ACTE ÎII, SCÈNE V
Fritz. — Mais ce n'est pas une raison, cela !. . Alors, pour ne pas faire de peine à ton père et à ta mère, tu vas te rendre malheureuse toute ta vie .... Tu vas épouser un homme que tu n'aimes pas. . , . Car tu viens de me dire que tu ne l'aimais pas.
Suzel. — Comment voulez-vous que je l'aime? Je ne l'ai vu qu'une fois !. .
Fritz. — Eh bien, il faut dire non ! Il faut. . . . Tu ne peux pas te laisser enchaîner sans te défendre ! . . C'est trop fort. ... C'est
Suzel, éclatant. — Oh ! monsieur Kobus, si vous vouliez parler à mon père ... Si vous vouliez lui dire. . . Il vous écouterait, vous . . , Je n'aurais jamais osé venir vous parler. . . la honte m'aurait retenue. . . Mais puisque j'ai le bonheur de vous rencontrer. . . . j'ose vous le dire. . . Oui, monsieur Kobus, je suis malheureuse ; depuis huit jours je passe mes nuits à pleurer. . . . Oh ! que vous seriez bon de dire un mot à mon père. ... Je resterai toujours avec lui. ... Je serai la servante de la maison. . . . Je ne me marierai jamais. . . . jamais ! Je le servirai jusqu'à la fin ! . . Je n'ai plus d'espoir qu'en vous, monsieur Kobus. .. . Vous avez toujours été si bon pour moi !. . Voyez-vous, si on me force d'épouser ce garçon . . eh bien, je sens que le bon Dieu m'abandonnera. ... et que je me laisserai mourir . . . . {Tombant aux genoux de Fritz, les mains jointes.) Ah ! monsieur Kobus .... ayez pitié de moi ! . .
Fritz, vivement. — Sûzel, tu en aimes un autre !. .
Suzel, se relevant épouvantée. — Non !
Fritz — Tu en aimes un autre ! . .
Suzel, avec effarement. — Non. . . .
Fritz. — Dis-moi son nom. ... Je veux le savoir. . . . Il faut que j 'aie quelque chose à dire à ton père ! . . {Elle baisse la tête) Dis-moi le nom de celui que tu aimes . . et tu l'auras .... Je t'en donne ma parole d'honneur ! . . J'irai trouver ton père. ... Je lui dirai : — Vous ne pouvez pas sacrifier votre enfant à votre intérêt .... Sûzel en aime un autre ! . . (S' approchant de Suzel. Tout bas.) Allons, dis !. . (Elle lève la tête comme potir parler.) Dis !.. (77 lui prend la main.) .
SuzKiv, baissant la tête. — Non, monsieur. ... j'aime mieux mourir que vous dire cela.
Voix dk Catherine, à la cantonade. — Sûzel ! . . Sûzel!..
SuzEiv, toute effarée. — Mon Dieu... mademoiselle Catherine ! . .
Catherine, à la cantonade. — Sûzel. . où donc es-tu?
Fritz, ouvrant la porte dit jardin. — Tiens. . . . passe par le jardin. ... je lui dirai que tu es sortie. . . . que tu l'as attendue. . . . {Sûzel sort. Fritz refetme vivement la porte. Au même instant, Catherine paraît à gauche.)