‹ L'ami Fritz (volume 2)Chapitre 5 sur 89 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

FRITZ, seul.

Commençons par ouvrir les fenêtres ; il faut de Pair quand on dîne, autrement le vin vous monte à la tête. (77 ouvre une fenêtre et regarde. ) Quel beau temps ! L,e printemps s'annonce bien. . . Les parties de plaisir vont recommencer ; on va tirer le vieux char à bancs du hangar, graisser les roues, mettre de la paille fraîche dedans, et clic-clac, en route pour les fêtes des environs. . . Ah ! ah ! ah ! nous allons encore une fois nous en donner ! {Il ouvre V autre fenêtre^) Hé ! les hirondelles sont revenues. . . comme elles montent et plongent dans l'air avec de petits cris joyeux !. . . Et là-bas, sur la côte, au-dessus de ma ferme des Mésanges, les bouleaux sont déjà couverts de feuilles. . . Je suis sûr que les violettes poussent le long des haies. . . C'est le père Christel, la mère Ursule et leur petite Sûzel, qui doivent travailler par un temps pareil, pour retourner et ensemencer le

jardin ! Braves gens ! Il faudra que j'aille voir tout

ça un de ces jours. {S' asseyant à droite.) Ah ! ah ! ah ! quelle bonne chose d'être garçon, d'avoir de vieux amis, une bonne cave, de bonnes rentes solidement établies sur première hypothèque, un bon estomac, et de braves fermiers qui travaillent toute l'année avec un courage extraordinaire pour vous apporter votre argent à la Saint-Sylvestre ! Voilà ce que tu dois à ta prudence, Fritz, à ta sagesse .... Si tu avais écouté le vieux rebbe David, si tu t'étais marié, tu serais mainte-

î2 I/AMI FRITZ.

nant en train de te faire des cheveux gris comm* tant d'autres. (Se levant et s" approchant de la table.) Ah ! voyons si la table est bien mise. . . Oui, rien ne manque ! (Montrant les places .) L,e grand Frédéric. ... le percepteur ... Joseph de ce côté... David de l'autre... et moi, ici {Il s'assied.') Oui, c'est bien comme cela : quand la porte de la cuisine s'ouvrira, je verrai tout devance ; je saurai ce qu'on va servir; je pourrai faire signe à Catherine d'approcher ou d'attendre... C'est très bien... Maintenant, le vin ! (Il se lève, s'approche du panier et tire une bouteille.) Nous commencerons par ce vieux bordeaux, que mon père Fritz, mon grand-père Antoine et mon grand-grand-père Martin Kobus aimaient tant ! (77 essuie le fond de la bouteille et la pose sur la table ; sa figure prend une expression mélancolique.) C'est triste tout de même, de penser que de si braves gens, des hommes si prudents, qui avaient, avec tant de prévoyance, mis ces bons vins de côté, ne puissent plus en boire un verre et se réjouir. . . Oui, c'est comme cela. . .

il faut que je les remplace en tout et pour tout

Enfin, le même accident nous arrivera tôt ou tard, et voilà pourquoi nous devons profiter des bonnes choses pendant que nous y sommes. (Le rabbin David Sichel parait à droite, son parapluie en cotonnade à la main> et s'arrête sur le seuil à regarder Fritz.)

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