‹ L'amiral Baudin; with mapsChapitre 14 sur 32 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

COMBAT DU BRICK ce l'aBEILLE :) , CO.MMAiVDÉ PAR l' EN- SEIGNE DE VAISSEAU DE MACKAU, ET DU BRICK ANGLAIS

L^ ce ALACRITY 5) . COMBAT DU BRICK " LE RENARD « ,

COMMANDÉ PAR LE LIEUTENANT DE VAISSEAU BAUDIN, ET DU BRICK ANGLAIS LE a SWALLOW w .

La nouvelle génération commençait à faire parler d'elle. Le 26 mai 1811, un brick anglais, VAlacrily^ paradait devant Bastia; le brick français r Abeille sort du port et enlève ce navire ennemi en moins de trois quarts d'heure. Qui commandait V Abeille? Un adolescent, presque un enfant, laissé par son capitaine, que le télégraphe venait d'appeler brusquement à Paris, en possession d'un commandement qui semblait aussi bien au-dessus de son âge qu'au-dessus de son grade ' . Charles Baudin n'était

1 Rapport du combat du brick de Sa Majesté r Abeille avec le brick anglais VAlacrity,

A S. Exe, le Ministre de la marine et des colonies^ a J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence de Ten-

COMIJAT 1)1) IMUCK « L .\ lUÎ I L KK ». 60

pas d'humeur à rester en arrière (rArmnnd d(î Mackau. Le combat du Renard contre le Swallow fut la réplique à la prise de VAlacritij.

jjagcment qui a eu lieu le 26 mai 181J dans le canal {1(î la (]orse entre le brick de Sa Majesté l'.lhcillc, que je commande provisoirement, et celui deSaMajesl(î lîrit;Hmi(|ue IMter////, capitaine Palmer.

« Le 26, au soleil levé, j'aperçus un brick sous Ut cap Saint-André : je le présumai être un de ceux de (jénes. Je lui fis des sifjnaiix de reconnaissance à six milles de distance, il n'y répondit pas. Je hissai alors mon paiillon en l'assurant d'un coup de canon aux cris des braves de V Abeille, J'ordonnai le branle-bas de combat. Les vents étaient à l'est, l'ennemi venait sur moi vent arrière, élant exactement est et ouest l'un de l'autre. Je faisais ralinguer mes voiles afin de ne pas faire de chemin et d'être toujours en position de l'enfiler de l'avant à l'arrière s'il continuait sa route. Ce que j'avais prévu arriva. Il vint, et courant en dépendant, il vint prendre nos eaux. Aussitôt qu'il y fut, je gouvernai près et plein, et ayant gagné le vent à l'ennemi^ je le prolongeai à contre-bord au vent; je ralinguai derrière, et lui passant à poupe, je lui envoyai une volée à bout touchant. Je pris ensuite les mêmes amures que lui et continuai à le combattre par sa hanche de dessous le vent, à quart de portée de pistolet. Au bout de vingt minutes, Y Abeille dixaii couru de l'avant et le canonnait par son bossoir de tribord; il ralingua pour me passer à poupe, je m'c[i aperçus, et arrivant en même temps que lui, je continuai à le cunonner par tribord avec le feu le mieux nourri. Me pouvant plus tenir le travers, il arriva; je ralinguai partout, lui envoyant deux volées en poupe, et il amena son pavillon.

<t II faudrait, pour citera Votre Excellence les braves de Y Abeille, vous nommer lout l'équipage.

« C'est aux soins constants de l'enseigne de vaisseau Fortou que nous avons du notre grande activité d'artillerie.

* C'est h l'attention continue de l'enseigne Alontaulieu que je dois la primauté de mes manœuvres.

a L'aspirant de \}^ classe Pujol a rivalisé avec eux d'audace et de bravoure.

t Les maîtres m'ont été d'un grand secours.

L AMIRAL I!.\l II.V

te Dans les premiers jours de juin 1812, nous raconte l'auteur des précieux souvenirs où revit toute une marine depuis près d'un demi-siècle dis-

« VAlacritij est armé de vingt caronulcs de 32, et V Abeille de vingt caronadcs de 2'i'. L'équipage de V Alacritij était aussi nombreux que celui de V Abeille.

« VAlacrily a eu 15 hommes tués et 20 blessés.

« V Abeille 7 tués et 12 blessés, mais celte dernière a toujours combattu dans les positions les plus Favorables.

a Le commandant de V Abeille. Signé : De Mackau. » Devant Bastia, 26 mai 1811, jour du combiit. »

Il ne sera pas inutile, je pense, de compléter ce rapport, si modeste dans sa brièveté, par la relation de l'historien anglais William James.

tt Le 26 mai, au point du jour, écrit .James, le brick anglais de dix-huit canons Y Alacrity, — seize caronades de 32 et deux canf)ns de 6, — capitaine Mesbit Palmer, se trouvait en croisière devant le cap Saint-André, — île de Corse. — Il soufflait alors une jolie brise d'est. V Alacritij aperçut à six milles sous le vent un grand brick de guerre et lui donna sur-le-champ li chasse» Ce brick était V Abeille^ armé de caronades de 24 et commandé par le lieutenant de vaisseau provisoire Ange-René-Armand de Mackau. Dès qu'il eut reconnu dans le navire qui le chassait un navire de sa force, le lieutenant de Mackau hissa ses couleurs en les assurant par un coup de canon. L'J^^zY/e manœuvra habilement. V Alacrity eut à essuyer une ou deux volées d'enfilade. Le brick français s'occupa ensuite de gagner l'avantage du vent. Il y réussit et prolongea son adversaire à contre-bord; puis il laissa porter, et, rangeant de près la poupe de VAlacrity, l'enfila encore une fois. V Abeille prit alors, en serrant le vent, les mêmes amures que V Alacritij, l'engagea sous le vent et se maintint dans sa hanche. Son feu balayait ainsi le pont du brick anglais, qui pouvait à peine disposer d'une pièce pour y répondre. Le gréement de X Alacritij fut bientôt haché et le brick tomba peu à peu par le travers de V Abeille. Il put alors riposter par quelques coups aux volées qu'il n'avait cessé jusque-là de recevoir; mais V Abeille sut se soustraire rapidement à cette position

COMBAT D(I nUIGK « LK lU: Y A II l) ». 7 1

parue, j'escortais un convoi de trente-trois *7oiles destiné pour Marseille. J'étais parvenu à la hauteur des îles de Lérins, ayintété sans cesse harcelé, depuis ma sortie de Gênes, par une division composée du vaisseau V America de soixante-quatorze, de la frégale le Curaçao de quarante-quatre et du brick de vingt le SwaJlow. J'avais pour me seconder la goélette le Goéland, de six bouches à feu, commandée par un lieutenant de vaisseau, M. de Saint- Belin, émigré rentré en France depuis quelques années. Nous avions appareillé des îles de Lérins au comn)encement de la nuit avec noire convoi : la division anglaise, dont le Swallow formait l'avant-

désavantageuse : il fila de l'avant et alla se placer par le bossoir de tribord de V Alacrity. Le brick anglais, se voyant pris d'écharpe, mit toutes ses voiles sur le mât dans l'intention de passer à poupe de V Abeille, Le capitaine de Alackau déjoua cette manœuvre, en laissant arriver à son tour. Les deux bricks continuèrent de se canonner bord à bord pendant quelques minutes. Le fâcheux état dans lequel se trouvaient les voiles et le gréement de VAlacritij fit abattre ce bâtiment en travers. VAlacritij restait, de celte façon, l'arrière complètement exposé à la bordée de V Abeille. Dans cette situation, le brick anglais, ayant eu tous ses officiers tués ou obligés de quitter le pont, amena ses couleurs, trois quarts d'heure environ après le commencement de l'action.

« Nous devons rendre justice, ajoute en terminant l'historien anglais, aux officiers et à l'équipage de V Abeille, Ils firent leur devoir comme de braves gens et comme de bons marins. La preuve qu'ils élaient braves, c'est qu'ils traitèrent leurs prisonniers avec égards et humanité. »

garde, nous poursuivait. Je conçus le projet de couper ce brick du reste de sa division et de l'enlever dans Tobscurilé. J'envoyai chercher Saint- Belin et je lui donnai mes instructions. Le calme qui survint empêcha l'exécution de mon projet. Quand le jour se fit, la division ennemie était bien ralliée. Je ne m'occupai plus que de faire filer mon convoi vers Saint-Tropez : à midi, je l'avais mis en sûreté. En ce moment, la brise fraîchit du large. Le brick ennemi s'était avancé à une certaine distance de ses deux conserves; je voulus encore une fois tenter del'enlever avant qu'il pût être secouru, et je me portai à sa rencontre. Virant de bord vent devant, je lui passai à poupe, à portée de pistolet : je me trouvai ainsi au vent à lui sur l'autre bord. Si j'avais été seul, je n'aurais pas hésité à l'aborder, mais je ne voulais pas, mon devoir étant d'assurer avant tout le succès, négliger l'assistance du Goéland^ qui faisait force de voiles pour venir à mon aide. Par malheur, la barre de gouvernail du Goéland venait d'être coupée par un boulet. Pendant qu'on mettait en place la barre de rechange, j'échangeais avec le Swallow un feu très-vif. Je n'avais que deux officiers : l'un d'eux, l'enseigne de vaisseau Charton, fut blessé à mort; moi-même.

COMBAT DM HIU C K « \.K HEMARO ». 13

je reçus à l'épaule droite un biscaïen qui m'y fit une blessure très-douloureuse. La commotion fut telle dans toute la poitrine, que le sang me vint à flots à la bouche. Je continuai cependant de commander la manœuvre. J'allais donner l'abordage, sans attendre le Goéland^ lorsque le Swallow, qui était sous le vent à moi, laissa arriver tout plat vent arrière, en me présentant la poupe. Avant que je pusse le suivre, il eut le temps de virer de bord lof pour lof, et de mettre le cap sur sa frégate. Ma mâture et mon gréement étaient hachés : j'avais quarante-deux hommes sur cent huit hors de combat; il ne me restait d'autre parti à prendre que d'entrer à Saint-Tropez pour y rallier mon convoi et pour réparer mes avaries. Le Swallow, de son côté, fut rejoint par V America et par le Curaçao. Il fit ensuite route pour Malte,

ce II était à peu près trois heures de l'après-midi lorsque j'entrai à Saint-Tropez. Nos blessés furent transportés sur-le-champ à terre; je restai à bord, quoique souffrant cruellement de ma blessure. Vers le soir, la crise nerveuse devint extrêmement intense ; mes muscles se contractaient, mes dents se serraient, un engourdissement général gagnait tous mes membres. A ces symptômes, je reconnus l'ap-

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proche du tétanos, dont j'avais été déjà menacé lorsque je perdis le bras sur la Sémillante, Je me fis préparer un bain de lessive ; cette décoction alcaline eut pour effet de calmer aussitôt l'agitation nerveuse. Trois jours après j'étais debout. »

L'historien de la marine anglaise, William James, n'a pas passé cette affaire sous silence. Sa version diffère peu du récit de l'amiral Baudin ; la prétendue intervention du Goéland y joue seulement un rôle destiné à justifier la retraite du capitaine Sibly, qui paraît, du reste, avoir été un officier de cœur et de mérite. L'engagement à portée de pistolet dura, suivant James, quarante minutes. « Le Swallow, dit l'historien anglais, avait beaucoup souffert dans ses voiles, son gréement, sa mâture et sa coque. Sur un équipage de 109 hommes présents à bord, il eut 6 hommes tués et 17 blessés. La perte du Renard (ai de 14 hommes tués et de 28 blessés, y compris son brave commandant, atteint au moignon du bras que, quelques années auparavant, il avait honorablement perdu. L'armement du Renard consistait en 14 caronades de 24 et deux canons longs de 6. Le Swallow y commandé par le capitaine Reynolds Sibly, portait 16 caronades de 32 et deux canons longs de 6. w

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