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L’AMI DU CLERGE et les livres

1° Consultations

Q. — Si, comme vous l’avez dit souvent, les données qui servent de base a la solution des questions sociales appartiennent 4 la théologie morale, ne pourrait-on pas trouver un traité de théologie ol ces questions soient étudiées ?

R. — Les principales le sont dans un ouvrage qui vient de paraitre : De Jure et Justitia, de M. le chanoine Pottier, de Liege !. Les autres viendront a leur place, nous l’espérons, dans des ouvrages subséquents du méme auteur. Nous ne pouvons aujourd’hui signaler que le premier volume paru.

Le nom de Vauteur, bien connu de tous ceux qui s’occupent de la question sociale, ses luttes, ses travaux, ses créations pour l’amélioration de la condition des ouvriers, les contradictions qu'il a rencontrées, l’appui que lui a toujours prété son évéque, Mgr Doutreloux, que ses discours et ses écrits mettent au premier rang de ceux gui poursuivent application des enseignements de Léon XIII, enfin Ja nature des questions traitées dans le volume, le signaleront a Vattention générale, aussi bien et plus peut-étre 4 celle des adversaires de ’éminent professeur qu’a celle de ses amis.

Aprés lecture attentive de l’ouvrage, nous ne croyons pouvoir mieux formuler notre pensée qu’en empruntant a l’approbation épiscopale mise en téte du volume, les termes mémes dans lesquels les censeurs chargés de l’examiner ont formulé leur jugement. Ils ont déclaré « ne s’y rien trouver qui ne cadre parfaitement avec la doctrine du Saint-Siége et des princes de l’Kcole, ou qui, dans les questions librement controversées entre théologiens, ne puisse étre librement soutenu; bien plus, y étre mis en éclatante lumiére plusieurs sentiments gui, depuis les enseignements donnés par le Souverain Pontife Léon XIII, semblent devoir étre dits communs parmi les docteurs et méme les économistes chrétiens. »

Les questions traitées par M. le chanoine Pottier sont anciennes, mais il les a mises en rapport avec les circonstances présentes ; elles sont géncrales, mais il a étendu les conséquences et les applications aux conditions actuelles. +

Sans négliger les autres guides, De Lugo, Lessius, Vasquez, Molina, etc., il a surtout emprunté gon enseignement 4 saint Thomas, le prince des théologiens, et 4 Léon XIII, le docteur donné a l’Eglise pour porter la lumiére dans le chaos des

4 Du Jure ET Justitia. — Disseriationes de notione generali Juris et Justitice et de Justitia legalt, auctore A. Pottier, in Philosophia ac sacra Theologia Doctore, ‘professore Theologiw moralis in seminario Leodiensi, canonico Ecclesiz cathedralis Leodiensis. — Un vol. in-8° de 256 pp. — Liége, Ancion, rue des Prémontrés, 380. — Prix : 5 francs.

Cette livraison est la suite du no 4 de PAMI DU CLERGE du 42 avril 1900

opinions actuelles et déposer dans cette masse informe les germes de la vie.

Trois dissertations se partagent le volume. La premiére a pour objet le droit : sa notion et ses divisions; la seconde, la justice : notion et divisions ; la troisiéme, qui est la plus développée, la justice légale ow sociale, considérée d@abord en elle-méme, ensuite dans ses applications, conformément a l’Encyclique Rerum novarum.

Les notions générales du droit et de la justice, ainsi que leurs grandes divisions, sont assez connues des théologiens pour que nous n’ayons pas 4 les leur signaler. Ce qui les intéressera, ce sera de

rencontrer fréquemment les données théologiques

appuyées ou éclairées de quelque extrait de l’Encyclique Rerum novarum. Bien qu’ayant étudié assez a fond ce document pontifical, nous n’avions pas remarqué qu’il fait si riche de notions utiles pour Venseignement du professeur. Ainsi sur le sens attribué maintenant a droit naturel (p. 18),

il n’y a pas moins de huit citations tirées de ’En-

cyclique. Examinant (pp. 20 et suiv.) en quel sens saint Thomas dit que la division des propriétés n’est pas de droit naturel, et plus loin (pp. 29 et suiv.) en quel sens il en met l’origine dans le droit des gens, M. le chanoine Pottier appuie de citations de ’Encyclique son interprétation et les conclusions qui en découlent.

Dans la définition du domaine, il fait remarquer avec raison que dans la restriction mise au droit de disposer de sa chose par la loi, il faut entendre non seulement la loi civile positive, mais encore toutes les autres lois, méme les lois divines con-

cernant les vertus autres que la justice, par

exemple la loi de Vauméne (p. 50).

Traitant de l’injustice et expliquant l’axiome « Scienti et volenti non fit injuria », il ajoute aux exemples ordinairement cités celui de l’ouvrier qui « pressé par la nécessité, ou poussé par la crainte de pire, accepte des conditions trop dures, qu’il lui faut accepter, méme contre son gré, parce qu’elles lui sont imposées par son maitre ou par celui qui loue son travail. » C’est encore Léon XIII qui déclare que c’est contraire a la justice. Si nous notons ce détail, en laissant beaucoup d’autres de cété, c'est quwil aura son application dans la question des gréves.

Nous n’ayons relevé, des deux premieres dissertations, que ces deux points plus intéressants. Nous allons donner une analyse complete de la troisiéme, non gu’elle soit plus importante, mais parce que c’est la que se trouve la solution de plusieurs des grandes questions sociales du moment, des plus fondamentales.

A.— La justice légale ou sociale considérée en elle-méme.

I. — La justice légale ou sociale est la vertu spéciale par laquelle les actes des membres de la société sont ordonnés au bien commun (p. 97).

Le bien commun de la société consiste formellement dans la vertu. .

Pour la pratique de la vertu, il faut une somme

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suffisante de biens temporels, biens de ]’ame et du corps. Cette suffisance 4 sa vie, Vhomme doit pouvoir la trouver dans la société (p. 103).

II. — L’objet formel de la justice sociale est le rapport des actes des membres de la société au bien commun (p. 409).

Ill. — Le sujet en qui réside la justice sociale est principalement le pouvoir qui gouverne la société, seconduirement les membres de la société (p. 144).

IV. — Le champ auquel s’étend la justice légale ou sociale, c’est d’abord toute société parfaite : lEglise, ot son exercice est réglé par le droit canon, et la nation, ou il lest parle droit civil. Mais il n’y a pas de justice légale ou sociale propre a la société domestique, ni aux associations particuliéres (p. 147).

Ce champ s’étend aussi, pour la société civile, aux rapports internationaux, parce qu'il est impossible, dans les conditions actuelles du monde, de procurer le bien commun dans une nation particuliére sans se mettre d’accord avec les autres nations. L’auteur cite a ce sujet deux Lettres de Léon XIII: ’une 4 M. Decurtins, Vautre a l’empereur Guillaume II (p. 420).

Dans un article spécial (p. 125), il réfute une interprétation fausse donnée 4 un passage de |’Encyclique Rerum novarum, savoir, qu’on n’aurait a réclamer la justice sociale que d’un gouvernement qui serait, de fait, un gouvernement parfait: comme un tel gouvernement n’existera jamais, il faudrait renoncer 4 voir jamais régner la justice sociale.

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