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III. — Histoire du spiritisme moderne

Le premier des phénoménes attribués au spiritisme moderne remonte a 1832. Trois enfants dans les HKtats-Unis jouaient ensemble, les ‘mains posées sur une table: tout a coup ils la virent, quoiqu’elle fut chazgée, se remuer a leur gré et tourner du coté quwils voulaient. A partir de ce moment, on commenca une foule d’expériences de ce genre sur des disques de métal ou de verre, des marmites toutes pleines, des paniers, des chapeaux. On vit ensuite des tables se lever sur deux pieds et s’incliner prodigieusement, sans que les objets posés sur elles vinssent a tomber; puis on les faisait 4 volonté se mouvoir, changer de place, passer d’une salle dans une autre, frapper contre les murs, etc.

En 1846 commenga une nouvelle phase pour le spiritisme : des coups, dont on ne pouvait deviner la cause, se firent entendre pour la premiére fois chez un nommé Wackman, au village d’Hyderville, prés de la ville d’Arcadia, dans |’Htat de New-York. Rien ne fut négligé pour découvrir Pauteur de ces bruits mystérieux, mais on ne put y parvenir. Une nuit, la famille entiere fut réveillée par les cris de la plus jeune deg filles, Agée de huit ans. Elle assura avoir senti comme une main qui, apres avoir parcouru le lit, passa sur sa téte et sa figure. Depuis, aucune manifestation ne se

renouvela pendant six mois et cette famille quitta la maison, qui fut alors habitée par un méthodiste nommé John Fox et sa famille, composée de sa femme et de deux filles. Pendant trois mois encore tout fut tranquille ; ensuite, les coups mystérieux recommencérent & se faire entendre.

D’abord c’étaient des coups trés légers, dont la vibration cependant se faisait sentir sur le parquet et qu’on ressentait mieux encore quand on était couché; on ne pouvait plus dormir la nuit. Pour mieux-s’en rendre compte, on pria des groupes de six & huit personnes de stationner dans chaque piece de la maison, et l’agent invisible frappa toujours.

Le 31 mars 1847, Mme Fox et ses filles, n’ayant pas fermé l’ceil pendant la nuit précédente, se couchérent- de trés bonne heure dans la méme chambre ; M. Fox était absent. Bientdt les coups recommencent et les jeunes filles, ne pouvant dormir, se mettent 4 les imiter en faisant claquer leurs doigts; A leur grand étonnement, les coups répondent a chaque claquement; alors la plus jeune veut vérifier ; elle fait un claquement et un autre y répond; elle en fait deux, trois, etc., et toujours l’étre invisible rend le méme nombre de coups. Sasceur ainée dit, en badinant: « Maintenant, faites comme moi: un, deux, trois, quatre, cing, six, etc., » en frappant chague fois dans sa main le nombre indiqué, et les coups se suivent avec la méme précision et la jeune fille, alarmée, n’ose plus continuer. Alors Mme Fox s’écria : « Comptez dix, » et aussitét dix coups se firent entendre; elle ajoute : « Voudriez-vous me dire Page de ma fille Catherine? » et les coups frappent précisément le nombre d’années qu’avait la jeune fille. Mme Fox demande ensuite si cest un étre humain qui frappe de la sorte : pas de réponse. Alors elle dit : « Si vous étes un esprit, je vous prie de frapper deux coups, » et deux coups se font entendre de suite; elle ajoute : « Si vous étes un esprit auquel on a fait du mal, je vous prie de me répondre de la méme facon, » et deux coups se font entendre encore. Telle fut la premiére conversation.

Peu de temps aprés, Pétre invisible fit savoir qu’il était Pame @un homme nommé Charles Rayn, colporteur, tué dans cette maison, plusieurs années auparavant, par un locataire qui avait voulu s’emparer de son argent. — On fit venir des voisines, qui se promettaient bien de rire aux dépens de la famille Fox; mais les coups répondirent de la méme maniére aux questions adressées, sans qu’on put rien découvrir. La nouvelle de ces faits étranges s’étant répandue au loin, on accourut a Hyderville par centaines d’individus : avocats, juges, médecins, savants, prétres méme, qui scruterent tout sans rien pouvoir non plus découvrir. — L’agent invisible, consulté sur une-foule de détails, répondit toujours avec exactitude. On engagea la famille Fox 4 quitter Hyderville et 4 aller s’établir a Rochester, ville importante, pour y donner des séances publiques, afin de prouver aux incroyants l’existence des esprits : ce qu’elle

fit, ‘et des milliers de personnes purent se mettre

au courant de ces phénoménes.

Bientét les bruits changent de nature : ce sont

comme des coups sourds de marteau sur les

meubles, des bruits de maillet, des décharges élec-

triques qu’on entend jusgu’é deux mille de dis-

tance, et qui semblent tout ébranler; puis on entend des bruits de scie ou derabot, le clapotement des vagues de la mer et des éclats de tonnerre ; puis ce sont des airs de marche militaire, des sons de cloches, de violons, de pianos et divers instruments, au gré des membres de la famille Fox.

IYautres fois sur la demande des assistants, des meubles de toute dimension se déplacent, ou au contraire adhérent au sol sans pouvoir étre remueés ; dautres dansent sur un pied, maleré le poids ae plusieurs personnes qwils entrainent avec eux, des hommes sont subitement transportés @une chambre a l’autre, ou bien enlevés dans Yair et y demeurent quelque temps suspendus; des bougies s’allument et s’éteignent d’ellesmemes ; des appartements s’illuminent et rentrent

» soudain dans Pobscurité sans aucune cause appa-

rente.

Les révérends ministres protestants voyant tout cela, ne tardérent pas 4 signifier a la famille Fox de renoncer a des pratiques qu’ils jugeaient condamnables ; et comme elle refusait de se soumettre, elle fut frappée d’excommunication. Les

-censures n’ayant produit aucun effet, les ministres

du Saint Evangile suppléerent 4 leur insuffisance en ameutant contre les excommuniés la populace de Rochester. Ces derniers offrirent alors de faire publiquement la preuve de la vérité des faits. — Une commission fut nommée pour examiner laffaire, et ala grande surprise du public, les commissaires enquéteurs, maleré leurs idées préconeues, furent obligés d’avouer qu’ils n’avaient pu découvrir aucune fraude. — Une seconde et une troisiome commission, aprés une expertise des plus minutiecuses, finirent par avouer qu’aucun

-doute n’était possible sur la réalité des faits; et ce

qui avait d’abord scandalisé les protestants et

provoqué les foudres de leurs ministres devint

pientdt de mode aux Etats-Unis, et les réverends ministres eux-mémes s’en firent les ardents propagateurs.

Le spiritisme fit alors de grands progrés : on

-inventa de nouveaux signes et de nouvelles ma-

niéres de procéder; on convint d’un alphabet, etc. Mais on voulut aller plus loin encore : on pria les

mystérieux agents de se rendre visibles et tan-

gibles, et d’abord des mains, sans corps, furent vues, senties, et elles apposcrent des signatures

de personnes trépassées sur des papiers dont nul

ne s’était approché ; puis des fantémes apparurent,

et on put les voir, les toucher et s’entretenir avec Ps

eux.

Bient6t d’autres intermédiaires que les demoiselles Fox et leur mére se révélérent, et ceux-ci en indiquérent d’autres. On appela ces intermédiaires médiums. Ces mediums sont quelquefois des

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personnes vivantes, quelquefois des tables qui ne se contentent pas de frapper, mais qui écrivent avec des crayons attachés a leurs pieds. Il y a les médiums rappings (grattant) qui grattent ou frappent légérement ; les médiwms knockings (frappant) qui frappent des coups dont le nombre désigne les lettres de Valphabet ; les médiums movings (mouvant) qui, sous linfluence de l’esprit, tombent dans un état comme automatique et répondent aux questions verbales ou mentales par des mouvements spasmodiques de la téte, du corps, des doigts, avec tant de volubilité qu’il est difficile de les suivre ; les médiwms writings (écrivant) qui, armés d’une plume ou d’un crayon, servent Winstruments passifs aux esprits, pour dessiner ou écrire ce qu’ils veulent faire paraitre ;

enfin les mediums speakings (parlant) qui sont.

de vraies pythonisses, et @une voix autre que la leur, éveillés ou endormis, prononcent les paroles mises en leur bouche, et quelquefois entiérement opposées a leurs opinions religieuses ou politiques. Ceux qui ont voulu résister sont tombés dans de violentes convulsions.

Les esprits prétendent ordinairement étre les parents ou les amis de ceux qui les interrogent, ou des personnages qui ont joué un grand réle dans le monde, ou quelques réformateurs, ou méme des saints reconnus par l’Heglise catholique; et ces esprits semblent fournir des preuves surprenantes de leur identité par Vécriture, la signature, le style, les révélations de secrets et donnent des conseils pour la santé, les dangers qui menacent, et prophétisent l’avenir ; quelquefois aussi ils avouent étre des damnés ou des démons.

En 1853, on comptait déja en Amérique cing cent mille spirites, qui communiquaient avec les esprits. Des hommes tres graves, des magistrats, des ministres mémes y donnérent leur adhésion ; et des journaux disposant dune grande publicité se donnérent tout entiers a la propagation de la révélation nouvelle. Enfin quatorze mille citoyens vinrent soumettre la question au jugement de la représentation nationale. Cette piéce curieuse qwon peut lire en son entier dans Le Spiritisme de l’abbée Poussin (p. 4135-139) relate tout ce que nous avons dit au sujet du remuement des corps pesants contre toutes les lois de la nature, des jlluminations soudaines dans des chambres, ou il est constaté qu'il n’y a aucun agent chimique ou électrique capable de les produire, des sons de divers instruments et des bruits de toutes sortes, violents et éclatants, ou doux et harmonieux, sans que rien d’humain ou de naturel en puisse étre cause suivant les principes reconnus de l’acoustique, et des opérations enti¢érement anormales sur les membres, les corps, les esprits ou les objets matériels. Tous les signataires certifient avoir vu, examiné, scruté tous ces phénoménes, et demandent que la représentation nationale fasse une engquéte séricuse et scientifique ou en

ordonne une, afin d’arriver a en connaitre la.

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cause, sur laquelle on se divise en deux opinions principales : lune attribuant le tout aux esprits, et l'autre a des principes naturels qu’on arrivera sans doute a découvrir. Cette adresse, quoiqu’elle ne fut suivie d’aucun effet, eut un tres grand retentissement.

Le spiritisme d’Amérique ne tarda pas a faire invasion en Hurope. Wa 1853, un négociant allemand établia New-York recut d’une de ses sceurs demeurant 4 Bréme une lettre contenant une foule de plaisanteries sur les esprits d’Amérique. Il répondit qu’il n’y avait rien de plus vrai et meme de plus sérieux. Alors la dame de Bréme voulut faire elle-méme quelques expériences, qui reussirent assez bien, et furent renouvelées dans quelgues salons. Comme les savants attribuaient le mouvement des tables a l’électricité, on faisait ce qu’on appela la chaine, c’est-a-dire qu’on posait la main sur la table sans l’appuyer, et les petits doigts des expérimentateurs devaient seuls se toucher. On opérait de méme pour les chapeaux, les paniers, les fauteuils, les saladiers, etc. On donnait 4 objet le temps de s’imprégner de fluide, et aprés un temps plus ou moins long, au grand ébahissement des assistants Vobjet frémissait, puis se mettait 4 tourner lentement d’abord, trés vite ensuite, et s’arrétait dés qu’on retirait la main. Comme rien ne semblait encore indiquer la un agent spirituel, les physiciens crurent y reconnaitre une sorte d’électricité inconnue encore, mais qui pourrait rendre de tres grands services, et on ne se fit pas scrupule de multiplier les expériences dans toute l’Allemagne d’abord, en Au- ‘triche, en Prusse, puis en Belgique, en Hollande, ensuite en Angleterre et enfin en France.

Pour les tables, quelqu’un se chargeait dordonner le mouvement, la direction, la marche, la vitesse, et le meuble obéissait exactement. Au mot plus vite la table bondissait de maniére a faire rompre la chaine; au mot halte / elle s’arrétait comme efit fait un chien bien dressé, marchait sur un pied, deux pieds, s’inclinait et saluait, selon qu’on le lui ordonnait, et quelquefois si bas qu’on croyait devoir la soutenir pour Vempécher de tomber ; il n’était méme pas besoin de la toucher, mais seulement de tenir les mains étendues au-dessus d’elle. Le merveilleux s’accentua bien vite, car elle répondait exactement aux questions posées, méme a celles dont on ne savait pas soi-méme la solution, par exemple, combien on avait dans sa poche, combien tel objet avait cotité, combien de temps durerait la pluie : elle le faisait en frappant ou en écrivant; et d’autres choses prodigieuses dans le genre de celles dont nous avons parlé vinrent s’y ajouter de tous les cétes.

Ainsi le 142 mai 1884, dans une séance chez Slade, en plein jour,-un crayon écrit sur un papier placé entre les plis d’une table a charniéres fermée et scellée. Puis pendant que celui-ci a les deux mains sur la table, une main froide, ne tenant visiblement 4 rien, s’avance a deux

reprises contre la poitrine du docteur Gibier.

Quelques minutes aprés M. Gibier se sent saisir le poignet par cette main froide qui lui promene les doigts sur la partie antérieure ‘de l’avant-bras. Alors saisissant les mains de Slade, il peut en constater la température normale. I] regarde sous la table et n’y voit rien, et cependant un petit crayon, dont il n’apergoit pas le mouvement, écrit sur une ardoise, laquelle ondule légérement comme sous la pression de Vécrivain invisible et on entend un grincement; et la main invisible s’en va pincer les spectateurs. Un vase de farine ayant été placé sous la table, cette main, sur Vinvitation de Slade, y trempe d’abord les doigts, dont ’empreinte se marque sur les habits des personnes touchées, et la farine du vase porte la trace de cing doigts avec les détails les plus délicats de leur structure et jusqu’aux plis de la peau. Le son d’une clochette invisible se proméne a travers la chambre; un harmonica isolé de tout contact humain joue les airs les plus suaves et les plus mélodieux. — I] nous serait facile de multiplier presque 4 Vinfini des citations de ce genre, et nous en reparlerons dans l’appréciation critique et théologique.

Toujours est-il que les personnes chrétiennes n’osérent bientdt plus se préter & ces expériences dans lesquelles elles craignaient de compromettre leur conscience, et ’engouement des tables tournantes ne tarda pas a disparaitre. Mais les séances privées ou publiques de spiritisme continuérent toujours dans un certain monde, et le merveilleux en était toujours aussi grand.

C’est surtout en Allemagne que s’exer¢a le spiritisme. « Quelque incroyable, écrit Fechner, que les faits spirites semblent étre de prime abord, ce serait cependant,a mon avis, refuser de croire 4 quoique ce soit, et renoncer a la possibilite de constater des faits quelconques par l’observation, et par conséquent renoncer 4 toute science expé-

rimentale, que de ne point se rendre ala force des .

nombreux témoignages quijconstatent la réalité des

faits spirites. Dans d’autres matieres on accepte les ~

expériences qui ont réussi, et on rejette celles qui n’ont pas réussi parce qu’elles n’ont pas réussi; les adversaires du spiritisme font tout le contraire : ils tirent leurs conclusions des faits qui n’ont pas réussi, et rejettent ceux qui ont réussi, par la raison qwils ont réussi. Ce n’est pas la sympathie pour le spiritisme qui m’a inspiré ce que je viens @écrire pour la défense de la vérité de ses phénomenes, je veux simplement rendre justice a-la chose et aux personnes. Qu’on veuille éliminer le spiritisme, je ne m’y oppose pas, mais c’est trop de vouloir le faire au prix de la vérité. »

Sans doute plus d’une fois les médiums n’ont pas réussi, et alors plus dune fois aussi ils ont taché dy suppléer par des manipulations artificielles pour ne pas perdre leur renommée, et

ceux qui s’en sont apercu ont pu dire: « Le spiri-

tisme n’est que charlatanisme, » mais ceux-la sont restés trés peu nombreux, et ne pourront jamais

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Se WANE DU CLERGE 6” Pitas Ak oa i anh

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prouver leur dire. — Le 441 février 1869, une commission de médecins anglais s’est formée pour étudier spécialement cet ordre de choses que plusieurs mettaient en doute : la plupart Ventre eux étaient incrédules 4 ce sujet; toutes les précautions possibles ont été prises par eux, et dans leur rapport il est dit qwils ont été plus de cinquante fois témoins des spectacles les plus étranges. Aussi des médecins et des savants les plus distingués tels que MM. Coquerel, Gasparin, Figuier, etc., aprés les recherches les plus consciencieuses, déclarent aussi quwil faut nécessairement admettre les faits, et les théologiens les plus remarquables s’en déclarent aussi convaincus que les Saints Péres l’étaient de leur temps. Comment alors admettre qu’une épidémie de fiévre hallucinatrice se propageant simultanément dans toutes les parties du monde, ait saisi tant de personnes de tout état et de toute classe et méme des savants de premier ordre, sans quils s’en doutent, et leur ait fait affirmer indubitablement des phénoménes qui n’ont jamais existé? Impossible donc de nier les faits. Reste maintenant 4 les expliquer.

(A suivre).

QUESTIONS de science ecclésiastique

CONSULTATIONS DIVERSES

Q. — Que) deyrait-on faire dans les circonstances suivantes ?

le Un futur aborde le prétre de semaine a la sacristie et lui demande un billet de confession, moyennant jinance ; refus pour tout le reste.

20 Un futur demande la méme chose au confessionnal, mais sans vouloir faire la confession la plus rudimentaire.

Nous ne sommes pas tous du méme avis relativement 4 la conduite 4 tenir dans ces deux cas.

R. — AdI. Il est évident que le prétre ne peut pas lui donner de billet de confession, et cela pour trois raisons. La premiére, parce que ce serait un mensonge, le futur ne s’étant point confessé, et n’ayant méme rien fait extériceurement qui ressemble 4 une confession ou puisse y faire croire. Or, tous savent qu’il n’est jamais permis de mentir.

La seconde, parce que ce serait un scandale qui serait de nature a confirmer le futur 1° dans le mépris qu’il a déja pour la confession, en lui montrant que les prétres eux-mémes n’en tiennent pas grand compte, et 20dans le mépris des prétres qu’il aurait alors une raison plausible de regarder comme des hommes d’argent; et a donner plus de crédit 4 ce triste préjugé propagé par la malignité des francs-macons et des impies qu’avec de l’argent on peut étre dispensé de toutes les obligations, et par conséquent que les lois ecclésiastiques n’ont aucune importance en elles-mémes.

La troisiéme, parce qu'un billet de confession

n’est pas chose vénale qui peut entrer dans le commerce et s’estimer 4 prix d’argent. On pourrait méme dire quil y aurait la wne sorte de simonie : « Acciperetur enim pretium temporale ut quid sguivalens pro materid de se annex® rei Spirituali. »

Il serait done en droit de répondre comme saint Pierre a Simon le Magicien : Pecunia tua tecum sit in perditionem. Pour nous, nous lui conseillerions simplemeat de répondre: « Vous m/’offririez un monceau dor gros comme une maison que je ne vous donnerais pas dans ce cas le billet que vous me demandez; ma conscience me le défend: les billets de confession se donnent 4 ceux qui se sont confessés, et ne se vendent jamais; les prétres ne sont ni des hommes @’argent, ni des trompeurs, je ne puis donc attester ni de vive voix ni par écrit que vous avez fait ce que vous n’avez point fait du tout. »

Ad Il. Il n’est pas étonnant que les prétres ne solent pas parfaitement d’accord sur la conduite a tenir danas ce cas, puisque les théologiens euxmémes ne le sont pas. Cependant, 49 il est certain @abord que le prétre qui alors refuserait le billet de confession ne pourrait pas étre blamé, puisqu’il n’y a eu aucune confession ; il n’y a done rien qui tombe sous le secret sacramentel. 20 Il est certain aussi que le billet de confession ne doit pas attester absolution donnée ou refusée, mais seulement ce qui parait 4 l’extérieur. 3° I] est certain enfin quil y a bien peu de personnes, surtout lorsqu’elles sont entrées au confessionnal, dont un prétre habile et bienveillant, par de douces sollicitations et par des questions amicales, ne puisse tirer au moins un commencement de confession dont il pourra se servir pour les rapprocher un peu de la religion, leur donner quelques avis salutaires et méme obtenir d’eux quelques promesses, et alors il pourra ef méme devra leur donner un billet de confession, et son travail n’aura pas été complétement inutile. — Mais enfin supposons un futur dont on ne puisse pas tirer le plus petit aveu. Pour notre part nous croyons encore, dés lors gu’il est entré au confessionnal et qu’extérieurement il a paru se confesser, qu’on pourrait lui donner un billet attestant qu'il s’est présenté au tribunal sacré, en l’avertissant qu’on ne peut le libeller autrement. Et méme sile prétre écrivait: Audivi N. in sacro tribunal, que pourrait-on lui reprocher? Il n’y a pas mensonge, et n’est-il pas bon que tout ce qui se passe au confessionnal reste absolument . secret?

Et si ce futur aprés s’étre mis a genoux, au lieu de lui dire : « Je ne veux pas me confesser, » lui disait : « Mon Pére, ou Monsieur, je ne me reconnais point de péché, » et répondait ensuite non a toutes les questions, serait-il en droit de lui refuser le billet qu’il lui demande? Faut-il done forcer celui qui veut ce billet a cette hypocrisie et a ces mensonges? Enfin si le confesseur s’obstine a lui refuser ce billet, ne s’expose-t-il pas a le pousser par la indirectement 4 ne contracter qu’un ma-

riage civil? Nous croyons donc, surtout 4 notre époque, que le confesseur, quand bien méme il

pourrait rigoureusement refuser le billet de con- - fession, fera bien mieux d’agir comme nous avons

dit. ;

Q — Sommes-nous obligés de croire de foi divine qwil y a sept dons du Saint-Esprit, et non pas seulement six?

N’y aurait-il pas du moins témérité a le nier?

Ne pourrait-on pas supposer que les Septante, qui déja ont traduit le méme mot hébreu par evoeéera dans le verset 2, et par go6oc dans le verset 3, avaient sous les yeux un autre texte que celui qui est regu aujourdhui ?

R. — Les vérités qui sont a croire de foi divine sont de deux espéces : celles qui sont définies par acte authentique du magistére supréme, et celles qui, non définies de cette maniére, sont cependant universellement enseignées ou admises dans VEglise catholique. Les unes et les autres sont dites de foi divine catholique, parce que l’autorité de l’Eglise catholique oblige 4 les croire.

Nous n’avons pas & nous occuper ici de celles qui seraient de foi divine simplement, c’est-a-dire qui, bien que révélées, ne seraient pas proposées par l’Eglise 4 la foi de tous.

Nous ne connaissons pas de définition affirmant que les dons du Saint-Esprit sont au nombre de sept. Mais c’est une vérité qui fait partie de celles qui sont universellement enseignées dans |’Kglise: tous les auteurs catholiques depuis les Péres jusqu’aux théologiens de nos jours parlent des sept dons du Saint-Hsprit comme d’une chose absolument certaine. Et, ce qui est plus convaincant encore, l’Kglise, dans sa Liturgie, ou les désigne comme étant au nombre de sept, ou les énumére

-au nombre de sept.

Cet enseignement universel et ces textes liturgiques ont leur valeur compleéte, indépendamment de linterprétation a donner du passage d’Isaie auquel se rattache cette croyance universelle de lEglise. Et puisque Venseignement ordinaire de THglise est une régle de notre croyance, les exégétes ont a en tenir compte dans leurs interprétations.

Nous concluons qu’on ne pourrait sans témérité et méme sans aller de quelque maniére contre la foi divine catholique, nier qu’il y ait sept dons du Saint-Esprit.

Quant a rendre raison de la traduction des Septante, nous en laissons le soin aux exégétes.

Q. — Puis-je lire la traduction de la Bible de Segond? C’est un protestant. Je crois qu’une nouvelle décision de l'Index punit le lecteur des bibles protestantes, mais a quelles conditions ?

R. — la lecture des traductions de la Bible faites par les hérétiques est permise iis, qui studiis theologicis vel biblicis dant operam, mais a la condition que ces éditions n’attaquent nos dogmes ni dans les préfaces ni dans les notes. Une autorisation spéciale devrait étre demandée,

LVAMI DU CLERGE ? mse

si ’on voulait utiliser les éditions suspectes ou erronées rentrant dans cette- catégorie..

Voila les principes généraux : 2 vous d’en faire Vapplication 4 votre cas particulier.

Q. — Un curé desservant, valide, a le pouvoir de biner dans sa paroisse tous les dimanches. Un dimanche, jour de la féte patronale de sa paroisse, il invite a chanter la grand’messe, c’est-a-dire la deuxiéme messe & laquelle la paroisse a droit, un prétre, aumdnier dun couyent de religieuses, situé dans le canton et dans le diocése méme, mais ne dépendant point de la juridiction de l’évéque du diocése. Le dit couvent est sous la juridiction directe du pape.

Le curé desservant demande done a son doyen la permission du binage pour cet aumdnier, afin que celui-ci, aprés avoir dit une messe a son couvent de religieuses, puisse en dire une seconde a la paroisse du curé desservant précité déja.

R. — La permission de biner ‘est accordée & la paroisse, et non a@ tel prétre en particulier, pour les cas ot il n’est pas moralement possible d’avoir un prétre libre qui veuille dire la premiére ou la seconde messe.

Il suit de la que le curé qui ne peut ou ne veut pas biner, peut demander 4 n’importe quel prétre déja chargé d’une messe de célébrer l’une ou Vautre des deux messes 4 laquelle la paroisse a droit. Dans le cas, il n’y a, en effet, qu’une messe de binage, et il importe peu qu’elle soit dite par Pierre ou Paul.

Telle est d’ailleurs la pratique que nous voyons suivie autour de nous et que nous croyons légitime.

Y a-t-il des statuts diocésains plus sévéres et interdisant aux bineurs de se faire remplacer sans permission? Nous l’ignorons.

Q. — L’Ami du Clergé semble dire qu’on’ peut remettre aux éléves n’importe quel livre classique condamné, pouryu qu'il ait été minutiensement expurgé. Est-ce que le Pape n’a pas accordé cette permission uniquement pour les livres condamnés a cause de leur immoralité? Les ouvrages, mis a l’Index pour cause

dirréligion ou in odium auctoris, v. g. le Siécle de

Louis XIV, bénéficient-ils de cette ‘tolérance ?

R. — Nous n’admettrions pas qu’on puisse mettre aux mains des éléves n’importe quel livre condamné « pour cause dirréligion, » en vertu de la permission donnée par l’article 10. C’est a Varticle 3 et 4 l’article 4 qwil faut s’en référer pour la solution. Ge dernier article « supprime, par le fait, sauf dans les cas spéciaux qui seront fixés par un décret correspondant, la prohibition faite autrefois in odium auctorum. » (Prins, L’Index, p. 72). Les livres classiques, non immoraux, mais pernicieux au point de vue de la foi, dés qu’ils sont expurgés de leurs erreurs, rentrent dans la catégorie des ouvrages qu'il est permis de lire en vertu de ces articles 3 et 4. C’est en ce sens qu'il fallait entendre le passage visé par votre remarque.

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