‹ L'ami FritzChapitre 7 sur 17 · Le Frany.iip · texte numérisé non relu

Le Frany.iip

d'une graisse jaunâtre, — les joues entourées de grosses rides en demi-cercle ; son nez était camard, ses yeux très-bruns, et sa bouche ornée de petites rides en étoile, comme un trou.

Elle portait un bandeau sur le front, selon la loi de Moïse, pour cacher ses cheveux, afin de ne pas séduire les étrangers. Du reste elle avait bon cœur, et le vieux David se faisait un plaisir de la proclamer le modèle accompli de son sexe.

Fritz mit un groschen dans la sébile du Frniitzoze; il avait allumé sa pipe, et fumait à grosses bouffées pour traverser le cloaque. En face du petit escalier, dont chaque marche est creusée comme la pierre d'une gargouille, il fit halle, se pencha de côté dans une petite fenêtre ronde, à ras de terre, et vit le rabbin au fond d'une grande chambre enfumée, assis devant une table de vieux chêne, les deux coudes sur un gros bouquin à tranche rouge, et son front ridé entre ses mains.

La figure du vieux David, dans cette attitude réfléchie, et sous cette lumière grise, ne manquait pas d'un grand caractère; il yavaitdans l'ensemble de ses traits quoique chose de l'esprit rêveur et contemplatif du dromadaire, ce qui se retrouve du reste chez toutes les races orientales.

« 11 lit le Talmud, » se dit Fritz.

Puis, descendant deux marches, il ouvrit la porte en s'ccriant :

« Tu es donc toujours enfoncé dans la loi et les prophètes, vieux, posché-isroel?

— Ah! c'est toi, schaude! fit le vieux rabbin, dont la figure prit aussitôt une expression de joie intérieure, en même temps que d'ironie fine, quoique pleine de bonhomie ; lu n'as donc pu te passer de moi plus longtemps, lu l'ennuyais et lu es content de me voir?

— Oui, c'est toujours avec un nouveau plaisir que je te revois, fit Kobus en riant; c'est un grand plaisir pour moi, de me trouver en lace d'un véritable croyant, d'un petit-fils du vertucu.v Jacob, qui dépouilla son frère...

— Halte! s'écria le rebbe, halte! tes plaisaiileries sur ce chapitre ne peuvent aller. Tu es un épicaures sans foi ni loi. J'aimerais mieux soutenir une discussion en règle contre deux cents prêtres, cinquante évêques elle pape lui-même, que contre loi. Du moins, ces gens sont forcés d'admettre les textes, de reconnaître qu'Abraham, Jacob, David et tous les prophètes, étaient d'honnêtes gens ; mais toi, maudit schaude, tu nies tout, tu rejettes tout, tu déclares que tous nos patriarches étaient des gueux ; lu es pire que la peste, on ne peul

rien t'opposer î et c'est pourquoi, Kobus, je t'en prie, laissons cela. C'csl très-mauvais de ta part de m'attaquer sur des choses oîi j'aurais en quelque sorte honte de me défendre ; envoie-moi plutôt le curé.»

Alors Fritz partit d'un immense éclat de rire, et, s'étant assis, il s'écria :

« Rebbe, je t'aime ! tu es le meilleur homme et le plus réjouissant que je connaisse. Puisque lu as honte de défendre Abraham, parlons d'autre chose.

— Il n'a pas besoin d'èlre défendu, s'écria David, i'I se défend assez lui-même.

— Oui, il serait difficile de lui faire du mal maintenant, dit Frilz; enfin, enfin, laissons C(,'la. Mais dis donc, David, je m'invite à prendre un verre de kirsclienwasser chez toi; je sais que tu en as de très-bon. »

Cette proposition dérida tout à fait le vieux rabbin, qui n'aimait réellement pas discuter avec Kobus de choses religieuses. Il se leva souriant, ouviMt la porte de la cuisine, et dit à la bonne vieille Souiié, qui pétrissait justement la pâte d'un

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