertés les plus chéres, dont chaque année emporte les débris, quelle ténacité, quel art! Autrefois, les adversaires de l’Hglise la persécutaient au nom dela liberté, joignant le mensonge ala tyrannie et a l’injustice la profanation. Aujourd’hui, ils la persécutent au nom de!’esprit national, qui, pour eux, est l’esprit de la Révolution, c’esta-dire omnipotence de l’Etat, V’idolatrie de l’Etat,

‘A la Chambre des députés, le 15 février 1897, M. Bérard dit : « A Vheure actuelle, presque toutes les congrégations religieuses refusent limpot établi par les lois de 1884 et de 1895. » Mais on sait que les supérieurs généraux de Saint-Sulpice, de Saint-Lazare, des’ Missions Etrangéres, des Péres du Saint-Esprit et des Fréres des Ecoles chrétiennes ont adressé au S. P. Léon XIII une déclaration de sowmission, qu’on a appelée la Soumission des Cing.

* Dans l'année 1899, le fise a percu ainsi un million; et, dans les huit premiers mois de l’année 1900, ila percu. 1.087.000 francs.

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la plus grandemachine de despotisme qui ait jamais été révée, et c'est avec ce systéme, renouvelé des maximes de Rousseau et du Contrat social, qu’ils veulent la réduire a l’impuissance de vivre, sans se donner le réle odiewx de la tuer !... O humiliation du présent! Nous, redevenus si grands par la vertu, par la science, parles @uyres, parle nombre, par des ressources aussi inépuisables que Vesprit de sacrifice qui les anime, nous n’avons de force que pour la résignation! Encore si, frappés par la loi dans nos personnes, dans nos institutions, dans nos intéréts, qui sont les intéréts des ames et des nations, nous savions tomber avec gloire : mais notre honneur méme est atteint. Aux yeux du public, qui est justement impitoyable a qui se laisse vaincre sans combattre, nos fronts pétrifiés seront bientdt des fronts flétris!... O ingratitude pour le passé! Ils se redressent de leurs tombes pour nous accabler de leurs amers reproches, tous ces illustres champions du xrxe siécle, grands évéques, prétres vaillants, vaillants laiques, dont nous n’avons pas méme le courage de conserver les conquétes; ils secouent, pour ainsi dire, les chaines dont chaque jour nous forge un anneau, afin de réveiller 4 ce bruit lugubre, s’il est possible encore, l’engourdissement de nos ames!... O terreur pour Vavenir! Que l’esprit de ’Eglise se retire de la France, et ilen emportera la vie. LaFrance, -mayant plus pour religion que l’athéisme, que Yanarchie pour société et que le vice pour morale, en dépit de la police et des lois et du bien public, la France, ayant perdu Ja source de la véritable Civilisation, notre France périra! Non, les empires ne restent pas debout quand les 4mes sont a terre. Nous avons entendu dire que, lorsque nos romanciers font un roman (car au degré de perfection ot elle est parvenue, notre patrie n’a plus besoin que de romans), ils arrangent leurs ingrédients, quels quils soient, aventures, mours, théses, psychologie, levers ou couchers de soleil, clairs de lune, de maniére que, aprés force péripéties, tout vienne se fondre au dénouement dans l’épanouissement du bonheur. Hélas! il n’en va pas toujours dans le monde comme dans les romans. C’est souvent le contraire, pour V’histoire des sociétés comme pour celle des individus. Ainsi l’historien, attache ala réalité des choses, n’a pour dernier mot de cette longue étude que l’expression contenue de sa douleur !

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QUESTIONS de science ecclésiastique

CONSULTATIONS DIVERSES

Q. — La maladie et les obligations curiales ou vcariales. — L’Ami du Clergé, page 960, donne une réponse qui a surpris un grand nombre de ses lecteurs. En effet, il dit, 4 propos d’un vicaire malade un jour de dimanche : « Crest a celui qui est payé pour un Sser-

vice a se faire remplacer quand une cause quelconque vient Pempécher de le remplir. C’est la stricte justice. » Cette réponse me semble pécher contre la justice.

Généralisons. Au lieu de vicaire, mettons prétre. Eh bien! je dis que la maladie, j’entends maladie sérieuse, maladie grave, dispense le prétre de ses obligations curiales ou vicariales. I] est certain qu'il n’est pas tenu a réciter son bréviaire. Il est hors de doute encore que durant sa maladie le prétre facit fructus suos. D’ailleurs que devient, d’aprés vous, l’axiome: Lex non obligat cum tanto incommodo? £

Serait-ce l’obligation pour les fidéles d’entendre la messe qui ferait au prétre malade wn devoir de justice de se faire remplacer ? Mais dans le cas ot le prétre ne peut, pour un motif quelconque, célébrer la sainte messe, les fidéles sont dispensés de Vobservation du

précepte dominical. Aucun théologien n’oserait soutenir,

le contraire.

Si la maladie dure longtemps, le curé devra aviser Vadministration diocésaine. L’évéché prendra les mesures nécessaires pour assurer le service, mais le prétre, curé ou vicaire, ne doit pas avoir la charge de se faire remplacer.

Si votre solution est conforme 4 la stricte justice, dans le cas de maladie il vaudrait mieux donner sa démission. La maladie m’impose un surcroit de deépenses auxquelles il faudrait ajouter les frais occasionnés par un remplacant. Lex non obligat cum tanto incommodo. Aux théologiens et aux canonistes de YAmi de répondre.

R. — Votre objection se résume dans cette proposition : « Je dis que la maladie, jentends ma-

ladie sérieuse, maladie grave, dispense le prétre —

de ses obligations curiales ou vicariales. »

A cette proposition principale s’en rattachent cing autres que vous donnez comme des preuves ou des explications. Résumons-les :

40 Le curé gravement malade n’est pas tenu a réciter son bréviaire;

20 Il fait les fruits siens ;

30 J] n’est pas tenu, en justice, a se faire remplacer pour la messe du dimanche, les fidéles étant dispensés de l’entendre;

4o En cas de longue maladie, l’administration diocésaine doit prendre les mesures pour assurer le service, mais le curé ou vicaire ne doivent pas avoir 4 leur charge les frais du remplagant 5

50 S’il n’en est pas ainsi, il vaudrait mieux pour le curé malade donner sa démission.

Avant de commencer la discussion, rappelons dabord qu'il y a dans les Décrétales, au livre III, un titre 6¢ intitulé: De clerico cegrotante vel debilitato, preuve indubitable que l’Kglise s’est occupée de cet accident. C’est 1a que nous irons chercher la réponse 4 vos objections, en ajoutant les décisions modernes et l’avis des auteurs contemporains.

Proposition générale; La maladie grave dispense le prétre de ses obligations curiales ou vicariales.

Prise dans le sens absolu que lui donne le contexte, cette proposition est fausse, et pour la ramener a la vérité, il faudrait user d’une distinction que fait le droit.

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