‹ L'ami Fritz (volume 2)Chapitre 30 sur 34 · LA · texte numérisé non relu

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agitation règne encore là-bas; des convois de blessés partent sans cesse pour Mayence; Phôpital de la ville est encombré de malades, & les bourgeois sont forcés de recevoir des blessés chez eux, en attendant qu’il soit possible de les évacuer. »

On pense avec quelle attention madame Thérèse écoutait ce récit.

« Je vois... je vois. disait-elle triste- .

ment, la main appuyée contre la tempe, . nous avons manqué d’ensemble.

— Justement, vous avez manqué d’ensemble, voilà ce que tout le monde dit à Kaiserslautern ; mais cela n’empéche pas que l’on reconnaisse le courage & même Paudace extraordinaire de vos Républicains. Quand ils criaient : « Landau ou la mort! » au milieu du roulement de la fusillade & du grondement des canons, toute la ville les entendait, il y avait de quoi vous faire frémir. Maintenant ils sont en retraite, mais Brunswick n’a pas osé les poursuivre. » |

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Il y eut un instant de silence, & madame Thérèse demanda :

« Et comment savez-vous que notre bataillon n’a pas donné, monsieur le docteur?

— Ah! cest par le commandant républicain; il m’a dit-que le premier bataillon de la deuxième brigade avait éprouvé de grandes pertes dans un village de la montagne quelques jours auparavant, en poussant une reconnaissance du côté de Landau, & que, pour cette raison, on Pavait mis à la réserve. C’est alors que j'ai vu qu’il savait exactement les choses.

— Comment s’appelle ce commandant?

— Pierre Ronsart; c’est un homine grand, brun, les cheveux noirs.

— Ah! je le connais bien, je le connais, dit madame Thérèse, il était capitaine dans notre bataillon l’année dernière; com- . meht, ce pauvre Ronsart est prisonnier?

Est-ce que sa blessure est dangereuse?

— Non, Feuerbach m’a dit qu’il en re-

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viendra; mais il faudra quelque temps, »

répondit l’oncle.

Puis, souriant d’un air fin, les yeux plissés :

« Oui, oui, fit-1l, yoilà ce que le commandant m’a raconté. Mais il m’a dit bien d’autres choses encore, des choses. des choses intéressantes... extraordinaires.

& dont je ne me serais jamais douté...

— Et quoi donc, monsieur le doéteur?

— Ah! cela m’a bien étonné, fit l’oncle en serrant le tabac dans sa pipe du bout de son doigt & tirant une grosse bouffée les yeux en l'air, bien étonné! & pourtant pas trop... non, pas trop... car des idées pareilles m'étaient venues quelquefois. |

— Mais quoi donc, monsieur Jacob? fit madame Thérèse d’un air surpris.

— Ah! il m’a parlé d’une certaine citoyenne Thérèse, d’une espèce de Cornélia, connue de toute l’armée de la Moselle, & que les soldats appellent tout bonnement

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la Citoyenne! Hé! hé! hé! il paraît que cette citoyenne -là ne manque pas d’un certain courage »

Et se tournant vers Lisbeth & moi :

« Figurez-vous qu’un jour, comme le :

chef de leur bataillon venait d’être tué, en essayant d’entraîner ses hommes, & qu’il fallait traverser un pont défendu par une batterie & deux régiments prussiens, & que tous les plus vieux Républicains, les plus terribles d’entre ces hommes courageux reculaient, figurez-vous que cette citoyenne Thérèse prit le drapeau, & qu’elle marcha toute seule sur le pont, en disant à son petit frère Jean de battre la charge devant elle comme devant une armée; ce qui produisit un tel effet sur les Républicains, qu’ils s’élancèrent tous à sa suite, & s’emparèrent des canons! — Comprenez-vous ça, vous autres? — C'est le commandant Ronsart qui m’a raconté la chose. »

Et comme nous regardions madame Thérèse, tout stupéfaits, moi surtout, les

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