‹ L'amiral Baudin; with mapsChapitre 7 sur 32 · LA GUERRE DE COURSE · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE COURSE

Le IVarren HastingSj démâté, fut conduit, à Ja remorque de la frégate qui l'avait capturé, en rade du Grand-Port, ce mouillage de l'île de France que devaient bientôt illustrer les combats des Duperré, des Bouvet et des Hamelin. Du Grand-Port, la Piemontaise se rendit directement sur la côte de Malabar \ La France était alors en guerre avecTiman de Mascate. Avec qui n'avait-elle quelque compte à régler? Les navires arabes tombèrent en foule dans les filets de la frégate française. On se contentait d'en extraire les objets d'une certaine valeur, puis on les relâchait avec leurs équipages. Dans les premiers jours de septembre, une corvette de la Compagnie, le Grappler^ capitaine Ramsay, fut enlevée par la Piémontaise en quelques minutes de combat.

1 Voyez, à la fia du volume, la carte de la mer des Indes, du cap de Bonne -Espérance au cap Comoinn,

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Au Grappler succéda le vaisseau de la marine indienne le Famé, capitaine Jameson, qui se rendait de Bombay en Chine. Le Famé était percé pour recevoir quarante canons : il n'en portait en réalité que vingt-quatre. Néanmoins, grâce à ses caronades à bragues fixes, système tout nouveau, le Famé opposa une assez vigoureuse résistance. L'enseigne de vaisseau Baudin en eut le commandement. On fit évacuer sur la frégate l'équipage anglais, à l'exception du chirurgien-major et du maître de manœuvre, puis on remplaça les matelots débarqués par dix prisonniers arabes et dix marins français. Conduire dans ces conditions un vaisseau à

demi désemparé à l'île de France, éloignée de mille deux cents lieues, le conduire à Tencontre des courants et de la mousson, n'était pas une mission d'un accomplissement facile. En temps de guerre, les difficultés, par la nécessité de n'en pas tenir compte, s'aplanissent.

u J'avais vingt-deux ans, nous dit le jeune capitaine de prise : pour la première fois j'allais avoir à diriger un grand navire à travers l'Océan, sans pouvoir prendre conseil que de moi-même. Le plaisir d'exercer un commandement me faisait tout voir en beau. Le voyage dura trente jours. Nous

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eûmes des temps horribles en passant entre les Maldives et les Laqucdires. La fatigue, Tinsomnie me firent enfler Toeil droit, au point que je craignis, pendant plusieurs jours, de le perdre. Heureusement le chirurgien anglais que j'avais conservé à bord était un jeune homme plein d'instruction et de cœur. Ecossais de naissance, il se nommait Henry Marshall. D'un caractère doux et bienveillant, il ne tarda pas à s'attacher à moi. Je savais alors à peine quelques mois d'anglais : nous faisions la conversation en latin. Cette réminiscence de nos études classiques plaisait fort à l'excellent docteur : instruit et habile, il parvint à me sauver l'œil, et guérit également d'un énorme abcès à la joue mon petit mousse Caussade, qui faisait sa seconde campagne avec moi; il eut, en un mot, grand soin de tout le monde, pendant la traversée, sans distinction d'Arabes ou de Français. Le maître d'équipage anglais, appelé George Pendrey, était, comme le docteur Marshall, un fort brave homme, honnête et intelligent, connaissant bien son métier. Il avait été deux fois prisonnier en France et parlait avec reconnaissance des bons traitements dont il fut l'objet pendant sa captivité à Valenciennes.

« Enfin, après un mois de traversée, nous attei-

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gnîrncs les parajjes do Tile de Francuî. J(! devais m'allendrc à y trouver une croisière ennemie : aussi pris-je mes mesures pour n'atterrir (|ue de nuit. Mes instructions me prescrivaient de me rendre à la Rivière-Noire \ qui est sous le vent de Tîle. J'y allais à contre-cœur et par pure obéissance, car c'est im point d'atterrage fort dangereux lorsqu'une force ennemie tient la mer. Après avoir reconnu les terres des environs du Grand-Port, je filai, bien à regret, le long de la côte, pour me rendre à la destination qui m'était assignée. Il était une heure du matin : je me promenais sur le gaillard, ma longue-vue de nuit à la main, causant en latin avec Marshall, lorsque le docteur me fit remarquer un point noir qui grossissait à vue d'œil. Je donnai un coup de longue-vue et je reconnus une frégate anglaise qui venait à contre-bord, tous les ris pris. Je n'eus que le temps de manœuvrer à la hâte et de changer de route dans le plus grand silence. La frégate passa derrière nous sans nous voir. Tout le monde apparemment dormait à bord. Je gagnai au plus vite la côte, et me considérant comme dispensé, par le danger que je venais de courir, de

' Voyez, à la fin du volume, la carte de Vïie de Finance,

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suivre mes instruclions à la lettre, je louvoyai pour gagner le Grand-Port, où j'entrai le lendemain avant midi.

<c Quelques semaines plus tard, arriva la Sémillante^ revenant de croisière. Elle avait trouvé le Port-Louis bloqué et s'était vue forcée de se réfugier, comme nous, au Grand-Port. Le capitaine Motard m'accueillit avec une extrême bienveillance. Je me liai avec la plupart des officiers de son état-major, particulièrement avec Roussin. Nous restâmes deux mois au Grand-Port, retenus tantôt par la présence de forces ennemies supérieures, tantôt par les vents contraires qui rendent la sortie très-difficile et trèsdangereuse. A la fln de novembre, nous réussîmes à gagner le Port-Louis, J'y désarmai le Famé, qui fut mis en vente et trouva promptement des acquéreurs, car c'était un des plus beaux navires qu'on pût voir. Alon brave Pendrey fut envoyé au dépôt des prisonniers anglais, à la Grande-Rivière. J'eus soin qu'il n'y manquât de rien jusqu'au moment où il fut échangé. Quant au docteur Alarshall, j'obtins qu'il fût renvoyé, à bord d'un navire neutre, sur parole. ;>

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