L PB GE^LIS
pas venue ; et le temps se perd cependant,, temps précieux.
Genlis n'emmène avec lui que peu d'hommes ; beaucoup sont retournés chez eux, « ne le tenant B pas capable de telle conduite (I ). » En effet, malgré les instructions formelles qui lui enjoignent d'aller au-devant du prince d'Orange, sans s'occuper de Mons, où le comte Louis a « 2000 bons B hommes » de pied et de cheval, il va se jeter follement sur les lignes espagnoles et se fait prendre avec la plupart de ses compagnons, le 17 juillet. Le désastre avait été prévu, préparé, les Espagnols avertis de la marche de Genlis, comme ils l'avaient été sans doute l'année précédente de l'expédition de Minguetière, dont les équipages furent massacrés à S'-Domingue.
Voilà donc oïi aboutissent tous ces beaux projeta contre l'Espagne ! Le parti espagnol ou italien est triomphant. Charles IX , ébranlé , semble avoir besoin que sa foi dans le succès final soit ralTermie ; il demande à Coligny un Mémoire qui sera lu au Conseil, et où il exposera ses raisons.
Coligny fait rédiger ce Mémoire par le jeune Philippe de Mornay, ou plutôt il le lui dicte. Son inspiration se trahit à chaque ligne :
Est-il bien temps de discuter si l'on doit ou non rester en paix avec l'Espagne? Croit-on que Philippe
((} Hss. 17463, p. 31.
oubliera et pardonnera jamais l'accueil (ait au comte Louis? La guerre avec lui est inévitable tôt ou tard; au lieu d^attendre qu'il choisisse son heure, mieux vaut le prévenir. Jamais guerre fut-elle d'ailleurs plus juste, plus utile, plus facile?
Juste, car les <r massacres de Floride » crient toujours vengeance ; juste, car la France, réclamant Flandre, Artois et Hainaut, ne fait que réclamer des pays c de nationalité française, » injustement détenus par l'Espagne.
Utile, car, outre la paiï intérieure assurée, ces riches pays recouvrés donneront pour frontière au royaume le Brabant, et qui sait ? la Meuse peut-être, « jt les Brabançons... élisent » le roi de France, « la Meuse bien remparée ou remparable de tous » côtés. B
Facile enfin, car on aura pour soi les alliances protestantes et la sympathie des peuples.
Tel est en résumé ce Discours au roy Charles IX, où l'Amiral, à côté du vieux principe des nationalités, si nettement affirmé, semble presque évoquer déjà l'idée toute moderne d'une sorte d'appel au peuple pour légitimer la conquête ou Fannexiun.
Coligny eût certes mieux fait de passer sous silence les alliances protestantes. I! savait mieux que personne à quoi s'en tenir sur la jalousie de l'Angleterre, puisqu'il fut le premier à dévoiler au roi Charles IX les projets d'Elisabeth sur les Pays- Bas, la montrant prête à saisir cette merveilleuse
h.Coojjlc
UBHOIBE SUR LA GUEBBE AVX PAVS-BAS. 191
occasion que la France est sur le point de laisser échapper (I). Quant aux princes allemands, il ne compte guère plus sur eux que sur la reine d'Angleterre, puisqu'au moment même il les supplie « de . J» procéder avec plus de rondeur et de résoluy tioD (2). D
En revanche, il ne doute pas que les sympathies des populations ne soient hientAt acquises à la France, si elles ne le sont déjà; il suffit de se présenter ■ comme amy du pays, vengeur de la tyran- » nie, restituteur de la liberté... Pour bien con- » quérir, faut commencer par la conqueste des » cœurs, et te reste vient après tout à son aise. Et » pour ce, sera besoin d'entretenir une sévère discis pline et par conséquent bien payer le soldat, afin » qu'estant payé, il ne pille. »
En suivant ces excellents et admirables conseils, comme l'a fait déjà le comte Louis à Mons (3), il y a tout lieu d'espérer que les provinces belges préféreront à l'intolérable despotisme de Philippe II le patronage libérateur et tutélaire de la France.
Toutefois l'argument sérieux, invincible, c'est que l'Espagne est fatalement notre ennemie natu-
(1) DeThou, m, 108,
(2) « ... Ceui de ta religion ont... envoyé ani princes d'Allemagne... ■ pour les obliger àprocéder... •
Dépêche de Walsiogham à Leicesler, dn 26 juillet (572. Archives dt la maison de Nauau, t. Il, p. 499.
(^ V. -Prtrt» >nrf., t.
..^bvGoogle
193 CBAPITBB VI.
relie, implacable, et qu'il faut la frapper sans retard, si l'on ne veut être frappé, ruiné par elle ; a Qui empesche la guerre d'Espagne n^est boa • français et a une croix rouge dans le ventre, > a dit l'Amiral à Tavannes. Il pouvait dire de même et avec autant de raison : « Qui empêche la guerre étrangère veut la guerre civile. » Celle-ci, en effet, est inévitable, si l'autre n^est nettement déclarée. Mais quand, au commencement d'août, il ose ainsi parler en plein conseil, on ne manque pas de prendre pour une menace ce prophétique avertissement. Une menace, lut « qui aimerait mieux être tiré à » quatre chevaux que de retourner aux horreurs » des guerres civiles, » lui qui, pour essayer de les prévenir encore, va faire sans hésitation, sans réserve, ' le sacrifice de sa vie t
Depuis un an , il a ménagé la reine-mère et le duc d'Anjou, espérant obtenir, sinon leur concours, du moins leur neutralité. Aujourd'hui, plus de ménagements possibles. Au risque de se perdre luimême, il faut qu'il les perde dans l'esprit du roi, pour que la France soit sauvée.
Pourquoi donc Anjou refuse-t-il si obstinément de quitter le royaume, et qui livre à l'étranger tous les secrets du roi de France ? Questions terribles qu'il suffira sans doute de poser à Charles IX pour qu'elles soientsoudain résolues, et l'on devine dans ' quel sens.
Chaque fois que l'Amiral a entretenu Charles IX
D,q,-Z.-dbvGOOglC
MOKT DB COLIGNT l^LUB. 193
en particulier, « ce qui advenoit bien souvent eux » deux seuls en de bien longues conférences, » la reine-mère et le duc abordant le roi le trouvent a merveilleusement fougueux et renfrogné, avec T> un visage et des contenances rudes, et encores » davantage ses réponses. » Un jour même Anjou craint d'être tué. Son frère Ta regardé d'un air terrible, tourmentant la poignée de sa dague ; et il s'est hâté de gagner à reculons la porte et d'avertir sa mère. Catherine n'y pouvant croire vient, « avec » un visage mêlé de sérieux et de gayeté, » demander au roi a ce qu'il avoit appris d'une si lon- » gue conversation > avec monsieur l'Amiral ; et lui, blasphémant : « j'ai appris, madame, que je » n'ai point de plus grands ennemis que vous et » mon frère, t> et se promenant à grands pas, il la laissa là bien étourdie d'un si dur accueil (1 ).
De ce jour , et de ce jour seulement , croyonsnous, la mort de Coligny fut jurée. Qu'importe ! il a gagné sa cause, ou plutôt la cause de la France.
« Ah si Monsieur de Chastillon, écrivait un jour w l'Hospital, trouvait occasion de baiser la main du » roi, il lui soufflerait deux ou trois mots à l'oreille, » et lui apprendrait de combien d'intrigues il est » victime , de quels dangers son trône est me- » nacé (2) I » Le vœu de l'Hospital est exaucé. L'Amiral est maître, seul maître de l'esprit. du roi.
(I) Jowwtl deBenri III, la Haye, 1744, 1. II, p. 27<-27S. (2} Retnte chrétienne, 15 mai 1863.
D,q,z.-3bvGoogle
tv* CBAPITRB VI.
Le rôle des intrigants est fini; le temps des grandes choses est venu.
Coligny ne doute plus, ou plutôt il veut qu'autour do lui personne ne doute du maintien de la paix intérieure, du succès de la guerre étrangère. Aux Rochellois, qui lui font part de leurs inquiétudes, et des préparatifs menaçants de Strozzi, il a répandu le 7 août :« ....vous n'avez dieu merci nulle
» occasion de craindre je voy grâces adieu
» le roy si bien disposé à l'entretenement de la ' » paix entre ses subjects que nous avons tous » occasion de le louer (1).... » Le 11, Guillaume d'Orange compte sur son arrivée prochaine dont il l'a prévenu, le priant même de ne rien hasarder en son absence (2) . Le 1 8 , tandis que se célèbre en dépit du pape le mariage du roi de Navarre et de Marguerite, il montre à Damviile, pendus aux voûtes de Notre-Dame, les drapeaux de Jarnac et de Moncontour, etjgaîment : « dans peu on les arrachera de » là, et on en mettra d'autres à leur place qui » seront plus agréables à voir. »
Mais ce jour même, et tandisqu'il affecte en public cette confiance sereine, il laisse, dans une lettre intime à sa femme, échapper le secret de ses tristesses cachées et comme de ses sombres pressentiments :
R Si je ne regardois que mon contantement
()) Fontanteu, 324-326, 7 aoûl (imprimé).
(S) Archives de ta maitcn de Nomou, t. II, p. 490. DépSche de Guillaume à Jean de Nassau, du 1 1 août I.1T2.
D,q,-Z.-dbvGOOglC