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III. — DE CHARLEMAGNE AU CONCILE DE TRENTE

Pendant le siécle de Charlemagne, de 800 a 900, la discipline de la chasteté se maintient réguliére ; on en trouve la preuve dans les nombreux conciles de cette épogue, qui entourent les clercs de mille précautions pour les préserver des tentations.

Toutefois, il est facile de voir dans le luxe méme des précautions qui sont prises, des symptdmes de relachement. Bientdt, le torrent va déborder. Les causes, il faut les chercher dans ]’avilissement ou se trouvait alors le Pontificat romain ; dans les ruines causées par les invasions des Sarrazins et des Normands; enfin dans les intrigues des seigneurs qui plagaient a la téte des églises des hommes sans foi ni loi, qui laissaient faire.

En 893, un prétre, nommé Angebuc, épousa une femme en présence de ses-paroissiens et du consentement des parents: c’est le premier exemple du mariage public d’un prétre, et il faut ajouter — que des hommes pieux et fidéles s’opposérent a cette criminelle entreprise. Quelques années se sont a peine écoulées, et l’on trouve la plaie agrandie au point de souiller l’Eglise entiére : a Rome, a Milan, en France, en Allemagne, le célibat est en fait une trés rare exception, et le mariage des prétres la loi commune; l’abus était tellement commun que l’on ne songeait méme pplas a en remarquer l’infamie.

C’est alors que le prieur de Cluny, Hildebrand, devenu le conseiller des papes, puis pape sous le nom de Grégoire VII, essaya de rétablir ’ancienne discipline de la continence. Lettres, discours, conciles, il use de tous les moyens pour ramener les clercs 4 la pratique volontaire de la chasteté ; mais quand il voit ses efforts.en partie inutiles, il emploie la rigueur et défend aux fidéles d’assister a la messe des prétres scandaleux.

Ce fut dans toute l’Eglise une révolte furieuse. A Rome, dés que les décrets furent connus, un tumulte s’éleva qui faillit dégénérer en émeute ; les prétres, les évéques dirent qu’il n’y aurait plus de messes. On déposa néanmoins les concubinaires, et pour les remplacer, on fit venir des prétres vertueux des diverses provinces de l’Occident.

Mémes révoltes en France. Les Conciles d’Avignon et de Tours essaient, mais sans succés, de réprimer les abus; les évéques coupables restent a leur place, comme le titulaire de Dol, qui avait plusieurs enfants, et les évéques fidéles sont chassés A coups de pierres pour avoir promulgué les décrets, comme cela arriva 4 Jean de Bayeux et 4 Gauthier de Pontoise. Le synode de Paris, en 1074, dépeint ainsi l’état des esprits : « Contre ce

décret sur le célibat, toute la faction des clercs -

frémit avec véhémence... On se récrie contre cette chose, la plus difficile de toutes : Vordre d’Hildebrand de ne point entendre la messe d’un prétre ayant concubine, c’était le grand sujet de plainte. »

Les clercs de Cambrai écrivirent 4 ceux de Reims une lettre pour les exciter a défendre de concert avec eux la prétendue liberté duclergé et a maintenir leurs usages, « qui ont été soigneusement établis par indulgence de nos péres. »

Kn Allemagne également, révolte générale.

Au synode d’Erfurt, en 1073, Sigfried de Mayence, et au synode de Passau, l’évéque Altmann, n’échappérent qu’avec peine au massacre pour avoir voulu faire observer les décrets de Grégoire VII.

A Milan et dans la haute Italie, les évéques et les clercs, plusieurs fois pénitents, se révoltent toujours et Herlembault, le chef des laiques et des rares prétres fidéles, est martyrisé dans une révolte. Au Concile de Rome lui- “méme, il y-eut des résistances acharnées.

Ainsi Grégoire VIL vit s’élever contre lui presque tout univers; il n’en maintint pas moins ses décrets, qui finirent par prévaloir.

Quarante ans aprés Grégoire VII, en 4123, la

: réception des ordres sacrés devint, 4 l’égal de la

profession religieuse, un empéchement dirimant qui s’étendit jusqu’au sous diaconat.

Le douziéme et le treiziéme siécles, qui furent les beaux siécles du droit canon, furent aussi les siécles de la continence cléricale. L’histoire est muette sur les désordres des clercs : preuve évidente que leur vie était réglée suivant les lois de l’Eglise.

~ Au xve siécle, le célibat ecclésiastique est attaqué par un pamphlet; mais Gerson répondit par un petit chef-d’cuvre intitulé : Dialogue de la Sagesse et de la Nature sur le célibat des ecclesiastiques. Au concile de Constance, l’empereur Sigismond demanda le mariage des prétres; mais sur les instances du méme Gerson, le concile maintint la grande loi du célibat.

Néanmoins, déja depuis un siécle, cette loi est mal observée. I] en faut chercherla cause dans les

démélés de Boniface VIII avec Philippe-le-Bel, Vexil des papes en France, et surtout le grand schisme. Plus tard, l’influence prédondérante de la Renaissance amena dans la noblesse et le clergé VYamour du bien-étre et la luxure. Gerson avoue lui-méme que le désordre s’était généralisé, qu’il avait jeté de profondes racines, et que des crimes plus énormes encore ne manqueraient pas de se produire si on voulait ?empécher avec trop de sévérité. Au xvie siécle, méme décadence.

Le duc de Baviére, dans un mémoire justificatif soumis au Concile de Trente, attestait que, sur

~ cinquante prétres catholiques, il y en avait a peine un seul gui ne fit publiquement concubinaire. Aussi Charles-Quint, en 1548, crut-il devoir per-

mettre, pour le bien de la paix, le mariage des prétres. Inutile de rappeler les doctrines et les exemples de la Réforme au sujet du célibat des

- prétres. nae

- Devant ces universelles excitations, les princes

chrétiens crurent devoir intervenir pour obtenir un adoucissement dans la loi du célibat. On vit les

- empereurs Maximilien II et Ferdinand Ier, le duc

Albert de Baviére, le Sénat de Venise et méme le

-conseil de Charles IX ot trénait Catherine de

Médicis, présenter un mémoire dans ce sens au

-Concile de Trente; le cardinal de Lorraine consen-

tit méme 4 se faire leur interpréte ; mais Philippe II s’opposa énergiquement a cette réclamation, qui ne fut pas méme introduite dans les débats solennels du Concile, mais écartée par une simple commission.

Le Concile de Trente promulgua de nouveau la loi générale qui fait des ordres sacrés un empéche-

ment dirimant ; il renouvela aussi les anciens canons contre ceux qui gardent dans leur maison ou entretiennent au dehors des concubines ou des femmes suspectes ; il statua sur la maniére de

-procéder contre les clercs concubinaires et exclut le fils naturel d’un clerc de tout bénéfice de l’église ou son pére posséde ou aurait possédé un bénéfice.

Outre ces lois répressives, le Concile établit des mesures préventives en demandant |’établissement des séminaires, ot le clergé devait se former par la priére et la retraite 4 la pratique de la chasteté. Ainsi se forma dans l’Kglise un clergé ot le célibat fut en honneur.

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