‹ L'ami Fritz (volume 2)Chapitre 21 sur 89 · ACTE I, SCÈNE XIL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XIL

Est-ce que le bon sens, la raison, la reconnaissance, la justice, je ne parle pas de la religion, puisque vous êtes des épicuriens ; est-ce que tout cela ne vous ordonne pas de faire pour les autres ce qu'on a fait pour vous?

Fritz, l'interrompant, d un air embarrassé. — David... parlons d'autre chose ! . . .

David, frappant sur la table avec colère. — Et s'il ne me plaît pas, à moi, de parler d'autre chose ! Si je veux vous dire une fois vos vérités. . . Car vous n'êtes pas seulement de mauvais fils, vous êtes aussi de mauvais citoyens ! . . .

Tocs.— Ah !... David!. . .

David. — La patrie est quelque chose de plus sérieux que le bon vin et la bonne chère, c'est le patrimoine de la race à laquelle on appartient, le fruit du travail, des luttes, des souffrancee, des misères de tous les ancêtres depuis des siècles ! Ceux qui profitent de ce patrimoine sans penser à le défendre, sont des cito3^ens détestables ! . . . Vous devriez pourtant le savoir aussi bien que moi, puisque vous avez été au collège et qu'on vous a enseigné l'histoire. Voyez, voyez la malheureuse race juive, chassée, traquée, proscrite durant deux mille ans, elle est plus puissante aujourd'hui que du temps de Salomon ; tous les potentats de l'univers comptent avec elle.... L'avenir appartient aux races fortes; celles qui mettent les plaisirs de la vie avant les devoirs de la famille seront conquises et s'éteindront dans la servitude. C'est l'histoire de toutes les nations disparues depuis le commencement du monde ; ah ! ce serait bientôt la nôtre, si tous les Français vous ressemblaient. (Se tournant vers Frédéric '.) J'ai fini de prêcher. (Il se rassied.)

Hanezô, tout rêveur. — Il raisonne bien tout de même, ce vieux rebbe, il parle comme nos anciens.

Frédéric. — Oui, il a de drôles d'idées, on croirait qu'il pense ce qu'il dit.

Fritz, se tournant vers Joseph. — Et toi, Joseph, que peuses-tu de cela?

Joseph. — Moi, Fritz, je pense que le rebbe a raison ; il parle comme un brave homme.

Fritz. — Alors pourquoi ne te maries-tu pas?

Joskph. — Eh! je suis marié depuis longtemps! (Mouvement d êtonnementï) Malheureusement ma femme n'aimait pas le violon, elle est partie un beau matin avec le trombonne. (Gra?ids éclats de rire. Ils se lèvent tous, excepté David, et descendent sur le devant de la scène}}

Fritz, sy approchant de David. — Ah ! David, tu n'avais pas parlé de cela. ... Ce n'est pas bien ! . . . Décidément, je m'en tiens à mon idée ; je suis garçon et je resterai garçon.

David, dun air de dépit. — Toi?

Fritz. —Oui moi Fritz Kobus.

David, avec ironie. — Tu en es bien sûr, n'est-ce pas?

Fritz, montrant le bouquet sur la table. — Aussi sûr que ce joli bouquet m'a été apporté par Sûzel.

David. — Vraiment !. . . (Il se levé.) Eh bien, écoute ! Je n'ai jamais fait le prophète . . . C'était pourtant mon

droit, en qualité de juif Mais aujourd'hui, je veux

te prédire quelque chose.

Fritz, étonné. — Quoi donc, rebbe?

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