‹ L'amiral Coligny: étude historiqueChapitre 14 sur 20 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

Seplembro 1568 — Aodt 1370.

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Depuis longtemps, l'Amiral suivait avec attention les mouvements des Pays-Bas espagnols. Dès le milieu de 1565, il est entré en correspondance trèsactive avec un de ses parents de Flandre, le baron de Montigny ; il le pousse à la révolte qu^il voit imminente, et lui promet, si cette révolte éclate, le secours des huguenots français. C'est la première conceptioD du fameux plan qu'il eût, sans la fatale journée de la St-Barthélemy, réalisé plus tard pour le salut et la grandeur de la France.

En détournant sur les Pays-Bas les impatients du parti huguenot, en empêchant les catholiques fanatiques de compter sur le concours de l'Espagne affaiblie, il ne songe pour l'instant qu'à sauvegarder la pais intérieure du royaume. La haine clairvoyante du cardinal de Lorraine devine ce projet nouveau,

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et le dénonce à Granvelle (1). La cour de France, sur les réclamations de Philippe II, défend à ses sujets âe porter les armes contre le roi d'Espagne. Mais les plus ardents braveront la défense ; les plus sages trouveront moyen de l'éluder. £n octobre 1566, l'argent français alevé en Allemagne pour les révoltés des Pays-Bas 4,000 chevaux et 30 enseignes de gens de pied (2),

Or il faut reconnaître que ces levées sont de nature à fortifier les soupçons toujours en éveil , à autoriser toutes les calomnies, à justifier toutes les accusations. Cette guerre des Pays-Bas, qui, dans la pensée de l'Amiral, doit sauvegarder la paix intérieure du royaume, ne servira-t-elle donc qu'à la compromettre ?

Avec quelle anxiété Coligny dut en suivre les premiers épisodes, au commencement de 1567, on le comprend sans peine. Il connaît trop Catherine pour n'être pas assuré qu'elle penchera du côté du vainqueur. Cependant les Espagnols triomphent, et la cour, qui semble très-effrayée des succès de Philippe II, redouble de prévenances pour les chefs huguenots : le roi consent à être le parrain du ûls de Coudé, et comme il ne peut assister à la cérémonie, c'estl' Amiral qu'il désigne pour l'y représenter,

(1) Correspondance de Philippe II. Gacbard, Braielles, ISiS, t. I", p. 860...

(2) Correspondance de Philippe II. Gachard, Bmielles, 1848, 1. 1", p. 473.

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c'est le nom du roi que l'on donaera au ûls du Prince. Vers la mi-juillet, Coligny mandé à la cour y reçoit le plus gracieux accueil (I) ; Catherine elle-même par^t en par&it accord avec lui, et va au-devant de ses désirs: le duc d'Albe partait d'Italie à la tête de bandes italiennes et espagnoles ; elle lui refuse le passage par la Provence et le Dauphiné. Elle semble si sérieusement préoccupée de la sécurité de la frontière, que les huguenots sont les premiers à lui conseiller la levée d'un corps de 6,000 Suisses. L'Amiral doute si peu de ses bonnes intentions qu'il lui propose d'aller combattre le duc d'Albe, se faisant fort de l'arrêter.

Mais les Suisses levés, au lieu de garder la frontière, s'acheminent vers l'Ile-de-France. Catherine a envoyé des vivres au duc; la population de Paris a reçu des armes, tous les réformés qui s'y trouvent se hâtent d'en sortir. Les plus modérés d'entre les catholiques n'hésitent pas à prêter à la cour les plus sinistres projets (2).

Dix ou douze des principaux chefs huguenots se réunissent à Valéry, l'une des résidences du prince de Condé; réunion tumultueuse où les avis les plus violents sont donnés, la prise d'armes immédiatement réclamée. L'Amiral parvient à calmer les colères, et l'on se sépare sans avoir rien décidé. Une

(I) Lettrede Gujon à Cordes, I3jnlll. 1587, citée Biil. des prineet de lamainm de Condé, t. I,p.34l.

(2} Vieillcville, collect. Hichand, t. IX, p. 3M.

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secoode fois, son avis modéré l'emporte encore. Mais le péril grandit chaque jour. Des avis secrets venus de la cour annoncent au Prince et à l'Amiral qu'on va se saisir de leurs personnes et rompre redit. Il résiste néanmoins aux prières de sa femme, aux instances de ses amis qui sont venus à Châtillon le presser, le pousser. De plus en plus rares sont les voix qui s'élèvent avec la sienne pour conseiller la patience, la résignation : 'n mieux vaut endurer les » premières violences de nos ennemis que les com- » mencer sur eux.... on nous imputera tous les » maux qui sont les suites funestes et inséparahles

j> de la guerre ne semble-t-il pas plus à propos

» de souffrir comme innocents tout le mal qu'on » voudra nous faire que de nous rendre coupables » en rendant le mal pour le mal (1). »

Ces conseils évangeliques ne sont plus de saison, et ceux mêmes qui redoutent le moins la mort ne veulent point d'un martyre qu'ils jugent devoir être funeste à leur cause, t Je pense bien que vostre > opinion, réplique d'Andelot à son frère, vous est » dictée par un grand excez de probité... (mais) si B nous voulons laisser nos vies (à nos ennemis), » et trahir les vies qui espèrent en nos armes, au » moins ne leur abandonnons point le service de » dieu (2). >

L'immense majorité de l'assemblée approuvant

(1) ne Thon, t. Il, p. 591. — Laoone, collecl. Michand, p. 609-610.

(2) D'Aubigné, Hisl. Universelle , éd. 1616, eo 3 vol., t. I", p.'209.

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