L TR PS
242 Madame Thérèse
A ns =
« Hé! te voilà, dit-elle, je voudrais bien savoir où tu passes tes journées ? toujours ” dehors, toujours avec ton Hans Aden, OÙ ton Frantz Sépel. nn
— Ïl a pris des moineaux, dit Mdame Thérèse.
— Des moineaux! si j'en voyais seulement une fois un, s’écria la vieille servante. Depuis trois ans, tous les hivers il court après les moineaux. Une fois, par hasard, il a pris én automne un vieux geai déplumé, qui n’avait plus la force de voler, & depuis ce temps il croit que tous les oiseaux du ciel sont à lui. »
Lisbeth riait. Elle se remit à son rouet, devant l’alcove, & dit en trempant son doigt dans le mouilloir :
« Maintenant tout est prêt; quand monsieur le doéteur viendra, je n'aurai plus qu’à mettre la nappe. Qu'est-ce que je racontais donc tout à l’heure?
— Vous parliez de vos conscrits, mademoiselle Lisbeth.
EEE
Madame Thérèse 243
— Ah! oui. depuis le commencement de cette maudite guerre, tous Jes garçons du village sont partis : le grand Ludwig, le fils du forgeron, le petit Christel, Hans Goerner et bien d’autres; ils sont partis, les uns à pied, les autres à cheval, en chantant : « Faterland ! Faterland! » avec leurs camarades, qui les conduisaient au Kirschtäl, à l'auberge du père Fritz, sur la route de Kaiserslautern. Ils chantaient bien, mais ça ne les empéchait pas de pleurer comme des malheureux en regardant le clocher d’Anstatt. Le petit Christel, à chaque pas, embrassait Ludwig en disant : « Quand reverrons-nous Anstatt? »
L’autre”répondait : « Ah bah! il ne faut pas penser à ça; le seigneur Dieu, là-haut, nous sauvera de ces Républicains que fe ciel confonde! » Ils sanglotaient ensemble, & le vieux sergent, venu tout exprès, répétait toujours : « En avant!.:. Courage!
Nous sommes des hommes! » Il avait le nez rouge, à force de trinquer avec nos