‹ L'amiral Coligny: étude historiqueChapitre 9 sur 20 · GUISE ASSASSINÉ · texte numérisé non relu

GUISE ASSASSINÉ

ces déiaillances des meilleurs, des plus hooDètea. Et il ne faut pas chercher ailleurs le secret de cette tristesse profonde que cause *à Coligny la guerre civile. L'horreur des désordres commis , du sang versé, ne suffit pas à l'expliquer. Sa soufTrance est autre, plus intime, inconsciente parfois peut-être et inavouée; mais elle n'en est que plus poignante.

Aussi vienne la paix, comme il se relèvera de toute sa hauteur, de quel zèle il servira les intérêts de son pays et de son roi cet homme que les seuls événementsont Eait, sans qu'il ose en convenir, rebelle à son roi, traître à son pays ! A l'ardeur de ce zèle, on dirait qu'il a conscience d'avoir des torts à réparer, des fautes à expier; et il le fait de façon si noble, si généreuse, que l'on se sent pris pour lui d'une vénération plus grande chaque jour, plus touchante; car on songe que ces torts et ces fautes ne peuvent guère être imputés qu'au malheur des temps, à la rigueur des circonstances, tandis que l'honneur du bien accompli doit lui revenir à lui seul et sans partage.

Vienne donc la paix, mais une paix sérieuse, partant durable. Onpouvaitl'espérer; des triumvirs, deux étant morts, le troisième prisonnier, pourquoi Catherine n'accorderait-elle pas ce que d'elle-même elle avait accordé jadis ? Mais Condé avait hâte de redevenir libre, et il se contenta d'obtenir au traité d^Amboise, signé le 19 mars, une ville par bailliage pour les assemblées de la religion. Combien on était loin de l'édît de janvier!

-:i,vGooglc

^ CUIPITBB III.

L'Amiral, à la nouvelle des premières négociations sérieuses, a était hâlé de quitter la Basse-Normandie. Le 21, il reçoit à Br«u une lettre du Prince et les articles du traité. On a beaucoup parlé de la vive irritation qu'il en ressentit, de l'humeur qu'il eo témoigna, et l'on n'a pas manqué d'y voir une preuve de son prétendu esprit ambitieux et jaloux. Dépité de quitter le pouvoir suprême, il se serait vengé en dénigrantle Prince que la paix remettait au premier rang. Nous ne savons vraiment sur quoi peuvent reposer de semblables imputations. Depuis que le Princeest captif, Colignyn'a négligé aucune occasion de faire publiquement son éloge; son récit de la bataille de Dreux est le plus bel hommage rendu à Condé, qu'il nous montre faisant « en la meslée tout » le debvoir d^ung prince très-vaillant et très-ma- » gnanime et tenant par trois et quatre fois Tentière » victoire entre ses mains (1). b II n'écrit pas à Elisabeth sans louer la vertu du Prince «qui au lieu 7) de recevoir consolation de nous en sa captivité, au » contraire... nousrenforce le courage et nous faict 7/ assez cognoistre le zèle et ferme afTection qu'il a » à la vraie religion (2). » Même le 21 mars, lorsqu'il serait si heureux, suppose-t-on, d'avoir enfin un prétexte spécieux pour donner libre cours à son envie, il se contente d'annoncer à Elisabeth sans commen-

(1) AKh.denais.scienlif. etUtt., 2" s^rîe, t. V,2*Hvr., p.39<

(2) Arch. des mis sctentif.elUll..,2' sirie, l. V, 2' livr, p. J

PAIX o'amboisis. si

taire aucun la nouvelle qu^il vient de recevoir « par a la lettre de son dict seigneur le prince (1). »

Sa douleur était grande cependant; elle le fut bien davantage quand il put juger de près à quelles séductions s'était laissé prendre Coudé, à quel amour coupable il avait sacrifié la religion. Le culte étaitpermis, il est vrai, dans tous les manoirs nobles; mais cette clause qui sauvegardait ses intérêts particuliers n'avait pu le rendre indifférent à l'intérêt général, a. Restreindre la religion à une ville, aux » faubourgs d^une ville par bailliage , n'était-ce

> pas ruiner plus d'Églises par un trait de plume

> que les forces ennemies n'en eussent pu abattre » en dix ans? » Il s'indignait surtout qu'on eût fait si bon marché des petites gens, la concession dn traité étant pour eux véritablement dérisoire. « La » noblesse ne pouvait nier cependant qu'elle n'eût » été prévenue dans cette guerre par les habitants w des bourgs et des villes, et que les pauvres » n'eussent donné l'exemple aux riches. »

Etait-ce un vain désir de popularité qui faisait tenir à Coligny un pareil langage? Nous avons ici d'irrécusables témoins, les ambassadeurs anglais, qui voient cette paix avec tant d'inquiétude, et qui ne cessent d'exciter les soupçons ou les colères des Châtillons. Or l'Amiral, arrivé le 23 à Oriéans, n'avait pas manqué d'adresser à la reine-mère ses

(l) Areh.det Mlxs. jciwif. e( HH.,2*série, l. V, 2'Uvr., p. 417.

D,q,z..3bvGoOgle

réclamations à propos de redit. Catherine paraissant les trouver justes et fondées, promettant d^y faire droit, immédiatement la bonne harmonie se rétablit à la cour, et les agents anglais, le 30 mars, constatent avec dépit qu'ils ne peuvent plus guère compter sur l'Amiral, du moment où il a obtenu ce qu'il désire pour la religion (I).

Coligny toutefois n'a pas oublié les engagements contractés envers la reine d'Angleterre. A plus d'une reprise, depuis que la captivité de Condé l'a mis à la tête du parti, il s'est déclaré prêt à tenir les promesses faites au nom des réformés de France. Mais quelle est pour lui la nature précise de ces promesses? Elle est telle, que, la paix une fois conclue, il n'éprouvera aucun embarras à faire honneur à sa parole, étant sûr de ne compromettre en rien les intérêts de son pays.

Avec une inflexible logique que ne troublerontni les avances de Catherine ni les reproches d'Elisabeth, il démontre l'avantage, la nécessité de s'en

(I) « ... The Prince and IheAdmirall hâve benetnise nith Ihe Queen- ' Holher since my commynge hylber, wbere Ihe Adrairall bath bene » very earaest for a furiber and lai^er lybertye in Ibe conrse o( reli- D gion, and so halh oblaynid... bo as Ihe sajd Admirall dolh nowe » seame lo like well inooghe, Ihat he shen-yd by (he vaye lo mislike ■ GO rouche... •>

Mydieroore à Élisabelb, 30 mars, Orléans.

Le mfme à Cécil, même jour: n ... AsTor Ihe Admirali, i linde bira » more mislikiog wilb Ihe Q. Ma" demanda siQce bis commynge to » Ihia lowne then he was by Ihe waye.

Histoire des princes de la maison de Condé, t. ï, p- 411 ei4l9.

-:i,vGooglc

Page 1