‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 92 sur 276 · I. — Le spiritisme dans le monde ancien · texte numérisé non relu

I. — Le spiritisme dans le monde ancien

Le spiritisme n’est point. nouveau dans le monde; rappelons en effet 4 son sujet les paroles de l’Keclésiaste : « Nihil sub sole novum; nec valet quisguam dicere : hoc recens est; jam enim proecessit in seculis que fuerunt ante nos. » (t, 40). En conséquence nous pourrions dire déja par avance que le spiritisme loin d’étre un progrés est un recul, un retour aux pratiques superstitieuses et honteuses du paganisme que le catholicisme avait fait disparaitre, ou au moins qui ne s’exercaient au moyen 4ge que dans l’ombre et étaient séverement punies.

On sait quel empire eurent»dans les siécles paiens les éyocations et les oracles rendus soit

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par les idoles qui n’étaient autres que les démons, soit par des intermédiaires ou médiums. Au témoignage du plus ancien philosophe égyptien, Hermés ou Mercure Trismégiste, qui vivait, dit-on, pres de deux mille ans avant Notre-Seigneur, les hommes avyaient déja trouvé Vart de faire des dieux en appelant par des évocations les esprits invisibles dans des statues de pierre, de marbre ou de bois, et ces esprits ainsi évogués s’y rendaient et y manifestaient leur présence par des oracles, des maladies envoyées ou guéries et une foule de prodiges. Ce fut plus tard la croyance universelle, de sorte que les paiens, comme le leur reproche la Sainte Ecriture, adoraient vraiment des pierres ou du bois, quoique leur adoration ne s’arrétat pas la uniquement, mais allat jusqu’aux esprits qui, selon eux, habitaient ces statues. Et Porphyre nous apprend que ce sont les dieux eux-mémes, c’est-a-dire les démons, qui ont réglé les usages religieux, la forme des statues et les formules de priéres pour les invoquer et les contraindre. — C’étaient comme les sacrements infernaux. Chaque jour de la semaine et chaque mois avait son dieu protecteur. Chaque montagne et chaque ville avait aussi son génie ou démon tutélaire.

Quant a la divinité protectrice de Rome, quelques initiés seuls la connaissaient, et il leur était défendu sous peine de mort de révéler son nom; Varron et Pline nous apprennent qu’au temps de Pompée, Valerius Soranus, homme trés

-érudit et tribun du peuple, ayant un jour pro-

noncé, fut mis a4 mort. Des le commencement Satan avait déclaré que cette ville serait a lui, et il en prit solennellement possession : des prétres initiés aux plus secrets mystéres des dieux furent en effet mandés de Toscane par Romulus, adonné lui-méme a l’art des augures, et le tracé de la ville fut fait d’une maniére toute mystérieuse. Romulus avait fondé la ville matérielle, son successeur Numa se chargea de fonder la ville morale. Sans cesse en rapport avec le démon qui lui apparaissait-sous la-figure de la nymphe Egérie, laquelle lui avait fait ’honneur de le prendre pour mari, il écrivit sous sa dictée les différents articles de la constitution religieuse et civile de Rome. Les motifs de ces lois avaient été écrits a part, et quand ils furent retrouvés dans son tombeau, le Sénat, aprés en avoir pris connaissance, ordonna de les briiler. (Plutarque, Vie de Numa, S. Aug. De civ. Dei). Nous voyons aussi dans histoire romaine que les généraux qui assiégeaient une ville, commencaient par évoquer ses génies protecteurs, les conjurant de sortir de cette ville et d’aller habiter Rome, ce 4 quoi, disent les auteurs, ils se prétaient volontiers, puis venait apres la formule de dévouement qui avait pour but de livrer aux dieux ennemis la ville ou l’armée privée par cette évocation de ses dieux tutélaires. De la sorte, dit saint Léon le Grand, hec civitas, cum pene omnibus dominaretur gentibus, omnium gentium serviebat erroribus, et magnam sibi

videbatur assumpsisse religionem, quia nullam respuebat falsitatem.

De méme que Dieu avait dicté ses lois a son peuple, de méme aussi les idoles ou démons avaient dicté les leurs. En effet non seulement Numa, mais tous les premiers législateurs des peuples paiens affirment que leurs lois sont descendues du ciel, et que c’est de la bouche méme des dieux quwils les ont recues; et les crimes légaux qui souillent tous les codes paiens peuvent autoriser 4le croire: ainsi Lycurgue, par exemple, avant de faire ses lois va consulter Apollon a Delphes, et en fait conserver précieusement Voracle dans les archives sacrées de Sparte, comme Moise les tables de la Loi donnée sur le Sinai.

Chez les Juifs, on consultait toujours le Seieneur pour toutes les choses-importantes et le Seigneur rendait ses oracles par l’arche sainte ; plus tard il les rendit par les souverains pontifes dont tous les peuples chrétiens ont toujours écouté la voix. — Les peuples paiens durent donc aussi avoir leurs oracles. Assurément les oracles vinrent bien des fois de la supercherie des prétres qui les fabriquaient, mais que de fois aussi ils annoncérent ce que les prétres ne pouvaient aucunement connaitre! Rappelons-nous que ces oracles servaient de base a la religion, et que tous allaient les consulter sur toutes les affaires importantes, publiques ou privées, et quils étaient tellement respectés que les plus grands généraux n’osaient se mettre en campagne sans les avoir interrogés, et tellement nombreux qu’au rapport de Plutarque, il eut été plus facile de trouver une ville batie en l’air qu’une ville sans oracles. Sans doute il y en avait de plus renommés que les autres, comme ceux de Delphes, de Daphné, de Dodone, de Cumes, d’Ammon, de Corinthe, comme il y a des démons plus clairvoyants et plus puissants que les autres; mais chaque ville n’en voulait pas moins demander des oracles a ses génies protecteurs ; et ce serait folie de prétendre les attribuer tous 4 la supercherie des prétres : car s'il n’y avait pas eu 1a quelque chose Vextra-naturel, on aurait bien vite fini par le savoir, et on ne les efit pas consultés avec tant Vunanimité pendant tant de siécles, on n’etit pas & leur voix sacrifié tout ce qu’on avait de plus cher, jusqu’a ses enfants et a sa propre vie, et les hommes les plus instruits ne les eussent pas interrogés avec la confiance la plus entiére dans les plus beaux siecles d’Athénes et de Rome. Du reste il n’est pas un Pére de I’Kglise qui ait douté dela vérité des oracles et ne les ait attribués aux démons, et la sainte Ecriture parle dans le méme sens.

Comment d’ailleurs expliquer qu’en tant Wendroits différents, au commencement de notre ére, Jes oracles se taisaient la ot: il y avait des chrétiens, et surtout des saints? Les prétres deg idoles n’auraient jamais consenti 4 avouer l’infériorité de leurs dieux devant le Dieu des chré-

tiens, si c’étaient eux qui faisaient tout. Citons seulement un fait entre mille. Le césar Gallus pour mettre un terme aux superstitions paiennes fit transporter & Daphné les reliques du saint martyr Babylas, et 4 instant Apollon cessa d’y rendre ses oracles, et ne put les reprendre que lorsque, par les ordres de Julien l’Apostat, les reliques de saint Babylas eussent été enlevées de la. Peu de temps aprés la foudre tomba du ciel, mit en piéces l’idole et dévasta le temple. C’est le paien Libanius, ami de l’empereur Julien, qui le raconte, et Ammien Marcellin n’ose pas le nier. Celse et Porphyre avouent de méme que les chrétiens seuls pouvaient imposer silence a leurs dieux.

Chose importante 4 noter: on recourait alors a ces oracles, comme 4 notre époque aux pratiques du spiritisme et du magnétisme diabolique, pour connaitre lavenir ou savoir ce qui se passe au loin, découvrir des objets cachés ou perdus, se faire instruire des desseins des autres ou donner de précieuses indications pour guérir de mauvaises maladies. Il est & remarquer aussi que cétaient alors, comme aujourd’hui, les femmes: qui sérvaient la plupart du temps de médiums. Dans le Moyen age, comme nous avons dit, ces pratiques superstitieuses. ne s’exercaient que rarement et en secret et étaient sévérement punies. Mais comment se fait-il done que ces hommes qui insultent avec tant de dédain ce Moyen Age, comme une époque d’ignorance vouée a la superstition, se lyrent publiquement euxmémes, dans la pleine lumiere du xrxé siécle, a la divination et a la nécromancie quwils flétrissent dans les siécles passés ot elles n’étaient exercées que par des gens sans aveu et dans un si grand secret? Comment se fait-il qwils osent convoquer les foules & leurs expériences ténébreuses, les afficher publiquement sur les murs et dans tous les journaux, et publier la-dessus des livres et des brochures ? Il y a done la recul et non progrés.

Ne croyons pas surtout que ces choses mémes, dont on a fait tant de bruit a notre époque, aient été inconnues aux anciens. Philostrate, sophiste de la fin du second siécle, rapporte qu’Apollonius de Thyane qui, d’aprés lui, vivait du temps de saint Paul, avait vu des tables parlantes parmi les gymnosophistes de l’Inde. — Vers le milieu de ce second siecle, Tertullien affirmait devant le sénat romain l’existence de la divination par Jes tables et donnait ce phénoméne, non comme une chose secréte se produisant dans l’antre obscur Vune magicienne, mais comme une coutume parfaitement connue des graves magistrats auxquels il s’adressait : « Porro si et magi phantasmata edunt, et jam defunctorum animas inclamant (n’est-ce pas 14 le spiritisme moderne 2), si pueros in elogquium oraculi eliciunt, si multa miracula circulatoribus prestigiis ludunt, si et somnia immittunt, habentes sibi invitatorum angelorum et demonum assistentem sibi potestatem, per quos et capree et mense divinare consueverunt... »

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Kt c’était au milieu de la plus cruelle persécution que Tertullien, dans son apologétique, dénoncait publiquement les pratiques criminelles auxquelles se livraient les paiens dans l’exercice de la divination, et que nos spirites modernes, si fiers de leurs prétendus progrés, ne font guére qu’imiter. Tl est bien probable que ces tables prenaient delles-mémes un mouvement de convention ordonné de maniére a former un langage, car pour parler aux hommes il faut ou des sons ou des Signes artificiels. Citons encore cet autre passage bien frappant du méme Tertullien: « Publica jam littera est que animas etiam justa cetate sopitas, etiam proba morte disjunctas evocaturam se ab inferorum incolatu pollicetur. Quid ergo dicemus magiam ? Quod omnes pene: fallaciam. Sed ratio fallacie solos non fugit christianos, qui spiritalia nequitie, non quidem socia conscientia, sed inimica scientia novimus, nec invitatoria operatione, sed expugnatoria dominatione tractamus, multiformem luem mentis humane, totius erroris artificem, salutis pariter animeque vastatricem scientiam... in qua se demones mortuos jingunt; sed demones operantur sub obtentu eorum... hance fallaciam spiritus nequam swd personis mortuorum delitescentis, nisi fallor, etiam rebus comprobamus, cum in exorcismis interdum aliquem se ex parentibus affirmat, sicut et alibi deum, nihil magis curans quam hoc ipsum eacludere quod proedicamus ; et tamen ille demon, postquam circumstantes circumvenire tentavit, instantia divine gratis victus, id guod in vero est invitus confitetur. » Ne dirait-on pas vraiment que Tertullien, dans cet émouvant tableau, dépeint le spiritisme de nos jours, lequel, du reste, ne fait guere quwimiter l’ancien?

Minutius Félix, orateur romain du mi¢ siécle, apres avoir parlé des agents mystérieux qui produisaient les phénoménes que les paiens considéraient comme des oracles, assure qu’on reconnait les caracteres de ces faits diaboliques 4 un mouyement communiqué par les démons a certains corps pour exprimer une pensée et faire de la divination, mouvement de différentes sortes, et méme de rotation, imprimé a des corps inertes. — Julius Firmicus Maternus, auteur chrétien, qui vivait sous les fils de Constantin, attribue é¢galement au démon tous les genres de magie, principalement celle qui s’opere par des objets faits en bois, comme s’il voulait par la renverser l’ceuvre de la croix. — Enfin Ammien Marcellin, au livre XXIXe de son Histoire, raconte le trait suivant de spiritisme : « Patricius et Hilarius, traduits devant la justice pour cause de magie, avouérent qu’ils avaient fait avec des morceaux de bois de laurier, 2 limitation du trépied de Delphes, la petite table qui avait été apportée devant les juges, et qu’ils s’étaient servi d’eile apres qu’elle avait été consacrée selon l’usage, et qu’aprés avoir suspendu au dessus un anneau attaché a un fil de lin trés fin, qui'avait aussi été consacré mystérieusement, cet anneau sautait successivement,

mais sans confusion, sur des lettres gravées, de maniére a former des vers qui répondaient trés bien aux questions posées. A la demande : Quel serait le successeur de Pempereur Valens, actuellement régnant? Vanneau avait déja marqué les quatre lettres Théo; ils n’en demandérent pas davantage, comprenant parfaitement que c’était Théodose. »

Il. — Le spiritisme chez les nations paiennes de nos jours.

Passons maintenant aux peuples paiens des temps modernes, chez qui ces pratiques anciennes existent depuis des siecles et des siecles et s’y sont toujours conservées. « Dans l’Inde et le Thibet, écrit M. Tschérépanoff, voyageur russe, si le propriétaire d’une chose dérobée demande 4 un lama de lui indiquer l’endroit oti elle est cachée, celui-ci s’assied par terre devant une petite table carrée et y pose les mains, en lisant dans un livre thibétain ; au bout d’une demi-heure, il se léve en retirant sa main, et la table se léve aussi; lorsqwil est debout, il éleve Ja main au-dessus de sa téte et la table, suivant le mouvement, se léve au niveau des yeux ; alors le lama fait un mouvement en avant et la table marche devant lui, dans Yair, avec une si grande augmentation de vitesse qwil a peine a la suivre; enfin la table parcourt des directions diverses et finit par tomber a terre, dans la direction et non loin de Vendroit ou est Vobjet dérobé. Une fois, elle s’était arrétée pres dune chaumiere, et le paysan thibétain qui V’habitait ayant apercu Vindication de la table, se suicida, et les choses perdues furent trouvées dans sa chaumiére. Je me défiais de mes yeux, car jétais convaincu que le lama levait la table a aide dun fil de fer bien mince et 4 peine visible; aprés Vavoir suivi, je visitai rigoureusement la table et n’y trouvai ni fil de fer, ni instrument quelconque; j’ai maintenant la conviction intime que ce phénomeéne et celui des tables tournantes et parlantes ont le méme principe. »

M. Bruguiéres, missionnaire au Siam, écrivait, en 1829, que les sortileges, les enchantements, les maléfices, les évocations des morts, etc., étaient constamment mis en pratique avec le secours de ces démons que les Siamois appellent phi. Ces opérations diaboliques produisaient des effets si extraordinaires, qu’il est impossible de les expliquer naturellement, et les apparitions diaboliques avaient lieu si fréquemment, et d’une maniére si publique, qu’il y aurait mauvaise foi a s’obstiner a les nier: il faudrait pour cela accuser d’imposture les yicaires apostoliques et les missionnaires. (Comte de Résie, Histoire des sciences occultes).

Toutes les pratiques spirites dont Europe est infestée, surtout depuis la fin du siecle dernier, sont connues depuis un temps immémorial en Chine. « Ici, écrivait en 1857 a un professeur du séminaire de Saint-Brieuc M. Vincot, missionnaire dans la province du Su-Tchuen, le magné-

tisme animal est connu depuis bien des siécles, ce qui montre que Mesmer n’en a point été Vinventeur. Il en est ainsi des tables tournantes : ces tables savent méme écrire, soit avec une plume, soit avec un crayon qu’on attache perpendiculairement 4 un de ses pieds. Je penserais done que toutes ces sorcelleries ont passé d’Orient en Europe. » Si elles viennent réellement du démon, ce que nous étudierons plus tard, on pourrait peut-ctre dire avec plus de vérité qu’elles n’ont

pas plus passé d’Orient en Occident que d’Occident en Orient, Vinfluence du démon s’exercant un peu partout.

Chez tous les autres peuples infidéles les pratiques de ce genre sont publiquement et visiblement usitées, comme le témoignent les anciens missionnaires, ainsi qu’on peut le voir dans les Lettres

- édifiantesetles Annales dela Propagation de la fot, et aussi dans les rapports des voyageurs modernes : ce sont des morts qu’on évoque qui font sentir leur présence et répondent aux interrogations, des idoles qui s’agitent d’elles-mémes, des berceaux de feuillage, de grands linceuls suspendus en lair sans attache, au simple commandement une personne en rapport avec une puissance occulte, des objets fixés solidement contre une muraille qui obéissent a la voix leur ordonnant de s’en détacher, et des hommes: transportés d’un chemin 4 Vautre par une force invincible. On ne trouvera méme rien de plus frappant chez les spirites modernes, mais seulement. des faits du méme genre.

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