CHAPITRE PREMIER
Juillet ISS5 — Juillet ISS9.
Esp^ditlom de VIU«|ni|fnon «a Bréall. — Caupapie de SaiBl^nentln. — Capllvité de l'AaUral.
Gaspard de Colignv, seigneur de Châtillon-sur- Loiog, écrivait, le 26 août !556, au conuétable de Montmorency, son oncle :
a Jauroia grand tort si je me pleignois de dire » que je luy (au roi] eusse demandé quelque chose » qu'il m'eust refusée. Aussy est-il juge et vous » tesmoing monseigneur sije lay gueres importuné 7> pour les biens ausquels je ne me suyspas gueres » amusé jusques à cette heure, estimant trop plus •D sa bonne grâce et avoir bon visage de luy que les » biens de ce monde (1). »
Ces biens qu'il dédaigne lui étaient venus en abondance. Nommé colonel et capitaine général de l'infanterie française, le 29 avril i547; gouverneur de Paris et de l'Ile-de-France, le 9 septembre 1551;
(I) Bibl. nat. Mss. f.f. 3123. f. 40. Voir Pièces jvitificat, A.
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amiral de France et de Bretagne, le 1 1 novembre 1552; gouverneur de Picardie et Artois, le 25 juin 1555, il avait eu l'honneur de signer la paix du 2i mars 1 550, qui rendait Boulogne à la France, et le 5 février 1556, la trêve de Vaucelles, qui nous abandonnait implicitement les Trois-Évêchés. Toutes ces charges et faveurs, qu'il n'avait ni recherchée» ni mendiées, il était trop modeste et trop sérieux pour les regarder comme une récompense due aux brillants et téméraires exploits de sa jeunesse, encore moins comme un privilège attaché à sa naissance. D'une honnêteté assez scrupuleuse pour bien comprendre toute retendue de ses devoirs, il avait l'intelligence et le génie nécessaires pour les bien remplir. Gouverneur de province , nous le verrons bientôt prêt à faire pour le salut de sa province et du royaume le sacrifice de sa vie et de sa réputation militaire; amiral, il a déjà jeté les fondements de la puissance coloniale delà France; colonel de Tinfanterie française , il Va réorganisée, disciplinée ; il a rédigé les fameuses Ordonnances, qui lui valent les éloges des plus grands capitaines de l'époque, et, ce qui vaut mieux, les bénédictions de tout un peuple protégé désormais contre l'effrénée licence des gens de guerre.
Tant et de si loyales intentions, tant de signalés services méritaient certes de lui conserver à jamais cette bonne grâce royale , la plus chère et la meilleure récompense qu'il ambitionnât en ce mopde.
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COllGNY DtSOBACIB. 7
Or, au moment même où il écrivait les lignes citées plus haut, cette bonne grùce s'était évanouie déjà. Coligny le S3vait,*et d'un ton où perce la tristesse de l'honnête homme méconnu, bien plus que le dépit du courtisan disgracié, il ajoutait :
« De ce dernier voiage, je nay eu ny gratieuse » parolle ny aultre démonstration pour laquelle ny » moy ny les aultrea homes puissions juger que le » roy aie contantemant de moy. »
Que s'était-il donc passé, et comment l'Amiral avait-il perdu cette confiance du roi si complètement acquise, si noblement justifiée ?
Les efforts combinés des Guises et de la cour de Rome venaient de faire rompre la trêve de Vaucelles, négociée par lui. C'était sans doute un échec pour Coligny, mais qui ne suffit pas à expliquer la froideur étrange, inattendue d'Henri II pour l'homme qu'il avait honoré de son estime la plus haute, de son affection la plus vive. Sans doute, les adversaires de la trêve purent rappeler perfidement au soupçonneux monarque l'accueil si plein de grâce et de courtoisie fait à Coligny par le vieil empereur; peutêtre même osêrent-ils insinuer que lui, le sujet loyal et dévoué , l'incorruptible honnête homme, s'était laissé corrompre par l'or de l'Espagne. Mais Us avaient un autre et plus sûr moyen de !e rendre à jamais suspect • ils n'avaient qu'à dénoncer en lui le protecteur de l'hérésie.
Fils de Louise de Montmorency, qui était morte re-
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8 CSAPITIB I.
fusant de recevoir un prêtre (1 ), élevé par Nicolas Béraud, Tami d'Erasme et de Louis de Berquin, Coligay se sentit de bonne heure détaché de TËgliBe catholique ; de bonne heure il tendit à emhrasaer, suivant l'expression de M. Mignet , -i la doctrine qui lui » semblait à la fois plus pure et plus forte, qui ra- B menait librement à l'Évangile, soumettait plei- » ne ment à Dieu, ranimait la foi religieuse, sans B interdire la raison humaine, faisait de rigides » chrétiens et d'enthousiastes martyrs (2). »
L'austérité moraledespremiersréformésconvenait, en effet, à cette nature grave et sérieuse de Coligny. Il était trop sincère et trop franc pour ne pas s'incliner devant l'imprudente, mais héroïque franchise des confesseurs, trop brave pour refuser au courage des martyrs le tribut de ses plus ardentes sympathies. Mais dévoué, d'autre part, comme il l'était, à son pays et à son roi, il est impossible qu'il n'ait pas vu tout d'abord avec une certaine émotion douloureuse cette sorte de perturbation jetée dans le royaume par les croyances nouvelles, et surtout cet audacieux mépris de la volonté royale. Comment donc concilier avec le respect dû à son roi, ses sympathies pour la réforme? Grave et terrible question qui se pose à Coligny, au moins dès 1555, et qui fera désormais l'inquiétude, le tour-
(1) Vie de Colins, D. h. H. Leyde, Elsevier, 1578, p. S.
(2) Journal des savants, année I8S7, p. (5S.
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