‹ L'ami Fritz (volume 2)Chapitre 28 sur 34 · Madame Thérèse · texte numérisé non relu

Madame Thérèse

conscrits.. Le grand Hans Goerner, qui devait se marier avet Rosa Mutz, la fille du garde champêtre, criait : « Encore un coup... encore un coup. C’est peut-être le dernier plat de choucroute que nous voyons devant nos yeux!»

— Pauvre garçon! fit madame Thérèse.

— Oui, reprit Lisbeth, et ça ne serait encore rien, si les filles pouvaient se marier; mais quand les garçons partent, les filles restent plantées là, à rêver du matin au soir, à se consumer & à s’ennuyer.

Elles ne peuvent pourtant pas prendre des vieux de soixante ans, des veufs, ou bien des bossus, des boiteux ou des bor- "gnes. Ah! madame Thérèse, ce n’est pas pour vous faire des reproches, mais sans votre Révolution, nous serions bien tranquilles, nous ne penserions qu’à louer le Seigneur de ses grâces. C’est terrible une République pareille, qui dérange tout le monde de ses habitudes ! »

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Tout en écoutant cette histoire, je sentais une bonne odeur de veau farci remplir la chambre, & je finis par me lever avec Scipio, pour aller jeter un coup d’œil à la cuisine. : nous avions une bonne soupe aux oignons, une poitrine de veau farcie & des pommes de terre frites. La chasse m’avait tellement ouvert appétit, qu’il me semblait que j’aurais tout avalé d’une bouchée.

Scipio n’était pas dans de moins heu-' reuses dispositions; la patte au bord de l’âtre, il regardait du nez à travers les marmites, car le nez du chien, comme le dit monsieur de Buffon, est une seconde vue fort délicate.

Après avoir bien nr , je me mis à faire des vœux pour le retour de l'oncle.

« Ah Lisbeth! m’écriai-je en rentrant, si tu savais comme j'ai faim !

— Tant mieux, tant mieux, me répondit la vieille en jacassant toujours, l'appétit est une bonne chose. »

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