‹ L'amiral Coligny: étude historiqueChapitre 13 sur 20 · LA COUR VEOT LE UAINTIBN DES ÉDITS · texte numérisé non relu

LA COUR VEOT LE UAINTIBN DES ÉDITS

catholiques? L' Amiral ne le dît pas. 11 semble que pour lui comme pour l'Hospital, il n'y ait plus dans le royaume ni huguenots ni papistes , mais des chrétiens sujets du roi, tous égaux, tous ayant au même titre droit à la protection de la faveur royale. La cour paraît, de son côté, décidée à faire bonne et prompte justice à tous. C'est la reine-mère ellemême qui a prié Coligny de l'avertir incontinent là oii il connaîtrait a personnes qui voulussent altérer D les édicts et ordonnances du roy et empescher le > repoz publicq (I). » N'a-t-elle pas, lors de la déclaration de majorité, fait affirmer très-nettement par le jeune roi sa volonté expresse d'être obéi? N'at-elle pas même donné au parti huguenot, aux Chàtillons, des preuves si peu équivoques de sa bienveillance que les cours catholiques en ont conçu les plus sérieuses inquiétudes et le plus vif dépil (2) ? N'a-t-elle pas pris en main contre le pape la cause des cardinaux hérétiques et les intérêts menacés de la reine de Navarre ? Enfin , au commencement même de cette année 1564, ne vient-elle pas de montrer aussi peu d'empressement que possible à écouter les plaintes des Guises, et à publier les décrets du concile de Trente ?

Oui, mais l'Amiral n'ose plus croire en la reînemère; car c'est là encore un des tristes fruits de la guerre civile que cette déplorable tendance à dou-

<l) B. N Mss. r. f. 15543, f. 191 déjà cilé.

(S) Granvelle, t. VII, p. 30t.

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lUo CHAl'lTRE tV.

ter de tout et de tous. Bien des faits analogues à ceux dont il se plaint se sont passés déjà, sont restés impunis. Comment ne pas suspecter la sincérité de la cour?

« ... Madame, je vous supply me perdonner sy B je vous dicts que la trop grande impunité est » cause de toutes ses grandes cruaultes et désor- » dres, car il semble que ceulx qui les font, les » font sous ombre qu'on leur souffre (1). »

Paroles graves, blessantes même : aussi par une délicatesse de sentiments qui l'honore , Coligny ne les a pas dictées comme le reste à l'un de ses secrétaires; il les a écrites de sa main , comme s^il eût voulu garder entre la reine et lui le secret de ce doute qui pouvait paraître injurieux. Sa meilleure excuse estd'ailleurs dans l'intention qui l'anime, et Catherine ne s'y put méprendre à ces derniers mots partis du cœur qui terminent la lettre :

a ... Je vous supply, madame, au nom de dieu, » y vouloir pourveoir, et vous seres cause que le » roy sera bien servi et obéy. »

Quelques jours après , la cour commençait son fameux voyage à tmvers la France; et les fêtes de Bar-le-Duc, les avances de Catherine aux luthériens d'Allemagne, ses intrigues auprès de Condé, surtout les ordonnances restrictives de juin et d'août, n'étaient certes pas de nature à endormir les dé-

(1) B. N. Mss. f.f. IS542, f. (91.

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■ NQUIÉrODES DES BUGUEKOTS. 109

fiances de Coligny. L'Espagne était rassurée , le cardinal de Lorraine triomphant (1).

Les huguenots, furieux surtout contre Condé, se serraient autour de l'Amiral, n'ayant plus d'espoir qu'en lui. Lui , malgré ses griefs personnels trop légitimes contre le prince, malgré ses soupçons contre la cour, faisait tous ses efforts pour calmer les colères, les soupçons, pour ramener Condé, pour restaurer son crédit. Ceux qui l'avaient dit envieux et jaloux étaient obligés de chercher une calomnie nouvelle : «. il lui faut un prince du sang » sous l'umbre duquel il face ses menées, » écrit Granvelle, le 23 novembre 1564 (2).

Ses menées, elles étaient certes faciles à suivre : il effrayait l'Espagne par aa grande tentative de colonisation floridienne ; il mécontentait Elisabeth en refusant tout concours aux ambassadeurs anglais chargés de négocier le traité de Troyes (3) ; il renon-

(1) Granvelle, t. VII, p. 461, 467, 5H.

(2) Granvelle, t. VIII, p. 503.

(3) « ... He sboDd press Coode lo some direct answer lo be made ber

• for Ui« moDey, he owes ber, and as he sball sec occasion, deal the H Admirai! in Ibe samc ; for she means nol lo be deluded, as bolh ta

* r«rliear her mone)-, and lo bave bad at thia tlme do friead^hip by » Iheir meaDs in tbe conctasion of the peace. »

Elisabeth à Sniilb, 2 mai 1564, Caltndar..., année 1564, p. t23. Le 4 janvier, Smith avait écrit à Elisabeth '

u ... Tbe Admirai andsnerd that the Prince and he were gratefut : » she bad «ave Iheir lives, and procurcd thcm liberty or conscience, to ■ the service of God ; but nheu (conlrary of her protestation) she rca tained Newhaveu and made il a privale qnarrel they could not aid a beragalnat tbeir Prince... »

Calendar..., année 1564, p. 8.

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110 CUAriTRB IT.

çait à un voyage de Bretagne sur le seul avis que la reine-mère en prenait quelque ombrage (1); enfin, au moment même oit Granvelle le jugeait de la sorte, voici ce qu'il écrivait à la duchesse de Ferrare, au sujet de ceiiains meurtriers qu'elle était chargée de rechercher et de punir :

H ... Je vous supply très humblement madame » de croyre que je ne désire rien tant que lajus- » tice de telles personnes qui commettent choses » contrevenantes aux édictz du roy soit &icte; de » ma part je mu vouldroys employer de toute ma » puissance à faire pugnir telles gens et suys fort B ayse madame que cette commission s'adresse à » vous pour foire informer contre ceulx qui vivent > mal, afin de les faire pugnir et en vuyder le » pays... {2}. »

Or ces coupables étaient des soldats appartenant à la compagnie de son frère d'Andelot. Un tel esprit de justice et d ^impartialité, s'il ne désarmait pas ses adversaires, valait du moins à ColigHyTentière confiance de tous les gens de bien, de ceux qui comme lui voulaient fermement le respect des édits, le maintien de la paix.

Aussi lorsque, le 10 janvier 1565, le cardinal de Ixrraine est chassé honteusement de Paiis, où il était entré en armes le 8, malgré l'expresse défense

(I) GraDvelle, t. VII, 8 mai 1S64.

(Î)B. N MS8. r f. 3149, f. 51.

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LAUlRiL A PASI3. III

du gouverneur le maréchal de Montmorency , celuici, craignant la vengeance des Lorrains et quelque retour offensif de leur part qui pouvait servir de prétexte à une émotion populaire, se hâte d'appeler à lui l'Amiral.

Coligny était alors à Châtillon, tout occupé du baptême d'un ûls qui lui était né le 10 décembre (I). Il arrive à l'aris le 22, ayant bien soio, avant d'entrer, de recommander à ses gens de se comporter doucement. Du 23 au 27, il s'applique à dissiper toutes les inquiétudes que peut causer à certains sa présence, à réfuter d'avaoce toutes les calomnies qu'on ne manquera pas de répandre sur son compte.

A Tévêque et aux plus apparents du clergé, qui craignent les représailles huguenotes, il rappelle la liberté dont jouissent les prêtres à Châtillon. a Que » les prêtres donc n'aient peur; s'il a eu des griefs » et sujets d'irritation contre plusieurs, il prie dieu » de'lui pardonner comme il leur pardonne. y> Au prévôt et aux principaux des marchands, bons bourgeois que l'on effraie de menaces de pillage, et qui songent avant tout à faire tranquillement leurs affaires, il dit ses tentatives pour développer le commerce, ce dont ils recueilleront « le principal pro- B fict, n puis son affection constante pour cette ville de Paris dont il a été autrefois gouverneur, dont il

(I) LetUe à la duch. de Ferrare, du 8 janv. IS64 (v. *.)■ »■ N- Mss, f. f. 3250, f. HO —V. Pièces jusl., noie G.

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lis CHAFITRB IV.

a commencé la fortifieatioD, preuve manifeste de sa sollicitude, de l'intérêt qu'il prend à sa sécurité. A messieurs du parlement, il demande humblement que ceux de sa religion puissent par leur moyen « jouir du fruict des édits du roy, a n'ayant jamais rien plus désiré lui-même que maintenir le peuple en la pure obéissance de ces édits. 11 a surtout bien soin d'affirmer, de lépéter que s'il est venu à Paris, c'est sur l'ordre de Montmorency, lieutenant du roi, et afin de lui obéir en tout ce qu'il lui commandera pour la défense de la ville.

Ces belles paroles et promesses suivies d'effet ne pouvaient manquer de lui gagner tous les cœurs, ou du moins de rasséréner tous les esprits. Le parlement même daigna l'assurer qu'il était le bienvenu et le comparer à Pompée, qui, étant entré dans la ville de Rome a avec ses armes, lesquelles » estoyent fort suspectes au peuple... toutefois se T> contint si bien et se monstra tant amateur de » république qu'il ne voulut rien esmouvoir encores » que lors il l'eust pu faire, et s'en départit sans faire » aulcune sédition, n Auquel compliment aigredoux l'Amiral modestement répliqua, dit-on, a: que » la cour luy iàisoit grand bonneur de le comparer D à ung ai notable et renomé personaige qu'estoit » Pompée; et encores que de soy il ne se reputoit 9 pour tel, si est-ce qu'il le vouloit imiter en ce n qu'il estoit patriote, et pour le bien publicque. »

Et de fait , durant tout le séjour de l'Amiral à

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L AUIBAL A PARIS. I 13

Paris, l'ordre public ne fut pas un instant troublé;rAmiral toutefois ne voulutprendre'congéj le 30, qu'après avoir prié le prévôt des marchands de s'enquérir si l'on était mécontent de quelqu'un des siens, qu'il y pourvoirait (1).

Par malheur, quelques jours après son départ, le saccagement d'une maison appartenant au duc d'Aumale vint détruire en partie la bonne impression qu'avait laissée le souvenir de son voyage. Coligny eut beau donner volontiers les mains aux poursuites dirigées par le parlement contre les pillards (â), l'ombrageuise défiance de la reinemère s'en accrut encore, t't l'Amiral reçut du roi l'ordre formel de ne plus remettre les pieds à Paris en son absence. La mesure, il est vrai , s'étendait à presque tous les grands personnages du royaume ; mais si un seul eût mérité d'en être excepté, c'était certes l'honnête homme qui venait de donner des preuves si peu équivoques de ses droites et loyales intentions.

Il est certain toutefois que la mauvaise humeur de la reine-mère ne fut pas de longue durée. Pour autoriser le grand voyage de Kibaud , et cela dans le temps même de la malencontreuse entrevue de Bayonne, il fallait qu'elle eût bien le désir de ne pas s'aliéner les Chàtillons. C'est qu'en effet les

(1) Pièces sur l'hUt de France, Dlxoun d» voyage... (dqà ciU). — Graavelle, t. VIII, p, CSS.

(2) Granvelle. t. IX, p. 13.

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114 CBAPITItB IV.

bruits de réconciliation du cardinal de Lorraine avec Condé l'avaient un moment fort inquiétée (1); et l'affiiire de Vie, très-probablement soulevée parelle, prouve combien elle était, à cette époque, loin de s'entendre avec le parti lorrain. Elle ne s^entendait pas mieux avec l'Espagne. Le témoignage du duc d'Albe en fait foi (2). Mais ni les avances faites à TAmiral, ni les querelles suscitées au cardinal de Ixirraine, ne pouvaient effacer le fâcheux effet produit sur les huguenots par l'entrevue de Bayonne, qui reste et devait rester la première, la plus sérieuse cause de la seconde guerre civile.

Les petits avantages politiques poursuivis par la Florentine, comme d'empêcher peut-être l'alliance projetée de l'Empire et de l'Espagne, ne compensent pas ce déplorable résultat que Catherine eût dû prévoir. Nulle part n'apparaît mieux l'inanité , le danger de ces mesquines combinaisons dans lesquelles se complaisait la reine-mère, et qui plus d'une fois firent suspecter à tort ses intentions pacifiques très-réelles. Nous croyons du moins que telles elles étaient à cette époque. Car elle semble uniquement préoccupée d'apaiser toutes les querelles particulières, qui sont le plus sérieux obstacle à la paix générale du royaume.

Le procès des Châtillons et des Lorrains est toujours pendant. Les trois années ne sont pas encore

(0 Grauvelle, t. IX, note, p. 189.

(3) Gnnvelle, t. IX, p. S9<...

SHTRBrUB DE BATOKNB. — AgSBHBLBE DB HODUHS. IIS

écoulées , à l'expiration desquelles le roi s'est réservé de prononcer le jugemeot définitif. Mais il devance ce terme fixé par l'arrêt de janvier 1564, et convoque à Moulins pour le mois de janvier i 566 les Lorrains et les Ghâtillons.

L'Amiral est à peine arrivé (I), que défense est publiée de &ire aucun exercice de religion. Il Tannonce à la duchesse de Ferrare, sans plaintes, sans récriminations; un mot amer dit seulement ses défiances ;

« ... Je ne vous puys dire si la court fera ici long » séjour... quant Ion dict que Ion fera ung long » séjour en ung lieu, cest alors que Ion en deslogd » plus tost... (2). »

N'importe , il est prêt à s'en rapporter au jugement de cette cour dont il se défie ; il en signe l'engagement le f2. Dans l'intérêt de la paix, il tentera l'épreuve de cette réconciliation de commande imposée à ses adversaires. Charlotte de Laval, la calviniste ardente qui Ta poussé à la guerre civile, écrit, le 24, à la duchesse de Ferrare ; et par la lettre de cette noble femme on peut juger des sentiments de cette noble famille :

a. ... Il n'est autre bruict que de l'appoinctc-- » ment... je prie a dieu vouloir le tout bien con-

(1) Une leUre de Moulins du 2 janv. 1566, citée BUt. des princet de la maison de Condé, t. I, p. S19, dit ; b ... L'Amiral e&t arrivé - lundi... •

(S) Lettre do 6 j«nv. )S66. B. N. Mm. f. f. 3231». t. ISI.

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» duyre tellement qu'après sa gloire , ce soit le » repos de tous les gens de bien... (1). »

L'appointement n'eut lieu que le 29. Le 30, l'Amiral annonce à la duchesse de Ferrare que son innocence est reconnue et proclamée ; mais, à l'extrême froideur et réserve de la lettre, on sent qu'il ne se &it aucune illusion (2). Au sortir de la séance, le jeune Henri de Guise a refusé de presser la main qu'il lui tendait, et Claude s'est écrié : « Ne suis participant en tout ceci, je te défie toi et » les tiens. » Quelque temps après, ils tâcheront de le faire assassiner. Seul, le cardinal de Lorraine a fait bon visage ; mais il semble que sa haine pour les huguenots n'en soit devenue que plus ardente. 11 n'a embrassé le chef que pour mieux étouffer le parti. Heureusement l'Hospital est resté à Moulins, qui lui tiendra tète.

Devant ces insultes, ces menaces, cette intolérance fanatique des Lorrains, la cour doit reconnaître enfin de quel côté sont les perturbateurs du royaume, les promoteurs de guerre civile. Aussi, les tardives réclamations de Charles IX à propos de la Floride, l'approbation donnée aux projets du jeune Monluc, semblent attester Pascendant qu'exerce sur le jeune roi la loyauté de l'Amiral.

II est vrai que les moindres circonstances, exploitées avec une habileté perfide, suffisent d'un jour à

(1) B. N. Nst. f. r. 3211, r. 63.

(2) Pontanieu, 313, 30 janvier 1506.

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ASSEMBLEE DE UOVLIHS. 117

l'autre pour le rendre suspect. Vers le milieu d'août, il chassait à Bresle ea nombreuse compagnie, te roi s'alarme : une première lettre demande à Coligny la liste de ses hôtes ; une seconde lui ordonne presque aussitôt de les congédier^ lui reprochant de ne les avoir pas nommés tous. Coligny venait de prévenir cet ordre du roi : ses amis étaient partis; luimême venait de quitter Bresle. Bien que le doute injurieux fait de sa parole ne puisse manquer de le blesser vivement, il ne songe pas à en rendre le roi responsable ; il réserve son mépris ou sa colère pour les auteurs des rapports mensongers qui ont égaré Sa Majesté. '

a. Sire, lui écrit-il le 17 août, je mesbahis que » gens qui debveroient bien reguarder et spavoir » comment ils parlent et asseurent les choses, » soyent si légers premièrement à les croire, puys » à les faire entendre à Vostre Majesté, faisans par » ce moien de très maulvais offices et envers icelle » et à Tendroict de voz meilleurs et plus fidelles » serviteurs taschantà les vous rendre aultant subpectz comme vous y debvez avoir de fiance... Le » plus de nostre exercice estans là, ce a esté daller » à la chasse et voler le perdereau combien que » ausay parmi ce passe temps nous y avons faict » ung bon effect, cest laccord de deux gentils » hommes lung de la maison de fioufÏÏais, l'autre -» des Hercules lesquels estans en querelle ayans j> moien lungetTaultre dassembler gens et saccom-

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118 CBIPITIB IV.

» pagDer eussent peu mettre quelque trouble au > pais sy leur querelle feust venue plus avant, s

Ainsi, cette réunion faut suspectée et calomniée n'a eu que de bons résultats pour la piùx et traaquittité du royaume, et le roi ne peut en recevoir que 1 contentemant et satisfaction... quant aux j> aultres particularîtez qui vous ont esté dictes, je » ne puys pas penser quelles elles sont, mais bien B ay je opinion quit ny a non plus de vérité que en » la plus part de ce que raescrivez avoir esté rap- » porté à Vostre Majesté. Et touteffoys, sire, sy cest » vostre plaisir de me les déclarer, je mettray peine » de vous y satisfaire aussi... (1). »

Cette lettre, si remarquable en elle-même, l'est encore et plus peut-être à un autre titre. Elle montre que l'Amiral commence à faire grand cas du jeune roi, et comprend qu'il faut compter avec lui, malgré la tutelle déguisée oii le tient la reine-mère. II a vu de près Charles IX; il l'a entendu affirmer sa volonté d'être obéi, de voir ses édits respectés; et au ton dont cette volonté est affirmée, il a reconnu non une leçon apprise, mais une idée personnelle très-nette, très-arrêtée. II mettra désormais son espérance en lui, comme il l'a mise naguère en la régente.

Il ne se contente pas dVspérer en Charles IX; il semble qu'il soit attiré vers lui, vers cet enfant

(I) LeUre de l'Amiral an roi, du l7août IS66. V. Piè'eei Juit., M.

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COLIGNV BT CHARLES IX. 110

qu'oD a voulu jadis lui donner pour élève, et qui devait un jour l'appeler son père ; il l'aime sans doute pour ces élans généreux , que l'éducation la plus mauvaise n'a pu complètement comprimer; pour ces lueurs d'enthousiasme qu'il a surprises dans son regai-d, sombre et farouche d^ordinaire; pour cette brusquerie sauvage qui, tout en révélant Tétat maladif de son àme, atteste du moins sa sincérité, et qui forme ud si frappant contraste avec les allures souples, ondoyantes et rampantes de Catherine. Coligny se connaissait en hommes, et il a cru certainement Chartes IX capable de grandes et nobles choses.

Il l'était en effet. Ne sufSt-il pas qu'un jour la muse de Ronsard l'effleurât de son aile pour qu'il exhalât en sublimes accents de sublimes sentiments? De même, à deux ou trois reprises, il a suffi du souffle puissant de Coligny pour l' entraîner dans les sphères élevées d'une pcrfitique honnête et généreuse. Mais hélas t abandonné à lui-même, aux influences malsaines qui l'entourent, Charles IX retombe vite , et les instincts mauvais de sa nature inquiète, soupçonneuse, reprennent le dessus. Il est vrai qu'à l'époque où nous sommes arrivés, c'està-dire vers la fin de 1565 , les relations des réformés de France avec leurs coreligionnaires des Pays- Bas ne prêtent que trop au soupçon.

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