SCENE III
Fritz, seul, se levant. — Quelle bête, que ce Frédéric !... Aller raconter à ma servante ce qui s'est passé pendant notre voyage. . . Quelle bête ! . . {Il hausse les épaules. Sile?ice. D'ïine voix basse \ en regarda?it autour de lui avec inquiétude.) Certainement, je mets de l'eau dans mon vin ; si je n'en mettais pas, tout le pays saurait bientôt tout ce qui se passe là ! {Il pose un doigt sur son cœur). Je serais couvert de ridicule !. . (Silence. — Il s' assied à droite.) Pauvre Kobus. . . C'était bien la peine d'arranger ta vie avec tant de sagesse et de prévoyance .... Une simple fille des champs a dérangé tout cela !.. (// s'arrête. Silence) Et pourtant j'ai fait ce qu'il fallait pour couper le mal dans sa racine ; je suis parti sans la revoir. . . elle qui m'avait si bien traité à la ferme ! Je pensais : les distractions du voyage dissiperont cette folie ; et voilà qu'en voulant fuir l'ennemi de mon repos, je l'emportais dans mon cœur ! (Silence.) Ah ! ce voyage, je m'en souviendrai longtemps.... Partout j'ai rencontré le spectacle de l'amour!.. (Il s' arrête). A Franges, c'était une noce ; les gens, bras dessus, bras dessous, s'en allaient à l'église, la clarinette en tête ; ils sautaient, ils se balançaient, on aurait dit qu'ils étaient tous assez riches ! Au Mesnil, c'était un baptême. En tête le parrain et la marraine, avec de gros bouquets ! A Etivald, deux vieux, tout blancs, célébraient leur cinquantaine ; ils dansaient gravement sur la place du village, et les gens réunis autour d'eux poussaient des cris de joie qui montaient jusqu'au ciel !. . L'amour. . . toujours l'amour !. . (Il s' arrête un instant^ les bras croisés, comme émerveillé lui-même de ce qu' il raconte . Se remettant à marcher.)