‹ L'amiante c'est le million [microforme]Chapitre 5 sur 11 · REED · texte numérisé non relu

REED

miante.

nt de vue oser l’ateux anecje n'ai jaquelques

nduit aux la turges- Inslittéraire que à lui

Est.

seul les succès des meilleurs auteurs français du jour.

Je me trouvais à Ottawa, il y 4 près de six ans, chez, M. Aumond, le majordome de la forêt canadienne, que nous nommions entre nous, (les journalistes) “ Père Aumond” pour toutes les bontés qu’il nous témoignait. Le noble homme nous aimait vraiment du fond du cœur.

Ce jour là, je fis la connaissance de sa famille. Sans m'en douter, je receuillais des affvctions que je ne saurais jamais oùblier.

Nous causions au bureau, de choses et d’autres, pendant que les jeunes filles et les nièces du Père charmaient au salon, les jeunes gens à la mode, ies jolis sarçons du temps. De la gaité, de l’entrain, du naturel aimable, un je ne sais quoi qui fait que l'esprit s’abandonne et permet à chacun de se faire valoir, d’être content de soi, tout cela arrivait ou se produisait sans effort sous le regard et les bonnes paroles des enfants du Père Aumond.

C'était un fier homme que le Père Aumond !

Tous ceux qui l'ont connu sont prêts à l’attester. Il est mort jeune, à soixante ans passés : eût-il vécu cent ans qu’il serait toujours resté jeune. Dans les foules il attirait les regards ; on se groupait autour de lui, on sentait en lui la force, un droit naturel au commandement ; on le suivait, on le supportait par attrait, par entraînement. Il avait des sujets comme il était roi, sans le savoir. La beauté physique

éclairée de l'intelligence est partout un don merveilleux du ciel; mais au Canada, ilya

quarante ou cinquante ans, ces attributs réunis constituaient une puissance réelle.

M. Aumond savait plaire au salon comme il savait commander dans la forêt: la main qui effewillait des marguerites, sans en flétrir une seule feuille, faisait plier d’un geste les plus vaillants hommes du chantier. Hier, au bal du gouverneur ou du ministre, sa parole faisait fondre les cœurs; aujourd’hui, elle écrase des géants; son regard plein de séduction attirait, et voilà qu’on fuit devant ce même regara chargé de colère. M. Aumond était vraiment un homme!

Pour moi, je ne l'ai jamais trouvé plus homme que dans ses revers. Chez lui, il avait l'air d’un lion au repos, dans une cage dorée. Que de jolies choses, de tableaux, d'objet d’art, d'articles curieux en genres divers, on admirait dans ses appartements ? dons de reconnaissance, souvenirs d'amitié auxquels se rattachaïient des noms de choix ou de haute valeur contemporaine:

“ On me croirait riche, nous disait-il, en promenant insoucieusement son regard sur ces colifichets de luxe: eh bien ! mes amis, c’est tout le contraire ; je suis pauvre! Mes créanciers que j'ai fait riches m'ont laissé ce logis et ces bagatelles, qui n’ont de valeur que pour moi, et voilà tout !”

Mais se reprenant, aprèe un moment de réflexion, avec un mouvement de peer et de satisfaction intimes.

“ Oh! par exemple, j'ai mes filles, mes nièces etmes garçons! Allons, Jane! Dora! chanteznous quelque chose !|

uts rêu-

comme il main qui Létrir une , les plus T, au bal arole fai- Île écrase ction attine regarü vraiment

ouvé plus ui, il avait age dorée.

objet d’art, on admireconnails-

se rattaute valeur

-il, en prosur ces CO- “c'est tout créanciers

mes nièces t chantez-

La chanson complaisante montait de ce soupir ; les chants jaillissaient de ces larmes, purs, enlevants, magnifiques, comme des fusées lancées dans un ciel noir, d'autant plus belles que le temps est. plus sombre !

Les heures passaient ainsi, sans que personne songeât à les compter Hélas! le jour où M.

Aumond est mort, la porte de la maison:est restée ouverte derrière: son, cercueil, tet les oiseaux chanteurs et enchantéurs ont déserté la cage. Où sont-ils maintenant ? Que sont-ils devenus? Je l'ignore; mais je prie Dieu, du meilleur de mon âme, qu'il leur prodigue une

| abondante pâture et leur ménage de doux nids !

Au cours de cette soirée, M. Aumond nous montra un morceau d'amiante, récemment ramassé dans les environs de Hull. Sans porter à ce mineral l'intérêt que j'y ai attaché depuis,

Lil méritait toutefois une attention de curiosité

pour ses propriétés extraordinaires et.presqu'étranges.—Je fus attentif.

D'un mot à un autre, M. Aumond échappant

Là la science, aux études techniques et éconoimiques, en rapport avec l'échantillon ducaillon réfractaire, se laissa glisser dans le récit:qui isuit, comme on se laisse tomber. voluptueuse-

ment dans un fauteuil après les fatigues d’une longue marche. M. Aumond racontait fort naturellement. Sensible, de nature impressionnable, il reproduisait, de récit courant, et même d'image, juste comme il le fant, les faits qui avaieut frappé, soit son cœur soit son imag'inaion.

Je crois l'entendre encore ! c’est lui qui parle.

“# Il ya cinquante... peut-être cinquante et un ou cinquante-deux ans,--un de mes oncles, an habitant de la paroisse de L...... donnait son fricot de famille. Il s’y trouvait joliment du monde, car mon oncle était un homme à l’aise et la famille était nombreuse.—Nous étions entre le jour de l’An et le jour des Rois : 1] faisait un froid de loup

Les ferrures des carrioles criaient de souffrance sur une neige de sable: les clous éclataient dans la toiture sous le marteau du froid, le poële ronflait ou plutôt rageait comme un dogue qu'on agace. Ma mère m'avait amené à cette réunion de famille, comme étant le plus jeune de chez nous, ou bien pour montrer un échantillon de sa progéniture et narguer les autres mères, de fières rivales p'urtant, puisque toùtes étaient canadiennes d dix ou quinze enfants chacune.

—Pan! Pan! Pan!

Trois coups précipités heurtaient vigoureusement la porte d'entrée de la maison.

“ Qui ça peut-il être! dit mon oncle! en se levant un peu troublé, sachant tout son monde au complet.

Comme il se dirigeait vers la porte, un homme de haute taille, capuchon en tête, enveloppé dans son capot de peau de buffle, portant barbe et moustaches noirs tout glaçonnés, pénètre dans la pièce principale où nous étions réunis autour du poële, les uns fumant leur pipe les autres parlant affaires ou causant d’histoires du temps passé, pour lesquelles j'ouvrais de vraies oreilles de calèche.

Page 1