SCENE XL Les Mêmes, DAVID
Fritz, tout joyeux. — Il était temps : encore dix minutes et je t'envoyais chercher par les gendarmes.
Frédéric. — Nous t'attendons depuis une demiheure.
H ï/ÀMî FRITZ.
David, sy approchant de la table en souriant. — Dans tous les cas, ce n'est pas au milieu des gémissements de Babylone.
Fritz.— Il ne manquerait plus que cela ! Allons, prends une chaise, assieds- toi. Quel dommage que tu ne puisses pas goûter de ce pâté ! il est délicieux.
Frédéric. — Oui, mais c'est défendu par la loi de Moïse. L,es bonnes choses sont pour nous autres.
David. — Et les indigestiotis aussi ! Combien de fois ton père, Jean Frédéric, ne m'a-t-il pas répété la même chose ; c'est une plaisanterie de famille, qui passe de père en fils, comme la gourmandise. Tout cela n'empêche pas que si ton père avait moins aimé la bonne chère, il serait encore dispos et solide comme moi, au lieu de dormir sur la colline. . . Mais, vous autres épicuriens, vous ne voulez rien entendre, et tantôt l'un, tantôt l'autre se fait prendre comme les rats dans les ratières, par amour du lard.
Fritz. — Voyez-vous ce vieux rebbe, qui prétend avoir peur des indigestions, comme si ce n'était pas autre chose qui lui défende d'en manger !
David. — Tais toi!... (Catherine et Lisbeth entrent, portant le café, le sucre et les tasses sur de grands plateaux.)
Fritz, tout joyeux. — Catherine, prépare le café ! Apporte le kirsch, le rhum, le quetche, le cognac, tout ce qu'il y a de meilleur et de plus vieux dans la maison ; nous ne serons jamais aussi jeune qu'aujourd'hui, il faut nous réjouir. . . Ah ! ah ! ah ! ça va bien ! . . .
Catherine, souria?it. — Oui, monsieur, ça commence. (A Lisbeth.) Mettez le plateau sur la table, L,isbeth, moi je vais chercher les liqueurs. {Elle se dirige vers la porte de la cuisine.)