‹ L'amiral Coligny: étude historiqueChapitre 10 sur 20 · LE HAVRE RKPRIS AUS ANGLAIS · texte numérisé non relu

LE HAVRE RKPRIS AUS ANGLAIS

tenir des deux parts à rexécutlon pure et simple du traité de Cateau-Cambrésis. Regarder comme non avenu tout ce qui s'est passé durant le cours de cette triste guerre, à jamais regrettable, n'était-ce pas en effet le meilleur, le seul moyen d'en effacer le souvenir ? La cour de France fut la première à se ranger à cette opinion de l'Amiral; Condé se déclara même autorisé, le 26 juin, à promettre d'une façon formelle le retour de Calais à l'Angleterre au bout des huit années convenues (1).

Elisabeth ne voulut rien entendre. Elle avait donc espéré plus. Mais alors que devenaient ses protestalions de désintéressement, de zèle religieux? Avouer qu'elle avait voulu exploiter les malheurs de la France dans l'intérêt de son ambition personnelle, n'était-ce pas perdre tout titre même à la reconnaissance de ceux qu'elle appelait ses coreligionnaires, et qui, dans ce cas, n'auraient été que ses dupes? Elle se trouva prise de la sorte au propre piège qu'elle avait tendn. On comprend sa fureur. Après bien des menaces et des éclats de colère, elle se radoucit pourtant, revient sur ses affirmations anté-

(I) " ... The King and Quecn, ihe princes of the blood, Ihe lords » of the council, Ihe whole parliament orPari? would renew Ihe oblî- » galion lo reàtore Calais at Ihe eight yearj end... The Queen ofEn* » gland.,, by agreeiag ID it... vould prove Ihal ahc had engaged in » the quairel nilh a chief eje lo Ihc glory of God and tlie mainte' » nance oflhe Iruth. »

lettre de Condé à Elisabeth, du 20 j:(tn, citée par Fronde, t. VII, p. 313.

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Bi CtlAPITBE III.

rieurea pour les atténuer: elle n'a jamais dit qu'elle ne rendrait pas le Havre, « à moins qu'on ne lui » rendît Calais immédiatement; » les termes dont elle s'est servie sont : « à moins qu'on ne lui rendît » raison pour Calais (1). n Elisabeth se trouvait en deçà même des offres du 26 juin; elle donnait par là raison à TAmiral, qui fut d'avis dès lors d'accepter les propositions anglaises ; il était trop tard. Le lendemain de cette déclaration étrange, le 6 juillet, les hostilités commençaient, et le 28 l'Angleterre avait perdu à la fois la possession du Havre et ses droits sur Calais.

Elisabeth dut éprouver un vif regret de n'avoir pas suivi plus tôt les conseils de l'Amiral, et elle n'eut dès lors aucun grief à invoquer contre lui, pas même celui de sa présence au siège du Havre. Co- Jigny avait reçu l'ordre de rester dans sa maison (2) ; Catherine ne voulait pas, sans doute, qu'il se trouvât en présence des Guises. Au fond, peut-être Colîgny n'en fut-il pas si taché qu'il voulait bien le dire. Convaincu dès celte époque de l'utilité des alliances protestantes pour son pays, il regret-

(1) n ... Ve never u-ed such kind of epeche as we wold never delii> ver Kewbaven eiccpt we miglh hâve Cullice piesemly, but Ihe » phrase of oor speche halh b.D except we had reaeoa rendred us Tor » Callice, so as Ibe one or Ihe olber may be ansnerable for our ho-

Lettre d'Èlisahelh à Th. Smilk, dtt 5 juillet 1563, citée dans VHUtoire des princes de la maison de Condé, 1. 1, p, SOI -504.

(2) nialoire des princes de la mais/m de C<yndé, t. I, p. 5115.

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tait vivement la rupture avec l'Angleterre; et il tenait à se ménager rjuelque influence auprès de la reine lllUsabeth, pour le plus grand profit, non pas seulement du parti protestant, mais des intérêts français.

Au milieu même de ces négociations que nous venons de raconter, au commencement d'avril, des marchands havrais s'apprêtaient à partir pour le Brésil et Terre-Neuve. Le gouverneur anglais War- ■wiek met arrêt sur les navires; les marchands, qui ont ramassé à grand'peine l'argent nécessaire pour leur chargement, vont être ruinés par le retard. Et ne sera-ce pas la faute de ceux qui ont livré la ville aux Anglais ? Coligny l'apprend. Ce mal dont il est cause en partie, avec quel empressement il tâche do le réparer I 11 rassure Warwicksur les conséquences que peut avoir pour l'Angleterre la paix d'Amboise ; il espère que tout s'arrangera à la satisfaction des deux parties. Mais, en attendant, ii lui rappelle que « la royne d'Angleterre par les accords qui ont » esté faictz avecques elles, a promjs de laisser traf- » iicquer et faire volages... et de ne... y empescher » en sorte que soit... pourquoy je vous prieray... » d'avoir pitié de ces pauvres gens... estant empes- » chez de partir... cela serait cause entièrement de » toute leurruyne... et pour ce, monsieur, que je » voy qu'il y a grande pitié et désolation en culx, » je vous prieray bien fort , de tant qu'il m'est » possible de ne les empescher point de faire

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86 CHAPITIB 111.

Il leui'8 dicta voiages et trafficques de marchanx> dises... (1). »

Par cette lettre, l'une des plus émues que Coligny ait écrites jamais, on voit quelle est sa première préoccupation au sortir de la guerre civile. La réparation commence. Et le meilleur moyen de réparer les désastres de notre malheureux pays, n'est-ce pas d'encourager ces entreprises maritimes qui doivent étendre au loin le nom de la France et la gloire du roi?

(I) Forbes, 1. II, p. 383.

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