‹ L'ami Fritz (volume 2)Chapitre 23 sur 34 · ————— RES · texte numérisé non relu

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heure en demi-heure, le roulement d’une charrette & le reflet des torches sur les vitres m’avertissaient qu’il passait encore des morts.

Enfin , au petit jour, tous ces bruits cessèrent, & je m’endormis profondément.

C’est le lendemain qu’ilaurait fallu voir le village, lorsque chacun voulut reconnaître ce qui lui restait & ce qui lui manquait, & qu'on s’aperçut qu’un grand nombre de Républicains, de uhlans & de hussards avaient passé par derrière dansles maisons, & qu’ils avaient tout vidé! C’est alors que Pindignation fut universelle, & que je compris combien le mauser avait eu raison de dire : « Maintenant les jours

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de calme & de paix se sont envolés par ces trous! » ,

Toutes les portes & les fenêtres étaient ouvertes pour voir le dégât, toute la rue était encombrée de meubles, de voitures, de bétail, & de gens qui criaient : « Ah!

les gueux.. Ah! les brigands. îls ont tout pris! »

L’un cherchait ses canards, l'autre ses poules ; l’autre, en regardant sous son lit, trouvait une vieille paire de savates à la place de ses bottes; l’autre, en regardant dans sa cheminée, où pendaient la veille au matin des andouilles & des bandes de lard, la voyait vide, & entrait dans une fureur terrible; les femmes se désolaient en levant les mains au ciel, & les filles semblaient consternées.

Et le beurre, & les œufs, & le tabac, & les pommes de terre, & jusqu’au linge, tout avait été pillé; plus on regardait, plus il vous manquait de choses.

La plus grande colère des gens se tour-

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nait contre les uhlans ; car, après le passage, du général, n’ayant plus rien à craindre des plaintes qu’on pourrait faire, ils - s'étaient précipités dansles maisons, comme ‘une bande de loups affamés, & Dieu sait ce qu’il avait fallu leur donner pour les décider à partir, sans compter ce qu’ils avaient pris.

C’est pourtant bien malheureux que la vieille Allemagne ait des soldats plus à craindre pour elle que les Français. Le Seigneur nous préserve d’avoir encore besoin de leur secours !

Nous autres enfants, Hans Aden, Frantz Sépel, Nickel, Johann & moi, nous allions de porte en porte, regardant les tuiles cassées, les volets brisés, les hangars défoncés, & ramassant les guenilles, les papiers de cartouches, les balles aplaties le long des murs.

Ces trouvailles nous réjouissaient tellement, que pas un n’eut l’idée de rentrer avant la nuit close.

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Vers deux heures, nous fimes la rencontre de Zaphéri Schmouck, le fils du vannier, qui redressait sa tête rousse & semblait plus fier que d’habitude. Il tenait quelque chose caché sous sa blouse; & comme nous lui demandions : « Qu’est-ce que tu as? » il nous fit voir la crosse d’un grand pistolet de uhlan.

Alors toute la bande le suivit.

Il marchait au milieu de nous comme un général, & à chaque nouvelle rencontre, nous disions : « Il a un pistolet! » Le nouveau venu se joignait à la troupe.

Nous n’aurions pas quitté Schmouck pour un empire ; il nous semblait que la gloire de son pistolet rejaillissait sur nous.

Voilà bien les enfants, & voilà bien les hommes ! |

Chacun de nous se vantait des dangers qu’il avait courus pendant la grande bataille :

« J’ai entendu stffler les balles, disait

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