SCÈNE PREMIÈRE
CATHERINE, HANEZO, FRÉDÉRIC.
Hanezô. — Ainsi, Catherine, tu as bien compris, n'est-ce pas ?
Catherine. — Oui, monsieur Hanezô.
Hanezô. — Aussitôt que Kobus sera réveillé, tu lui diras que nous sommes venus, Frédéric et moi, pour l'inviter à la fête de Beau-Castel ; une fête superbe, avec des jeux, des danses et des réjouissances comme du temps passé.
Frédéric. — Une fête où Ton mange des écrevisses grosses comme le poing. {Il montre son poing.}
Hanezô. — Depuis dix ans, nous avons l'habitude d'aller ensemble à cette fête. Kobus ne peux pas refuser. Ça ferait une peine terrible à Joseph, qui dirige tous les ans T orchestre à Beau-Castel. N'oublie pas de lui dire tout cela, Catherine, c'est indispensable.
Catherine. — So\^ez tranquille, monsieur Hanezô, je n'oublierai rien ; aussitôt que M. Kobus sera levé, je ferai votre commission.... mais j'ai bien peur qu'il refuse.
Frédéric, tout surpris. — Qu'il refuse.
Catherine . — Oui .
Hanezô, — Et pourquoi ?
Catherine. — Voyez-vous, depuis son voyage avec vous pour la perception, M. Kobus n'est plus le même. Avant c'était un homme gai, toujours riant et content; maintenant il est triste. J'ai beau lui faire tous les plats qu'il aime, rien ne lui paraît bon. ... il trouve à redire sur tout ! Il ne mange plus.
Frédéric — Oh !
Catherine. — La nuit je l'entends qui se promène en parlant tout seul dans sa chambre.... Enfin, il s'ennuie. Tenez, hier, il a fait venir le tonnelier Gâchotte, pour mettre en bouteille du vin qu'il conservait en tonne depuis la mort de monsieur son père ; il m'avait dit bien des fois : ( ' Ce vin-là vaudra mon plus vieux bordeaux." Eh bien, vers deux heures, Gâchotte est parti furieux ; la pièce reste en vidange. Il paraît que M. Kobus lui versait de la cire chaude sur les doigts. . . Gâchotte croyait qu'il le faisait exprès. Je suis sûre du contraire, mais ça prouve que M. Kobus ne faisait pas attention à son vieux vin. Il pensait à autre chose ! {Elle s'arrête et les regarde Vun après P autre.)
Hanezô. — A quoi pouvait-il bien penser?
Catherine. — Eh ! . . . je ne sais pas ....
Frédéric. — A rien du tout ! C'est toujours comme cela, quand on ne pense à rien.
Catherine. — Je crois aussi qu'il est un peu malade.. Vous avez bien sûr trop riboté pendant votre voyage !
Hanezô, se redressant — Catherine ! Je ne ribote jamais dans mes tournées de perception, rappelle-toi ça! Je pense à l'argent du gouvernement d'abord; mes plaisirs de viennent qu'après.