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ce sens, tout instinct de lEsprit-Saint, toute motion divine s’exergant par les dons serait instinct spécial, motion spéciale de l’Esprit-Saint, motion non plus seulement préternaturelle, mais swrnaiurelle, puisquelle s’exerce sur des facultés surnaturelles pour des actes surnaturels
en vue de la fin surnaturelle.
Mais ne peut-on aussi employer l’expression « motion spéciale » dans sa seconde acception, comme opposée a la motion qui répond aux actes ordinaires des vertus? Nous n’y faisons pas opposition, a condition : 4° qu’on n’attribue pas a saint Thomas cette maniére de dire qu’il n’emploie pas; 20 qu'on ne s’en serve pas pour introduire dans ses textes une distinction qu'il n’y a pas mise, et des restrictions que ses affirmations ne comportent pas : en particulier, qu’on ne se base pas sur cette distinction de motion ordinaire ou générale et de motion ‘spéciale, pour ne laisser aux dons que la seconde motion, tandis que saint Thomas leur rapporte toute motion surnaturelle.
On comprendra par la que, si nous ne repoussons pas non plus absolument la distinction de motion a forme humaine et de motion a forme divine a laquelle tient: le P. Froget, nous n’en faisons pasla méme application que lui. Pour. nous, ces deux motions seraient deux espeéces contenues sous le genre « motion surnaturelle » qui appartient tout entier aux dons, comme cela ressort de art. 2, g. 68, 12 2ae. Et encore préférerionsnous dire que ce sont deux degrés dans une seule espece de motion divine, car nous ne vyoyons pas qu’on puisse assigner entre les deux une différence vraiment spécifique : qwil y ait plus ou moins de perfection dans une wuvre, cela ne change ni la. nature de l’ceuvre, ni celle des facultés ou des habitudes dont elle procéde.
Le P. Froget apporte a V’appui de sa distinction et de l’usage qu’il en fait, plusieurs. textes de saint Thomas ou le saint Docteur distingue deux genres de perfection, deux genres d’action, deux genres de motion : le premier, caractérisé par les expressions modo humano, juxta humanum modum; le second par celles-ci : supra humanum modum, ulira humanum modum. Quel sens faut-il attacher 4 ces expressions ?
La différence fondamentale, souvent rappelée par saint Thomas, consiste en ce que la motion qui s’exerce modo humano est celle qui a’ pour principe le moteur interne, la raison, informée par les vertus surnaturelles quand il s’agit Qceuvres surmmaturelles; tandis que la motion qui s’exerce supra humanum modum est celle qui a pour principe le moteur externe, Dieu ou -!’Esprit- Saint, agissant par inspiration ou instinct divin.
A cette premiére différence s’en ajoute une autre qui découle logiquement de la premiere, savoir, que la régle des actes surnaturels, en tant qu’ils sont produits hwmano modo, consiste dans les données de la raison éclairée par la foi; et que la régle de ces mémes actes, en tant quwils sont produits modo divino, est une participation a la
lumiére divine qui, de Dieu, moteur externe, vient a l’Ame par l’inspiration.
De ces deux premiéres différences, il en découle une troisiéme dans les actes produits : en tantque ces ceuvres procédent de la raison humano modo, leur, perfection consiste a ¢tre convenables a la nature humaine; en tant qu’elles sont inspirées divino modo, leur perfection consiste en ce qu’elles participent a la perfection divine. Or cette participation a la perfection divine ajoute a la perfection humaine : 4° en ce que les ceuvres sont faites pour un motif plus élevé, par exemple, lorsque lame pratique le mépris des biens délectables, non pas seulement par le motif humain que ce mépris convient a la raison, mais encore par le motif supérieur et divin que ce mépris est un acte de révérence envers la majesté divine, motif qui perfectionne le motif humain- sans le détruire ; 29.en ce que l'inspiration divine ment ame iaicdes @uvres plus ardues, plus parfaites que ne sont les ceuvres communes des vertus, a des ceuvres héroiques, surhumaines, sans que, dans ces ceuvres, la raison cesse d’avoir sa part; car elle adhere, par motif supérieur,.a cette motion extraordinaire, ce qui fait qu’il y a encore quelque chose Vhumain idans: ces: euvres surhumaines. Sous Vinfluence des tons, «mens sic agitur utetiam agat, est simul mota et movens, mota instinctu Spiritus Sancti et movens seipsam. »
Avec cette explication, qui n’est au fond que la synthése des idées formulées par saint Thomas, tous ses textes s’accordent sans qu'il y ait a modifier ou a restreindre sa distinction des vertus et des dons d’aprés les deux moteurs, le moteur interne, qui est la raison éclairée par la foi, et le moteur externe, qui est Dieu agissant par l’inspiration.