‹ L'ami Fritz (volume 2)Chapitre 6 sur 89 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

David. —Je te trouverai donc toujours au milieu des bouteilles, Kobus, toujours ?

Fritz. — Que veux-tu? c'est ma fête, il faut bien se réjouir un peu.... N'est-ce pas ton ancêtre vSalomon qui a dit : "Vanité des vanités, tout est vanité ?" L/at-il dit, oui ou non, rebbe ?

David.— Il l'a dit.

Fritz, — Eh bien, puisque tout est vanité ici-bas, le plus sage est de ne rien faire, pour n'avoir rien à se reprocher, et de vivre gaiement en attendant le reste.

David, indigne. — Halte, Kobus, halte !. . . Tes plaisanteries sur ce chapitre ne peuvent aller ! Je ne souffrirai pas que tu invoques le témoignage de Salomon pour excuser ta paresse et ta gourmandise . * c'est trop fort

Fritz, riant aux éclats. — Ah ! ah ! ah ! rebbe, je t'aime, tu es le meilleur homme que je connaisse. . . . Enfin. . . enfin. . . laissons cela. . . Tiens, voilà ta place, les autres vont arriver.

David. — Non, merci, je neveux pas m'asseoir, je n'ai pas le temps ; je venais te dire que je ne pourrai arriver que pour le café.

Fritz. — Pourquoi cela ?

David, embarrassé. — J'ai une affaire.

Fritz. — Quelle affaire?... Je suis sûr qu'il s'agit encore d'un mariage.

David. — Eh bien, oui !. . . Il faut que tu me prêtes cinquante louis ....

Fritz. — Cinquante louis !. . . oh ! oh !. . . D'un seul coup, rebbe?

î4 Ï/AMI FRITZ. '

David. — D'un seul coup.

Fritz. — C'est pour toi ?

David. — C'est pour moi si tu veux, car je m'engage seul à te rembourser la somme ; mais c'est pour rendre service à quelqu'un.

Fritz. — A qui, David ?

David. — Tu connais le père Moïse, le colporteur, eli bien ! sa fille est demandée en mariage par le fils Salomon, de Saint-Dié ; deux braves enfants ! . . . . Seulement, tu comprends, il faut une petite dot, et le père Moïse est venu me trouver ....

Fritz, r interrompant. — Tu seras donc toujours le même ! Non content de tes propres dettes, il faut que tu te mettes sur le dos celles des autres ! L,e plaisir de faire des mariages te tourne la tête.

David. — Mais, Kobus!... Kobus!... si tu voyais ces chers enfants ! . . . Comment leur refuser le bonheur de la vie !. .. Et d'ailleurs le père Moïse est solide, il me remboursera dans un an ou deux au plus tard.

Fritz. — Tu le veux, soit ; mais écoute, tu payeras des intérêts, cette fois, cinq pour cent ! Je veux bien te prêter sans intérêt, mais aux autres ....

David, réjoui. — Eh ! mon Dieu ! qui te dit le contraire ? Pourvu que ces pauvres enfants soient heureux ! L,e père me rendra les cinq pour cent.

Fritz, lui mettant la petite table à droite devant le fauteuil. — Tiens, assieds-toi là. . . . Voici du papier. . . . je vais chercher l'argent. . . . Fais le billet à cinq pour cent, bien en règle.... Et souviens-toi que si tu n'es pas content de mes plaisanteries, je puis te mener loin avec ce morceau de papier. {Il sort par la gauche.

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