‹ L'ami Fritz (volume 2)Chapitre 20 sur 89 · ACTE I, SCÈNE XII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XII

m' amener une femme qui bouleverserait tout de fond en comble, et qui se dépêcherait de renvoyer ma vieille Catherine! Franchement, ça n'a pas le sens commun. (A Hanezô et à Frédéric.} Est-ce vrai ?

Haxezô. — Parbleu !

Frédéric, levant les épaules. — Si c'est vrai ! . . .

David. — Tu crois donc, Kobus, que tout ira toujours de même jusqu'à la fin ?

Fritz. — Pourquoi pas?

David. — Dé trompe- toi, mon garçon, l'âge arrivera; dans quatre ou cinq ans tu auras des cheveux gris ; et d'après le train que tu mènes, je prévois que ton orteil t'avertira bientôt que la plaisanterie a duré trop longtemps. Alors tu voudras bien avoir une femme, tu me diras : tl E.ebb^, cherche moi une femme, cours. . . n'en vois-tu pas une qui me convienne ? Mais il sera trop tard'

Fritz. — J'aurai Catherine.

David. —Ta vieille Catherine a fait son temps, comme moi. Tu seras forcé de prendre une autre servante, qu te grugera, qui te volera, Kobus, pendant que tu seras en train de soupirer dans ton fauteuil, avec la goutte au pied.

Fritz, tf un air rêveur y lançant de grosses bouffées de i umée. — Bah ! si la chose arrive, alors comme alors, il sera temps d'aviser. En attendant, je suis heureux, parfaitement heureux. Si je prenais maintenant une femme, et je me suppose de la chance, je suppose que ma femme soit excellente, bonne ménagère et tout ce qui s'ensuit ; eh bien, David, il ne me faudrait pas moins la mener promener de temps en temps, la conaui.c au bal du maire, du sous-préfet ; il faudrait chan-

ger mes habitudes, je ne pourrais plus aller dans ma bonne grosse capote, le feutre sur l'oreille ou sur la nuque; il faudrait mettre un habit, me coiffer d'un tuyau de poêle, fréquenter le casino, renoncer à la brasserie, à la pipe : ce serait l'abomination de la désolation prédite par les prophètes, je tremble rien que d'y penj ser ! . . . {Se levant et s' approchant de David.) Tu vois que je raisonne mes petites affaires aussi bien qu'un vieux rebbe qui parle à la synagogue. Avant tout, tâchons d'être heureux, c'est le but de la vie. (77 va se rasseoir.}

Hankzô, gravement. — Voilà ce qui s'appelle parler. (77 boit.)

Frédéric. — Oui, c'est tout à fait ce que je pense !. . . {A David.) Qu'est-ce que tu peux répondre à ça, vieux? Je serais curieux de le savoir.... Tu n'es pas ici comme dans ta synagogue, où tu parle tout seul, sans que personne puisse te répondre. . . . {Avec ironie.) Allons . . . voyons .... prêche un peu .... prêche ....

David, se levant avec indignation. — Eh bien ! oui, je vais prêcher, puisque vous me poussez à bout ; il y a trop longtemps que cela dure ; je vais vous réduire en poudre.

Tous, excepté Joseph, avec de grands cris de joie. — Oh î oh ! David ! . . . oh ! oh !.. . oh ! oh ! . . .

David, avec exaltation. — Oui, en poudre ! . . Et d'abord, si vos pères et mères n'avaient pensé qu'à boire, à manger, à s'amuser, à vivre heureux comme vous dites, au lieu de travailler du matin au soir pour vous élever, vous faire instruire et vous enrichir, est-ce que vous pourriez vous goberger du fruit de leur travail ? Non, vous seriez de pauvres diables traînant la semelle.

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