‹ L'Amibiase: Maladie généraleChapitre 25 sur 30 · UN CAS DE MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE · texte numérisé non relu

UN CAS DE MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE

CONSÉCUTIVE A UNE ABLATION DENTAIRE (Inédite Dr Anglade.)

(Présence dans le pus de ponction lombaire de bacilles fusiformes, de germes pyogènes divers et d’amibes de la bouche).

Le 13 novembre 1924 se présentait à la Wisite de M. le médecin-major Pinchon de lhôpital mixte de Provins le cavalier Th... du 20° Dragon, se plaignant d’un abcès dentaire au niveau d’une grosse molaire supérieure droite. Incision, avulsion.

Température : 370,5. 380 jusqu’au 17 novembre avec hémicéphalée droite croissante; à cette date, brusque ascension thermique, 390,5 puis apyrexie presque complète du 20 novembre au 23. Dans la nuit du 23 au 24 reprise de la température. Pas de Kernig, pas d’inégalité pupillaire, pas de raie deur de la nuque, pas de vomissèments, aucun trouble réflexe. Le 25 au matin, température 39,4 malade couché en chien de fusil, raideur de la nuque très accentuée, kernig intense, pupilles très dilatées, photophobie marquée.

Une ponction lombaire donne issue à quelques centimètres cubes d’un pus, très lié, qui coule goutte à goutte et très

hématique.

Je reçois ce liquide le 26 novembre au matin.

Un premier examen, après double coloration, au bleu de méthylène et au Gram, me fait constater une flore micro: bienne des plus variées; amas de staphylocoques, quelques chaînettes qui sont peut-être du streptocoque, etsurtout des amas de bacilles fusiformes de l’association fuso-spirillaire de Vincent. En outre des formations protoplasmiques que je ne m'attendais pas à trouver dans un liquide de ponction lombaire m’incitent à un examen à l’état frais du liquide purulent, qui me fait constater la présence de la variété d’amibes dite entamoeba gingivalis si fréquente dans la pyorrhée dentaire chronique,

Bactériologiquement 1il ne fait aucun doute qu'il s’agit d’une infection d’origine bucco-dentaire à localisation seconde sur l'axe cérébro-spinal, localisation favorisée par la vaste porte d’entrée déterminée par l’avulsion de la grosse molaire.

La mort a été très rapide (48 heures) et l’autopsie a révélé à l’étage antérieur de la base du crâne une énorme quantité de pus bien lié (chocolat) analogue à celui de la ponction lombaire.

Ces deux dernières observations inédites méritent d’être signalées à cause de la pénétration un peu spécigle des amibes, dans la circulation.

Dans les 2 cas qui précèdent,les Amibes ont sem: blé pénétrer dans le torrent circulatoire à la faveur d’une érosion de la muqueuse du tube digestif, dans le premier cas, c’est la muqueuse rectale qui est en cause, dans le second cas, c’est la muqueuse buccale,

he

Dans ce dernier cas c’est à l’entamæba gingivalis que nous avons affaire, et non à l’amibe dysentérique, mais il nous est cependant permis de supposer que si lentamæba gingivalis peut pénétrer par la bouche dans le sang, l’entamæba dysentariæ peut y pénétrer également.

Cette seconde observation a encoreun autreintérêt, c’est qu’elle nous permet aussi de penser que l’entamœba gingivalis paraît avoir dans certains cas un rôle pathogène.

Ces différents faits, nous conduisent à dire un mot de la pathogéme de l’Amibrase.

D’après Dopter, l’Amibiase serait une infection

parasitaire à point de départ intestinal. L’amibe spécifique commencerait par localiser son action pathogène au niveau du gros intestin, où elle a été introduite par ingestion et y détermine des lésions ulcéreuses, qui varient -d’intensité et d’étendue suivant les cas. :

Ces lésions peuvent être assez minimes pour passer cliniquement inaperçues, mais elles se traduisent le plus souvent par un syndrome dysentérique.

L’Anube peut y concentrer exclusivement son action, mais elle est susceptible d’opérer des migrations plus ou moins lointaines qu’elle effectue le plus souvent par étapes successives séparées entre elles par des intervalles de durée inégale mais généralement assez prolongées. En d’autres cas, elle passe rapidement d’une étape à l’autre revêtant un carac-

tère d’acuité anormale.

Dans tous les viscères où le parasite arrive à coloniser, il produit des lésions superposables. Nécrose, abcès nécrotique, qui sous l’influence du germe véhiculé par l’amibe évolue vers la diffluence ou la suppuration vraie.

Au point de vue de la voie d'introduction de l’amibe dans l’organisme, nous nous permettrons d’insister

sur ce fait que l’amibe semblerait pouvoir être introduite par d’autre voie que par l'intestin, la bouche pourrait être une voie d’introduction.

En effet dans nos observations, nous signalons une méningite cérébro-spinale dont le liquide céphalorachidien contenait l’entamœba gingivalis, fréquente dans la pyorrhée dentaire chronique et qui aurait été introduite dans l’organisme à la suite d’une avulsion dentaire,et comme nous le disons plus haut, si entamæba gingivalis peut pénétrer ainsi dans lorganisme, il n’y a pas de raison pour que entamœæba dysentariæ n’en fasse pas autant.

Cette observation nous montre également que les amibes peuvent se développer dans la cavité buccale et pénétrer dans l’organisme à la faveur d’une érosion de la muqueuse de la bouche. Celle-ci serait particulièrement hospitalière aux amibes et au développement des kystes par son tissus lymphoïde, ses amygdales cryptiques, les érosions dentaires produites par des caries. Elle contient également en grand nombre des spirilles, précieux auxiliaire des amibes, car ils sont des agents du processus ulcératif. On les retrouve

d’ailleurs presque toujours là où l’on rencontre des

amibes. Delavergne à particulièrement insisté sur cette association.

Nous voyons done que cette région initiale du tube digestif semble un lieu tout à fait favorable au développement et à la pénétration des amibes dans lorganisme.

Mais disons en terminant que tous les auteurs ne semblent pas d’accord à l’heure actuelle sur la pathogénie de l’Amibiase, certains comme Petezetakis et | Lavergne voient dans lAmibiase une infection sanguine, une amibhémie, l'intestin serait touché comme d’autres organes, mais il ne serait pas forcément touché le premier.

À l’appui de cette idée, Petezetakis signale des cas de cystite et de bronchite amibienne chez des sujets qui n’ont jamais été atteints de dysenterie,

Mais ajoutons que ces auteurs ne semblent pas indiquer dans leurs travaux comment peut pénétrer V'Amibe dans la circulation générale, lorsqu'il n’y a pas de localisation intestinale préalable.

D’autres auteurs comme Dopter, voient le départ de l’infection amibienne localisé surtout à l'intestin, seul endroit où pense-t-on les kystes amibiens peuvent évoluer.

Toutes les localisations amibiennes seraient précédées d’un stade de dysenterie, ce dernier étant quelquefois fugace, léger, inaperçu, mais n’en n’ayant pas moins existé.

Cet auteur laisse également supposer que dans les observations de Petezetakis, les amibes trouvées

dans les urines de malades atteints de oystite, et dans les crachats des bronchitiques, ressemblant à Entamœæba dysenteriæ ne sont pas forcément l’amibe dysentérique, certaines d’entre elles se divisant par schizogonie contrairement à l’amibe dysentérique, et 1l se base également sur ce fait que Petezetakis n’a jamais pu reproduire l'Amibiase expérimentale chez le chat à l’aide des urines amibifères.

Il est certain que la question est très difficile à résoudre, de nouvelles recherches de contrôle sont nécessaires pour arriver à la solution du problème. On est d’ailleurs encore assez mal fixé sur le pouvoir pathogène des Amibes nombreuses que l’on rencontre dans l’organisme, et il semblerait que l’amibe dysentérique n’est pas seule pathogène, Brumpt dernièrement a pu observer expérimentalement le pouvoir pathogène d’entamæba coli avec entamæba dispar donnant à penser que dans certains cas l’amibe du colon, peut devenir pathogène.

Notre observation de méningite cérébrospinale nous montre entamæba gingivalis jusque-là considérée comme saprophyte et qui semble dans ce cas avoir eu un rôle pathogène.

Par ces dernières considérations, nous n’avons pas l'intention d’apporter quelque chose de définitif, nous avons simplement voulu dans ce modeste travail ouvrir peut être la voie à des recherches nouvelles.

De l'exposé ci-dessus nous croyons done pouvoir ajouter que les manifestations de l’Amibiase sont

beaucoup plus polymorphes que ne le décrivent les

MS pr

ouvrages classiques. Autrefois considérées comme exclusivement du domaine colonial, elles sont en France d’une fréquence insoupçonnée et doivent faire l’objet des préoccupations de tous les praticiens dans les discussions des diagnostics, bien que nous soyons déjà loin de l’époque de la Grande Guerre ou des apports pathologiques étrangers étaient de nature à polariser plus aisément notre attention sur des maladies d’ordre exotique. .

Page 1