‹ L'amiral Baudin; with mapsChapitre 2 sur 32 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'institltion de m. savouhé et les idées du général

boxapakte.

Charles Baudin élait né à Paris le 21 juillet 1784. Il appartenait à une famille originaire de la Lorraine, famille de magistrature et de finance, qui vint se fixer à Sedan sous le règne de Louis XIV. Le père de Charles Baudin, maire de Sedan depuis l'année 1789, fut élu en 1791 membre de l'Assemblée législative pour le déparlement des Ardennes, représenta le même déparlement à la Convention et y vota contre la mort du Roi, en motivant son vote. Le laillant marin dont nous entreprenons d'esquisser l'histoire avait commencé son éducation au collège de Sedan; il vint l'achever à Paris, où son père l'appela au mois d'avril 1794, c'est-à-dire au plus fort de la Teneur. Le 21 prairial de l'an II de la République, Charles fut mis en pension chez le citoyen Savouré, rue de la Clef, auprès de Sainte-

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Pélagie, a C'était, nous apprend le futur amiral, la seule maison d'éducation de Taneienne Université qui fût restée ouverte. Homme de conscience et de courage, M. Savouré avait maintenu chez lui l'enseignement religieux. Le nombre des élèves était de cent vingt à cent trente. Le personnel des professeurs se composait à peu près exclusivement du chef de l'institution et de ses fils; AL Savouré dirigeait lui-même les classes de troisième, de seconde et de rhétorique. Nous avions pour aumônier un excellent homme, l'abbé Puisié, dont le souvenir m'est encore cher. Je n'oublierai jamais les bontés de ce digne prêtre et ses leçons d'une morale si pure : ses façons affectueuses et dignes lui gagnaient tous les cœurs. J'étais en vacances chez mon père quand éclata le mouvement du 13 vendémiaire an II/ contre la Convention. Ce fut dans cette journée que mon père, alors président de l'Assemblée, rencontra pour la première fois le général Bonaparte et se prit pour lui d'une admiration profonde. Au mois de mars de Tannée 1796, j'eus, à mon tour, l'occasion de contempler d'assez près l'homme qui venait de faire rentrer dans l'ordre les sections insurgées. Je montais le grand escalier par lequel on arrivait du réfectoire de la pension

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aux appartements occupés par M. Savouré, lorsque j'entendis une voiture s'arrêter à la porte. D'un coupé jaune, d'assez médiocre apparence, attelé de deux chevaux de couleur différente, sort un petit homme, pâle et maigre, à longs cheveux noirs flottant sur les tempes, qui monte Tescaiier en même temps que moi, entre dans l'antichambre et demande le citoyen Savouré. « Monsieur, dit le visiteur, — dans ce temps-là pourtant il n'était pas seulement d'usage, il était d'une prudence vulgaire de dire : citoyen, — Monsieur, j'ai cherché dans tout Paris une maison d'éducation qui réunît à la tradition des bonnes et anciennes éludes de l'Université la tradition de l'enseignement religieux aujourd'hui partout oublié; je dois vous avouer que je n'ai trouvé que la vôtre. J'ai un jeune frère dont l'éducation s'est malheureusement ressentie des temps de trouble dont nous sortons à peine : je viens vous demander de vouloir bien Tadmetlre au nombre de vos élèves. Je suis nommé général en chef de l'armée d'Italie : je pars dans quelques jours, demain ou après-demain peut-être; si, pendant mon absence, vous voulez bien avoir la bonté de m'adresser, chaque décade, le bulletin des progrès de mon frère, quelque occupé que je puisse être des

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soins (le mon coninianJeinerit, comptez (jue je; Irouverai toujours le temps de vous répondre. )>

L'épisode, si intime qu'il paraisse, a bien son intérêt. Ainsi donc ce n'est pas en 1802, c'est en 9G que ^ Napoléon perçait sous Bonaparte );. Le général auquel la révolution aux abois devait son salut, faisait, — nous ne devons guère nous en étonner, — « ouvrir, suivant l'expression du jeune Baudin, à M. Savouré de grands yeux )? ; dès cette époque, en dépit du canon de vendémiaire, il contenait en germe le souverain qui écrira, le 13 décembre 1805, à M. de Cbampagny : a Mon premier devoir est d'empêcher qu'on n'empoisonne la morale de mon peuple. L'athéisme, qui ôte à l'homme ses consolations et ses espérances, est destructeur de toute morale, sinon dans les individus, du moins dans les nations. ?)

« Quelques jours après, continue l'amiral, Bonaparte amena son frère. Jérôme avait, je crois, un an ou deux de plus que moi. Il était maigre, d'une taille élégante, d'une figure agréable. Quand le général revint à Paris, après sa brillante campagne, il vint de nouveau rendre visite à M. Savouré. Comme la première fois, il descendit dans la cour et fut l'objet des acclamations des élèves,

Lorsqu'il pnrtit pour l'Egypte, il laissa Jérôme à la pension, chargeant IJarras de surveiller son éducation, — choix bien peu sûr et le pire assurément qu'il put faire. — Deux fois par décade, les aides de camp de Barras venaient à la pension chercher Jérôme. Les éludes du jeune frère de Bonaparte souffraient naturellement de ces trop fréquentes sorties. M. Savouré écrivit à Barras la lettre suivante :

« CiTOYEX DIRECTEUR,

a Lorsque le général Bonaparte m'a confié le soin de l'éducation de son jeune frère, il a voulu que j'en fisse un homme instruit et capable. Or je dois vous dire que rien n'est plus contraire à ce but que la fréquenlation continuelle de vos aides de camp. Veuillez donc, citoyen directeur, me laisser entièrement maître de l'éducation du jeune Jérôme, ou bien retirez-le de chez moi. <c Salut et respect. »

a Barras n'était pas capable d'apprécier un tel homme : il prit M. Savouré au mot et retira Jérôme de la pension, au commencement de l'année 1799. Il le mit d'abord à Juilly, puis à Saint-Germain, chez M. Alac Dermotl. »

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