‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 52 sur 276 · C. C., i Florentina, 16 sept. 1854, § FE contra · texte numérisé non relu

C. C., i Florentina, 16 sept. 1854, § FE contra

8S. GC. G., in Romana, 11 juin 1831, § Postremo.

OSs :

posthac eorumdem cura et sollicitudo, ob temporum rerumque iniquitatem, felici caruerint exitu, de hoc respondere non tenentur 1. », es

40 Knfin, un administrateur ne peut étre condamné a restitution que dans le cas oti sa, culpabilité sera clairement étabdlie : « Illi, nisi, dolus aut culpa evidenter constet, nec, de.-inexactis quidem creditis vexari possunt 2. »

h) La reddition des comptes a l’évéque concerne toutes les cuvres pies. Quelques notions sur ces cuyres sont ici nécessaires pour Vintelligence de ce que nous venons de dire et de ce que nous dirons bientdt. ipee

Toute ceuvre dont le but consiste dans l’exercice public des cuvres de miséricorde, tant spirituelles que corporelles, est désignée sous le nom générique d’cuvre pie, lieu pie, locus pius. Si Vautorité ecclésiastique, représentée par le Souverain Pontife.ou par l’évéque diocésain, a concouru @une maniere formelle a Vérection de cette ceuvre, soit A ’avance en donnant antérieurement

‘son consentement, soit plus tard en ratifiant posi-

tivement ce qui avait été fait jusque-la sans elle, nous avons l’ceuvre pie ecclésiastique, ou bien simplement locus pius ecclesiasticus.

Si au contraire l’autorité ecclésiastique, représentée par le Souverain Pontife ou l’évéque, n’a pas concouru d’une maniére formelle, par un acte de juridiction, 4 ’érection @une cuvre, ou ne l’a pas ratifiée positivement, cette ceuvre, quoique destinée a Vexercice des pratiques de piété ou de miséricorde, est une ceuvre laique, locus pius laicalis ou simplement locus pius. Un simple examen des statuts pour voir sil n’y aurait rien de contraire 4 la foi, aux bonnes moeurs ou au droit canonique, Vautorisation d’ériger un oratoire privé, la visite de cet oratoire, ne sont pas suffisants par eux-mémes pour conférer cette approbation positive, ni pour la prouver. L’examen des

statuts n’est pas, en effet, un acte de juridiction ; ‘Wautre part, les lieux pies publics ayant, tout

aussi-bien que les lieux ecclésiastiques, la faculté d’avoir, avec la permission de l’évéque, un oratoire privé soumis 4 la visite de l’Ordinaire, on n’en peut rien conclure relativement a la nature dune ceuvre.

Nous avons un exemple de ces lieux pies laiques dans les conférences de Saint-Vincent de Paul. Elles sollicitent, il est vrai, pour s’établir dans une paroisse, la permission du curé; mais nulle part elles ne considérent l’autorisation de lévéque comme un constitutif essentiel, une condition sine qua non de leur existence. [1 en est de méme des cercles catholiques et d’une foule @autres ceuvres qui s’élévent ¢a et la, aujourd’hui surtout, sous le regard bienveillant des évéques, mais sans leur concours formel: ce sont des cuvres essentiellement laiques.

Or, toutes ces ceuvres pies, ecclésiastiques ou

4 Ibid.

2 S.C. C., in Florentina, 16 sept. 1854, § EH contra.

laiques, méme celles fondées par des particuliers, du moment qu’elles revendiquent l’exercice public des ceuvres de miséricorde, sont soumises, a la ré-

- vision des comptes par l’évéque.

III. ACTES D’ADMINISTRATION SOUMIS A L’AUTO- RISATION DE L'bVEQUE OU DU SOUVERAIN PONTIFE. — Je vous ferai d’abord remarquer que les régles gue nous allons exposer concernent les seules a@uvres pies ecclésiastiques au sens que nous venons de dire, et non les wuvres pies latques ; mais elles concernent tous les administrateurs, méme laiques, des couvres pies constituées avec Vautorisation formelle des supérieurs ecclésiasticues.

4o J’administrateur d’une ceuvre peut employer les revenus d’une wuvre pour les fins qu’elle se

propose, sans que l’évéque puisse imposer un

autre but.

20 Pour les aliénations, quelles qu’elles soient, il ne peut les faire sans l’autorisation du Saint- Siége ou de lévéque.

a) Le canon Terrulas permet aux couvres pies de se faire autoriser par l’évéque quand il s’agit de meubles ou dimmeubles de peu de valeur.

L’accord est loin d’exister entre les canonistes pour la détermination de ces choses de peu de valeur, et l’évaluation varie de vingt-cing écus d’or (244 francs) a cent écus d’or (856 francs).

b) Pour les choses importantes, il faut Pautorisation du Saint-Siége en vertu de la bulle Ambitioscee de Paul II.

— Pour laliénation de quels biens faut-il l’autorisation du Saint-Siége ?

— Pour: 4° les immeubles par nature ; — 20 les immeubles par destination, comme les servitudes actives, les cens, les revenus annuels, les hypothéques, etc.; — 30 les meubles précieux, comme les calices, les ornements et les tableaux de prix, les troupeaux de brebis ou de beeufs, les reliques insignes, les bibliotheques nombreuses, les cuvres dart, les ex-voto, etc.; — 4° les coupes de bois extraordinaires et non réglées par l’usage; — 5o argent destiné 4 une fondation de services religieux perpétuels ou provenant d’un dépét.

— Quels sont les actes d’administration pour lesquels il faut l’autorisation du Saint-Siége ?

— La constitution Ambitiose spécifie : 1° tout pacte qui transfére la propriété, comme la vente, la donation, l’échange, méme entre deux ceuvres, la renonciation et tous les actes semblables; — 20 la concession, c’est-a-dire toutes les transactions onéreuses au sujet des servitudes passives, concessions de rentes ou de redevances perpétuelles ou viagéres, de droit de paturage, etc.; — 30 V’hypothéque, c’est-a-dire les contrats hypothécaires sur les biens acquis; — 4° la location ou le bail pour plus de trois ans; néanmoins on peut librement renouveler le bail tous les trois ans, et gil s’agit d’un produit a récolter tous les deux ou trois ans, on peut faire le bail pour trois récoltes, ce qui donne six ans dans le premier cas et neuf dans le second; — 5° le contrat emphytéotique, c’est-a-

| | ‘AMI DU CLERGE | a ae Pa Se RO eS eS rs Sv Ted ROS ee

dire toute transmission d’usufruit pour un temps indéterminé. =

— Ya-t-il des peines contre les violateurs de cette loi? ;

— Oui, il y a une excommunication de la constitution Apostolice Sedis qui concerne ce cas:

« Alienantes-et recipere preesumentes bona ecclesiastica absque beneplacito Apostolico, ad formam Extravagantis Ambitiose. » Elle s’applique ici. Mais il faut remarquer : a) que toute ignorance, méme coupable, crassa quoque et supina, en excuse; 0) quelle n’est point réservée et que tout confesseur peut en absoudre.

Ill. — Au point de vue du droit civil

Autrefois la loi civile, imitant le droit canon, reconnaissait aux ceuvres pies la personnalité civile; la loi de 1792 a supprimé les wuvres pies et depuis aucune loi n’est venue leur accorder la liberté de posséder, que recoivent par décret une foule d’ceuvres moins utiles.

Sans vouloir éluder la loi, il nous est bien permis de chercher dans le droit civil un moyen pour assurer la permanence de nos ceuyres en dehors de la personnalité civile qu’on leur refuse. User des facultés que concéde la loi n’est pas un crime. Nous en userons donc pour donner un propriétaire a nos cuvres. Trois combinaisons peuvent se presenter: ou bien nous choisirons un individu, ou une fabrique, ou une société.

I, GAS D’UN PROPRIETAIRE UNIQUE. — C’est bien le moyen le plus aisé, mais c’est en somme le plus onéreux et le moins sir.

1o-C’est trés onéreuax, car a chaque changement de propriétaire, soit par vente, soit par testament, il faut payer des frais élevés a lenregistrement, au moins 7 fr. 25 pour cent dans le premier cas, et 44 fr. 25 dans le second. Si lon change souvent de propriétaire, les biens seront bientét absorbés.

20 Ce n'est pas toujours str. Sil vient au propriétaire fictif la tentation de s’approprier les biens qui lui sont confiés, ou de gager un emprunt important dessus, comment l’en empécher légalement ? Cela s’est vu. On raconte que, au moment des décrets, en 1880, une congrégation qui possédait un magnifique collége fit une vente fictive a un individu afin de sauvegarder son droit de propriété et attendre des jours plus favorables. Celui-ci n’eut rien de plus pressé que de contracter un emprunt de deux cent mille francs en donnant une hypothéque sur le collége. Vous devinez la fin de cette histoire. 7 |

— Tous les hommes ne sont pas aussi malhonnétes que cet industriel de haute volée.

— Non; mais au moins le danger est possible, et il fallait le signaler. Admettons que l’on ait affaire 4 homme le plus consciencieux; il faut trouver un moyen légal de transmission. Deux modes se présentent : 1° les actes entre vifs, c’est-adire la vente ou la donation ; 20 la transmission par testament.

= WAMY. DU CLARGH 7 © BO aay

» La transmission entre vifs ne répond pas aux nécessités de la situation.

. De fait la donation oblige 4 payer des frais immédiats ; elle transfére la propriété de suite ; et si le donataire vient 4 mourir avant d’avoir transmis a un autre les biens @une cuvre, ceux-ci retournent aux héritiers naturels.

La vente produit les mémes inconyénients. II serait cependant possible de les atténuer, en faisant des actes de vente signés, mais sans date, qu’on remplirait au moment de la mort. Mis entre les mains d’une tierce personne, ces actes sont en somme le moyen le moins onéreux et le plus str de transmission, quand il n’y a en fait qu’un propriétaire unique.

La transmission par testament est peustre aussi, car voici les aléas quelle court :.4° le proprictaire unique, tout en se promettant de faire un testament, peut mourir avant d’avoir réalisé son désir; et 20 le testament fait, on peut le faire disparaitre : les exemples sont la.

— lit les notaires ne sont-ils pas la aussi pour garder les testaments?

— Oui; aussi est-il prudent, si on en fait un, de le mettre en lieu str.

30 Voila un testament en streté; il institue un légataire universel: c’est fort bien ; mais sil yades héritiers a réserve, la loi leur attribue une portion de Vheritage : autant d’enlevé a l’euvre.

4o Enfin, nese trouvera-t-il pas parmiles héritiers naturels quelque mauvaise téte pour attaquer le testament pour vice de forme, ou captation, etc. ? Cela se voit tous les jours, au grand détriment des -@uyres, qui sont spoliées malgré la volonté formelle des testateurs.

II. FABRIQUES PROPRIETAIRES DES BIENS DES a@uVRES. — Cela a été possible autrefois; mais aujourd’hui il n’y faut plus songer, parce que toutes les fondations qui n’ont pas pour but des services religieux, ou bien ne sont pas autorisées, ou bien sont transférées sans raison aux bureaux de bien- - faisance.

III. Socrériés crviLEs. — Pour former une société ~ civile, il y a une foule de formalités a remplir ; mais en somme, c’est encore le moyen le moins onéreux et le plus stir. Un individu peut voler ou étre volé, mais non une société. Il en est de diverses sortes, laquelle choisir? Ici il faut l’interyvention d’un homme d’affaires consciencieux !.

(A suivre).

* Nous avons publié au t. II de la Jurisprudence, p. 293 (n° 74 du 2 juin 1898), une étude trés compléte sur les Sociétés civiles.

QUESTIONS de science ecclésiastique CONSULTATIONS DIVERSES

Q. — I] m’est arrivé de plaindre les an¢iens en songeant a Pignorance ot ils se trouvaient® sur tout ce qui se passait loin d’eux, et tout récemment, dans une lecture, je tombe sur cette phrase : « Les chrétiens comme les paiens d’alors eurent de bonne heure leurs journaux. » Des journaux 4 Rome, autrefois! C’est pour moi une énigme. Le bienveillant Amz voudrait-il m’en donner la solution ?

R. — A voir aujoard’hui l’importance du journal chez les nations de l’Europe, on ne s’imagine pas facilement qu’on ait pu s’en passer pendant des siecles. Pour tout homme qui s’intéresse aux choses de son pays, lire son journal est devenu un besoin aussi impérieux que le boire et le manger. Encore le journaliste est-il obligé de servir

chaque jour a ses lecteurs des mets nouveaux et ©

substantiels. On ne lui pardonne pas un jour de repos, pas un jour maigre. Un numéro qui n’annonce pas la chute dun ministére, un assassinat bien effrayant, une grande catastrophe sur mer, un échec dans les colonies, est un numéro nul. Dans les grandes villes, il ya des journaux pour toutes les heures de la journée, et dans ces journaux des nouvelles du monde entier. Avec cela, vous entendrez fréquemment des plaintes sur le défaut Vinformation! Il y a des gens qui restent maussades toute la journée parce quils n’ont pas recu leur journal.

Cette chose nécessaire pourtant ne date que d@hier. Le ‘journal est né il y a trois siécles a peine, prés de deux cents ans (qui le croirait?) apres que l’imprimerie eut été inventée.

On se tromperait pourtant si l’on croyait nos ancétres si différents de nous qwils n’aient pas éprouveé le besoin de savoir ce qui se passait autour d’eux et n’aient eu aucune idée du journal.

Au moyen age, il est vrai, nous ne trouvons rien de semblahle; mais, si nous remontons plus haut, par dela cette époque si intéressante pourtant dans son originalité, si nous saisissons la civilisation romaine au régne d’Auguste, nous trouvons le journal, — et le journal dans le sens le plus moderne, — le compte rendu journalier de ce qui se passait d’intéressant a Rome et dans Vempire, — journal véritable qui a ses lecteurs nombreux et assidus, ses actes officiels, ses nouvelles a sensation, ses décés, ses naissances, ses scandales, etc... Nil sub sole novum.

Mais il est une remarque a faire : tandis que le journal, en France, apparait a )’état adulte, muni de tous ses éléments, sa formation a Rome.a été trés lente. Les éléments divers dont il se compose ont vécu séparément d’abord et ne se sont réunis en corps qu’aprés des siécles. Avant de voir ce qu’était le journal de Rome, au temps d’Auguste, il faut donc examiner ce qui le remplacait chez les plus anciens Romains.

I. — Le Romain était essentiellement pratique. Ce fut sa premiére qualité, celle aussi qu’il garda le plus longtemps. Ne nous étonnons pas de trouver chez lui le journal sous sa forme la plus simple mais la plus utile, l’affiche. Les Romains faisaient de l’affiche un usage trés étendu: appartements a louer, adjudications de travaux, ventes de champs, etc., plus tard, spectacles du jour, lectures oratoires, tout cela était annoncé aux Romains sous forme d’affiches. Rien de plus commode en effet : une planche en bois, un mur blanchi a la craie, un pinceau et de lencre suffisaient pour cette puplication.

Alors, comme aujourd’hui, les candidats aux magistratures affectionnaient ce genre de recommandations. Les murs de Pompéi 1 portent encore les professions de foi de candidaty Wil y a dixhuit siécles, avec les remerciements des élus, les encouragements et les exhortations des électeurs. Alors, comme aujourd’hui, tout était beau avant le scrutin : chaque fois, on assure que le candidat est un grand homme, digne de la République, un excellent jeune homme de bonnes mceurs « qui saura tenir heureusement le gouvernail. » Une fois. nommés, les élus ne perdront pas contact avec leurs électeurs, et on trouve plus d’un rappel énergique a des édiles qui ne remplissent pas bien leurs fonctions et manquent de vigilance. Les mémes murs ont gardé l’équivalent de nos grandes affiches dans les annonces avec dessins qui faisaient connaitre aux passants le jour et VPheure des combats de ’amphithéatre. Les gladiateurs étaient nommés et représentés. D’autres affiches mentionnaient les objets perdus et promettaient a qui les retrouverait une honnéte récompense. Plus loin encore, c’étaient des jeux

de mots, des calembours, des plaisanteries provoquant une réponse, etc..., toute la quatrieéme page du journal enfin. :

II. —A cété des affiches Vintérét privé, il y avait les affiches officielles. Les préteurs & Rome, les propréteurs dans les principales villes de leurs provinces, avaient coutume, a leur entrée en charge, d’afficher un édit. Cet édit faisait connaitre la maniére dont le nouveau magistrat entendait appliquer les lois, et les principaux réelements qu’il offrait comme hommage de bienvenue a ses administrés. C’étaient les déclarations ministérielles de ce temps. On y ajoutait des listes de juges a l’usage des plaideurs, ou des citoyens peu délicats qui auraient pu croire que la terre et ses produits étaient redevenus « res nullius. »

Comme l]’Etat, les dieux avaient leurs fidéles ministres dans les pontifes. Bien avant la naissance du christianisme, Rome était le pays par excellence de la liturgie. Au commencement de chaque mois (kalendes) les pontifes affichaient leur « ordo, » calendrier mensuel, tableau des jours fastes et néfastes, des jours de travail et de repos, des jours oti il était permis ou défendu de

* Cf. Thomas, Rome et VEmpire, p. 29 et suiy.

tenir des comices; tableau soigneusement dressé de maniére & éviter les assemblées trop nombreuses qui auraient voté contre laristocratie./ Quand on sait le réle de la religion, ou mieux des pratiques religieuses dans |’Hmpire romain, on s’explique que les pontifes aient conservé jusqu’a la fin et gardé secrétes les régles du calendrier. On comprend aussi l’intérét avec lequel ce tableau était consulté par chaque pére de famille, chargé comme prétre d’exercer les devoirs du culte dans sa maison.

III. — Toutes ces affiches officielles ou privées étaient d’un intérét passager et disparaissaient avec les circonstances qui les avaient vues naitre. Il y en avait d’autres auxquelles on tenait davantage et qu’on voulait garder plus longtemps. On ne se contentait plus alors de les écrire a l’encre sur les tableaux blanchis: on les gravail sur le marbre, la pierre, le bronze. C’étaient d’abord les récompenses et les remerciements votés par les cités aux citoyens généreux. Le moins qu’on fit en pareil cas était d’élever en leur honneur une statue, d’inscrire sur le piédestal ce qwils avaient fait pour leurs concitoyens, le nom de leur pére, leurs titres militaires, administratifs, etc... Les forums des cités étaient couverts de ces statues au point qu’on ne savait plus ot les placer. Les derniers venus prenant toujours les meilleures places, les plus anciens étaient remisés les uns derriere les autres dans tous les coins. Les plaques commémoratives dans les temples faisaient concurrence aux statues du forum. Les murs en étaient garnis et souvent une seule de ces plaques couvrait plusieurs métres carrés. Elles ne portaient pas alors que des remerciements aux hommes ou aux dieux. C’était parfois le discours entier de quelque grand personnage, qui s’était lui-méme donné Vhonneur de laffichage. Ainsi on a retrouyé a Lyon (1528), gravé sur une plaque de bronze, le discours prononcé par Claude en faveur des Gaulois, et 4 Ancyre, sur les murs d’un temple élevé a Auguste, ce qu’on a appelé le testament politique d’Auguste, sorte de résumé et d’apologie de son reene. Ce dernier document couvre dixneuf colonnes de marbre blanc, qu’il faut aujour- @hui chercher dans les maisons adossées aux murs du temple ancien.

Nous avons la évidemment un document exceptionnel. Toutes les affiches laudatives ou votives n’avaient pas cette étendue, mais le nombre rache-’ tait la brieveté, et l’on aura une idée de la multiplicité et de la variété de ce genre de publication en parcourant les huit volumes in-folio du Corpus inscriptionum latinarum, qui renferme dés a présent 120.000 inscriptions. Et combien d’autres ont jusquici échappé a la science qui prendront place parmi ces volumes! Un plus grand emit encore ont été détruites.

IV. — A la publicité, aux récompenses honorifiques, aux discours, on peut joindre la statistique. Les registres publics ou privés de tous genres étaient trés communs chez les Romains.

Les registres publics les plus anciens étaient les actes civils, acta civilia, ot étaient inscrits jour par jour les naissances, les mariages, les répudiations, les divorces, les morts. La surveillance en fut @’abord confiée aux censeurs, puis aux questeurs, et plus tard aux préfets du trésor. Chaque cité avait ses actes civils.

Venaient ensuite les actes du forum, acta fo--

rensia, qui comprenaient les actes du pouvoir populaire et ceux des tribunaux. On peut ranger dans les premiers les lois, les plébiscites, le résultat des élections dans les comices, les édits de proclamations des tribuns, etc. Ils étaient déposés dans les archives annexées 4 divers temples, celui de Jupiter au Capitole, de Cérés, de la Liberté, de Saturne surtout. Les actes des tribunaux, acta judiciaria, étaient les comptes rendus des causes soumises aux divers juges, comptes rendus toujours conservés auprés de chaque tribunal dans un tabularium particulier. Les actes des martyrs y ont été copiés plus d’une fois.

T’armée avait aussi ses actes, acta militaria on bellica, déposés au quartier général de chaque légion. Ils permettaient de retrouver les principaux événements de la vie militaire, peines, récompenses, congés, privileges accordés aux vétérans ; ils renfermaient aussi les itinéraires et les cartes des pays occupés.

Quant aux confréries et colleges, si nombreux 4

Rome, il va sans dire qu’ils avaient leurs registres ou étaient mentionnés les moindres détails de leur vie particuliére. Elections de membres, sacrifices, fétes ordinaires ou extraordinaires, tout était recucilli et noté avec le plus grand soin sur le papyrus, voire méme sur le marbre ou le bronze. D’heureuses découvertes, faites en Italie au siécle dernier et de notre temps, nous ont rendu, pour la seule confrérie des fréres Arvales, 96 procés-verbaux, qui nous renseignent sur cette confrérie de l’an 14 jusqu’a Van 241 de notre ére. C’était naturellement au siege de la confrérie, dans le temple dédié a la divinité particuliére, que Von gardait ces documents.

VY. — Mais c’est surtout ala communication des nouvelles politiques que l’on s’intéresse et en ce genre les derniéres sont toujours les meilleures. Les anciens Romains étaient déja de cet avis et agissaient en conséquence. Aucun peuple ne s’occupait plus activement de ses affaires intérieures et extérieures : c’était Angleterre d’autrefois.

Les magistrats évidemment avaient leurs courriers et étaient directement et de toute premiére main tenus au courant des opérations militaires. Mais ils n’en communiquaient au peuple que ce quwils jugeaient utile. Les particuliers s’arrangeaient entre eux pour connaitre le reste. De fait ils le connaissaient, souvent méme avant que les magistrats l’eussent appris, grace aux Ardellions. Les Ardellions étaient les reporters du temps. Leur fonction était de gquéter les nouvelles en tous lieux et de toutes les bouches. Il y avait les Ardellions pour les nouvelles domestiques, les

LVAMI DU CLERGE

Be oe ~ rT Fit hoe he re AY Cecmat st

cancans de la cité. A Rome, dit Tacite, tout se Sait, rien ne se tait 1. Les meilleures sources des Ardellions pour ce service étaient les esclaves. Horace nous dit que leur premier soin est de se communiquer les nouvelles de la ville chez le boulanger ou 4 la fontaine. « Dés le matin, écrit Juvénal, le tavernier sait par eux ¢e qu’a fait la veille le riche son voisin, et ce que pensent de leur maitre l’économe, le chef d’office, les découpeurs, en un mot, toute la maison. »

Il y avait aussi et surtout les Ardellions pour les nouvelles politiques. Ils se réunissaient au forum, tout prés de la tribune, ce qui les faisait appeler swbrostrarii. Is constituaient la galerie des journalistes. Un orateur était-il 4 la tribune? Sans attendre la fin de son discours, ils allaient faire Popinion dans toute la ville. Un messager arrivait-il du théatre de la guerre? Avant qu’il ett ouvert la bouche, son retour était signalé et les nouvelles les plus étranges étaient en circulation. On annongait la défaite d’armées qui n’avaient jamais combattu et la mort de gens quine s’étaient jamais si bien portés.

La foule écoutant toujours avec plus de facilité les orateurs de l’opposition, les Ardellions étaient toujours dans te parti, A les entendre, les affaires étaient mal conduites, les armées pitoyables, les eénéraux orgueilleux et incapables. Ah! si on suivait les plans des Ardellions!

« Romains, disait Paul-Hmile a son départ pour la Macédoine, je ne vous demande qu’une chose : cest de ne croire que ce que j’écrirai au Sénat ou & vous-mémes, et de ne pas donner cours par votre crédulité a des bruits vagues et sans fondement. Dans tous les cercles et les festins, il se trouve des gens qui reglent la marche des armées en Macédoine ; ils savent quel camp il faut choisir, quels lieux fortifier, quand et par quels défilés on peut pénétrer dans le pays, oti placer des magasins, enfin le temps d’agir et celui de se reposer... Non seulement ils prescrivent le plan qu’il faut suivre, mais pour peu qu’on s’écarte de leurs idées, ils font au consul son procés et le traitent comme sil était mis en accusation *. » Kt pour éviter les faux rapports, Paul-Emile offre a ces affamés de nouvelles de les emmener avec lui et de les mettre au premier rang pendant l’action. Ils se gardérent bien d’accepter, trouvant plus commode de fabriquer les nouvelles que de les avoir a Ce prix.

VI.— Mais quel que fit le zéle des Ardellions, ils ne pouvaient satisfaire tout le monde. II en restait toujours qui n’entendaient pas leurs récits, ou qui n’y croyaient pas lorsqu’ils les avaient entendus. Pour obvier a cet inconvénient, les Romains avaient trouvé de longue date une méthode simple et pratique. «Sur le mur de la Regia ot demeurait le grand pontife, on plagait chaque an-

‘ Civitas omnium gnara et nil reticens. Annales,

2 Tite-Live, xiv, 22.

née une planche soigneusement blanchie qu’on appelait album ; en téte on inscrivait les noms des consuls et des magistrats ; puis chaque fois qu’il survenait quelque événement 4 Rome ou dans les provinces, on le notait en quelques mots; c’etait un moyen de mettre les citoyens au courant de leurs affaires,!. » Le citoyen pauvre et occupé de la cité entendait-il circuler autour de lui un bruit de victoire ou de défaite, vite il accourait au forum et s’assurait, d’aprés album, de l’exactitude ou de la fausseté de ces nouvelles. Les petits propriétaires répandus dans la campagne romaine profitaient des jours de marché qui les appelaient a la ville pour consulter aussi l’album Ils apprenaient alors les succés de l’armée ou servaient leurs enfants, les mesures prises par les pontifes pour apaiser les dieux protecteurs de la cité ou de Vagriculture ; ils devisaient entre eux a la maniere de nos campagnards, quand ils ont lu avec orgueil le Bulletin des communes, et tranquillisés sur les deux choses qui leur tenaient au coeur, leur champ et leur famille, ils retournaient joyeux a leur demeure.

La table du grand pontife ne quittait le mur qu’a la fin de Pannée et allait prendre place prés

de ses scours ainées dans les archives. Naturelle- .

ment elle ne contenait que les faits jugés plus importants et ne donnait qu'un résumé court et sec de Vhistoire de ’année. Toutefois, avec le temps, ces tables réunies arrivarent 4 fournir une somme de documents considérables. On les mit en ordre et on les publia sous le nom de grandes annales, annales maximi. A lire ce qwil en reste, tout ne semble pas avoir été bien sérieux dans les grandes annales ; les faits importants, guerres, triomphes, élections, alternent avec les faits de détails tels que dédicaces de temples, établissements de colonies, statues décernées en récompense, ou avec des prodiges variés, vrais ou faux (pluies de sang, de cendres, d’insectes, veaux 4 deux tétes, statues dégouttantes de sueur, poules changées en coqs et coqs changés en poules 2, etc.), ou encore des phenomenes rares, éclipses de lune ou de soleil par exemple.

Mais tel quil était, ce moyen dinformation complétait les autres et donnait aux nouvelles, dans la pensée de certaines gens, le caractére @authenticité qui leur pouvait manquer. Pour qu’elles fussent le Moniteur officiel complet de la République, il manquait aux grandes annales les délibérations du peuple et du sénat, et une publication plus fréquente et plus régulicre.

VII. — Ces deux lacunes furent comblées. Dés Van 623 de Rome (134 avant Jésus-Christ), les grandes annales disparaissent et font place 4 une publication quotidienne sur album. Par décret du Sénat, on publie chaque jour, 4 cété des lois et des projets de lois, les faits et nouvelles dignes de

BR Gaston Boissier, Revue des Deuw Mondes, 15 nov.

* Tite-Live, xxu, 1.

Yattention du peuple. Les tables qui portent cette — publication s’appellent diurna urbis acta, diurna populi romani, acta urbis, acta publica, plus briévement encore acta. C’est désormais un jour- nal véritable. Non seulement on vient’ le lire au forum, mais les citoyens riches, retenus dans leur demeure ou 4 l’étranger, le font copier pour leur usage, les entrepreneurs d’informations multi-

‘plient les copies de l’album quotidien et les ré-

pandent dans les provinces. I est facile d’en retrouver les traces dans les écrivains, dont cer- © tains passages ne peuvent s’expliquer sans l’existence des acta.

Mais tant que le Sénat cacha aux lecteurs du journal ses délibérations, les Romains ne partici- — pérent pas complétement a la vie politique de la nation. C’est en |’année 59 avant Jésus-Christ que — César donne aux acta cet élément nécessaire. Ar- — rivé au consulat, « un de ses premiers actes, dit Suétone, fut d’établir que les procés-verbaux des assemblées du Sénat seraient tous les jours rédigés et publiés 1. » Le Sénat, en effet, était rigoureusement fermé au public et le secret était une de ses forces. Car les assemblées en général ne gagnent rien a étre vues de pres. Quand on connait toutes les intrigues qui s’y nouent, toutes les ambitions quis’y agitent, on se prend facilement a les mépriser. C’était la pensée de César. Le Sénat ne mourut point de cette mesure, mais le journal de Rome y gagna une nouvelle source d’intérét.

Le journal ainsi constitué offre donc aux curieux les délibérations du peuple et du Sénat, les édits des magistrats, les nouvelles militaires et judiciaires, les récompenses de toute nature ac- | cordées aux citoyens, les naissances, les mariages, © la mort des principaux personnages, au besoin © Vannonce des jeux et des cérémonies religieuses les plus solennelles.

VIII. — Le premier rang dans ces matiéres revenait évidemment aux délibérations du peuple et du sénat, aux nouvelles concernant les principaux magistrats sous la République, les empereurs un ~ peu plus tard. Mais la faveur dont le journal jouis- sait prés des Romains compromit bientét son indé- | pendance ; César tout le premier se servit du jour- | nal contre ses ennemis, leur prétant des paroles et des actes de nature a les disqualifier dans l’esprit de leurs partisans. Cicéron, par exemple, se plaint © de voir son nom figurer au bas de délibérations — auxquelles il n’a jamais assisté. Par contre, on put lire un jour que César avait refusé le titre de roi qu’on lui avait offert, disait le journal. .

Lrexemple de César était trop commode et trop avantageux pour étre négligé de ses successeurs. Chacun @eux se prit a remplir le journal de ce qui servait ses desseins ou augmentait son prestige, et & en écarter tout ce qui lui déplaisait. Auguste, par exemple, restreint la publication des actes du Sénat pour détourner des affaires politiques l’attention du peuple, mais il y fait longue-

! Suétone, César, 20.

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ment décrire le d’un habitant de Fesule venant sacrifier au Capitole avec ses huit enfants, ses vinegt-huit petits-fils, huit petites-filles, et dix-neuf arriére-petits-enfants. C'est. que l’empereur, inquiet alors de la dépopulation grandissante de l’Italie, voulait rendre hommage aux familles nombreuses. Plit a Dieu que les chefs d’Etat eussent toujours ce souci! Sous des empereurs comme Tibére, Néron, Commode, la partie politique ne pouvait inspirer grande confiance. Souvent, du reste, elle se bornait a reproduire leurs discours au Sénat, 4 mentionner les visites qwils avaient recues au palais impérial. Tibére cependant avait imaginé quelque chose de mieux. Apprenait-il qu’on avait mal parlé de lui en secret, il le faisait mettre dans le journal ; il y faisait mettre méme ce qu’on n’avait pas dit, afin que ses vengeances parussent mieux fondées. Commode, plus tard, y faisait publier les hontes et les turpitudes que Suétone nous rapporte ason sujet.

Cette dépendance du journal, on le devine, devait en modifier et en modifia bientét le caracteére. On ne lit que le journal intéressant ; la partie officielle ayant perdu toute sa valeur, il fallait pour maintenir la vogue des acta, augmenter l’intérét -des autres parties. Pour arriver 4 ce but, on mit a contribution la vanité, la curiosité bonne ou mauvaise, les passions méme des lecteurs. « Y avait-il chez un personnage une salutation exceptionnelle, vite le journal en faisait mention, parfois 4 l’instigation du personnage lui-méme. S’il s’était fait quelque beau sacrifice, les copistes enrichissaient leur publication de tous les détails de la cérémonie, des noms de personnes de marque qui y avaient pris part. S’agissait-il d’une affaire judiciaire ou politique, on analysait les discours des orateurs'.» Les citoyens avides de popularité, les candidats aux fonctions publiques avaient soin de faire insé- ‘rer dans le journal leurs mérites et leurs bienfaits. Négliger ce moyen de réclame était la preuve @un désintéressement rare, 4 lusage des seuls philosophes comme Sénéque,: beneficium in acta non mitto 2.

- Encore une liste de bienfaits etit été bien mieux a sa place dans le journal que tous les scandales et les futilités qu’on y rencontrait souvent. Les représentations thédtrales, les jeux du cirque, les acteurs 4 la mode y ayaient leur chronique. Les divorces avec toutes leurs circonstances y tenaient tant de place, que c’était comme une invitation a divorcer pour celui qui voulait éviter la singularité 3. Ces détails pourtant n’effrayaient point les dames romaines : elles en faisaient leurs délices pendant les heures que leurs esclaves employaient a les parer. Mais on sait qu’alors les dames romaines avaient beaucoup perdu de leur ancienne austérité, et qu’au dire de Juvénal, elles

‘ Mgr Péchenard, Discours prononcé a lAcadémie nationale de Reims. 1893.

* Sénéque, de Beneficiis, 11, 10.

3 Id., de Benef., ut, 16.

eee VAM DU CLERGE

spectacle dailleurs touchant —

comptaient leurs années de mariage parlenombre de leurs maris.

Quelques morceaux pourtant se rencontrent dans ces détails, qui arrétent l’attention. Tel ce bel exemple de fidélité dans un chien: « Lorsque Titius Salimus,pour avoir été l’ami de Germanicus, fut condamné avec ses esclaves, le‘chien d’un dé ceux-ci ne put étre écarté de la prison et il accompagna le corps aux gémonies, poussant des hurlements lamentables en présence d’une foule de peuple. On lui avait jeté un morceau de pain, il le porta a la bouche de son maitre. Et quand le cadavre fut précipité dans le Tibre, il s’y élanca lui-méme, essaya de le soutenir sur l’eau, tandis qu’on venait admirer de toutes parts un animal aussi fidéle 1. » .

Citons aussi ce trait plaisant: « Aprés la victoire dActium, Octave rentrait triomphant. Un artisan lui présenta un corbeau bien dressé qui lui dit : Salut, César, vainqueur, empereur! Octave flatté acheta le corbeau. Mais un voisin jaloux lui souffla a Voreille que l’artisan en avait un autre non moins bien dressé. Octave de le faire apporter et le corbeau de dire: Salut, Antoine, vainqueur, empereur! Octave comprit la ruse et eut le bon sens de ne pas paraitre offensé. Bientdt on le fit saluer par un perroquet, puis par une pie. Trouvant le métier lucratif, un cordonnier voulut aussi dresser un corbeau et réussit assez mal. Comme il le présentait a l’empereur, celui-ci lécarta : « J’en ai assez, dit-il, de ces salutateurs. Et Voiseau dédaigné de redire méchamment une phrase quil avait souvent entendue de la bouche de son maitre: J’ai perdu mon temps et ma peine. César partit d’un éclat de rire et acheta l’oiseau fort cher *. »

Parfois aussi le journal contenait des faits historiques du plus haut prix. C’est ainsi qu’a propos de la mort de Virgile on y trovivait des détails intéressants sur la vie, les ceuvres, les derniers jours du poéte. Ailleurs, il est fait mention de la premiére apparition du christianisme et des discussions qui s’élevérent a ce sujet entre le Sénat et Tibére, celui-ci se déclarant protecteur des chretiens, et celui-la n’y voyant que d’impies noyateurs et réclamant leur bannissement.

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