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préte avec une naiveté si prodigieuse, avec une si béate satisfaction, que, dés les premiers temps, Mirabeau l’a surnommé Gilles-le-Grand !
Et venez dans les sociétés secrétes. La Gharbonnerie s’est affaissée sousle poids du découragement : elle voit qu’on expose, qu’on perd sa téte pour n’arriver a rien.
Et venez a larmée. C’est en vain que, pendant la guerre d’Espagne, Béranger a chanté : « Bray’ soldats, demi-tour, » limpudeur de l’immoral chansonnier n’a pas eu de succés : l’armée est restée fidéle, et par ses victoires nous a rendu noire prestige en Europe.
Kt venez ala Sorbonne. Le cours de philosophie, professé par Cousin, est supprimé; il est supprimé aussi, le cours d’histoire professé par Guizot ; ils sont supprimés ces deux cours enflammés qui, envahis par la contagion politique, poussaient au libéralisme l’ardente jeunesse des écoles, et les graves professeurs font pacifiquement de la science sous des votites silencieuses.
Kt venez dans les salons, ott, avec un si beau code de maniéres, non pas celui des maréchales de l’Empire, mais celui du xvue siécle, les dames tiennent des réunions préparatoires aux discussions de la Chambre des pairs et de la Chambre des députés; ot elles exercent une si grande inxfluence sur la marche de la politique, que, tel jour, M. de Villéle, sorti de chez lui avant huit heures du matin, n’y rentre qu’a une heure aprés minuit, courant ces clubs élégants dix-huit heures de-suite, et, pendant dix-huit heures, faisant des conférences pour prier les dames de vouloir bien donner leur appui au gouvernement. Or, pendant que dans les salons des libéraux, dans celui de la duchesse de Broglie, par exemple, pour n’en citer qu’un seul, principal salon des doctrinaires, les figures s’allongent de jour en jour, ce n’est, dans les salons royalistes, encore plus nombreux que les salons libéraux, que saillies, craces, étincelles, contre le défunt parti libéral. Je regrette, Messieurs, de ne pouvoir vous faire quelques citations ; mais alors, pas plus qu’autrefois, pas plus qu’aujourd’hui, Vesprit de la femme frangaise ne s’'imprime point dans les livres, par la raison, vous le savez, qu'il est si délicat qu’en voulant Pécrire on le gaterait.
Enfin, pour couronner cette situation, voila que, le 16 septembre 1824, Charles X succéde a Louis XVIII, non seulement sans obstacle, mais au milieu d’une explosion de royalisme que l’on n’avait pas vu depuis des siecles. A Paris méme, c’est, selon expression de Salvandy, témoin irrécusable, « livresse de V’espérance; » c’est, selon Vexpression de Lamartine, autre témoin irrécusable, « un délire ; » c’est, selon l’expression de Rémusat, autre témoin irrécusable également, « un enthousiasme épidémique » pour ce roi qui, dit Villemain dans:son cours de la Sorbonne, « tient de Henri IV ces graces du cour auxquelles on n’échappe pas, qui a regu de Louis XIV cette dignité qui frappe de respect et qui pourtant
L’AMI DU CLERGE | Baee ys
séduit. » Ainsi se confondent encore, aprés quarante ans de discordes et de convulsions, l’antique royauté et l’ame de la France!
Hélas! arrivé au sommet de la fortune, le parti royaliste ne sait pas s’y maintenir! Le parti libéral s’est perdu par ses fautes; c’est par ses fautes que va se perdre le parti royaliste. Au lieu de profiter de ce qu’il est trés fort pour se montrer tres sage, il perd la sagesse. Par ses imprudences, il fait croire qwil veut refondre toute la société. La réaction commence, l’opposition se redresse, elle reprend de la voix. « Prenez garde, s’écrie le général Foy, lun des chefs du parti libéral, nous ne sommes que vinet, mais nous avons la France derriére nous! » Et Villéle qui, avec son esprit Si sagace, voit ces témérités et ne les partage pas, ne met son habileté qu’a différer, qu’a pallier ces concessions fatales, alors gu’il devrait n’en accorder aucune, ou se retirer, comme fait, en pareil cas, un homme de caractere et @honneur. C’est que, malgré son tres sincére dévouement a4 la
France et au roi, ila pris ce malheureux goitdu
pouvoir, source de tant de faiblesse pour tous, et pour lui source de tant d’impopularité. La moindre des épithétes qu’il recevra sera celle de « fourbe. » — «Fourbe! s’écrient les libéraux : il veut perdre la France! » — « Fourbe! s’écrient les royalistes irréconciliables, comme Chateaubriand hblessé au ccour : il ne veut pas sauver la France! »
En téte de ces propositions de lois dangereuses, d’ailleurs chimériques, il faut mettre la loi sur le droit d’ainesse, dont le but serait de rétablir en France une partie des privileges que le droit de primogéniture attribuait autrefois, dans certaines classes de la société, aux ainés des fils sur Vhéritage paternel. Par cette loi, on voudrait faire une classe politique a la monarchie constitutionnelle en arrétant le morcellement des terres. Mais, s’écrient les libéraux, ce n’est pas une loi, c’est un manifeste, c’est une déclaration de principes contre la société moderne, ce sont les droits féodaux, c’est la dime, cest ancien régime!... Tout est en ébullition. « Tout ce quia une langue parle, tout ce quia une plume écrit '. » La loi est répoussée a la Chambre des pairs, et alors ce sont des transports ; illuminations, attroupements, chansons populaires, rien n’y manque.
L’opposition, Vimplacable opposition, gagne de jour en jour; elle monte, elle monte: c’est une ivresse quin’a plus de mesure. Et comme la presse. ne respecte pas méme!’exécution des lois de l’Ktat, quelle Ventrave par des suggestions perfides, qu’elle attaque tous les actes qui émanent de l’autorité, qu’elle dénature les faits, qu’elle jette des alarmes, qu’elle pervertit lopinion publique, au point que plusieurs Etats de ’Hurope en défendent Ventrée sur leur territoire, le ministére, au commencement de la session de 1827, veut mettre un terme 4 toutes ces violences par une loi qui conserve le principe de la liberté de la presse,
4 Parole du député de Keratry.
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mais qui en entrave l’exercice par la fiscalité. Mais, s’écrient les libéraux, c’est le désarmement de la raison nationale, c’est le retour a la barbarie, cest la destruction de Vesprit humain! « L’humanité va étre mutilée, s’écrie 4 la tribune le philosophe Royer-Collard, et nous allons retourner a Vheureuse innocence des brutes! » Le roi fait retirer la loi A la Chambre des pairs; Paris illumine, les transports deviennent de la fiévre, on éléve des barricades, la garde nationale est dissoute, et Villéle va faire des élections.
Peut-étre est-il sauvé, le ministere, car, sur ces entrefaites, arrive la nouvelle de la victoire de Navarin contre la marine turque. Peut-étre méme va-t-il recevoir des ovations, car ’armée francaise achéve en Morée la délivrance de la Gréce... Kh bien, écoutez la duchesse de Broglie, femme d’une Ame si élevée et d’un esprit si distingué : « Ce qui est admirable, c’est la Gréce! C’est une des émotions les plus complétes que j’ai ressenties! Les Francais qui sont la, il me semble que je les connais tous, que ce sont nos fréres ou nos fils. Se peut-il que ce soit sous le gouvernement de M. de Villéle que nous ayons une telle gloire! Comme on aimerait un gouvernement tant soit peu honnéte qui se trouverait a la téte du pays dans une telle guerre! 1 »
Rien n’arréte donc l’opposition. Elle forme des associations publiques, comme celle : Azde-toi, le ciel @aidera. Oui, s’écrie le Journal des Débats, « nous allons faire justice du ministére le plus corrompu et le plus corrupteur qui ait jamais existé! » Villele est battu. La joie se manifeste par des emeutes cont la force armée n’a pas facilement raison; et Villéle, victime de la passion des partis et de ingratitude des foules, injurié, calomnié, menace, et nullement fait pour les luttes palpitantes, pour les batailles des résistances suprémes, incapable de se montrer la téte haute et la poitrine découverte, de donner a la France ce spectacle de la grandeur quil’émeut toujours et parfois la reconquiert, Villéle finit par offrir sa démission, comme un homme d’affaires qui ne se fait plus @illusion sur l’avenir, et Charles X, qui aimait de Villéle si sincérement, accepte cette démission comme une regrettable nécessité. « Vous abandonnez M. de Villéle, dit Mme la Dauphine au roi: cest la premiere marche de votre tréne que vous descendez! » Ainsi finit le second acte, le 4 janvier 1828. ,
Oui, la premiére marche du trone est descendue, et tout va se précipiter dans le drame. Pendant qu’une fraction des royalistes demande la mise en jugement de M. de Villéle, parce qu’elle prétend quil a conduit la France 4 la révolution, et que les libéraux demandent la mise en jugement de
* Lettre au baron de Barante, 18 novembre 1827. C. de Barante, Souvenirs du baron de Barante, it,
M. de Villéle, parce qu’ils prétendent qu’il a voulu ramener la France a Vancien régime, pendant que les deux partis opposés accusent le méme homme pour des motifs contraires, Charles X, sacrifiant ses préférences A ce qu il croit étre son devoir, introduit sur la scéne, sous ’empire d’exigences accrues d@heure en heure, M. de Martignac, ancien avocat de Bordeaux, dont Véloquence a tant de charmes qu’elle plait méme a ceux qu’il combat. Mais, avec ce fatal antagonisme de principes qui se réyele dans toute la société francaise, la crise est si redoutable, qu’il est bien a craindre que les qualités les plus séduisantes de la parole ne suffisent point 4 l’apaiser. « Je suis résigné & mon élévation dans le séjour des orages, écrit M. de Martignac a sa scur. Je t’assure que depuis le peu d’heures que je Vhabite, j’ai vécu au milieu de l’électricité. N’importe, le moment du courage est venu : sois stire gue j’en aural. »
Ce courage, qui est sincére, il faut qu'il le montre tout de suite. Car ces nouveaux ministres qui ont éténommés le 4 janvier, qui ont été admis au serment le 5, gui ont eu pour la premiére fois Vhonneur de délibérer en présence du roi le 9, on les accuse déja depuis trois jours de lenteur, dinaction et d’indécision 1. Le 17 janvier done, le ministére prend la parole dans le Moniteur pour faire connaltre au pays la ligne de conduite qwil entend suivre. « Ce ne sont pas des mots quwil faut, lui crie-t-on de toutes parts : ce que le pays attend, ce sont des actes. » Le voici qui fait quelque chose. M. de Martignac rédige, avec le concours spécial de M. de la Ferronnays, ministre des affaires étrangéres, homme dune loyauté si chevaleresque, le discours de la couronne. Charles X, aprés quelques hésitations, accepte ce discours et le prononce au Louvre, devant les Chambres réunies, le 5 février : « Je veillerai, y dit-il, 4 ce qu’on travaille avec sagesse et maturité 4 mettre notre législation en harmonie avec la Charte. » Ce sont des concessions qu’annonce la déclaration royale! Alors Martignac déploie son programme tout entier, le 17 février, dans le Moniteur : « Mission de concorde et de paix!... Marcher d@’un pas assuré vers lavenir! » Et il se jette dans Vaction.
« Je suis royaliste, s’écrie-t-il, mais pour arréter cette defiance réciproque qui existe entre ceux qui doivent marcher ensemble sous peine de dissolu-
tion et de mort 2, je vais donner une large satis-
faction aux veeux du parti libéral. » En effet, il émancipe la presse, il consacre la spécialité dang le vote des chapitres du budget, il va jusqwa sacrifier aux libéraux la liberté religieuse et la liberté des familles dans l’éducation, ce qui souléve tous
les catholiques. Mais, s'il donne tant de gages aux
idées des libéraux, il ne donne presque rien a leurs ambitions, le roi s’y opposant; s’il appar-
" Moniteur, 10 janvier 1828.
* Ce sont les paroles mémes de M. de Martignac dans
son discours prononcé a la Chambre des députés, le 23 novembre 1830. : a
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tient aux libéraux par ses actes, il appartient aux royalistes par ses personnes, et ainsi, n’étant complétement ni aux uns ni aux autres, il suscite les irritations des uns et des autres. « Vous étes royaliste, s’écrient les libéraux, et vous ne nous donnez pas assez : nous ne voulons pas de vous! » — «Vous donnez trop aux libéraux, s’écrient les royalistes : nous ne voulons pas de vous! » En butte aux atteintes des deux partis opposés, ayant a soutenir une lutte constante contre les passions contraires, comme s’il était un homme équivoque, il ne pouvait pas vivre longtemps, si mélodieux que fussent chaque jour ses appels a la conciliation, appels que les journaux des deux bords opposés nommaient « les complaintes de M. de Martignac. » Aussi, lorsquil vient présenter deux projets de loi, ’un sur Porganisation municipale et autre sur!’ organisation départementale, croyant plaire aux libéraux, puisqwil-inaugurait le gouvernement local, et aux royalistes, puisqwil favorisait leur these de décentralisation, les royalistes, aigris et découragés par les concessions qu il fait aux libéraux, et les libérawx, exaltés, insatiables par les concessions qwils recoivent, s’unissent, se coalisent sur la priorité de ces deux projets, question fort insignifiante, pour faire tomber M. de Martignac du haut de ses illusions. C’est la mort du ministére : il ne se traine plus que pendant quatre mois, quatre mois dagonie. Ainsi finit mélancoliquement, dans la force des choses, le 8 aout 1829, ce troisieme acte qui, em apparence, est si simple, mais qui, en réalité, pousse la royauté vers les abimes.
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Que va faire Charles X?.« Je suis, dit-il, confirmé dans la foi de toute ma vie, Toute concession aux libéraux est inutile. Eh bien, sauvons la royauté par les royalistes! » [1 appelle au ministere Yhomme qu'il aimait le plus, Vancien confident de toutes ses pensées : le prince de Polignac, homme dune valeur véritable, malheureusement visionnaire tranquille, ce qui ne laisse pas de nuire a sa valeur, et il compose un ministére qui se résume dans trois noms: de Polignac, de La Bourdonnaye, de Bourmont. « Pressez, tordez ce ministére, s’écrient les libéraux, il ne dégoutte qu’ humiliation, malheurs et dangers!... Malheureuse France! Malheureux roi! » A peine formé, ce ministére voit naitre des difficultés poignantes. Pendant que Chateaubriand, ambassadeur a Rome, donne immédiatement sa démission, que La Bourdonnaye se retire bientdt, que l’agitation est au comble, que le roi, l’4me navrée, ne fait que pleurer, dit-on, que les événements s’engagent dans une marche hative et fatale, avec des symptomes révolutionnaires : « Non, répond lopposition, nous ne céderons pas. La couronne ne peut appeler dans ses conseils que des hommes agréés par la majorité. » Toute la péripétie est la; car c’est dénier 4 la royauté le droit de choisir ses minis-
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tres, lorsque ce droit parait consacré par le texte méme de la Charte, c’est engager un conflit entre la prérogative royale et la prérogative parlementaire, c’est placer la royauté entre une abdication honteuse et une résistance désespérée. La souveraineté nationale ou la souveraineté du roi : voila la question successivement posée dans la presse, a la tribune et sur la rue.
A Vouverture des Chambres, Charles X fait entendre dans son discours quwil ne cédera pas : sur de pareilles questions, en effet, les princes forts de leur conscience transigent moins que les princes sans moralité. Alors 221 députés contre 141, tous sous ’empire de l’exaltation, lui répondent quwil faut qu’il se prononce entre les députés et les ministres. Charles X répond fiérement que « ses résolutions sont immuables. »
L’opposition redoublant de violence, Charles X dissout la Chambre. Or, dans les élections, le gouvernement n’obtient guére que le tiers des voix totales. On a beau recevoir alors la nouvelle de la prise d’Alger : il semble que la gloire du drapeau francais ne dise plus rien aux ames frangaises. « Puisque, s’écrie Charles X, s’exagérant peut-étre la gravite de la situation, la Révolution est la qui nous menace, sion ne lui rompt la gorge, je vais faire un coup d’Etat! » Et comme larticle 14 dela Charte donne au roi le droit de « faire les ordonnances nécessaires pour l’exécution de la loi et de la stireté de l’EKtat, » il signe, le 24 juillet, quatre ordonnances sur la presse, sur la Chambre des députés et sur les élections. Les coléres erondent, les journalistes s’insurgent, la population se leve en armes, le vent des tempétes souffle sur la France, pendant que le ministre de la guerre, le maréchal de Bourmont, est en Afrique, et que les autres ministres, acteurs immobiles sous leur costume de combat, n’ont rien préyu, rien préparé pour arréter l’opposition, pour la vaincre.
Alarmé de voir opinion exaspérée, sentant que les lois sont sans force, l’autorité sans action, les pouvoirs de ’Etat sans liberté, Charles X retire les ordonnances. « I] n’est plus temps, répondent les libéraux!... » Charles X remplace le prince de Polignac par le duc de Mortemart, qu’il n’aime pas, mais dont le nom parait devoir tout apaiser. « Il n’est plus temps, répondent les libéraux!... » En présence des barricades, au bruit des coups de fusil, au milieu de la violence confuse de ’émeute, il abdique, le vieux roi, vaincu dans le combat que sa conscience lavait conduit a livrer; le duc d@Angouléme abdique aussi; ils abdiquent tous deux en faveur du duc de Bordeaux, avec le duc d@Orléans pour lieutenant-général du royaume :
’ ce qui est la solution la plus constitutionnelle, la
plus politique, la plus heureuse, ce qui serait le salut de la France. Or, le duc d’Orléan’ss envoie dire 4 Rambouillet quwil n’accepte pas.
C’est fini! Pendant que Vinsurrection dicte la loi, que « la vengeance du peuple devient maitresse, » Charles X oublie toute lardeur de ses
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anciennes paroles, tous les principes de la résistance; il recule de plus en plus, il empéche de faire feu sur les insurgés; le 4 aotit, 4 Maintenon, il se sépare de sa garde et, le méme jour, mercredi 4 aotit, A une heure et demie, le baron de Barante, qui est déja au Palais-Royal, révant un ministére, attrapant une petite ambassade, écrit a sa femme, avec une joie froide et cruelle, ce mot, ce simple mot, dernier mot de limplacable opposition :
« Ls sont partis avec les commissaires et vont s’embarquer a Cherbourg. Je crois que nous allons marcher 1. »
Oui, ils sont partis! Le 16 aotit, les voila sur la plage de Cherbourg. La duchesse d’Angouléme, fille de Louis XVI, l’Orpheline du Temple, est baignée de larmes en quittant encore une fois cette terre quia bu le sang de son pére et le sang de sa mére, et quia tué son frére; elle est si abattue quil faut que de La Rochejacquelein Vaide a monter 4 bord. La duchesse de Berry, a qui de Charrette donne le bras, plus virile parce qu’elle a traversé moins d’angoisses, est indignée en quittant cette terre qui a bu le sang de son mari et qui proscrit son enfant, le duc de Bordeaux, comte de Chambord, qu’accompagne le baron de Damas. Charles X monte le dernier, et le vaisseau américain part pour ’Angleterre, emportant ces trois générations de rois, sans en laisser un seul débris sur le sol de la patrie!... Oui, elle est