ACTE II, SCÈNE III
t'ennuirait bien vite.... {Elle secoue la tête sans rien dire.) Je ne suis pas toujours de bonne humeur, va. Tiens, la premier jour, quand ce gueux de coq m'a réveillé le matin, si je l'avais tenu, je lui aurais tordu le cou ! Ce n'était pourtant pas sa faute, n'est-ce pas? c'est dans sa nature de chanter, mais il m'empêchait de me rendormir ! Eh bien, vois un peu ce que c'est que l'habitude, à présent je ne l'entends même plus, je dors aussi bien et mieux qu'à Clairefontaine.
Suzki,. — Mais, monsieur Kobus, c'est qu'il ne chante plus.
Fritz. — Comment ! tu l'as tué, Sûzel ! Un si beau coq !
Suzkl. — Oh ! non ! Il chantait le matin, comme tous les coqs, quand le petit jour se glisse dans la lucarne du poulailler. . . J'ai bouché la lucarne avec du foin. . . Vous comprenez, il croit toujours qu'il fait encore nuit Je ne lui ouvre que quand vous êtes levé.
Fritz, se levant — Ah ! ah ! ah ! la bonne farce ! C'est lui qui doit être étonné qnand il voit le soleil ! Ah ! ah ! ah ! pendant que le coq guette le jour, moi je dors comme un bienheureux .... (// rit,)
SuzEL. — Justement, monsieur Kobus; ça me fait penser que je ne lui ai pas encore ouvert.
Fritz. — Eh bien ! va lui ouvrir, Sûzel ; dépêche-toi-
SuzEiy. — Oui, monsieur Kobus, et je lèverai les œufs en même temps. Est ce que vous voulez manger des œufs frais, ce matin, à votre déjeuner?
Fritz. — Je veux bien, Sûzel; oui, j'aime beaucoup les œufs frais, c'est une nourriture saine et délicate.
SuzEiy. — Nous avons aussi des radis bien tendres,
avec du beurre tout frais que je battrai tout à l'heure si vous voulez.
Fritz. — Volontiers, Sûzel, volontiers.
Suzki.. — Et puis des cerises.
Fritz. — Des cerises ! Est-ce qu'elles sont déjà mûres ?
SuzEiv, montra7it le cerisier à droite, — Oui !. . . Regardez là, sur le petit cerisier.
Fritz. — Mais elles sont encore toutes blanches.
SuzKi.. — Oh ! ça n'y fait rien, elles sont bonnes tout de même, allez ! Ces cerises-là, voyez-vous, monsieur Kobus, ne deviennent jamais rouges. C'est une espèce rare. L,e père a planté cet arbre le jour de ma naissance Vous savez, c'est l'habitude dans notre
religion .
Fritz. — Oui, une bonne habitude. Eh bien, si tu veux en cueillir, Sûzel, nous allons voir.
SuzBiy. — J'y vais tout de suite, monsieur Kobus. {Elle sort toute joyeuse par la porte du jardin.}
Fritz. — Cette petite m'étonne, elle devine tout ce qui peut me faire plaisir. ... Ce matin, en écoutant les rossignols, je me disais : Je mangerais bien des œufs à la coque, avec des radis et du beurre frais battu. Et voilà qu'elle a la même idée; sans parler des cerises, que tous les Kobus aiment de père en fils . . . C'est une enfant remplie de bon sens. {Sûzel paraît au haut de V échelle y de Vautre côté du mur, son tablier relevé en poche.}
Suzei*. — Est-ce que vous voulez les goûter, monsieur Kobus ?
Fritz. — Volontiers, Sûzel ; jette-m'en quelques-unes.