ENCORE ET TOUJOURS
C’est excessivement simple : il n’y a qu’un seul -reméde possible au mal du péché matériel, contra- “ria contrariis curantur, et je ne sache pas qu’on
ait jusqu’a présent trouvé d’autre antidote a Vignorance et a lVerreur que instruction, une autre maniére de dissiper les ténébres de la. nuit ou les hallucinations du faux jour, que la lumiere. Tout le monde est d’accord Ja-dessus.
Oui, sans doute, mais ceci est une réponse théo- Z rigue de principe. Reste a préciser les conditions et régles pratiques de son application ; et c’est la gu’on m’attend. Plus d’un lecteur, en lisant ma charge 4 fond sur le péché matériel, a dQ se dire in petto : « Charmant, ce brave homme! et drdle tout plein, son entrain juvénile a enfoncer des portes ouvertes! Eh oui! Vignorance de nos gens est une fameuse misére ; nous savions cela ; nous savons aussi que ce serait tres gentil, si on les en débarrassait. Mais comment faire? Ou, quand, comment prendre ce redoutable taureau par les cornes? L’a-t-il essayé, lui, notre raisonneur si sévére? Y a-t-il réussi? Devinera-t-il au moins que c’est 1a tout ce qui nous intéresse le plus dans l’affaire? Nous serions curieux de le voir un peu s’expliquer la-dessus. »
Me voici, cher confrére, tout a vos secrets désirs, avec la trés ferme résolution de ne laisser en suspens aucun de vos dubia, sans solution
4 Voir Ami du Clergé a partir du n° 45 de 1897.
aucune de vos difficultés. Est-ce manie d’ancien professeur un peu roué a « Vergotage », ou habitude de vieux combattant rompu a la lutte, jen’ai jamais peur @une objection. Au risque de vous faire sourire de ma petite vanité, je vous confesserai méme que je les aime et les cherche pour le plaisir de les désosser; rien d’amusant, & mon avis, comme ce jeu curieux d’anatomie intellectuelle, rien de réconfortant pour Vesprit comme de connaitre les dessous de ces agagantes mécaniques, de savoir comment ca se monte et ca se démonte.
Nous a-t-on assez effrayés avec ce gros dada de cheval de bois, au ventre creux, 4 la différence de celui de Troie qui recélait un tas d’hommes et de choses dangereuses dans ses flancs: « N’éclairez pas, vous aveugleriez les gens!... Ne parlez pas... vous leur donneriez des scrupules!... Ne les réveillez pas de leur sommeil.... ils seraient capables de mourir subitement de la commotion! » Voila Vobjection. Variez-la, dans tous les tons et sur toutes les clefs possibles, ce sera toujours la méme chose, la méme. peur, la méme conclusion d’inertie : « Voila le bon Dieu, sauvons-nous!... Voila le diable, ne bougeons plus! »
Eh bien, non! Ce n’est pas cela du tout! Il faut s’expliquer une bonne fois, bien a Vaise, sur cette fameuse question de la lumiére a faire dans les intelligences ignorantes ou des obscurités a y laisser. Je demande la permission de dire bien simplement ce que j’en pense; on pourra n’étre pas de -mon avis; Mais, au moins, ceux qui voudront me critiquer auront, je espére, la loyauté de ne me condamner qu’apreés m’avoir entendu, aprés s’étre bien persuadés du néant de mes raisons.
Le plus précieux bien de Vhomme, c’est la vérité. Cette simple ‘phrase n’a pas lair de grand’chose : j’en fais la base de tout mon article d’aujourd’hui.Je pense qu’on la trouvera solide, et qu’il serait un peu superflu d’insister beaucoup sur un aphorisme philosophique aussi incontestable,
L’intelligence étant la plus noble faculté de Vhomme, la plus directe et expressive participa-
50 DLAMI DU CLERGE
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tion de l’Etre divin, la porte par ot l’Ame pénetre dans Vordre de la déification surnaturelle, le moyen aussi, par essence, de notre future vision béatifique dans le paradis, en un mot la perfection supréme de l’étre humain, origine et mesure directrice de toutes les autres, il s’ensuit logiquement que son aliment naturel et surnaturel, la yérité, est, par droit divin d’excellence, le plus précieux cadeau que Dieu ait fait aux hommes, le plus inappréciable trésor que nous puissions offrir & nos semblables.
Toute merveilleusement belle et noble qu’elle est aussi dans la puissance de ses épanchements, dans la pénétrante profondeur de ses amours, la
volonté ne va que la ou l’intelligence la méne, ne
veut que ce que Vintelligence lui montre comme digne objet de ses appétitions; et l’on peut dire: Tant vaut la dose de vérité dans le jugement qui le précéde, tant vaut la qualité de l’amour.
L’Eglise, au nom de Dieu quelle représente parmi nous, enseigne tous les jours cette fondamentale doctrine de salut. Elle a des indulgences pour les égarements du cceur, oul se méle toujours un peu, ici-bas, le charnel alliage de la sensibilité ; elle est impitoyable pour lV’hérésie, pour Verreur naturelle ou surnaturelle sous toutes ses formes. Elle punit, sans beaucoup les poursuivre, les luxurieux, les voleurs, les homicides, jusqu’a résipiscence; pour les hérétiques seuls, elle a usé de la redoutable procédure de l’ Inquisition.
De toute l’intensité de sa passion pour la vériteé, elle hait les hérétiques; dans la plénitude du droit divin qu’elle a de défendre du péril irréparable de la mort spirituelle la société confiée a sa garde, au besoin et autant qu'elle le peut, elle les supprime.
C’est chose historique et classique que le culte intransigeant, presque brutal (qu’on m’excuse!), des Apdtres et de tous les saints pour la vérite. Non moins historiques et classiques sont les infinis ménagements, et combien respectueux! de nos modernes civilisés pour l’erreur. Elle se glisse partout; mieux que cela, elle entre partout comme chez elle; elle est partout bien recue, partout a Paise. Et le triste monde qu’on nous a fabriqué avec cet absurde et infernal systéme de tolérance!
Est-ce que je réve, et va-t-on me prendre pour un revenant d’un autre age? Ai-je avancé jusqu’a présent une chose inexacte ? Cherchez, mes fréres, comment il se fait qu’autrefois on aurait fourré tout simplement ce misérable Renan dans un trou de prison, et qu’aujourd@’hui nombre de. lettrés catholiques, tout en le jugeant insuffisamment stir comme doctrine, lui trouvent une foule de cétés admirables. «Quel style, mes amis! Quel charmeur, quel jongleur, quel dentiste! »—Clinquant que tout cela, 4 mon avis, et miroitante machine 4 damner les Ames. Qui dira le nombre des victimes qui ont vu sombrer leur foi dans ce gouffre hypnotisant de poésie !
Quelle sottise criminelle que la moderne invention, soi-disant libérale, qui veut qu’en fait de
faussetés 4 combattre on -prenne d’infinies précautions pour ne viser que l’erreur abstraite en elleméme, et qu’on se garde surtout d’éclabousser le monsieur qui en est pétri et s’affiche comme tel devant la société! IL’Eglise admet sans doute qu’on ait de la charité compatissante pour ces gens-la, du respect, jamais! Sont-ils malpropres, oui ou non ? Qu’ils se lavent au moins la figure, s’ils veulent qu’on les embrasse!
Hélas! nous n’avons plus de ces délicatesses. Plus rien ne nous choque. Nous embrassons tout le monde. Le diable est devenu joli, tres abordable, ma foi! bon compagnon. Renan la dit: c’est un révolutionnaire malheureux. I avait besoin de se réhabiliter, il se réhabilite! Au train ou vont les choses, je me demande, en vérité, si dans cent ans d’ici il sera possible encore d’entretenir dans nos fidéles la croyance a l’enfer, tant il leur paraitra libéral et logique de préter au bon Dieu le sans-fagon avec lequel on les habitue a traiter Satan, ses pompes et ses ceuvres. -
Veritas liberabit vos, disait saint Jean (vit, 32). A ce compte-la, nous en avons encore pour longtemps du gachis de servitude infernale ou nous barbotons.
Je m’apercois que je m’échappe en un horsd’ceuvre. Pas tout a fait cependant. On n’accumulera jamais assez d’idées, assez de faits et de constatations frappantes, pour prouver a nos contemporains, voire au clergé lui-méme, que nous mourons moralement faute de vérité, de la vérité qui est l’air pur dont s’alimente la respiration de nos intelligences.
Diminute sunt veritates! On Va dit souvent, et c’est vraiment un des signes caractéristiques de ce temps-cl : diminute, quant au nombre, le septicisme et lerreur jetant tous les jours dans nos ames affaiblies de plus profondes racines; diminute, quant a leur choix, la vérité salvifique de la foi surnaturelle se trouvant de plus en plus délaissée pour les bribes, sans valeur nutritive suffisante, de la science et de l’ordre purement naturels; diminute, quant au prestige de leur autorité, tant ces deux derniers siécles se sont acharnés a rapetisser tout ce qui est moralement grand, a ébranler dans la pensée populaire ce qui est seul solide, le verbe venu d’En Haut, la parole de Dieu.
D’ot je conclus: 1° que la vérité est toute la substance de la vie supérieure, de la seule vraie vie de l’étre humain, « animal rationale »; 20 quwil faut, et tout de suite, ramener a la vie ce monde poitrinaire qui s’en va, en lui transfusant par tous les moyens possibles la yérité qui lui manque.
« Ca lui fera peut-étre du mal. » Voila ce qu’on dit toujours. Kh bien, aprés? Qu’importe d’abord le mal, la mort méme de guelques-uns, quand il s’agit de sauver l’ensemble; qu’importe la souffrance des individus, quand le salut moral deg sociétés est en jeu? Je me propose de démontrer & fond quelque jour la vérité que voici: ce ne sont pas les passions, c’est au fond et en définitive
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Vidée qui méne le monde, j’entends Vidée, erreur ou vérité, socialement cépandue et dominante. Allez donc voir si les apétres du mensonge s’occupent du per accidens de leur endiablée prédication. D’ou nous vient cette timidité, cette fausse prudence, qui nous arréte devant la perspective des incommoda de droite ou de gauche, quand le bien essentiel de la vie humaine, son éternel salut est en danger?
Rien de plus typique et topique, a ce propos, que la parabole du Semeur dans l’Evangile. Sa fonction est de semer, et il seme, toujours, partout, quand méme. Ne sait-il point 4 ’avance que bien des graines seront perdues? Il séme!... Ne sait-il point que les trois quarts de la besogne resteront sans effet? Il séme encore... Ne sait-il point qu'il y a de mauvais terrains, des caillowx, beaucoup de per accidens dans son ceuvre laborieuse? I] séme toujours!... Notez, s'il vous plait, que cet apologue est tres expressément appliqué par Jésus-Christ a notre cas. Le Maitre semeur nentend pas que la considération des terrains bons ou mauvais, des 4mes bien ou mal disposées, des péchés formels plus ou moins a craindre, paralyse la langue de ses Apdtres, pas plus que la crainte de jeter une foule d’ames juives dans l’enfer n’a empéche ses lévres divines d’annoncer au monde la vérité de sa croix : Judeis scandalum, gentibus stultitiam... Il a résolu le cas, des inconvénients 4 éviter, en passant outre. Il a eu des miséricordes infinies pour les égarés du caur, la Madeleine, le publicain, etc.; il s’est toujours montré impitoyable pour les égarements coupables de l’esprit; et puisqu’on ose parler de scandale 4 propos de la vérité a révéler aux hommes, nul n’a plus que lui scandalisé son prochain pendant les courtes années de sa prédication, nul plus que lui n’a méprisé le « qu’en dira-t-on » et le per accidens des incommoda, toutes les fois qu'il a eu Yoccasion d’appliquer le reméde de la vérite sur les innombrables blessures qu’avait faites a l’in-
telligence humaine l’orgueil du paganisme.
« Toute vérité n’est pas bonne a dire n’importe ou, n’importe comment, a n’importe qui. Non potestis portare modo »... Cest parfaitement vrai, et Dieu me garde de tomber en pareille insanité. Mais je demande la permission de croire qu’on a poussé beaucoup trop loin le Non potestis portare. Abus pour abus, je préfére Vexcés de lumiére 4 celui des téndbres. D’ailleurs, je reviendrai avec goin sur ce cété de la question. Une chose me préoccupe pour le moment, une seule : constater que nous n’ayons plus assez le culte de la vérité, que nous n’avons plus assez la passion de la vérité pour la chercher nous-mémes et la dire aux autres; que l’erreur, l’hérésie, l’ignorance ne nous inspirent plus la haine vigoureuse, implacable, qu’elles méritent par dessus tout de la part des prétres filit lucis, auxquels il a été ordonné de passer toute leur vie 4 semer la bonne doctrine dans les Ames : Luntes docete.
Ces considérations préliminaires, sur lesquelles
jaurai sans doute a revenir tout exprés quelque jour, m’aménent a trancher un probléme assez délicat que j’ai déja touché plus haut trés superficiellement, sans le résoudre, le réservant pour l'occasion qui se présente aujourd’hui. Deux systémes d’éducation intellectuelle sont pratiquement en présence de nos jours et comptent, de part et d’autre, des partisans résolus, sages et compétents.
Les uns disent : « Taisez-vous, toutes les fois que vous étes en cas d’apprendre 4 enfant, a la jeune fille, a Pépouse, a votre pénitente, 4 votre prochain quelconque, une vérité qui va J’étonner, le scandaliser, ou autrement le mettre-a mal. Laissez a d’autres, laissez aux circonstances, le soin de cette perilleuse opération, qui ne parait point urgente, hic et nunc, et qui, tout compte fait, produira plus de mal que de bien. Cet enfant n’a pas besoin de connaitre les mystéres du sextwm ; cette jeune fille, qui se vouera peut-étre 4 la virginité perpétuelle, n’a pas besoin d’étre instruite des mystéres du mariage. Ne déflorez pas ces innocences; ne révélez pas le mal a qui Vignore. Ignoti nulla cupido;il est une bienheureuse ignorance qui, sans faire tort a Vesprit, reste la meilleure sauvegarde du coeur en le mettant a l’abri de la tentation du mal qu’il ne connait pas.»
Les autres disent: « Parlez, dit-il en résulter des conséquences facheuses. Parlez, puisque vous avez mission de le faire; parlez, puisque seul peut-étre vous pouvez le faire; parlez, puisque le silence cest Vignorance, le pire des maux pour Vhomme; parlez, elise, les Apdtres, les saints, les Ages chrétiens, les fortes races de fidéles vous en donnent l’exemple: parlez, car vos péres et vos méres parlaient jadis; parlez, car ces pruderies intempestives ne sont que fausse prudence ou le mal se dissimule sournoisement pour atteindre plus sirement sa proie dans l’ombre; parlez, au risque doccasionner, par votre parole, des troubles, des pechés méme, que vous n’aurez pas a regretter si enfin votre parole fait son chemin dans le public et devient un enseignement social que personne bientét ne puisse plus ignorer ; parlez donc, puisque dans vos examens de conscience ce nest pas d’avoir parlé, mais de vous étre tu, que vous yous accusez, en constatant les déplorables suites de votre silence dans la société chretienne. »
Je le déclare tout franchement — et c’est ici que je crains beaucoup de contrister ceux de mes lecteurs qui auront peine a étre de mon avis, — oui, tres nettement je le déclare, je suis résolu partisan de la seconde méthode, et je n’omets guéere d’occasion de la mettre en pratique, apres avoir autrefois, au début de mon ministére, sur la foi de certains conseillers pusillanimes, sur la lecture de certains auteurs, beaucoup trop pratiqué la premiere.
Voyons! raisonnons un peu, si vous le voulez bien, et surtout précisons.
Il y a des vérités obligatoires, et d’autres qui ne le sont pas. Sont obligatoires, doivent de par Dieu
nécessairement tomber dans lJ’intelligence humaine : 1° les vérilés spéculatives essentielles de la raison naturelle et de la foi, existence de Dieu, ga Providence, la spiritualité et J’immortalité de Vame, la liberté, les chatiments futurs, la Trinité, l’Incarnation, la Rédemption, les sacrements, la grace, lenfer, etc.; 2° les vérités morales essentielles de la loi naturelle (Décalogue surtout) et de la loi divine évangélique ; 30 les vérités de Pun et de autre ordre susdit, tombant sous des préceptes gravement obligatoires de la loi positive ecclésiastique ou civile; 4° les vérités, que j’appellerai les vérités détat, exigées par certaines situations privées ou sociales, déterminées ratione officit.
Les autres sont faculiatives, en ce sens que Dieu, créateur et rédempteur, n’impose point a VPhomme l’absolu devoir de les connaitre pour agir moralement bien en conséquence. I] est bon de les apprendre; c’est autant de gagné pour la perfection de V’étre humain, autant dhorizons nouveaux ouverts & sa raison pour connaitre et louer Dieu dans ses ceuvres, autant de choses belles et bonnes offertes aux complaisances de son amour. Mais enfin, si cette perfection est souhaitable, il n’y a point faute ni désordre a s’en passer.
Ceci dit, j’avoue que je ne réussirai probablement jamais 4 comprendre comment un prétre ne s’estime pas sub gravissimo tenu, en justice et en
‘charité, 4 faire entrer, dans la téte de ceux quwil
a charge d’instruire, les vérités nos 4,2 et 4, ne fit-ce méme qu’en considérant ce devoir du cédte de l’indigence criante des gens qui les ignorent.
J’admets trés bien qu’on se montre moins empressé 4 enseigner les vérités obligatoires du troisieéme ordre, 4 cause précisément de leur moindre nécessité absolue, et, a@ fortiori, qu’on ne soit pas empressé du tout de se lancer sur le terrain des veérités « facultatives. » Mais le Decalogue, mais la loi évangélique du Christ, mais les devoirs rigoureux d’état!!...
Mettons que sur cent personnes auxquelles vous les apprendrez, il y en aura dix, vingt, trente... 4 pécher formellement quand vous les aurez instruites. Que faites-vous done des autres qui, parce qu’elles sauront, cesseront dagir matériellement mal et ne feront cependant point de péché formel?
Je vais plus loin, trés logiquement, jusqu’au bout de ma thése. Mettons que les cent personnes instruites ne sortiront de leurs désordres matériels que pour tomber, jusqu’a la damnation inclusivement, dans le péché formel. (On ne m’accusera pas au moins de fuir les difficultés, de cacher des distinguo dans les coins de la question). Eh bien! admettons cette hypothése chimérique pour un instant. Kst-ce votre faute si ces gens se damnent? Non, n’est-ce pas? Ils sont libres de pécher ou de ne pécher point. Quelque occasion que vous leur en donniez, pouvez-vous les forcer d’obéir au précepte? Pas plus que les en empécher! C’est affaire entre Dieu et leur conscience.
Allez-vous par hasard vous retrancher derriére
LAMI DU GLERGE cette raison, gu’on ne doit. pas fournir a son pro-
chain Voccasio peccandi ?
Mais, cher confrére, vous n’étes pas capable de-
faire un pas dans la rue, de dire un mot en con-
versation, de vous montrer un instant 4 l’église, |
de dialoguer une minute au confessionnal avec yos pénitents et pénitentes, sans semer sur vos pas, serrées comme gouttes de pluie, des occasiones peccandi, pour gui veut y pécher; et pourtant, a moins que vous ne soyez scrupuleux a lier, 4 enfermer, vous exhibez au grand jour tuta conscientia votre visage agréable et bien fait, vous voyagez en chemin de fer, vous préchez, vous sautez le plus tranquillement du monde pardessus toutes ces occasiones peccandi, alors que pourtant la liste est peut-étre longue des péchés
graves qui sans yous, sans votre occasion, n’au- .
raient pas été commis autour de yous! Le principe de l’abstention, du silence, de l’inertie par peur de donner au prochain Voccasion de pécher, est donc tout simplementabsurde dans sa formule générale et absolue.
Il peut étre vrai parfois, et voici comment.
Crest la charité qui doit régler la question. Il est clair que consciemment yous ne pouvez pas faire
du mala votre prochain, quand il vous est loi-.
sible de ’empécher.
Quand done vous prévoyez que vous allez mettre sur sa route un « obex » a sa vertu, votre premiere pensée doit étre de lui éviter cette
misére. Mais votre seconde pensée doit étre de juger si la charité vous oblige a vous imposer la
géne résultant pour vous de la rémotion ‘de cet obex, de cette occasion, toutes les fois que pareil service de charité entraine pour votre propre personne un inconvenient digne d’attention. Votre troisiéme pensée portera ensuite sur cette autre question, 4 savoir si, en évitant au prochain le
mal de l’occasion, vous ne lui faites pas plus de
tort qu’en la laissant subsister. Votre quatriéme pensée enfin décidera si, en dehors des incom-
moda vus de votre cété et du cdté du prochain —
qui est en cause, il n’y a point ailleurs des maux WVordre supérieur, public, 4 craindre comme consequences de l’acte de charité maladroit et trop étroit que vous feriez en évitant occasion de mal individuel qui est en cause. Un cinquiéme jugement enfin devra peser la gravité du mal a craindre, de quelque cété qu’il apparaisse, la oravits des obligations qui sont en cause, tant de votre coté (obligation de charité doublée pour yous le plus souvent (une obligation de justice) que du
cdté du prochain par rapport aux intéréts moraux de son Ame.
Or dans le gas qui nous occupe (vérités fonda-
mentales absolument obligatoires), 49 vous faites bien de yous préoceuper de Voccasio peccandt qui va résulter de votre instruction; mais 20 la
charité in proximum ne doit point vous faire
oublier la charité in seipsum, ni que yous avez, de par Dieu, la mission grave de parler in casu, comme nous l’allons voir tout de suite ; car 3° en
vous taisant vous évitez un mal moral immédiat probable (jamais certain, s. v. p., 4 cause de la considération de la liberté et de la grace qui vous échappent dans le voisin) pour causer par votre silence un mal moral dispositif certain, je veux dire la continuation d’un état de péché matériel ou les rouages de la moralité sont faussés, qui est un outrage a la nature et A Dieu, un péril stir de péchés formels pour un avenir plus ou moins éloigné, un danger social extrémement redoutable, ainsi que je l’ai assez dit dans mon dernier article. N’est-ce done rien que tout cela 4 mettre dans la balance, quand il s’agit de comparer la possibilité, la probabilité méme, d’un péché mortel qui, encore une fois, reste toujours, absolument. parlant, incertain (et ne tombe que trés per accidens sur votre conscience in casw), avec le mal formidable qu’est pour le pécheur son croupissement dans V’habitude du péché matériel ? Mais surtout 4° s’il est permis de laisser mourir un homme, plusieurs hommes, pour sauver une société, pourquoi ne serait-il pas permis de laisser pécher un homme, plusieurs hommes, pour garantir la société chrétienne du grave danger que lui fait courir le péché matériel ? Voila, ce semble, un coté du probleme qu’on oublie beaucoup trop et qui jette une forte lumiére sur sa résolution pratique. Vous gardez le silence quand une de vos -pénitentes vous révéle un état de péché matériel déplorable au point de vue du mariage. « Je fais ceci et cela, dira-t-elle 4 une confidente (elles le -disent toujours); mon confesseur le sait ; il ne me dit rien !... » Vice versa : « En voila une équipée, ma chére! Figurez-vous que M. un tel m’a défendu de faire ceci et cela! Comprend-on un confesseur -pareil? Je vais le changer. » L’idée du mal et sa pratique cheminent dans le. premier cas, et d’autant plus loin que la route s’accomplit dans l’obs- —curité des confidences & voix basse; Vidée du bien et sa pratique cheminent dans le second et finissent par se faire jour. Voila 4 quoi il faut réfléchir quand on a le sens du gouvernement des - paroisses, la prévision des conséquences publiques qui peuvent résulter de Vattitude silencieuse, tolérante, au confessionnal ou ailleurs, de la part dun homme gue tout le monde regarde comme chargé de parler ou de se taire quand il faut.
Donec, pour résumer tout ceci, 4 mon avis, la prévisiun du mal forme] n’est pas en soi une raison suffisante de garder le silence, méme dans la pire des hypothéses. Le nombre est sans doute incalculable des péchés qu’ont fait commettre Notre- Seigneur lui-méme et apres lui, 4 son exemple, saint Paul, les Apdtres, dans leur prédication au sein d’une société hostile et corromipue, disposée 4 tout autre chose qu’a accepter d’une oreille docile les dures vérités de la loi naturelle et du salut.
Nous sommes des trembleurs... whi non est ‘timor; cest tout ce gue je voulais dire et démontrer.
- Pour en revenir a notre question, je répete que
le systeme de la vérité pleine, 4 bouche ouverte, quoique prudente toujours dans le mode d’expression, est le vrai, toutes les fois qu’il s’agit, comme j'ai eu le soin de le bien préciser, pour enfants ou autres, de vérités qu’on doit savoir, qu’il faut de toute nécessité naturelle et surnaturelle connaitre un jour ou l’autre, et dont la révélation en temps opportun peut couper court aux lamentables habitudes du péché matériel.
On dit 4 cela que c’est offrir la tentation du mal. Parfaitement! Concedo. Et aprés ? Dieu veut quwil en soit ainsi apparemment, puisqu’il veut que les intelligences soient ainsi instruites. De quel droit se permet-on de trouver qu’il n’est pas
suffisamment prudent parce qu'il fait peser sur.
ces tétes « innocentes » des préceptes gravement obligatoires, dont la connaissance ne peut servir qu’a les perdre plus stirement? Que fait-on encore une fois de la liberté et surtout de la grace? N’est-ce point une vérité d’état humain universel, et au premier chef obligatoire, que celle qui concerne la distinction du bien et du mal en matiére de sextwm, de la commixtion des sexes en matiére
de mariage, pour ne parler que de celles-la entre »
beaucoup dautres qu’on n’ose pas apprendre aux malheureux qui les ignorent, parce que cela pourrait les surprendre !
Eh! grand Dieu! parlons-en de cette surprise. C’est précisément un des plus forts griefs que j’ai contre l’opinion du silence. Vous n’admettez pas, je suppose, que les susdites vérités soient de celles qu’il est possible d’ignorer toute sa vie, dignorer méme bien longtemps a partir de lage de puberté, voire de l’age de raison seulement.
Comparez, je vous prie, les deux surprises : celle d’un premier enseignement donné prudemment par un homme au caractere sacré, ministre de la parole de Dieu, en des circonstances qui présentent toutes les garanties désirables de gravité et de pureté, comparez-la, dis-je, avec la surprise brutale qui bouleverse subitement une ame sans défense, sans régle de jugement, sans secours surnaturel, le jour ot le mauvais exemple du fait, la lecture ou la gravure obscéne, le mot grossier, etc., que sais-je? viendra révéler le mal a qui l’ignorait, mais cette fois en des conditions psychologiques bien autrement dangereuses. Un homme averti en vaut deux, dit-on. Une tentation prévue est une tentation a4 moitié évitée; um ennemi bien connu est un ennemi vaincu. En ai-je assez recu de confidences douloureuses de ces ignorantes victimes des brutales surprises de la vie, et toujours avec le méme refrain : « Ah! si j’avais su! » Ce cri du coeur m’a toujours paru gros d’une philosophie profonde, et je ne consentirai a changer davis que quand je ne l’entendrai plus a chaque instant retentir au confessionnal a mes oreilles de prétre.
Oserai-je me permetire le plus respectueusement du monde une application concrete de la doctrine que je viens de développer ?
Il est, je le sais, des séminaires ot Yon pratique
le systéme du silence pudibond en fait de « diaconales. » Toujours pour ne pas révéler le mal! Et qu’auront done A faire ces jeunes prétres, dés le lendemain de leur ordination, pendant toute leur vie, sinon de donner la chasse au mal? On nous fait la de jolis médecins, en vérité! Mon gros bon sens m’entraine irrésistiblement a penser que, pour guérir une maladie, il est assez utile de la connaitre 4 l’avance. Il parait que ce n’est plus cela, maintenant! On apprend au fur et a mesure que les malades se présentent, et naturellement on commence par tuer les premiers avant d’étre en état de soulager proprement les autres. Qui vous oblige d’étre médecins d’ames, et d’ames plongées dans de la chair, s. v. p.? Soyez autre chose si vous le voulez! Mais si vous prétendez étre médecins, soyez-le! Foin des occasiones peccandi pour qui répond doffice et le coeur droit a Vappel de Dieu. De grace, qu’on nous donne au moins nos véerités détat/ Tant pis pour les mal équilibrés qui s’en scandalisent! C’est du pur et archi-négligeable per accidens, en présence de Vimmense nécessité pour le sacerdoce d’étre en possession de toutes les vérités divines qu’il a mission de faire passer dans les intelligences ignorantes que la Providence met tous les jours sur sa route.
Une grosse conclusion sort de tout cela, n’est-il pas vrai? Nemo dat quod non habet. Pour enseiener, il faut savoir; pour bien savoir, il faut avoir pas mal réfléchi et étudié; étudié, non pas seulement la substance des vérités 4 faire vivre dans Vesprit des hommes, mais aussi le modus, la bonne mamiére pratique de les leur présenter; et ceci m’améne a clore cette étude par quelques observations importantes que j’ai en réserve au bout de ma plume depuis longtemps.
’ Le prétre tient a sa disposition, entre autres, cing moyens pratiques de donner la chasse au péché matériel, de dissiper Vignorance de ses ouailles.
Le catéchisme d’abord; mais ce n’est pas la quwil convient d’en dire long sur les chapitres scabreux de morale auxquels j’ai plusieurs fois fait allusion. N’empéche qu’on peut dire beaucoup de choses dans un catéchisme bien préparé, et cela d’autant mieux qu'une parole qui s’adresse a tout le monde (c’est la méme chose en chaire) a Pavantage de ne s’adresser a personne en particulier, de ne viser ni blesser personne.
Le prédicateur est infiniment plus a V’aise en chaire; non pas qu’il doive prendre moins de précautions, mais 4 cause de lintelligence plus ouverte, plus miire de ses auditeurs. Que de choses Yon peut mettre, et fortes, et pénétrantes, et bien dites, dans une prédication soigneusement étudiée a Pavance. Tout Vart du professeur dans une classe consiste 4 combiner adroitement les sauces de ses explications. C’est la méme chose, et plus difficile encore, pour la chaire. J’affirme avoir entendu précher plus d’une fois tout ce que la théologie morale enseigne d’important sur Vusus matrimonii sans que personne ptt s’en
scandaliser, avec un réel et pratique profit pour, les Ames ignorantes ou mal instruites de leurs: devoirs. : |
Les conversations privées sont encore un meil-| leur terrain d’enseignement pour le prétre qui. cherche a tirer de leurs grosses erreurs certaines: personnes connues de lui 4 V’avance. Le laisseraller du dialogue autorise des libertés qui ne seraient pas de mise ailleurs, et telles gens s’étonneraient de recevoir au confessionnal des avis ou explications qu’elles acceptent parfaitement dans. Vimprovisation, a caractére moins sacré, moins oravement obligatoire du téte a téte. |
On peut encore conseiller des lectures appropriées aux fins d’enseignement qu’on se propose. Ceci est plus délicat évidemment. I] vaut toujours mieux offrir la doctrine sous Venveloppe d’une parole vivante, qui en modére au besoin l’expression par des détails de mimique et de diction que ne saurait offrir au lecteur la froide lettre morte d’un livre.
Mais c’est surtout au confessionnal que le prétre a le plus impérieux devoir de pourchasser le péché matériel, non pas tous les péchés matériels indistinctement, et avec la méme séveérité, car il en est de presque absolument inoffensifs, et dautres tellement individuels ou sans conséquences graves dans leurs circonstances, qu’on peut, avec des motifs sérieux, les laisser passer sans y prendre garde. Je parle donc surtout de ces péchés matériels en matiére de loi naturelle ou divine gravement obligatoire qui répondent au signalement inquiétant que j’ai donné la derniére fois.
D’un autre cété, la présence du pénitent et son attitude indiquent suffisamment au prétre qu’il vient chercher auprés de lui ce qwil a mission de lui donner, la paix du ceur pour ses fautes et la bonne direction future de sa vie morale. C’est done la qu’il convient de parler, pas toujours assurément, mais souvent, beaucoup plus souvent qu’on n’a pris la facheuse habitude de le faire depuis la diffusion, dans la théologie, de certaines opinions ultra probabilistes en matiére de monition. II faut a cette besogne beaucoup de sang-froid, de délicatesse et de prudence. Mais, en vérité, un ministre de Jésus-Christ ne peut-il arriver a parler aux ames souffrantes avec sang-froid, délicatesse et prudence ? Quwil prépare ses réponses, qu’il invoque des autorités supérieures 4 la sienne, la loi supréme de son devoir 4 remplir, qu’il explique les raisons de sa doctrine..., mais enfin qu’il parle! S’il est un peu ferré en théologie morale, sil a creusé 4 Vavance sa matiére, il ne peut manquer, la grace de Dieu aidant, de servir convenablement la cause de Jésus-Christ sans la trahir. Les jeunes sont tenus, sur certains sujets, non pas encore une fois au silence, ah! mais non! — ils sont prétres comme les autres, et considérés comme tels en fin de compte par qui vient les trouver, — ils sont tenus a des précautions de langage plus minutieuses, 4 des formes dont la
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grayité puisse contrebalancer le défaut d’autorité qui malgré tout s’attache a leur Age.
On me connait assez pour bien comprendre que je n’entends pas du tout qu’on doive éclairer subitement tout d’un coup dans tous les cas possibles. -J’ai protesté contre la tendance qu’ont aujour- @hui nombre de confesseurs 4 se faire une idée trés fausse, trés superficielle, de ’importance, prétendue négligeable, du péché matériel et surtout de état habituel de péché matériel. Aucune régle absolue ne gsaurait d’un trait de plume résoudre tous les cas particuliers infiniment variés qui peuvent se présenter. Je sais cela, autant que personne. Mais il me semble qu’on rend grand service 4 la morale privée et publique, grand service a la cause de Dieu et de son Christ, en suppliant les confesseurs de ne point s’effaroucher de la perspective du péché formel qui pourra résulter du fait de leur monition, perspective toujours nuageuse, jugement d’avenir en. terrain étranger, extrémement élastique, prévision qui paralyse trop souvent la bonne volonté qu’ils ont de remplir leur devoir ; et, pour le dire en passant, prévision souvent faussée, poussée au noir, beaucoup plus que ne le comporte la disposition intérieure vraie du pénitent, souvent faussée, dis-je, par la considération des ennuis personnels que redoute le prétre pour lui-méme, du fait de l’exercice plein de son ministére.
Voila, chers confréres, une derniére réflexion sur laquelle nous avons un peu a nous examiner. Nous sommes gens a sacrifice et sacrifiés pour Yamour du Bon Dieu; prenons bien garde que jamais le Bon Dieu ne nous reproche d’étre restés muets quand il fallait parler, par peur plus ou moins consciente de nous créer des embarras, de perdre des pénitents, d’étre génés ou privés dans nos petites satisfactions humaines. Il faut que chez nous se vérifie toujours le mot de l’Kcriture : Verbum Dei non est alligatum.
Ce n’est pas une nouvelle doctrine que j’ai rappelée ici aujourd’hui. Nos vieux confesseurs d’autrefois la pratiquaient ferme, et tenaient par la leurs paroisses dans une moyenne de connaissances morales capable de les conserver dans la bonne route. Revenons a la pratique de cette méthode, puisqu’elle est vraie, et antique comme toute vérité. Mettons-y, bien entendu, toute la prudence désivable ; mais, comme prudence n’est pas lacheté ni pusillanimité, mettons-y toute la sacerdotale fermeté que Dieu nous demande dans Vaccomplissement de son sacré ministére. Apprenons de lui-méme ce qu’il faut dire et comment il faut faire éclater la vérité devant les hommes, Ils sont portés a Voublier si vite! Et c’est pour nous si grosse responsabilité que la coopération (mutus, non obstans, non manifestans) a leur abominable état d’erreur et Vignorance actuel!
(A suivre).
QUESTIONS
de science ecclésiastique CONSULTATIONS DIVERSES
Q. — Voici un passage de Haine (t. IV, p. 97, editio tertia, 1894) qui est en contradiction avec votre réponse de la p. 238 de 1899 : :
« Si lex civilis nonnisi divortium a vinculo concedat, videtur licere, ait Kenrich, divortium illud petere in gravissimis quibusdam rerum adjunctis, ad propriam securitatem... »
Et en note :
« Faut-il voir dans la décision de la Sacrée Pénitencerie (14 janvier 1891) une condamnation de ceux qui pensent que dans les pays ow la loi civile n’admet pas de séparation, un catholique pourrait licitement recourir au divorce civil, avec l’intention formelle de ne point tenter d’autre mariage, mais uniquement dans le but d’obtenir les avantages qui dans les autres pays résultent de la séparation? Nous ne le pensons pas: ce serait forcer étrangement le sens de la décision et transporter la solution donnée 4 un cas d’espéce différente. »
Qu’en pensez-yous ?
R. — Nous connaissons quatre décisions de la Sacrée Pénitencerie sur le sujet; aprés les avoir citées intégralement, nous les discuterons.
40 Réponse du 5 janvier 1887 :
Mulier, vi sententie separata a marito quoad torum, vellet ad vyitam sustentandam quoddam publicum munus suscipere. Sed gubernium id non sinit ni petat divortium; ipsa petere vellet, sed, in sua intentione, semper salvo ligamine. Parochus, qui est et illius confessarius, petit num admitti possit ad sacramenta et lumen seu consilium circa reliqua, ut infra.
Sacra Poenitentiaria, mature perpensis expositis, confessario oratori respondet : Mulieri poenitentt, in casu, nihil aliud esse consulendum nist ut a petendo divortio sub gravi se abstineat.
Datum Rome in Sacra Peenitentiaria, die 5 januarii
: R. Card. Monaco, P. M.
20 Réponse du 44 janvier 1891 :
Heri et nudiustertius ad me rediit mulier, sequentia
exponens :
' Anno 188... in matrimonium rite copulata cum viro in urbe hujusce dicecesis N... habitavit usque ad annum 188..., prolemque habuit, hoc ipso anno mortuam. Male a viro tractata, insuper in rebus. pecuniariis bonisque familie gravia ex parte 'viri damna passa est. Anno autem 188... clam aufugit vir, uxorem filiamque deserens, neque ab eo tempore quidquam de eo auditum est; creditur americanas regiones petiisse; ubi autem latitet, ipsa uxor, frater viri, imo agentes consulares detegere nequiverunt.
Jam vero misera uxor, ut ruinam vitet, servetque que supersunt bona a marito non dilapidata, plures lites sustinere debet; insuper quasdam summas in mutuum petere, domos vel terras locare. Porro ex lege civili gallica etiamsi jam separationem, ut dicunt, bonorum obtinuerit, non tamen potest predicta omnia peragere absque consensu mariti, vel saltem absque sententia, in singulis casibus requisita, judicum civilium consensum viri absentis supplentium. Hine sumptus continui mulierem gravantes, hinc etiam dilationes in causis apud tribunalia pendentibus, que ipsi valde nocent. Urgent advocati et procuratores, qui de rebus ejus curant, ut divortium civile petat, dictitaptque hoc
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solum esse medium quo ab hujusmodi inconvenientibus et damnis eximi queat. .
Hine queesitum sequens :
Dicta mulier expresse profitetur doctrinam Ecclesix circa matrimonium et causas matrimoniales ad solos judices ecclesiasticos pertinentes ; expresse promittit se obtento divortio civili numquam usuram ut novas attentet nuptias. An possit tuta conscientia agere apud civiles judices ut civile divortium obtineat eo fine ut se eximat a supra memoratis damnis et de suis bonis ac rebus libere disponat ?
Kt Deus...
N... die 3 januarii 1891.
Sacra Poenitentiaria, mature consideratis expositis, ad propositum dubium respondit :
Negative.
Datum Rome in Sacra Poenitentiaria die 14 januarii
FH) Suena,/S) PP. BR.